Actualiser le gouvernement du peuple. La Suisse comme modèle alternatif en France, aux États-Unis et en Espagne à la fin du xixe siècle
Résumés
La fin du xixe siècle est marquée par un « moment suisse » qui traverse aussi bien les mondes intellectuel que politique. De nouveaux mouvements de masse, parfois qualifiés de populistes, le People’s Party aux États-Unis, le boulangisme en France et le blasquisme en Espagne, s’inspirent de la démocratie suisse et promeuvent notamment l’initiative et le référendum. Attachés aux questions institutionnelles, ces mouvements trouvent en Suisse un modèle républicain pour restaurer la souveraineté du peuple qu’ils estiment usurpée par les régimes en place. L’article étudie les ressorts qui expliquent cet attrait pour les institutions suisses au même moment dans divers contextes géographiques, et interroge les dispositifs de captation d’écrits théoriques sur la démocratie suisse, puis le processus de diffusion auprès de l’électorat.
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- 1 “The employment of the referendum in Switzerland has proved that the people are unfavorable to much (...)
1Le 18 janvier 1894, le Kansas Agitator, périodique lié au People’s Party du Kansas, publie sous forme d’article une lettre rédigée par un lecteur du Colorado. Afin de redonner le pouvoir au peuple, son auteur réclame la mise en place du référendum et de l’initiative aux États-Unis comme remède pour une république devenue une « representative aristocracy ». Seule voie selon lui pour qu’un gouvernement respecte la souveraineté populaire, cette modification constitutionnelle apporterait des solutions aux questions sociales et monétaires qui agitent le pays. Pour légitimer l’établissement d’une telle disposition, le bon fonctionnement de la démocratie directe en Suisse est mis en avant : « L’utilisation du référendum en Suisse a prouvé que le peuple n’est pas favorable à des lois trop nombreuses et complexes. Le peuple exige un nombre réduit de lois et les veulent bonnes, efficaces et simples1. »
- 2 Pierre Rosanvallon, La Démocratie inachevée, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 2000, p. 3 (...)
- 3 Pour avoir un aperçu de ce « moment suisse » dans les espaces concernés, en nous limitant aux écrit (...)
- 4 L’inspiration suisse ne se limite pas à ces mouvements, on le verra plus loin avec les réflexions d (...)
2Ce renvoi aux institutions suisses illustre l’intérêt marqué pour celles-ci à la fin du xixe siècle, et ce dans plusieurs pays. Si Pierre Rosanvallon a pu ainsi déterminer un « moment suisse2 » dans les milieux intellectuels et universitaires (articles de revue, thèses, essais3), son expression politique se déploie aussi dans quelques mouvements de masse qui portent un projet institutionnel alternatif. En effet, que ce soit le People’s Party aux États-Unis – en particulier dans le Midwest –, le mouvement en faveur du général Boulanger en France ou les républicains radicaux menés par Vicente Blasco Ibañez à Valence en Espagne, tous intègrent une réflexion sur les institutions suisses dans leur programme et dans leur rhétorique, au point d’en faire un modèle pour des évolutions constitutionnelles, plus particulièrement en ce qui concerne le couple référendum/initiative et la forme fédérale4.
- 5 Au regard de la bibliographie considérable et parfois redondante sur le populisme, il serait imposs (...)
- 6 Les blasquistes se définissent et sont perçus comme tels, de même que le People’s Party, à la crois (...)
- 7 On pense ici, d’une part, à la grande stagnation de la fin du siècle, d’autre part, aux conséquence (...)
- 8 Margaret Canovan, Populism, New York, Harcourt Brace Jovanovich, 1981, p. 192-202.
3Ces trois mouvements ont pu être considérés par l’historiographie et la science politique comme les premières expressions du populisme, concept polémique aux contours encore débattus5. Plus certainement, ce sont de nouveaux mouvements électoraux de masse dont l’émergence et la dynamique reposent sur la perception d’un moment de crise politique. Tous dénoncent des institutions bloquées et trop peu démocratiques, l’incapacité des gouvernements et des parlements à accomplir la moindre réforme fondamentale, l’immobilisme et la corruption des élites politiques ; de façon synthétique, ils accablent une « oligarchie » qui aurait usurpé « la souveraineté du peuple » (selon les expressions communes aux trois mouvements). En incarnant une forme de radicalisme, ils expriment les espoirs déçus du républicanisme au crépuscule du dernier tiers du xixe siècle6. La marginalisation des mouvements réformistes (Greenback, Union Labor) et les évolutions pro-business du Parti républicain qui affectent les Alliances de fermiers du Midwest, les louvoiements des radicaux français sur la question révisionniste après les élections de 1885, l’inertie et les divisions du camp républicain en Espagne : l’origine de ces mouvements découle du bilan du républicanisme dans les décennies précédentes. Si leur massification tient aux bouleversements socio-économiques et géopolitiques auxquels ils sont par ailleurs sensibles, la tradition dans laquelle ils s’inscrivent leur fait considérer des réponses d’ordre avant tout politique et institutionnel7. Ainsi, leurs propositions sont marquées par un fort constitutionalisme : la primauté accordée au politique se traduit par une dénonciation de la forme des institutions et des abus qu’elle permet, et des solutions pour modifier et démocratiser la loi fondamentale. C’est ainsi que la Suisse, « démocratie populiste » selon Margaret Canovan, apparaît comme une alternative pour restaurer la « souveraineté du peuple », notamment à travers le référendum et l’initiative8.
4Encore faut-il comprendre quels sont les modalités et les dispositifs de captation, d’interprétation, de production puis de diffusion de ce qui constitue, au sein de ces mouvements, un modèle suisse. Il convient pour cela de mettre en avant une ambivalence, ou plutôt la circularité de cette référence : d’une part, les institutions suisses sont un modèle dans le sens où elles inspirent ces mouvements par l’usage de la démocratie directe. Mais, d’autre part, ceux-ci utilisent également l’exemple suisse pour justifier leurs programmes en matière institutionnelle, répondant à des impératifs du jeu politique. Nous souhaitons montrer comment et pour quelles raisons les institutions suisses sont envisagées au sein de ces mouvements, mais encore observer les processus de diffusion vers l’ensemble de la population. En la matière, les périodiques constituent l’essentiel de leur production et restent la source principale à disposition de l’historien pour le comprendre.
Aux origines d’une alternative
Un modèle suisse fondé sur la démocratie directe
- 9 “Switzerland is the Model Republic of the World”, People’s Voice, 12 août 1892.
- 10 El Pueblo, 4 août 1901, 9 septembre 1906.
- 11 Parmi quelques exemples du reste fort nombreux : La Presse, 8 et 26 juin 1888, 20 octobre 1888, 12 (...)
- 12 Alfred Naquet, Discours prononcé le 28 septembre 1888 au Cercle révisionniste de Marseille, Avignon (...)
5Bien que leur programme ne porte pas uniquement sur la question institutionnelle, le People’s Party, le blasquisme comme le boulangisme – pour reprendre les dénominations d’usage à l’époque comme dans l’historiographie – voient dans la démocratisation des institutions la solution politique qui permettrait de résoudre tous les problèmes qu’ils identifient (qu’ils soient politiques mais également socio-économiques et géopolitiques). Ils insistent ainsi sur des modifications de la constitution allant dans ce sens (à travers l’avènement de la République en Espagne et par une Constituante en France), notamment en prônant l’instauration de la démocratie directe. Ainsi, le référendum est inscrit dans le programme national du People’s Party (l’Omaha Platform de 1892), les boulangistes organisent en grande partie leur projet constitutionnel sur la démocratie directe, tandis que les blasquistes, préoccupés d’instaurer la République, ont un usage rhétorique intense du terme « plebiscito » face au suffrage verrouillé par le caciquisme et le turnismo (système d’alternance entre les deux partis dynastiques par l’entremise des caciques qui contrôlent les scrutins). Pour donner du corps à ce projet et défendre la mise en place de la démocratie directe, la référence aux institutions de la République helvète est presque automatique dans les discours, au point d’en devenir un modèle. Se hissant au sommet des différentes expériences républicaines existantes, « la Suisse est la République modèle pour le monde9 » selon la presse du parti au Kansas, tandis qu’El Pueblo réclame le même régime qu’en Suisse élevé au rang symbolique de la France et des États-Unis10. Enfin, les multiples éditoriaux d’Alfred Naquet ou de Gaston Laporte dans La Presse demandent régulièrement la mise en place du jus ad referendum comme dans la nation alpine, toujours évoquée comme exemplaire11. Il s’agit de faire comme en Suisse : « J’emprunte à la Suisse leur référendum » dit Naquet12.
- 13 Kansas Agitator, 18 janvier 1894.
- 14 People’s Voice, 7 mai 1896.
- 15 El Pueblo, 3 octobre 1904.
- 16 La Presse, 17 septembre 1889.
- 17 Dans l’ordre : The Advocate, 9 mai 1894 ; Kansas Agitator, 8 novembre 1895 ; El Pueblo, 19 septembr (...)
- 18 Dans l’ordre : Kansas Agitator, 29 décembre 1891, 8 novembre 1895 ; People’s Voice, 7 mai 1896 ; La (...)
6Le modèle suisse parerait aux défauts des institutions existantes dans les différents pays qui sont blâmées pour leur fonctionnement jugé trop peu démocratique ou fallacieux. Ainsi, dans le Kansas Agitator, les institutions américaines, qui n’instaurent pas « une république mais une aristocratie représentative », sont opposées à celles ayant cours en Suisse, véritable régime fondé sur la « liberté » et le « bon gouvernement13 ». De la même façon, dans le People’s Voice, le système républicain suisse, proche de la perfection, incarne la démocratie et la république face à l’aristocratie et l’oligarchie14. Pour les blasquistes, qui se confrontent à un régime parlementaire mais monarchique, la République suisse a un « régime politique véritablement libéral qui [la place] à l’avant-garde de la civilisation » contrairement aux « institutions anachroniques » de l’Espagne15. On retrouve la même antinomie chez les boulangistes : « Ce que nous proposons d’y mettre, c’est une République non plus oligarchique et bourgeoise comme celle qui nous opprime à cette heure, mais démocratique et libérale comme celle de la Suisse […] par l’introduction de ce principe tutélaire et pacificateur par excellence du référendum introduit en fait dans tout le monde par la Suisse16. » Elle a cela de supérieur que « ce petit territoire de patriotes et d’hommes d’État » ainsi que son peuple, « heureux, brave et libre », « enthousiasmés par leur liberté et leurs droits », sont présentés comme bénéficiant d’un régime au sein duquel le peuple est véritablement souverain, élément central des revendications de chacun de ces mouvements17. En effet, quand ces derniers font référence à la Suisse, l’objectif est d’obtenir par imitation de ses institutions le « gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple », « le règne de tout le peuple », « un gouvernement par le peuple », « la consécration logique de la souveraineté populaire […], la reconnaissance formelle de la souveraineté du peuple », expressions que l’on retrouve régulièrement puisqu’elles sont au centre de la rhétorique de ces mouvements18.
- 19 Pour la presse populiste : People’s Voice, 12 août 1892 ; The Advocate, 23 mai 1894 ; People’s Voic (...)
- 20 La Presse, 24 mars 1889.
- 21 Ibid., 4 mars 1889, 20 octobre 1889.
- 22 Alfred Naquet, Discours prononcé le 28 septembre 1888, op. cit., p. 50.
7Si la Suisse s’impose à leurs yeux comme une République modèle, c’est principalement parce que le référendum et l’initiative sont inscrits dans sa Constitution. Ainsi, aux États-Unis, la plupart des articles de presse concernant la Suisse s’y réfèrent (« Direct Legislation », « Initiative et référendum »), de même qu’au sein du boulangisme, la Suisse est toujours évoquée au regard de cette institution spécifique19. Le choix du vocabulaire est à ce titre particulièrement évocateur. Si ce n’est en Espagne où le terme « plebiscito » est maintenu, on observe la diffusion de la référence suisse à travers un usage de plus en plus important du terme « référendum » qui est directement issu du répertoire helvétique (jus ad referendum). Aux États-Unis, l’utilisation croissante du mot vient concurrencer l’expression « direct democracy ». C’est surtout le boulangisme qui s’empare du terme, si bien que son usage devient la règle et se diffuse au sein du mouvement. On le remarque aisément à la lecture des communications des différents comités boulangistes qui adoptent le mot « référendum » (toujours en italique) : celui du ixe arrondissement de Paris l’ajoute au triptyque du slogan boulangiste « Dissolution, Révision, Constitution [sic, au lieu de Constituante20] », de même que celui de Courbevoie ou des Jeunes démocrates de la Seine21. Ainsi, quand il s’agit de réfléchir à l’application d’un tel système dans son propre pays, Alfred Naquet développe les conditions de la mise en place de l’initiative au regard de son fonctionnement en Suisse : il détermine les 500 000 pétitionnaires requis de façon proportionnelle aux 30 000 requis chez ses voisins alpins22.
- 23 Les boulangistes ne sont pas fédéralistes (sauf peut-être La Cocarde) mais les demandes de décentra (...)
- 24 Kansas Agitator, 7 août 1896 : “The only reasonable plan would be proportional representation as in (...)
8On trouve parfois d’autres éléments qui font de la Suisse un système plus avantageux et démocratique, comme sa forme fédérale, qui trouve un écho dans les conceptions américaines de l’organisation territoriale, dans le projet blasquiste en partie d’inspiration fédéraliste ou encore dans l’ambition décentralisatrice des boulangistes23. Plus rarement, il est fait mention du scrutin proportionnel ou d’un exécutif sous forme de Conseil24. Néanmoins, quand il s’agit d’emprunter à la Suisse un aspect de sa Constitution pour en faire un objet programmatique, l’élément le plus central et récurrent demeure le couple initiative-référendum.
Les sources intellectuelles du tropisme helvétique
- 25 Laurence Morel, La Question du référendum, Paris, Presses de Sciences Po, 2019, p. 83.
- 26 Sur ce sujet : Olivier Meuwly, Une histoire politique de la démocratie directe en Suisse, Neuchâtel (...)
9Préalablement, soulignons que les évolutions institutionnelles qui interviennent en Suisse en ce dernier tiers du xixe siècle expliquent en partie cet intérêt. En effet, si des mécanismes de démocratie directe ont été adoptés à l’échelle des cantons tout au long du siècle, seul le référendum pour les révisions constitutionnelles existe au niveau fédéral. Poussée par l’action de forces politiques minoritaires, du Mouvement démocrate aux partis confessionnels, la nation alpine adopte en 1874 une nouvelle constitution qui instaure le référendum législatif (un vote facultatif organisé en cas d’opposition à un texte de loi selon un nombre défini de pétitionnaires25). En 1891, l’initiative constitutionnelle, c’est-à-dire la possibilité offerte à un nombre défini de citoyens de proposer une modification constitutionnelle par référendum, est mise en place26.
- 27 Segismundo Moret, El referendum, op. cit., p. 38 : « nueva evolución de la democracia moderna » ; « (...)
- 28 Émile de Laveleye, « La forme nouvelle du gouvernement aux États-Unis et en Suisse », art. cit.
- 29 Louis Wuarin, « L’évolution de la démocratie en Suisse », art. cit.
- 30 Journal officiel de la République française. Débats parlementaires. Chambre des députés, 19 mars 18 (...)
10C’est dans ce contexte qu’apparaît un « moment suisse », celui d’une série d’auteurs qui étudie la constitution suisse au prisme de la situation institutionnelle de leur propre pays et de la pertinence de sa transposition, dans un contexte d’interrogation sur l’exercice démocratique du pouvoir au temps du suffrage universel masculin. La démarche est aussi descriptive que prescriptive. Cependant, deux options se distinguent, entre ceux qui souhaitent une application dans leur propre pays, et ceux qui sont plus prudents voire hostiles à cette idée. Ainsi, dans une conférence à l’Ateneo de Madrid en 1895, Segismundo Moret, membre du Parti libéral et figure centrale de la vie politique sous la Restauration, estime qu’il faut interroger l’importation future en Espagne de la démocratie directe telle qu’elle se pratique en Suisse face à l’irrémédiable « évolution nouvelle de la démocratie moderne ». Mais il en recommande un usage limité et encadré par les représentants qui demeurent les « hommes les plus capables de guider [le peuple27] ». En France, dans la Revue de Deux Mondes, Laveleye a une position similaire : « Il n’y a pas lieu, j’imagine, de recommander le régime plébiscitaire. Nul n’y pense sérieusement28 », tout comme Louis Wuarin qui ne se distingue guère par sa conclusion : « Il serait téméraire de prétendre proposer en exemple à tous, les institutions qu’elle s’est données », et même « ridicule29 ». Sans doute pèsent ici les précédents plébiscitaires du Second Empire, en témoigne, en juin 1893, à la Chambre des députés, Clemenceau estimant que si le référendum peut être républicain en Suisse, il reste une pente vers le césarisme30. Ainsi, si des avantages et des bienfaits sont reconnus aux institutions suisses, ils s’accompagnent d’une mise en garde contre toute tentation d’application inconsidérée.
- 31 Thomas Goebel, A Government by the People: Direct Democracy in America, 1890-1940, Chapel Hill, Uni (...)
- 32 James Sullivan, Direct Legislation by the Citizenship Through the Initiative and Referendum, New Yo (...)
- 33 James Sullivan, Direct Legislation by the Citizenship, op. cit., p. 95 (« peaceful revolution »).
- 34 William McCrackan, The Rise of the Swiss Republic, op. cit., VIII.
- 35 People’s Voice, 24 février 1893 ; Kansas Agitator, 8 décembre 1892 ; Kansas Farmer, 25 février 1893
- 36 “I cannot, in treating this subject, do better than quote liberally the clear and forcible utteranc (...)
11Inversement, on observe des écrits favorables aux institutions suisses et à leur application, qui alimentent le « modèle suisse » des mouvements politiques qui nous intéressent. Aux États-Unis, le contexte d’agitation antimonopoliste – auquel participent les organisations à l’origine du People’s Party – entraîne dès les années 1880 des revendications sur le terrain de la démocratisation des institutions, comme l’introduction de l’initiative et du référendum d’inspiration suisse31. Deux ouvrages portés par la même ambition connaissent un certain succès : Direct Legislation by the Citizenship Through the Initiative and Referendum de James Sullivan et The Rise of The Swiss Republic de William McCrackan32. Même si la référence helvétique n’est pas dans le titre, Sullivan présente dès l’introduction un long développement sur le pays, une bibliographie disponible, et souligne le bon fonctionnement du référendum et de l’initiative en Suisse, promesse d’une « révolution pacifique » aux États-Unis grâce à la démocratie directe33. De son côté, McCrackan, après avoir déploré le manque de travaux sur le sujet, avance que « de nos jours, la Suisse est devenue le modèle à suivre pour toutes les réformes faites en vue de la démocratie directe34 ». Ces deux auteurs sont régulièrement conseillés, cités, commentés dans la presse du Kansas qui nous retient, comme par exemple, au sein du People’s Voice pour Sullivan, ou dans le Kansas Agitator et le Kansas Farmer pour McCrackan35. Un lecteur du Kansas Farmer se félicite de l’ouvrage de McCrackan en ces termes : « Pour traiter ce sujet, je ne peux que citer littéralement les énoncés clairs et puissants de W. D. McCrackan, M. A, un étudiant passionné et enthousiaste du fédéralisme comme système de gouvernement, dans son excellent travail, The Rise of the Swiss Republic36. »
- 37 « gobierno del pueblo por el pueblo », « democracia pura » : Valentí Almirall, La Confederación Sui (...)
- 38 Francisco Pi Y Margall, Las nacionalidades, Madrid, Eduardo Martinez, 1877.
- 39 Vicente Blasco Ibañez, Obras completas, t. 3, Madrid, Aguilar, 1958, p. 802.
12En Espagne, c’est dans la littérature fédéraliste que la Suisse prend des allures de modèle. Le journaliste catalan Valentí Almirall, dans son ouvrage comparant les institutions suisses et étatsuniennes, affirme que son travail est effectué dans la perspective de l’avènement d’un « gouvernement du peuple par le peuple » à travers la mise en place d’une démocratie « pure », c’est-à-dire à travers des formes de démocratie directe que sont l’initiative et le référendum37. Mais, il semble que dans ce « moment suisse », les écrits de Francisco Pi y Margall soient ceux qui aient le plus d’influence. Figure majeure du républicanisme et du fédéralisme, proche des blasquistes, l’ancien président de la Première République (1873) expose dans Las nacionalidades son programme pour une république fédérale en Espagne : la Suisse est citée 75 fois sur 360 pages de texte, principalement pour ses institutions fédérales et démocratiques38. Francisco Pi y Margall est considéré par le leader valencien Vicente Blasco Ibañez comme son « vénéré maître » et inspire le mouvement par ses écrits politiques39. Il est d’ailleurs un rédacteur occasionnel d’El Pueblo qui lui ouvre régulièrement sa première colonne.
- 40 Louis de Belleval, Sommes-nous en République ?, Paris, A. Rousseau, 1888 ; Louis Andrieux, La Révis (...)
- 41 Bertrand Joly, « Les projets constitutionnels du boulangisme », Bibliothèque de l’École des chartes(...)
- 42 Journal officiel de la République française, Débats parlementaires, Chambre des députés, 4 juin 188 (...)
13Enfin, en France, la promotion des institutions suisses est principalement le fait d’hommes politiques engagés dans le révisionnisme radical des lois constitutionnelles de 1875, jugées monarchiques. Si l’on peut citer Louis de Belleval, qui publia en 1888 Sommes-nous en République ? – un ouvrage contre le régime qui vante le référendum et l’initiative à partir du modèle suisse –, ou Louis Andrieux – qui évoque également la Suisse mais se montre plus attentif aux États-Unis –, c’est Alfred Naquet qui investit le plus fortement la question des institutions suisses dans sa lutte pour réviser les lois fondamentales de la Troisième République40. Son combat remonte à 1875 – il avait déposé un amendement aux lois constitutionnelles en ce sens – et il menait depuis une campagne pour l’introduction du référendum, avec la promotion du modèle suisse comme angle d’attaque41. Si le programme constitutionnel boulangiste s’inspire de la tradition révisionniste républicaine enrichie du référendum et de l’initiative, c’est vraisemblablement de son fait. À travers les nombreux éditoriaux qu’il rédige pour La Presse, il promeut les évolutions constitutionnelles avec insistance, et fait régulièrement référence à la Suisse avec une certaine minutie. On voit d’ailleurs son influence dans les écrits d’autres membres du mouvement, que ce soit au sein du périodique dans lequel il écrit (notamment Gaston Laporte) ou auprès du leader. En juin 1888, Boulanger dépose à la Chambre un projet de révision constitutionnelle où la question du référendum est mentionnée, pour valider la constitution ou pour trancher des questions dont l’importance requiert selon lui un vote populaire direct. Selon Bertrand Joly, Alfred Naquet est derrière la rédaction de ce texte, et de fait, il est certain que ce sont ses idées qui sont exprimées, particulièrement à travers la référence à la Suisse : « Ce recours direct à l’avis du pays, qui fonctionne en Suisse avec tant de simplicité et d’avantages, est un admirable instrument de pacification42. »
- 43 Jean-Louis Marin-Lamellet, « Publier la “Cause du Peuple” : le populisme américain au prisme de Ben (...)
- 44 Kansas Agitator, 8 décembre 1892.
- 45 Walter Nugent, The Tolerant Populists: Kansas Populism and Nativism, Chicago, University of Chicago (...)
- 46 Paula Cossart, « Initiative, référendum, recall : progrès ou recul démocratique ? (États-Unis, 1880 (...)
14Aux États-Unis, le dispositif de circulation des idées de Sullivan ou McCrackan, qui vivent sur la côte Est et ne sont pas membres du People’s Party, est un peu plus complexe puisque rien ne permet de dire qu’il y ait eu un contact. Néanmoins, ces deux hommes écrivent pour les rares revues de l’est des États-Unis qui sont favorables au People’s Party, et on sait que celles-ci sont diffusées dans le Midwest43. En effet, on trouve dans la presse du Kansas des extraits qui en sont directement issus ou des commentaires d’articles44. Ces revues, par ailleurs éditrices des deux auteurs, sont le Twentieth Century Magazine pour Sullivan (il la dirige avec Hugh O. Pentecost) et The Arena, pour McCrackan. La première affiche une orientation en faveur de la single-tax théorisée par Henry George, un impôt unique sur la terre permettant une juste répartition de celle-ci et la suppression des taxes sur la production. Le rédacteur en chef de cette revue, Fred Leubuncher, est un ami d’Henry George qui est également proche de McCrackan. C’est donc par l’intermédiaire des single-taxers, dont on connaît le rôle de membres fondateurs du People’s Party dans les États du Midwest, que la diffusion pourrait avoir eu lieu45. Il faut encore ajouter que Sullivan est le fondateur de la première Direct Legislation League au New Jersey, un type de structure qui se diffusa plus largement dans le Midwest dans les années 1890, parfois en lien avec le People’s Party (notamment au Dakota du Sud46).
Un dispositif politique helvétophile
Le républicanisme suisse, arme d’autopromotion
15L’étude des discours sur les institutions helvétiques au sein de ces trois mouvements révèle que ce modèle suisse est aussi une réponse faite aux craintes ou à l’hostilité que suscite la démocratie directe, exprimée dans la population en général et par leurs adversaires en particulier. Le fait qu’une république pratique le référendum devient donc l’argument fondamental dans la mobilisation de l’exemple suisse, pour des mouvements souhaitant proposer une forme républicaine alternative (boulangisme, People’s Party) ou instaurer ce type de régime (blasquisme).
- 47 Bertrand Joly, « Les projets constitutionnels du boulangisme », art. cit., p. 523, note 31.
- 48 Alfred Naquet, Discours prononcé le 28 septembre 1888, op. cit., p. 56. Après avoir longuement décr (...)
- 49 La Presse, 15 juillet 1889.
16Le niveau de difficulté auquel ils se confrontent pour introduire le référendum dans les débats est plus ou moins élevé selon le territoire. En France, les boulangistes ont maille à partir avec l’héritage du plébiscite bonapartiste. Celui-ci peut causer à la fois des équivoques dans les territoires d’implantation électorale républicaine et des attaques de leurs adversaires qui n’hésitent pas à les accuser de césarisme en interprétant leur défense du référendum comme une stratégie pour renouer avec le Second Empire. La méfiance semble réelle au sein d’une partie de l’électorat parisien par exemple, si bien que Bertrand Joly relève des objections lors de réunions boulangistes47. L’abandon du terme de « plébiscite », ou sa mise en relation directe avec celui de « référendum », est ainsi stratégique : reprendre le terme suisse permet de se détacher du stigmate bonapartiste voire de le retourner en faisant référence à un usage issu d’un régime républicain48. Lors d’une réunion parisienne, Georges Laguerre rappelle que « le plébiscite n’est autre chose que le référendum49 ».
- 50 The Advocate, 25 mars 1896, 9 mai 1894.
- 51 William A. Peffer, Peter H. Agersinger (eds.), Populism. Its Rise and Fall, Lawrence, University Pr (...)
17Même aux États-Unis, où existent des systèmes de démocratie directe (pour certaines modifications constitutionnelles, comme sur la prohibition adoptée en 1880 au Kansas, ou le référendum révocatoire – recall), la circonspection de l’électorat est perceptible : on trouve ainsi, dans la correspondance publiée, des interrogations sur le coût de son organisation, sa dangerosité, son application à l’échelle fédérale50. D’ailleurs, l’Omaha Platform demande simplement d’étudier favorablement sa mise en place et ce sont les opposants à la fusion avec le Parti démocrate qui le firent complétement entrer dans le programme après 1896, avec l’objectif tactique de radicaliser le parti51. Notons qu’au Kansas en particulier, les élus du mouvement ne font aucune action en cette direction, contrairement aux États voisins (Nebraska, Dakota du Sud). On voit que la référence suisse pousse à dépasser les frilosités initiales vis-à-vis du référendum et de l’initiative au sein même du People’s Party et de ses électeurs.
- 52 Louis de Belleval, Sommes-nous en République ?, op. cit., p. 36.
- 53 La Presse, 12 novembre 1888.
- 54 El Pueblo, 2 septembre 1903. Les trois modèles républicains sont évoqués ensemble.
- 55 El Pueblo, 3 octobre 1904.
- 56 « Un cantón de Suiza dentre de un regimen monárquico de opresión y vergûenza, de desastre y ruina » (...)
18Le fait que la Suisse soit bel et bien une république demeure son atout principal aux yeux des différents mouvements. Pour le People’s Party cela permet de se projeter dans un système républicain que le parti juge plus avancé dans un continuum démocratique. L’enjeu est d’autant plus important pour les boulangistes que la mise en avant de cette caractéristique est stratégique puisqu’elle illustre la possibilité du référendum comme procédé non plus plébiscitaire mais républicain. Ainsi, Louis de Belleval affirme que « quand on entend créer une république, c’est dans les constitutions républicaines qu’il faut aller chercher des modèles52 ». Le « droit de référendum – droit que le général Boulanger n’a pas inventé bien certainement, puisqu’il fonctionne en Suisse depuis de longues années », échappe à son expression historique plébiscitaire53. Le blasquisme est plus en retrait par rapport à la question de la démocratie directe : nous avons vu que son usage du « plebiscito » est essentiellement rhétorique et n’engage pas un programme. En effet, le mouvement est avant tout motivé par le renversement de la monarchie au profit de la république et s’appesantit finalement peu sur les aspects purement institutionnels du nouveau régime qu’il compte établir. Si la Suisse est néanmoins un modèle, c’est avant tout en tant que république, aux côtés des États-Unis et de la France54. Dans le discours blasquiste, la Suisse s’inscrit dans un schéma géopolitique récurrent qui oppose d’un côté les monarchies jugées réactionnaires et de l’autre les différentes républiques associées au progrès de la civilisation55. En outre, ses caractéristiques démocratiques sont soulignées : le candidat Adolfo Gil y Morte félicite le républicanisme de Valence qui est comme « un canton suisse au sein d’un régime monarchique oppressif et honteux, de désastre et de ruine56 ».
Traduire le modèle suisse
- 57 La Presse, 20 octobre 1888.
- 58 La Presse, 5 juillet 1888.
19Mais la Suisse peut à l’inverse constituer un repoussoir ou du moins, poser quelques problèmes. Tout d’abord, nos trois mouvements se confrontent à la méconnaissance de cet espace et à la nécessité de traduire certains aspects concernant la réalité helvétique. En effet, si l’usage du terme « référendum » tend à se développer, il n’est pas forcément évident pour les lecteurs et électeurs. Naquet utilise ainsi souvent, côte à côte, les termes de « référendum » et d’« appel au peuple » dans une redondance directement explicite, tout comme la presse du Kansas développe ses explications sur la démocratie directe helvétique en parlant de « direct legislation ». De la même manière, la Suisse est assimilée par analogie à des traditions nationales, tendant à rendre moins exotique cet emprunt, comme la Révolution française pour les boulangistes : « Nous sommes allés demander à la Suisse et à notre propre constitution de 1793 cette sauvegarde suprême d’un peuple libre, le jus ad referendum – autrement dit l’appel au peuple – le veto des citoyens57 », « Nous croyons, avec les hommes de la Révolution et avec les Suisses, qu’il est démocratique de soumettre les grandes lois à l’acceptation du peuple58. » Le People’s Party peut également mettre en parallèle le référendum suisse avec des réalités américaines, d’une part dans un souci d’explication et d’autre part pour rassurer l’électorat. Le long encart suivant, publié à plusieurs reprises pour défendre le modèle suisse, est en ce sens éclairant :
- 59 “Referendum All Right”, The Advocate, 10 juin 1896 : “Some People fear to copy the referendum becau (...)
Certaines personnes craignent d’adopter le référendum parce qu’il est issu de Suisse. Ceux-là ne devraient pas oublier qu’il vient également de Nouvelle-Angleterre. Mais ne pensez pas que la Suisse, en tant que petite République, doit être méprisée par ceux qui agissent pour améliorer les conditions de vie. Voici quelques éléments à garder en mémoire : la Suisse a une poste à tarif réduit ; la livraison gratuite dans les districts ruraux ; les télégrammes pour 11 cents ; le téléphone pour 16 dollars par an ; les tarifs ferroviaires les moins chers d’Europe, avec, malgré tout, les infrastructures [fondations] les plus coûteuses ; davantage de travail coopératif que nulle part ailleurs sur terre ; les meilleures opportunités d’éduquer ses fils et filles dans le monde. La Suisse consomme cinq fois plus en produits de luxe et en confort que les Italiens. Quand nous votons pour des partis et que nous trouvons les principes mêlés les uns aux autres, les Suisses votent pour chaque chose séparément, la seule qui soit raisonnable parmi les grandes méthodes de décision connues59.
- 60 Paula Cossart, « Initiative, référendum, recall », art. cit., p. 181.
- 61 Kansas Agitator, 26 avril 1894 : “Direct legislation by the people through the Initiative and the R (...)
20Ce texte est intéressant à plusieurs titres pour comprendre les enjeux de la diffusion du modèle suisse. Il nous apprend tout d’abord qu’il y a une méfiance vis-à-vis de la référence à la Suisse en elle-même, et qu’il est donc nécessaire de faire un parallèle avec la démocratie directe ayant existé en Nouvelle Angleterre – les town-meetings : il s’agit d’un argument assez récurrent sur place pour défendre l’introduction des mécanismes référendaires, notamment face aux opposants qui y voient une institution anti-américaine allant à l’encontre de l’esprit de la Constitution60. Il montre, en conclusion, les avantages par rapport au système actuel, et surtout, il dresse un portrait élogieux du pays en se fondant sur les réclamations du parti, à travers les conditions matérielles de la population. Celles-ci pourraient être améliorées grâce à un système politique plus démocratique – le référendum et l’initiative. On trouve cette même idée par ailleurs : « La démocratie directe du peuple à travers l’initiative et le référendum est la seule voie pour résoudre la question sociale61. » Présenter la Suisse à travers ses services publics et moyens de communication répond donc aux avantages matériels désirés par l’électorat. C’est une démarche propre aux trois mouvements ici étudiés : l’ensemble des problèmes qu’ils soulèvent par ailleurs, notamment dans les domaines économiques et sociaux, se résolvent au niveau politique, par la prise de pouvoir ou par la démocratisation des institutions. On comprend leur attrait pour le référendum suisse car il exprime une radicalité au niveau institutionnel et démocratique, moyen de résoudre par la souveraineté populaire les incuries qu’ils dénoncent.
- 62 La Presse, 19 mars 1889.
- 63 Ibid., 21 juin 1889.
- 64 The Advocate, 9 mai 1894.
21Ces mouvements prêtent à la Suisse des vertus dans d’autres domaines. Elle est régulièrement vantée pour sa société pacifique malgré sa diversité linguistique et religieuse. On trouve d’ailleurs cet argument dans les ouvrages intellectuels vantant le système suisse, comme dans ceux, susmentionnés, de McCrackan ou Pi y Margall. La relation de cause à effet est établie avec le couple référendum-initiative : le viatique semble tout indiqué pour mettre ici aussi fin aux divisions. Pour les boulangistes, « le référendum est le moyen suprême d’apaisement et de pacification62 » ; et au regard de la situation française : « Croit-on qu’en Suisse il n’y ait pas des conservateurs aussi enracinés, des cléricaux aussi intransigeants qu’en France […] ? Et cependant pas un de ces cléricaux ne met en question la forme républicaine et ne propose d’établir un empire ou une royauté en Suisse63. » C’est pourquoi il est envisagé de régler l’épineuse question religieuse par ce procédé. Les luttes politiques ne remettent donc pas nécessairement en cause la nature républicaine du régime. De même, dans un périodique du Kansas, l’adoption du système suisse possède cette vertu en permettant de « renoncer aux préjugés et aux partis » qui divisent la société64.
Éduquer au modèle suisse
22Afin de promouvoir ce système suisse auprès du grand nombre, les mouvements en question utilisent parfois des conférences et surtout la presse militante. Cette source nous informe sur de nombreux points puisqu’elle répertorie de façon plus ou moins précise les réunions, les organisations, les discours prononcés, les techniques de mobilisation et constitue donc une archive des mouvements. C’est également le principal et le plus développé des vecteurs d’information et de propagande à leur disposition.
- 65 Ces mouvements voient dans les réunions des organisations et la presse un moyen d’éducation : “Agit (...)
- 66 “Legislation in Switzerland”, The Advocate, 12 décembre 1896 : “A great deal has been printed in re (...)
- 67 Kansas Farmer, 22 février 1893.
23Ainsi, quand le modèle suisse est évoqué au sein des éditoriaux, des articles de première colonne, ou d’encarts qui recherchent l’efficacité, il sert avant tout d’argument d’autorité et d’exemplification en défense du programme plus que comme outil de diffusion du modèle helvétique. Il en découle une récurrence plus marquée quand la question constitutionnelle est centrale, ce qui est le cas des boulangistes : dans le premier mois de parution de La Presse (juin-juillet 1888), huit éditoriaux évoquent ouvertement le référendum dont cinq avec la référence suisse. À l’inverse, on remarque d’autres formats qui s’inscrivent dans une dimension éducative chère aux mouvements65, insistant davantage sur la description du fonctionnement de la démocratie suisse ou sur les avantages qu’elle est censée procurer. Cet article publié dans The Advocate peut servir d’illustration : « Beaucoup de choses ont été imprimées ces dernières années sur le système de législation avancé qui fonctionne en Suisse, mais de nombreuses personnes ne sont pas encore informées sur le fonctionnement pratique du système66. » Cette accroche est suivie d’une description succincte, puis la vulgarisation passe par des analogies avec les institutions américaines (entre les cantons et les États, des traductions comme « direct vote of the people » au lieu de référendum) et des exemples (une proposition de loi à Zurich). Ces deux procédés, analogie et exemplification, nourrissent cette pédagogie politique en faveur du modèle suisse. Certains articles plus longs reprennent des sélections d’ouvrages et peuvent s’étendre sur plusieurs colonnes. En février 1893, le Kansas Farmer publie un article intitulé « The referendum and initiative » qui occupe toute la sixième page, soit quatre colonnes complètes. Celui-ci est en grande partie composé d’extraits de The Rise of the Swiss Republic de McCrackan qui abordent le fonctionnement de la démocratie directe helvétique avec précision, et permettent de justifier les propos de l’auteur incitant à leur adoption et défendant la légitimité de l’inspiration tirée de ce pays67. Cette diffusion à portée éducative peut trouver des formes plus originales et efficaces, notamment à travers des poèmes ou des chansons, support régulièrement utilisés par ces mouvements qui les publient dans des fascicules ou au sein des périodiques. Le poème « Direct legislation » du révérend King dresse les bienfaits de la démocratie suisse :
- 68 Kansas Agitator, 8 novembre 1895.
‘Twas started first in Switzerland
That noble little nation,
But spreading now to every land -
‘Tis Direct legislation […]
Instead of Representatives
Elected by a faction,
The people vote, and each man gives
His choice on every action68.
- 69 Alfred Naquet, Discours prononcé le 28 septembre 1888, op. cit.
- 70 La Presse, 24 novembre 1888, 14 décembre 1888.
- 71 “Initiative and Referendum-How it Restores Liberty to the People”, Kansas Agitator, 18 janvier 1894
24Au-delà des périodiques, les nombreuses conférences et réunions où les cadres du mouvement promeuvent la démocratie directe permettent également de diffuser le modèle suisse en développant et en expliquant son contenu. Le 28 septembre 1888, Alfred Naquet prononce un long discours à Marseille où il décrit le projet constitutionnel du boulangisme69, ou plutôt les différentes possibilités qu’il envisage pour réviser la Constitution. Parmi celles-ci, la mise en place du référendum et de l’initiative est longuement développée, en expliquant les usages qui pourraient en être faits, dans quelles conditions (il expose ici le nombre de pétitionnaires), en se reposant sur la description des institutions suisses. Par la suite, Alfred Martineau, futur député boulangiste, intervient à deux reprises auprès du comité du viie arrondissement de Paris en novembre et décembre 1888 où il expose « la théorie du référendum, véritable base de la démocratie […] avec beaucoup de netteté70 ». Au Kansas, le meeting de la Farmers’ Alliance du 25 janvier 1894 programme une intervention sur « Initiative et référendum – comment redonner la liberté au peuple71 », le but semble donc d’expliquer comment cela pourrait s’adapter au contexte américain. Ici encore, le registre prescriptif s’accompagne du descriptif dans une forme d’éducation populaire, nécessaire pour soutenir l’adoption du modèle suisse et de la démocratie directe, en s’appuyant parfois sur l’exploitation d’essais ou écrits scientifiques.
*
25À la fin du xixe siècle, les institutions suisses trouvent un écho dans de nouveaux mouvements électoraux de masse qui cherchent et proposent une alternative se voulant plus démocratique. Celle-ci apparaît dans des contextes de crises qui agitent des sociétés traversées par d’importants problèmes socio-économiques, diplomatiques et politiques, face auxquels ces mouvements proposent comme remède l’extension ou la restauration de la souveraineté du peuple. Le référendum et l’initiative, au cœur d’un « moment suisse » intellectuel, répondent à cette recherche de radicalité démocratique. On remarque des variations entre les espaces étudiés, liées aux contextes institutionnels : si la Suisse est bien un modèle pour les blasquistes, l’insistance sur la démocratie directe est moindre car le mouvement se concentre avant tout sur le renversement du cadre monarchique, alors que dans les régimes républicains, boulangistes et membres du People’s Party y voient une étape supplémentaire de démocratisation. En ce sens, ces mouvements s’inscrivent dans la formulation d’un républicanisme radical fin-de-siècle, courant duquel leurs cadres sont d’ailleurs issus en grande majorité. Ils voient dans la démocratie directe la poursuite de la geste révolutionnaire de la fin du xviiie siècle, à laquelle ils font tous référence, geste qu’ils interprètent comme l’avènement de la souveraineté populaire. S’ils prennent en compte les nouvelles problématiques sociales, ils pensent leur résolution à travers la démocratisation des institutions. Selon eux, c’est parce que le peuple n’a plus ou pas le pouvoir qui lui échoit qu’il se trouve dans une situation sociale, morale et politique dégradée. Confrontés aux contradictions du suffrage universel, ces mouvements reformulent un républicanisme radical à destination des masses puis trouvent dans la démocratie directe une solution pour les dépasser, et en la Suisse un exemple de mise en pratique.
26Néanmoins, si la référence aux institutions suisses relève bien d’une forme de modèle, ces mouvements sont plus ambigus sur l’application de la démocratie directe dans leur pays. Absents du programme blasquiste, le référendum et l’initiative sont perçus par ses membres comme les mesures les plus radicales du programme du People’s Party, revendiqués – en partie stratégiquement – par les « mid-road populists » hostiles aux alliances avec le Parti démocrate. Enfin, bien que le référendum soit au centre du programme constitutionnel des boulangistes, il demeure une ambiguïté sur son fonctionnement futur ; de plus, cette mesure reste un moyen pour entretenir un flou programmatique sur certaines questions au profit d’alliances stratégiques (la question religieuse) et pour contrecarrer les accusations de césarisme. Ainsi, ils se servent du modèle suisse dans les débats internes ou pour répondre à leurs adversaires et s’adaptent alors aux logiques du jeu politique vis-à-vis desquelles ils clament pourtant leur hostilité. C’est ainsi qu’il faut comprendre la circularité du modèle de démocratie directe suisse qui se trouve à la croisée des revendications démocratiques et des enjeux stratégiques.
Notes
1 “The employment of the referendum in Switzerland has proved that the people are unfavorable to much and to complicated legislation. They insist upon few laws and want those few good, practical and simple”, Kansas Agitator, 18 janvier 1894.
2 Pierre Rosanvallon, La Démocratie inachevée, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 2000, p. 312. Au regard de son poids dans le boulangisme et la chronologie des publications sur le sujet, il semble que ce « moment suisse » puisse être situé dès les années 1880 plutôt qu’à partir des années 1890.
3 Pour avoir un aperçu de ce « moment suisse » dans les espaces concernés, en nous limitant aux écrits qui s’intéressent spécifiquement aux aspects institutionnels de la Suisse, nous pouvons citer les travaux suivants. Pour les États-Unis : Bernard Moses, The Federal Government of Switzerland, an Essay on the Constitution, Oakland, Pacific Press, 1889 ; John Martin Vincent, State and Federal Governement in Switzerland, Baltimore, Johns Hopkins Press, 1891 ; Boyd Winchester, The Swiss Republic, Philadelphie, J.-B. Lippincott, 1891. Pour la France : Émile de Laveleye, « La forme nouvelle du gouvernement aux États-Unis et en Suisse », Revue des Deux Mondes, t. 76, juillet-août 1886 ; Louis Wuarin, « L’évolution de la démocratie en Suisse », Revue des Deux Mondes, t. 106, juillet-août 1891. Pour l’Espagne : Valentí Almirall, La Confederación Suiza y la unión americana : estudio político comparativo, Barcelone, Libreria de López Bernagossi, 1886 ; Segismundo Moret, El referendum : discurso leído el día 9 de noviembre de 1895 en el Ateneo Científico y Literario de Madrid con motivo de la apertura de sus cátedras, Madrid, Ateneo Científico y Literario, 1895.
4 L’inspiration suisse ne se limite pas à ces mouvements, on le verra plus loin avec les réflexions de Moret en Espagne, mais la Grande-Bretagne est également atteinte par ce « moment suisse », par exemple : Mads Qvortrup, “A.V. Dicey: the Referendum as the People’s Veto”, History of Political Thought, vol. 20, 1999/3, p. 531-546.
5 Au regard de la bibliographie considérable et parfois redondante sur le populisme, il serait impossible de donner ici une liste représentative des références à ces mouvements, souvent mobilisés brièvement pour apporter de la profondeur historique au concept : Antoine Chollet, « De quelques mésusages de l’histoire », Revue européenne des sciences sociales, vol. 58, 2020/2, p. 97-116. Aux États-Unis, la question du populism en tant que concept et en tant que mouvement politique est l’objet d’un long débat historiographique : Charles Postel, The Populist Vision, New York, Oxford University Press, 2007. Pour l’Espagne, ce sont les historiens des nouveaux mouvements radicaux qui ont employé ce concept, aussi bien pour le lerrouxisme que pour le blasquisme, Ramiro Reig, et surtout Carlos Serrano, Le Tour du peuple, Madrid, Bibliothèque de la Casa de Velázquez, 1987 (sans grand écho au-delà de la péninsule). Enfin pour le boulangisme : Bertrand Joly, Aux origines du populisme. Histoire du boulangisme, Paris, CNRS Éditions, 2022.
6 Les blasquistes se définissent et sont perçus comme tels, de même que le People’s Party, à la croisée des mouvements dits réformistes et du GOP réformé post-Civil War, tandis que les cadres du boulangisme viennent du gambettisme ou du radicalisme le plus poussé, auquel ils reprennent de nombreuses propositions.
7 On pense ici, d’une part, à la grande stagnation de la fin du siècle, d’autre part, aux conséquences morales des crises géopolitiques (respectivement la guerre de Sécession, la guerre franco-prussienne et la perte des colonies en 1898).
8 Margaret Canovan, Populism, New York, Harcourt Brace Jovanovich, 1981, p. 192-202.
9 “Switzerland is the Model Republic of the World”, People’s Voice, 12 août 1892.
10 El Pueblo, 4 août 1901, 9 septembre 1906.
11 Parmi quelques exemples du reste fort nombreux : La Presse, 8 et 26 juin 1888, 20 octobre 1888, 12 novembre 1888.
12 Alfred Naquet, Discours prononcé le 28 septembre 1888 au Cercle révisionniste de Marseille, Avignon, Imprimerie Gros, 1888.
13 Kansas Agitator, 18 janvier 1894.
14 People’s Voice, 7 mai 1896.
15 El Pueblo, 3 octobre 1904.
16 La Presse, 17 septembre 1889.
17 Dans l’ordre : The Advocate, 9 mai 1894 ; Kansas Agitator, 8 novembre 1895 ; El Pueblo, 19 septembre 1898.
18 Dans l’ordre : Kansas Agitator, 29 décembre 1891, 8 novembre 1895 ; People’s Voice, 7 mai 1896 ; La Presse, 9 novembre 1888.
19 Pour la presse populiste : People’s Voice, 12 août 1892 ; The Advocate, 23 mai 1894 ; People’s Voice, 24 février 1893 ; Kansas Agitator, 8 novembre 1895. Pour le boulangisme : « Le plébiscite », La Presse, 5 juillet 1888 et « Le referendum », La Presse, 9 novembre 1888.
20 La Presse, 24 mars 1889.
21 Ibid., 4 mars 1889, 20 octobre 1889.
22 Alfred Naquet, Discours prononcé le 28 septembre 1888, op. cit., p. 50.
23 Les boulangistes ne sont pas fédéralistes (sauf peut-être La Cocarde) mais les demandes de décentralisation sont nombreuses (La Presse, 12 nov. 1888) en mobilisant l’exemple suisse ou étatsunien.
24 Kansas Agitator, 7 août 1896 : “The only reasonable plan would be proportional representation as in Switzerland”. Naquet semble préférer un exécutif sous forme de conseil à l’image de la Suisse : Alfred Naquet, Discours prononcé le 28 septembre 1888, op. cit., p. 38. On trouve mention de cette dimension des institutions suisses, jugée plus démocratique dans le People’s Voice, 7 mai 1896. Mais la question centrale pour le People’s Party demeure l’élection du président au suffrage direct, non son remplacement par un conseil.
25 Laurence Morel, La Question du référendum, Paris, Presses de Sciences Po, 2019, p. 83.
26 Sur ce sujet : Olivier Meuwly, Une histoire politique de la démocratie directe en Suisse, Neuchâtel, Alphil, 2018 ; Andreas Auer (dir.), Les Origines de la démocratie directe en Suisse, Bâle, Helbing & Lichtenhahn, 1996. Pour une présentation synthétique des débats autour de l’origine de la démocratie directe en Suisse : Antoine Chollet, « Les allers-retours transatlantiques du référendum », Traverse, Zeitschrift für Geschichte-Revue d’histoire, 2019/1, p. 58-70.
27 Segismundo Moret, El referendum, op. cit., p. 38 : « nueva evolución de la democracia moderna » ; « hombres más capaces de guíar [al pueblo] ».
28 Émile de Laveleye, « La forme nouvelle du gouvernement aux États-Unis et en Suisse », art. cit.
29 Louis Wuarin, « L’évolution de la démocratie en Suisse », art. cit.
30 Journal officiel de la République française. Débats parlementaires. Chambre des députés, 19 mars 1893, p. 1766.
31 Thomas Goebel, A Government by the People: Direct Democracy in America, 1890-1940, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2002.
32 James Sullivan, Direct Legislation by the Citizenship Through the Initiative and Referendum, New York, Twentieth Century publishing Co, 1892 ; William McCrackan, The Rise of the Swiss Republic, Boston, Arena Publishing, 1892.
33 James Sullivan, Direct Legislation by the Citizenship, op. cit., p. 95 (« peaceful revolution »).
34 William McCrackan, The Rise of the Swiss Republic, op. cit., VIII.
35 People’s Voice, 24 février 1893 ; Kansas Agitator, 8 décembre 1892 ; Kansas Farmer, 25 février 1893.
36 “I cannot, in treating this subject, do better than quote liberally the clear and forcible utterances of W. D. McCrackan, M. A., a close and enthusiastic American student of federalism as a system of government, in his excellent work, ‘The Rise of the Swiss Republic’ ”, Kansas Farmer, 21 février 1893.
37 « gobierno del pueblo por el pueblo », « democracia pura » : Valentí Almirall, La Confederación Suiza y la unión americana, op. cit., p. 201.
38 Francisco Pi Y Margall, Las nacionalidades, Madrid, Eduardo Martinez, 1877.
39 Vicente Blasco Ibañez, Obras completas, t. 3, Madrid, Aguilar, 1958, p. 802.
40 Louis de Belleval, Sommes-nous en République ?, Paris, A. Rousseau, 1888 ; Louis Andrieux, La Révision, Paris, Librairie de la nouvelle presse, 1889. Partisan de la révision constitutionnelle de longue date, son modèle est plutôt étatsunien : il croit davantage aux vertus de la séparation des pouvoirs qu’en celles de la démocratie directe.
41 Bertrand Joly, « Les projets constitutionnels du boulangisme », Bibliothèque de l’École des chartes, t. 166, 2008/2, p. 515-541.
42 Journal officiel de la République française, Débats parlementaires, Chambre des députés, 4 juin 1888.
43 Jean-Louis Marin-Lamellet, « Publier la “Cause du Peuple” : le populisme américain au prisme de Benjamin O. Flower, réformateur », Les Chantiers de la création, vol. 6, 2013 [https://journals.openedition.org/lcc/646] (consulté en avril 2022).
44 Kansas Agitator, 8 décembre 1892.
45 Walter Nugent, The Tolerant Populists: Kansas Populism and Nativism, Chicago, University of Chicago Press, 2014 (1re éd.1963), p. 49.
46 Paula Cossart, « Initiative, référendum, recall : progrès ou recul démocratique ? (États-Unis, 1880-1940) », in Marie-Hélène Bacqué, Yves Sintomer (dir.), La Démocratie participative : histoire et généalogie, Paris, La Découverte, 2011, p. 182 ; Steven L. Piott, “The Origins of the Initiative And Referendum In South Dakota: The Political Context”, Great Plains Quarterly, vol. 12, 1992/3, p. 181-193.
47 Bertrand Joly, « Les projets constitutionnels du boulangisme », art. cit., p. 523, note 31.
48 Alfred Naquet, Discours prononcé le 28 septembre 1888, op. cit., p. 56. Après avoir longuement décrit le fonctionnement du référendum en Suisse et brocardé les lois constitutionnelles de 1875, « monarchistes », il affirme : « Je suis plébiscitaire parce que je suis démocrate. »
49 La Presse, 15 juillet 1889.
50 The Advocate, 25 mars 1896, 9 mai 1894.
51 William A. Peffer, Peter H. Agersinger (eds.), Populism. Its Rise and Fall, Lawrence, University Press of Kansas, 1984, p. 161-171.
52 Louis de Belleval, Sommes-nous en République ?, op. cit., p. 36.
53 La Presse, 12 novembre 1888.
54 El Pueblo, 2 septembre 1903. Les trois modèles républicains sont évoqués ensemble.
55 El Pueblo, 3 octobre 1904.
56 « Un cantón de Suiza dentre de un regimen monárquico de opresión y vergûenza, de desastre y ruina », El Pueblo, 10 mai 1901.
57 La Presse, 20 octobre 1888.
58 La Presse, 5 juillet 1888.
59 “Referendum All Right”, The Advocate, 10 juin 1896 : “Some People fear to copy the referendum because it is Swiss. Such should not forget that it is of New England as well. But don’t think that Switzerland though a small republic is to be scorned by those who are working for better conditions. Let make a note of the facts: Switzerland has penny postage; free delivery in rural district; telegrams for 11 cents; telephones at $16 per year; the cheapest railway frates in Europe, though on the costliest road-beds; more co-operative work than anywhere else on earth; the best chances to educate sons and daughters in the world. The Swiss consume five time as much luxuries and comforts as do the Italians. While we vote for parties and get principles all jumbled together, the Swiss voter gets at one thing at a time, the only sensible dominant issue method known”.
60 Paula Cossart, « Initiative, référendum, recall », art. cit., p. 181.
61 Kansas Agitator, 26 avril 1894 : “Direct legislation by the people through the Initiative and the Referendum is the only way to solve the social problem”.
62 La Presse, 19 mars 1889.
63 Ibid., 21 juin 1889.
64 The Advocate, 9 mai 1894.
65 Ces mouvements voient dans les réunions des organisations et la presse un moyen d’éducation : “Agitate, educate, organize” est un des slogans du Kansas qui possède des “lecturers” devant enseigner les notions politiques et économiques au sein des alliances, les blasquistes fondent une université populaire à Valence, et les boulangistes reprennent la thématique du peuple « éclairé ».
66 “Legislation in Switzerland”, The Advocate, 12 décembre 1896 : “A great deal has been printed in recent years about the advanced system of legislation in operation in Switzerland, but many people are as yet uninformed as to the practical workings of the system.”
67 Kansas Farmer, 22 février 1893.
68 Kansas Agitator, 8 novembre 1895.
69 Alfred Naquet, Discours prononcé le 28 septembre 1888, op. cit.
70 La Presse, 24 novembre 1888, 14 décembre 1888.
71 “Initiative and Referendum-How it Restores Liberty to the People”, Kansas Agitator, 18 janvier 1894.
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Référence papier
François Robinet, « Actualiser le gouvernement du peuple. La Suisse comme modèle alternatif en France, aux États-Unis et en Espagne à la fin du xixe siècle », Revue d'histoire du XIXe siècle, 64 | 2022, 153-169.
Référence électronique
François Robinet, « Actualiser le gouvernement du peuple. La Suisse comme modèle alternatif en France, aux États-Unis et en Espagne à la fin du xixe siècle », Revue d'histoire du XIXe siècle [En ligne], 64 | 2022, mis en ligne le 02 janvier 2025, consulté le 09 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/rh19/8290 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rh19.8290
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