Navigation – Plan du site

AccueilNuméroshors sérieDossierLa jeunesse des varoş d’Istanbul ...

Dossier

La jeunesse des varoş1 d’Istanbul et des quartiers dits « sensibles »2 en banlieue parisienne

Youth groups in Istanbul’s varoş’ and in the Parisian suburban hot spots (quartiers sensibles)
La juventud de los varoş de Estambul y de las zonas sensibles de los suburbios de París
Mustapha Poyraz

Résumés

Cet article tente de comparer deux façons d’exister et d’agir, chez les jeunes, à partir de l'analyse de deux situations socio-économiques différentes : les quartiers sensibles de la région parisienne et les varoş d’Istanbul. Cette entreprise vise, d’une part, à comparer l’attitude des pouvoirs publics concernant la construction des dispositifs d’intervention auprès de la jeunesse dans chacun de ces contextes, et d’autre part, à analyser différentes stratégies développées par les jeunes pour survivre, exister ou contester le système social dans lequel ils se situent en tant qu'acteurs. Le niveau  respectif de développement économique et de protection sociale constitue un élément d'appréciation prépondérant dans cette démarche comparative. Le facteur religieux et les mouvements politiques influent également sur les attitudes de la jeunesse. Alors que la jeunesse des banlieues françaises s’inscrit dans un contexte marqué par une rupture politique et urbaine profonde3, la jeunesse des varoş d’Istanbul, bénéficie de dynamiques provenant de cadres politiques et relationnels extrêmement riches et mobilisateurs. En revanche, dans le contexte turc, l’absence de dispositifs d’appuis économique et social promus par l’Etat et les collectivités territoriales accentue la situation de précarité des jeunes. Du côté français, les dispositifs mis en place par les pouvoirs publics depuis un quart de siècle n’ont pas permis de stopper la logique de confinement de la jeunesse des quartiers sensibles4. Dans ces deux situations, les initiatives religieuses interviennent comme un élément d’équilibre de plus en plus affirmé.
A travers cette comparaison, on tente de comprendre l’impact des tissus urbains, des réseaux politiques et religieux ainsi que des dispositifs publics sur les jeunes appartenant à ces deux contextes différents.  Cette étude s’appuie sur une recherche menée parallèlement depuis plusieurs années dans plusieurs quartiers sensibles de la région parisienne et dans ceux de la périphérie d’Istanbul.

Haut de page

Texte intégral

  • 1 Ce mot est utilisé à partir des années quatre-vingt-dix pour désigner les nouvelles caractéristiq (...)
  • 2 Ce terme est utilisé dans le cadre de la politique de la ville pour désigner les territoires encla (...)
  • 5 Olivier Galland, Les jeunes français ont-ils raison d’avoir peur ?, Paris, Armand Colin, 2009, 160 (...)
  • 6 Olivier Donnat, « La jeunesse au cœur des mutations culturelles », dans Regard sur… les jeunes en (...)
  • 7 Demet Lüküslü, Türkiye’de “gençlik miti”, Istanbul,  İletişim yayınları, 2009, p.89.

1Insérer les jeunes dans les réseaux de socialisation établis est devenu un enjeu important pour toutes les sociétés. L’évolution des sources d’influences traditionnelles comme la famille, l’école et les classes sociales ainsi que le développement des lieux de socialisation horizontaux5 modifient radicalement le poids du monde adulte sur la jeunesse. Dans un autre sens, on assiste à un processus de juvénilisation de la culture6 au sein de la société. Cependant, le degré d’autonomie de la jeunesse varie sensiblement d’une société à l'autre. Chaque contexte socio-historique donne lieu à l’émergence de problématiques spécifiques liées à l’évolution de la jeunesse, son  positionnement dans la société et  son degré de sensibilité par rapport aux enjeux sociétaux. Il suscite parallèlement des réponses singulières de la part des pouvoirs publics. La jeunesse française, en 2005, et celle de Grèce en 2008, ont démontré à quel point elles continuent à incarner une force sensible, critique et dynamique au sein de la société. La révolte des jeunes de banlieue en France et les manifestations anti-CPE (le contrat première embauche) constituent les meilleures preuves pour attester que la jeunesse reste une force dynamique et combien révélatrice de symptômes attachés à des enjeux de société souvent dissimulés par de multiples formes d’argumentation politiquement acceptables. Dans l’histoire politique turque également, « le mythe » de la jeunesse7 a occupé la quasi-totalité de l’espace public durant plusieurs années (notamment dans les années soixante-dix) et constitue encore aujourd’hui un potentiel important au sein de la société. Quel que soit le contexte, on doit rappeler que la jeunesse s’inscrit dans la complexité des rapports sociaux comme une catégorie dynamique et marquée par les enjeux qui traversent la société.

  • 8 Olivier Galland, op.cit., p. 13-32.
  • 9 Kazgan Gülten, İstanbul gençliği, Gençlik değerleri araştırması,  İstanbul, Bilgi Üniversitesi ya (...)

2Cette entreprise vise à comprendre la construction des visions du monde des jeunes dans deux contextes singuliers. Plus particulièrement, le développement du pessimisme8 chez les jeunes en France et l’optimisme9 au sein de la jeunesse turque. Le paradoxe vient du fait que la jeunesse française s’inscrit dans un contexte où l'Etat est beaucoup plus protecteur qu'en Turquie sur les plans économique et social. Comment se fait-il qu’un cadre a priori plus favorable pour l’autonomie de la jeunesse crée beaucoup plus de désespoir que celui qui est marqué par la quasi inexistence de protection ? A travers l’analyse de chacune de ces situations, notamment, en tenant compte du niveau de construction des dispositifs d’intervention auprès de la jeunesse dans deux contextes, nous insisterons sur les différentes stratégies développées par les jeunes pour survivre, exister ou contester le système social dans lequel ils se situent en tant qu'acteurs.

  • 10 En Turquie le phénomène de spécialisation selon le secteur n’est pas encore visible. Tous les int (...)

3La partie de recherche consacrée aux jeunes des cités de la région parisienne s’appuie, d’une part, sur des rencontres réalisées en groupe et individuellement avec une trentaine de jeunes majoritairement de sexe masculin, et d’autre part, une vingtaine d’entretiens effectués auprès des animateurs de quartier travaillant dans le secteur jeunesse. Les rencontres et entretiens ont été réalisés la plupart du temps dans les équipements de proximité. Les villes de Clichy-sous-Bois, Massy et d’Evry constituent notre terrain de recherche privilégié. Le volet de recherche concernant les jeunes des varoş d’Istanbul a été mené plus particulièrement auprès des travailleurs sociaux10 œuvrant dans le secteur des jeunes en difficulté. En fait, il s’agit d’une dizaine d’entretiens effectués dans les cafés ou aux bureaux des référents des jeunes. Les éléments  issus des observations et des rencontres réalisées dans deux quartiers d’Istanbul constituent un appui important pour compléter les données fournies par les entretiens. Trois quartiers situés à Bağcilar, Güngören et Esenler-Dere constituent notre terrain de recherche à Istanbul.

La jeunesse n’a pas la même dimension dans ces deux contextes

  • 11 Galland Olivier, Sociologie de la jeunesse, Armand Colin, Paris, 1997.
  • 12 Cécile Van de Velde, « Devenir adulte : quatre modèles européens », Agora/débat/jeunesses,  N°45, (...)

4En France et en Occident, le niveau de développement économique et social a permis à la jeunesse d'émerger comme une catégorie distincte au sein de la population bien avant la Turquie. Si on prend comme référence «la fin des études, le départ de chez les parents, le début de la vie professionnelle, le mariage ou la vie en couple 11» pour désigner la frontière entre l’âge adulte et celui de la jeunesse, on retrouvera des situations fort semblables dans les pays occidentaux. Bien que l’allongement de la période d’inactivité et l’élargissement de l’espace d’autonomie apparaissent comme le phénomène marquant dans l’Europe occidentale, en fonction des modes d’intervention étatique et de l’évolution du système éducatif et social, plusieurs modèles d'accès au statut d'adulte12 se dessinent. Cependant, le prolongement du temps consacré à la préparation à la vie active, dans des espaces scolaires, de loisirs et les lieux de formation, constitue un socle commun pour tous les modèles d’Europe occidentale. On observe une frontière visible entre la période de préparation à la vie active et le fait d'y entrer. Le rapport au système scolaire de l’enfant ou du jeune apparaît comme un élément central pour comprendre son inscription dans le monde du travail et son positionnement dans le monde social.

  • 13 Erving Goffman, « Calmer le jobard : quelques aspects de l’adaptation à l’échec »,  dans Le parle (...)
  • 14 Alain Vulbeau, « Le dégagement : notes sur le coté obscur de l’engagement », dans Valérie Becquet (...)

5Malgré les traits communs propres à tous les jeunes, les conditions de vie de chaque milieu influent profondément sur le positionnement de ceux-ci dans l’espace social et politique. Ainsi, l’inscription des jeunes des milieux populaires et notamment les jeunes de cités dans la société s'effectue d’une manière différente. Leur regard, leur  vision du monde se forge dans un espace qui s’éloigne de plus en plus des rapports sociaux réputés  normaux. Les jeunes de banlieue, par leur positionnement social et économique, cultivent en permanence des rapports hors système et conflictuels avec le monde institutionnel. Cette manière de s’inscrire dans les rapports sociaux les éloigne du monde du travail et les pousse à rechercher d’autres stratégies pour avoir une place reconnue dans la société. Le fait d’appartenir à des communautés d’origine étrangère constitue un élément supplémentaire pour comprendre le positionnement précaire et conflictuel de ces jeunes. Situés à la marge de la société où la question de l’immigration, de la pauvreté et du dysfonctionnement urbain s’enchevêtrent, les jeunes des cités s’imposent à la fois comme une force et une faiblesse de la société française. La faiblesse provient du fait que ces jeunes constituent un des segments les plus fragilisés et vulnérables de la société. Du coup, la vulnérabilité devient une force à partir du moment où cette situation de précarité extrême ne débouche pas sur une résignation aboutissant à la « mort sociale13». Au-delà, cela devient un élément révélateur des paradoxes de la société française. Dans ce sens, les émeutes de 2005 ont été un tournant important pour mesurer le poids de la jeunesse issue de milieux populaires. Elle est à la fois l’objet de l’intervention publique et par son positionnement dérangeant14, devient un sujet qui s'impose dans l’espace politique sans vraiment y être présent. Sa manière d’être avec les institutions maintient la jeunesse en permanence dans le débat politique. Les critiques portées par les jeunes de cités vis-à-vis de l’inertie institutionnelle constituent également une source de réflexion pour le renouvellement des pratiques des acteurs locaux.

  • 15 Comme le développement économique et la place croissante du salariat dans la société turque ne so (...)

6Si on s’appuie sur les mêmes repères pour expliquer la situation des jeunes des varoş on risque de rencontrer de multiples difficultés pour mener à bien l'analyse. La première difficulté provient du fait que le moment du passage à l’âge adulte reste complètement flou dans la société turque. Le système de préparation à la vie active ne s’appuie pas sur les mêmes normes. Les jeunes restent moins longtemps dans le système scolaire et commencent à prendre des responsabilités précocement. La vie scolaire et la vie active coexistent dès le jeune âge. Ce passage s'effectue dans un espace marqué par des rapports informels. La place occupée au sein de la famille et le rapport au mariage sont fortement influencés par les normes traditionnelles. En tenant compte de ces éléments, il n’est pas exagéré de dire que dans le contexte turc, l’espace d’autonomie des jeunes est influencé de manière forte par la présence de modes traditionnels de contrôle. Il ne s’agit pas, ici de rapports sociaux traditionnels au sens strict mais d'une société qui tente de marier de manière pragmatique les éléments de modernisme avec ceux de la tradition. Le positionnement des jeunes par rapport à l’Etat et aux collectivités territoriales est aussi tributaire de ce même phénomène. Un des facteurs cruciaux  pour appréhender la singularité du contexte turc, c’est la faiblesse de la protection sociale et le poids de l’initiative privée et communautaire15. Nous devons préciser qu’il s’agit d’une société en plein développement économique qui cherche à élargir et à stabiliser ses classes moyennes et supérieures à partir d’une ouverture vers le challenge international. Comme un acteur économique émergeant, la position de la Turquie se confirme aussi bien en Europe qu’en Orient. Dans un sens, de par son potentiel d'adaptation spontanée, et son dynamisme, la société turque, malgré le manque de cadre institutionnel garantissant la protection sociale et de dispositifs d'appui promus par les pouvoirs publics, offre des leviers d’intégration beaucoup plus dynamiques que la société française n'en propose pour ses jeunes. Les jeunes des quartiers populaires français s’inscrivent dans un contexte où la formalisation des clivages socioéconomiques, institutionnels et spatiaux entrave la dynamique de mobilité au sein de la société. Le sentiment d’être enfermé définitivement dans un espace clos devient une source de pessimisme et encourage souvent la naissance des stratégies de sortie destructrices, voire suicidaires. « Trainer dans la cité sans argent ça m’énerve, je ne supporte plus d’être chassé de partout, pour moi la misère ça suffit, je veux vivre comme tout le monde. Ça m'énerve de voir que toutes les portes sont fermées, on veut du taf quoi, mais même les gars diplômés de je ne sais pas quoi trainent comme nous, ça nous encourage pas vraiment » précisait un jeune de 19 ans sans diplôme et sans qualification habitant dans un quartier sensible d’Evry. Lors des rencontres avec les jeunes des cités, nous avons constaté l'existence d'un discours commun marqué par une vision pessimiste de l’avenir, sans pour autant arriver au point de résignation sans retour.

  • 16 Olivier Galland, Les jeunes français ont-ils raison d’avoir peur ?, Paris Armand Colin, 2009.

7Situer chaque contexte étudié peut nous fournir les éléments indispensables pour comparer le dynamisme des jeunes de varoş d’Istanbul et le pessimisme16 des jeunes des quartiers sensibles de la région parisienne.

Les jeunes des varoş et l’absence d’intervention publique

  • 17 İnsani gelişme raporu, Birleşmiş milletler kalkınma programı, 2008 (le rapport du développement h (...)
  • 18 Yentürk  Nurhan, Baslevent Cem, Gençlik çalismalari birimi arastirma raporu,  septembre 2007. Il (...)
  • 19 Selon les derniers chiffres de l’Institut de Statistique de Turquie (TUIK) le taux de chômage est (...)
  • 20 Türkiye’de Gençlik, Birlesmiş milletler kalkinma raporu, 2008, souligne largement les difficultés (...)
  • 21 Ce point apparaît comme une particularité évidente qui influence toutes les dynamiques de la socié (...)
  • 22 Le résumé  du rapport de TUIK (Institut  de Statistiques de Turquie) dans le quotidien Radikal, 2 (...)

8Selon le recensement effectué en 2008, le nombre des jeunes de 15-24 ans représente un peu plus de 12,4 millions de personnes, soit 17,6 % de la population en Turquie. Malgré la scolarité obligatoire jusqu'à l'âge de quatorze ans, seulement 89 % des élèves arrivent au terme de leur scolarité. Parmi eux, 56 % continuent leur scolarité dans les lycées et seulement 18 % de bacheliers réussissent à entrer dans l’université17. Alors que le taux d’abandon est de 15,6 % dans le système éducatif européen, le système scolaire turc marque un retard évident avec 54,6 % d’abandon en cours de scolarité chez les jeunes de 15- 24 ans18. Le taux de chômage est situé autour de 24 %19 dans cette tranche d’âge. Parmi les jeunes en activité, 22% ont commencé à travailler avant leurs 15 ans20. Environ 5 millions de jeunes se trouvent sans aucune activité, dont 2,2 millions de jeunes femmes. Un des éléments marquants est la faiblesse du taux de participation des femmes à la vie active21. Selon la même source, seulement 25% des jeunes femmes, âgées entre 20-29 ans, sont inscrites dans la vie active. L’âge du mariage chez les jeunes turcs apparait comme un indicateur significatif. D’après les chiffres de TUIK22 58,7 % des jeunes filles et 58,2 % des garçons se marient entre 18 et 24 ans. 31 % des filles se marient avant leurs 18 ans. Un autre phénomène significatif pour situer la question de la jeunesse, c’est l’existence de travail au noir dans le contexte turc, qui intervient comme un facteur  important dans la comparaison.

  • 23 L’ouvrage coordonné par Gülten Kazgan,  Kuştepe gençlik araştırmaları,  Istanbul, Bilgi yayınları (...)

9Sur les jeunes des varoş il n’y a pas de recherches significatives23 ; ils sont souvent inclus dans l’analyse globale portant sur la jeunesse turque dans son ensemble. C’est pourquoi il est très difficile de trouver des données précises provenant d'études déjà effectuées. Je m’appuie, en grande partie, sur les éléments d’observations et sur les entretiens effectués auprès des représentants associatifs, des jeunes et des habitants dans les quartiers de Bağcılar, Esenler-Dere et Güngören.

  • 24 Mustafa Şen,  « Kökene dayalı dayanışma yardımlaşma zor iş », dans Yoksulluk halleri. Türkiye ‘de (...)

10Le problème du chômage et de l’inactivité n’apparaît pas dans les varoş d’Istanbul de manière évidente comme on peut l’observer dans les zones sensibles en France. Le profil du jeune « galérien » décrit par François Dubet ne caractérise pas les jeunes des varoş. Les jeunes des périphéries d’Istanbul n’apparaissent pas comme une force isolée et enfermée dans un territoire écarté de la ville. Par leurs attachements multiples à des espaces de socialisation, ils relativisent les effets destructeurs de la pauvreté. La présence permanente de réseau familial  et de l’entourage constitue un socle d’orientation important dans le processus de socialisation des jeunes de milieux populaires24.

  • 25 Ağırdır Bekir, Metropollerin yoksul ve yoksunları : Varoşlar, Ekim 2008, Konda araştırma. C’est u (...)
  • 26 Mustafa Poyraz,  « La mémoire collective des ex-villageois à Istanbul: rencontre de l’universel e (...)

11Souvent, l’insertion dans le monde du travail et le glissement vers le monde des adultes se réalise de manière spontanée dans ces réseaux marqués par des rapports informels. L’influence de la culture urbaine basée sur l’autonomie de l’individu n’est pas profondément ancrée chez les habitants des varoş, de par le fait qu’ils proviennent de province. Il s’agit plutôt des familles kurdes imprégnées par des normes communautaires et religieuses nouvellement arrivées dans les quartiers situés à proximité d’Istanbul. La reproduction presque à l'identique de modes de vie rurale dans les zones urbaines proches d’Istanbul a été soulignée par de nombreuses recherches25. D’une part, la construction d’une chaîne de solidarité avec les proches et  les voisins et, d’autre part, avec le village d’origine procure un socle d’intégration important aussi bien pour la première génération que pour la deuxième. A ce niveau, les associations d’ex-villageois apparaissent comme un acteur de solidarité et de cohésion primordial dans la vie quotidienne des varoş26.

  • 27 Erder Sema, « Zorunlu göç ve sonrası », Istanbul dergisi, N°61, Ekim 2007.
  • 28 Betül Altıntaş, Mendile, boyaya, çöpe, Ankara sokaklarında çalışan çocuklar, Istanul, İletişim yay (...)
  • 29 Un ancien chef de police expérimenté d’Istanbul, Necdet Menzir insiste sur les difficultés d’inst (...)
  • 30 Demet Lüküslü, op. cit., p 89-94.
  • 31 Le terme “gecekondu” est utilisé pour désigner les quartiers construits de manière spontanée et e (...)
  • 32 Une des particularités de la périphérie d’Istanbul est que l’élargissement des espaces urbains a (...)

12Les jeunes en difficulté (dezavantajlı gençler) sont issus des familles arrachées de leur village par la violence des conflits entre l’Etat et le mouvement kurde, notamment dans les années 1990. Désignés comme « des villageois sans village27 », ces nouveaux habitants déracinés, privés de tout appui  institutionnel se trouvent dans une situation de vide où les réseaux de solidarité informels ont beaucoup de difficultés à se reconstruire. La réunion de ces deux facteurs met particulièrement les enfants et les jeunes dans une situation de pauvreté et d'insécurité. Cela les oblige à se débrouiller en dehors des réseaux institutionnels et communautaires. La grande majorité de ces enfants travaillent comme des vendeurs de rue ou cireurs des chaussures28. En l’absence d’appui, en termes de protection sociale, d’autres formes de solidarité ne suffisent plus pour assurer un minimum d’existence pour ces nouveaux  habitants qui découvrent la condition du salariat. Cette situation facilite à la fois l’implantation des groupes islamistes, nationalistes et des mouvements de gauche radicale ainsi que le développement de l’économie souterraine, du commerce de la drogue, de la violence urbaine et de l’insécurité dans les varoş d’Istanbul29. Cela peut paraître paradoxal, mais on observe la concentration de  tous ces phénomènes sur les mêmes territoires. Bien entendu, selon le niveau d‘implantation de chaque entité les rapports de force évoluent dans un sens ou dans un autre. Par exemple dans les années 1970, les mouvements de gauche incarnaient la tendance dominante dans les varoş d’Istanbul, alors qu’aujourd’hui les forces islamistes ont conquis un espace d’influence incontestable. Demet Lüküslü30 souligne que la plupart des militants des années 1970 appartenait au milieu ouvrier et habitait dans les gecekondus31 nouvellement construits. Un autre facteur important pour comprendre la particularité de l’inscription des jeunes dans les varoş, c’est la continuité des tissus urbains. Les dynamiques créées par les liens forts entre le centre et les périphéries procurent un espace de mobilité intéressant pour les jeunes. Une des spécificités des varoş c’est que, dès le début de leur construction, la périphérie se présente comme le prolongement des éléments de centralité. Dans ce sens, les varoş d’Istanbul ne subissent pas les conséquences de la rupture urbaine observée ailleurs. La mobilité est assurée d’une part, par un tissu fort des commerçants qui créent une dynamique relationnelle entre le centre et la périphérie et d’autre part, les moyens de transport développés dès l’émergence d’un espace habitable32. En outre, la centralité créée  par la densité des réseaux commerçants procure un autre élément de mobilité pour les habitants. Ces deux facteurs constituent une sorte de garantie contre l’isolement et l’enfermement des périphéries d’Istanbul. En partie, cette dynamique urbaine recrée dans les aires de proximité constitue un atout non négligeable pour éviter la « galère » des jeunes liée à l’isolement et à l’enfermement dans un espace clos.

Les jeunes des varoş et les espaces urbains

  • 33 Un des analystes le plus influents dans l’univers des islamistes turcs précise que si les quartier (...)
  • 34 Lefebvre Henri, Le droit à la ville, Anthropos, 1968.

13Une des caractéristiques des varoş d’Istanbul, c’est la concentration excessive des bâtiments et l’absence des espaces intermédiaires indispensables pour la vie quotidienne des habitants. En dehors des rues, qui assurent des multiples fonctions, il n’y a pas d’autres espaces de rencontre comme les jardins, les parcs, etc. Cette situation oriente les habitants vers la création d’espaces de rencontre et de convivialité dans et autour de l'habitat. Ainsi, les nombreux cafés, les lieux de commerce, les mosquées et les associations constituent les espaces de sociabilité et procurent une compensation essentielle par rapport à la densité urbaine33. On constate une appropriation très forte des espaces d'habitat par les habitants dans le sens décrit par H. Lefebvre34. Les rues aussi sont investies de la même manière et surtout par les enfants et les jeunes. Cet investissement procure un énorme avantage de par l'émulation permanente des relations humaines qu'il suscite, mais cette même densité devient une source de problèmes lorsqu’il s’agit de s’ouvrir vers l’univers extérieur, notamment pour les enfants et les jeunes. Les enfants et une partie des jeunes investissent tout leur temps (après l’école) dans la rue et aux pieds des immeubles. Cela pose plusieurs difficultés : en premier lieu, la rue et l'espace devant les bâtiments ne sont pas adaptés pour jouer, courir et créer. Les passages des voitures en permanence menacent la sécurité des enfants. En deuxième lieu, la présence ou fixation quotidienne dans cet espace inadapté empêche de s’inscrire dans d’autres espaces beaucoup plus riches sur les plans culturel et éducatif. Cette pratique quotidienne ne procède pas d’un choix, elle s’impose et s'apprécie comme une perpétuation d'habitudes propres à la vie provinciale. D’une manière ou d’une autre, ces expériences démontrent leurs limites par rapport aux besoins recensés dans le cadre métropolitain. Il devient de plus en plus difficile de s’appuyer uniquement sur les réseaux relationnels pour assurer la socialisation des enfants et des jeunes. D’où la nécessité de développer d’autres espaces de loisirs et culturels en vue d’orienter les jeunes vers une socialisation ouverte vers le monde urbain.

14Comme la construction des varoş ne s'inscrit pas dans une logique d’urbanisation planifiée et structurée, la régulation et l’orientation des rapports humains ont également pâti des  conséquences de cette évolution anarchique. Dans le cadre de cette mutation les pouvoirs publics n’ont pas joué un rôle prépondérant. Ils ont plutôt "accompagné le mouvement", sans pour autant intervenir dans une optique de réorganisation.

Une politique de la jeunesse non définie

  • 35 Cette même attitude peut être observée dans les secteurs de la petite enfance et des personnes âg (...)

15Les varoş, de par la forte densité de leur population dans un espace d’habitat limité et du fait de l’absence des dispositifs d'appui en termes de relais et d’orientation, sont potentiellement porteurs de grosses difficultés. Car les facteurs de régulation basés sur la solidarité traditionnelle ne suffisent plus. C’est pour cela que les pouvoirs publics et le monde associatif commencent à prendre en charge certains aspects de la vie quotidienne. Dans le cas des varoş d’Istanbul,  on constate un mode d’intervention évolutif et très limité. Dans la plupart des cas, la réponse provient de la société elle-même. L’Etat et les collectivités territoriales n’interviennent que de manière globale et n'abordent pas nécessairement les questions a priori indispensables. Les questions liées à la jeunesse, aux loisirs, à l’aide spécialisée et à l’accompagnement ne constituent pas la priorité.  L’insuffisance de réflexion sur les problématiques propres à certaines catégories de la population favorise  une attitude consistant à agir sur tous les problèmes à la fois et à négliger le développement de mesures proportionnées aux questions effectivement posées au sein de la société. On reproche souvent aux sociétés occidentales d’aller trop loin dans la démarche de rationalisation et de fragmentation des catégories de la population ; on constate la tendance contraire dans le contexte turc.35

  • 36 L’augmentation du nombre d’enfants vivant dans  la rue et le  développement de phénomènes de band (...)
  • 37 Ces initiatives sont portées pour l’instant par l’Etat ; elles peuvent s’articuler avec les dynam (...)
  • 38 Yentürk Nurhan, Kurtaran Yörük, Nemutlu Gülesin, Türkiye de gençlik çalışması ve politıkaları, İst (...)
  • 39 Toutes ces initiatives développées au niveau local sont loin de constituer une politique de la je (...)
  • 40 Bagcilar avec ses 700 000 habitants, c’est un des plus grands arrondissements d’Istanbul. Au débu (...)
  • 41 Erder Sema, Incioglu Nihal, Turkiye’de yerel politikanin yükselişi. Istanbul Büyükşehir belediyes (...)

16Malgrè tout, depuis quelques années, on observe une prise de conscience pouvant engendrer des réponses mieux adaptées aux problématiques évoquées36. Dans le secteur de l’aide sociale, on peut noter une dynamique constructive à travers l'action des travailleurs sociaux (sosyal hizmet uzmanları). Cela concerne aussi les enfants et les jeunes en difficulté. L’ouverture de nombreux Centres de Jeunesse constitue un point fondamental dans l’intervention des pouvoirs publics37. Officiellement on compte 129 Centres de jeunesse liés à la Direction de la Jeunesse et Sport (Gençlik ve spor Genel Müdürlüğü) qui visent à apporter une aide sociale, psychologique et culturelle auprès des jeunes des quartiers populaires. Ces Centres accueillent particulèrement les jeunes de la rue, exposés à tous les dangers, et qui sont à l'origine du sentiment d’insécurité perceptible au sein de la société. Selon l’étude menée par Yentürk Nurhan, Kurtaran Yörük, Nemutlu Gülesin38, seulement 38 Centres de jeunesse fonctionnent normalement au niveau national. Dans les faits, la dynamique la plus significative se développe au sein des collectivités territoriales. Il nous semble qu’il s’agit d’un premier pas pour la construction d’une politique de la jeunesse. Concrétisée à partir de  distributions d'aides participant à la promotion de l’image du parti islamiste (AKP) auprès des habitants des varoş, l’initiative prend, au fur et à mesure, une dimension beaucoup plus importante sur le plan local. L’organisation des fêtes pour la circoncision collective des enfants issus des familles pauvres, les mariages collectifs pour les jeunes couples privés de moyens de subsistance, la distribution des repas pendant la période de ramadan, sont des exemples concrets qui témoignent de l'essor des interventions menées au niveau local39. Par exemple, la mairie de Bagcilar40, fournit chaque année pour environ dix milles écoliers et lycéeens des vêtements, des livres scolaires de soutien éducatif, selon le maire de l’arrondissement. Le maire de cet arrondissement souligne l’importance des centres de jeunesse et annonce comme objectif la création de deux centres dans son arrondissement. Une autre initiative concerne le secteur des loisirs et des sports. Selon les bulletins de l’arrondissement, dans le cadre d’activité de loisirs,  l’école de sport d’été a réuni environ 7000 jeunes durant 41 jours. En outre, l’arrondissement de Bagcilar organise “les centres des vacances d’été de l’assemblée de jeunes” réunissant 1 000 lycéens et étudiants. On constate aussi une forte impulsion provenant des  partis politiques. Lors d’une rencontre, le résponsable de CHP (Parti Républicain du Peuple) a insisté sur leurs activités menées auprès des jeunes. Notammant, il a évoqué les bourses et l’aide scolaire accordées par son parti pour des dizaines de jeunes. On constate également une prédominance d’activités culturelles et politiques, liées aux dynamiques associatives, influencées elles-mêmes par le champ politique. Les initiatives développées par les collectivités territoriales et les associations ne procurent pas un espace de droit sécurisé et durable, elles apparaissent plutôt comme des démarches ponctuelles et extrêmement politisées. On ne peut pas parler d’une politique de la jeunesse proprement dite, il s’agit d’initiatives irrégulières et organisées au coup par coup qui meritent d’être structurées et perennisées. Sema Erder voit dans ces démarches l’émergence d’une tendance vers l’élargissement de ces pratiques qui peut favoriser l’élaboration d’une politique sociale et de la jeunesse (sosyal belediyecilik) à partir des expériences ponctuelles menées surtout par les municipalités gérées par les islamistes41.

Les jeunes de banlieue parisienne : les interventions publiques et la rupture se nourrissent réciroquement

17Depuis le début des années 1980, les jeunes de banlieue occupent une place considérable aussi bien dans le débat public que dans le domaine de la recherche. Ce n’est pas uniquement la gravité de leur situation, ni d’ailleurs leur degré d’implication dans l’espace politique qui a attiré l’attention, mais plutôt leur réaction interrogative par rapport à une situation qui les a mis au centre du débat. Depuis le rapport Schwartz, les interventions se sont multipliées afin d’établir des passerelles entre les jeunes des cités et les voies d'assimilation des normes de la société. Surtout, la question de l’emploi a occupé et occupe toujours une place prépondérante et permanente dans le débat public. Parallèlement, le chômage des jeunes, surtout des jeunes des zones sensibles, continue à augmenter. Alors que le taux de chômage se situe autour de 22 % chez les jeunes de 15-24 ans en 2009 , selon les chiffres de l’INSEE, les quartiers dits sensibles connaissent un taux de chômage qui touche plus de 40 % des jeunes dans les mêmes tranches d’ages. La création des missions locales, la mise en place des clubs de prévention, le dispositif de Ville Vie Vacance, le développement des activités de loisirs et culturelles au sein des équipements des quartiers, la création des conseils de jeunes, l’encouragement des soutiens scolaires et d’accompagnement scolaire.. sont autant de dispositifs qui visent à soutenir les jeunes dits “défavorisés”.

  • 42 Marlière Eric, La France nous a lâchés!, Paris, Fayard, 2008.
  • 43 Castel Robert, La discrimination négative, Paris, Seuil, 2007, 118 p.

18La jeunesse de banlieue n’est pas une entité homogène ; elle témoigne de situations et de parcours diversifiés42. Le rapport à la scolarité, à l’emploi et aux institutions varie sensiblement selon le mode de socialisation et le parcours singulier des familles et des jeunes habitants issus des mêmes cités. Les recherches portant sur les quartiers sensibles réservent une place très importante aux études des jeunes dits en difficulté, surtout en priviligiant les difficultées liées à la scolarité, à l’emploi et aux relations avec les institutions. La corrélation entre la concentration de la pauvreté, de l’immigration et l’émergence d’une jeunesse à la fois porteuse d’actions collectives, critiques et délinquantes a été soulignée par de nombreuses recherches. Notamment, la construction d’une existence dans un contexte où l’enclavement, l’absence de supports éducatifs et de loisirs, la rupture entre le monde du travail et le mode de socialisation sont la règle, a fait l’objet de plusieurs études. Le chômage des jeunes, la discrimination et la question liée à l’immigration ont été identifiés et analysés comme la source principale des  difficultés43.

  • 44 Le Goff Jean-Pierre, La barbarie douce. La modernisation aveugle des entreprises et de l’école, P (...)

19La jeunesse de banlieue compose, d’une part, avec la tradition de la solidarité ouvrière en pleine désagrégation et, d’autre part, avec l’héritage culturel des parents issus de l’immigration majoritairement originaires du milieu rural. Ces deux éléments s’articulent dans un espace où la pression des normes sociales s'évanouit considérablement. Dans ce sens, le vécu de la jeunesse des quartiers populaires peut être considéré comme une expérience nouvelle. Un regard nouveau et une approche nouvelle émergent au sein d’une société considérée comme accomplie dans la mesure où les classes sociales et les institutions auraient trouvé une harmonie inépuisable. En partie, le positionnement interrogatif de cette jeunesse à l’égard des institutions révele les antagonismes profonds produsant en permanence les rapports inégaux au sein de la société. Notamment, la révolte des jeunes des quartiers sensibles a dévoilé de multiples pardoxes de la société ; ils ont, en quelque sorte, été révélateurs des malaises accumulés au sein de la population.  Cette révolte constituait, entre autres, une invitation pour une réflexion critique vis-à-vis du monde intellectuel associé aux réseaux de pouvoir alimentant en permanence les mécanismes de pression qualifiés par Jean-Pierre Le Goff comme de la barbarie douce44.

  • 45 Didier Lapeyronnie,  Ghetto urbain. Ségrégation, violence, pauvreté en France aujourd’hui, Paris, (...)
  • 46 Olivier Masclet, op. cit., p. 173.

20Depuis des années, les populations des quartiers enclavés, “ghettoïsés”45cherchent un espace de représentation politique pour pouvoir agir au sein de la société. Dans la même période, les pouvoirs publics ont construit un système de gouvernance à distance, basé sur les différents types d’acteurs spécialisés dans la gestion du social, pour maintenir un écart entre les zones sensibles et le reste de la société. Cette logique visant à maintenir et légitimer la place respective de chacun de ces deux univers, a privilégié la construction de dispositifs intermédiaires d’adaptation gérés par les intervenants sociaux. Les réseaux politiques portés par les militants convaincus ou engagés ne jouent plus leur rôle traditionnel consistant à mobiliser les jeunes autour d' idées visant à peser sur la société46. A l'inverse, les jeunes des milieux populaires sont considérés comme un objet potentiellement dangereux à maitriser puis à intégrer dans un système déjà normalisé.

21La plupart des analyses se concentrent sur l’imperfection des outils d’intégration au lieu de développer une approche critique sur le processus en tant que tel. Cette approche dominante est loin de tenir compte ni des dynamiques internes des mileux populaires ni de celles de la société de référence. Elle joue plutôt sur la séparation marquée de ces deux entités et sur la mise en place d’un système d’articulation basé sur la régulation de relations entre ces deux espaces singuliers pour maintenir un semblant de cohésion. La non-inscription des jeunes de mileux populaires dans les réseaux de socialisation ou dans les réseaux politiques et l’instrumentalisation de certains d’entre-eux afin de préserver l’image “démocratique” et accueillante de partis politiques s’explique par cette vision du monde très répandue. Les mouvements de jeunes ont démontré les limites de cette approche qui cherche à légitimer les positions antagonistes des différents milieux sociaux et surtout la tentative de relégation de nouveaux pauvres dans un espace séparé.

  • 47 Poyraz Mustafa, Espaces de proximité et animation socioculturelle, Paris, L’Harmattan, 2003, p. 1 (...)

22Une des nouveautés observées dans la politique publique concernant la jeunesse est le changement de position des équipements socioculturels de proximité. Durant longtemps, notamment dans les années quatre-vingt, les maisons de quartiers, centres sociaux et les services jeunesses municipaux ont joué un rôle fondemental en faveur de la socialisation des jeunes de zones sensibles. On constate qu’aujourd’hui ces équipements accueillent de moins en moins les jeunes dits en difficulté. Ils  ont désormais privilégié une orientation tournée vers les familles et les enfants. Du coup, la généralisation de la tendance visant à accueillir les publics “moins difficiles” a rétréci considérablement les lieux de rencontre des jeunes entre eux et quasiment supprimé les occasions de rencontre avec les représentants institutionnels et une partie des jeunes réellement en difficulté. Ainsi, l’accès à un lieu d’accueil est limité par l’obligation d'adhérer personnellement à une activité organisée au sein de l’équipement. “On vient ici pour participer à une activité, on ne vient pas pour ne rien faire” répétent les animateurs de ces équipements. Cette orientation a été généralisée au niveau national par les collectivités territoriales et par les acteurs associatifs. Ces lieux étaient des espaces où les représentants institutionnels (animateurs, éducateurs) et les jeunes trouvaient l’occasion de se rencontrer, même si ces rencontres donnaient lieu à certains conflits. Ces rencontres, entre les jeunes des cités et les animateurs et des jeunes entre-eux, constituaient un atout fondamental contre l’isolement de ces jeunes, et par ce même biais, des quartiers dits sensibles. Malgré l’insuffisance du nombre de ces lieux de rencontre, ils occupaient une place importante dans la politique publique locale. L’établissement de liens entre plusieurs espaces sociaux s’effectuait par l’intermédiaire de ces lieux. Les collectivités territoriales et les acteurs sociaux trouvaient un point d’accrochage dans ces équipements pour construire des liens et pour agir auprès des jeunes en difficulté47. Depuis le début des années 2000, les jeunes les plus en difficulté ne sont plus acceptés de manière informelle dans ces lieux de proximité. Avec une politique de rationalisation des espaces et des temps, ces jeunes 'indésirables' ont été repoussés vers les cages d’escalier ou vers des espaces non accessibles où l’intervention des acteurs sociaux devient quasi-impossible. Auparavant, les jeunes étaient demandeurs d’activités et de relations, ils allaient chercher ces rapports auprès des équipements de proximité, aujourd’hui, les animateurs n’arrivent pas à trouver un terrain pour renouer les rapports. En revanche, l’influence de groupes religieux est devenue beaucoup plus visible. Le vide créé par le recul des acteurs sociaux a été rempli par les regroupements illégaux alimentés par des activités économiques parallèles très répandues. C’est ainsi que le terrain est devenu beaucoup plus fertile pour l’intervention de la police, devenue plus systématique.

  • 48 Pour illustrer cette dégradation il suffit de rappeler l’évolution du taux de chômage chez les je (...)
  • 49 Le monde, 13 novembre 2008.
  • 50 Julien Damon, “Les grandes lignes du plan Espoir banlieues”, Regards sur l’actualité, N° 342, juil (...)

23Malgré l’enchaînement de multiples dispositifs visant à améliorer la situation des jeunes des “zones sensibles”, les indicateurs démontrent que leurs conditions de vie et leurs rapports avec la société ne progressent pas dans le bon sens48. Au contraire, on constate une dégradation progressive de leur condition dans le sens où leurs codes de socialisation s’inscrivent de plus en plus en dehors des normes dominantes de la société. On est dans une situation telle que trouver un emploi pour les jeunes issus de ces quartiers constitue un défi spécifique pour les politiques publiques. Le plan “espoir banlieues” annoncé par Fadela Amara prévoit un financement exceptionnel pour l’accompagnement des jeunes des quartiers vers l’emploi. Elle s’engage à placer cent mille jeunes49 en trois ans dans le cadre du"contrat d’autonomie"50. En dehors des acteurs d’orientation et d’insertion, ce plan envisage de mobiliser les entreprises privées pour développer le coaching social comme un élément novateur dans le secteur de l’insertion. Ces mesures ne constituent pas une rupture par rapport aux dispositifs existants ; ils s’inscrivent dans la continuité de la politique de la ville en place depuis les années quatre-vingt.

Comparaison de deux contextes: une jeunesse pauvre et reliée à la société et une jeunesse maintenue dans l’isolement par les dispositifs publics

  • 51 La définition de la pauvreté et l’accès au monde de la marchandise ne se traduisent pas de la même (...)

24Avant tout, il faut revenir sur la signification de la  notion de “jeune en difficulté” ou “jeune désavantagé”. La pauvreté et les difficultés à accéder à des biens de consommation apparaissent comme un dénominateur commun51 fondamental dans les deux situations. Mais, le système de socialisation, propre à chacune des situations, engendre un rapport spécifique aussi bien à la pauvreté qu’à la recherche de réponses. La compréhension de la situation, la construction du sens et le développement des stratégies de sortie divergent radicalement selon chaque contexte. Dans le contexte turc, l’échec d'un jeune est assumé souvent au sein de la famille tout en associant l’entourage dans le processus de recherche des réponses. Dans de nombreux cas, il s’agit d’une mobilisation collective de l’entourage pour éviter la stigmatisation de la situation du jeune. Le jeune est socialement préparé pour s’introduire dans le monde de travail très tôt. Les passerelles se construisent à travers l’enchaînement de petits boulots et l’absence de travail n’est pas vécue comme une catastrophe. Autrement dit, l’attente vis-à-vis des autorités publiques n’occupe pas une place prépondérante dans le processus d’inscription des jeunes dans la société ; les liens de proximité et la famille compensent en grande partie la faiblesse des dispositifs publics. L’esprit entreprenarial devient un élément mobilisateur essentiel dans la construction des stratégies pour affronter la réalité sociale et économique.

  • 52 Gulten Kazgan souligne que « le phénomène de chômage ne débouche pas sur un désespoir ou un pessi (...)
  • 53 C’est une économiste réputé pour ses recherches dans divers domaines, notamment sur la question d (...)

25Dans les banlieues françaises, les jeunes dits en difficulté vivent différemment la situation de la pauvreté. Contrairement à ce qui se passe dans le contexte turc, les familles des quartiers dits sensibles, étant souvent inactives elles-mêmes, ont des difficultés à construire un réseau d’accompagnement et des ressources mobilisatrices pour les jeunes. Elles maîtrisent moins les systèmes d’accompagnement disponibles en dehors des voies institutionnelles. D’ailleurs, en l’absence des supports intermédiaires, l'encadrement très réglementé des espaces de travail ne facilite pas la tâche pour les familles dans leur tentative de recherche d’autres stratégies de sortie. Lorsque les difficultés scolaires deviennent inévitables dans le parcours de l’enfant ou du jeune, souvent, faute d’une autre alternative, la situation est vécue comme un échec. La rupture scolaire ferme souvent l’horizon du jeune et rend extrèmement difficile l’accès au travail. C’est ainsi que l’espoir s’envole et que le jeune commence à chercher des réponses dans d’autres espaces moins légitimes. Il faut noter que la famille et l’entourage ne sont pas en mesure de l’accompagner vers un autre horizon d’insertion; le jeune se trouve à gérer son échec avec d’autres  vivant la même situation. Dans le cas des jeunes des varoş, l’espoir52 est alimenté, d’une part, par l’appui invisible de l’entourage et, d’autre part, par une dynamique venant de l’ambiance généralisée renforçant l’initiative et la réussite personnelle. On observe aussi cet état d’esprit entreprenarial dans toutes les couches de la société. Cette approche influe fortement sur l’attente des jeunes vis-à-vis de l’Etat et des collectivités territoriales. Selon les résultats de l’enquète effectuée sous la responsabilité de Gulten Kazgan53, la majorité des jeunes interrogés (75 %) souhaitent créer leur propre entreprise et ne veulent pas devenir salariés. Chez les jeunes d’Istanbul, il y a une tendance forte à compter plutôt sur eux-mêmes, sur leur dynamique entrepreneuriale et sur leur entourage, plutôt que sur les dispositifs d'appui de l’Etat ou des collectivités territoriales. Les critiques formulées du coté turc mettent l’accent sur l’absence des dispositifs pour encourager les initiatives “débrouillardes” des jeunes issus de milieux modestes ; du coté français, les regards sont concentrés plutôt sur l’absence de dynamisme chez les jeunes.

26Un des aspects importants pouvant être relevé dans cette tentative de comparaison, c’est la façon dont les jeunes s’inscrivent dans l’espace urbain. La continuité urbaine et la densité d'implantation des commerçants créent des supports souvent invisibles et indispensables pour la construction des repères chez les jeunes. Les réseaux tissés par les activités commerciales et les centres créés dans les aires de proximité d’Istanbul procurent un espace de sociabilité relativement diversifié qui compense en partie les effets dévastateurs de la pauvreté subie par les jeunes de varoş. La banlieue parisienne, par son positionnement éloigné de la capitale et par son incapacité à créer des activités comparables à celles du centre ville, n’encourage pas l’inscription des jeunes dans le tissu urbain et social. De fait, les jeunes des zones sensibles partent avec un désavantage difficile à compenser par le biais de dispositifs spécifiques mis en place par les pouvoirs publics.

  • 54 C’est une communauté singulière de par ses rapports à l’Etat et à la religion. Représentant quelq (...)
  • 55 Les événements de quartier de Gazi et celui de Mustafa Kemal survenus en 1995 ont démontré que ce (...)
  • 56 Binnaz Toprak, Türkiye’de farklı olmak. Din ve muhafazakarlık ekseninde ötekileştirilenler,  Metis (...)
  • 57 Selon les chiffre avancés par Gulten Kazgan, 21,5 % des jeunes interrogés participent aux activit (...)

27Un des lieux d’influence importants chez les jeunes des varos d’Istanbul est la  participation des forces politiques, dans tout leur éventail, dans l'activité pratique quotidienne des jeunes. Cette tradition provient des années mouvementées précédant le coup d’Etat militaire de 1980 durant lesquelles la jeunesse populaire était au coeur des actions politiques. Pendant plusieurs années, les organisations militantes de gauche ont marqué l’espace public dans les quartiers populaires. Le régime militaire a joué, d’une part, sur les mouvements islamistes et, d’autre part, sur les vecteurs de l'idéologie nationaliste incarnés par les nouveaux Kemalistes. Aujourd’hui, ces deux tendances confortent leur suprématie sur les mouvements de jeunes ; mais la gauche préserve une certaine influence dans les quartiers où les alevis54 constituent la majorité de la population55. On constate un système d’organisation basé sur les activités des grands frères (abiler) et des grandes soeurs (ablalar)56, qui recrute et intègre en permenance les jeunes les plus doués des mileux populaires dans les réseaux islamistes. Bien que certaines recherches soulignent la faiblesse de la participation des jeunes à la vie politique en Turquie, nos observations et de nombreux indicateurs tendent à valider l’idée contraire57. Sans doute, le taux d’adhésion aux partis politiques paraît faible, mais l’implication des jeunes dans les initiatives informelles (sous forme de cours de coran, de regroupements nationalistes, les organisations de gauche etc.) reste très présente et continue à mobiliser les jeunes.

  • 58 Eric Marlière, « Des ouvriers communistes » aux « jeunes des cités ». Histoire croisée de la non-r (...)

28Dans les banlieues de la région parisienne l’inscription de la jeunesse dans l’espace politique et le débat public reste extrèmement limitée, un des éléments les plus significatifs  étant l’absence des partis politiques dans les quartiers sensibles. On observe la banalisation de l’idée selon laquelle l’espace politique ne concerne pas les jeunes de milieux populaires et reste réservé aux classes moyennes et supérieures. Le retrait des classes populaires de l’espace politique58, en tant qu'acteurs influents, depuis des années quatre-vingt, a renforcé l’idée selon laquelle celles-ci ne sont plus qu’un objet d’intervention sociale permanent. Les jeunes des quartiers ne se résignent pas à cette place imposée par le système social et politique. Dans ce sens, les révoltes de 2005 constituent de véritables tentatives pour trouver une place légitime dans la société. A partir du moment où les militants politiques ne s’investissent plus dans les quartiers sensibles, les révoltes spontanées et réitérées ne risquent pas de devenir une force critique dans le sens politique du terme. Après une période d’explosion, on observe un phénomène de repli sur soi encouragé aussi bien par les politiques des collectivités territoriales que par les acteurs sociaux. Bien entendu, cela ne fait qu’alimenter les phénomènes illicites, encourageant les désordres et l’insécurité dans les espaces périphériques des grandes villes.

  • 59 Erder Sema, Incioglu Nihal, op.cit., p. 16. Ce sont des chercheurs spécialisés sur la question so (...)

29Ainsi, les puissances publiques affichent depuis presque trente ans une volonté de remédier à cette rupture à travers la création de passerelles. D’une part, en multipliant les activités de loisirs et culturelles de proximité et d’autre part, en créant des dispositifs d’insertion et d’accompagnement social et éducatif, les collectivité territoriales et le monde associatif tentent de combler l’écart entre les jeunes en difficulté et le reste de la société. La création de plusieurs métiers ciblés sur l'intervention de terrain, afin d’agir auprès des jeunes, témoigne combien les pouvoirs publics sont préoccupés par la jeunesse des cités. Cependant, il ne faut pas oublier que malgré toutes ces mesures, l’écart entre la jeunesse des cités et les normes de la société est loin de se réduire, au contraire, de nombreuses recherches démontrent que la situation s’est aggravée. Cela constitue un paradoxe important entre la volonté affichée et la réalité observée. Par contre, les jeunes "desavantagés" des varos continuent à s’appuyer sur les ressources existantes dans la société. Le taux de concentration de la population et de jeunes dans les varoş impose certains types d’intervention pour la régulation des rapports sociaux. Le mode d’intervention social de l’Etat et des collectivités territoriales reste encore ponctuel et non défini. Bien que l’expérience développée dans le cadre du “sosyal belediyecilik”59 par le AKP (le parti au pouvoir depuis 2002) constitue un pas important concernant l’aide aux jeunes, il est encore difficile de parler d’une politique de la jeunesse structurée et durable. Ces initiatives ne s’appuient pas sur des professionnels formés, dans la plupart des cas ce sont les acteurs politiques et sportifs qui jouent un rôle déterminant. La professionnalisation se met en place de manière progressive et les champs d’intervention ne sont pas encore clairement définis comme c’est le cas en France. D’une part, le nombre d’intervenants reste très limité et, d’autre part, les travailleurs sociaux (sosyal hizmet uzmanları) ne sont pas forcément spécialisés pour intervenir auprès de la jeunesse en difficulté. Notamment, le secteur de l’animation socioculturelle et de l’éducation spécialisée n’ont pas encore atteint un seuil de visibilité manifeste.

Conclusion

30La tentative de comparaison entre la jeunesse des varoş d’Istanbul et celle des quartiers sensibles en France nous permet de dégager quelques pistes de réflexion sur leur singularité respective concernant aussi bien leur vision d’avenir que leur inscription dans des espaces sociaux, politiques et institutionnels.

31On constate tout d’abord, que, dans la société turque, le processus d’autonomie des jeunes par rapport à la famille s'échelonne sur une période beaucoup plus longue que chez les jeunes français. Au contraire, l’entrée dans le monde du travail et le mariage arrivent beaucoup plus précocement chez les jeunes turcs. La famille turque continue à jouer un rôle décisif aussi bien pour l’initiation au travail que pour l’acquisition d’une place dans la société ; cela a sans doute un lien avec l’absence d’intervention publique visant à accompagner le processus d’autonomisation des jeunes. Dans ce sens, il n’est pas exagéré de dire que l’ascension sociale des jeunes issus de milieux populaires turcs dépend entièrement de la mobilisation de l’entourage, alors que les jeunes français disposent d’un appui important dans les dispositifs publics.

32Si la famille constitue un socle indispensable pour la jeunesse dans le contexte turc, par sa présence étouffante imprégnée par la tradition, elle limite aussi considérablement l’espace de liberté des jeunes. Cela apparaît surtout en ce qui concerne la situation des jeunes filles. Le mariage précoce et la faiblesse importante du niveau d’activité chez les filles démontrent combien l’influence de la tradition pèse encore sur le cadre de socialisation de la jeunesse. Cependant, nous devons préciser que chez les jeunes appartenant aux classes moyennes et supérieures, on retrouve un espace d’autonomie comparable à celui des jeunes français.

33Le rapport à l’espace  politique des jeunes représente un élément important de cette comparaison. Alors que les jeunes des milieux populaires français construisent leur socialisation en dehors des mouvements politiques, dans un cadre à la fois isolé et couvert par des dispositifs institutionnels, les jeunes des varoş restent en permanence en contact avec les réseaux politiques composés de diverses tendances. Les mouvements islamistes, nationalistes, socialistes et kurdes œuvrent au sein de la jeunesse des varoş et cela crée une dynamique participative ainsi qu’un espace de représentation fondamental pour les jeunes des milieux populaires. Sans doute, même, cette forte présence politique constitue une passerelle régulatrice importante, elle peut déborder à tout moment dans un sens ou dans un autre. Notamment, la montée du nationalisme risque de provoquer des conflits sérieux entre les jeunes d’origine kurde et le mouvement nationaliste. Les émeutes des jeunes des quartiers populaires français se distinguent des mouvements de contestation menés dans les varoş d’Istanbul, dans le sens où les révoltes des jeunes des banlieues françaises explosent en dehors de toute représentation et de relais politiques, et se produisent dans un espace dominé par les institutions.

34Le rapport à l’avenir propre à la jeunesse de chacun de ces deux pays se dessine également de manière différente. Tandis que les recherches démontrent l’augmentation du pessimisme au sein de la jeunesse française, la jeunesse turque maintient son optimisme par rapport à l’avenir. Bien que les dispositifs de protection sociale soient incomparablement plus développés dans le contexte français qu’en Turquie, cela ne suffit nullement pour insuffler un air d’optimisme.

35A partir des idées développées dans ce texte, l’on peut s’interroger sur l’articulation des interventions publiques et des dynamiques spontanément  créées au sein de la société : est-ce que les pouvoirs publics doivent intervenir pour faciliter la création des initiatives et les accompagner sur le terrain ou doivent-ils apporter eux-mêmes les réponses appropriées afin de résoudre les problèmes de la jeunesse des milieux populaires ?  Comment peut- on composer avec ces deux approches et jusqu’à quel point peut-on équilibrer leurs apports respectifs ? L’expérience acquise par l’étude des quartiers populaires d’Istanbul et des quartiers de la région parisienne nous donne une motivation supplémentaire pour approfondir la recherche dans ce sens.

Haut de page

Bibliographie

Ağırdır (Bekir), Metropollerin yoksul ve yoksunları : Varoşlar, Ekim 2008, Konda araştırma.

Alternatives économiques, Hors-série n° 78, 2008.

Boucher (Manuel), Le travail social face aux discriminations, Montreuil, Ed. Aux lieux d’être, 2008, 333 p.

Bulaç (Ali), Zaman gazetesi, 27 décembre 2008.

Canbey (Ferhat), « Bagcılar belediye baskani Lokman Çagırıcı ile Bagcıları konustuk », Istanbul bölge, 25 Agustos, 2008.

Castel (Robert), La discrimination négative, Paris, Seuil, 2007, 118 p.

Damon (Julien), “Les grandes lignes du plan Espoir banlieues”, Regards sur l’actualité, N° 342, juillet 2008.

Donnat (Olivier), « La jeunesse au cœur des mutations culturelles », dans Bernard Roudet, Regard sur… les jeunes en France,  Québec, Les presses de l’université Laval, 2009, p 89.

Dubet (François), La galère. Jeunes en survie, Fayard, Paris, 1987.

Erder (Sema), Incioğlu (Nihal), Türkiye’de yerel politikanın yükselişi. Istanbul Büyükşehir belediyesi örneği, 1984-2004, Istanbul, İstanbul, Bilgi Üniversitesi yayınları, 2008, 179 p.

Erder (Sema), « Zorunlu göç ve sonrası », Istanbul dergisi, N°61, Ekim 2007.

Galland (Olivier), Les jeunes français ont-ils raison d’avoir peur ?, Paris, Armand Colin, 2009, 160 p.

Galland (Olivier), Sociologie de la jeunesse, Armand Colin, Paris, 1997.

Isık (Oğuz), Pınarcıoğlu (M.Melih), Nobetleşe yoksulluk, Iletisim Yayınları, Istanbul, 2001.   

Kazgan (Gülten), İstanbul gençliği, Gençlik değerleri araştırması,  İstanbul, Bilgi Üniversitesi yayınları, 2006,617 p.

Lapeyronnie (Didier), Ghetto urbain. Ségrégation, violence, pauvreté en France aujourd’hui, Robert Laffont, Paris, 2008, 617 p.

Lefebvre (Henri), Le droit à la ville, Anthropos, 1968.

Le Goff (Jean-Pierre), La barbarie douce. La modernisation aveugle des entreprises et de l’école, Paris, La Découverte, 2003, 139 p.

Lefresne (Florence), « Les jeunes et l’emploi : parcours et dispositif », in Patricia Loncle (cor.), Les jeunes, La documentation française, Paris, 2007.

Lüküslü (Demet), Türkiye de gençlik miti. 1980 sonrası Türküye gençliği, Istanbul, İletişim yayınları, 2009, 216 p.

Marlière (Eric), « Des ouvriers communistes » aux « jeunes des cités ». », dans Virginie Anquetin et Audrey Freyermuth, Histoire croisée de la non-reconstruction d’une demande sociale  La figure de l’ « habitant », Rennes, Presses universitaire de rennes, 2008.

Marlière (Eric), La France nous a lâchés !, Fayard, 2008.

Olivier Masclet, La gauche et les cités. Enquête sur un rendez-vous manqué, Paris, La dispute, 2003, 317p.

Poyraz (Mustafa), « La mémoire collective des ex-villageois à Istanbul : rencontre de l’universel et du local » dans Fasseur Nicolas, Mémoire, territoire et perspectives d'éducation populaire, Ed. Le Manuscrit, 2008.

Poyraz (Mustafa), « Les lieux et les liens de proximité : les varos d’Istanbul et les banlieues parisiennes », Pensée plurielle, N°15, 2007.

Poyraz (Mustafa), Espaces de proximité et animation socioculturelle, Paris, L’Harmattant, 2003, 253 p.

Radikal,  Quotidien turc, 19 mars 2007.

Radikal, Quotidien turc, 17 janvier 2010.

Roudet (Bernard), Regard sur…les jeunes en France, Québec, Les presses de l’université Laval, 2009, 209 p.

Schwartz (Bertrand), L’insertion sociale et professionnelle des jeunes, Paris, La Documentation française, 1982.

Şen (Mustafa), « Kökene dayalı dayanışma yardımlaşma zor iş », dans Necmi Erdoğan, Yoksulluk halleri. Türkiye’de kent yoksulluğun toplumsal görünümleri, , İstanbul, İletişim yayınları, 959 p.

Toprak (Binnaz), Türkiye’de farklı olmak. Din ve muhafazakarlık ekseninde ötekileştirilenler,  Metis yayınları, 2009.

Türkiye’de Gençlik, Birlesmis Milletler kalkinma programi (UNDP), 2008.

Yeni Ufuklar, UNDP (Birlesmis Milletler Kalkinma Programi), 17 temmuz 2008.

Yentürk (Nurhan), Başlevent (Cem), Gençlik çaıismaları birimi araştırma raporu, septembre 2007.

Yentürk (Nurhan), Kurtaran (Yörük), Nemutlu (Gülesin), Türkiye de gençlik çalışması ve politıkaları, İstanbul Bilgi Ünversitesi yayınları, 2008, 493 p.

Vulbeau (Alain), « Le dégagement : notes sur le coté obscur de l’engagement », l’harmattan, 2003

Haut de page

Notes

1 Ce mot est utilisé à partir des années quatre-vingt-dix pour désigner les nouvelles caractéristiques des quartiers pauvres d’Istanbul situés à la proximité de la ville. Surtout, il met l’accent sur  le phénomène de rupture, de pauvreté, d’enfermement et de concentration des populations non désirées, souvent issues de la campagne et majoritairement Kurdes. Dans l’imaginaire social, cela représente à la fois le désordre, la violence, la révolte, la délinquance et une menace potentielle pour la société.
Esta palabra se utiliza desde la década de 1980 para designar las nuevas características de los barrios pobres de Estambul ubicados cerca de la ciudad, En especial, pone el acento en el fenómeno de ruptura, de pobreza, del encierro y de la concentración de las poblaciones no deseadas a menudo provenientes del campo, sobre todo kurdos. En el imaginario social, esto representa el desorden, la violencia, la rebelión, la delincuencia y una amenaza potencial para la sociedad.

2 Ce terme est utilisé dans le cadre de la politique de la ville pour désigner les territoires enclavés où les difficultés sociales et économiques sont concentrées.

3 Olivier Masclet, La gauche et les cités. Enquête sur un rendez-vous manqué, Paris, La dispute, 2003,  p. 295-307.

4 Marlière Eric, La France nous a lachés!, Fayard, 2008.

5 Olivier Galland, Les jeunes français ont-ils raison d’avoir peur ?, Paris, Armand Colin, 2009, 160 p.

6 Olivier Donnat, « La jeunesse au cœur des mutations culturelles », dans Regard sur… les jeunes en France,  Québec, Les presses de l’université Laval, 2009, p 89.

7 Demet Lüküslü, Türkiye’de “gençlik miti”, Istanbul,  İletişim yayınları, 2009, p.89.

8 Olivier Galland, op.cit., p. 13-32.

9 Kazgan Gülten, İstanbul gençliği, Gençlik değerleri araştırması,  İstanbul, Bilgi Üniversitesi yayınları, 2006, p.187- 199.

10 En Turquie le phénomène de spécialisation selon le secteur n’est pas encore visible. Tous les intervenants sociaux sont considérés comme l’assistant social (sosyal hizmet uzmanı),  le développement des compétences  spécifiques s’effectue plutôt  dans l’exercice du métier dans un secteur donné.  

11 Galland Olivier, Sociologie de la jeunesse, Armand Colin, Paris, 1997.

12 Cécile Van de Velde, « Devenir adulte : quatre modèles européens », Agora/débat/jeunesses,  N°45, 2007.

13 Erving Goffman, « Calmer le jobard : quelques aspects de l’adaptation à l’échec »,  dans Le parler frais d’Erving Goffman, Paris,  Minuit, 1969, 298.

14 Alain Vulbeau, « Le dégagement : notes sur le coté obscur de l’engagement », dans Valérie Becquet et Chantal de Linares,  Quand les jeunes s’engagent. Entre expérimentations et constructions identitaires, Paris, L’Harmattan,  2005 p. 69.

15 Comme le développement économique et la place croissante du salariat dans la société turque ne sont pas soutenus par la mise en place d’un système de protection sociale adapté,  une partie de la population se trouve dans une situation de vulnérabilité extrême, notamment ceux qui cherchent à se faire une place à proximité des grandes villes. On retrouve aussi les jeunes les plus pauvres et plus enclins à dévier vers la délinquance parmi cette population non protégée. Oguz isik et M.Melih Pinarcioglu mettent l’accent sur cette nouvelle pauvreté développée dans les varos, Nobetlese yoksulluk, Iletisim Yayinlari, 2001.   

16 Olivier Galland, Les jeunes français ont-ils raison d’avoir peur ?, Paris Armand Colin, 2009.

17 İnsani gelişme raporu, Birleşmiş milletler kalkınma programı, 2008 (le rapport du développement humain, le programme de développement de Nation Unie, 2008).

18 Yentürk  Nurhan, Baslevent Cem, Gençlik çalismalari birimi arastirma raporu,  septembre 2007. Il s’agit d’une étude effectué par  des enseignants chercheurs de l’université de savoir d’Istanbul (Istanbul Bilgi universitesi)

19 Selon les derniers chiffres de l’Institut de Statistique de Turquie (TUIK) le taux de chômage est situé autour de 13% avec une augmentation d’environ 2 % au cours de 2009 ; cette tendance se confirme également concernant  la jeunesse turque, Radikal, 17 janvier 2010.

20 Türkiye’de Gençlik, Birlesmiş milletler kalkinma raporu, 2008, souligne largement les difficultés liées à l’insuffisance du système éducatif turc pour offrir des conditions d’évolution des jeunes dans un cadre sécurisant.

21 Ce point apparaît comme une particularité évidente qui influence toutes les dynamiques de la société, notamment il intervient comme un élément incontournable sur le destin des jeunes filles.

22 Le résumé  du rapport de TUIK (Institut  de Statistiques de Turquie) dans le quotidien Radikal, 29 décembre 2006.

23 L’ouvrage coordonné par Gülten Kazgan,  Kuştepe gençlik araştırmaları,  Istanbul, Bilgi yayınları, 2002, représente un intérêt particulier sur les jeunes de varoş.  

24 Mustafa Şen,  « Kökene dayalı dayanışma yardımlaşma zor iş », dans Yoksulluk halleri. Türkiye ‘de kent yoksulluğun toplumsal görünümleri, Necmi Erdoğan, İstanbul, İletişim yayınları, p. 249.

25 Ağırdır Bekir, Metropollerin yoksul ve yoksunları : Varoşlar, Ekim 2008, Konda araştırma. C’est une étude sur les Varoş en Turquie.

26 Mustafa Poyraz,  « La mémoire collective des ex-villageois à Istanbul: rencontre de l’universel et du local » dans Fasseur Nicolas, Mémoire, territoire et perspectives d'éducation populaire, Ed. Le Manuscrit, 2008.

27 Erder Sema, « Zorunlu göç ve sonrası », Istanbul dergisi, N°61, Ekim 2007.

28 Betül Altıntaş, Mendile, boyaya, çöpe, Ankara sokaklarında çalışan çocuklar, Istanul, İletişim yayınları, 2003, p. 63-108.

29 Un ancien chef de police expérimenté d’Istanbul, Necdet Menzir insiste sur les difficultés d’instaurer  l’autorité de l’Etat dans certains quartiers populaires à cause du développement de plusieurs dynamiques antagonistes contrôlant le territoire en dehors des normes du système en place, Radikal, 19 mars 2007.

30 Demet Lüküslü, op. cit., p 89-94.

31 Le terme “gecekondu” est utilisé pour désigner les quartiers construits de manière spontanée et en dehors des normes urbanistiques établies. Pendant longtemps, les quartiers pauvres ont été qualifiés comme gecekondu ; c’est à partir des années 1990 que le mot varoş remplace l’appellation gecekondu. Varoş met l’accent sur le désordre et l’insécurité urbaine, alors que gecekondu désignait plutôt les quartiers ouvriers.

32 Une des particularités de la périphérie d’Istanbul est que l’élargissement des espaces urbains a suivi une logique d’enchainement sans rupture par rapport au centre ville. Les commerçants, par leur nombre, constituent un élément vital dans cette continuité urbaine. Le développement rapide de transports par les entreprises privées et par les municipalités a renforcé par la suite les liens entre le centre et la périphérie.  

33 Un des analystes le plus influents dans l’univers des islamistes turcs précise que si les quartiers arrivent encore à supporter une densité humaine inouïe c’est grâce à la culture traditionnelle et religieuse,  Zaman,  27 décembre 2008.

34 Lefebvre Henri, Le droit à la ville, Anthropos, 1968.

35 Cette même attitude peut être observée dans les secteurs de la petite enfance et des personnes âgées.

36 L’augmentation du nombre d’enfants vivant dans  la rue et le  développement de phénomènes de bandes organisées au sein de la jeunesse commencent à interpeller les pouvoirs publics et la société dans son ensemble.

37 Ces initiatives sont portées pour l’instant par l’Etat ; elles peuvent s’articuler avec les dynamiques enclenchées    par les collectivités locales.

38 Yentürk Nurhan, Kurtaran Yörük, Nemutlu Gülesin, Türkiye de gençlik çalışması ve politıkaları, İstanbul Bilgi Unversitesi yayınları, 2008, p. 243.

39 Toutes ces initiatives développées au niveau local sont loin de constituer une politique de la jeunesse cohérente car elles restent comme des entreprises ponctuelles et isolées l’une de l’autre.  

40 Bagcilar avec ses 700 000 habitants, c’est un des plus grands arrondissements d’Istanbul. Au début des années 1970 il n’était qu’un petit village inconnu à la périphérie de la ville. La construction progressive et rapide de cet arrondissement avec l’arrivée des centaines de milliers de nouveaux habitants dans un court laps de temps est un exemple illustratif pour comprendre le phénomène de « gecekondu » et de varos.  Bagcilar est considéré comme un espace urbain où la population kurde constitue un groupe très important. Surtout, l’arrivée des kurdes  issus de la campagne dans les années 1990 contribue à l’image négative de l’arrondissement comme faisant partie des varos.

41 Erder Sema, Incioglu Nihal, Turkiye’de yerel politikanin yükselişi. Istanbul Büyükşehir belediyesi örneği, 1984-2004, Istanbul, İstanbul, Bilgi Üniversitesi yayınları, 2008, 179 p.

42 Marlière Eric, La France nous a lâchés!, Paris, Fayard, 2008.

43 Castel Robert, La discrimination négative, Paris, Seuil, 2007, 118 p.

44 Le Goff Jean-Pierre, La barbarie douce. La modernisation aveugle des entreprises et de l’école, Paris, La Découverte, 2003, p. 114.

45 Didier Lapeyronnie,  Ghetto urbain. Ségrégation, violence, pauvreté en France aujourd’hui, Paris, Robert Laffont, 2008.

46 Olivier Masclet, op. cit., p. 173.

47 Poyraz Mustafa, Espaces de proximité et animation socioculturelle, Paris, L’Harmattan, 2003, p. 175.

48 Pour illustrer cette dégradation il suffit de rappeler l’évolution du taux de chômage chez les jeunes sans diplôme. Selon les chiffres fournis par Florence Lefresne, ce taux était de 5% en 1971, en 2005 on arrive à 47 %.

49 Le monde, 13 novembre 2008.

50 Julien Damon, “Les grandes lignes du plan Espoir banlieues”, Regards sur l’actualité, N° 342, juillet 2008.

51 La définition de la pauvreté et l’accès au monde de la marchandise ne se traduisent pas de la même manière. Le constat vise à démontrer qu’il s’agit, dans les deux contextes, des jeunes les plus désavantagés.

52 Gulten Kazgan souligne que « le phénomène de chômage ne débouche pas sur un désespoir ou un pessimisme chez les jeunes » en Turquie, Gülten Kazgan, İstanbul gençliği, Gençlik değerleri araştırması,  İstanbul, Bilgi Üniversitesi yayınları, 2006, p. 142.

53 C’est une économiste réputé pour ses recherches dans divers domaines, notamment sur la question de la jeunesse.

54 C’est une communauté singulière de par ses rapports à l’Etat et à la religion. Représentant quelques millions d'individus, les alevis constituent un socle laïc et progressiste dans la société turque.

55 Les événements de quartier de Gazi et celui de Mustafa Kemal survenus en 1995 ont démontré que certains quartiers préservent encore un potentiel de résistance contre la pression de l’Etat et des groupes délinquants.  D’ailleurs, les affrontements entre la police et les manifestants causant la mort de 17 personnes ont été un tournant pour redéfinir la problématique de la périphérie des grandes villes en Turquie.     

56 Binnaz Toprak, Türkiye’de farklı olmak. Din ve muhafazakarlık ekseninde ötekileştirilenler,  Metis yayınları, 2009. Binnaz Toprak est une chercheuse connue par ces travaux sur l’évolution de la population. Notamment, la recherche effectuée sur « la pression du quartier » a suscité un débat très animé sur l’espace public et l’influence de la religion au sein de la société turque.

57 Selon les chiffre avancés par Gulten Kazgan, 21,5 % des jeunes interrogés participent aux activités politiques d’une manière ou d’une autre. La même source précise que chez les jeunes les moins diplomés le taux de particiapation à l’espace politique reste élévé.  

58 Eric Marlière, « Des ouvriers communistes » aux « jeunes des cités ». Histoire croisée de la non-reconstruction d’une demande sociale », dans La figure de l’ « habitant », Rennes, Presses universitaire de Rennes, 2008.

59 Erder Sema, Incioglu Nihal, op.cit., p. 16. Ce sont des chercheurs spécialisés sur la question sociale et urbaine.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Mustapha Poyraz, « La jeunesse des varoş d’Istanbul et des quartiers dits « sensibles » en banlieue parisienne », Sociétés et jeunesses en difficulté [En ligne], hors série | 2010, mis en ligne le 30 mars 2010, consulté le 07 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/sejed/6651

Haut de page

Auteur

Mustapha Poyraz

Enseignant à l’Université d’Evry et de Paris 8. Docteur en sociologie, intervient pour la formation des animateurs et des intervenants dans le secteur socioculturel. Ses recherches portent sur l’intervention sociale de proximité, l’animation socioculturelle, les lieux de rencontre et de sociabilité dans les quartiers populaires. Depuis quelques années, il a élargi son champ de recherche vers les quartiers d’Istanbul.
Il a publié en 2003, chez L’Harmattan, Espaces de proximités et animation socioculturelle et en 2005 Les interventions sociales de proximité (cor.). Il a coordonné également un numéro de Toplumbilim sur les quartiers d’Istanbul et les banlieues françaises paru début 2010 en Turquie.

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Search OpenEdition Search

You will be redirected to OpenEdition Search