« Amas épique d’antagonismes » : violence verbale et physique dans les assemblées révolutionnaires (1789-1799)
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- 1 Victor Hugo, Quatrevingt-treize, Paris, Librairie générale française, Le Livre de poche, 2000, p. 2 (...)
Lieu immense. Tous les types humains, inhumains et surhumains étaient là. Amas épique d’antagonismes. Guillotin évitant David, Bazire insultant Chabot, Guadet raillant Saint-Just, Vergniaud dédaignant Danton, Louvet attaquant Robespierre, Buzot dénonçant Égalité, Chambon flétrissant Pache, tous exécrant Marat […]. Il s’est dit à cette tribune de ces vertigineuses paroles qui ont, quelquefois, à l’insu même de celui qui les prononce, l’accent fatidique des révolutions […] ; les catastrophes surviennent furieuses et comme exaspérées par les paroles des hommes. Ainsi une voix dans la montagne suffit pour déclencher l’avalanche. Un mot de trop peut être suivi d’un écroulement. Si l’on n’avait pas parlé, cela ne serait pas arrivé. On dirait parfois que les événements sont irascibles […]. À la Convention l’intempérance de langage était de droit […]. Les imprécations se donnaient la réplique. – Conspirateur ! – Assassin ! – Scélérat ! – Factieux ! – Modéré ! – On se dénonçait au buste de Brutus qui était là. Apostrophes, injures, défis. Regards furieux d’un côté et de l’autre, poings montrés, pistolets entrevus, poignards à demi tirés. Énorme flamboiement de la tribune1.
- 2 « Tout ce qui est propre à susciter d’une manière quelconque les idées de douleur et de danger, c’ (...)
- 3 L’Année terrible, qui renvoie à l’année 1870-1871, année de la débâcle de Sedan, de l’abdication de (...)
- 4 Voir par exemple H. Parent, notice « Assemblée nationale », dans Publictionnaire, dictionnaire ency (...)
- 5 On trouve la reproduction du « Règlement à l’usage de l’Assemblée nationale » dans le volume Orateu (...)
- 6 Ibid., p. xcix.
- 7 Ibid.
1Telle est la célèbre et glaçante description que Victor Hugo donne de la Convention dans Quatrevingt-treize. Une description certes très exagérée, pour ne pas dire fantasmatique, de la part de celui qui voulut donner une représentation sublime (au sens burkien du terme2) de cette « année terrible3 ». En réalité, « l’intempérance de langage » n’était certainement pas « de droit » dans les assemblées révolutionnaires. Depuis la naissance de l’Assemblée constituante, à l’été 1789, les travaux parlementaires sont dotés d’un règlement, rendu nécessaire par le caractère extrêmement massif de ce corps législatif et par la publicité des débats décrétée dès le mois de mai par les députés du tiers-état4. Ce règlement instaure une présidence, chargée de faire respecter l’ordre du jour, de distribuer la parole et de « maintenir l’ordre dans l’Assemblée5 ». Le chapitre consacré à « l’ordre pour la chambre » stipule en outre qu’« il est défendu à tous ceux qui ne sont pas députés de se placer dans l’enceinte de la salle ; et ceux qui y seront surpris seront conduits dehors par l’huissier6 » (exception faite, bien sûr, des tribunes des spectateurs, dotés de billets) ; et celui consacré à « l’ordre pour la parole » que « nul ne doit être interrompu quand il parle. Si un membre […] manque de respect à l’Assemblée, ou s’il se livre à des personnalités, le président le rappellera à l’ordre7 ».
- 8 P. France, « Éloquence révolutionnaire et rhétorique traditionnelle, étude d’une séance de la Conve (...)
- 9 Jean-Paul Marat, discours prononcé à la Convention le 25 septembre 1792, Gazette nationale ou Le (...)
2Bien sûr, ce règlement n’était pas toujours respecté, tant s’en faut : lorsque les débats devenaient trop orageux et lorsque les spectateurs (sur les bancs comme dans les tribunes) réagissaient par des cris, des applaudissements, des sifflements ou des rires, le président, qui peinait à faire entendre sa clochette et ses ordres dans une salle à l’acoustique défectueuse, se couvrait la tête, mais ce signal ne suffisait pas toujours à ramener le calme. Pour autant, les véritables débordements étaient rares et les joutes oratoires injurieuses, si elles se produisaient effectivement de temps à autres, n’étaient pas le lot quotidien des représentants du peuple. Peter France insiste plutôt sur le caractère routinier de la plupart des séances8. Quant à la violence physique faite à soi-même ou aux autres, elle était aussi un fait rare : les « poings », « poignards » et « pistolets » présentés par Hugo comme systématiques renvoient en fait à des événements très ponctuels, comme lorsque Marat, à la suite d’accusations portées contre les montagnards en septembre 1792, s’applique un pistolet sur la tempe en s’écriant « oui, oui, je le jure, si le décret d’accusation eût été lancé contre moi, je me serais soustrait à la rage de mes persécuteurs en me brûlant la cervelle au pied même de cette tribune9 » ; ou comme lorsque Tallien agite un poignard en menaçant de tuer le « tyran » Robespierre lors de la séance du 9 thermidor. Mais ces armes exhibées – pour autant qu’elles l’aient vraiment été et qu’il ne s’agisse pas de rumeurs diffusées ou amplifiées par la presse – relèvent davantage de l’action oratoire que d’une véritable menace d’attenter à soi-même ou à autrui.
- 10 Cicéron, De l’orateur, I, 202, éd. et trad. É. Courbaud [1928], Paris, Les Belles-Lettres, 2009, t (...)
- 11 Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, nouvelle édition corrigée et augmentée, t. III, Amsterda (...)
3Pour autant, la présence réelle ou supposée de ces armes rappelle la proximité qu’il y a entre l’éloquence et la lutte physique, entre les armes et la toge pour reprendre la fameuse expression cicéronienne (arma cedant togae). C’est justement chez Cicéron que l’on trouve cette idée d’un orateur idéal capable d’« enflammer [la nation] contre les méchants10 », au sens figuré bien sûr, car ce sont les passions qu’il s’agit d’enflammer ; pourtant c’est justement ce déplacement du sens propre au sens figuré qu’il s’agit d’interroger, car il est somme toute du même ordre que le déplacement de la lutte physique vers la lutte verbale par lequel on explique traditionnellement l’invention de la rhétorique, c’est-à-dire qu’il peut être plus ou moins ténu. En témoigne par exemple Louis Sébastien Mercier qui, avant même le début de la Révolution, appelle de ses vœux une tribune qu’il compare à celle de l’Antiquité et où l’on « tonneroit contre de cruels abus, qui ne cessent en tous pays, que quand on les a dénoncés à l’animadversion publique11 » : le verbe « tonner » est là encore métaphorique, mais que signifie réellement cette métaphore, et y a-t-il loin du foudre de l’éloquence aux armes du tournoi ou de la bataille ? Et comment la rhétorique, tout particulièrement dans le moment de bouleversement qu’est une révolution, prend-elle en charge le rapprochement inévitable qui s’opère entre l’éloquence et la violence, qu’elle soit verbale ou physique ? C’est à ces questions que cette contribution se propose d’apporter des éléments de réponse, en analysant d’abord la pratique de l’invective dans les assemblées révolutionnaires à travers quelques exemples, puis en examinant le cas d’une joute oratoire et de ses conséquences. Ces études de cas nous permettrons de conclure à quelques réflexions sur les pouvoirs de l’éloquence et ses représentations en contexte révolutionnaire.
« Les imprécations se donnaient la réplique » : la pratique de l’invective dans les assemblées12
- 12 Ce passage s’inspire d’une présentation réalisée dans le cadre du séminaire « Poétique et rhétoriqu (...)
4Si la description d’Hugo est excessive, on peut tout de même noter une présence récurrente de la violence verbale à la tribune et sur les bancs de l’assemblée, sous forme d’invectives. Selon le Trésor de la Langue française, le terme « invective » désigne un « discours violent et injurieux contre quelqu’un ou quelque chose » (au niveau macro-structural) ou bien « une injure proférée avec emportement » (au niveau micro-structural). Il s’agit donc bien d’un discours ou de mots visant à attaquer plus ou moins frontalement un adversaire, voire un ennemi politique. Notons d’emblée que, contrairement à ce que peut laisser penser la description d’Hugo qui ne s’intéresse qu’à l’année 1793, les invectives se retrouvent dans toutes les assemblées de la période révolutionnaire, et pas uniquement à la Convention sous le gouvernement révolutionnaire (c’est-à-dire pendant la période de la « Terreur »). Il n’y a donc pas de lien intrinsèque entre violence verbale à l’assemblée et Terreur, contrairement à ce que la tradition thermidorienne a longtemps prétendu.
- 13 Dominique Maingueneau élabore la notion d’interdiscours pour décrire le phénomène selon lequel « un (...)
5Si l’on s’intéresse d’abord au niveau macro-structural (donc au niveau du discours d’invective), on constate qu’il arrive fréquemment qu’un discours prononcé sur un sujet donné réponde à un autre, prononcé précédemment, pour s’y opposer. Dès lors, pour le chercheur qui s’intéresse aux phénomènes de violence verbale ou plus généralement de parole polémique, il ne s’agit pas tant d’analyser le discours que l’« interdiscours13», et les phénomènes d’échos qui se manifestent d’un discours à l’autre. Prenons l’exemple du débat sur la sanction royale, qui a lieu à l’Assemblée constituante au début du mois de septembre 1789 : il s’agit de définir le pouvoir exécutif et donc les pouvoirs accordés au roi, en l’occurrence un droit de veto. Tout l’enjeu du débat réside dans la définition de ce droit, et les députés s’écharpent sur cette question juridique. Deux discours sont ainsi prononcés à un jour d’intervalle (les 2 et 3 septembre) qui recourent à une même forme d’adresse détournée afin de pointer du doigt le camp politique adverse et de s’en distancier avec ironie :
- 14 Antoine François Delandine, discours prononcé à l’Assemblée constituante le 2 septembre 1789, Mon (...)
L’on nous a donné jusqu’ici des définitions très compliquées de la sanction royale. Il convient d’en donner une qui soit la véritable, et qui se rapproche davantage de son origine et de son étymologie : sanction ne signifiant rien d’autre que saint14 […].
Dans les deux cas, il s’agit du début du discours, donc un exorde ex abrupto qui annonce d’emblée une tonalité polémique. L’adversaire n’est pas directement apostrophé, mais on peut voir dans ce « on » indéfini une forme d’invective : le(s) référent(s) du pronom indéfini, présents dans l’auditoire, sont censés se reconnaître et, sous couvert de gazer le propos, cette stratégie le teinte d’ironie quant à l’« érudition », ou plutôt quant au manque d’érudition de l’adversaire politique, rendu suspect d’ignorance et d’incompétence – alors même que la querelle de spécialistes sur l’étymologie et la définition originelle de la « sanction » n’est pas réellement ce qui intéresse le débat politique. Le lieu commun de la définition est utilisé ici comme preuve éthique, afin de construire l’ethos de l’orateur mais, plus encore, de déconstruire plus ou moins explicitement celui de son/ses adversaire(s).
6Si l’on se situe à présent au niveau micro-structural, à savoir celui de l’invective comme mot d’injure, on peut distinguer deux cas de figure : soit l’injure est explicite, auquel cas son interprétation ne fait aucun doute quel que soit le contexte dans lequel elle est prononcée, soit elle est construite progressivement comme injure par le contexte d’énonciation et à travers sa circulation au sein du champ discursif.
Un exemple d’invective explicite : « tyran »
7Dans l’Antiquité grecque, le tyran est un usurpateur qui s’est emparé du pouvoir par la force dans une cité libre. Le terme a par la suite servi à désigner, plus généralement et sans qu’il soit nécessairement question d’usurpation, un dirigeant exerçant le pouvoir de façon absolue et arbitraire. Ce type d’exercice du pouvoir a suscité depuis l’Antiquité des réflexions philosophico-politiques sur la légitimité de renverser le tyran, voire de le supprimer : c’est le tyrannicide, considéré comme une action légitime dès lors que l’on s’entend sur les applications de la définition du « tyran ». L’emploi du terme « tyran », en contexte discursif, apparaît alors chargé de violence. Il n’est plus seulement un terme péjoratif visant à dénoncer un mauvais exercice du pouvoir, il acquiert dans l’imaginaire collectif une valeur presque performative, car il contient en germe, dans les esprits de tous, un potentiel passage de la violence verbale à la violence physique, surtout en contexte révolutionnaire. Ce passage à la violence physique est d’autant plus présent aux esprits qu’on ne le trouve pas uniquement dans des textes théoriques, mais aussi dans un ensemble de récits et d’images qui circulent abondamment au sein de l’espace public via différents supports (manuels scolaires, pièces de théâtre, tableaux…), une imagerie issue notamment de l’histoire romaine : l’exemple le plus marquant de ce phénomène est le meurtre de César par Brutus en plein sénat, épisode très connu encore de nos jours. Cet épisode est d’autant plus marquant qu’il interroge la légitimité du tyrannicide : selon les interprétations, le geste de Brutus est légitime car César est un tyran ou, au contraire, César est une victime et Brutus, son fils adoptif, un parricide.
- 16 Louis-Antoine de Saint-Just, discours sur le jugement de Louis XVI prononcé à la Convention le 13 n (...)
- 17 Jean Antoine Joseph Debry, discours prononcé à la Convention le 21 mars 1793, Moniteur universel, (...)
- 18 Ibid.
8Sans surprise, le terme « tyran » – ou son parasynonyme « usurpateur » parfois utilisé en doublet –, se retrouve très souvent dans les discours des orateurs révolutionnaires, surtout dans les moments de crise politique les plus aigus. C’est le cas lors du procès de Louis XVI (« Tout roi est un rebelle et un usurpateur16 », affirme ainsi Saint-Just dans une sentence laconique) et dans les temps qui le suivent, troublés par la guerre. Le 21 mars 1793, deux mois après la mort du ci-devant roi, le conventionnel Jean Debry présente au nom du comité diplomatique un Rapport sur la police extraordinaire à exercer à l’égard des étrangers. Il y prend la défense des travailleurs étrangers, menacés d’expulsion car considérés comme de potentiels agents doubles, et il cherche à attirer l’attention de son auditoire sur le danger des traîtres de l’intérieur, dont certains peuvent selon lui se cacher dans les rangs des députés. Il les invective alors de la sorte : « tyrans nouveaux, qui n’êtes pas morts le 21 janvier17 ». Cette apostrophe est suivie d’une autre, aux « citoyens » cette fois-ci, qui les met en garde en reprenant le célèbre exorde des Catilinaires : « [j]usqu’à quand, citoyens, serons-nous dupes des moyens qu’ils emploient18 ! » L’invective, soutenue par l’imaginaire de la conjuration de Catilina bien connue des députés et qui déboucha sur des exécutions sans procès, construit une opposition paradigmatique et manichéenne entre le camp des « tyrans » et celui des « citoyens », sommés de s’affronter.
- 19 Edme-Bonaventure Courtois, Rapport fait au nom de la commission chargée de l’examen des papiers tro (...)
9Dans un autre contexte, le 5 janvier 1795, quelques mois après l’exécution de Robespierre et de ses partisans au lendemain du coup de force du 9 thermidor an II, Edme-Bonaventure Courtois présente à la Convention un Rapport fait au nom de la commission chargée de l’examen des papiers trouvés chez Robespierre et ses complices. Ce discours-fleuve, dont la version imprimée occupe une dizaine de numéros du Moniteur universel, consiste en un tissu d’invectives à l’encontre de Robespierre. De nombreux passages sont directement inspirés des Philippiques, représentant Robespierre et ses « complices » comme des buveurs de sang adeptes des orgies, à l’instar de Marc-Antoine tel que le montre Cicéron. L’orateur accrédite en outre une rumeur qui circulait dans les jours précédant le 9 thermidor, selon laquelle Robespierre complotait au sein du Comité de Salut public pour monter sur le trône. On trouve alors ce passage, à l’issue du récit de ces prétendus crimes : « Il faut conserver tous ces traits à l’histoire, citoyens ; Ô Caligula ! Ô Néron ! Ô Tigellin ! Tyrans en chef et tyrans subalternes des siècles passés, consolez-vous dans vos tombeaux : des enfants qui durent être ceux de la liberté ont surpassé vos caprices et vos fureurs19 ». Ici, l’apostrophe ne s’adresse pas directement aux personnes présentes dans l’auditoire (Robespierre et ses partisans ne sont plus là pour l’entendre), ni même aux contemporains : elle vise des empereurs romains réputés pour leur cruauté (Caligula, Néron) et le préfet du prétoire de Néron (Tigellin), lui-même de triste mémoire. Courtois reprend ensuite immédiatement ces noms propres par deux périphrases qui lui permettent à la fois de préciser son propos (en qualifiant explicitement ces personnages de « tyrans ») et de l’élargir (l’invective concerne potentiellement tous les tyrans du passé et ne se restreint pas à l’énumération). Enfin, tout en s’adressant à ces personnages et en feignant ironiquement de les « console[r] », Courtois glisse vers la troisième personne et l’accompli du présent « ont surpassé », qui marque l’irréversibilité de ces actes et l’effacement des crimes du passé par l’ampleur de ceux du présent, d’autant plus graves qu’ils ont été commis par « des enfants qui durent être ceux de la liberté ». L’invective contre Robespierre et ses partisans n’est pas directement adressée mais, par le détour de la comparaison, elle ne devient que plus violente et se charge de menace à l’encontre de ceux qui seraient tentés de défendre l’Incorruptible ou de l’imiter.
- 20 Voir le compte rendu du Moniteur universel, an II, no 331, t. 21, p. 332.
- 21 Il s’agit du député Barthélémy Aréna. Certaines représentations montrent toutefois plusieurs député (...)
10Cette invective « tyran », a fortiori lorsqu’elle se présente sous la forme d’une apostrophe, se trouve associée à la violence physique à la fois en diachronie – puisqu’elle est utilisée à proximité de figures d’analogie convoquant la mémoire des tyrans du passé – et en synchronie – puisque, dans le contexte révolutionnaire, de nouveaux modèles de « tyrans » viennent se superposer, voire remplacer les anciens, comme en témoignent les exemples (politiquement et idéologiquement opposés) de Louis XVI et de Robespierre, tous deux exécutés. Dès lors, il n’est guère étonnant d’assister, de loin en loin, à des scènes d’assemblée où la frontière entre violence verbale et violence physique se fait ténue. C’est le cas lors du 9 thermidor, justement, où Robespierre se trouve arraché de force à la tribune où il voulait monter pour se défendre contre ses accusateurs, aux cris de « à bas, à bas le tyran20 ». Ce n’est toutefois que le soir et le lendemain, hors de tout contexte oratoire, qu’il se fait tirer une balle dans la mâchoire, puis exécuter. C’est aussi le cas, dans un tout autre contexte et dans une moindre mesure, lorsque Napoléon Bonaparte est accueilli au Conseil des Cinq-Cents le 19 brumaire an VIII par des exclamations « mort au tyran ! », certains témoignages affirmant qu’un député, se sentant l’âme d’un Brutus, aurait alors tenté de le poignarder21.
Une invective construite au fil des discours : « dictateur »
- 22 Sur l’imaginaire de la dictature dans le discours révolutionnaire, voir Hélène Parent, « La dictatu (...)
- 23 Voir par exemple Montesquieu, Dialogue de Sylla et d’Eucrate (1745).
11Le mot « dictateur », devenu aujourd’hui parasynonyme de « tyran », désigne encore au xviiie siècle l’institution romaine des origines, de façon assez neutre (voire positive), même si les personnages de Sylla, puis de César ont contribué à remplir ce terme de connotations négatives au fil du temps22. Toutefois, même ces deux personnages ne font pas d’emblée et systématiquement l’objet d’un rejet univoque. Ainsi, Sylla, conformément aux règles de cette magistrature, a su abdiquer la dictature23. César, quant à lui, a certes franchi le Rubicon, mais reste un général maintes fois victorieux et digne d’admiration.
12Au début de la Révolution (jusqu’en 1792), le terme de « dictateur » n’est donc pas systématiquement associé à l’invective dans les assemblées, et les députés jouent de cette ambiguïté. Par exemple, lorsque La Fayette est accusé par les Jacobins d’avoir quitté son armée pour venir s’adresser à la Convention le 20 juin 1792, il est volontiers qualifié de dictateur et associé à César, mais ses partisans préfèrent quant à eux l’associer à la figure positive de Camille, un dictateur romain plus ancien perçu comme un sauveur de Rome. C’est au fil du temps que les termes « dictateur », « Sylla » et « César » (ces deux derniers devenant parfois des antonomases et donc des synonymes de « dictateur » ou de « tyran ») se construisent comme invectives, lors des affrontements entre les « factions » girondine et montagnarde en 1792-1793. Ainsi, le 29 octobre 1792, le girondin Louvet accuse (abusivement) les montagnards d’avoir participé aux massacres de septembre :
- 24 Jean-Baptiste Louvet, discours prononcé à l’Assemblée législative le 29 octobre 1792, dans Archives (...)
De farouches conjurés venaient de cimenter par le sang leur autorité naissante ; et pour l’affermir, il leur fallait encore 28 000 cadavres ! Alors je me ressouvins de Sylla, qui commença par frapper dans Rome des citoyens détestés, et qui bientôt fit porter sur les places publiques et sur la tribune aux harangues, les têtes des citoyens les plus recommandables par leurs vertus et leurs talents. Ainsi la faction désorganisatrice, escortée de la terreur et toujours précédée des placards de l’homme de sang, s’avançait rapidement vers son but ; ainsi les conjurés allaient sur les débris de toutes les autorités et de toutes les réputations, commencer leur règne ; ainsi tu marchais à grands pas, Robespierre, vers ce pouvoir dictatorial dont la soif te dévorait, mais où t’attendaient enfin plusieurs hommes de quelque résolution, et que, n’en doute pas, ils l’avaient juré par Brutus, tu n’aurais pas gardé plus d’un jour. (Applaudissements réitérés)24.
13La mention du « sang » vient à la fois rappeler très concrètement la violence des massacres et participer symboliquement à la définition des montagnards comme « conjurés », aspirants dictateurs : ils sont ceux qui « cimente[nt] par le sang leur autorité ». Par la suite, les morts sont là encore désignés par le terme concret de « cadavres », qui fait immédiatement écho à l’acte de tuer et qui redonne à son tour son sens physique au verbe « frapper » dans la phrase suivante. Le parallèle entre Sylla et Robespierre est d’abord implicite, et c’est une périphrase qui fait office de bascule de l’un à l’autre tout en superposant ces deux figures : « l’homme de sang », à la tête de la « faction désorganisatrice ». Enfin, Robespierre est nommé, et l’orateur s’adresse à lui à la deuxième personne en l’accusant explicitement de « marcher vers ce pouvoir dictatorial dont la soif te dévorait ». La répétition du « sang » et la présence du mot « soif » dans le cotexte immédiat ont pour effet de créer l’image d’un Robespierre cannibale, littéralement « assoiffé de sang » selon l’expression consacrée. C’est cette image qui autorise alors la menace qui clôt le passage, sous la forme là encore implicite d’un parallèle entre les girondins et Brutus (« ils l’avaient juré par Brutus »). Simple proposition incise rapportant un serment placé sous le patronage de Brutus, cette formule fait pourtant écho à une menace de mort, puisque Brutus est celui qui a tué le dictateur. Dans cet extrait du discours de Louvet, le lien entre éloquence et violence physique est double : le discours permet de donner à voir la violence physique et d’en faire une preuve (au sens rhétorique du terme) ; et de ce fait il permet d’exprimer ce qui peut être perçu comme une menace, en mobilisant des symboles d’une violence physique effective.
« Un orateur révolutionnaire ne devrait pas dire ça » : la joute oratoire ou le débordement de l’éloquence
- 25 Dominique Joseph Garat, Mémoire sur la Révolution ou Exposé de ma conduite dans les affaires et da (...)
14La pratique récurrente de l’invective, au sein d’un espace consacré à l’éloquence délibérative (l’assemblée) rend poreuse la frontière entre les genres délibératif et judiciaire. Il arrive d’ailleurs que cette distinction s’efface tout à fait, lorsque l’assemblée se transforme officiellement en tribunal lors du procès du roi (octobre 1792-janvier 1793). Dans ce dernier cas, l’éloquence délibérative (qui vise à déterminer l’utile et le nuisible) et judiciaire (qui vise à démêler le juste de l’injuste, l’innocence et la culpabilité) s’entremêlent et sont pratiquées dans le même lieu et par les mêmes personnes. Mais, indépendamment de ce contexte particulier, les genres délibératif et judiciaire ne se distinguent pas clairement en période de crise. En effet, lorsque la nation est en proie à des menaces (réelles ou supposées), déterminer ce qui lui est utile ou nuisible revient de fait à identifier des camps, d’un côté celui des citoyens vertueux, de l’autre celui des ennemis de la nation, traîtres et autres conjurés. Garat, qui est ministre en 1792 et observe les luttes des factions (non sans parti-pris puisqu’il raconte cela dans un « mémoire » écrit en 1795 après une période d’emprisonnement), invente alors un terme pour désigner ce genre d’éloquence mixte né de la crise politique : le « genre accusatif », entre délibératif et judiciaire, qu’il décrit comme « un côté tout entier qui combattait l’autre côté tout entier. On eût dit que c’était deux assemblées dressant tous les jours devant la république un acte d’accusation contre l’autre25 ». « On eût dit », trois mots qui résument à eux seuls l’enjeu de notre réflexion : dans le contexte révolutionnaire, le combat qui oppose les orateurs doit-il être appréhendé sous l’angle métaphorique du « comme-si », ou doit-il être mis sur le même plan que la lutte physique, et donc considéré comme dangereux ? Et, si l’on considère que la rhétorique prend en charge et déplace la violence physique sur le terrain du langage, voire la désamorce, que penser de ces moments, même ponctuels, où l’assemblée devient une arène du fait de l’emballement de la parole ?
- 26 Voir Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Le Robert, 2006, entrée « Jo (...)
15Le 29 mai 1792 a lieu à la tribune et sur les bancs de l’Assemblée législative un événement que l’on peut qualifier de joute oratoire. Le verbe « jouter » apparaît au Moyen Âge dans le contexte militaire et signifie « livrer combat », « se mesurer à quelqu’un à cheval, avec des lances26 », mais son déverbal « joute » désigne quant à lui un combat de parade, à valeur de divertissement, livré dans un tournoi. Il s’agit donc d’une bataille plus ou moins factice (quoique également dangereuse), ce qui explique le glissement du sens propre au sens figuré du mot « joute », qui par la suite entre généralement dans la composition d’expressions figées en lien avec la parole et l’éloquence : « joute verbale », « joute oratoire ». Cette idée de lutte verbale est également issue de la tradition des exercices de rhétorique pratiqués à l’école sous l’Ancien Régime : la controverse, la disputatio. Dans ce contexte, il s’agit encore de « faire semblant » de s’affronter dans un cadre qui n’est pas celui du champ de bataille. Mais lorsque ce type de joute intervient dans le contexte de la délibération, donc d’une parole mise au service de l’action politique, l’espace du « comme-si » et celui du réel se télescopent.
- 27 Pour cette citation et les suivantes, en particulier la transcription intégrale de la joute, voir l (...)
16Comme l’écrit Hugo, « un mot de trop » peut faire sortir la joute de son sens figuré et la faire déboucher sur des menaces voire de possibles atteintes physiques. C’est ce qui arrive au représentant du peuple Calvet, ancien garde du corps du roi, ce 29 mai. Ce jour-là, l’assemblée doit statuer sur un décret d’accusation qu’il lui a été proposé de prendre contre Brissac, le commandant de la Garde constitutionnelle du roi. Ce dernier est en effet accusé d’opinions contre-révolutionnaires par des dénonciateurs anonymes. Les députés s’écharpent depuis la veille au soir sur le crédit à accorder à ces accusations, et le sujet a déjà donné lieu à plusieurs affrontements et insultes entre orateurs. D’un côté, Becquey, Calvet et Jaucourt, qui siègent parmi les constitutionnels, s’opposent au décret d’accusation, arguant du manque de fiabilité des dénonciations anonymes. De l’autre, Chabot, orateur de la gauche jacobine, accorde son crédit à ces dénonciations et évoque les « manœuvres perfides de M. Brissac27 », soutenu par d’autres orateurs, comme Lacroix, Carreau, Guadet ou encore Larivière. La joute s’amorce lorsque Chabot, à la tribune, justifie l’anonymat des dénonciateurs par leur absence de confiance envers les membres du comité de surveillance. Nous reproduisons ci-dessous sa transcription in extenso.
M. Calvet : Nous sommes bien heureux de n’avoir pas la confiance de cette canaille-là. (Il s’élève un murmure général d’indignation contre M. Calvet).
On demande qu’il soit rappelé à l’ordre. – D’autres qu’il soit envoyé à l’Abbaye.
M. Calvet : Indigné des accusations faites par M. Chabot, contre une partie des membres du comité de surveillance, j’ai dit qu’il n’y avait que des gredins qui pussent faire des dépositions non signées.
M. Carreau : Ils cherchent, M. le président, à entretenir les divisions, à priver la nation des dépositions des bons citoyens, c’est là le but des insultes de ces Messieurs.
M. Calvet : Comment ! Ce ne sont pas des gredins ceux qui se permettent de faire des dénonciations anonymes ?
M. Lacroix : Je demande, M. le président, que vous rappeliez à l’ordre, avec censure, M. Calvet. Les citoyens qu’il a insultés doivent trouver des vengeurs dans l’Assemblée nationale. (On applaudit). Ces injures ont pour objet d’éloigner du corps législatif tous les bons citoyens en les traitant de canaille, de gredins, propos qui ne sortent jamais que de la bouche d’un ci-devant privilégié. (On applaudit). Quant à moi, je ne connais point de gredins, mais des citoyens égaux en droit. Je demande donc que, pour rendre une fois hommage dans le sein du corps législatif à l’égalité, à laquelle on ne peut s’accoutumer, l’Assemblée fasse une réparation éclatante aux citoyens qui ont été insultés. (On applaudit). Et qu’elle rappelle à l’ordre avec censure le membre qui les a insculptés.
M. Calvet : Je n’ai pas le malheur d’être né privilégié. Je ne sais pas non plus ce que signifie l’inculpation que vient de me faire M. Lacroix d’avoir insulté au peuple ; je suis peuple moi-même, je fais partie intégrante du peuple, je ne conçois d’autres distinctions que celles que la constitution a établies : elles étaient dans moi avant que la constitution fût faite, et je n’ai jamais connu d’autres distinctions que celle des honnêtes gens et des coquins ; d’après cela, je dis que je méprise souverainement un dénonciateur qui craint de signer sa dénonciation, et c’est pour cela qu’on distingue les dénonciateurs des délateurs : le premier est un homme vertueux qui se sacrifie pour le salut de sa patrie, c’est Caton qui fit dans le sénat trois cents dénonciations motivées ; le délateur est un scélérat qui enfonce le poignard, et qui ne se montre pas, et l’on n’a connu à Rome les délateurs que dans le temps des Tibère et des Séjan, temps, Messieurs, que vous me rappelez souvent, car il faut être franc… (Il s’élève une violente rumeur. – Les cris à l’Abbaye s’élèvent de toutes parts, et étouffent la voix de M. Calvet qui demande à développer son opinion.)
M. Guadet : Je demande que M. Calvet soit envoyé à l’Abbaye pour trois jours, pour avoir osé dire que les représentants du peuple français lui rappelaient les Tibère et les Séjan de Rome. Non, jamais il n’y eut d’outrage, jamais il ne fut fait d’insulte aussi grave, aussi audacieuse. Eh ! Messieurs, si nous souffrions de pareils propos à la tribune de l’Assemblée nationale, de quel droit pourrions-nous sévir contre ceux qui ourdissent en ce moment les trames contre lesquelles nous dirigeons nos poursuites ? Car quel autre langage tiennent leurs auteurs que celui que vient de tenir à la tribune un représentant du peuple ? Je demande donc que M. Calvet soit condamné à garder prison pendant trois jours à l’Abbaye. (On applaudit.)
M. Calvet : Messieurs, entendez-moi, et peut-être changerez-vous d’opinion. (Un grand nombre de voix : Non, non, à l’Abbaye.)
M. le Président : Je vais consulter l’Assemblée pour savoir si elle veut entendre M. Calvet.
L’assemblée décide que M. Calvet ne sera pas entendu.
M. *** : Anciennement on donnait vingt-quatre heures à un condamné pour se répandre en invectives contre ses juges. Je demande que M. Calvet, ci-devant garde du corps du roi, ait la faculté de témoigner son déplaisir, et que par pitié l’Assemblée passe à l’ordre du jour.
M. Larivière : Le délit dont M. Calvet s’est rendu coupable, en disant à la tribune de l’Assemblée nationale qu’il préférait le règne des Tibère et des Séjan à la constitution qu’il a juré de défendre, ce crime est si atroce, que nous pourrions porter contre lui l’acte d’accusation. Il insulte d’une manière trop outrageante aux représentants de la nation et à la nation elle-même, pour qu’on puisse prétendre, au moyen d’un sarcasme ou d’une épigramme ou d’une fausse pitié qui seraient un coup mortel porté à l’honneur de nos commettants, le soustraire à la punition qu’il a encourue. Je demande qu’il soit envoyé pour trois jours à l’Abbaye. (On applaudit.)
L’Assemblée décide que M. Calvet gardera pendant trois jours les prisons de l’Abbaye.
Tandis que Calvet qualifie les auteurs des dénonciations de « canaille » et de « gredins », Carreau les qualifie au contraire de « bons citoyens » que l’on cherche à censurer. Lacroix, allant dans le sens de Carreau, affirme que ces injures sont des « propos qui ne sortent jamais que de la bouche d’un ci-devant privilégié », en faisant appel au passé de Calvet, ancien garde du corps du roi : pour les besoins de la cause, la parole véhémente et injurieuse, la diabolè, est ici associée au langage aristocratique. Calvet reprend cette opposition entre les « honnêtes gens » et les « coquins », et précise cette antithèse en distinguant les « dénonciateurs » des « délateurs », illustrant cette distinction par des exempla romains : d’une part Caton ; d’autre part les conspirateurs « dans le temps des Tibère et des Séjan ».
17Les deux catégories notionnelles antithétiques (« dénonciateurs » et « délateurs ») sont remplacées par deux séries de noms propres eux-mêmes antithétiques (un républicain vertueux versus un empereur et son préfet du prétoire réputés pour leur cruauté). Si l’orateur établit un parallèle entre Caton et les « dénonciateurs », l’antonomase « des Tibère et des Séjan » déborde le strict cadre du parallèle et rend le propos plus vague : les « délateurs » correspondent au « temps des Tibère et des Séjan », soit le temps des empereurs, soit le temps du pouvoir absolu. Calvet aurait pu s’arrêter là, mais il explicite l’analogie et cherche à déplacer l’accusation : là où le débat concerne le décret contre Brissac, il accuse directement ses collègues en les apostrophant par « temps, Messieurs, que vous me rappelez souvent ». Détournant l’accusation depuis Brissac vers les députés jacobins, il retourne également l’insulte qui a été proférée à son encontre, celle de « ci-devant privilégié » : en comparant ses collègues à des Tibère et des Séjan (donc des tyrans dans le cadre d’un régime monarchique), il devient implicitement (et paradoxalement) un continuateur de Caton, et ce sont ses collègues jacobins qui deviennent des aristocrates et des courtisans. La réaction desdits collègues témoigne de l’efficacité pragmatique de ces invectives, mais aussi du franchissement d’une ligne rouge par Calvet, qui commet l’erreur d’apostropher virtuellement l’ensemble des membres de l’assemblée (« Messieurs »), lesquels se trouvent alors fondés à voir dans ses injures une attaque contre la nation via ses représentants et à décider collectivement de son emprisonnement. La réplique finale de Larivière est éloquente (dans tous les sens du terme) : les invectives de Calvet ne sont plus de l’ordre du « délit », il s’agit d’un « crime […] si atroce que nous pourrions porter contre lui le décret d’accusation ». Si l’on s’en tient à cette dernière remarque, Calvet risque bien plus que les trois jours de prison à l’Abbaye dont il écope finalement. En effet, là où les premières insultes, proférées à l’encontre des dénonciateurs anonymes (« canaille » et « gredins ») relèvent d’un simple manquement au règlement – c’est pourquoi la punition d’abord envisagée est le rappel à l’ordre –, les insultes suivantes, sous la forme des antonomases romaines, relèvent du crime de lèse-nation et débouchent bel et bien sur une privation de liberté, fût-elle courte, donc sur une forme d’atteinte physique.
- 28 L. Albert et L. Nicolas, « Le ‘pacte polémique’ : enjeux rhétoriques du discours de combat », dans (...)
- 29 Rappelons ici que le discours révolutionnaire, depuis ses débuts, construit la notion de « peuple » (...)
18Cette joute montre bien comment le débat se transforme en bataille rangée entre deux camps antagonistes, et comment la lutte verbale prend forme à travers une opposition paradigmatique entre deux séries métaphoriques, d’un côté les « Caton » et les « bons citoyens » ; de l’autre les « Tibère » et les « Séjan », la « canaille », les « gredins » et autres « coquins ». Luce Albert et Loïc Nicolas, dans leurs travaux consacrés à la polémique, expliquent ainsi cette « radicalisation du différend » : on voit émerger « deux lignées antagonistes à la suite desquelles viennent s’inscrire les personae en présence. C’est pourquoi l’affrontement des adversaires se présente ordinairement comme la répétition de conflits passés ou imaginaires28 » (ici, les imaginaires concurrents associés à Caton et au duo Tibère/Séjan). Le « mot de trop » de Calvet a ainsi causé un débordement, à un double niveau : en insultant les représentants du peuple, il est sorti des frontières dudit peuple, comme le montre la réplique de Lacroix qui le qualifie de « ci-devant privilégié » (donc d’aristocrate29). Mais son invective a également provoqué une sortie des frontières de la parole : il n’est plus question de rhétorique, et lorsque Calvet cherche à argumenter, il se trouve réduit au silence par une parole non-articulée (les cris « à l’Abbaye ») et sa prière « entendez-moi » n’est pas exaucée, comme le note le compte rendu (« L’assemblée décide que M. Calvet ne sera pas entendu »).
19Cette sortie de la sphère rhétorique se manifeste également dans la réplique de Larivière : « Il insulte d’une manière trop outrageante aux représentants de la nation et à la nation elle-même, pour qu’on puisse prétendre, au moyen d’un sarcasme ou d’une épigramme ou d’une fausse pitié qui seraient un coup mortel porté à l’honneur de nos commettants, le soustraire à la punition qu’il a encourue. Je demande qu’il soit envoyé pour trois jours à l’Abbaye ». Par cette affirmation définitive, Larivière semble sonner la fin de la récréation et, en l’occurrence, la fin de la joute oratoire comme simulacre de combat : les jeux de langage (« sarcasme » ou « épigramme ») ne pourront venir à bout de l’adversaire et ne sont plus de mise, pire, s’en contenter serait porter un « coup mortel à l’honneur de nos commettants », c’est-à-dire du peuple. Il faut donc neutraliser physiquement Calvet, en le mettant en prison. D’adversaire politique, celui-ci est donc devenu un ennemi de la nation, en particulier dans ce contexte où, hors des murs de l’assemblée, la France se trouve effectivement en guerre contre les monarchies européennes coalisées depuis le mois précédent.
« Une voix dans la montagne » suffit-elle à « déclencher l’avalanche » ? Éloquence révolutionnaire et performativité
20Les détracteurs de la Révolution française, en particulier de sa période la plus radicale, sous le gouvernement révolutionnaire (période de la « Terreur »), ont souvent jugé que la parole politique de cette époque était dangereuse car performative. On peut citer l’exemple, particulièrement frappant du discours prononcé par La Harpe à la réouverture du Lycée le 31 décembre 1794, intitulé De la guerre déclarée par les Tyrans révolutionnaires, à la Raison, à la Morale, aux Lettres et aux Arts, où l’éloquence jacobine est ainsi décrite :
- 30 Jean-François de La Harpe, Lycée, ou Cours de littérature ancienne et moderne, Paris, Depelafol, éd (...)
[C]e langage inconnu jusqu’alors aux oreilles humaines, ce mélange inouï de dépravation monstrueuse et de rhétorique puérile, […] tantôt vomissant, avec le hurlement de bêtes sauvages, les refrains du massacre et de la destruction ; tantôt prêchant, avec une gravité à la fois atroce et burlesque, un système d’extermination que l’enfer même n’inventerait pas, à moins qu’il ne fût en délire ; tantôt s’égayant dans les horreurs, mêlant le sarcasme au poignard, et la plus plate ironie à la plus lâche proscription, raillant les cadavres, plaisantant dans le sang, et se jouant avec le carnage ; tantôt enfin affectant une imbécile hypocrisie et un charlatanisme de tréteaux, proclamant des milliers de meurtres au nom de l’humanité, le code du brigandage au nom d’Aristide ; consacrant la plus exécrable tyrannie au nom de Brutus30.
Dans cet extrait, lui-même marqué par l’excès langagier, ce qui relève de la rhétorique (« sarcasme », « ironie ») est mis sur le même plan que ce qui relève de la violence physique (« poignard », « proscription »). Dans une tout autre mesure et dans un autre style, la description de la Convention par Victor Hugo ne fait que renforcer cette impression d’un Verbe magique qui contient en lui-même l’action révolutionnaire – et potentiellement la violence.
- 31 H. Arendt, De la révolution [1963], trad. M. Berrane, Paris, Folio essais, 2012, p. 163. Le terme d (...)
21Mais ce jugement doit d’abord être situé historiquement et politiquement. Il intervient de façon systématique au lendemain du 9 thermidor, lorsque les adversaires de Robespierre – qui sont aussi ses anciens alliés –se retournent contre lui, le font exécuter et justifient a posteriori cette exécution en faisant circuler les premiers éléments de langage qui formeront sa « légende noire » (en témoigne l’exemple cité plus haut du discours de Courtois). Rien de nouveau sous le soleil : il en a été de même après chaque journée révolutionnaire (par exemple après l’arrestation des girondins à la suite des 31 mai et 2 juin 1793), et il continue d’en être de même par la suite, puisque les discours prononcés sous le Directoire s’en prennent tantôt aux royalistes, tantôt aux jacobins surnommés alors les « terroristes » ou les « anarchistes ». Ce phénomène de « diabolisation » (au sens étymologique de diabolè) s’est cependant cristallisé autour de la personne de Robespierre, qui reste aujourd’hui encore une personnalité controversée. C’est donc à propos de lui que l’on retrouve, au cours de la période contemporaine, le plus d’analyses consacrées à la performativité de l’éloquence révolutionnaire, en témoigne par exemple Hannah Arendt, qui accuse les jacobins d’avoir, par leurs paroles visant à démasquer les hypocrites, « arrach[é] le masque de la persona31 », autrement dit d’avoir aboli la frontière entre rhétorique et violence politique.
- 32 Maximilien Robespierre, discours prononcé le 8 thermidor an II (26 juillet 1794), dans Œuvres, t. X (...)
22En nous appuyant sur les analyses précédemment menées, nous préférons interpréter le lien entre rhétorique et violence de façon plus nuancée. De fait, l’affrontement verbal n’est pas l’équivalent de l’affrontement physique, et l’usage des mots ne provoque pas, comme par magie, la violence physique : un « mot de trop » ne suffit pas à provoquer une « avalanche » ou un « écroulement », et les mêmes mots employés dans des contextes variés peuvent avoir des effets très différents – en témoigne l’usage des invectives « tyran » et « dictateur », leitmotive de la tribune pendant toute la décennie révolutionnaire, mais qui, pour autant, ne déclenchent pas systématiquement des joutes verbales, des arrestations, ni des exécutions, loin de là. De fait, la rhétorique peut servir à représenter la violence physique par l’intermédiaire des figures d’analogie, comme lorsque Louvet brosse le portrait de Robespierre en Sylla et, en creux, le portrait des girondins en Brutus. Toutefois, en période de troubles politiques, il faut se méfier de l’idée irénique selon laquelle « les armes le cèdent à la toge ». De fait, les mots ne contiennent pas en germe la violence physique, mais ils ne sont pas pour autant inoffensifs, surtout si on les interprète à l’échelle de leur circulation dans le réseau des discours : la construction rhétorique d’une persona (l’ennemi de la nation) par une autre persona (le bon citoyen) peut à la longue légitimer la violence qui, parfois, s’ensuit. On a pu observer ce phénomène avec l’évolution du mot « dictateur » vers une charge violente, et il est ensuite aisé de relire les discours où il est employé comme un détonateur : comme le dit Robespierre lui-même à la veille du 9 thermidor sans savoir ce qui l’attend, « ce mot de dictature a des effets magiques32 ».
- 33 J. Schlanger, Trop dire ou trop peu. La Densité littéraire, Paris, Hermann, 2016, p. 33.
23Ainsi, ce qu’affirme Judith Schlanger à propos de Robespierre et de Saint-Just peut, nous semble-t-il, s’appliquer de façon plus générale à la manière dont les orateurs révolutionnaires conçoivent leur propre parole et que nous avons peut-être un peu perdu de vue : il s’agit de « l’idéal d’une parole héroïque qui déclenche un acte. Non pas nécessairement une parole performative dont l’énonciation exécute l’action, mais une parole transitive, efficiente, qui suscite, déclenche, entraîne directement l’action – et l’action de préférence héroïque33. » Les orateurs révolutionnaires, dans leurs discours, disent effectivement l’événement comme une épopée, un récit des origines dans lequel une société nouvelle adviendrait par la seule puissance du Verbe, mais il ne s’agit que d’un fantasme, d’un idéal. Plus que sur l’éloquence elle-même, il convient donc peut-être de s’interroger sur ses représentations, à la fois par les acteurs de l’événement et par la postérité : la violence physique est aussi, et avant tout, une manière de représenter et de se représenter la violence verbale. Car, en réalité, la parole des orateurs révolutionnaires n’est pas magique ni intrinsèquement dangereuse et, si performativité il y a, elle se trouve dans l’imaginaire collectif : l’éloquence ne fait qu’accompagner un contexte extra-discursif qui la charge d’implications diverses… parfois, ponctuellement, comme on chargerait un fusil.
Notes
1 Victor Hugo, Quatrevingt-treize, Paris, Librairie générale française, Le Livre de poche, 2000, p. 250-253.
2 « Tout ce qui est propre à susciter d’une manière quelconque les idées de douleur et de danger, c’est-à-dire tout ce qui est d’une certaine manière terrible, tout ce qui traite d’objets terribles ou agit de façon analogue à la terreur, est source de sublime, c’est-à-dire capable de produire la plus forte émotion que l’esprit soit capable de ressentir » (Edmund Burke, Recherche philosophique sur l’origine de nos idées du sublime et du beau, trad. B. Saint Girons, Paris, Vrin, 2014, p. 96).
3 L’Année terrible, qui renvoie à l’année 1870-1871, année de la débâcle de Sedan, de l’abdication de Napoléon III, puis de la Commune et de sa répression, est le titre d’un recueil poétique de Victor Hugo publié en 1872. Ce recueil entretient des liens avec Quatrevingt-treize dans la mesure où le roman, publié en 1874, est une réflexion sur les révolutions qui établit des rapprochements entre la Commune et l’année 1793.
4 Voir par exemple H. Parent, notice « Assemblée nationale », dans Publictionnaire, dictionnaire encyclopédique et critique des publics ; URL : https://publictionnaire.huma-num.fr/notice/assemblee-nationale/. Sur les conditions matérielles de la prise de parole à la tribune de l’Assemblée, on pourra consulter P. Brasart, Paroles de la Révolution. Les assemblées parlementaires (1789-1794), Paris, Minerve, 1988.
5 On trouve la reproduction du « Règlement à l’usage de l’Assemblée nationale » dans le volume Orateurs de la Révolution française préparé par F. Furet et R. Halévi, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1989 (p. xcvii pour cette citation).
6 Ibid., p. xcix.
7 Ibid.
8 P. France, « Éloquence révolutionnaire et rhétorique traditionnelle, étude d’une séance de la Convention », Saggi e ricerche di letteratura francese, XXIV, 1985, p. 50-74 ; « Speakers and Audience : the first days of the Convention », dans Language and Rhetoric of the Revolution, dir. J. Renwick, Édimbourg, Presses universitaires d’Édimbourg, 1990, p. 50-74.
9 Jean-Paul Marat, discours prononcé à la Convention le 25 septembre 1792, Gazette nationale ou Le Moniteur universel, 1792, no 271, dans L. Gallois, Réimpression de l’ancien Moniteur depuis la réunion des états-généraux jusqu’au Consulat, Paris, au Bureau central, 1840-1845, t. 14, p. 52. Le rédacteur du journal précise entre parenthèses : « Marat tire de sa poche un pistolet qu’il applique sur son front ». Le décret dont parle Marat est porté contre un certain nombre de montagnards, en particulier Robespierre et Danton, qui méditeraient l’instauration « soit d’un tribunat, soit d’un triumvirat, soit d’une dictature » (ibid., p. 49). Cette référence au Moniteur, dans la suite de cette contribution, sera abrégée « Moniteur universel ».
10 Cicéron, De l’orateur, I, 202, éd. et trad. É. Courbaud [1928], Paris, Les Belles-Lettres, 2009, t. I, p. 72.
11 Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, nouvelle édition corrigée et augmentée, t. III, Amsterdam, 1782, p. 150.
12 Ce passage s’inspire d’une présentation réalisée dans le cadre du séminaire « Poétique et rhétorique aux siècles classiques » à Sorbonne Université, sur le thème « (In)civilités : langue, discours, société » (2020-2022). Ma présentation était intitulée « “Prenez garde, messieurs les Gaulois !” Formes et pratiques de l’invective dans les assemblées de la Révolution française (1789-1799) ». Je remercie l’organisatrice du séminaire, Delphine Denis, de m’avoir donné l’occasion d’éprouver ma réflexion sur ce sujet.
13 Dominique Maingueneau élabore la notion d’interdiscours pour décrire le phénomène selon lequel « un discours s’inscrit dans un champ saturé d’autres discours », chaque discours traduisant les énoncés du discours adverse dans ses propres catégories. Cette opération de traduction suppose que chaque discours récupère et exploite le « déjà-dit » du discours adverse (Sémantique de la polémique. Discours religieux et ruptures idéologiques au xviie siècle, Lausanne, L’Âge d’homme, 1983, p. 9-11).
14 Antoine François Delandine, discours prononcé à l’Assemblée constituante le 2 septembre 1789, Moniteur universel, 1789, no 50, t. 1, p. 411- 412. Nous soulignons.
15 Jean-Sifrein Maury, discours prononcé à l’Assemblée constituante le 3 septembre 1789, ibid., p. 416. Nous soulignons.
16 Louis-Antoine de Saint-Just, discours sur le jugement de Louis XVI prononcé à la Convention le 13 novembre 1792, dans Saint-Just, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, coll. « Folio histoire », 2004, p. 480.
17 Jean Antoine Joseph Debry, discours prononcé à la Convention le 21 mars 1793, Moniteur universel, 1793, no 82, t. 15, p. 763.
18 Ibid.
19 Edme-Bonaventure Courtois, Rapport fait au nom de la commission chargée de l’examen des papiers trouvés chez Robespierre et ses complices, discours prononcé à la Convention le 5 janvier 1795 (16 nivôse an III), Moniteur universel, an III, no 161, t. 23, p. 571.
20 Voir le compte rendu du Moniteur universel, an II, no 331, t. 21, p. 332.
21 Il s’agit du député Barthélémy Aréna. Certaines représentations montrent toutefois plusieurs députés armés de poignards, comme la gravure de Duplessi-Bertaux Napoléon au Conseil des Cinq-Cents à l’Orangerie de Saint-Cloud le 19 Brumaire An VIII, réalisé en 1801 (musée Carnavalet). Il est difficile de faire le départ entre les représentations de l’événement et ce qui s’est réellement passé.
22 Sur l’imaginaire de la dictature dans le discours révolutionnaire, voir Hélène Parent, « La dictature romaine dans les discours des orateurs de la Révolution française : représentation imaginaire ou projet politique ? (1792-1794) », dans L’Exception politique en révolution, pensées et pratiques (1789-1917), dir. M. Biard et J.-N. Ducange, Rouen, Presses universitaires de Rouen-Le Havre, 2019, p. 25-39.
23 Voir par exemple Montesquieu, Dialogue de Sylla et d’Eucrate (1745).
24 Jean-Baptiste Louvet, discours prononcé à l’Assemblée législative le 29 octobre 1792, dans Archives parlementaires de 1787 à 1860, éd. Jules Madival et Émile Laurent, Paris, Paul Dupont, 1867 et années suivantes, t. 53, p. 53.
25 Dominique Joseph Garat, Mémoire sur la Révolution ou Exposé de ma conduite dans les affaires et dans les fonctions publiques, Paris, J. J. Smits et Ce, 1795, p. 45.
26 Voir Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Le Robert, 2006, entrée « Jouter ».
27 Pour cette citation et les suivantes, en particulier la transcription intégrale de la joute, voir le compte rendu de cette séance dans le Moniteur universel, 1792, no 52, t. 12, p. 529-531.
28 L. Albert et L. Nicolas, « Le ‘pacte polémique’ : enjeux rhétoriques du discours de combat », dans Polémique et rhétorique, dir. L. Albert et L. Nicolas, Louvain-la-Neuve, De Bœck supérieur, coll. « Champs linguistiques », 2010, p. 46.
29 Rappelons ici que le discours révolutionnaire, depuis ses débuts, construit la notion de « peuple » – et celle, alors synonyme, de « nation » – à partir du tiers-état : les ordres privilégiés (noblesse et clergé) doivent renoncer à leurs privilèges s’ils veulent faire partie du peuple et donc de la nation. Cette idée se trouve renforcée par des théories sur les origines de la noblesse française, dont s’inspire notamment Sieyès dans sa brochure Qu’est-ce que le tiers-état ? qui circule abondamment dans les milieux lettrés dès 1788. On y trouve notamment l’interrogation suivante : « Pourquoi [le tiers-état] ne renverrait-il pas dans les forêts de la Franconie toutes ces familles qui conservent la folle prétention d’être issues de la race des conquérants et d’avoir succédé à des droits de conquête ? » (Paris, Flammarion, coll. « Champs classiques », 1988, p. 44). Dès lors, qualifier quelqu’un d’aristocrate ou de « ci-devant privilégié » revient de fait à l’exclure du peuple et à en faire un ennemi de la nation, d’autant plus dans ce contexte de guerre contre les monarchies européennes coalisées.
30 Jean-François de La Harpe, Lycée, ou Cours de littérature ancienne et moderne, Paris, Depelafol, éd. posthume de 1825, t. VIII, introduction (« De la guerre déclarée par les Tyrans révolutionnaires, à la Raison, à la Morale, aux Lettres et aux Arts, discours prononcé à l’ouverture du Lycée le 31 décembre 1794) », p. 9-10.
31 H. Arendt, De la révolution [1963], trad. M. Berrane, Paris, Folio essais, 2012, p. 163. Le terme de persona nous intéresse tout particulièrement ici car, issu du nom donné au masque dans le théâtre romain, il renvoie à la fois, dans le domaine du droit, à la personnalité juridique qui sert d’écran protecteur entre le citoyen et l’individu privé et, dans le domaine de la rhétorique, à l’ensemble des traits qui traduisent la personnalité de l’orateur dans son discours (voir C. Guérin, Persona. L’Élaboration d’une notion rhétorique au Ier siècle avant J.-C., vol. II, Théorisation cicéronienne de la persona oratoire, Paris, Vrin, 2011). « Arracher le masque de la persona » reviendrait donc à la fois à supprimer l’écran protecteur entre personne publique et individu privé, et à confondre la personne physique avec sa présentation dans le discours.
32 Maximilien Robespierre, discours prononcé le 8 thermidor an II (26 juillet 1794), dans Œuvres, t. X, Discours (5e partie), Paris, Société des études robespierristes, 2011 [1961], p. 553.
33 J. Schlanger, Trop dire ou trop peu. La Densité littéraire, Paris, Hermann, 2016, p. 33.
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Référence électronique
Hélène Parent, « « Amas épique d’antagonismes » : violence verbale et physique dans les assemblées révolutionnaires (1789-1799) », Exercices de rhétorique [En ligne], 23 | 2025, mis en ligne le 19 mai 2025, consulté le 11 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/rhetorique/1792 ; DOI : https://doi.org/10.4000/13zqi
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