Texte intégral
- 1 Voir par exemple A. Lacheret-Dujour, La Prosodie du français, Paris, CNRS éditions, 1999.
- 2 Voir C. Dodane et C. Schweitzer dir., La Description de la parole : de l’introspection à l’instrume (...)
1La prosodie se définit comme une discipline linguistique se fondant sur un ensemble de notions, comme le ton, l’accent, l’intonation, la durée syllabique, le débit, la mélodie et le rythme1. Dans la réflexion sur le langage de la première modernité, plusieurs de ces notions concernent pleinement la rhétorique2 ; il en est ainsi de la quantité syllabique, qui est au fondement du « nombre » tel que l’entend la rhétorique antique, le numerus : les syllabes longues ou brèves sont la matière même des pieds de la poésie latine comme des cellules rythmiques en prose. Le débat sur la quantité en français peut se formuler simplement : existe-t-il dans notre langue des syllabes longues et des syllabes brèves, de la même manière que dans les langues anciennes ? Le français distingue-t-il comme le latin des voyelles longues et d’autres brèves ? Ces deux questions, souvent identifiées l’une à l’autre, se posent explicitement à partir de la Renaissance et pendant plus de deux siècles, et ses implications sont essentielles à la pensée de la langue, de la poésie et du chant.
- 3 Ch. Thurot, De la prononciation française depuis le commencement du xvie siècle d’après les témoign (...)
2Le champ de recherche ouvert par la réflexion sur la quantité vocalique et syllabique intéresse à la fois le domaine de la phonétique historique et les recherches des spécialistes de musique et de littérature de la Renaissance. Les études de phonétique historique prennent leur source dans la philologie de la fin du xixe siècle, avec notamment la somme de Charles Thurot, De la prononciation française depuis le commencement du xvie siècle d’après les témoignages des grammairiens3. C’est dans cette perspective que s’inscrivent les travaux d’Yves-Charles Morin, spécialiste de phonologie et de phonétique à l’Université de Montréal, proposant des analyses fouillées sur l’histoire de la prononciation du français, en particulier pour la période du xvie au xviiie siècle, et consacrant spécifiquement plusieurs articles à la question des longueurs vocaliques (voir la bibliographie à la fin de cet article). Concernant les études musicales et littéraires, ce sont les dernières décennies du xxe siècle qui ont permis l’émergence de la réflexion sur la notion de quantité.
- 4 Bertrand de Bacilly, L’Art de bien chanter de M. de Bacilly, augmenté d’un discours qui sert de rép (...)
- 5 Voir dans ce numéro, l’article d’Olivier Bettens.
- 6 Nous empruntons l’expression à Olivier Bettens.
- 7 Voir notamment les travaux de G. Durosoir : « La première décennie de l’air de cour et la postérité (...)
- 8 La thèse d’Isabelle His, soutenue en 1990 (« Les mélanges de Claude Le Jeune, Anvers, Plantin, 1585 (...)
- 9 Voir A.-M. Goulet et L. Naudeix dir., La Fabrique des paroles de musique en France à l’âge classiqu (...)
3L’intérêt renouvelé qui s’est manifesté pour la déclamation et le chant de la période baroque avec une prononciation dite « restituée » est très certainement pour beaucoup dans l’approfondissement de ces questions : le Théâtre de la Sapience, fondé par Eugène Green en 1977, et l’ensemble Les Arts Florissants, fondé en 1979 et encore aujourd’hui dirigé par William Christie, sont deux exemples illustres de ce mouvement qui dépasse le cercle des érudits pour gagner progressivement un plus large public d’amateurs enthousiastes, jusqu’à installer la musique baroque dans notre paysage culturel contemporain. Dès 1971, la réimpression de l’ouvrage de Bacilly, L’Art de bien chanter4, suscite l’intérêt des chercheurs5 et, au moment où Les Arts Florissants donnent Atys à l’Opéra-comique (1987) et où l’on s’interroge quant à la prononciation restituée dans le cadre de spectacles, des travaux universitaires portant sur les musiciens-poètes6 et les théoriciens de la Renaissance ouvrent tout un champ de réflexion : l’académie de Baïf et la musique mesurée à l’antique7, Claude Le Jeune8, et plus généralement les paroles de musique9 sont à l’honneur. Parmi toutes les questions que suscite cette intense réflexion, celles qui concernent la longueur des voyelles et celle des syllabes sont parmi les plus complexes.
- 10 J. Vignes, « L’Harmonie universelle de Marin Mersenne et la théorie du vers mesuré », dans O. Rosen (...)
- 11 Au livre VI du Traité des consonances dans l’Harmonie universelle contenant la théorie et la pratiq (...)
- 12 H. Weber, La Création poétique au xvie siècle en France, Paris, Nizet, 1955, p. 151.
- 13 F. Deloffre, Le Vers français, Paris, Sedes, 1973, p. 103 ; Jean Brunel, introduction aux Œuvres de (...)
- 14 J. Vignes, « Brève histoire du vers mesuré français au xvie siècle », Albineana, Cahiers d’Aubigné, (...)
4La lecture des travaux récents sur la quantité ne permet pas de dégager une interprétation univoque de la notion pour le français de la première modernité et révèle au contraire l’existence de débats toujours en cours. Dans un article qu’il consacrait au vers mesuré en 199810, Jean Vignes défendait les analyses de Mersenne dans son chapitre « De la rythmique, ou des mouvements mesurez, de la prosodie et de la Metrique11 », estimant qu’il ne s’agissait pas pour le musicien « d’imposer a priori une répartition plus ou moins arbitraire des quantités, mais de rendre compte aussi fidèlement que possible, de réalités phonétiques observées ». Considérant que « les contemporains de Baïf et de Mersenne percevaient des différences de longueurs qui aujourd’hui ont disparu, ou du moins nous échappent », Jean Vignes s’opposait explicitement aux affirmations d’Henri Weber, selon lesquelles « la différence de longueur des syllabes est à peu près imperceptible en français12 », et à celles d’autres critiques plus récents13. Cependant, une quinzaine d’années plus tard, il revient sur cet aspect en des termes différents. Il estime que la quantité vocalique est « peu sensible dans la langue courante » et, en considérant que les graphies de Baïf indiquaient la durée de chaque syllabe suivant le principe des langues grecque et latine pour lesquelles une longue égale deux brèves, il note que « le système graphique de Baïf vise moins à matérialiser la réalité phonique ambiante qu’à imposer un rythme vocal aux compositeurs, aux chanteurs, éventuellement aux lecteurs14 ».
- 15 J.-C. Monferran, « Declique un li clictis : la poésie sonore de Jacques Peletier », dans O. Rosenth (...)
- 16 S. Baddeley, « La “parole tresnée” au xvie siècle : témoignages sur la perception de la longueur vo (...)
- 17 J. Palsgrave, L’eclaircissement de la langue française [1530], éd. S. Baddeley, Paris, Honoré Champ (...)
- 18 L. Biedermann-Pasques, « Vers une théorie de la prosodie du français (du xiiie au xviiie siècle) », (...)
5De son côté, Jean-Charles Monferran considère que, de manière générale, l’opposition de quantité syllabique « n’est plus pertinente en française » et que Jacques Peletier du Mans cherche un procédé sonore qui s’ajoute à la rime pour pallier « cette déficience de la langue française15 ». Au contraire, dans un article tirant parti des « témoignages sur la perception de la longueur vocalique », Susan Baddeley étudie des écarts dans la perception de la quantité en fonction des régions16. Quant aux travaux de Liselotte Biedermann-Pasques, ils mettent également en évidence des faits d’opposition de longueur ; elle observe ainsi chez Palsgrave17 « une corrélation très nette entre la place de l’accent tonique en finale de mot et la durée longue de la voyelle (et par suite de la syllabe)18 ».
6Ces débats toujours d’actualité révèlent la technicité de la notion de quantité en français, l’étendue de ses implications – linguistiques, musicales, pédagogiques ou idéologiques –, la variété des contextes dans lesquels elle est opérante, la durée des débats qui la mettent en cause de la Renaissance jusqu’au milieu du xviiie siècle pour ses derniers échos.
- 19 Bertand de Bacilly, Remarques curieuses sur l’art de bien chanter, Paris, Ballard, 1668. Repris sou (...)
7Alors que l’Académie de Baïf explore la question de la quantité syllabique dans les années 1570-1580, celle-ci semble nettement moins présente pendant le premier xviie siècle, mais il ne faudrait pas conclure trop rapidement à sa disparition. Les échos des expérimentations métriques de Baïf se font entendre bien après la fin de son Académie, et le sentiment de la quantité syllabique perdure pour partie aux xviie et xviiie siècles. L’art de bien chanter (1668) de Bacilly constitue un témoignage exemplaire de l’intérêt que suscite la notion de quantité19. Il reste encore beaucoup à faire pour saisir les enjeux de ce champ de la prosodie, au-delà de la Renaissance.
8Si l’on ouvre à la fois des grammaires consacrant une partie à la phonétique et des traités de prononciation, on note qu’ils reconnaissent de manière générale l’existence de quantités syllabiques. Il en est ainsi par exemple de l’Essay d’une parfaite grammaire de la langue françoise de Laurent Chifflet, qui paraît en 1659. L’ouvrage donne plusieurs séries d’exemples de voyelles longues ou brèves, qu’il présente comme la simple observation de faits :
- 20 Laurent Chifflet, Essay d’une parfaite grammaire de la langue françoise, Anvers, Jacques van Meurs, (...)
Les Voyelles sont, longues ou brieves. Les brieves ou courtes, se prononcent habilement ; Par exemple l’a en ces mots, Hommage, un page de service. Les longues sont traisnées plus tardivement, comme si la Voyelle estoit redoublée ; ainsi l’on prononce l’a en page d’un livre ; comme s’ils estoient écrits, Imaage, Paage20.
- 21 Sa dédicace au duc de Bourgogne en donne un aperçu (Jean Hindret, L’Art de prononcer parfaitement l (...)
9Dans sa préface, l’abbé Chifflet se reconnaît comme l’héritier de Vaugelas et affirme enseigner « une Langue, qui est entierement formée, et qui est parvenuë au point de sa perfection, telle qu’est aujourd’huy la Langue Françoise, fondée sur l’usage de la Cour, sur celuy des Maîtres de la Langue, et sur celuy des bons Escrivains. » Bien qu’aucun jugement de valeur ne soit exprimé dans les observations sur les quantités, il va de soi que leur respect s’inscrit dans le cadre du bon usage. Le traité de Jean Hindret, L’Art de prononcer parfaitement la langue française, publié une première fois en 1687, puis dans une version augmentée en 1696, rappelle cette perspective adoptée par le grammairien Chifflet, dans les pas de Vaugelas et plus encore de Bouhours, défendant l’idée que la perfection de la langue française surpasse celle du latin. Hindret affirme l’existence de la quantité syllabique en français, mais n’en propose pas d’analyse systématique : il s’en remet lui aussi au bel usage, celui de Paris et de la cour, contre les manières de « la petite Bourgeoisie de Paris » et plus encore de la province21.
- 22 Jean Hindret, L’Art de prononcer parfaitement la langue française, Paris Laurent d’Houry, 1696, t. (...)
- 23 Id.
10Un terme clé ponctue L’Art de prononcer parfaitement la langue française, celui de régularité. Faut-il entendre par « régularité » la conformité à des règles, ou ce qui se déduit des pratiques de Paris et de la cour ? Hindret se montre partagé entre l’usage, qui apparaît comme un horizon difficilement accessible, et la règle, qu’il ne devrait pas être nécessaire d’exprimer mais dont le besoin se fait ressentir. Concernant la quantité en particulier, l’auteur réclame « un peu d’uniformité dans la prononciation des longues et des brèves » tout en repoussant la formulation de règles à un avenir indéterminé : « il faut attendre encore quelques années et laisser cet Article pour les plus curieux22 », affirme-t-il. À défaut d’une théorie générale, Hindret souhaite s’en tenir à « la prononciation des longues et des brèves, que tous les honnêtes gens prononcent avec beaucoup de régularité23 ».
11Autre théoricien qui se situe dans une perspective semblable : Louis de Courcillon de Dangeau, qui est élu à l’Académie française dès 1668 alors qu’il n’a encore rien publié, fait paraître ses Essais de grammaire en 1694. La préface annonce une grammaire, qui fera suite au dictionnaire de l’Académie fraîchement publié. Ces « essais » forment un petit ouvrage composé de trois discours consacrés exclusivement à l’orthographe et à la prononciation. Il ne publiera de grammaire (encore s’agit-il d’une grammaire très partielle) qu’à la fin de sa vie, en 1717, et ses Essais de grammaire sont en réalité un traité de prononciation. L’abbé Dangeau reconnait l’existence d’un phénomène de longueur vocalique, mais, considérant que celui-ci est lié à l’entourage consonantique, il choisit de ne pas l’étudier :
- 24 Louis de Courcillon de Dangeau, Essais de grammaire contenus en trois lettres d’un académicien à un (...)
Avant que d’aller plus loin, prenez garde encore s’il vous plaît que dans l’examen de la nature des voyelles, je n’examine ni le ton (cela pouroit apartenir à la Musique) ni la durée des voyelles qui fait que les unes sont longues, les autres breves : car cela nous donneroit un plus grand nombre de voyelles et feroit un a bref, tel qu’il est dans la premiere silabe de paroître, et un a long tel qu’il est dans la premiere silabe de pâle. Je n’examine ici que les sons en eux-mêmes sans aucune des circonstances qui peuvent les varier ou pour le ton, ou pour la durée24.
Dangeau renonce ainsi à un étudier un fait de langue en raison de sa trop grande complexité, ce qui peut être révélateur de la finalité de son ouvrage, de l’attente de ses lecteurs – à moins que cet évitement de la part d’un auteur dont on reconnaît qu’il a l’oreille fine ne puisse s’interpréter autrement. Dangeau semble prudent. Dans sa préface, il revendique de considérer le français en lui-même, sans le comparer aux autres langues, qu’elles soient anciennes ou vernaculaires : le français comme seul objet. Reconnaître la quantité vocalique sans en parler vraiment peut être une manière pour lui de botter en touche sans froisser ses collègues académiciens et plus généralement sans prendre le risque de contrarier ces Modernes qui ne veulent pas que l’on dénie au français les qualités du latin.
12Les chapitres que les grammaires de cette époque consacrent à la prononciation adoptent sensiblement la même perspective, tel l’ouvrage de François Séraphin Regnier-Desmarais paru en 1706, qui considère lui aussi que la théorisation de la longueur vocalique est une entreprise trop difficile :
- 25 François Séraphin Regnier-Desmarais, Traité de la Grammaire françoise, [Paris, Jean-Baptiste Coigna (...)
Il n’est pas facile de marquer des regles de cette prononciation longue ou breve, qui soient bien seures. Cependant on ne laissera pas d’en toucher icy quelques-unes qui sont communes à l’a, et aux autres voyelles ; le surplus ne se peut apprendre que de l’Usage, le seul maistre de la parfaite prononciation d’une Langue25.
- 26 Voir dans ce numéro, l’article d’Olivier Bettens.
- 27 Claude Buffier, Grammaire françoise sur un plan nouveau : pour en rendre les principes plus clairs (...)
Pour Regnier-Desmarais, comme pour ses prédécesseurs, l’usage prévaut sur un corpus de règles hasardeux. On peut encore citer Claude Buffier, dont la grammaire est publiée en 1709. Même cet auteur qui réfléchit à une opposition de quantité par position26 et qui prend le temps de développer des analyses prosodiques s’appuyant sur des exemples, ouvre son chapitre « De la quantité des silabes » par une concession : « Bien qu’on ne puisse donner sur ce point des règles qui soient d’une parfaite exactitude27 ».
13Les théoriciens en restent ainsi à une analyse parcellaire de la quantité et multiplient les échappatoires. La distance est notable entre le projet de grammaire qu’évoque Dangeau, dans le fil des grands travaux de l’Académie, et le petit traité de prononciation qu’il publie, en renonçant à réfléchir sur la quantité. Si les grammaires et les études de la prononciation ont pour tâche de décrire le fonctionnement de la langue pour en fixer l’usage, elles ne remplissent que très peu cette attente lorsqu’il est question de la quantité et la seule compensation possible au défaut de règles tient à la notion d’usage, en vigueur chez des auteurs comme Chifflet, Hindret ou Regnier-Desmarais. L’impression générale qui se dégage de ces ouvrages est qu’il existe bel et bien des oppositions de quantité en français, dont il serait trop difficile de dégager les règles. Les auteurs cependant apprécient diversement ces constats. Sur ce point, la Querelle des Anciens et des Modernes et ses développements tardifs permet de distinguer des partis. Chez les tenants des Anciens, l’abbé Dubos fournit des éléments de réflexion intéressants.
- 28 Voir S. Menant, « L’abbé du Bos, critique d’art », Revue d’histoire littéraire de la France, 2011/2 (...)
14Au début du xviiie siècle, Dubos est d’abord connu pour ses ouvrages historiques, avant d’être l’auteur des Réflexions critiques sur la poésie et sur la peinture, que l’on peut lire comme une forme de critique d’art28. Dubos considère lui aussi que la langue française repose sur l’alternance de voyelles brèves et longues, sans que les règles en soient bien connues des locuteurs, et il remarque également l’impossibilité de les formuler, mais c’est pour prendre le contre-pied de ce qu’écrivaient Hindret, Desmarets ou Charpentier. Déniant toute valeur aux tentatives de théorisation sur la quantité, Dubos insiste sur les inconvénients qui en découlent. En l’absence d’une théorie phonétique, les écrivains auraient tort de se croire autorisés à apprécier par eux-mêmes la musicalité de la langue :
- 29 Jean-Baptiste Dubos, Réflexions critiques sur la poésie et sur la peinture, Paris, J. Mariette, 171 (...)
Leur unique ressource seroit de consulter l’oreille ; mais la meilleure oreille ne suffit pas toûjours, principalement lorsque pour dire ainsi, on ne l’a point cultivée. Pour réüssir certainement dans ces tentatives, il faudroit avoir des regles établies qu’on pût consulter dans la chaleur de la composition, ou du moins il faudroit avoir fait d’avance plusieurs reflexions en conséquence desquelles on eut établi quelques maximes29.
- 30 Ibid., p. 314.
- 31 Sur le concept de « bonne oreille », voir A. Steuckardt et M. Thorel dir., Le Jugement de l’oreille (...)
Les préjudices résultant de l’absence de règles se font tout particulièrement sentir dans la poésie française dont le vers se fonde sur un nombre fixe de syllabes, sans porter la moindre attention à la quantité vocalique, alors qu’« un trop grand nombre de syllabes longues employées de suite retarde trop le progrès du vers dans la prononciation » et que, inversement, « un trop grand nombre de syllabes brèves employées de suite la précipitent désagréablement30 ». Le seul secours du poète serait celui de l’oreille31, dont l’abbé Dubos a déjà montré la faiblesse.
- 32 Il affirme que « la langue française observe la longueur et la brièveté des voyelles dans la pronon (...)
15Alors qu’il fait paraître ses Réflexions critiques dix ans après la première version de la grammaire de Buffier qui s’intéressait à la notion de quantité par position, Dubos n’en donne aucun écho. Rédigées au moment de la Querelle d’Homère, ses Réflexions critiques expriment une position résolument favorable aux Anciens, qui n’autorise pas les nuances ou les détails techniques, et elles consacrent définitivement le divorce entre poésie et quantité : en ce début de xviiie siècle, on ne rencontre plus de théoricien pour défendre l’idée selon laquelle les vers français gagneraient à faire entendre des longues et des brèves. Cela apparaît clairement par exemple dans le manuel de Charles Rollin, le Traité des études (1726)32 :
- 33 Charles Rollin, Traité des études [1726], éd. M. Letronne, Paris, Firmin Didot, 1863, t. I, p. 265.
D’où il est clair que le français a sa quantité, quoiqu’elle ne soit pas toujours aussi distinctement marquée pour chaque syllabe que dans le grec et le latin : mais cette quantité n’est point employée dans la poésie française à former différents pieds et différentes mesures33.
- 34 Voir dans ce numéro, l’article de Claudia Schweitzer.
La quantité syllabique ne relève certes plus du champ poétique, mais elle concerne encore la prosodie oratoire, qui est d’ailleurs volontiers confondue avec la prononciation ordinaire. Dans ce domaine, le Traité de prosodie française (1736) de l’abbé d’Olivet34 montre à quel point l’attente est grande.
- 35 Charles Batteux, De la construction oratoire, Paris, Dessaint et Saillant, 1763, lettre XI.
- 36 Pierre Joseph d’Olivet, Traité de prosodie française, Paris, Gandouin, 1736, p. 50.
16La prosodie d’Olivet n’est pas un cas isolé et se voit en particulier reprise par Charles Batteux dans son traité De la construction oratoire en 1763. Ce dernier a lu de près Olivet et il publie son propre traité comme un ensemble de lettres qu’il lui adresse, s’inspirant de son prédécesseur dans un chapitre consacré à « l’Accent prosodique35 ». La quantité est alors une notion périphérique par rapport à l’accent, mais indispensable à son analyse. Batteux emprunte explicitement au Traité de prosodie française l’idée qu’« il y a des longues plus longues, et des brèves plus brèves les unes que les autres36 », mais il ne présente pas quant à lui d’analyse des valeurs des différentes voyelles prises les unes après les autres et se fonde sur le nombre de syllabe des mots (monosyllabes, dissyllabes, trissyllabes), en distinguant féminin et masculin.
17En réfléchissant à la notion de position, comme l’avait fait Buffier, Batteux tente de présenter les règles les plus claires et nettes possible, mais cette clarté semble se dérober.
- 37 Ch. Batteux, De la construction oratoire, op. cit., p. 339.
I. Regle. Les polyssyllabes masculins ont après l’accent, ou une syllabe brève, ou deux très-brèves, c’est-à-dire, environ la valeur d’un tems.
II. Regle. Les polyssyllabes féminins ont après l’accent, ou le reste d’une demi-longue, ou une très-brève avec l’e muet, c’est-à-dire, un peu moins que la valeur d’un tems37.
En dépit d’une présentation rigoureuse, l’observation de faits impossibles à quantifier de manière chiffrée tempère d’emblée le désir de théorisation :
Je dois dire ici que les règles qu’on vient de voir, et les observations qui les ont produites n’ont été fournies que par l’attention de l’oreille. J’avois pensé que s’il y avoit quelque fondement dans la chose, et quelque exactitude dans les observations, je me rencontrerais en quelques points avec ceux qui ont fait des recherches sur cette matiere, et que cette rencontre, si elle avoit lieu, seroit une preuve de plus pour les règles à établir : c’est ce qui arrivé.
Batteux endosse alors le rôle d’un empiriste, guidé par son oreille. Afin d’asseoir ses impressions, il en appelle à un théoricien que l’on aurait pu croire oublié – Théodore de Bèze, qui écrivait deux cents ans plus tôt. Il le cite, il l’analyse, il l’interprète pour conclure : « Par conséquent notre règle est d’accord avec celle de Bèze38 ». Il ajoute enfin une dernière déduction : ces règles sont aussi « au fond à peu-près les mêmes » que celles des Latins et des Grecs. Ainsi, dans l’univers de Batteux, les tensions sont résolues et l’oreille et la règle sont en accord. Ou plutôt, l’oreille, qui est première et prépondérante, se voit confirmée par ce que l’on veut bien considérer comme la règle.
18Dans leur ensemble, les auteurs cités, de Hindret à Batteux, ne revendiquent pas l’absence de règles concernant la quantité syllabique mais constatent une difficulté théorique plus ou moins grande, comme s’il n’était pas envisageable de dénier cette notion à la langue française. Face à ceux qui professent l’évidence de la quantité syllabique, les pourfendeurs des longues et des brèves sont peu nombreux, dans un débat qui n’a rien de symétrique : face aux théoriciens affirmant que le matériel prosodique du français est le même que celui du grec ou du latin, très peu d’auteurs prétendent explicitement le contraire. Parmi les traités qui refusent d’admettre le principe des quantités vocaliques en français, celui de Bernard Lamy est l’un des plus importants et d’une influence durable. Le livre III de sa Rhétorique offre un véritable traité de phonétique.
- 39 Bernard Lamy, La Rhétorique ou l’art de parler, éd. Ch. Noille-Clauzade, Paris, Honoré Champion, 19 (...)
Nous ne devons pas nous imaginer que nous prononcions aujourd’hui le grec et le latin comme le faisaient les anciens Grecs et les Latins. Ils distinguaient en parlant la quantité de chaque voyelle. Nous ne marquons en prononçant un mot latin, que la quantité de la pénultième voyelle de ce mot. Nous ne prononçons pas une finale brève d’une autre manière qu’une finale longue39.
- 40 Pour cela, l’oratorien a pu s’appuyer sur un ouvrage qui lui était familier, la grammaire de Port-R (...)
- 41 K. Meerhoff, Rhétorique et poétique au xvie siècle en France : Du Bellay, Ramus et les autres, Leyd (...)
Lamy distingue clairement des notions souvent confuses chez ses contemporains, quantité, accent et aperture vocalique40, pour reconnaître clairement qu’il n’y a pas de quantité en français. Lamy semble bien seul dans la seconde moitié du xviie siècle à oser une telle affirmation, que l’on rencontre pourtant à la Renaissance41.
- 42 Il évoque par exemple Le Laboureur, qui avait fait paraître en 1669 un traité des Avantages de la L (...)
- 43 Voir à son sujet F. Pitou, « Frain de Tremblay (1641-1724). Angevin, académicien, moraliste », dans (...)
- 44 Frain du Tremblay est de la même génération que Lamy. Nous ne savons pas s’il a eu entre ses mains (...)
19Sans doute devons-nous cependant prendre garde à un risque d’erreur d’appréciation : à côté d’un Lamy expliquant pourquoi la quantité n’existe pas en français, on peut émettre l’hypothèse que d’autres se contentent de ne pas en parler. Leur silence pourrait s’interpréter comme une négation implicite, en partant du principe qu’il est certes inutile de s’intéresser à ce qui n’existe pas. Le fait de ne pas mentionner du tout le principe de quantité peut être considéré comme une forme de parti pris, mais cette interprétation est hasardeuse et ne peut être tentée que pour quelques auteurs, tel Jean Frain du Tremblay, qui publie en 1703 un Traité des langues. Celui-ci part du même constat que Bernard Lamy, selon lequel nous ne savons pas prononcer le latin, ce qui nous interdit toute comparaison avec les langues vernaculaires. Il ajoute qu’il est impossible de tenir un jugement de valeur sur la langue française puisque « chaque nation est prévenue en faveur de sa langue ». Lorsqu’il traite de la prononciation des langues, Frain du Tremblay n’évoque même pas la notion de quantité syllabique. Son analyse se veut une manière de mettre un terme à des « disputes », qui prennent leur origine dans des ouvrages publiés plusieurs décennies auparavant42. Membre de l’Académie d’Angers, Jean Frain du Tremblay43 semble ainsi vouloir échapper aux impasses de la Querelle des Anciens et des Modernes en prenant de la hauteur dans les débats sur la langue française44.
- 45 On citera en particulier le jésuite René Rapin qui, au début du xviiie siècle, estime que la poésie (...)
20Rencontre-t-on des auteurs qui tirent argument de l’absence de quantité pour dénigrer la langue française ? Très peu nombreux45, ils se font entendre avec vigueur au milieu du xviiie siècle. Lorsque Condillac, dans son Essai sur l’origine des connoissances humaines (1746), déplore l’infériorité de la prosodie française par rapport à celle du latin, il ne se prononce pas clairement sur l’existence de la notion de quantité dans notre langue. Il suggère qu’elle est avérée, mais à peine ; en tout cas, pas suffisamment :
- 46 Étienne Bonnot de Condillac, Essai sur l’origine des connoissances humaines, Amsterdam, Pierre Mort (...)
La prosodie des romains approchoit encore du chant ; aussi leurs mots étoient-ils composés de syllabes fort inégales : chez nous la quantité ne s’est conservée, qu’autant que les foibles inflexions de notre voix l’ont rendu nécessaire46.
Dans cet essai, l’absence ou plus exactement la faiblesse de la quantité syllabique est l’indice d’un défaut constitutif de notre langue, qui est incapable de l’harmonie et de « ces cadences qui frappoient si vivement les Romains47 ». Rousseau reprend à son compte cette analyse de Condillac et en radicalise la portée. Dans sa « Lettre sur la musique française » publiée en 1753, notre langue est l’objet d’une critique sévère en raison de sa mauvaise prosodie, qui est presque inaudible, et s’oppose en cela au grec ancien mais aussi à certaines langues vernaculaires comme l’italien. Le français ne répond à aucune règle claire, avec « des longues plus ou moins longues les unes que les autres, des brèves plus ou moins brèves, des syllabes ni brèves, ni longues ». Que penser d’une langue qui ne repose pas sur l’alternance de quantité ? Rousseau en déduit son incapacité musicale. Ses mots sont célèbres :
- 48 Jean-Jacques Rousseau, « Lettre sur la musique françoise » (1753), Œuvres complètes, Paris, Gallima (...)
D’où je conclus que les François n’ont point de Musique et n’en peuvent avoir ; ou que si jamais ils en ont une, ce sera tant pis pour eux48.
C’est dans le cadre de la Querelle des Bouffons que s’exprime Rousseau, avec une virulence qui lui a attiré de vives réactions, mais lorsqu’il proclame l’absence de quantité syllabique, il s’agit d’un propos très réfléchi, qu’il développe par ailleurs, dans son dictionnaire de musique. L’argument dont il s’empare est resté sous-jacent à la pensée de la langue pendant près de deux siècles, sans jamais s’imposer – en dépit des analyses d’un Bernard Lamy par exemple.
21Il n’y a certes pas de continuité entre la réflexion sur le bon usage, les débats opposant Anciens et Modernes et la Querelle des Bouffons, mais la remise en jeu de la notion de quantité est remarquable. Si les auteurs sont nombreux à s’intéresser à la notion de quantité, c’est bien parce qu’elle recèle des enjeux que l’on pourrait qualifier d’« idéologiques » – si l’on veut bien accepter ce terme anachronique pour la première modernité. Elle contribue à alimenter la réflexion sur la dignité de la langue française dans son rapport avec les langues anciennes, en particulier dans les débats entre Anciens et Modernes. Les auteurs qui reconnaissent l’existence d’une opposition de quantité en français s’expriment dans différents genres d’ouvrages et sans doute visent-ils des publics différents, avec des formes argumentatives distinctes – ce qui n’empêche pas qu’ils puissent se répondre et se nourrir les uns les autres. On aurait pu supposer que l’extinction des débats qui alimentent encore la querelle d’Homère conduirait à effacer la valeur polémique que recelait jusqu’à alors l’observation du matériel linguistique en général et de la prosodie en particulier. La reprise des débats sur la quantité syllabique au milieu du xviiie siècle peut être considérée comme un rebondissement inattendu mais aussi comme la persistance du caractère passionnel des réflexions sur l’idiome national. La quantité est porteuse d’un jeu de valeurs qui éclate dans les querelles, mais qui n’y est pas limité, car elle interroge le lien de la langue française aux langues anciennes, dans ses propriétés sonores.
- 49 18-19 mars 2021, Université Grenoble Alpes (organisation Sophie Hache, UMR Litt&Arts et ULR 1061-Al (...)
22En s’intéressant à la notion de quantité, les grammairiens de l’âge classique formulent des aspirations qui restent sans réponse et posent davantage de questions qu’ils n’en résolvent, dans les domaines rhétorique, linguistique, littéraire, musical. À leurs interrogations font écho les nôtres. Les articles rassemblés dans ce numéro de la revue Exercices de rhétorique, qui reprennent en grande partie les communications données lors d’un colloque consacré à la « quantité syllabique49 », se proposent de creuser plusieurs pistes : ils explorent des types d’ouvrages variés (dictionnaires, manuels pédagogiques, traités de prononciation, arts du chant ou partitions) et précisent l’état des connaissances prosodiques entre le xvie et le xviiie siècle, afin de faire dialoguer métadiscours et paroles de musique.
23Olivier Bettens compare le point de vue des grammairiens à celui des musiciens-poètes, en s’appuyant sur quelques auteurs remarquables à la fois au milieu du xvie siècle et à la fin du xviie siècle : Louis Meigret et Jean-Antoine de Baïf tout d’abord, puis Jean Hindret et Bertrand de Bacilly. Cette confrontation rend compte d’un écart très sensible de leurs perspectives en fonction de leurs disciplines, si bien que, même à un peu plus d’un siècle de distance les grammairiens s’en tiennent à un inventaire des voyelles longues, alors que les musiciens révèlent leur souci d’élargir les codifications métriques, au prix d’« artifices paraphonologique ». C’est bien la pratique musicale qui entraîne Baïf ou Bacilly à outrepasser les règles existantes pour proposer d’en renouveler la portée.
24Les vers mesurés proposés par Baïf et son académie inspirent durablement un nouveau modèle poétique et musical sensible à la prosodie. Isabelle His étudie dans ce cadre la question du strophisme et des « inconforts prosodiques » constatés lorsqu’une série de strophes se chantent sur le même air. La confrontation entre plusieurs lectures musicales d’un même texte et la mise en regard des partitions et des écrits théoriques contemporains montrent à quel point l’intérêt pour les quantités s’est diffusé chez les musiciens-poètes. Les chanteurs, aujourd’hui comme sans doute hier, sont amenés à prendre quelque liberté avec l’écrit pour faire coïncider leur interprétation et la prosodie.
25Le vers mesuré est loin d’être le seul lieu d’expérimentation du sentiment de la longueur syllabique. Dans son article consacré à Pierre Perrin, Jean Duron montre comment le poète s’efforce, au milieu du xviie siècle, de renouveler les liens « entre écriture poétique et écriture musicale », pour faire en sorte que la première précède la seconde tout en se fondant sur la respiration de la musique. Alors que Perrin refuse explicitement de s’assujettir aux théories érudites, ses compositions de vers français comme de cantiques néo-latins se montrent sensibles à la notion de quantité, en jouant sur « une belle varieté de syllabes longues et brieves ».
26Se penchant sur la prononciation de la prose latine en France aux xvie et xviie siècles, Aline Smeesters passe en revue divers types d’imprimés, parmi lesquels les manuels en usage dans les collèges jésuites. Les résultats de son enquête démentent l’impression d’une méconnaissance des règles prosodiques, qui ressort en particulier des critiques formulées par Érasme à l’égard de la prononciation du latin par les Français. L’examen des textes révèle qu’on ne peut pas se contenter de supposer un déclin continu du savoir prosodique sur la période considérée ; il apparaît au contraire que les efforts des érudits permettent une meilleure connaissance de la notion de quantité syllabique en latin au xviie siècle.
27Les dictionnaires de rimes qui fleurissent à partir de la fin du xvie siècle offrent un point de vue descriptif sur la quantité syllabique en français, étudié par Claire Fourquet, « d’Étienne Tabourot (1572) à Pierre Richelet (1692) ». Loin de rechercher les rapprochements avec le latin, ces dictionnaires manifestent une autonomie dans la perception de la langue française et un progressif abandon de la notion de quantité comme propriété linguistique, dès lors qu’un Richelet se garde d’en fixer des règles et préfère laisser son lecteur libre de ses choix.
28Tardivement, jusqu’au xviiie siècle, des auteurs comme Dubos, Olivet ou Batteux en appellent cependant à fixer une théorie aboutie de la quantité en français. Claudia Schweitzer s’intéresse aux enjeux du Traité de la prosodie française de l’abbé d’Olivet. Si ce dernier ambitionne de forger une « prosodie naturelle », qui soit indépendante de la métrique du vers, il doit cependant constater que la pratique des quantités en français est trop subtile pour se laisser réduire à quelques règles. C’est dans une perspective esthétique qu’Olivet sollicite alors le jugement de l’oreille pour apprécier des longueurs syllabiques que la théorie ne suffit pas à déterminer.
29Tous ces auteurs à la recherche d’un établissement ferme des quantités syllabiques en français témoignent de la force d’inspiration, toujours active du modèle antique – latin pour l’essentiel et grec dans une certaine mesure. L’article que Carole Boidin consacre à Pierre Vattier, réputé pour sa traduction de l’œuvre d’Avicenne, révèle cependant un aspect méconnu de cette réflexion : dans un texte publié en 1660, Vattier espère trouver « l’invention de la vraye quantité de nos Syllabes » dans la langue arabe. Cette incursion dans un nouveau modèle linguistique révèle la force des attentes en matière de prosodie.
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Bibliographie
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Vignes, Jean, « Brève histoire du vers mesuré français au xvie siècle », Albineana, Cahiers d’Aubigné, n° 17, 2005, Musique, poésie et vers mesurés, p. 15-43.
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Notes
Voir par exemple A. Lacheret-Dujour, La Prosodie du français, Paris, CNRS éditions, 1999.
Voir C. Dodane et C. Schweitzer dir., La Description de la parole : de l’introspection à l’instrumentation, Paris, Honoré Champion, 2021, en particulier la première partie « Histoire de la description de la prosodie du français », p. 23-132.
Ch. Thurot, De la prononciation française depuis le commencement du xvie siècle d’après les témoignages des grammairiens [Paris, Hachette, 1881], Genève, Slatkine reprints, 1973.
Bertrand de Bacilly, L’Art de bien chanter de M. de Bacilly, augmenté d’un discours qui sert de réponse à la critique de ce traité et d’une plus ample instruction pour ceux qui aspirent à la perfection de cet art [Paris, chez l’autheur, 1679], Genève, Minkoff Reprint, 1974.
Voir dans ce numéro, l’article d’Olivier Bettens.
Nous empruntons l’expression à Olivier Bettens.
Voir notamment les travaux de G. Durosoir : « La première décennie de l’air de cour et la postérité de la musique mesurée à l’antique », dans M. Bouquet-Boyer, P. Bonniffet dir., Claude Le Jeune et son temps en France et dans les états de Savoie, Berne, Peter Lang, 1996, p. 153-158 ; id. dir., Parler, Dire, Chanter, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2000.
La thèse d’Isabelle His, soutenue en 1990 (« Les mélanges de Claude Le Jeune, Anvers, Plantin, 1585 ») a été suivie de l’ouvrage Claude Le Jeune (v. 1530-1600) : un compositeur entre Renaissance et baroque, Arles, Actes Sud, 2010.
Voir A.-M. Goulet et L. Naudeix dir., La Fabrique des paroles de musique en France à l’âge classique, Wavre, Mardaga, 2010.
J. Vignes, « L’Harmonie universelle de Marin Mersenne et la théorie du vers mesuré », dans O. Rosenthal dir., À haute voix : diction et prononciation aux xvie et xviie siècles, Paris, Klincksieck, 1998, p. 65-85.
Au livre VI du Traité des consonances dans l’Harmonie universelle contenant la théorie et la pratique de la musique (Paris, Sébastien Cramoisy, 1636).
H. Weber, La Création poétique au xvie siècle en France, Paris, Nizet, 1955, p. 151.
F. Deloffre, Le Vers français, Paris, Sedes, 1973, p. 103 ; Jean Brunel, introduction aux Œuvres de Rapin, Paris-Genève, Droz, 1982, p. xxix.
J. Vignes, « Brève histoire du vers mesuré français au xvie siècle », Albineana, Cahiers d’Aubigné, n° 17, 2005, Musique, poésie et vers mesurés, p. 15-43, ici p. 27.
J.-C. Monferran, « Declique un li clictis : la poésie sonore de Jacques Peletier », dans O. Rosenthal dir., op. cit., p. 35-54.
S. Baddeley, « La “parole tresnée” au xvie siècle : témoignages sur la perception de la longueur vocalique », dans Cl. Gruaz et R. Honvault dir., Variations sur l’orthographe et les systèmes d’écriture, Paris, Honoré Champion, 2001, p. 229-239.
J. Palsgrave, L’eclaircissement de la langue française [1530], éd. S. Baddeley, Paris, Honoré Champion, 2003.
L. Biedermann-Pasques, « Vers une théorie de la prosodie du français (du xiiie au xviiie siècle) », dans Variations sur l’orthographe et les systèmes d’écriture, op. cit., p. 275-294, ici p. 286.
Bertand de Bacilly, Remarques curieuses sur l’art de bien chanter, Paris, Ballard, 1668. Repris sous le titre L’Art de bien chanter, Augmenté d’un Discours qui sert de Réponse à la Critique de ce Traité, op. cit.
Laurent Chifflet, Essay d’une parfaite grammaire de la langue françoise, Anvers, Jacques van Meurs, 1659, p. 172.
Sa dédicace au duc de Bourgogne en donne un aperçu (Jean Hindret, L’Art de prononcer parfaitement la langue française, Paris, Laurent d’Houry, 1687, n. p.) : « Les personnes Illustres, à qui elle est commise, sont les Maîtres du beau langage [...] Vous serez vous-même bien-tost la Regle et le Modele de ce qu’il y a de plus parfait et de plus poli dans nôtre Langue. […] Nos Provinces les moins polies dans le langage le deviendront lors que cette Methode y sera enseignée, et elles ne produiront plus de cette jeune Noblesse que l’on voit souvent paroistre rude et grossiere faute d’instruction. »
Jean Hindret, L’Art de prononcer parfaitement la langue française, Paris Laurent d’Houry, 1696, t. I, p. 373.
Id.
Louis de Courcillon de Dangeau, Essais de grammaire contenus en trois lettres d’un académicien à un autre académicien, Paris, Jean Baptiste Coignard, 1694, p. 3.
François Séraphin Regnier-Desmarais, Traité de la Grammaire françoise, [Paris, Jean-Baptiste Coignard, 1706], Genève, Slatkine, 1973, p. 10.
Voir dans ce numéro, l’article d’Olivier Bettens.
Claude Buffier, Grammaire françoise sur un plan nouveau : pour en rendre les principes plus clairs et la pratique plus aisée, contenant divers traités sur la nature de la grammaire en général, Paris, Le Clerc, Brunet, Leconte et Montalant, 1709, p. 397.
Voir S. Menant, « L’abbé du Bos, critique d’art », Revue d’histoire littéraire de la France, 2011/2 (vol. 111), p. 259-267 ; URL : https://www.cairn.info/revue-d-histoire-litteraire-de-la-france-2011-2-page-259.htm.
Jean-Baptiste Dubos, Réflexions critiques sur la poésie et sur la peinture, Paris, J. Mariette, 1719, t. I, p. 310.
Ibid., p. 314.
Sur le concept de « bonne oreille », voir A. Steuckardt et M. Thorel dir., Le Jugement de l’oreille (xvie-xviiie siècles), Paris, Honoré, Champion, 2017.
Il affirme que « la langue française observe la longueur et la brièveté des voyelles dans la prononciation », avec une série d’exemples révélant qu’il confond la durée vocalique avec la notion d’aperture, ou même mélange des voyelles différentes ([œ] et [e]).
Charles Rollin, Traité des études [1726], éd. M. Letronne, Paris, Firmin Didot, 1863, t. I, p. 265.
Voir dans ce numéro, l’article de Claudia Schweitzer.
Charles Batteux, De la construction oratoire, Paris, Dessaint et Saillant, 1763, lettre XI.
Pierre Joseph d’Olivet, Traité de prosodie française, Paris, Gandouin, 1736, p. 50.
Ch. Batteux, De la construction oratoire, op. cit., p. 339.
Ibid., p. 344.
Bernard Lamy, La Rhétorique ou l’art de parler, éd. Ch. Noille-Clauzade, Paris, Honoré Champion, 1998, p. 300.
Pour cela, l’oratorien a pu s’appuyer sur un ouvrage qui lui était familier, la grammaire de Port-Royal, Grammaire générale et raisonnée contenant les fondements de l’art de parler, d’Arnauld et Lancelot, publiée en 1660. Cette grammaire, qui s’ouvre sur des considérations de phonétique comparative, établit une distinction fine entre aperture et quantité, mais elle ne se prononçait pas sur l’existence de quantités en français.
K. Meerhoff, Rhétorique et poétique au xvie siècle en France : Du Bellay, Ramus et les autres, Leyde, E. J. Brill, 1986.
Il évoque par exemple Le Laboureur, qui avait fait paraître en 1669 un traité des Avantages de la Langue Françoise sur la Langue Latine.
Voir à son sujet F. Pitou, « Frain de Tremblay (1641-1724). Angevin, académicien, moraliste », dans Ph. Haudrère dir., Pour une histoire sociale des villes, Presses universitaires de Rennes, 2006, p. 297-310.
Frain du Tremblay est de la même génération que Lamy. Nous ne savons pas s’il a eu entre ses mains sa Rhétorique quand il publie son Traité des langues en 1703 mais il est possible qu’elle ait été une source d’inspiration.
On citera en particulier le jésuite René Rapin qui, au début du xviiie siècle, estime que la poésie française n’atteindra jamais à la beauté de la poésie latine car elle a abandonné la « diversité de cadence » pour se contenter d’un décompte des syllabes (Réflexions sur l’Eloquence du Barreau, dans Les Œuvres du P. Rapin, qui contiennent Les Reflexions sur l’Eloquence, la Poetique, l’Histoire, et la Philosophie, Amsterdam, Pierre Mortier, 1709, t. II, p. 133).
Étienne Bonnot de Condillac, Essai sur l’origine des connoissances humaines, Amsterdam, Pierre Mortier, 1746, p. 45.
Ibid., p. 98.
Jean-Jacques Rousseau, « Lettre sur la musique françoise » (1753), Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 1995, t. V, p. 294.
18-19 mars 2021, Université Grenoble Alpes (organisation Sophie Hache, UMR Litt&Arts et ULR 1061-Alithila).
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