Dumoulin, Étienne, Fondements pour une théologie de la miséricorde
Dumoulin, Étienne, Fondements pour une théologie de la miséricorde, préf. card. W. Kasper (Patrimoines thomistes), Paris, Cerf, 2024, 416 p.
Texte intégral
1Le titre de l’ouvrage fait écho aux premiers mots de l’introduction : il s’agit d’une « étude de la miséricorde divine dans les œuvres de saint Thomas d’Aquin [qui] entend contribuer à l’élaboration d’une théologie de la miséricorde » (p. 15). Il faut dire que l’A., qui est docteur en théologie, a été nommé « missionnaire de la miséricorde » par le pape François. Les papes ont, depuis Vatican II, mis en avant la miséricorde par leurs écrits et certains actes (Année sainte et Jubilé de la miséricorde en 2015 avec le pape François), mais selon l’A, « cette nouvelle culture de la miséricorde n’a pas encore généré son substrat théologique » (p. 17).
2Il veut donc relever le défi, dont le cardinal Kasper rappelle l’enjeu dans sa préface : « La miséricorde est à la fois la première et la dernière parole de Dieu, qui comprend tout ce que l’Évangile a à nous dire » (p. 12). Or, selon l’aveu du cardinal cité par l’A., « malgré toutes mes recherches théologiques, je n’ai pas réussi à mettre en forme l’enseignement sur la divine miséricorde » (p. 19 et p. 339). L’A. entreprend donc de poser la question centrale : « Peut-on parler stricto sensu de miséricorde en Dieu ? » (p. 24). Il s’agit bien de « privilégier l’étude de la miséricorde divine plutôt que celle de la miséricorde humaine » car « la miséricorde divine est première par rapport à la miséricorde humaine » (p. 27).
3L’ouvrage est construit en trois parties. La première recueille et ordonne le donné thomasien. Elle met en lumière les deux sources majeures de l’Aquinate : l’Écriture et le corpus augustinien. À partir de là, la seconde partie explore la notion de miséricorde divine : la miséricorde en Dieu, le Nom de Dieu comme miséricorde, l’étymologie du mot et sa connotation maternelle, les définitions thomasiennes de la miséricorde, les conditions de l’attribution à Dieu de la miséricorde. Dans la troisième et dernière partie, l’A. expose non la miséricorde divine qui pardonne au pénitent repentant, mais celle « qui se manifeste avant même le péché » (p. 32). Si la création est œuvre de miséricorde (p. 305), la miséricorde divine se manifeste déjà avant la chute et « l’emporte sur la justice » (p. 305). « Thomas propose une frontière qui délimite le champ propre du pardon de celui, plus large, de la miséricorde » (p. 337). Pour inédite que soit cette thèse, elle ne manque cependant pas d’interroger : pourquoi poser la miséricorde avant le péché ?
4Pour conclure, notons que l’A. déploie une analyse originale avec beaucoup de références et d’informations. Il sera bon que cette recherche soit poursuivie afin d’en discuter les points singuliers : l’ampleur de cette miséricorde divine, son lien avec la miséricorde humaine, son articulation avec la justice (sans quoi on peut craindre une pente glissante vers les abus) et cette « étrangeté » d’une miséricorde pour des créatures humaines créées « bonnes » selon la Genèse.
Pour citer cet article
Référence papier
Marie-Jo Thiel, « Dumoulin, Étienne, Fondements pour une théologie de la miséricorde », Revue des sciences religieuses, 100/1-2 | 2026, 216-217.
Référence électronique
Marie-Jo Thiel, « Dumoulin, Étienne, Fondements pour une théologie de la miséricorde », Revue des sciences religieuses [En ligne], 100/1-2 | 2026, mis en ligne le 31 mars 2026, consulté le 07 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rsr/18544 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15yys
Haut de pageDroits d’auteur
Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
Haut de page


