Éditorial
Texte intégral
1L’être humain étant par nature attentif aux chiffres, un numéro 100 ne peut que susciter une impulsion rétrospective propre à mesurer le chemin parcouru. Nous fêtions notre centenaire en 2021, une fête troublée par la pandémie, qui nous a rappelé la fragilité humaine, par-delà l’enthousiasme parfois démesuré à l’une idée d’un « progrès » infini dans nos sociétés, qui ne serait pas sans rappeler la construction de la tour de Babel (Gn 11, 4) ou du grenier inutile (Lc 12, 18). Mais c’est sans doute en raison de la conscience de sa propre fragilité que l’humain, porté par une espérance qui déjoue l’instantanéité, cherche également à bâtir, tout comme en 1921, lorsque des professeurs de la faculté de théologie catholique ont décidé de fonder une revue qui puisse favoriser l’échange scientifique et la recherche en sciences religieuses, fixant ainsi la charte éditoriale de la présente revue, ouverte à l’interdisciplinarité et à l’interreligieux.
2Le numéro précédent s’interrogeait sur la théologie envisagée comme science, en s’appuyant sur un ouvrage qui en retraçait la genèse. Dans un monde post-séculier où la conception ordinaire de la science se trouve de plus en plus restreinte, jusqu’à se réduire à un simple positivisme scientifique chiffré où même les sciences dites « dures » ont parfois du mal à se reconnaître, une revue comme la nôtre, qui associe scientificité et religions permet de rappeler que toute science est d’abord une connaissance raisonnée, fondée sur une méthode et des procédures strictes et que les sciences humaines ne relèvent pas de la fantaisie imaginative ou de la simple opinion, même éclairée. Qu’il soit parfois besoin de le rappeler constitue déjà, en soi, une étrangeté. La confiance commune dans le quantitatif, au point d’y ramener toute conception de la vérité, interroge.
3Un centième numéro en sciences religieuses, s’il n’apporte guère plus qu’un numéro 99, marque cependant une durabilité qui témoigne de l’intérêt du dialogue entre les éditeurs et les lecteurs, créant ainsi une véritable communauté scientifique pérenne. C’est sans doute le moment de remercier tous les contributeurs qui la font vivre et qui y participent soit de manière directe, par leurs articles, soit de manière indirecte, par la recension de leurs ouvrages dans nos numéros. La diversité des thématiques et des disciplines peut parfois dérouter un lecteur habitué à une revue très spécialisée. Elle permet cependant de tracer des lignes de rencontre thématiques au fil des numéros mais aussi d’élargir les connaissances et de susciter des curiosités. Or, si l’on dit souvent, à la suite de Platon et d’Aristote, que la philosophie naît de l’étonnement, peut-être serait-il plus juste de dire que la créativité humaine naît de la curiosité dont l’obligation de la spécialisation scientifique obère parfois le développement.
4Pour ce numéro 100, nous avons également décidé de faire « peau neuve » et de changer la couverture. Nous l’avons voulue plus sobre. Si le lecteur a un jour la curiosité de nous rendre visite (ou s’il fait une simple recherche sur Internet), il sera sans doute amusé par les modifications de couverture, assez nombreuses, qui ont marqué l’histoire de la revue et que l’alignement sur nos étagères rend bien visibles. Il ne serait sans doute pas embarrassé d’attribuer chaque couverture à une période déterminée et peu étonné que les plus colorées couvrent la période des années 1970. Nous avons cherché la continuité avec les couvertures précédentes, en conservant le bleu. S’il n’est pas le bleu kandinskien de la spiritualité, qui serait peut-être moins lisible en première page, il en conserve cependant l’esprit et nous rappelle que par-delà les difficultés propres à notre époque, les sciences religieuses perdurent et poursuivent leur travail scientifique de recherche de la vérité.
Isabelle Moulin
mars 2026
Pour citer cet article
Référence papier
Isabelle Moulin, « Éditorial », Revue des sciences religieuses, 100/1-2 | 2026, 4-5.
Référence électronique
Isabelle Moulin, « Éditorial », Revue des sciences religieuses [En ligne], 100/1-2 | 2026, mis en ligne le 31 mars 2026, consulté le 07 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/rsr/17864 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15yxl
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