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Recensions de livre

Recension du livre « Le Learning Management System dans l’enseignement supérieur - Boule à facettes technopédagogiques » , par Chrysta Pélissier, Olivier Perlot et Bertrand Mocquet

Cécile Vassaux

Texte intégral

1C’est dans un contexte en mutation, où les frontières entre présentiel et virtuel deviennent de plus en plus poreuses et alimentent les espaces pédagogiques hybrides, que l’ouvrage dirigé par Chrysta Pélissier, Olivier Perlot et Bertrand Mocquet propose un éclairage approfondi sur le rôle, encore trop souvent sous-estimé, des Learning Management Systems (LMS) dans l’enseignement supérieur. Dès les premières pages, Christelle Lison souligne explicitement que ces plateformes sont plus que de simples lieux de dépôts de ressources numériques. Bien au contraire, les LMS représentent des acteurs discrets, structurant les dynamiques d’enseignement et d’apprentissage. Envisagés comme un objet technopédagogique à multiples facettes, les LMS mobilisent une diversité d’acteurs. C’est dans cette perspective que les contributions de cet ouvrage s’adressent non seulement aux enseignants et aux enseignants-chercheurs, qu’ils soient utilisateurs ou concepteurs de LMS, mais aussi aux ingénieurs pédagogiques, aux étudiants et aux décideurs institutionnels. Grâce à la variété des formats mobilisés tels que des études empiriques, des retours d’expériences, ou encore des analyses théoriques, l’ouvrage parvient à atteindre ces différents publics.

2En réunissant 42 auteurs issus du monde universitaire francophone et provenant de divers champs disciplinaires (sciences de l’éducation, informatique, sciences de l’information et de la communication, psychologie, ingénierie pédagogique, ou encore droit), cet ouvrage offre une pluralité de perspectives portant sur les facettes et les enjeux des LMS dans l’enseignement supérieur. À travers cette émulation scientifique collective, différents objectifs sont visés. Le premier objectif consiste en une mobilisation collective comprenant enseignants et concepteurs autour d’un projet commun, celui de repenser ensemble la conception, les usages et la diffusion des LMS. Le deuxième objectif est de proposer une lecture à la fois critique et prospective de ces plateformes en considérant leur complexité technopédagogique, leurs conditions d’appropriation et leur potentiel de transformation. Le troisième objectif est de rendre visible et accessibles les travaux en pédagogie numérique afin de fournir aux praticiens comme aux décideurs des clés pour orienter leurs choix. Pour ce faire, l’ouvrage comprend au total 23 chapitres, répartis de manière cohérente en quatre parties thématiques.

3La première partie de l’ouvrage, intitulée « Les LMS, un outil multi-facettes », propose une exploration des différentes dimensions qui composent ces environnements numériques d’apprentissage. Au lieu de se focaliser sur la simple fonction logistique des LMS, les auteurs les abordent comme des dispositifs technopédagogiques complexes. Ils analysent comment ces plateformes participent à l’hybridation des dispositifs de formation, à la structuration des espaces d’apprentissage et à la médiation pédagogique. Une attention est portée aux conditions d’une conception ergonomique et participative des LMS, pensée dans une logique d’environnement capacitant.

4La deuxième partie, nommée « La place des acteurs dans le LMS », s’intéresse aux interactions que les enseignants, les étudiants et les accompagnateurs développent avec ces plateformes. Les auteurs explorent le rôle des émotions dans les usages des environnements numériques d’apprentissage, les stratégies de régulation affective mobilisées, ou encore la relation entre les LMS, l’engagement et l’isolement des apprenants. De plus, ces contributions abordent l’autonomie dans les apprentissages, la personnalisation des parcours et la nécessité de prendre en compte les usages réels des étudiants. Le besoin d’une conception d’environnements plus ouverts, flexibles et accessibles est mis en avant.

5La troisième partie, « LMS et régulations », permet d’aborder les LMS comme des espaces où se rencontrent régulations explicites et implicites. Dans cette partie sont examinées les logiques de régulations pédagogiques, organisationnelles et institutionnelles à l’œuvre dans le déploiement de ces plateformes. Le rôle de l’accompagnement pédagogique apparaît alors comme un levier permettant de favoriser l’appropriation et la transformation des pratiques. Plusieurs chapitres portent sur l’analyse des traces numériques générées par les usages à travers les outils de pilotage tels que des tableaux de bord, les learning analytics ou encore les problématiques éthiques liées à la collecte et à l’utilisation des données. En ce sens, les auteurs soulignent la nécessité d’une gouvernance respectueuse de l’autonomie des acteurs.

6La dernière partie, « Vers un nouveau LMS. Le futur, et alors? », adopte une perspective prospective en questionnant les évolutions possibles des LMS. Les contraintes juridiques et des ambitions pédagogiques y sont abordées. Les contributions envisagent une transition vers des plateformes plus intelligentes, ouvertes, collaboratives et adaptables. Les LMS seraient alors davantage alignées sur les usages effectifs des enseignants et des étudiants. Des pistes sont proposées comme la conception de LMS citoyens et démocratiques, l’intégration des cadres juridiques dès la phase de développement, l’accompagnement des enseignants dans la structuration de leurs cours hybrides, ou encore valorisation des communautés d’utilisateurs dans les écosystèmes open source.

7Enfin, la conclusion de Chrysta Pélissier reprend la métaphore de la boule à facettes. Le LMS y est envisagé comme un objet structuré en trois strates interdépendantes. En distinguant un centre (valeurs fondatrices), un rayonnement (diffusion des principes) et des facettes (fonctionnalités perçues), elle propose une modélisation heuristique qui permet de penser la conception, l’usage et l’évolution des LMS de manière intégrée.

8Tout au long de l’ouvrage, une grande variété de cadres théoriques est mobilisée pour éclairer les multiples facettes des LMS. Parmi eux figurent les modèles d’hybridation des dispositifs, les théories de la régulation, les approches de l’analyse de l’activité, les environnements capacitants ou encore les enjeux d’accessibilité. Cette diversité constitue un point fort de l’ouvrage, reflétant la complexité des LMS dans leur mise en œuvre institutionnelle et leur appropriation par les acteurs.

9En outre, l’ouvrage articule de manière convaincante les différentes contributions. Plusieurs qualités sont à souligner : la pluralité des voix convoquées (enseignants, ingénieurs pédagogiques, juristes, chercheurs) qui garantit une approche transversale ; l’inscription des LMS dans des problématiques sociotechniques, politiques et éthiques, bien au-delà des seules fonctions instrumentales ; l’ancrage théorique solide ; la progression logique des contributions, allant des attentes du passé jusqu’aux perspectives futures ; enfin, la métaphore de la boule à facettes, qui constitue un outil heuristique original.

10Concernant les résultats, ces derniers permettent à la fois de forger une compréhension globale de la complexité des LMS aux lecteurs mai ils offrent aussi des éclairages pertinents à plusieurs niveaux. Pour les enseignants, ils apportent des éléments de réflexion sur leur posture, leur autonomie et leurs pratiques pédagogiques en lien avec les LMS. Concernant les ingénieurs pédagogiques, des recommandations sont fournies visant la conception de dispositifs plus ergonomiques, participatifs et adaptés aux usages. Pour les institutions d’enseignement supérieur, ces résultats peuvent aider à la prise de décisions en matière de gouvernance, de pilotage et d’évaluation des environnements numériques. Pour les concepteurs, ils représentent des pistes pour élaborer des LMS plus flexibles, évolutifs et adaptables. Enfin, les chercheurs peuvent y trouver à la fois des données empiriques et des ancrages théoriques pour enrichir l’investigation des dynamiques technopédagogiques dans l’enseignement supérieur. Dès-lors, cet ouvrage est pertinent pour la compréhension des LMS dans l’enseignement supérieur en proposant une vision globale et pluridisciplinaire de ces environnements et en ouvrant des pistes concrètes pour leur évolution au service d’une pédagogie plus ouverte.

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Bibliographie

C. Pélissier, O. Perlot et B. Mocquet. (2025). Le Learning Management System (LMS) dans l’enseignement supérieur - Boule à facettes technopédagogiques. Presses des Mines

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Pour citer cet article

Référence électronique

Cécile Vassaux, « Recension du livre « Le Learning Management System dans l’enseignement supérieur - Boule à facettes technopédagogiques » , par Chrysta Pélissier, Olivier Perlot et Bertrand Mocquet »Revue internationale de pédagogie de l’enseignement supérieur [En ligne], 41(2) | 2025, mis en ligne le 02 septembre 2025, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ripes/6362 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14kwo

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Auteur

Cécile Vassaux

Doctorante au TECFA, faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, Université de Genève

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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