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Services intégrés pour les jeunes : vision des jeunes et des différents acteurs gravitant autour d’eux quant à leur santé globale et aux services

Integrated services for young people: perspectives of young people and the various stakeholders involved in their lives regarding their global health and services
Los servicios integrados para jóvenes en Quebec: visión de los jóvenes y de las diferentes partes implicadas con respeto a su salud global y los servicios
François Lauzier-Jobin, Julie Lane, Pasquale Roberge, Martine Shareck, Patrick Gosselin et Anne-Marie Tougas

Résumés

Les services intégrés pour les jeunes (SIJ) regroupent et intègrent des services de santé mentale, physique et sociale autour des besoins des jeunes exclus ou marginalisés. Bien que les SIJ s’appuient sur une approche globale de la personne, de la santé et des services, un manque d’information existe sur la mise en place d’une telle approche. Le présent article vise à documenter la vision des jeunes et des autres acteurs au regard de l’approche globale pour les jeunes en s’appuyant sur une recherche évaluative d’un SIJ, le site Aire ouverte-Estrie (Québec, Canada). Cette recherche qualitative s’appuie sur la triangulation des perspectives des jeunes (Photovoix) et des acteurs gravitant autour d’eux (entrevues avec des partenaires, intervenants et parents). Les résultats montrent une vision très large de la santé perçue comme globale, composée de différentes dimensions en interaction et en équilibre les unes avec les autres. Divers facteurs influencent la santé des jeunes : la nature et les changements climatiques, la technologie, les jeunes eux-mêmes et leurs relations interpersonnelles (soutien social). Enfin, les résultats révèlent les problèmes concernant les services habituels, les services souhaités ainsi que cinq grandes stratégies à privilégier pour l’intervention auprès des jeunes. La discussion souligne les implications théoriques et pratiques de l’approche globale sur la santé des jeunes, les facteurs l’influençant et les services intégrés.

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Texte intégral

Introduction

  • 1 Pour ce que nous nommerons « approche globale », soit l’idée de s’intéresser à la personne dans son (...)

1Période charnière entre l’enfance et l’âge adulte, la jeunesse est marquée par l’émergence de diverses problématiques psychosociales et de santé (Galland, 2007 ; Moriau, 2011). Par exemple, la moitié des troubles de santé mentale apparaîtrait avant 14 ans et près de 75 % avant 25 ans (Kessler et al., 2005 ; Uhlhaas et al., 2023 ; Solmi et al., 2022). Les jeunes sont aussi plus susceptibles de consommer de l’alcool de façon excessive (Tessier et al., 2015) ou de s’initier à l’usage de la cigarette (Lasnier et Gamache, 2015). En outre, ces différentes problématiques interagissent entre elles. Par exemple, les jeunes présentant des troubles de santé mentale manifesteraient davantage de comportements à risque comme la consommation de substances, une mauvaise alimentation et de la sédentarité (Carney et al., 2016 ; Yung, 2016). Ceci souligne combien il est important d’adopter une approche globale1 dans le développement d’initiatives visant la promotion de leur santé (Decker et al., 2022).

2Par ailleurs, les jeunes sont moins susceptibles d’avoir recours aux services pour la santé physique ou mentale que les autres groupes d’âge (Manion, 2010 ; Rickwood et al., 2007), et ce, malgré une sévérité parfois plus importante (Gilmour, 2014 ; Pearson et al., 2013). Un écart existe ainsi entre les besoins et les traitements reçus (treatment gap), écart qui s’expliquerait par différentes barrières internes et externes d’accès aux services (Barker et al., 2005 ; Gulliver et al., 2010 ; Hetrick et al., 2017 ; Rickwood et al., 2007, 2015 ; Yung, 2016). Comme barrières internes se retrouvent la littératie en santé mentale, l’embarras face à la santé mentale et une volonté d’autosuffisance (Gulliver et al., 2010 ; Hetrick et al., 2017 ; Radez et al., 2021 ; Rickwood et al., 2007). Les barrières externes, ou structurelles, incluent notamment un soutien formel et informel inadéquat, la difficulté d’accès aux services, les coûts et la lourdeur des procédures administratives (Barker et al., 2005 ; Hetrick et al., 2017 ; Radez et al., 2021). De l’autre côté, les facilitateurs d’accès aux services sont moins connus et moins étudiés. Ils comprennent les expériences de soins positives, le soutien d’un professionnel et la relation thérapeutique, la qualité du soutien social et l’encouragement de la part des proches (Gulliver et al., 2010 ; Rickwood et al., 2007).

3Au-delà de leur accès, les services de santé eux-mêmes ont été critiqués sur différents points. Tout d’abord, ils ne seraient pas adaptés aux jeunes et à leur réalité (Hetrick et al., 2017 ; Patton et al., 2016 ; OMS, 2014). Ceux dédiés aux jeunes ont en outre été critiqués pour leur fragmentation, les problèmes de transition entre services, les délais de diagnostic et de traitement ainsi que le manque de pratiques fondées sur des données probantes (Smith Fowler et al., 2022 ; Halsall et al., 2019 ; Malla et al., 2019 ; Settipani et al., 2019). Différents auteurs soulignent la nécessité d’impliquer les jeunes et leur famille dans la conception et la prestation des services (Smith Fowler et al., 2022 ; Hetrick et al., 2017 ; Settipani et al., 2019).

4Les services intégrés pour les jeunes (SIJ, integrated youth services) ont été mis en place pour répondre à ces différentes problématiques dans une approche globale. Les SIJ sont des services de première ligne qui regroupent des dispositifs en santé mentale, physique et sociale, habituellement dans un même lieu, et les articulent en fonction des besoins des jeunes (Halsall et al., 2019 ; Hetrick et al., 2017 ; Malla et al., 2020). Ils se sont développés mondialement selon différents modèles (par exemple les dispositifs headspace en Australie, Jigsaw en Irlande, etc.) tout en conservant une volonté de s’adapter à leur contexte local grâce à une approche collaborative mobilisant plusieurs acteurs, dont les jeunes (Hawke et al., 2021 ; Hetrick et al., 2017 ; Settipani et al., 2019). Bien qu’ils présentent des composantes ou principes communs (Hetrick et al., 2017 ; Settipani et al., 2019), leur adaptation locale entraîne une certaine hétérogénéité des pratiques, de sorte qu’il est difficile d’identifier leurs composantes les plus bénéfiques – ce qui serait essentiel pour le développement des soins et leur transposition dans d’autres contextes (Hawke et al., 2021, p. 792). Il est donc nécessaire de bien saisir ces composantes ainsi que l’imbrication entre celles-ci et le contexte (Touati et al., 2009).

5Au Québec, les sites Aire ouverte permettent d’actualiser les SIJ. Il s’agit d’un modèle de services intégrés pour les jeunes de 12 à 25 ans qui s’appuie sur trois composantes : un réseau de services intégrés pour la jeunesse, une équipe interdisciplinaire et un lieu situé à l’extérieur du réseau de la santé et des services sociaux, à proximité des milieux de vie des jeunes. Bien qu’ouverts à tous, les services d’Aire ouverte visent particulièrement les jeunes exclus, marginalisés, ou qui sont difficilement rejoints par les services habituels (MSSS, 2021). Le système de santé et de services sociaux du Québec est sous contrôle public et repose sur un modèle d’organisation favorisant l’intégration des services de santé et des services sociaux (MSSS, 2024). Il est organisé selon un mode de gouvernance à deux paliers : le palier central est constitué du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et, au niveau territorial, les centres intégrés (universitaires) de santé et de services sociaux (CI(U)SSS) sont responsables du fonctionnement des réseaux locaux de services.

6En décembre 2021 (soit après la collecte de données présentée plus loin), le MSSS a publié le Cadre de référence – Aire ouverte qui détaille les cinq principes directeurs guidant le déploiement d’Aire ouverte : l’accessibilité optimale et la réduction des inégalités sociales de santé ; le déploiement pour et avec les jeunes ; la coconstruction et le partenariat ; l’accompagnement flexible et la continuité ; l’approche globale et holistique (MSSS, 2021). Ainsi, l’approche globale de la personne, de la santé et des services est au cœur de la mise en place des SIJ, dont les sites Aire ouverte (Halsall et al., 2019 ; MSSS, 2021). L’approche globale de la personne considère celle-ci dans son entièreté : à la fois les forces et les lacunes, la santé et les diagnostics, le positif et le négatif (Nelson et Prilleltensky, 2010). L’approche globale de la santé renvoie à « un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité » (OMS, 2006). Enfin, l’approche globale des services a été identifiée comme une des caractéristiques susceptibles de faciliter l’acceptation par les jeunes, de permettre la lutte contre la fragmentation des services et une efficience potentiellement supérieure en termes de coûts (Halsall et al., 2019 ; Hamilton et al., 2017).

7Bien que les SIJ s’appuient sur une approche globale de la personne, de la santé et des services (Halsall et al., 2019 ; MSSS, 2023), on constate dans la documentation un manque d’information sur la mise en place d’une telle approche dans les services (Hetrick et al., 2017). Dans une logique de coconstruction, il s’avère important d’expliciter la perspective des différents acteurs sur la mise en œuvre de cette approche, particulièrement celle des jeunes. En effet, compte tenu du rôle actif qu’ont les jeunes dans leur propre santé et dans la demande d’aide, il est essentiel de connaître leur point de vue (Radez et al., 2021). De la même manière, il est important de connaître ceux de leurs proches (Reardon et al., 2017 ; Hawke et al., 2021) et des intervenants (O’Brien et al., 2016), étant donné leur influence sur ces dimensions. Ainsi, la mise en commun de ces perspectives pourra influer sur l’offre de services intégrés pour les jeunes, dans les sites Aire ouverte aussi bien qu’à l’étranger.

Objectifs

8Le présent article vise à documenter la vision des jeunes et de différents acteurs impliqués sur (a) la santé globale, (b) les facteurs l’influençant et (c) les services intégrés pour les jeunes. À notre connaissance, aucune étude ne s’est intéressée aux perceptions de la santé globale et des services pour les jeunes en considérant la perspective des jeunes et des acteurs gravitant autour d’eux (parents, intervenants, partenaires).

Méthode

  • 2 Pour plus de détails, voir Lauzier-Jobin et al., 2022.
  • 3 Projet #2022-4300 - Aire_ouverte.

9Le présent article s’inscrit dans une recherche évaluative plus vaste2 qui se déroule depuis 2021. Elle vise à accompagner et à évaluer le site Aire ouverte-Estrie (Québec, Canada) en s’appuyant sur l’approche développementale et participative (Patton, 2011). La recherche a reçu l’approbation du comité éthique de la recherche du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Estrie-CHUS (CIUSSS de l’Estrie-CHUS)3. L’implantation de ce site a été planifiée par la Direction du programme jeunesse du CIUSSS de l’Estrie-CHUS et s’inscrit dans une initiative du MSSS. Le site Aire ouverte-Estrie comprend une équipe d’intervention, un comité clinique et de partenaires, un soutien de l’équipe de recherche, des comités de jeunes et, éventuellement, un comité de parents. L’équipe du site est composée d’une chargée de projet, d’une adjointe administrative, d’une spécialiste en activités cliniques, d’une sexologue, de deux nutritionnistes, d’une kinésiologue, d’un psychoéducateur et d’une infirmière. Le comité clinique et de partenaires se réunit mensuellement et est composé d’une quarantaine de partenaires internes (services du CIUSSS-de-l’Estrie-CHUS) et externes (organismes communautaires, milieu scolaire, municipal et privé) ainsi que d’une ambassadrice des jeunes et d’une ambassadrice des parents.

Collecte de données

10Une approche qualitative est tout indiquée pour comprendre la vision que les jeunes ont d’eux-mêmes, de leur santé et des services de manière holistique, large et en contexte (Patton, 2015). Par exemple, Radez et ses collaborateurs (2021) soulignent que les analyses quantitatives des barrières et facilitateurs négligent les facteurs liés au réseau social du jeune et à la relation avec les intervenants. Une approche qualitative a le potentiel de pallier ces lacunes en s’appuyant sur la richesse des perspectives des différents acteurs pour orienter l’implantation des SIJ. La présente recherche s’appuie sur la triangulation des perspectives (Patton, 2015). Quatre catégories de participants ont été recrutées (le tableau 1 ci-après résume les modalités de collecte de données) : 1. les employés des organismes partenaires ; 2. les membres de l’équipe d’intervention ; 3. des parents ; 4. des jeunes adolescents (12-17 ans) et adultes (18-25 ans).

11Pour les trois premières catégories de participants, nous avons mené des entrevues semi-structurées (Ayres, 2008 ; Robson et McCartan, 2016) s’appuyant sur des grilles d’entrevue détaillant les questions principales (systématiquement posées) et les questions secondaires (pour relancer les participants si nécessaire). Les grilles d’entrevue complètes sont disponibles dans le rapport de Lauzier-Jobin et al. (2022).

12Les partenaires ont été recrutés pour une entrevue à l’aide d’une lettre d’invitation basée sur un référencement fait par la chargée de projet du site Aire ouverte-Estrie. Des entrevues individuelles ont eu lieu avec des partenaires intraétablissement (n = 2), du privé (n = 2), du public (n = 2) et du milieu communautaire (n = 2). Les questions portaient sur l’implantation du site Aire ouverte-Estrie, leur rôle comme partenaire et leur vision du service (par exemple : clientèles, objectif, processus d’intervention).

13Tous les membres de l’équipe d’intervention d’Aire ouverte-Estrie ont été invités à participer à des entrevues de groupe. Elles ont eu lieu durant leur temps de travail, mais ils demeuraient libres de participer ou non sans préjudice. Ces entrevues ont été effectuées à trois reprises avec dix membres de l’équipe d’intervention du site (n = 10). Les questions portaient sur leur rôle comme intervenants et la complémentarité de cette expertise dans une approche globale, la manière de créer une relation avec leurs clientèles et leur vision du service (par exemple : objectif, processus d’intervention).

14Pour être inclus, les partenaires et les membres de l’équipe devaient : a) être âgés de 18 ans et plus ; b) avoir la capacité de répondre aux questions en français ou en anglais ; c) être employés du CIUSSS-de-l’Estrie-CHUS ou d’un des autres partenaires (ex. : organismes communautaires).

15Les parents de jeunes de 12 à 25 ans ont été invités à effectuer des entrevues individuelles. Ils ont été recrutés par le biais d’une affiche électronique diffusée par l’équipe de recherche. Les participants devaient : a) être âgés de 18 ans et plus ; b) avoir la capacité de répondre aux questions en français ou en anglais ; c) être parents d’un jeune de 12 à 25 ans habitant sur le territoire du CIUSSS-de-l’Estrie-CHUS. Compte tenu que le recrutement se déroulait pendant la conceptualisation et le déploiement des services, nous n’avons pas ciblé les parents de jeunes ayant reçu les services d’Aire ouverte. Cinq entrevues individuelles ont été effectuées avec les parents (n = 5). Les questions portaient sur la santé des jeunes dans une approche globale, les services adaptés pour les jeunes et la manière de créer une relation avec les jeunes.

16Enfin, les jeunes ont été recrutés pour faire partie d’un des deux comités de jeunes : l’un composé d’adolescents de 12 à 17 ans et le second de jeunes adultes de 18 à 25 ans (au moment du recrutement). Un ancien travailleur de rue a été embauché pour faire le recrutement là où se trouvent les jeunes ; 45 endroits ont été visités – des écoles secondaires, des organismes communautaires, etc. Par la suite, ils ont été invités à contribuer à un Photovoix (Photovoice). Ils devaient : a) être âgés de 12 à 17 ans ou de 18 à 25 ans (selon le comité) ; b) avoir la capacité de répondre aux questions en français ou en anglais ; c) avoir vécu (ou vivre présentement) une problématique de santé mentale, physique ou psychosociale ; d) être dans un état de santé suffisamment stabilisé pour prendre part à la démarche. Leur participation était volontaire et n’influait pas sur la possibilité de bénéficier des autres activités des comités de jeunes. Deux groupes de jeunes ont pris part à un projet de Photovoix, une méthode de recherche-action participative « qui combine la photographie et le travail en groupe pour donner aux gens la possibilité de capter et de produire une réflexion sur leur vie quotidienne » [traduction libre] (Lal et al., 2012, p. 181). Cette méthode est particulièrement adaptée pour le travail avec des populations vulnérables et marginalisées (par exemple Douville et al., 2017). Elle favorise l’évaluation de besoins, le développement du pouvoir d’agir des participants et le dialogue critique (Strack et al., 2004 ; Wang, 2006). Au total, 10 rencontres ont eu lieu pour chaque groupe. La première rencontre a été menée par les professionnels de recherche et a servi à présenter le projet général et le rôle des jeunes dans celui-ci. Ensuite, les jeunes ont été formés à la photographie et aux enjeux éthiques de prise de photos en milieu communautaire. Puis, des ateliers ont été animés pour qu’ils présentent leurs photographies, la signification qu’ils y rattachent et pour entamer des discussions sur ces sujets. Des thèmes étaient suggérés pour la prise de photos à chaque séance, par exemple : « Pour moi, être bien et en santé ça signifie… » ; « Les facteurs qui influencent ma santé sont… » ; « Pour qu’un service (ou une aide) soit adapté à moi ou aux jeunes, il doit… » ; etc. Les ateliers ont été coanimés par deux intervenants, appartenant à l’équipe d’intervention ou à un organisme partenaire. Dans chacun des groupes, 12 jeunes ont participé (en moyenne 7,67 jeunes par rencontre pour les 12-17 ans, et en moyenne 7 jeunes par rencontre pour les 18-25 ans). Pour respecter les volontés d’action des jeunes, chaque groupe de jeunes a imaginé des projets de présentation des résultats qui leur semblaient les plus pertinents. Ici, seuls les propos des jeunes lors des rencontres du Photovoix ont été traités comme des sources de données (n = 24).

Tableau 1. Résumé des collectes de données

Catégories d’acteurs

Détails

Méthodes de collecte

Employés des organismes partenaires

Partenaires intraétablissement (n = 2), du privé (n = 2), du public (n = 2) et du communautaire (n = 2)

Huit entrevues semi-structurées individuelles

Membres de l’équipe d’intervention

Dix membres de l’équipe (n = 10)

Trois entrevues semi-structurées de groupe

Parents

Parents de jeunes de 12 à 25 ans (n = 5)

Cinq entrevues semi-structurées individuelles

Jeunes

Deux comités de jeunes : 12 jeunes adolescents de 12 à 17 ans et 12 jeunes adultes de 18 à 25 ans (n = 24)

10 rencontres de Photovoix pour chaque groupe

Gestion et analyse des données

17Toutes les entrevues ont été enregistrées (y compris les rencontres du Photovoix). Les enregistrements et les transcriptions ont été transférés dans un logiciel d’analyse qualitative (NVivo 11 de QSR International) de manière à faciliter la gestion des données, leur codification et leur extraction (Bassett, 2010). En nous appuyant sur les processus transversaux en analyse qualitative (Creswell et Poth, 2018 ; Miles, Huberman et Saldaña, 2014), nous avons adopté une stratégie d’analyse des données en cinq étapes. Premièrement, elles ont été importées et organisées dans le logiciel (avec par exemple une attribution de codes d’identification pour chacune des sources de données). Deuxièmement, un premier cycle de codification a été effectué en fonction des grandes dimensions des cadres conceptuels. Un manuel de codage a été créé comprenant la liste de codes, leurs noms, leurs définitions, les conditions d’utilisation et des exemples. Les catégories les plus importantes ont été soumises à une analyse plus poussée en effectuant une analyse thématique de ces données (Braun et Clarke, 2006). Enfin, des synthèses ont été effectuées selon l’angle choisi et le public cible des diverses présentations des résultats. En ce qui a trait au paradigme de recherche, nous nous positionnons dans un réalisme pragmatique (tel que défini par Miles, Huberman et Saldaña, 2014) qui est en cohérence avec l’approche développementale participative (Patton, 2011).

Rigueur scientifique et biais de la recherche

18Le présent article s’inscrit dans une recherche évaluative qui présente certaines limites potentielles, notamment un biais de sélection, un biais de désirabilité sociale ainsi qu’un biais de subjectivité. Pour chacun de ces biais, des stratégies de mitigation sont présentées pour établir les critères de rigueur scientifique propre à l’analyse qualitative (Creswell et Poth, 2018 ; Patton, 2015 ; Shenton, 2004). Pour mitiger le biais de sélection selon lequel certaines caractéristiques individuelles pourraient être associées à la décision de participer au projet, deux stratégies sont offertes. En premier lieu, la recherche mise sur la triangulation des types de collecte de données et des critères de diversification ont été mis en place pour s’assurer une hétérogénéité des points de vue. Ainsi, la crédibilité a été assurée par la triangulation des perspectives ainsi que par la constitution d’une banque de données primaires à laquelle il est possible de se reporter (Shenton, 2004). La transférabilité (généralisation) n’a pas été statistiquement probabiliste, mais plutôt naturaliste, généralisation qui, selon Brett Smith, « se fait sur la base de la reconnaissance des similitudes et des différences à l’égard des résultats avec lesquels le lecteur est familier » [traduction libre] (Smith, 2018, p. 140). Pour mitiger le biais de désirabilité sociale et le biais de subjectivité de l’équipe de recherche dans la formulation des questions des grilles d’entrevue, l’ensemble de l’équipe de recherche et des membres des comités ont été consultés pour la préparation de ces grilles. De plus, dans une approche participative, les thèmes abordés dans le Photovoix ont été modifiés en fonction des intérêts émergents des jeunes. La fiabilité a été assurée par le respect de la procédure d’analyse des données décrite, ainsi que par les rencontres régulières entre l’équipe de recherche et des représentants des différents comités (Shenton, 2004). Enfin, il est important de noter que les données ont été collectées après la pandémie, ce qui peut avoir teinté certains résultats, par exemple en ce qui concerne l’utilisation des technologies (Lane et al., 2021).

Résultats

19Les résultats présentés se découpent en trois sections suivant les objectifs de l’étude. Dans la première, nous abordons la vision portée par les jeunes sur leur santé, laquelle se caractérise principalement par l’équilibre entre les différentes sphères de vie. Dans la deuxième, nous abordons les facteurs qui influencent leur santé, soit la nature et les changements climatiques, la technologie, les jeunes eux-mêmes comme acteurs et le rôle de leur soutien social. La troisième section se penche sur la perception des services destinés aux jeunes : les problèmes avec les services habituels, les caractéristiques souhaitées pour des services intégrés et les stratégies d’intervention appropriées. Dans la présentation des résultats, nous avons misé sur le croisement des perspectives en priorisant la vision des jeunes, puis en incluant celles des parents, des intervenants et des partenaires.

La santé globale des jeunes selon différentes perspectives

20Dans leur ensemble, les jeunes déclarent que la santé est globale :

  • 4 Les sources des citations indiquent le type d’acteur suivi d’un code alphanumérique pour préserver (...)

« C’est global. Ça englobe toute. » (Jeunes adolescents – A4.)

  • 5 Étant donné que la majorité des jeunes étaient des femmes et pour préserver la confidentialité, le (...)

21Autant pour les jeunes que pour les parents, la santé est globale parce qu’elle est composée de différentes dimensions. Selon les jeunes adultes, ces dimensions incluent notamment la santé physique (par exemple, faire de l’exercice), la santé mentale (les émotions, la confiance, l’estime de soi…), la santé relationnelle (créer des liens, se rassembler…), la santé occupationnelle (avoir un travail qu’on aime…), la santé financière (ne pas être « cassé »…) et la santé sexuelle (l’intimité en couple…). Plusieurs jeunes et parents mentionnent également que ces différentes dimensions de la santé sont en interaction les unes avec les autres, comme l’illustre une5 jeune :

« L’activité physique, si tu en fais pas assez ou si tu en fais trop, tu vas voir que ça affecte les autres sphères de ta santé. » (Jeunes adultes – 2.)

22Pour certains jeunes, la santé réfère à un sentiment de bien-être général dans leurs différentes sphères de vie :

« C’est juste le bien-être, mais dans toutes les sphères de ta vie. Puis, être heureux dans toutes les sphères de ta vie. » (Jeunes adolescents – A.)

23Ce sentiment de bien-être peut se manifester malgré les problèmes ou les diagnostics. Dans ce cas, le bien-être passe notamment par l’acceptation de ces problèmes, dont les troubles de santé mentale.

« Être bien avec nous-même et notre entourage. Puis, être bien dans notre peau. Peu importe la condition. Peu importe que tu sois handicapé. Aussi, être bien avec notre mental. Une personne schizophrène, c’est le premier exemple à m’être venu en tête, peut quand même s’aimer. […] Juste de t’aimer, aimer [accepter] ta maladie, fait que tu vas être bien dans ta peau. » (Jeunes adolescents – A.)

24De leur côté, certains parents soulignent que les jeunes ont souvent une vision à court terme de leur santé : s’ils vont bien maintenant, ils sont en santé.

« Je pense que pour eux, la santé, c’est tant que ça va bien là, le moment présent. Ils ne pensent pas au long terme. » (Parent – 1.)

25À l’inverse, les parents verraient les impacts à long terme de certains comportements ou habitudes de vie des jeunes. Cette différente temporalité donne parfois l’impression aux parents que la santé n’est pas une priorité pour leur enfant.

« Pour eux, ce n’est pas une priorité. C’est sûr que mes deux enfants prennent pour acquis qu’elles sont en santé. […] elles ont encore beaucoup de difficultés à faire des liens entre le choix qu’elles vont faire dans une habitude de vie et les conséquences que ça peut avoir. Donc, ils vont me dire par exemple : “Bien, tu sais, je me suis couchée tard, oui, parce que j’ai parlé avec mon ami très tard” ou “j’ai parlé avec mon amoureux très tard.” “OK, puis est-ce que ce matin ça t’a affectée ? Tu es fatiguée ?” “Oui, mais c’était tellement important.” Puis là, elle s’endort là, là. » (Parent – 5.)

26Étant donné l’interdépendance des dimensions de la santé globale, certains jeunes évoquent qu’il est important de trouver un équilibre entre les différentes sphères de vie :

« La santé globale, c’est un équilibre puisque toutes les dimensions s’affectent. Faut pas mettre toutes tes œufs dans le même panier. » (Jeunes adultes – 2.)

27En revanche, cet équilibre est propre à chacun :

« L’équilibre est vraiment selon différentes personnes aussi. […] Il faut être à l’écoute de nos besoins, pour trouver notre propre équilibre pour avoir une santé globale. » (Jeunes adultes – 2.)

28Les parents soulignent aussi que l’équilibre est important, mais qu’il y a une vision différente de cet équilibre entre les parents et leur jeune.

« Je pense que, pour moi, il va avoir peut-être un peu plus d’équilibre entre les différents volets tandis que, pour eux, ils vont peut-être apporter une plus grande priorité à tout ce qui est d’avoir des relations avec leurs amis. Puis tandis que moi je mettrais peut-être un petit peu moins de place à ça, mais plus de place à la santé physique et mentale. » (Parent – 5.)

29Enfin, pour quelques jeunes, la santé globale dépasse la santé de l’individu. Par exemple, une jeune explique :

« Pour effectuer du changement en santé mentale, il faut que tu effectues du changement dans la société » (Jeunes adultes – 3.)

30Une autre jeune déclare :

« La santé globale, c’est plus que la santé d’un individu, c’est la santé de la planète, la santé des peuples, la santé de tout le monde. » (Jeunes adultes – 2.)

Facteurs influençant la santé des jeunes

31Cette vision de la santé globale est influencée positivement et négativement par différents facteurs : la nature et les changements climatiques, la technologie, les jeunes eux-mêmes et leurs relations interpersonnelles (soutien social).

La nature et l’effet des changements climatiques

32Une jeune affirme :

« L’environnement, ça a un impact extrêmement important sur la santé de l’individu. » (Jeunes adultes – 2.)

33Ainsi, quelques jeunes parlent beaucoup des effets psychologiques des changements climatiques, d’« écoanxiété » et d’« écoémotion » (Jeunes adultes – 1). Selon eux, la crise climatique est une source constante de stress qui a des impacts sur leur santé psychologique, voire sur leur fonctionnement quotidien. Cette préoccupation est surtout présente chez les jeunes adultes, moins chez les jeunes adolescents et quasiment absente chez les autres acteurs.

« L’effet psychologique des changements climatiques, des changements environnementaux. L’espèce de “climate crisis” qu’on voit tout le temps. On est constamment bombardé de mauvaises nouvelles, ça crée un “global threat”, un cynisme général. Générationnel, même. Ça brime les relations générationnelles avec les personnes plus vieilles pour qui la protection de l’environnement c’est moins urgent ou important. Mais, pour nous autres, c’est notre futur. » (Jeunes adultes – 3.)

34De l’autre côté, quelques jeunes ont discuté de l’influence positive de la nature sur leur santé. Les jeunes combinent souvent dans leur propos le fait d’être dans la nature et d’y faire des activités :

« Moi, j’ai eu des périodes difficiles, puis moi, j’ai privilégié faire des activités à l’extérieur, vraiment dans la nature. […] Aller marcher dans la nature une fois par jour, ça peut vraiment te ressourcer, te faire sentir bien, c’est libérateur de marcher. Autant physique que mentalement. » (Jeunes adultes – 2.)

Utilisation de la technologie

35Avec la pandémie de COVID-19, les jeunes soulignent que l’utilisation de la technologie s’est généralisée et qu’on est rendus à un « point de non-retour » (Jeunes adolescents – B). L’utilisation de la technologie est rendue nécessaire dans différentes sphères de leur vie (travail, école, loisirs, etc.) :

« Pour moi, tous mes trucs d’école [et de travail] sont toute sur mon téléphone. Oui, il y a des trucs de loisir, mais aussi c’est un outil de travail, même à notre âge. » (Jeunes adultes – 4.)

36Certains jeunes critiquent la normalisation de l’utilisation de la technologie :

« C’est rendu tellement normalisé. Juste avec l’école qui est en ligne. Ce n’est plus comme “je me sens mal, j’ai passé beaucoup de temps sur mes écrans”. Non, c’est juste un outil. » (Jeunes adultes – 4.)

37Les technologies telles que les écrans sont décrites comme des dépendances ou des « addictions » par certains jeunes. La télévision, les téléphones cellulaires ou les réseaux sociaux sont faciles d’accès, mais addictifs.

« Je pense à l’addiction à la télé. Tu es toujours accroché dessus. Comme imaginons un cellulaire ou comme la vapoteuse. Toujours accroché dessus, tu ne t’en défais jamais. » (Jeunes adolescents – B.)

38Des jeunes font remarquer qu’une trop grande utilisation de la technologie entraîne de la fatigue :

« Tu passes ton temps devant un écran. […] Plus tu travailles longtemps, plus tu deviens fatigué. » (Jeunes adolescents – B.)

39De plus, un certain cercle vicieux peut s’installer quand une personne est déprimée et que les algorithmes s’adaptent et affichent plus de contenu en ce sens.

« TikTok, moi, c’était juste […] pour montrer ma musique au monde. Mais là, plus mon état mental a diminué, plus tu vas sur ta “For you page”, ça apparaît ce que tu as “liké” […]. Plus tu es dans un état mental dépressif, plus ta “For you page” va être dépressive. Tu vas être plus stimulé à penser négatif. Tu vas rester là constamment. Tu vas juste regarder ça. » (Jeunes adolescents – B.)

40Cependant, les jeunes soulignent aussi les aspects positifs des réseaux sociaux comme l’accès à l’information, l’accès aux services, comme source de distraction et pour retrouver des amis. Illustrant le côté positif (distraction) et négatif de la technologie, un jeune nous raconte son ancienne utilisation de celle-ci :

« Moi, ce qui m’attire souvent envers les écrans (mon téléphone, Netflix, la télé), c’est un peu pour m’échapper de la réalité. Puis entrer dans le monde que je me fais dans ma tête. Puis, juste ne pas penser aux problèmes de la vie. Ça a des effets positifs, mais aussi négatifs parce que je suis vraiment rendu un ermite dans ma chambre, tout seul. Mes parents sont rendus désespérés et moi aussi je le suis. Mais, je ne peux pas arrêter. » (Jeunes adolescents – B.)

41De leur côté, les parents portent une vision nuancée de l’impact des technologies (notamment des réseaux sociaux) sur différentes dimensions de la santé des jeunes.

« Mais tu sais, même au niveau des grands messages, je pense que là il y a plus d’opportunités d’attraper des choses au passage, qui vont être positifs. Il y en a plein de négatifs. Mais, je pense qu’il y a quand même plus de messages positifs qui circulent. Mes deux filles, mes deux grandes ados, tu leur parles de “body positivity”, ils vont… Ils vont “fighter” et ils ont plein d’exemples, ils ont des modèles. Que ce soit au niveau de l’image corporelle, que ce soit au niveau de l’identité sexuelle […]. Je pense qu’il y a des sujets sur lesquels elles sont bien outillées. Mais, il y en a d’autres… Il n’y a pas de bons modèles sur “il faut se coucher de bonne heure pour être en santé”. » (Parent – 5.)

Les jeunes eux-mêmes comme acteurs sociaux : état d’esprit (mindset), prendre soin de soi, passion et comparaison

42Point intéressant, l’une des premières sources d’influence positive que nomment les jeunes est eux-mêmes. Un aspect qui peut contribuer positivement à la santé globale est l’état d’esprit du jeune. Souvent, certains jeunes citent l’importance de la persévérance, de la motivation, d’avoir des buts (une direction) et de se dépasser.

« […] tu as un bon “mindset”, que tu es positif, que tu es motivé […]. De juste avoir une “drive”, de te sentir vivant. Si tu te lèves le matin et que tu as un bon “mindset”, que tu es capable de te projeter un peu dans l’avenir, mais pas trop, que tu es capable de vivre le moment présent. » (Jeunes adultes – 2.)

43Bien que la persévérance et la projection vers l’avenir soient importantes, des jeunes insistent également sur le fait qu’il est important d’être dans le moment présent :

« Prendre du temps pour elle, avec un loisir qui lui plaît. » (Jeunes adultes – 2.)

44Certains jeunes expriment aussi en quoi il est important de prendre soin de soi et de « se recentrer sur soi-même » (Jeunes adolescents – A), ce qui passe par leurs habitudes de vie comme « bien manger » (Jeunes adolescents – H) et « prendre beaucoup d’heures de sommeil » (Jeunes adolescents – H). Certains font des liens entre prendre soin de soi et le fait de s’aimer, de s’accepter, de se centrer sur soi et de ne pas se comparer.

« Premièrement, c’est comme ça que tu apprends à t’aimer. Quand tu aimes quelqu’un, tu prends soin de lui. Bien, c’est la même chose avec toi. » (Jeunes adolescents – A.)

45Cependant, certains parents mentionnent une déconnexion entre, d’une part, les connaissances qu’ont leurs enfants des comportements promoteurs de santé et, d’autre part, la prise de conscience de leurs comportements problématiques et la volonté de changer ces comportements.

« Sur la prise de conscience, il y a comme une espèce de séparation. Les ados, ils sont sensibilisés, par exemple à l’école, sur le temps d’écran. Ça là, ils prennent beaucoup de temps à l’école pour en parler, et c’est correct. Mais […] mon ado de 15 ans, elle est capable de me dire toutes les bonnes façons de faire, les bonnes pratiques : “Il ne faut pas que j’en fasse plus que tant d’heures par jour. Il faut…” Et là, quand je lui reflète, “est-ce que c’est ça que tu fais ?” “Non, mais, moi, j’en ai pas de problème. Moi, j’ai pas de problème. Je suis pas accro à mon cell. Donc ça, c’est plus des pratiques qui sont pour ceux qui sont accros. Moi j’en ai pas de problème.” Donc, il y a comme un peu une distance, “c’est pas pour moi”. » (Parent – 5.)

46Quelques jeunes nous ont beaucoup parlé de leur passion, notamment le sport, la lecture et la musique. Le premier pas est de « juste comme trouver des choses que tu aimes » (Jeunes adolescents – F), puis de faire une place à cet aspect positif, à cette passion.

« On parle de passion. Moi, j’en ai trop. Ces temps-ci, j’en ai trois. La natation, la lecture et la musique. Tout ce qui est en rapport avec la musique : danser, chanter, écouter de la musique. » (Jeunes adolescents – B.)

47Un parent ajoute que la passion peut être une force mobilisatrice et a également une fonction protectrice contre les mauvaises influences.

« Tu sais, moi, j’ai des enfants qui sont allés à [telle école], puis après ça ils vont faire des vocations. Une des raisons pour laquelle j’ai poussé là-dessus… Bon, il y avait les capacités, c’est sûr, mais, quand t’as une passion, c’est ça qui te “drive”… Donc, tu vas à l’école, pas pour tes maths, ton français, tu vas à l’école pour faire partie de la gang qui fait ça. Ça sort les élèves qui font ça de toutes les mauvaises influences. » (Parent – 4.)

48Par contre, de manière générale, les jeunes sentent qu’eux et leurs amis sont « extrêmement exigeants envers [eux]-mêmes » (Jeunes adultes – 7). La comparaison constante aux autres nuit à la santé des jeunes et à leur estime d’eux-mêmes, surtout sur les réseaux sociaux. Cette comparaison entraîne les jeunes à « être trop autocritique[s] […] trop perfectionniste[s] » et à chercher à atteindre des « standards malsains ou trop élevés véhiculés par notre société » (Jeunes adultes – 4).

« La société, c’est rendu, c’est beaucoup de comparaison. C’est nocif un peu. Surtout sur Instagram. […] Ça a un impact sur les jeunes surtout. Tu vois le corps d’une fille “full” belle, puis tu te dis “Et moi ?” Tu te compares et ça baisse ton estime. » (Jeunes adultes – 4.)

49Les parents abordent cet aspect sous l’angle de la comparaison, mais aussi de la quête de performance, que ce soit dans les études, dans l’activité physique (sport) ou la sexualité.

« La performance, c’est comme dans tout. Sexualité de la même façon. Et très tôt… C’est dans la perception par les autres. Donc ça a des impacts sur la santé, pas juste le mental, mais la santé physique. Il ne faut pas juste s’amuser à aller dehors puis prendre une marche là. Ce n’est pas faire du sport, ce n’est pas faire attention à soi, mais c’est vraiment de performer, puis d’être capable de montrer des médailles quelque part. Mais, dans tout comme la santé sexuelle. “Tu as eu combien de partenaires ?” Ce n’est pas : “Moi je suis rendu où ?” Et ce n’est pas “mes besoins ou mes envies à moi”, là. » (Parent – 4.)

Soutien des autres

50Les relations avec les autres agissent sur la santé des jeunes. Dans l’ensemble, les jeunes mentionnent que les relations peuvent être positives, négatives ou les deux à la fois.

« On a une relation compliquée. Ma petite sœur, souvent, elle n’utilise pas les bons pronoms. Des fois, elle me respecte même pas. Mais, là, ça a arrêté suivant une discussion avec mes parents qui ont une conversation sérieuse avec elle. Là, ça s’est amélioré. […] Elle me traite de tous les noms. Souvent, elle dit plein d’affaires vraiment pas le fun. Je l’aime, mais je ne suis pas capable de lui montrer d’affection, parce qu’elle m’a tellement fait du mal intérieurement. » (Jeunes adolescents – C.)

51Les relations interpersonnelles peuvent remplir différents rôles ou différentes fonctions. Un premier rôle de l’entourage identifié par certains est d’être présent et disponible pour le jeune :

« Elle est souvent là pour moi quand j’en ai besoin. » (Jeunes adolescents – C.)

52Ensuite, plusieurs jeunes soulignent que les relations peuvent aussi remplir une fonction de camaraderie, qui consiste à faire des activités ensemble, avoir une relation conviviale, agréable et amusante :

« Puis, elle rit tout le temps avec moi, avec mes blagues. » (Jeunes adolescents – C.)

53Troisièmement, la communication, c’est-à-dire pouvoir parler, partager et se confier sur tout, favorise la santé mentale des jeunes selon certains :

« Quelqu’un avec qui tu peux parler de n’importe quoi. C’est ça qui fait que ta santé, surtout mentale, va bien. C’est que tu peux tout exprimer sans limites. » (Jeunes adolescents – C.)

54Ensuite, le soutien peut être émotionnel, comme l’amour et l’affection :

« Je l’aime énormément. » (Jeunes adolescents – C.)

55Quelques jeunes mentionnent également l’importance pour eux d’aider les autres :

« Une partie d’être heureux, c’est aussi d’aider les autres. » (Jeunes adolescents – C.)

56Enfin, plusieurs jeunes indiquent que les autres ont aussi comme rôle de les inspirer, de les pousser à se mettre en action et à se dépasser. Par exemple, une jeune raconte comment elle veut être un modèle pour son neveu :

« [Mon neveu] influence ma santé parce que j’essaye de faire des bons choix pour lui. Pour revoir lui et mon frère après [le Centre jeunesse]. […] Je veux qu’il ait sa tante, une tante positive. […] Qu’il voie que je suis quand même à l’école même s’il voit que je peux lâcher l’école maintenant. […] Qu’il voie que j’évolue un peu. Qu’il dise “Ah, elle, elle peut le faire, moi je peux faire mieux pour moi”. » (Jeunes adolescents – E.)

57En termes de sources de ce soutien, les jeunes ont nommé une grande variété de relations, à commencer par la famille. Les membres de la famille proche reviennent plus souvent chez les adolescents, ce qui inclut les parents (père, mère), les frères et sœurs, voire les neveux :

« Ça, c’est ma famille. […] Je suis vraiment content de les avoir. Parce qu’ils m’acceptent comme je suis. Ils ne m’ont pas jugé. » (Jeunes adolescents – E.)

58De leur côté, certains parents soulignent le rôle de la famille plus élargie :

« Les oncles, les tantes, les cousins, cousines, les grands-parents [ont] une influence importante. » (Parent – 2.)

59En deuxième lieu, les parents et les jeunes adolescents évoquent aussi le rôle d’adultes à l’extérieur de leur famille comme les enseignants, les entraîneurs (coachs) et d’autres sources de soutien plus lointain (voisin, ancienne gardienne, etc.). Les enseignants sont évidemment présents dans la vie des jeunes et certains peuvent avoir un rôle très important alors que d’autres resteront neutres. Un parent explique que « d’emblée, les profs sont neutres », mais que « de temps en temps, il y en a un qui sort du lot et c’est là qu’elle va devenir significative » (Parent – 5). Pour les jeunes pratiquant un sport, les entraîneurs sont très importants et ont « énormément d’influence dans la vie de nos jeunes » (Parent – 4).

60Troisièmement, différents jeunes et parents ont insisté sur l’influence des autres jeunes dans l’adoption de comportements et la santé :

« C’est sûr, les amis […] tu sais enfant c’est important, mais adolescente aussi, ça, je pense que ça a une influence. » (Parent – 2.)

61Certains jeunes adultes trouvent par ailleurs pertinent qu’il y ait des pairs-aidants sur les sites Aire ouverte. Pour autant, une jeune fait la distinction entre l’aide d’un autre jeune et celle d’un professionnel :

« Je pense que c’est important de faire des liens entre les jeunes […] Mais, je pense que le lien professionnel est quand même important aussi. Si je veux, je peux parler à un psychologue, à un nutritionniste, je veux parler à un professionnel, pas à ma meilleure amie. […] Vu que tu es encadré par un cadre professionnel, je sais que tu es encadré par le secret professionnel et tout. » (Jeunes adultes – 5.)

62Les jeunes ayant des relations avec des intervenants mentionnent ces derniers comme source de soutien. De leur côté, l’ensemble des parents insistent fréquemment sur l’importance des intervenants de leurs jeunes. Une jeune explique le rôle joué par sa psychologue :

« Elle m’a vraiment aidée à avancer dans la vie et mon cheminement personnel. À réaliser des choses. Juste à m’aider, overall. Même si c’est sa job. À m’aider dans beaucoup de domaines dans ma vie. À propos de beaucoup de choses qui allaient pas bien et qui me faisaient vivre de l’anxiété. Je suis vraiment reconnaissante. » (Jeunes adolescents – C.)

63Finalement, quelques jeunes ont aussi cité les animaux de compagnie comme source de soutien.

« Moi, c’est pas un humain. […] Ça serait mon hamster et mon chien. Les animaux. Ça me donne de la dopamine. […] Je me sens moins seul. Quand j’étais plus jeune, ça m’aidait à “coper” avec l’anxiété que j’avais beaucoup dans ce temps-là. C’est un “stress reliever”. Ça t’accepte comme tu es. » (Jeunes adolescents – C.)

Vision des services pour les jeunes

64Pour justifier le déploiement de services intégrés, les problèmes concernant les services habituels ont été explorés du point de vue des jeunes et de leurs parents. Par la suite, les caractéristiques et les stratégies souhaitées pour les services intégrés pour les jeunes ont été ressorties en croisant la perspective de tous les acteurs.

Problèmes avec les services habituels selon les jeunes et leurs parents

65Au cours des entrevues, différents problèmes rencontrés dans les services habituels pour les jeunes ont été énoncés. Tout d’abord, les jeunes adultes ont mentionné la bureaucratie dans les services. Plusieurs histoires et conséquences de la bureaucratie sont abordées, notamment les difficultés à s’inscrire auprès des services ainsi qu’à se faire référer d’un service ou d’un professionnel à l’autre (« jouer au ping-pong »). Les problèmes de communication sont aussi nommés par certains jeunes :

« – Plus il y a de liens, plus le message a le temps de se déformer. – Oui, le jeu du téléphone. » (Jeunes adultes – 8.)

66Enfin, un troisième problème signalé par certains est le manque de personnel :

« Les professionnels, il en manque. Il y en a vraiment pas assez pour le nombre de malades. » (Jeunes adultes – 8.)

67D’autres jeunes remarquent qu’avec le manque de personnel viennent le « manque de place » et l’épuisement des professionnels (Jeunes adultes – 8). Une jeune souligne donc la nécessité de prendre soin des professionnels qui sont en poste.

« À court terme et moyen terme, si on manque de professionnels, il faut trouver une manière de ne pas les épuiser, bien s’en servir, s’en soucier. Être capable d’avoir un système qui va pouvoir servir plus de patients […]. » (Jeunes adultes – 8.)

68De leur côté, les problèmes relevés par les parents se situent dans deux grandes catégories. Premièrement, certains parents évoquent la difficulté à trouver le bon service pour leur jeune. Ces parents racontent comment ils ont dû « cogner à plein de portes » pour trouver le bon service. Un premier cas de figure apparaît quand le problème ou le besoin n’est pas clair. Ce problème peut être exacerbé par la méconnaissance des services existants :

« C’est niaiseux, mais des fois ils veulent connaître notre besoin, mais on sait pas trop. On sait pas trop, est-ce que c’est un psychoéducateur ? Est-ce que c’est une travailleuse sociale ? Est-ce que c’est une éducatrice spécialisée qu’on a besoin ? » (Parent – 1.)

69Un deuxième cas de figure se présente lorsque le problème est jugé trop ou pas assez grave pour l’intensité du service identifié. D’un côté, deux parents confient avoir de la difficulté à trouver une aide ponctuelle pour un besoin moins grave. De l’autre, un parent souligne les difficultés face aux limites des interventions dans la durée quand le problème est plus sévère.

70Une deuxième grande catégorie de problèmes notés par les parents concerne les problèmes de continuité entre les services. On identifie notamment le passage des services pour les mineurs aux services adultes à 18 ans comme étant problématique. Les changements d’âge, d’intensité de l’activité des services ou l’identification d’un nouveau problème ont comme conséquences de reprendre les mêmes démarches, de se confronter une fois de plus aux mêmes défis, aux mêmes difficultés pour accéder à de nouveaux services.

« Il y a les changements de programme. Exemple, mon garçon […] quand il est rentré au centre de réadaptation, il était en déficience auditive. Donc là, il était dans ce programme-là. Après, ils l’ont changé pour déficience langagière. Donc troubles de langage, il tombait sur une liste d’attente. On recommençait, une nouvelle travailleuse sociale, des nouveaux spécialistes. Puis après, ça a été plus en lien avec sa déficience. Donc, on se promène, on recommence, puis là il tombe adulte, on recommence encore. » (Parent – 1.)

Caractéristiques souhaitées des services intégrés pour les jeunes

71Avant sa réelle mise en place, les jeunes et les partenaires ont discuté des caractéristiques souhaitées pour le site Aire ouverte-Estrie. En premier lieu, différents jeunes abordent la nécessité de disposer de plusieurs modalités (local, équipe mobile, à domicile, milieu informel, en ligne, texto) :

« Dans un monde idéal, tu peux avoir autant l’Internet, que tu peux aller sur place, que tu peux appeler, que tu peux texter, même. » (Jeunes adultes – 5.)

72Pour certains, avoir un lieu physique, un local, est important pour eux :

« Moi, j’aimerais ça qu’il y ait un local. […] Le monde veut pas être sur l’ordi […]. » (Jeunes adultes – 3.)

73Sur la question du local physique, les partenaires sont plus partagés. Certains en voient la pertinence, mais la majorité des partenaires interrogés remet en question la centralité du local :

« Ça vient de plus en plus clair que si ton partenariat est assez fort, puis que t’as une belle porte d’entrée par l’Internet, je pense qu’on n’a pas besoin d’avoir une porte d’entrée spécifique. » (Partenaire – E.)

74En termes d’accessibilité, les jeunes parlent d’un local ouvert, attrayant et accueillant ainsi que de différentes modalités de services, ce qui favoriserait l’accessibilité. L’ouverture passe par une attitude d’accueil des intervenants ainsi que par l’absence de barrières, comme les coûts des services, les heures restreintes ou les listes d’attente.

« La chose la plus importante, c’est que ce soit accessible pour tout le monde. Que tout le monde se sente accueilli dans ce genre d’endroits ! C’est la priorité. […] Make sure that it is designed in a way where everyone feels welcome. Hospital are really unconfortable places. […] quand tu y vas pour la santé mentale, tu ne veux pas que ça soit une place stérile, pas confortable. » (Jeunes adultes – 3.)

75Certains jeunes soulignent qu’il serait important de mettre en place des services inclusifs, que ce soit pour les personnes LGBTQ+, les personnes racisées et autochtones ou les personnes en situation de handicap :

« Je suis très investie dans les droits des personnes LGBTQ+ et dans l’inclusion. Pour moi, c’est important de créer un environnement qui est inclusif et réceptif à ça. » (Jeunes adultes – 1.)

76L’accessibilité passe aussi par les choix, comme le choix de la modalité d’aide avec laquelle les personnes se sentent le plus à l’aise et de la direction de l’intervention :

« Tu es comme libre d’aller à gauche ou à droite ou tout droit. Au niveau des services de santé pour les jeunes, c’est des choses qui sont importantes aussi de se sentir libre, de se sentir bien, de se sentir confortable d’aller chercher ton aide. » (Jeunes adultes – 5.)

77L’accessibilité doit également trouver un équilibre entre le confort et la sécurité du lieu :

« Le jeune, il se sent en sécurité, il est dans sa boîte où ce qu’il est bien. » (Partenaire – F.)

78Le site Aire ouverte est décrit ainsi par une jeune :

« Un bel environnement aussi pour partager même si c’est pour partager des mauvaises nouvelles. Ça a l’air d’un bel environnement, une intimité, un confort. Même si c’est difficile personnellement, tu as un confort extérieur […]. Un environnement sécurisant et sécuritaire. » (Jeunes adultes – 3.)

79Enfin, les services doivent être adaptés aux jeunes et à leur réalité, que ce soit dans la manière de rejoindre les jeunes, dans les modalités des services offerts ou en termes d’horaires. L’adaptation aux jeunes n’est pas qu’une question de critères d’âge, mais plutôt une approche à adopter :

« S’inspirer des services déjà offerts, mais de les adapter au goût du jour, plus actuel. » (Jeunes adultes – 5.)

80Cependant, il faut veiller à ce que ce ne soit pas stéréotypé (pour les jeunes, par les adultes) :

« Moi, quand j’étais jeune […] juste ce soit fait pour les jeunes, ça me donnait pas le goût d’y aller. Je me dis c’est des adultes qui disent aux jeunes comment être. » (Jeunes adultes – 3.)

81Certains parents font aussi remarquer que le lieu doit être attrayant pour les jeunes et non stigmatisant. Ils suggèrent de miser sur le sentiment d’appartenance des jeunes et de favoriser la discussion entre les pairs plutôt que la transmission d’informations unidirectionnelle.

« Parce que les jeunes ne veulent pas avoir des problèmes, je pense, ou être associés à des problèmes. Mais que ça fasse juste partie de la normalité d’avoir des groupes d’appartenance plus en lien avec la santé. […] Donc, avoir un milieu neutre, qui n’est pas associé à une maladie, mais au bien-être là. » (Parent – 3.)

Stratégies d’intervention

82Cinq grandes stratégies à privilégier pour l’intervention auprès des jeunes sont ressorties de la synthèse des propos des différents répondants (jeunes, parents, partenaires et intervenants). Une représentation graphique, sous forme de modèle logique, est présentée en annexe. La première stratégie est la transmission générale d’informations aux jeunes : faire de « l’éducation, de l’information » (Partenaire – G), de la sensibilisation et de la prévention. Un parent souligne toutefois que la transmission d’informations n’est pas suffisante. Il est nécessaire que l’information mène à une prise de conscience chez le jeune pour qu’il y ait changement de comportement.

« C’est la prise de conscience parce qu’il y a bien des jeunes [qui] ne le sont pas en santé, mais qui se croient en santé. Donc, c’est quoi être en santé ? Bien, c’est avec des choses tangibles. De faire une activité physique régulière avec des temps, disons, 3 fois semaine ou 5 fois semaine d’au moins 30 minutes. Les recommandations claires, puis demander aux jeunes “Vous, vous faites quoi pour vous approcher de ça ?” Puis là, ça serait parlant pour eux de voir, de dire “Bien en fait, j’en fais pas du tout ou pas assez”. […] Il y a une pensée de naturel disant “Bien oui, moi je suis en santé. Les problèmes, c’est pour les autres”. » (Parent – 3.)

83La deuxième stratégie nommée par les jeunes et les partenaires est le « reaching out » (Jeunes adultes – 3) : la volonté d’aller vers les jeunes, d’avoir des pratiques de proximité dans leurs milieux de vie. Les jeunes ayant plus de besoins sont potentiellement ceux qui ne viendront pas vers les services, il est donc nécessaire d’aller vers eux.

« Ce qui marche, c’est le “aller vers” […] D’être avec les gens, chez les gens, où ce qu’ils sont. Ça va être plus facile après de les faire venir chez vous. […] c’est de dire “on va vers”, pour les “ramener vers”, “on va vers vous”, pour les ramener éventuellement vers un local, un pied-à-terre. » (Partenaire – F.)

84La troisième stratégie est de miser sur un accueil humain et empathique de la part des intervenants. Selon toutes les catégories de répondants, les intervenants doivent être disponibles et prendre le temps d’accueillir le vécu des jeunes :

« Un accueil super humain, qu’ils prennent bien leur temps pour m’expliquer comment ça va se passer et qui ne sont pas juste “attends là, va là”. » (Jeunes adultes – 8.)

85Cette troisième stratégie permet de créer un lien avec un intervenant, d’avoir une bonne première expérience de service et de « démystifier » l’intervention professionnelle (Parent – 2) :

« C’est peut-être aussi pour une première expérience, pour donner confiance au service. […] Bien justement, si ça se passe bien, qu’ils arrivent à avoir un lien de confiance, puis que l’intervenant est capable de voir… Tu sais, d’amener le jeune s’il y a besoin d’autre chose. De dire “Ah ça s’est bien passé ici, j’ai été bien accueilli, c’était pas trop compliqué, pas trop lourd”, bien peut-être c’est ça, ça va être lui donner confiance, après s’il y a besoin à nouveau ou qu’il a besoin d’autres services plus dans le réseau, ça va peut-être, c’est ça, faciliter la transition. » (Partenaire – H.)

86La quatrième stratégie est l’intervention à court terme dans laquelle l’intervenant vient répondre au besoin, expliciter le besoin ou pour identifier le service : « cibler les besoins », « trouver c’est quoi le bon service » (Partenaire – B). De différentes manières, plusieurs jeunes ont souligné l’importance qu’ils accordent au fait d’être outillés et de se faire aider à comprendre ce qu’ils vivent et comment y faire face, particulièrement au niveau des émotions :

« L’importance des émotions. Savoir identifier nos propres émotions. Avoir une sensibilité à identifier les émotions des autres à travers certains signes pour faciliter la communication puis se comprendre soi-même. Je pense que c’est une lacune. » (Jeunes adultes – 3.)

87Enfin, la cinquième stratégie est l’accompagnement et la référence à un autre service. Cette stratégie permettrait au jeune d’augmenter son réseau social et d’avoir une meilleure trajectoire de service. Quelques jeunes adultes ont parlé non seulement de l’importance de la mise en lien avec d’autres services, mais aussi de la manière de le faire. Il est important de dépasser la simple référence et d’offrir un accompagnement vers les prochaines étapes.

« Les services habituels, c’est toi qui faut qui ailles voir. C’est toi qui faut qui fasses un suivi. C’est toi qui faut qui décides d’aller, mettons qu’ils te donnent une ressource : ils te disent “Va là, fais ça”. Tu n’as pas nécessairement l’accompagnement. Mais, c’est toi qui faut que tu aies “le guts” d’aller le faire quand même. Ça serait donc de vraiment guider jusqu’aux ressources dont tu aurais le plus besoin. Ça te pousserait plus à y aller, quand tu serais à l’aise d’y aller. Vraiment comme un pont entre les deux. » (Jeunes adultes – 5.)

Discussion

88Le présent article vise à documenter la vision des jeunes et des différents acteurs impliqués sur la santé globale, les facteurs l’influençant et les services intégrés pour les jeunes en adoptant une approche globale. Les résultats montrent une vision très large de la santé et des facteurs qui l’influencent. Ils ont aussi permis de relever les problèmes rencontrés dans les services habituels ainsi qu’une vision des services souhaités pour les jeunes. Cinq stratégies d’intervention sont en outre proposées dans le cadre de ces services. La présente recherche se distingue par la triangulation des perspectives des acteurs. En cohérence avec la logique de déploiement des services intégrés pour les jeunes (SIJ), ce croisement des perspectives commence par la vision des jeunes, mais inclut aussi celles des parents, des intervenants et des partenaires. Les implications théoriques et pratiques de ces résultats peuvent se diviser en trois niveaux : l’influence de l’approche globale sur la vision de la santé, sur les facteurs influençant la santé et sur la mise en place de services intégrés.

Une vision cohérente avec une approche globale de la santé

89Les jeunes ont témoigné d’une vision très large de leur santé qui non seulement incluait différentes dimensions de la santé individuelle (santé physique, mentale, relationnelle, sexuelle, etc.), mais aussi qui traçait des liens avec la santé des autres et la santé planétaire. L’accent est mis sur l’équilibre entre ces différents aspects et leur interinfluence autant par les jeunes que par leurs parents ; ceux-ci soulignent cependant une vision différente de cet équilibre entre les parents et leur jeune. L’importance de la prise en compte des multiples dimensions de la santé invite les SIJ à avoir une offre de services large et multidisciplinaire, voire interdisciplinaire, pour prendre en considération leur interaction (Halsall et al., 2019).

90À notre connaissance, dans la documentation scientifique, il n’existe pas d’uniformité quant aux dimensions de la santé à considérer – peut-être cette uniformisation n’est-elle pas nécessaire pour autant. Il faut toutefois demeurer attentif à ne pas négliger certaines dimensions qui pourraient avoir une grande incidence sur la santé des jeunes. Par exemple, dans leur analyse des domaines d’effets ciblés dans l’évaluation des SIJ, Bentayeb et ses collaborateurs (2022) mettent en évidence le manque de prise en compte de la consommation de substances.

91Les différentes dimensions de la santé globale sont vues en interaction les unes avec les autres et, dans ces interactions, la santé mentale joue un rôle central. Selon nous, sous couvert d’une approche globale et d’une volonté de non-stigmatisation, on s’éloigne parfois de la centralité de la santé mentale dans la mise en place des services Aire ouverte. Nous suggérons donc de conserver une vision « santé globale », mais en accordant la primauté à la santé mentale, comme le proposent Malla et ses collaborateurs (2020).

92Par ailleurs, l’idée qu’une santé globale puisse se manifester malgré les problèmes ou les diagnostics trouve écho dans la littérature sur le rétablissement en santé mentale présenté comme processus permettant de dépasser ou de transcender les difficultés (par exemple Provencher, 2002). La santé mentale elle-même peut être envisagée dans une approche globale en intégrant les dimensions négative (détresse, symptomatologie…) et positive (bien-être, rétablissement…). Les recherches sur les SIJ montrent d’ailleurs que ces services peuvent avoir un effet de diminution de la détresse psychologique, mais peuvent aller au-delà, notamment en améliorant la confiance en soi (Bentayeb et al., 2022 ; Hilferty et al., 2015).

93En termes d’implications pratiques, une telle approche de la santé souligne la pertinence de se doter d’une équipe interdisciplinaire pour faire face aux différentes dimensions de la santé globale. Étant donné l’interaction entre ces dimensions, il peut être stratégique de commencer l’intervention par les besoins exprimés par le jeune, surtout dans un contexte où un écart peut exister entre sa perception de la santé et celle des adultes. Le principe d’interdépendance (Nelson et Prilleltensky, 2010) nous laisse croire qu’une amélioration dans l’une des sphères de vie pourrait entraîner des effets bénéfiques dans une autre. Enfin, l’approche globale nous amène à considérer les aspects positifs et négatifs de chaque dimension de la santé, à l’instar des deux continuums (positif et négatif) en santé mentale (Provencher et Keyes, 2011 ; Iasiello et al., 2020) ou de la santé sexuelle (Boislard, 2014).

Une vision contextuelle qui pointe trois principaux facteurs influençant la santé des jeunes

94De manière transversale, les jeunes renvoient une image contextualisée de leur situation qu’il est important de prendre en compte. Trois facteurs influençant la santé des jeunes semblent se démarquer.

95Premièrement, on relève la place de la nature et des changements climatiques, particulièrement chez les jeunes adultes. En effet, les jeunes subissent les effets directs et indirects du changement climatique, ce qui a des répercussions diverses et complexes sur leur bien-être (Gislason et al., 2021). Nos résultats montrent comment les changements climatiques ont un effet négatif sur les jeunes, mais que la nature peut aussi avoir un effet positif sur eux. Ce double constat rejoint le discours de Riemer (voir notamment Riemer, 2010) qui souligne l’impact négatif et positif de l’environnement sur le bien-être. Cette préoccupation des jeunes concernant l’impact des changements climatiques nous amène à suggérer que cette thématique soit intégrée dans l’offre de services des sites Aire ouverte, par exemple sous l’angle des écoémotions (Coffey et al., 2021 ; Ojala et al., 2021). Une autre implication pratique pourrait être de réfléchir à l’influence du contexte d’intervention sur les jeunes. Par exemple, la recherche de Kim et de ses collaborateurs (2009) a montré qu’une même modalité de psychothérapie montrait des résultats supérieurs lorsqu’elle se déroulait dans la forêt plutôt que dans les lieux habituels.

96Deuxièmement, il est possible de voir une certaine tension dans le discours face à la technologie. Les jeunes et les parents insistent sur les aspects positifs et négatifs de la technologie, dont les effets négatifs ont été documentés (par exemple dans Lemétayer et Papineau, 2021). Pour commencer, les jeunes sont très critiques quant à l’utilisation de la technologie et soulignent ses effets négatifs (fatigue, dépendance), mais ils évoquent quand même les aspects positifs comme l’accès à de l’information. De plus, lors des discussions sur les services adaptés pour les jeunes, le recours à la technologie est identifié comme un moyen d’accès privilégié aux services (site web, modalités de prise de rendez-vous…) par tous les acteurs. La technologie pourrait être particulièrement utile pour atteindre les jeunes non rejoints autrement. Au-delà de l’accès aux services, la technologie peut aussi être une modalité pour l’offre de service (Grist et al., 2019 ; Wright et al., 2019). Ce point reflète la consultation menée par Bentayeb et ses collaborateurs (2022) auprès de jeunes et d’intervenants jeunesse, qui montre que l’offre de services en ligne est une composante essentielle pour certains, voire critique pour d’autres. Il est également intéressant de noter que les effets des interventions offertes par le biais de la technologie sont augmentés lorsqu’un soutien additionnel est offert par les proches ou un intervenant (Grist et al., 2019 ; Wright et al., 2019). Bref, il est important de conserver une vision nuancée de la technologie dans la vie des jeunes, celle-ci étant à la fois positive et négative, mais aussi normale et critiquée.

97Troisièmement, les jeunes ont abordé l’influence positive et négative de leur réseau de soutien social. Les sources de ce soutien semblent varier selon l’âge des répondants avec les relations, la famille proche étant plus souvent nommée chez les adolescents. Ce résultat reflète la conclusion de Gariépy et ses collaborateurs (2016), qui soulignent que les sources du soutien social varient en importance au cours de la vie. Les jeunes ont aussi détaillé les différents rôles que jouaient ces relations, que nous avons classées selon les mécanismes du soutien social de Lauzier-Jobin et Houle (2021) : la présence et la disponibilité, la camaraderie, la communication, le soutien émotionnel, l’importance d’aider les autres (c’est-à-dire la réciprocité) et l’influence (le rôle de les inspirer, de les pousser à se mettre en action et à se dépasser). Ces informations apportent des pistes de réponse sur la manière dont les relations favorisent la santé globale des jeunes. Malheureusement, peu d’études ont exploré l’influence détaillée des mécanismes du soutien social chez les jeunes (Gariépy et al., 2016). Notre recherche ne nous permettait pas d’explorer comment les mécanismes variaient en fonction de la source du soutien social, mais il s’agirait d’une piste intéressante de recherche future. Les recherches sur l’accès des jeunes aux services montrent que ceux-ci ont d’abord et plus souvent recours à leur réseau informel lorsqu’ils demandent de l’aide (Findlay et Sunderland, 2014 ; Hilferty et al., 2015). En termes d’implications pratiques pour les services, nous suggérons que le soutien social formel et informel soit systématiquement évalué en début d’intervention et qu’il constitue une cible d’intervention dans les cas où il est lacunaire (Lauzier-Jobin et Houle, 2021). L’implication des proches en intervention pourrait aussi être envisagée (Radez et al., 2021).

Une vision qui pointe vers des services intégrés réduisant les barrières d’accès

98Une vision globale de la santé et de la personne est souvent associée à une approche d’intervention intégrée et holistique pour les SIJ. Par exemple, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) souligne dans ses principes directeurs pour les sites Aire ouverte qu’une « perspective holistique permet un meilleur continuum de services sur le plan biopsychosocial et amène à considérer les jeunes dans toutes les dimensions de leur vie, en adoptant une vue d’ensemble de leurs vécus, ainsi qu’à répondre de manière cohérente et intégrée à leurs différents besoins » (MSSS, 2021, p. 12). Nos résultats concernant les services habituels ont montré plusieurs problèmes qui sont à la base des écrits scientifiques ayant appuyé l’importance des services intégrés (ex. Smith Fowler et al., 2022) : bureaucratie, problèmes de communication, de continuité, etc. Dans ce contexte, deux grands constats découlent de nos analyses : l’intérêt d’une diminution des barrières d’accès aux services et la centration sur la personne comme facilitateur d’accès aux services.

99Premièrement, au niveau des barrières internes, en accord avec la documentation scientifique, nos résultats mettent en relief le manque de littératie des jeunes en santé mentale (Gulliver et al., 2010 ; Rickwood et al., 2015). En plus de l’identifier comme un objectif pour les sites Aire ouverte, le MSSS (2021) décrit la littératie comme faisant « référence à la connaissance de la jeune ou du jeune de sa propre santé et des services qui lui sont offerts, mais aussi aux compétences et à la motivation pour mettre de telles connaissances à profit afin de maintenir ou d’améliorer sa santé et sa qualité de vie » (p. 6). Les parents insistent sur le fait qu’il est essentiel de dépasser la simple transmission d’informations sur la santé pour en venir à viser des prises de conscience chez les jeunes. De leur côté, les jeunes mentionnent qu’ils ont besoin d’être outillés et de mieux comprendre ce qu’ils vivent et comment y faire face, particulièrement au niveau des émotions. Une stratégie intéressante pourrait être de mettre en place des ateliers facilitant le développement des compétences socioémotionnelles et psychosociales des jeunes. À ce sujet, le site Aire ouverte-Estrie propose maintenant des ateliers du programme Hors-Piste aux jeunes. Ce programme, visant la prévention de l’anxiété par le développement des compétences socioémotionnelles, est intégré au Plan d’action interministériel en santé mentale (MSSS, 2022).

100Deuxièmement, les jeunes et les parents insistent sur la nécessité de diminuer les barrières externes pour améliorer l’accessibilité des services : les horaires restreints, les listes d’attente, les coûts de services. Deux stratégies nous semblent particulièrement porteuses à cet égard : les services de proximité et les stratégies de démarchage (outreach). Les sites Aire ouverte sont une option privilégiée pour l’implantation de services de proximité (MSSS, 2021, 2023). Les services de proximité sont des services adaptés aux besoins d’une population et prodigués sur un territoire donné, grâce à un partenariat avec les diverses parties prenantes : usagers, proches, communauté, organismes communautaires et acteurs intersectoriels (MSSS, 2023). Il s’avère important d’opérationnaliser le type de proximité entendue dans les services Aire ouverte. Ainsi, Clément et Gélineau (2009) rapportent cinq grandes figures de proximité : la proximité intersubjective (relationnelle, approche centrée sur la personne…), la proximité expérientielle (écoute, personne comme expert…), la proximité spatiale (par exemple lieux de prestation de services), la proximité écosystémique (par exemple travail interdisciplinaire) et la proximité décisionnelle (par exemple place du jeune dans les plans d’intervention). Une stratégie complémentaire réside dans l’identification de façon proactive des jeunes nécessitant des soins. L’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) définit ces stratégies de démarchage (outreach) comme des approches qui « ciblent tous les groupes en situation d’exclusion sociale, à risque, réticents ou incapables d’accéder aux services de proximité, en raison de restrictions physiques, de stigmatisation ou de difficultés financières » (INESSS, 2019, p. 31).

101En termes de facilitateurs d’accès aux services, nos résultats soulignent l’importance des technologies, des relations et de la volonté du jeune lui-même. La documentation sur les SIJ insiste sur le caractère essentiel de la participation du jeune dans la planification, la prestation et l’évaluation des services (Bentayeb et al., 2022 ; Hetrick et al., 2017 ; Settipani et al., 2019). La participation du jeune dans son épisode de soin passe notamment par la prise de décision et la personnalisation des soins. La centration sur la personne (ici le jeune) plutôt qu’une centration sur les services est un principe fondamental des services intégrés (Hughes et al., 2020), dont les SIJ (Bentayeb et al., 2022). Les modalités d’autosoins, d’autosoins dirigés et la pair-aidance seraient des voies privilégiées pour faire davantage participer les jeunes dans la prestation de soin.

Conclusion

102Cet article a permis d’apprécier la richesse de la prise en compte de la voix des jeunes et de différents acteurs gravitant autour d’eux dans leur perception de la santé des jeunes, des facteurs influençant leur santé et des services. L’approche globale tente d’envisager la personne, sa santé et ses soins dans leur ensemble, de manière holistique. Les résultats illustrent l’importance de la considération accordée aux relations interpersonnelles dans la santé et l’accès aux soins, ainsi que d’une approche globale d’intégration des soins grâce à une centration sur la personne, à la collaboration interdisciplinaire et à une attention aux barrières d’accès aux services. Cette vision qui se dégage est très cohérente avec les services intégrés pour les jeunes (SIJ), dont les sites Aire ouverte au Québec. L’implantation des SIJ constitue un changement de paradigme dans l’offre de services aux jeunes. Comme tout changement de paradigme implique des changements de pratiques, il importe ainsi d’accompagner les acteurs du réseau de la santé et des services sociaux (qu’ils se situent au niveau politique, stratégique, tactique ou opérationnel) dans cette implantation afin d’en faire un succès pour le mieux-être de nos jeunes.

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Annexe

Figure 1. Modèle logique préliminaire des services à offrir aux jeunes d’Aire ouverte-Estrie selon les différentes parties prenantes

Figure 1. Modèle logique préliminaire des services à offrir aux jeunes d’Aire ouverte-Estrie selon les différentes parties prenantes
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Notes

1 Pour ce que nous nommerons « approche globale », soit l’idée de s’intéresser à la personne dans son ensemble, plusieurs adjectifs sont utilisés – parfois de manière interchangeable – dans les écrits : « approche globale » (MSSS, 2021, 2023), « approche holistique » (Halsall et al., 2019 ; Hamilton et al., 2017 ; MSSS, 2021) et, par extension pour les services, « approche intégrée » (Hetrick et al., 2017 ; MSSS, 2023).

2 Pour plus de détails, voir Lauzier-Jobin et al., 2022.

3 Projet #2022-4300 - Aire_ouverte.

4 Les sources des citations indiquent le type d’acteur suivi d’un code alphanumérique pour préserver la confidentialité.

5 Étant donné que la majorité des jeunes étaient des femmes et pour préserver la confidentialité, le féminin sera utilisé lorsqu’une personne participante sera citée.

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Modèle logique préliminaire des services à offrir aux jeunes d’Aire ouverte-Estrie selon les différentes parties prenantes
URL http://journals.openedition.org/sejed/docannexe/image/14045/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 282k
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Pour citer cet article

Référence électronique

François Lauzier-Jobin, Julie Lane, Pasquale Roberge, Martine Shareck, Patrick Gosselin et Anne-Marie Tougas, « Services intégrés pour les jeunes : vision des jeunes et des différents acteurs gravitant autour d’eux quant à leur santé globale et aux services »Sociétés et jeunesses en difficulté [En ligne], 33 | Automne 2025, mis en ligne le 01 décembre 2025, consulté le 13 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/sejed/14045

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Auteurs

François Lauzier-Jobin

Travailleur social, François Lauzier-Jobin (PhD) est professeur adjoint à l’École des sciences infirmières de la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke (Québec, Canada). Il collabore avec le Centre RBC d’expertise universitaire en santé mentale, l’Institut universitaire de première ligne en santé et services sociaux de l’Estrie (IUPLSSS) et le Centre de recherche du CHUS (Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke). Francois.Lauzier-Jobin[at]USherbrooke.ca

Julie Lane

Julie Lane (PhD) est professeure agrégée spécialisée en transfert des connaissances et implantation de programmes probants à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke (Québec, Canada). Elle est directrice du Centre RBC d’expertise universitaire en santé mentale et codirectrice de l’Observatoire sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur.

Pasquale Roberge

Pasquale Roberge (PhD) est professeure régulière titulaire du Département de médecine de famille et de médecine d’urgence de l’Université de Sherbrooke (Québec, Canada). Elle est également directrice de l’axe Santé : populations, organisation, pratiques du Centre de recherche du CHUS.

Martine Shareck

Martine Shareck (PhD) est professeure adjointe au Département des sciences de la santé communautaire de l’Université de Sherbrooke (Québec, Canada) et directrice de la Chaire de recherche du Canada sur l’équité en santé urbaine et les jeunes.

Patrick Gosselin

Patrick Gosselin est professeur titulaire au Département de psychologie de l’Université de Sherbrooke (Québec, Canada).

Anne-Marie Tougas

Anne-Marie Tougas (PhD) est professeure agrégée au Département de psychoéducation de l’Université de Sherbrooke (Québec, Canada). Elle collabore au Groupe de recherche et d’intervention sur les adaptations sociales de l’enfance (GRISE) et à l’IUPLSSS.

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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