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Recensions

Russo, Antonio, Antiche e moderne vie della solidarietà. Da Maurice Blondel a Papa Francesco

(Vette filosofiche 4), Milan, Unicopli, 2021, 228 p.
Davide De Caprio
p. 314-316
Référence(s) :

Russo, Antonio, Antiche e moderne vie della solidarietà. Da Maurice Blondel a Papa Francesco (Vette filosofiche 4), Milan, Unicopli, 2021, 228 p.

Texte intégral

1La réflexion sur la « solidarité » intervient de manière nécessaire à une époque, comme la nôtre, où les scissions épistémologiques (entre la science et la vie) et politico-morales (entre le public et le privé), issues de la modernité, semblent paradoxalement destinées à s’effacer : des phénomènes de radicalisation (scientisme-complotisme, nationalisme-individualisme) subsistent dans les sociétés post-séculières et empêchent une communication entre les polarités engendrées par de telles scissions. Un philosophe comme J. Habermas a dernièrement élaboré une longue généalogie de la pensée post-métaphysique (« ayant pour leitmotivs les discours sur la foi et le savoir ») uniquement dans le but de remédier au « déclin de la solidarité, dont on prend tout particulièrement conscience au fil des mutations modernes de l’intégration sociale » (J. Habermas, Une histoire de la philosophie, Paris, Gallimard, 2021, p. 32). Le livre de A. Russo, professeur de philosophie morale à l’université de Trieste, s’insère dans ce regain d’attention autour du « principe de solidarité », avec le souci d’enlever une certaine « indétermination » ou confusion à l’utilisation indifférenciée de ce concept par plusieurs perspectives (philosophique bien sûr, mais également politique, sociologique et religieuse, p. 179). Sous cet angle, le propos de l’A., et la structure de son volume, se rejoignent significativement : les « voies » de la solidarité, de M. Blondel au pape François, restituent une vraie histoire de la solidarité, qui nous interdit d’être indifférents à sa généalogie ou de la réduire au jeu des responsabilités personnelles (principe de « pure bienfaisance » ou « logique d’assistance », p. 188) ; de fait, si on l’interprète dans le sillage du vinculum substantiale et de la « métaphysique de la charité » blondéliens où elle trouve sa première élaboration philosophique rigoureuse (p. 13-34), la praxis solidaire précède et détermine le sens de l’agir individuel, fournissant ainsi un modèle qui a promu — et qui peut continuer à promouvoir — l’édification d’une authentique communio (ecclésiologique, liturgique, juridique ou économique).

2En poursuivant une ligne de recherche qui souhaite prouver non seulement l’influence de Blondel sur la pensée de H. de Lubac, mais aussi l’intention lubacienne de donner « un fondement théologique à la philosophie » du premier (p. 35-45), l’A. s’attache à analyser une série de thèmes et de figures qui, plus que d’autres, font ressortir la valeur théorique de la rencontre entre ces deux hommes. Il s’agit surtout de la positivité du « paradoxe » chrétien qui vise à tenir ensemble « singulier et universel » (p. 56-61) ; un paradoxe dont l’action blondélienne, toujours expansive et ouverte aux autres, fera un instrument conceptuel fondamental afin de réélaborer aujourd’hui la notion chrétienne de la « Personne » (« ou plutôt des Personnes », p. 222), ainsi que l’aspect dynamique de la Tradition et de la dimension historico-sociale de l’Église. Ce paradoxe unitif du catholicisme est bien souligné par l’A., qui en suit la parabole avant et après Vatican II (la querelle sur la « nouvelle théologie », les positions de Wojtyla, de Ratzinger et de Kasper), jusqu’à la critique de la « mondanité spirituelle » formulée par le pape François. En outre, un ample espace est donné aux auteurs laïques qui, de différentes manières, ont proposé une analyse tout en finesse de la solidarité chrétienne : l’exégète T. Federici en étudiant la corrélation entre charité divine et liturgie communautaire ; le juriste S. Rodotà en tentant de proposer, face à la « régression civile », un dialogue entre la normativité constitutionnelle et la tradition catholique au sens large (p. 188).

3L’importance philosophique de ce livre est évidente, dans la mesure où il restitue un courant de pensée aux prises avec la coopération humaine et la critique du subjectivisme, qui ne peut être assimilé à la dialectique hégelienne (p. 104-108) ou à toute théorie critique de la société. D’autre part, le lecteur pourra bénéficier d’une série d’annexes (deux articles du jeune de Lubac, des lettres entre ce dernier et Blondel, ainsi qu’un discours inédit de Ratzinger sur le théologien de Lyon), qui témoignent incontestablement des liens entre une partie importante de la théologie catholique du xxe siècle et la philosophie spiritualiste française.

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Pour citer cet article

Référence papier

Davide De Caprio, « Russo, Antonio, Antiche e moderne vie della solidarietà. Da Maurice Blondel a Papa Francesco  »Revue des sciences religieuses, 97/2-3 | 2023, 314-316.

Référence électronique

Davide De Caprio, « Russo, Antonio, Antiche e moderne vie della solidarietà. Da Maurice Blondel a Papa Francesco  »Revue des sciences religieuses [En ligne], 97/2-3 | 2023, mis en ligne le 13 décembre 2023, consulté le 06 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rsr/13809 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rsr.13809

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Auteur

Davide De Caprio

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