Discours lors de la séance inaugurale
Plan
Texte intégral
1Le Conseil de l’Europe a été créé en 1949 pour défendre et transmettre des valeurs au cœur desquelles figure la fraternité. Ce terme de fraternité n’est pas explicitement présent dans les textes fondateurs de notre Organisation. Néanmoins, la notion les sous-tend — la fraternité sous-tend l’ensemble de nos travaux. Elle est indirectement présente dans le Préambule de la Convention européenne des droits de l’homme et dans celui du Statut du Conseil de l’Europe, lorsque ceux-ci soulignent que le but de l’Organisation est de réaliser « une union plus étroite » entre ses membres. Quant à nos travaux, ils tendent tous, chacun à sa façon, à affirmer et à protéger la dignité de l’être humain.
2Qu’il s’agisse de prévenir les détentions illégales ou la torture, de lutter contre les discriminations et le discours de haine, tout cela permet de reconnaître qu’un être humain, parce qu’il est un être humain et quel qu’il soit, quelles que soient sa culture, son ethnie, ses convictions religieuses, doit bénéficier de droits et de libertés fondamentaux, pour protéger sa dignité. C’est ce que le cardinal Parolin a qualifié de « service pour l’élévation de la personne humaine », lorsqu’il est venu échanger avec le Comité des ministres du Conseil de l’Europe, le 12 novembre 2020. Si nous voyons l’autre ainsi, nous parvenons à la fraternité.
3Au Conseil de l’Europe, nous avons travaillé pour une Europe fraternelle. Mais cette Europe a fait face à des crises importantes : le terrorisme ; l’afflux continu de migrants et de réfugiés ; ou encore, le renforcement des inégalités. Nous avons été les témoins directs de ces crises qui ont mis nos valeurs à l’épreuve, mais cela a aussi été un axe fort de notre travail. « L’union étroite » de notre Organisation n’est pas un objectif isolé. C’est un moyen de réaliser la paix, cette paix que les fondateurs du Conseil de l’Europe ont cherché à établir avec engagement et détermination au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Mais souvenons-nous des paroles du Souverain Pontife, lorsqu’il a honoré le Conseil de l’Europe de sa visite le 25 novembre 2014 : « Malheureusement, la paix est encore trop souvent blessée […]. Elle l’est aussi ici en Europe, où des tensions ne cessent pas. Que de douleur et combien de morts encore sur ce continent, qui aspire à la paix, mais pourtant retombe facilement dans les tentations d’autrefois ! Pour cela, l’œuvre du Conseil de l’Europe dans la recherche d’une solution politique aux crises en cours est importante et encourageante. »
4Aujourd’hui, alors qu’une guerre sévit sur notre continent, qu’une agression brutale et illégale à l’encontre de l’un de nos États membres a rendu indispensable l’exclusion de la Fédération de Russie de notre Organisation, ces paroles cruciales du Pape sont en ligne avec notre feuille de route : nous devons protéger et renforcer la sécurité démocratique — concept sur lequel le Conseil de l’Europe a été bâti et qui affirme que les sociétés stables et résilientes sont celles dans lesquelles les citoyens ont confiance dans les systèmes qui les gouvernent ; dans lesquelles les conflits se règlent pacifiquement grâce à des élections libres ; dans lesquelles tous les individus peuvent jouir de leurs droits fondamentaux ; et dans lesquelles la diversité va de pair avec l’inclusion et le respect. Face aux pressions qui menacent notre stabilité, notre responsabilité à tous — mais en particulier celle du Conseil de l’Europe, compte tenu du mandat qui nous est confié — est de consolider les bases sur lesquelles notre société européenne repose. Pour qu’elle soit fraternelle.
5Parmi nos actions dans ce domaine, je souhaite m’arrêter à nos récents travaux sous l’égide de la présidence italienne du Comité des ministres du Conseil de l’Europe : il s’agissait d’élaborer des principes fondamentaux pour le dialogue interreligieux qui ont fait l’objet d’une importante conférence internationale le 2 mai 2022. Le Conseil de l’Europe avait reconnu depuis longtemps la dimension interreligieuse comme un élément important du dialogue interculturel et avait encouragé les communautés religieuses à s’engager activement dans la promotion des droits de l’homme, de la démocratie et de l’État de droit au sein d’une Europe diverse et multiculturelle.
6Mais cette fois, à la différence du passé, notre objectif était de faciliter un dialogue entre les responsables des religions traditionnelles, afin de favoriser le respect mutuel, la paix ainsi qu’une conscience accrue de la diversité dans les sociétés européennes. Des responsables religieux de haut niveau issus de groupes ayant une forte présence historique et traditionnelle en Europe, tels que les communautés catholique, protestante et réformée, orthodoxe, juive et musulmane, ont pris la parole dans le cadre d’un débat sur la religion et la paix, la religion et les droits de l’homme, qui a abouti au soutien des « principes de Strasbourg pour le dialogue interreligieux ».
- 1 Voir le texte complet en annexe.
7Ces principes avaient un seul et unique objectif : offrir une base solide fondée sur les normes les plus pertinentes relatives aux principes de la liberté de pensée, de conscience et de religion, ainsi que des liens avec les autres droits de l’homme protégés par la Convention européenne des droits de l’homme et notamment la jurisprudence de la Cour. Il est ainsi affirmé qu’« il ne peut y avoir de société démocratique sans respect de la liberté de pensée, de conscience et de religion. La liberté de religion ou de conviction est l’une des pierres angulaires des droits de l’homme. Des lois appropriées ainsi que leur mise en œuvre et leur respect effectifs sont des conditions préalables essentielles à un vivre ensemble pacifique, sans discrimination à l’égard de tout individu, quelles que soient sa religion/ses convictions1 ».
8À ce stade, je souligne un postulat essentiel reconnu lors de cette conférence : « En Europe et ailleurs, les religions jouent un rôle important dans la vie des populations en tant que composante de leur identité de croyants et de citoyens. Le dialogue interreligieux entre les chefs religieux et les croyants également, fondé sur le respect de la dignité humaine, des droits de l’homme et des libertés fondamentales, des principes démocratiques et de l’État de droit, est nécessaire pour lutter contre les discours de haine et la discrimination, et pour promouvoir le respect mutuel, la réconciliation et la paix. »
9« Cette paix qui doit être cherchée toujours et partout », comme l’a noté, de la manière la plus limpide, le Souverain Pontife.
Annexe. — Les principes de Strasbourg pour le dialogue interreligieux au sein du Conseil de l’Europe2
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- 2 Texte complet, en ligne : https://rm.coe.int/principes-de-strasbourg/1680a65e42 (consulté le 5 avr (...)
En Europe et ailleurs, les religions jouent un rôle important dans la vie des populations en tant que composante de leur identité de croyants et de citoyens.
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Mieux connaître et mieux comprendre les religions et les cultures des autres sont devenus des aspects décisifs d’une société européenne moderne, ouverte et respectueuse de la diversité.
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Il ne peut y avoir de société démocratique sans respect de la liberté de pensée, de conscience et de religion. La liberté de religion ou de conviction est l’une des pierres angulaires des droits de l’homme. Des lois appropriées ainsi que leur mise en œuvre et leur respect effectifs sont des conditions préalables essentielles à un vivre ensemble pacifique, sans discrimination à l’égard de tout individu, quelles que soient sa religion/ses convictions.
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La liberté de pensée, de conscience et de religion, énoncée à l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme, est un droit fondamental non seulement pour les croyants, mais aussi pour les personnes n’ayant aucune appartenance ou affiliation religieuse.
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En Europe, le paysage religieux évolue rapidement, élargissant ainsi l’espace de la diversité interreligieuse et intra-religieuse. Par conséquent, le dialogue interreligieux et interculturel contribue à renforcer la compréhension mutuelle, le respect et la collaboration dans la société européenne.
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Le dialogue interreligieux entre les chefs religieux et les croyants également, fondé sur le respect de la dignité humaine, des droits de l’homme et des libertés fondamentales, des principes démocratiques et de l’État de droit, est nécessaire pour lutter contre les discours de haine et la discrimination, et pour promouvoir le respect mutuel, la réconciliation et la paix.
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Le radicalisme et l’extrémisme religieux sont contraires à une compréhension et une pratique correcte d’une religion. Ils instrumentalisent la religion à des fins détournées, provoquant la violence et les conflits. Or, cette violence touche tous les membres d’une société. Par conséquent, tout en condamnant et en combattant la violence, y compris lorsqu’elle est commise au nom de la religion, il est nécessaire d’éviter de stigmatiser des communautés religieuses entières.
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Les libertés de pensée et d’expression incluent le droit à une approche critique de certains aspects des religions, toujours dans le respect de l’autre et de l’ordre public. La Cour européenne des droits de l’homme reconnaît le pouvoir discrétionnaire des autorités nationales de traiter ces questions sensibles, en tenant compte des contextes culturels et historiques locaux et de leurs complexités et ce traitement doit être nécessaire dans une société démocratique.
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Dans l’exercice de son pouvoir réglementaire dans ses relations avec les différentes religions, confessions et croyances, l’État a le devoir de rester neutre et impartial, en s’abstenant de prendre parti dans les différends à caractère religieux ou confessionnel.
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Face à des conflits religieux, le rôle des autorités politiques est de rechercher des solutions conformément à la loi, en appelant les communautés religieuses à respecter la loi et à se respecter mutuellement. La solution dans de telles circonstances ne peut être trouvée dans la discrimination ou le déni de la jouissance des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Notes
1 Voir le texte complet en annexe.
2 Texte complet, en ligne : https://rm.coe.int/principes-de-strasbourg/1680a65e42 (consulté le 5 avril 2023).
Haut de pagePour citer cet article
Référence papier
Bjørn Berge, « Discours lors de la séance inaugurale », Revue des sciences religieuses, 97/2-3 | 2023, 145-149.
Référence électronique
Bjørn Berge, « Discours lors de la séance inaugurale », Revue des sciences religieuses [En ligne], 97/2-3 | 2023, mis en ligne le 13 décembre 2023, consulté le 05 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rsr/13579 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rsr.13579
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