Sarah Demichel-Basnier et Stéphane Corbin [dir.], Le pouvoir d’agir en protection de l’enfance : inventer en temps d’incertitude
Sarah Demichel-Basnier et Stéphane Corbin [dir.], Le pouvoir d’agir en protection de l’enfance : inventer en temps d’incertitude, Toulouse, Érès, coll. « Les dossiers d’Empan », 2024, 328 p.
Texte intégral
- 1 Bernard Vallérie et Yann Le Bossé, « Le développement du pouvoir d’agir (empowerment) des personnes (...)
- 2 Marie-Hélène Bacqué et Carole Biewener, « L’empowerment, un nouveau vocabulaire pour parler de part (...)
- 3 Michel Parazelli et Mathieu Bourbonnais, « L’empowerment en travail social. Perspectives, enseignem (...)
1« L’expression “développement du pouvoir d’agir des personnes et des collectivités” est privilégiée pour circonscrire la notion d’empowerment1 », écrivaient Vallérie et Le Bossé en 2006 pour tenter de préciser l’usage des termes et leur lien. En 2013, Bacqué et Biewener parlaient de l’empowerment comme d’un mot-valise2 quand en 2017 Parazelli et Boubonnais soulignaient sa « nature polysémique et insuffisamment définie3 ».
- 4 Une précédente formulation de 2006 nous paraissait plus claire sinon plus radicale : « Elle conduit (...)
2Comme les termes vulnérabilité, participation ou exclusion, le pouvoir d’agir (comme traduction admise d’empowerment) soulève nombre de questions dans sa définition et ses usages, et ce livre ne les écarte pas. En effet, même si l’ensemble des auteurs se réfère plus ou moins à l’approche de Le Bossé – qui « pose comme prémisse que pour aider une personne il faut qu’elle puisse avoir un pouvoir d’agir sur ce qui est important pour elle, ses proches et la collectivité à laquelle elle s’identifie » (p. 28), ce qui implique d’interroger « ce qui, dans son milieu, dans son contexte » contribue à rendre la vie difficile (p. 29)4 –, certains ne manquent pas de rappeler un usage problématique.
3Ainsi Le Bossé lui-même affirme que « la notion d’empowerment est aujourd’hui galvaudée » (p. 29), qu’elle peut devenir une prescription, un devoir d’agir (p. 31). Dans son sillage, Jonquet parle d’une notion « instrumentalisée, dévoyée […] détournée de sa finalité première pour faire peser sur l’individu le lourd fardeau du changement qui s’impose » (p. 62). Bresson relaie les critiques sur la dimension néolibérale qu’a pu prendre la notion, alors réduite à une capacité à s’en sortir, où « chacun est appelé à se responsabiliser, à s’autonomiser » (p. 238). Il en va de même pour Corbin qui souligne la promotion de « la vertu qu’il y aurait à devenir entrepreneur de sa propre vie » pour « trouver, en soi, la solution à des problèmes dont l’origine est incontestablement sociale » (p. 253).
4Ces préventions que nous partageons, et qui nous ont en quelque sorte éloigné de cette approche, permettent de se confronter dans cet ouvrage, au travers de récits d’expériences ou de recherche-action, au travers des interrogations épistémiques, à des réflexions et des enjeux de pratique assez stimulants. Peut-être n’aurait-il pas été inutile de mieux situer en introduction les évolutions de la notion d’empowerment dans le temps, ainsi qu’ont pu le faire Bacqué et Biewener ou encore Parazelli et Bourbonnais, qui résument dans un tableau très éclairant la manière dont des conceptions s’opposent entre, par exemple, une logique de conscientisation, de lutte contre l’oppression et une logique de responsabilisation individuelle que Bacqué et Biewener décrivent de leur côté comme un modèle néolibéral.
- 5 Tribune véhémente pour défendre la place des vieux dans une société qui les disqualifierait : on n’ (...)
5Le livre est divisé en trois parties. Après une ouverture avec un entretien de Yann Le Bossé au cours duquel il précise son approche, la première partie s’intéresse à des enjeux pour le monde associatif, les organisations de la protection de l’enfance (Anne-Sophie Jonquet), à des expériences comme les conférences familiales (Isabelle Christiaen, Cécile Lhérault et Christophe Cornet), à ce que le confinement de 2020 a révélé dans les services (Sarah Demichel-Basnier). La deuxième partie se veut encore plus concrète en évoquant une expérience de co-formation de travailleurs sociaux en protection de l’enfance avec ATD Quart Monde (Cécile Lhérault, Emmanuelle Hardy et Isabelle Christiaen), une recherche-action autour des liens sociaux d’attachement des enfants confiés (Aude Kerivel, Anne Jacquelin, Lucile Ottolini) et la mise en œuvre d’une action de prévention avec des mineures autour des questions de prostitution (Hélène Frithmann, Nathalie Gavens). La troisième partie s’appuie sur des réflexions qui visent à consolider l’intérêt pour le pouvoir d’agir en pensant le lien avec la participation (Maryse Bresson), en interrogeant les pratiques au regard des principes du pouvoir d’agir (Stéphane Corbin), en reprenant la question de la vulnérabilité et du sens des actes de résistance (Michelle Dobré), en soulevant la question des vieux (Michel Billé)5 avant une conclusion qui ouvre sur des dimensions politiques avec la volonté d’essayer de penser le pouvoir d’agir comme travail d’émancipation au-delà de la sphère du travail social (Stéphane Corbin).
- 6 Le rapport de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les manquements des politiques p (...)
6Plusieurs auteurs situent leur réflexion dans le contexte de crise du travail social que Demichel-Basnier résume dans son introduction : fragilisation du champ en lien avec des injonctions paradoxales entre éthique du travail et logiques d’évaluation et de performance, changement de paradigme d’une intervention moins centrée sur les écarts que sur les ressources, avec ce que cela suppose d’évolution des pratiques, manque de reconnaissance des professionnels confrontés à des conditions de travail dégradées, manque de personnel qui conduit à un recours grandissant à l’intérim au détriment de la continuité des relations6. D’une certaine manière ils affirment que malgré ce contexte social lourd de difficultés, le passage d’une intervention basée sur une perception déficitaire des familles à une intervention qui se soucie de mobiliser leurs ressources et leurs capacités est une opportunité pour faire évoluer les pratiques, pour mettre en œuvre un pouvoir d’agir. Mais de quoi parle-t-on précisément ?
7Le pouvoir d’agir apparaît dans les différentes contributions d’abord comme une démarche, une approche sans une définition claire ou opérationnelle tant il s’avère que les tentatives de cerner le concept n’échappent pas à certaines ambiguïtés. Comme l’écrit Corbin : « il importe sans doute de s’attacher au sens que lui donnent les pratiques » (p. 255), autrement dit de s’attacher aux situations concrètes de mise en œuvre.
8De fait, Le Bossé ne définit pas réellement ce qu’est « avoir du pouvoir » mais il met en avant différents axes d’une démarche au service du développement du pouvoir d’agir, axes que l’on peut résumer (sans trop les réduire) à des questionnements dans la pratique : Qu’est-ce qui est important pour les acteurs ? Quelle est leur place dans le processus de diagnostic et d’élaboration (logique de négociation et de participation) ? Quel est le contexte ? Qu’est-ce qui est possible ici et maintenant ? Quelle conscientisation ou quelle possibilité de tirer des enseignements de l’action, de l’expérience ? S’agissant de la protection de l’enfance, il précise : « il faut négocier ce qui est possible dans le cadre du mandat pour aider à faire un pas qui soit compatible avec la sécurité de l’enfant et son développement » (p. 43). Pour lui, il est globalement question de rechercher ce qui empêche une personne d’agir qui a plus à voir avec la perception de la situation (rien n’est possible) qu’avec ses capacités. L’approche part donc des personnes, de leur point de vue.
9Dès lors n’existe-t-il pas un certain paradoxe à se référer à l’approche de Le Bossé, à parler d’émancipation, de participation à la définition des besoins, de dialogue pour affirmer ensuite que celui-ci a pour but d’amener les parents « à comprendre la nécessité de modifier une situation jugée néfaste pour l’enfant » et que l’action des professionnels est de « poser en premier lieu les conditions d’un changement dont il appartiendra à la famille de se saisir pour permettre à chacun de retrouver sa place » (Jonquet, p. 66) ? Sans ignorer ce qu’impose aux acteurs le mandat judiciaire, on voit ici que le souci de prise en compte d’un point de vue n’interdit pas de penser une action asymétrique, c’est-à-dire de partir non pas de ce qui est important pour la famille mais d’une injonction.
- 7 Judith Butler, La force de la non-violence, Paris, Fayard, 2021, p. 29. Dans son ouvrage suivant (D (...)
10Plus loin, lorsque Corbin envisage le pouvoir d’agir comme « une inflexion significative dans le champ des politiques sociales qui résiderait dans le développement de la capacité de ceux qui en sont bénéficiaires à devenir davantage acteurs des dispositifs d’assistance qui leur sont proposés » (p. 255), il est conduit à décrire un mouvement un peu paradoxal qui s’appuie toujours sur l’assistance pour ensuite s’en défaire : « celui qui assiste agirait pour ne plus avoir à le faire en transférant sa capacité d’initiative à l’autre » (p. 258). Même s’il s’agit de dépasser ce qui est décrit comme un premier mouvement, la définition interroge tant elle ne se distingue pas significativement d’une démarche classique. Par la suite, cherchant à se dégager de cette proposition équivoque, l’auteur ouvre sa réflexion sur des questions de principes parmi lesquelles il situe l’exigence de dignité, qui « doit constituer une condition incarnée – réelle, effective – de la relation entre celui qui aide et celui qui est aidé » (p. 262). Cette exigence découle de la prise en compte d’une réalité, « celle de l’humiliation, de la relégation, de l’exclusion, de l’infantilisation » (p. 266). Cette exigence de dignité, de prise en compte des réalités des contextes de vie nous semble faire écho à ce que Butler nomme « l’inégale pleurabilité » : « En effet, quand nous réfléchissons à la façon dont les populations sont différentiellement valorisées et dévalorisées, protégées et abandonnées, nous nous heurtons à des formes de pouvoir qui établissent la valeur inégale des vies en établissant leur inégale pleurabilité7. » Peut-il exister une démarche de développement du pouvoir d’agir sans reconnaître au préalable la violence des situations d’inégale dignité, d’inégale pleurabilité, sans reconnaître qu’elles n’engendrent pas des incapacités mais un sentiment d’impuissance ?
- 8 Carl Lacharité et al., « Protection de l’enfance et participation des familles : cadre pour la tran (...)
11C’est pourquoi la mise en avant dans plusieurs contributions de l’idée que le développement du pouvoir d’agir des familles serait dépendant du pouvoir d’agir des professionnels suscite un certain malaise – non que cela soit sans fondement, mais penser de manière par trop linéaire élude deux points importants : le fait que les professionnels puissent retrouver des marges d’action, de créativité mises à mal par une situation de crise ne garantit nullement que cela favorise un développement de l’autonomie des familles si cela ne s’accompagne pas d’une réflexion sur le pouvoir exercé par ces mêmes professionnels, sur le regard porté sur les familles et leurs conditions de vie ; il est aussi essentiel de saisir dans une logique écosystémique, comme l’ont proposé Lacharité et al. (2021) à propos de la participation, l’interdépendance de certains facteurs8 dont la formation.
- 9 Comme l’avait déjà pointé le rapport du CESE publié fin 2024 (La protection de l’enfance est en dan (...)
12Dans ce cadre, le chapitre consacré à une expérience de co-formation avec ATD Quart Monde se révèle à la fois convaincant et inspirant. Cette « démarche de confrontation des savoirs et des pratiques » (p. 137) conduit les uns et les autres à « faire l’expérience d’un dialogue, d’une confrontation des points de vue sur un pied d’égalité » (p. 138). Si les militants ont pu prendre connaissance de la réalité des injonctions auxquelles sont confrontés les professionnels, ces derniers ont été invités à entendre le décalage entre leurs perceptions, leurs visées (les besoins de l’enfant) et le réel vécu (le sentiment de domination, la crainte du placement), le quotidien des familles tel que ce propos rapporté le décrit : « On est pas sur la même planète ! Car nous on vit des précarités qui nous permettent pas de répondre à ces besoins ! » (p. 146) – ce qui est une manière de rappeler un inégal accès aux ressources9. Il s’agit ici d’une prise de conscience parfois difficile, parfois refusée par certains professionnels mais qui peut entraîner des changements, comme une plus grande attention au point de vue des familles.
13Dans le même ordre d’idée c’est aussi la prise de conscience de ce que les placements/déplacements produisent en termes de restriction des liens (famille, amis, environnement) ou de rupture qui ouvre la possibilité de travailler autour des liens sociaux d’attachement des enfants qui constituent pour eux des ressources. C’est la reconnaissance d’une capacité à agir d’adolescentes concernées par la prostitution qui est à l’origine d’une expérience de construction d’une action de prévention « dans l’optique d’aider et d’informer d’autres jeunes à ce sujet » (p. 194).
14Certes, ce qu’on peut nommer « gouvernance » (politiques publiques, logiques organisationnelles) tient un rôle majeur dans la possibilité de mettre en œuvre des pratiques centrées sur le développement du pouvoir d’agir, mais sans une réflexion (conscientisation ?) sur ce qui se joue dans les relations entre familles et service de protection de l’enfance, les questions de la mise en œuvre et des freins à celle-ci ne se posent pas.
- 10 Cf. le numéro 31 de la revue Sociétés et jeunesses en difficulté, intitulé « La participation des f (...)
15C’est ce que montrent d’une certaine manière ces expériences traversées par deux éléments fondamentaux pour les familles : reprendre le contrôle de sa vie, voir sa parole reconnue – éléments qui sont aussi à la base de la participation10. Bresson souligne le rapprochement possible entre participation et empowerment en évoquant justement l’idée de prendre en main son destin (p. 226).
16La contribution de Dobré se situe un peu en décalage. Partant des débats sur la notion de vulnérabilité, elle discute la notion de résistance chez Butler dans la postface de son livre La force de la non-violence, lui opposant celle d’agir résistant qui vise « la participation à un monde social décent […] un monde social où les institutions, les relations de pouvoir n’humilient pas les gens » (p. 296). Faute de trouver un contenu à cet agir résistant autre que dans l’évocation d’un agir non conforme (p. 296), on peine à saisir sa critique de Butler « d’assimiler la vulnérabilité à une opportunité de prendre enfin en considération les pouvoirs d’agir des humbles et des dominés » (p. 287). D’une part, Butler ne réduit pas la vulnérabilité à cet aspect. D’autre part, son texte intervient en conclusion d’un livre consacré à la violence et à la non-violence, et c’est dans cette logique que le mot résistance prend son sens comme mode d’action. Et puis on finit par saisir que Dobré reproche sans doute à Butler de penser d’abord sur un plan politique avec des actions visibles plus ou moins organisées alors qu’elle-même privilégie une approche sans doute moins visible, plus quotidienne, une manière de préserver son monde qui n’est pas « une réaction au pouvoir mais une manière d’agir dotée d’un moteur propre » (p. 294), même si cela se joue dans des rapports de domination. Dobré affirme : « l’agir résistant n’est pas politique » (p. 296). On pense alors en protection de l’enfance à la manière dont des familles tentent de protéger leur intimité, peuvent rester en retrait, apparaître opposantes. Ces esquives du quotidien qui ont leur logique propre n’invalident en rien une approche plus politique.
- 11 Serge Paugam, L’attachement social, Paris, Seuil, 2023, p. 236-237.
- 12 Fred Poché, Blessures intimes, blessures sociales : de la plainte à la solidarité, Paris, Cerf, 200 (...)
- 13 Ibid., p. 52.
- 14 Judith Butler, Le récit de soi, Paris, PUF, 2007, p. 38.
17Nous avons essayé de situer quelques lignes des débats et réflexions que suscite ce livre, auxquelles il nous semble important d’ajouter une remarque finale. Nous l’avons noté, cet ouvrage fait parfois état de références à des définitions ambiguës du pouvoir d’agir qui peuvent donner le sentiment qu’on ne sort pas vraiment de logiques descendantes : ainsi lorsqu’il est question de « permettre », de « rendre », de « donner une place », c’est l’action des professionnels qui est d’abord mise en avant. Mais le développement du pouvoir d’agir ou de la participation ne repose en premier lieu non sur l’idée que l’intervention vise à restaurer ou permettre d’acquérir des capacités mais sur une compréhension que les familles ne se réduisent pas à la vulnérabilité qu’elles vivent, qu’elles détiennent des savoirs et qu’elles attendent une reconnaissance de leur parole, ce qui renvoie ici au dialogue et à la négociation. En ce sens, il nous semble qu’il manque justement une réflexion plus aboutie sur cette question de la parole. Elle est présente dans différentes contributions, citée comme un point important mais sans autre développement. Comme le note Paugam en évoquant l’aide protectrice : « ne risque-t-elle pas de contribuer à étouffer ou à oppresser la personne à qui elle s’adresse tant qu’elle ne repose pas en même temps sur le principe de la reconnaissance de sa valeur et de ses potentialités en tant qu’être humain11 » ? « La reconnaissance accueille avant tout un visage, une voix12 », nous dit Poché, et l’enjeu d’une parole qu’on écoute c’est aussi « accepter la possibilité de changer, de se transformer soi-même13 ». La reconnaissance d’une parole qui affecte la parole professionnelle, la reconnaissance d’un « je » qui « essaye de raconter une histoire à propos des significations que peut avoir pour [soi] l’exposition à autrui14 », une histoire déliée des significations imposées par l’interpellation administrative ou judiciaire, ne constituent-elles pas le premier pas de la mise en œuvre d’un développement du pouvoir d’agir ?
Notes
1 Bernard Vallérie et Yann Le Bossé, « Le développement du pouvoir d’agir (empowerment) des personnes et des collectivités : de son expérimentation à son enseignement », Les sciences de l’éducation – Pour l’ère nouvelle, vol. 39, n° 3, 2006, p. 87-99 ; ici p. 88.
2 Marie-Hélène Bacqué et Carole Biewener, « L’empowerment, un nouveau vocabulaire pour parler de participation ? », Idées économiques et sociales, n° 173, 2013, p. 25-32 ; ici p. 25.
3 Michel Parazelli et Mathieu Bourbonnais, « L’empowerment en travail social. Perspectives, enseignements et limites », Sciences et Actions sociales, n° 6, 2017, p. 2-29.
4 Une précédente formulation de 2006 nous paraissait plus claire sinon plus radicale : « Elle conduit à s’intéresser à l’ensemble des conditions individuelles et structurelles qui confinent les personnes en difficulté dans une situation d’impuissance » (op. cit., p. 89).
5 Tribune véhémente pour défendre la place des vieux dans une société qui les disqualifierait : on n’a pas bien compris la pertinence de ce chapitre dans un ouvrage sur la protection de l’enfance. De généralités en généralités qui font des vieux un groupe homogène, on vient à s’inspirer de Bourdieu parlant de la jeunesse : les vieux ça n’existe pas.
6 Le rapport de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les manquements des politiques publiques de protection de l’enfance (no 1200, t. I, 01.04.2025) n’hésite pas à dénoncer ce fait – « l’intérim est incompatible avec les besoins fondamentaux de l’enfant » (p. 213) – ni à pointer la dégradation des conditions de travail et le manque de reconnaissance des professionnels (p. 339 et suiv.). URL : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/cease/l17b1200-ti_rapport-enquete#
7 Judith Butler, La force de la non-violence, Paris, Fayard, 2021, p. 29. Dans son ouvrage suivant (Dans quel monde vivons-nous ?, Fayard, 2023), elle précise : « Que signifie être pleurable ? On peut penser que quelqu’un ou quelque chose de perdu est pleurable ou impleurable selon qu’il est marqué ou reconnu publiquement, ou qu’il disparaît sans trace et sans reconnaissance » (p. 135).
8 Carl Lacharité et al., « Protection de l’enfance et participation des familles : cadre pour la transformation des cultures organisationnelles et l’adaptation des pratiques professionnelles », dans Diane Saint-Laurent, Karine Dubois-Comtois et Chantal Cyr [dir.], La maltraitance, perspective développementale et écologique, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2022, p. 341-364.
9 Comme l’avait déjà pointé le rapport du CESE publié fin 2024 (La protection de l’enfance est en danger : les préconisations du CESE), le rapport de la commission d’enquête (note 6) rappelle cette constante : « La précarité a une influence directe sur le bien-être des familles et donc sur celui des enfants » (p. 138).
10 Cf. le numéro 31 de la revue Sociétés et jeunesses en difficulté, intitulé « La participation des familles en protection de l’enfance » (2024).
11 Serge Paugam, L’attachement social, Paris, Seuil, 2023, p. 236-237.
12 Fred Poché, Blessures intimes, blessures sociales : de la plainte à la solidarité, Paris, Cerf, 2008, p. 32.
13 Ibid., p. 52.
14 Judith Butler, Le récit de soi, Paris, PUF, 2007, p. 38.
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Référence électronique
Michel Boutanquoi, « Sarah Demichel-Basnier et Stéphane Corbin [dir.], Le pouvoir d’agir en protection de l’enfance : inventer en temps d’incertitude », Sociétés et jeunesses en difficulté [En ligne], 33 | Automne 2025, mis en ligne le 01 décembre 2025, consulté le 15 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/sejed/13749
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