Notes
Cf. l’exemple des églises du diocèse de Rennes relevé par Bruno Restif, La Révolution des paroisses. Culture paroissiale et réforme catholique en Haute-Bretagne aux xvie et xviie siècles, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006, p. 75.
Claude de La Croix, Le Parfaict Ecclésiastique, ou Diverses instructions sur toutes les fonctions cléricales, Paris, P. de Bresche, 1665.
Ibid., titre de la troisième partie.
Extrait des instructions synodales d’Antoine Godeau, évêque de Grasse et Vence, cité par Monique Brulin, Le Verbe et la Voix. La manifestation vocale dans le culte en France au xviie siècle, Paris, Beauchesne, 1998, p. 320.
Au cours de cet article, les termes de maître, magister et régent désigneront une même fonction. Si les deux premières appellations sont reconnues par le Dictionnaire de l’Académie française pour désigner la personne chargée de l’enseignement scolaire paroissial, la dernière était normalement destinée au personnel enseignant de collège. Constatable notamment dans les archives paroissiales, son utilisation pour désigner les maîtres des petites écoles était néanmoins courante.
Le rôle du maître d’école-chantre comme intermédiaire est également observable dans le domaine administratif (le régent aidant à la rédaction d’actes ou à l’arpentage). Le profil socioprofessionnel de nombreux candidats à un contrat de maître facilite d’ailleurs cette fonction de pivot ; cf. Dominique Blanc, « Les saisonniers de l’écriture. Régents de villages en Languedoc au xviiie siècle », Annales ESC, XLIII/4 (1988), p. 867-895.
La réalité de terrain est bien moins saisissable que ce que laisse entendre le Traité du gouvernement spirituel et temporel des paroisses de Jousse (Paris, Chez Debure, 1769, p. 11-12), ouvrage insistant sur le rôle du prêtre ou, éventuellement, des officiers du chœur dans la nomination des chantres.
Brulin, op. cit., p. 4.
Jean-Jacques Duguet (Traité sur la prière publique et sur les dispositions pour offrir les ss. Mysteres, Paris, Jacques Estienne, 1707) dénonce ainsi le bruit confus de la psalmodie dans certaines églises au point que « le peuple ne saurait entendre ce que les chantres ne daignent pas écouter, quoiqu’ils le prononcent » ; cité par Brulin, op. cit., p. 107.
Jean-Yves Hameline, « Le plain-chant dans la pratique ecclésiastique aux lendemains du concile de Trente et des réformes postconciliaires », Plain-chant et liturgie en France au xviie siècle, Paris/Versailles, Klincksieck/Éditions du Centre de musique baroque de Versailles, 1997, p. 28.
Brulin, op. cit., p. 263.
Manuel des Cérémonies romaines (1670) cité par Jean-Yves Hameline, « Célébrer “dévotement” après le Concile de Trente », La Maison-Dieu, n° 218 (1999/2), p. 20 note 25.
Guillaume-Gabriel Nivers, Dissertation sur le chant grégorien, Paris, Aux dépens de l’Autheur, 1683, p. 51.
Ibid., p. 52. Nivers n’exclut néanmoins pas « quelques ports de voix » ainsi que « quelques diêses […] que l’on fait mesme sans y penser » ; ibid., p. 53.
Ibid., p. 53.
Philippe Vendrix, « Pour les grands et les autres : la réforme oratorienne du plain-chant », Plain-chant et liturgie…, p. 87-96.
Nivers, op. cit., p. 57.
Pour l’exemple d’Henri II de Condé, cf. le témoignage rapporté par Abraham-Nicolas Amelot de La Houssaie, Memoires historiques, politiques, critiques et litteraires, Amsterdam, Chez Zacharie Chatelain, 1737, t. II, p. 408-409.
Cité par Brulin, op. cit., p. 322. Cf. la même proposition faite dans le Livre d’Église à l’usage des laics du diocèse d’Amiens, Amiens, Chez Charles Caron Hubault, 1704.
Extrait du David françois ou Traité de la saincte psalmodie du père Bourgoing (1641), cité par Brulin, op. cit., p. 378-379. Autre critique des « laïques et des paysans revêtus de chapes [qui] chantent les saint Offices » chez Tronson, Examens particuliers sur divers sujets propres aux ecclésiastiques et à toutes les personnes qui veulent s’avancer dans la perfection, Nantes-Marseille, Chez Mme la Vve Malassis, Chez Jean Mossy, 1811 (1re éd. 1690), t. I, p. 49.
Chanoine de la cathédrale d’Auxerre avant de devenir académicien, l’abbé Jean Lebeuf est le seul à déroger à ce profil.
Les traités abordés dans le cadre de cet article sont référencés en annexe. Pour une liste complète des traités publiés au cours des xviie et xviiie siècles, cf. Bénédicte Mariolle, « Bibliographie des ouvrages théoriques traitant du plain-chant (1582-1789) », Plain-chant et liturgie…, p. 285-356.
Une typologie sommaire distinguerait les traités purement pratiques (La Feillée, Oudoux, Hardouin, Poisson) de ceux consacrés à l’esthétique et à la composition du chant (L. Poisson, Cousin), ou encore ceux mêlant érudition historique et pédagogie pratique (Lebeuf).
Bien que sa destination monastique soit clairement exprimée, ce traité est de format anormalement grand, et ses informations concernant le chant alternent avec de nombreuses pages consacrées aux remèdes contre le rhume ou à l’éloge d’une consommation raisonnée du vin ! L’ouvrage est, de plus, ignoré par les commentateurs du xviiie siècle.
Les emprunts d’un traité à l’autre sont très fréquents. Ainsi, la section consacrée au plain-chant chez Imbert est, mot pour mot, identique à celle de Carré. Oudoux reconnaît pour sa part avoir cherché « à recueillir & à réunir ce qu’on ne trouveroit qu’avec des recherches fatigantes dans un grand nombre de Traités sur le Chant, que tout le monde n’est point en état de se procurer, & que peu sont capables de bien saisir » ; Oudoux, p. 3.
La Feillée, p. 68.
La Feillée, p. 67-68.
« Il faut prononcer naturellement, pourvû qu’on le fasse bien, sans grimace, sans contorsion de la bouche, & sans trop d’affectation, & autant que l’on peut sans remuer les lévres dans les liaisons du Chant, parce que cela fait varier l’articulation » ; La Feillée, p. 77. Conseils identiques chez Carré, p. 36, et Poisson, p. 402-403.
Lebeuf, p. 106.
La Feillée, p. 87.
Cf. par exemple le chapitre « Du chant du Chœur » du Cérémonial du diocèse de Langres, Langres, Chez Pierre Defay, 1775.
Oudoux, p. lxvij.
Ibid., p. lxviij.
L. Poisson, p. 93. En dépit de son opposition à Poisson, propos identiques chez Cousin de Contamine, Traité critique du Plain-chant, Paris, Chez P.G. Le Mercier, 1749, p. 55
« Brailler : c’est excéder le volume de sa voix, chanter tant qu’on a de force, comme font au lutrin les Marguilliers de Village, & certains Musiciens ailleurs » ; Jean-Jacques Rousseau, Dictionnaire de musique, Paris, Chez la Veuve Duchesne, 1768, p. 58.
Courtalon (curé), « Projet en faveur des petites écoles des campagnes », Journal de Troyes (1784), cité par Albert Babeau, L’école de village pendant la Révolution, Paris, Librairie académique Didier – Émile Perrin, 1885 (2e éd.), p. 20.
Ibid., p. 21.
Cité par Blanc, art. cit., p. 889.
Hameline, art. cit., p. 22.
Bernard Lortat-Jacob, « Prononcer en chantant. Analyse musical d’un texte parlé (Castelsardo, Sardaigne) », L’Homme, XXXVIII (1998), p. 110.
En 1764, un curé du diocèse de Saint-Papoul se félicite de son chantre principal : « tous les étrangers sont satisfaits de son chant, il est [sic] pas village où l’on chante mieux » ; cité par Blanc, art. cit., p. 883.
Cf. le cas du chantre analphabète mais bon chanteur choisi par les villageois et le curé de Quiers, cité par Jacques Houdaille, « Les signatures au mariage de 1740 à 1829 », Population, XXXII/1 (1977), p. 71 note 2.
Jacques Cheyronnaud, Le Lutrin d’église et ses chantres au village (xixe – xxe siècles). Approche d’un service public musical, thèse de l’École des hautes études en sciences sociales, 1984, p. 242.
L’assimilation du chant de masque rituel au chant des ancêtres est bien connue des ethnomusicologues ; cf. Marie-Paule Ferry, « Voix des masques, voix des esprits », Pour une anthropologie de la voix, Paris, L’Harmattan, 1993, p. 329-339. En tenant compte des multiples interactions entre religion institutionnelle et pensée magique rurale, l’attachement des populations au chant de lutrin mériterait d’être envisagé sous cet angle.
Clause de contrat d’engagement du maître d’école d’une paroisse de Franche-Comté au xviiie siècle, citée par Cheyronnaud, op. cit., p. 469.
Cousin de Contamine, Traité critique du Plain-chant, Paris, Chez P.G. Le Mercier, 1749 ; chanoine Roulleau, « Defense du Chant Gregorien », Mercure de France, mai 1750, p. 41-77. Rousseau évoquera lui aussi la question du statut esthétique du plain-chant ; Rousseau, op. cit., p. 373-378.
Jean-Louis Jam, « Images du chantre au xviiie siècle », Maîtrises et Chapelles aux xviie & xviiie siècles, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2003, p. 409-425. Ce discrédit touche plus généralement les principales institutions ecclésiastiques non paroissiales (chapitres séculiers, ordres religieux) ainsi que le chant qui leur est propre ; cf. Philippe Bourdin, « Collégiales et chapitres cathédraux au crible de l’opinion et de la Révolution », Annales historiques de la Révolution française, n° 331 (2003), p. 29-54.
Harvey Chisick, « Institutional innovation in popular education in eighteenth century France : two examples », French Historical Studies, X/1 (1977), p. 41-73.
Mireille Laget, « Petites écoles en Languedoc au xviiie siècle », Annales, XXVI/6 (1971), p. 1411. Cf. la description satirique des petites écoles chez Sébastien Mercier, Tableau de Paris, Amsterdam, s. n., 1782, t.III, chapitre XLIII.
Michel de Certeau, Dominique Julia, Jacques Revel, Une politique de la langue, Paris, Éditions Gallimard, 2002 (1re éd. 1975).
Cf. par exemple les perfidies de La Feuille villageoise, III (1792), p. 12-13.
Nicole Dyonnet, « Impiétés provinciales au xviiie siècle », Histoire, économie et société, IX/3 (1990), p. 407.
Pièce produite dans le cadre du conflit entre les consuls et le curé de Fitou (1784), citée par Blanc, art. cit., p. 884.
Le Rituel de Toul (1700) rappelle ainsi que la messe de paroisse est « celle qui se célèbre chaque dimanche et chaque fête […] dans l’église de la paroisse, pour et au nom de la paroisse assemblée […] ; c’est là que se font les instructions publiques ; c’est là qu’on publie ce qui est à publier, c’est là qu’on apprend des choses qu’il faut savoir, et qu’on apprend presque jamais ailleurs. » ; cité par Cheyronnaud, op. cit., p. 274.
Cf. Xavier Bisaro, « Les maîtres chanteurs du Directoire : une anthropologie sonore du culte laïcal », Revue de musicologie, XCIV/2 (2008), p. 433-450.
Parmi les innombrables portraits de chantres au xixe siècle, celui de Porte (Des moyens de propager le goût de la musique en France, 1838) en est un spectaculaire exemple : « Ils ignorent complètement les régles du plain-chant et de la langue latine. Les traits de leur visage se contractent hideusement, et leurs sales mains se tordent, tandis que d’une voix glapissante ils dénaturent les airs et les paroles. Ils mettent leur amour propre à étourdir l’auditoire, ils croient chanter admirablement quand ils détonnent à tue-tête » ; cité par Cheyronnaud, op. cit., p. 303.
À compter des débuts de la Monarchie de Juillet, le plain-chant sera au cœur de la dialectique restauratrice promue par dom Guéranger. En matière de chant ecclésiastique, l’idéal moyenâgeux de ce dernier sera bientôt galvanisé par l’encouragement de Pie IX et d’évêques à la réforme des pratiques chantées cultuelles, par la découverte et l’exploitation de manuscrits anciens et, plus généralement, par l’accession du plain-chant au rang de sujet de débat public alimenté par des publications spécialisées (ecclésiastiques et/ou scientifiques) mais aussi des organes de presse généralistes (L’Univers de Louis Veuillot notamment). Sur cette évolution, cf. Xavier Bisaro, « La plume ou le goupillon ? – Le manuscrit H 159 de Montpellier entre érudition et restauration grégorienne », La musique ancienne : entre historiens et musiciens, Genève, Droz, à paraître en 2010.
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