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Recensions

Chapouthier, Georges, Sauver l’homme par l’animal. Retrouver nos émotions animales

Paris, Odile Jacob, 2020, 226 p.
Stanislas Deprez
p. 311-312
Référence(s) :

Chapouthier, Georges, Sauver l’homme par l’animal. Retrouver nos émotions animales, Paris, Odile Jacob, 2020, 226 p.

Texte intégral

1En général, lorsqu’un être humain fait du mal, on dit qu’il se comporte comme une bête et qu’il devrait s’humaniser. G. Chapouthier soutient la thèse inverse. Pour ce spécialiste de neurobiologie et d’éthique animale, si l’humain agit mal, c’est parce qu’il a surdéveloppé ses fonctions cognitives au détriment de ses capacités émotionnelles, lesquelles étaient présentes chez ses ancêtres. La solution consiste à retrouver nos « racines animales que sont l’émotion et l’affection » (p. 206), notamment en prenant réellement soin des animaux. D’où le titre du livre, à entendre en un double sens : l’homme peut être sauvé de sa tendance à la violence par les animaux et par l’animal qu’il est.

2Dans le premier chapitre, l’A. brosse à grands traits les conceptions occidentales de l’animal. Objet de connaissance pour Aristote, l’animal suscite une attitude éthique pour d’autres penseurs grecs, parmi lesquels Pythagore, Plutarque et Porphyre. Et si une même ambivalence se retrouve dans le judéo-christianisme, avec Descartes, puis Claude Bernard, c’est l’objectivation qui l’emporte, alors même que la biologie et la théorie de l’évolution montrent la proximité des animaux et de l’humain.

3Le deuxième chapitre explique que les vertébrés à sang chaud et les oiseaux ont une intelligence très développée. Si la démonstration est désormais classique, elle repose sur une documentation récente. Beaucoup d’animaux utilisent des outils. La plupart d’entre eux communiquent, parfois de façon complexe — les abeilles peuvent transmettre des informations sur des éléments absents dans l’environnement au moment où le message est émis — et même entre espèces. On sait aujourd’hui que les vertébrés et les pieuvres ont conscience de leur environnement et une certaine conscience de soi. Ils ressentent la douleur et peuvent être anxieux. Beaucoup d’espèces ont une appétence pour l’alcool, à l’instar des drosophiles qui en consomment davantage quand elles sont frustrées. Si les chiens sont capables de comprendre quelques mots humains et de saisir l’intonation sur laquelle ils sont prononcés, ce sont surtout les grands singes qui manifestent une intelligence proche de la nôtre. Ils ont des pratiques culturelles, évitent l’inceste, rient et font des blagues. Mieux, leurs comportements diffèrent d’un individu à l’autre. Enfin, ils font preuve d’altruisme, mais en cela ils ne sont pas uniques : tous les animaux sociaux ont développé l’empathie.

4Le troisième chapitre porte sur les spécificités de l’humain. Celui-ci se caractérise par sa juvénilité, qui a contribué à lui donner un cerveau doué d’une grande plasticité, ce qui lui a permis de développer des mémoires externes, essentielles pour accumuler les connaissances. En outre, contrairement aux autres animaux — hormis le chien et le chat qu’il a domestiqués —, l’humain joue tout au long de sa vie. Il est l’animal qui a le plus développé la raison et l’imaginaire, indispensable à la morale puisqu’il permet d’ajouter au monde réel « le souhait d’un monde meilleur, fondé sur des valeurs » (p. 137). Le dernier trait distinctif de l’humain est son appétence pour la violence, exercée à l’encontre de ses congénères, des autres espèces et de la planète. Comment faire pour que l’humain soit à la hauteur de ses exigences morales ? L’A. suggère de valoriser l’intelligence émotionnelle, l’artistique et l’empathie, délaissés en Occident au profit des compétences analytiques. Ainsi l’humain « retrouverait des processus qui sont de puissants ressorts d’affection et de fraternité, processus que tous les mammifères portent en eux, enfouis dans leur système limbique et particulièrement développés chez l’homme, dans l’hémisphère droit, dans le cadre d’une pensée sans langage » (p. 173).

5Original par sa thèse, cet ouvrage instructif est écrit avec clarté et humour. Il fait écho, sur un mode pédagogique, à de précédents travaux plus techniques de l’A., dont Au bon vouloir de l’homme, l’animal (Denoël, 1990) et L’homme, ce singe en mosaïque (Odile Jacob, 2001).

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Pour citer cet article

Référence papier

Stanislas Deprez, « Chapouthier, Georges, Sauver l’homme par l’animal. Retrouver nos émotions animales »Revue des sciences religieuses, 97/2-3 | 2023, 311-312.

Référence électronique

Stanislas Deprez, « Chapouthier, Georges, Sauver l’homme par l’animal. Retrouver nos émotions animales »Revue des sciences religieuses [En ligne], 97/2-3 | 2023, mis en ligne le 13 décembre 2023, consulté le 07 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rsr/13788 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rsr.13788

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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