Liminaire
Texte intégral
1L’unité de recherche 4377 « Théologie catholique et sciences religieuses » de la faculté de théologie catholique de l’université de Strasbourg a souhaité consacrer une journée d’étude sur le dernier ouvrage d’Olivier Boulnois portant sur le statut de la théologie. La méthode généalogique de O. Boulnois est maintenant bien connue des lecteurs : elle cherche à trouver les points de basculement de la vie historique d’un concept, ce qui permet d’en montrer non seulement son évolution, mais également sa richesse. Après la métaphysique et la liberté, ce nouvel ouvrage traite de la théologie, non pas dans son entièreté mais en tant que science. Le caractère « scientifique » de la théologie peut, à bon droit, interpeller nos contemporains, en particulier dans un contexte sociétal où l’on tend à opposer la foi et la raison. La théologie serait-elle rationnelle ? Et sur quels fondements pourrait-elle se revendiquer comme science ? L’ouvrage de O. Boulnois ne répond pas totalement à cette question, puisque l’étude s’arrête à Galilée. La période historique se justifie cependant pleinement, puisque depuis Galilée, la tendance initiée à la modernité s’est constamment amplifiée, jusqu’au malentendu contemporain.
2Le dossier réunit les contributions de Thierry-Dominique Humbrecht, qui a consacré deux ouvrages au statut de la métaphysique chez saint Thomas d’Aquin, d’Adriano Oliva, spécialiste également de la pensée thomasienne, ainsi que de Philippe Vallin et d’Isabelle Moulin. Ces contributions sont suivies d’une réponse de O. Boulnois aux éléments qu’elles soulèvent, en particulier sur le statut du discours et du langage dans le cadre de la théologie, et notamment le rôle de la métaphore, l’appréciation du Dieu ou du « divin » chez Aristote, qui demeure une question très débattue chez les interprètes, et la question de la rationalité, en particulier de l’évaluation de la critique heideggérienne de l’onto-théologie. Sur ce dernier point, O. Boulnois souligne la nécessité d’une lecture attentive de saint Paul qui, comme l’a déjà montré l’ouvrage qu’il a consacré à ce sujet, ne se laisse pas si aisément circonscrire. Il est vrai que, si saint Paul n’hésite pas à opposer la « sagesse du monde » et la « sagesse de la croix », il fait également partie de ceux qui fondent la théologie naturelle. Enfin, l’A. livre une analyse du rapport de la théologie philosophique et de la théologie révélée chez saint Thomas, pour ouvrir sur la question du rapport de la pratique et de la réflexion en théologie.
3Que le lecteur nous permette de poursuivre cette réflexion. O. Boulnois présente, de manière très originale, une redéfinition des quatre questions kantiennes en christianisme. Une telle réflexion peut aider quiconque cherche à articuler la théologie comme « dogmatique » et la théologie pratique. Au fond, cela revient à se poser cette question : étudier ou pratiquer la théologie, est-ce d’abord faire œuvre de rationalité ou bien approfondir les grandes questions de la foi par le fait de les vivre ? La redéfinition de O. Boulnois des quatre questions kantiennes propose une articulation de ces deux dimensions, qui sont, finalement, au cœur de la problématique plus générale du statut de la théologie comme science. Cette tension apparente ne pourrait sans doute pas être totalement éliminée, à moins d’employer une définition de la théologie différente de celle communément admise aujourd’hui. À ce propos, Albert le Grand (1200-1280) fait figure de novateur en soulignant que la théologie se définit comme une « science affective ordonnée au salut ». La « science affective » apparaîtrait presque comme un oxymore à nos contemporains, et ce, même si nous prenons le terme « affectif » non pas au sens courant du terme mais au sens où il s’agit d’un effort du cœur et de la volonté. D’une certaine manière, nous retrouvons le titre premier qui commande l’ouvrage de O. Boulnois : la théologie est bien un désir de vérité, unissant à la fois la dimension plus « affective » et la rigueur de la rationalité.
Pour citer cet article
Référence papier
Isabelle Moulin, « Liminaire », Revue des sciences religieuses, 99/3-4 | 2025, 289-290.
Référence électronique
Isabelle Moulin, « Liminaire », Revue des sciences religieuses [En ligne], 99/3-4 | 2025, mis en ligne le 23 décembre 2025, consulté le 07 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/rsr/17830 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15fzl
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