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Actualité internationale
Notes de lecture

Jean-Pierre Véran et Régis Malet (dir.), Oser une école commune. Savoir et agir pour faire société

Préface de Patrick Rayou et André D. Robert, Berger-Levrault, 2025, 240 p.
Jean-Marie De Ketele
p. 33-34
Référence(s) :

Jean-Pierre Véran et Régis Malet (dir.), Oser une école commune. Savoir et agir pour faire société, préface de Patrick Rayou et André D. Robert, Berger-Levrault, 2025, 240 p.

Entrées d’index

Mots-clés :

curriculum, égalité

Keywords:

curriculum, equality

Palabras claves:

curriculum, igualdad
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Texte intégral

1Cet ouvrage réjouira les lecteurs attachés à la Revue internationale d’éducation de Sèvres pour plusieurs raisons : Jean-Pierre Véran, Patrick Rayou et André Robert sont des collaborateurs et auteurs appréciés de notre revue ; et, ce qui n’est pas étonnant compte tenu de l’ADN de la revue, l’ouvrage observe ce qui se passe en dehors de la France, en l’occurrence ce qui se pratique en Suisse, en Europe du Nord, en Italie, en Angleterre, en Ontario.

2Comme le disent les directeurs de l’ouvrage, Jean-Pierre Véran et Régis Malet, le livre s’inscrit dans le cadre des activités du Collectif d’interpellation du curriculum (CICUR), réunissant des personnes venant d’horizons professionnels, personnels et idéologiques divers, cherchant à répondre au constat selon lequel « les réformes en général, celles des programmes d’enseignement en particulier, ne parviennent pas, en France, à rendre les scolarités plus efficaces, ni plus justes ».

  • 1  Voir Monteil, J.-M. (2024). En France, le besoin d’une culture partagée de la production de donnée (...)

3Dans la première partie de l’ouvrage, les quatre chapitres écrits par les directeurs de l’ouvrage cherchent « à établir quelques principes directeurs susceptibles de garantir une politique scolaire effectivement porteuse d’égalité, de fraternité et de liberté dans une école vraiment commune où savoir et savoir agir vont de pair ». Tour à tour sont abordés la notion de commun conçu comme un penser collectivement et un agir pour le bien de tous ; la nécessité de pratiquer de nouvelles formes d’expérience démocratique de l’école ; l’analyse des écarts entre le dire (« l’école de l’égalité des chances ») et le faire (« les inégalités sociales et territoriales en matière de réussite solaire et éducative » ; le besoin de s’appuyer sur les expériences innovantes des acteurs de terrain et sur les résultats de recherche comme celle de Jean-Marc Monteil rapportée dans le numéro 96 de la revue1.

4Intitulée « Regards croisés sur des transformations en actes », la seconde partie de l’ouvrage s’attache à décrire et à analyser des politiques et des pratiques diverses, à l’étranger et en France, qui tentent de créer du commun et de sortir des impensés de l’école. Dans un premier chapitre, Faouzia Kalali porte son attention sur l’enseignement scientifique et la culture citoyenne. Dans le chapitre ii, Luisa Lombardi compare les expériences de lycéens anglais, français et italiens sur le sens accordé aux cursus scolaires, qualifiés respectivement de « lycée expert », « lycée cultivé » et « lycée stratège ». Dans le chapitre iii, Régis Malet et Lijuan Wang tirent les leçons de l’expérience finlandaise, marquée depuis trois décennies par un afflux d’immigrants et de réfugiés, diversifiant progressivement une société autrefois homogène. Dans les deux chapitres suivants, Gian Franco Pordenone rapporte deux expériences menées dans un collège tessinois : l’une, intitulée la « Cité des métiers », vise à rapprocher le monde du travail et l’univers scolaire ; l’autre décrit un projet interdisciplinaire, dans le cadre d’un échange avec des collégiens du Pays de Galles, permettant aux différents acteurs de « se découvrir ensemble par le territoire ». Dans le chapitre vi, Bernard Desclaux décrit les effets pervers des procédures d’orientation en France et plaide pour rendre possible une école moyenne centrée sur la réussite de tous et non sur la sélection des « meilleurs » au nom de la méritocratie. Dans le chapitre vii, Françoise Bougaeff compare l’organisation curriculaire et les choix éducatifs des parents en France et dans l’Ontario au Canada. Dans le chapitre viii, Jean-Pierre Véran montre que l’éducation aux médias et à l’information (EMI), reconnue comme indispensable, est une opportunité pour construire du commun et faire société, à condition qu’elle soit réellement une « pratique des médias ». Dans le dernier chapitre, Régis Malet et Lijuan Wang montrent que les pays scandinaves ont réussi cette intégration des médias, ce qui a permis de repenser les formes et les contenus d’apprentissage, l’écologie de la forme scolaire, la relation enseignant-enseigné, et les conditions d’accessibilité aux connaissances, qui sont, à l’ère numérique, très marquées socialement.

5Les directeurs de l’ouvrage concluent en présentant ce qu’ils appellent « les voies d’une ambition collective ». Lorsqu’une société ne parvient pas à tenir ses valeurs et ses promesses de cohésion et de justice, comme c’est le cas en France, il est nécessaire de faire appel à une délibération démocratique. Pour la rendre possible et fructueuse, il s’agit d’enrichir le débat national de ce qui se pratique ailleurs, comme a tenté de le faire cet ouvrage. Cela permet de comprendre combien il est urgent de repenser les savoirs en lien avec l’action, la participation sociale et la préparation à la complexité du monde. Combien il est nécessaire d’exercer une pensée critique sur la politique des savoirs française et de passer du savoir au savoir-relation pour construire du commun.

6Cet ouvrage est le témoignage d’une pensée toujours en construction de la part de certains membres du CICUR qui interpellent le curriculum. C’est là sa principale qualité, car il donne à penser. C’est là aussi sa principale limite : malgré les efforts des directeurs de l’ouvrage, les différentes contributions sont des matériaux déposés sur un vaste chantier. Sans doute en faudra-t-il d’autres encore pour construire l’édifice dont les principes ont été ébauchés. À suivre.

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Notes

1  Voir Monteil, J.-M. (2024). En France, le besoin d’une culture partagée de la production de données, Revue internationale d’éducation de Sèvres, 96, 59-69. https://doi.org/10.4000/12fsq

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Pour citer cet article

Référence papier

Jean-Marie De Ketele, « Jean-Pierre Véran et Régis Malet (dir.), Oser une école commune. Savoir et agir pour faire société »Revue internationale d’éducation de Sèvres, 99 | 2025, 33-34.

Référence électronique

Jean-Marie De Ketele, « Jean-Pierre Véran et Régis Malet (dir.), Oser une école commune. Savoir et agir pour faire société »Revue internationale d’éducation de Sèvres [En ligne], 99 | novembre 2025, mis en ligne le 01 novembre 2025, consulté le 16 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ries/18652 ; DOI : https://doi.org/10.4000/155lv

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Auteur

Jean-Marie De Ketele

Jean-Marie De Ketele est professeur émérite de l’Université catholique de Louvain (Belgique) et de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, où il a créé la chaire Unesco en sciences de l’éducation (1994). Docteur honoris causa de plusieurs universités, il a présidé l’Association internationale de pédagogie universitaire ainsi que l’Association pour le développement des méthodologies de l’évaluation en éducation (ADMEE-Europe). Ses travaux portent principalement sur la pédagogie universitaire, sur l’évaluation des apprentissages et des systèmes éducatifs ainsi que sur l’engagement professionnel des acteurs de l’éducation et de la formation. Courriel : jean-marie.deketele[at]uclouvain.be

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