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Introduction

Introduction
Marianne Jakobi et Mathilde Lavenu

Texte intégral

1Ce dossier se propose d’explorer la place encore trop peu étudiée de l’écriture et du statut de la trace écrite sur les monuments dans et depuis l’espace public aux xxe et xxie siècles.

2En effet, si l’écriture comme pratique sociale est, certes, transhistorique, cet acte apparaît particulièrement présent dans l’architecture contemporaine, depuis le début du xxe siècle. Qu’il s’agisse d’inscriptions, de graffitis, de plaques commémoratives, de papiers collés, de textiles, de dispositifs mobiles, de panneaux lumineux, de projections, etc., l’écriture interpelle le monument. Contemporaine ou postérieure à la conception ou à la réalisation de l’édifice, l’écriture transforme son support. En effet, quelles que soient sa nature ou sa finalité, d’une manière ou d’une autre, elle questionne l’œuvre construite, sa réception, sa représentation ou sa transmission.

3Inscrit dans une perspective croisée associant l’histoire de l’art et l’architecture, l’appel à contribution de ce dossier s’est organisé à partir d’une double approche de l’écriture : en tant qu’action et en tant que support de transmission.

4L’écriture en tant qu’action porte à la fois sur l’action et le produit de celle-ci. Cette acception permet de distinguer le fait de tracer – c’est-à-dire de former par les traits – de l’objet qui en résulte, le signe graphique. Il s’agit donc d’examiner les modalités de ces formes et de leurs rapports à l’édifice. En contrepoint, l’écriture en tant que support d’une transmission aborde la question de la signification de l’action et de sa résultante dans le temps long. Dès lors, cette approche offre la possibilité de relever des phénomènes ou des dynamiques à l’œuvre qui portent, supportent, transportent ou interagissent sur le support, sur la trace et la finalité de la transmission.

  • 1 Nous nous référons à la définition du Dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement qui exclut du (...)

5Pour mieux sérier le sujet de la place de l’écriture et de sa trace sur le monument, ce numéro écarte délibérément la sphère privée pour ne retenir que l’espace public. Espèce d’espace relevant du commun, il offre en effet la possibilité à tout un chacun d’observer du dehors ce qui s’y produit et ce qui y est montré. Composé d’espaces ouverts ou extérieurs, il peut être délimité par des murs, des clôtures, des bordures, des sols, des édifices privés ou publics ou encore des monuments1. Sa nature est diverse : il peut correspondre à des espaces tels que des places, rues, passages couverts, mais aussi à des jardins, cimetières, mails, cours, etc. L’espace public est le lieu privilégié de la visibilité qui s’exerce depuis ou en son sein. La vue est de facto le premier des sens à être mobilisé pour repérer une écriture dans cet espace et ce quels que soient ses dimensions, son statut ou sa matérialité. Toutefois, si la visibilité est déterminante, c’est avant tout la présence, en tant que manifestation concrète, de l’écriture ou de ses traces qui prend place dans l’espace public.

  • 2 Michel Melot, « Le monument à l’épreuve du patrimoine », Cahiers de médiologie, 1999/1, no 7, p. 7- (...)

6Dans ce cadre spatial, nous nous attachons plus particulièrement à l’exploration de la place de l’écriture sur le monument. En effet, ce terme, emprunté au latin monumentum, dès son origine interpelle le champ de la pensée et de l’évocation. Adossé à la racine monere, c’est-à-dire à l’action de « faire penser, faire se souvenir de », il s’applique ainsi à tout ce qui peut permettre de relancer la pensée en se ressouvenant, allant même jusqu’à pouvoir attester d’une existence ou d’une réalité passée, à en témoigner. Le monument est également un ouvrage d’architecture ou de sculpture construit dans un double objectif : celui de transmettre à des fins de souvenir. Par extension, il embrasse également les édifices dédiés à la mémoire de groupes de personnes victimes d’événements majeurs tels que les monuments aux morts ou à la disparition tels que les monuments funéraires. Enfin, la notion extensive de monument recouvre également des édifices présentant un intérêt singulier au titre de l’histoire, de l’esthétique, du symbolique, du religieux, certains d’entre eux pouvant par ailleurs intégrer le champ patrimonial en obtenant le statut de monument historique. Sur la dimension patrimoniale du monument, on se reportera aux réflexions de Michel Melot sur ce qu’il identifie comme le silence des monuments, la dissolution de la notion de monument dans celle de patrimoine, le glissement du monument au musée hors les murs et sur ce qu’il en est des liens entre monument et démocratie2.

7En fin de compte, quelle que soit sa destination, le monument est ancré dans l’action de faire penser ou faire se souvenir de. L’écriture et/ou sa trace sur le monument se dessinent alors comme un médium dont les interactions avec le support qu’est le monument interpellent et renouvellent la nature même de celui-ci.

8En inscrivant le sujet de l’écriture et du statut de la trace écrite sur les monuments dans et depuis l’espace public aux xxe et xxie siècles, ce dossier de la revue Siècles ambitionne à partir des trois enjeux que sont la pérennité, l’éphémère et la patrimonialisation d’investiguer la relation des écritures et de leurs traces au temps de l’œuvre édifiée.

9De la simple représentation instantanée d’une langue à l’enregistrement durable d’une marque, voire à sa conservation, « Écrire sur les monuments » se présente comme une variation qui transforme et augmente l’œuvre. Dès lors, ce geste, qui peut relever d’une démarche artistique, interroge la matérialité de l’œuvre, son rapport au(x) temps et sa signification. Il constitue un récit condensé par l’auteur de l’écriture (celui qui pense le texte), qui est donné à voir par le scripteur (celui qui trace) et qui s’impose en tant que nécessité au lecteur (celui qui déchiffre).

  • 3 De nombreux traités, recueils ou grammaires, issus du champ de l’Art ou de l’Architecture, traitent (...)
  • 4 Owen Jones, The Grammar of Ornament by Owen Jones illustrated by examples from various styles of or (...)

10Trop souvent rattachée de façon restrictive à la science de l’épigraphie ou à celle du langage, la thématique de l’écriture sur les monuments demeure, pour la période contemporaine, un sujet situé aux marges de l’histoire de l’art et de l’architecture. En effet, bien que le xixe siècle ait produit de nombreux recueils dédiés à la décoration3, l’écriture n’occupe pas une place à part entière. Elle apparaît plus comme un supplément rapporté dont la forme et le message sont conditionnés par le décor sur ou au sein duquel elle est positionnée. Cette corrélation singulière révèle, à l’instar de l’ouvrage de 1856 d’Owen Jones, The Grammar of Ornament, la place attribuée à l’ornementation dans la fabrique de l’écriture sur un édifice4.

  • 5 Dominique Rouillard, Les monuments de la langue. Architecture, mémoire, écriture, Genève, MétisPres (...)
  • 6 Voir la description détaillée de la structure qui en est faite par Oscar Nitzchké dans l’article de (...)
  • 7 Voir le cliché de Hugo Paul Herdeg intitulé « Oscar Nitzchké. Façade d’un immeuble de publicité. Ef (...)
  • 8 Parmi les réalisations de l’architecte américain Robert Venturi, la Guild House, par la position, l (...)

11Rejetant la notion et le statut d’édifice public établis au xixe siècle, les architectes de la modernité mettent fin dès les années vingt à la différenciation typologique des architectures. Cette remise en question, voire pour certains d’entre eux la disparition des formes classiques de l’architecture et de l’ornementation, bouleversent le statut de l’inscription sur le monument. L’écriture sur l’édifice apparaît alors comme un élément destiné à renseigner la nature et l’usage de l’édifice. Se substituant ainsi au référent des formes classiques, l’écriture se mue en un dispositif concomitant de la conception de l’ouvrage. En ce sens, le projet non réalisé de Maison de la publicité d’Oscar Nitzchké est sans doute l’un des plus emblématiques. Aujourd’hui encore, il « reste la référence dans la substitution intégrale de la lettre à la façade5 ». Au-devant de la façade, l’architecte avait élaboré une structure métallique6 qui permettait d’y installer tous types d’écritures fixes, animées ou lumineuses, relevant de messages publicitaires, de slogans ou de signes. La perspective extérieure nocturne de la Maison de la Publicité, photomontage réalisé en 1936 par Hugo Paul Herdeg7, met en exergue la dimension singulière de ce projet en soulignant avec force la relation qui s’établit entre écriture, support et édifice. Ces réflexions alimenteront ultérieurement certaines œuvres et notamment celles de Robert Venturi qui reconsidérera la place de l’inscription et son lien avec le monument8.

12Dans la seconde moitié du xxe siècle, les réflexions initiées par le mouvement brutaliste ont mis en débat le sens même de l’écriture en conférant aux matériaux et aux traces de la mise en œuvre une place primordiale tout comme celle de la dénomination des œuvres et de leurs échelles. Enfin, dès les années soixante-dix, c’est particulièrement la question du remploi qui introduit et revisite la place et la notion d’écriture dans le champ de la production des œuvres.

  • 9 Sur ce sujet, voir par exemple la contribution de Béatrice Fraenkel, « Les affiches de Mai : l’atel (...)
  • 10 Julien Besançon (éd.), Les murs ont la parole. Journal mural mai 1968 Sorbonne Odéon Nanterre, etc. (...)
  • 11 Miss. Tic, pseudonyme de Radhia Novat (1956-2022), artiste de street art. Voir son site éponyme Mis (...)

13Au même moment, un autre cadre, celui des murs, constitue, pour toute une génération, un espace privilégié d’écriture. À Paris, la période de mai 1968 est propice à l’écriture de slogans contestataires produits par l’atelier de l’École des Beaux-Arts9. Apposés à même les murs ou sur des affiches sérigraphiées, les aphorismes urbains se déploient notamment dans les universités parisiennes, comme en atteste Les Murs ont la parole10. Publié dans l’agitation du moment, l’ouvrage témoigne de l’importance de l’écriture – slogans, aphorismes, citations – dans l’espace public. Par la suite, l’usage du pochoir se généralise, avec la présence concomitante du texte et de l’image. Les murs de Paris se recouvrent alors de messages provocateurs, accompagnés parfois de silhouettes de femmes, peints, à l’instar des œuvres de l’artiste plasticienne et poète Miss. Tic11. Écrire sur les murs de la ville devient ainsi un geste artistique propice à dénoncer le pouvoir de la publicité, en se servant précisément des supports réservés aux écritures informatives.

  • 12 Voir notamment la contribution d’Antonia Rigaud sur le sujet de l’écriture et de l’art (Antonia Rig (...)
  • 13 Propos recueillis par Sylvie Lisiecki dans le cadre d’un entretien croisé avec Bruno Racine et Jose (...)

14Parallèlement, de nombreux artistes conceptuels privilégient l’écriture comme forme artistique sur un monument architectural. À cet égard, le travail de Joseph Kosuth (1945-)12 est emblématique de cette nouvelle conception de l’écriture comme art. On peut penser à la citation du philosophe Michel Foucault inscrite en lettres de néon au sommet des quatre tours de la BnF, site François-Mitterrand, en 201213 :

  • 14 Ibid.

« [Elle répond] à l’architecture de ce bâtiment. Ce sont quatre livres ouverts et c’est pour cette raison que le texte s’inscrit à l’intérieur des tours et non à l’extérieur, de sorte que le livre commence et ne se finit pas ; la phrase fonctionne aussi comme le début d’une conversation qui va se poursuivre dans la bibliothèque, avec les millions de livres qui y sont conservés14. »

Bien qu’installée sur un monument contemporain, cette écriture relève pourtant d’une écriture éphémère. Visible depuis l’espace public, l’écriture n’est pas uniquement destinée à être exposée :

  • 15 Ibid. Voir aussi l’œuvre Ni apparence ni illusion de Joseph Kossuth, commandée par le musée du Louv (...)

« Je souhaite que quelqu’un qui regarde mon œuvre se sente concerné et soit incité à penser, qu’elle ne soit pas seulement destinée à l’œil mais soit une interface entre son œil et son cerveau15. »

  • 16 Par exemple l’œuvre Protect me from what I want, qui est un panneau électronique lumineux de très g (...)
  • 17 Voir notamment Claire Malroux, « La poésie au fronton de la ville : Jenny Holzer », Po&sie, no 120, (...)

C’est aussi le cas de l’artiste féministe Jenny Holzer (1950-) qui projette des textes sur des supports divers et notamment sur des façades de monuments. Dans les années 1970, elle commence par placarder des textes en forme de poster, sur les murs de Manhattan16 avant de projeter ses mots ou de les faire défiler sur des enseignes lumineuses et des rubans à cristaux liquides LED sur les façades de Rio de Janeiro, Paris, Stockholm ou Berlin. Les monuments dans l’espace public deviennent les matériaux privilégiés d’écritures en lettres majuscules sous forme de messages idéologiques, poétiques ou réflexifs17. 

  • 18 Voir notamment les recherches sur les inscriptions dans l’Italie médiévale et jusqu’au xxe siècle ( (...)
  • 19 Gérard Monnier, « L’architecture monumentale contemporaine, une question d’histoire ? », Histoire d (...)

15Au-delà de ces expériences et de ces pratiques artistiques qui ponctuent le siècle écoulé, peu de travaux depuis ces vingt dernières années ont abordé, en dehors du cadre principal des sciences de l’épigraphie, de la communication et de l’information, la question de l’écriture sur les monuments aux xxe et xxie siècles. Dans le champ de l’histoire, Gérard Monnier dans certains de ses travaux, pointe, à partir du regard porté sur la dimension politique et sociale de l’architecture monumentale, la question de l’écriture sur les édifices publics. S’appuyant sur la notion d’« écriture d’apparat » introduite par Armando Petrucci18, il fait sienne l’expression d’« écriture exposée » pour qualifier les écritures qui prennent place sur les architectures monumentales du xxe siècle19.

  • 20 Béatrice Fraenkel, « Écriture, architecture et ornement. Les déplacements d’une problématique tradi (...)

16Plus récemment, les travaux engagés, il y a une dizaine d’années, dans le champ de l’anthropologie, par Béatrice Fraenkel sur les écritures verticales ou « écritures exposées » approfondissent cette approche en se concentrant sur les pratiques d’exposition de l’écrit sur les murs des villes20. En effet, qu’elles soient destinées ou pas à être lues et/ou vues depuis l’espace public, les écritures sont de fait exposées et renvoient indéfectiblement au support sur lequel elles prennent place et avec lequel elles interagissent.

  • 21 Dominique Rouillard, Les monuments de la langue […].

17Investiguant les notions de monument et de mémoire dans les villes modernes et contemporaines, Dominique Rouillard, quant à elle, analyse notamment, dans Les Monuments de la langue, la place prépondérante de la durabilité dans les relations qui régissent écriture – les inscriptions – et architecture21. Au-delà de la durabilité, ce sont bien en effet la durée mais aussi le temps qui semblent jouer un rôle essentiel dans la place de l’écriture sur le monument passé, présent et à venir.

  • 22 Charlotte Guichard, Graffitis. Inscrire son nom à Rome. xvie-xixe siècle, Paris, Seuil, « L’univers (...)
  • 23 Anne Beyaert-Geslin (dir.), Sémiotique et écritures urbaines, Pessac, Maison des sciences de l’homm (...)
  • 24 Collectif, Scriptopolis, Paris, Éditions Non Standard, 2019 [En ligne] URL : https://www.scriptopol (...)

18En ce sens, les écritures dénommées « écritures urbaines », bien que situées en marge de la production conventionnelle, se déploient tout autant au sein de l’espace public. Ces modalités d’expression mobilisent dans leur mise à la vue des formes et des formats différents, parfois même hors du commun, voire transgressifs. En ce qu’elles portent et témoignent d’un regard autre sur l’espace et le support, ces écritures destinées à être mises à la vue renversent le rapport entre monument, œuvre et écriture. Parmi la très abondante bibliographie sur la question des graffitis, on note le travail novateur de Charlotte Guichard sur les graffitis d’artistes, qui propose une approche à la fois matérielle, tactile et anthropologique des œuvres d’art moderne22. La récente publication Sémiotique & écritures urbaines, dirigée par Anne Beyaert-Geslin, formule l’hypothèse que celles-ci, au-delà du rapport singulier qu’elles entretiennent avec l’expression de la contestation, marquent l’espace urbain d’une nouvelle forme d’appropriation symbolique23. Enfin, les travaux conduits dans le cadre du projet Scriptopolis24 et sa publication éponyme en 2019 ouvrent quant à eux une autre perspective : celle des écritures infra-ordinaires, en prêtant notamment attention à leur matérialité et aux activités qui les ont produites.

19Éphémères ou pérennes, conventionnelles ou contestataires, singulières ou infra-ordinaires, les écritures témoignent de l’acte d’écrire et sont autant de traces laissées et inscrites sur le mur, qui se voit transformé provisoirement ou définitivement, dans sa nature, son statut et son usage. Qu’il s’agisse d’une lettre, d’un mot, d’une phrase ou d’un texte, quel est donc le véritable message de l’écriture sur les monuments ? Comment se construit la relation de sens entre le support et l’écrit ? Dans quelle mesure l’écriture, qui constitue une dimension artistique du monument comme œuvre d’art, contient-elle un message écrit, donc traductible ? L’utilisation visuelle de l’écrit dans l’architecture peut remettre en cause le principe de la lisibilité et problématiser en termes visuels la notion même de message. Il s’agirait alors de comprendre le sens visuel des écritures énigmatiques, oblitérées ou imaginaires.

20Un premier axe de réflexion cherche à construire les relations entre l’acte d’écrire et le monument, à partir de l’acception première de l’écriture, celle de l’action de tracer des signes graphiques. Ces signes ont pour objet de représenter une langue mais aussi de la tracer avec la plus grande exactitude. Cette action renvoie également, au figuré, à l’acte de marquer ou d’imprimer de manière durable un support. Il s’agit d’écriture pérenne sur les monuments, dont la fonction relève autant de la dénomination que de l’identification ou de la commémoration.

21En se donnant comme objets privilégiés les monuments funéraires, au croisement des temporalités passées, présentes et futures, Gwenn Gayet-Kerguiduff interroge l’épitaphe comme trace écrite dans une réflexion de grande amplitude historique. Qu’il s’agisse de stèle funéraire, de columbarium ou bien de cénotaphe, elle montre comment la mémoire est fixée non par la forme du monument souvent interchangeable mais par l’écriture. L’épitaphe, en tant qu’inscription rapportée sur un support durable, revêt une place primordiale pour retenir de manière pérenne la mémoire et assurer sa transmission. À la frontière entre l’artisanat et l’art, les traces de la pratique de l’épitaphe interpellent la place de la création dans la production de l’écriture.

22Les écritures sur les monuments peuvent aussi être envisagées de manière indiciaire. C’est l’angle choisi par Marie Evette-Deléage, qui privilégie les récits de voyages pour comprendre comment les visites de monuments inspirent les poètes contemporains. Très fréquentes dans la poésie de voyage, la visite des monuments et la lecture de leurs inscriptions sont ici analysées grâce au « discours monumental » qui se déploie sur les temples, les tombeaux, les stèles ou les plaques commémoratives. Ces écrits monumentaux sont au cœur d’une pratique littéraire, notamment celle de Michèle Métail, qui peut garder des traces d’inscriptions par le biais de photographies publiées dans des ouvrages. Enfin, si la dimension indiciaire de ces écritures recouvre une place centrale dans l’approche proposée, la question de l’auctorialité du texte et de sa relation à l’œuvre architecturale à laquelle il se réfère interpelle les ressorts du processus de création d’une écriture.

  • 25 En référence aux travaux des anthropologues Joël Landau et Philippe Hameau (Joël Candau, Philippe H (...)
  • 26 Voir plus généralement le site Criminocorpus ([En ligne] URL : https://criminocorpus.org/fr/) et le (...)

23Un deuxième grand moment de cette analyse des modalités d’écriture sur les monuments est centré sur la dimension éphémère de l’écriture sous l’angle de l’apparition, de la disparition ou de la mémoire. Écritures de l’enfermement, les traces laissées dans les prisons peuvent apparaître d’une grande fragilité, comme le démontre Caroline Soppelsa. Tracées au crayon, gravées à l’ongle, les écritures carcérales peuvent également prendre la forme de peintures au pochoir sur différents supports pour évoquer l’application des lois, signaler les rouages de la machine pénitentiaire, se souvenir d’événements ou de personnes. L’analyse montre que ces traces écrites sur les murs des prisons sont souvent très abîmées en raison de la détérioration du support et des « dégradations provoquées par les usagers des lieux ». Exécutées pour la plupart à l’aide de traceurs sommaires, voire non conventionnels, ces cicatrices carcérales25 constituent un corpus de traces matérielles éphémères. Ces sources26 singulières permettent d’appréhender à partir de l’intime le quotidien de l’enfermement. Ainsi, bien que localisées initialement au sein d’édifices, ces écritures précaires et éphémères se trouvent aujourd’hui exposées à la vue en raison de l’évolution du statut même de ces derniers. Devenus accessibles sous certaines conditions, ces espaces révolus et amenés pour certains à disparaître de l’espace public présentent une dimension exploratoire certaine en ce qu’elle met au jour l’intime face au public et renverse de fait leur dimension éphémère.

24Une autre acception de l’écriture permet d’envisager comment le fait d’écrire associe à la fois le scripteur et la forme qu’il donne à son écrit. Correspondant à un mot ou à une suite, ce texte est une création en soi. C’est le point de vue défendu par Oliver Saleeby qui, à partir d’une approche générale, cherche à démontrer que c’est l’inscription qui transforme l’édifice en monument. À partir d’une approche matérielle de l’écriture, il interroge la dimension artistique des formes d’écritures automatisées par des gravures au laser, des impressions numériques, des découpes de lettres sur différents matériaux. Sa réflexion porte sur l’ajout d’inscriptions qui permettent de rendre visible un monument dans l’obscurité ou d’insister sur sa dimension ludique par l’esthétique des lettres, leur police, leur taille, leur espacement et surtout leur répétition, mais aussi sur la transformation de bâtiments utilitaires en monuments culturels avec l’art conceptuel ou le street art. D’une certaine manière, cette contribution renvoie aux relations complexes qui lient architecture et langage et au sein desquelles, l’écriture et la forme interagissent par réciprocité et tissage au sein du processus de création.

25Le troisième volet de ce dossier consacré à l’écriture sur les monuments est centré plus précisément sur la lecture et la relecture des écritures sur ces derniers à l’aune de la conservation, de la restauration et de la patrimonialisation. Cette dimension patrimoniale des écritures de l’enfermement est analysée à propos des bâtiments pénitentiaires. Caroline Soppelsa montre en quoi la dimension patrimoniale des bâtiments pénitentiaires désaffectés fait depuis peu l’objet d’une véritable reconnaissance, tout comme les graffitis dont des collectes permettent d’établir des relevés photographiques et des sauvegardes numériques. Mais cette conservation complexe des traces d’écritures dans les prisons et de leur palimpseste orchestré par les différents acteurs de la sauvegarde du patrimoine soulève la question des relations complexes avec les contraintes de la reconversion architecturale, le dark tourism et les conflits de mémoire.

26La question de l’auctorialité de l’écriture rencontre celle du geste artistique qui peut aussi être le support d’une transmission d’information pouvant revêtir une dimension mémorielle, qui contribue à la conservation du souvenir. Dans sa contribution, Anne Bernou propose d’interroger la dimension commémorative de l’écriture artistique sur un monument public à l’aune du devoir de mémoire. À partir d’une œuvre de 2023 réalisée par Nicolas Daubanes sur les colonnes du hall d’honneur du lycée La Bruyère de Versailles, il s’agit d’analyser le télescopage des temporalités grâce à des inscriptions participatives. Comment l’écriture dans le bâti même du lycée permet-elle de se souvenir de la déportation, le 27 mai 1944, de deux anciennes élèves, Marcelle et Jacqueline Houly ? Afin de donner forme à la mémoire, l’artiste propose aux élèves, professeurs, personnels administratifs et techniques qui le souhaitent d’inscrire leur nom aux côtés de ceux des anciennes élèves déportées. La contribution analyse les différentes étapes du projet, de l’élaboration des inscriptions en concertation avec les élèves de l’atelier « Archives & Mémoires », à leur matérialité, leur emplacement, taille ou police d’écriture. D’abord inscrits au pochoir avant d’être gravés, les quatre cent sept noms – ceux du passé et ceux du présent – constituent une réalisation qui prolonge la fonction mémorielle des plaques commémoratives par un véritable geste artistique. Cette œuvre à visée mémorielle réalisée à partir d’un édifice préexistant se matérialise par cette liste de noms sur le fût des colonnes d’un lycée.

27Questionnant un corpus de cinq édifices à Blois, Figeac, Amsterdam, Genève et Prague, Laurent Viala propose quant à lui une véritable synthèse des modalités de la façade lettrée à partir des thématiques de la pérennité, de l’éphémère et de la patrimonialisation. Il commence par en proposer une lecture formaliste, avant d’esquisser un cadre théorique de la présence d’écriture dans l’architecture, qui peut aller d’une simple présence visuelle à une densité de sens insoupçonnée. L’édifice est un élément clé de la façade lettrée : il n’est pas seulement support mais peut aussi être écriture. Mobilisant les notions de servant (ce qui sert) et de servi (ce qui est au service de), cette approche met en avant la place et les dynamiques qui peuvent être à l’œuvre avec l’écriture dans le processus de création.

28À travers ces trois axes d’investigation de l’écriture sur les monuments – pérennité (dénomination, identification, commémoration), dimension éphémère (apparition, disparition, mémoire) et lecture et relecture (monuments : conservation, restauration, patrimonialisation) –, l’objectif de ce dossier de la revue Siècles exceptionnellement nourri par des contributions d’architectes et urbanistes, aux côtés d’historiennes ou historiens de l’art, est de poser les bases d’une réflexion globale sur les traces écrites architecturales. Si ce dossier ne permet pas de couvrir toutes les dimensions portées par ce sujet, il dresse néanmoins un premier état des liens entre création et écriture sur les monuments. À partir de ces premières explorations, il semble possible d’approfondir certains aspects abordés dans ce numéro et d’ouvrir en parallèle de nouveaux questionnements.

29Dans cette perspective, l’étude des relations entre l’écriture et le statut de l’ouvrage-support peut sans doute faire surgir des dynamiques nouvelles. En effet, l’écriture est-elle en capacité de renverser le statut premier de l’ouvrage, dans quel cadre et à quel moment ? Cette interaction est-elle instantanée, c’est-à-dire effective dès la réalisation de l’œuvre, ou s’instaure-t-elle a posteriori lors de phases d’appropriation, de diffusion de l’œuvre, voire de sa réinterprétation. Quelle place l’auteur accorde-t-il à ce sujet dans son travail de conception : cette relation est-elle constitutive de l’œuvre, en est-elle le point de départ, la finalité, ou résulte-t-elle d’une rencontre a posteriori augmentant l’œuvre ? À cet égard, et bien que l’écriture ne soit pas le propos principal de cette œuvre, les papiers collés d’Ernest Pignon Ernest27 (1942-) explorent le lien entre la matérialité du support, sa situation dans et depuis l’espace public et sa fonction dans l’architecture. Ces créations appliquées sur des portions d’architecture agissent comme un épiderme rapporté, qui nourrit l’ouvrage-support et interroge les strates multiples de l’édifice, du lieu et de la cité.

  • 28 CQNPSRLPSCALR (CEUXQUINEPEUVENTSERAPPELERLEPASSESONTCONDAMNESALEREPETER) est une œuvre de 2014. Voi (...)

30D’un autre point de vue, et en lien avec les dynamiques des processus de création, l’écriture peut-elle devenir œuvre ou faire œuvre ? En effet, si l’écriture est intrinsèquement attachée à la langue et autorise l’expression, quels sont les ressorts qui fondent son usage au sein des créations artistiques ? À la fois représentation graphique et système d’une langue, l’écriture revêt-elle encore sa dimension première signifiante ou bien est-elle déconstruite pour ne constituer plus qu’un ensemble de signes autonomes à disposition de l’auteur de l’œuvre ? Attachées au langage et aux écritures, les créations de Tania Mouraud (1942-) renvoient d’une certaine façon à ces interrogations. La série Écritures explore notamment depuis de nombreuses années le sens des écritures et la plasticité du langage. Au sein de cette série, l’œuvre CQNPSRLPSCALR28 créée en 2014 instruit sur les frictions qui lient et délient l’écriture. La phrase est déployée, sur plus de quarante mètres de long, sur la façade sur rue du musée. L’œuvre est constituée d’une seule écriture qui, comme le mentionne Tania Mouraud, est une « écriture fortement allongée [qui] a adopté un caractère d’illisibilité, mais il y aura toujours une personne pour la déchiffrer29 ». Entre message collectif et lecture individuelle, l’œuvre est écriture et l’écriture fait l’œuvre.

31Une autre piste à explorer peut être celle des liens entre pérennité et architecture. Dans cette équation, quelle peut être la place de l’écriture ? Qu’elle soit subordonnée ou autonome par rapport à l’architecture, l’écriture contribue-t-elle à la pérennité de l’œuvre architecturale ? Entre autonomie et subordination, ces relations sont singulières et méritent toute notre attention, et ce, quelle que soit la valeur attribuée à l’édifice sur lequel l’écriture se déploie. La conservation des écritures est-elle un agent actif, voire à l’origine parfois de la patrimonialisation des architectures ? Enfin, en quoi les écritures proposent-elles de nouvelles perspectives dans le domaine des monuments historiques ?

  • 29 Pierre-Marc de Biasi, « Le dessin de l’architecture et la genèse de l’œuvre », Livraisons d’histoir (...)
  • 30 Voir l’exemple de la pharmacie Louis Gros, créée en 1921, à Clermont-Ferrand, par Louis Jarrier, ar (...)

32La question de l’écriture sur les monuments est propice d’un point de vue théorique à l’analyse matérielle des œuvres. Loin de se borner à une simple dénomination, l’écriture nous introduit à l’univers complexe de la production et de la pratique sociale de la création architecturale. Elle conduit à considérer cette manifestation non pas comme secondaire mais comme une des données du processus de création. Certaines de ces écritures trouvent d’ailleurs place dans l’important volume des documents de la genèse du projet architectural29. Dans cette perspective, et à titre d’exemple, les travaux engagés sur la production de l’architecte auvergnat Louis Jarrier (1862-1932) révèlent, à partir notamment de l’examen de ses carnets, l’existence de mentions manuscrites en lien avec la préparation d’écritures sur des édifices30. On y accorde bien souvent trop peu d’importance tant la question même du « beau dessin d’architecte » domine encore notre représentation de la création. Ainsi, si l’architecture peut porter un récit donné à voir et à habiter, l’écriture revêt quant à elle une dimension singulière à même d’interférer dans le processus de conception.

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Notes

1 Nous nous référons à la définition du Dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement qui exclut du champ de l’espace public les lieux bâtis de droit privé tels que les gares, les centres commerciaux, etc. Voir Pierre Merlin et Françoise Choay (dir.), Dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement, Paris, Presses universitaires de France, « Quadrige », 2015 (1988), p. 311.

2 Michel Melot, « Le monument à l’épreuve du patrimoine », Cahiers de médiologie, 1999/1, no 7, p. 7-19 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.3917/cdm.007.0007.

3 De nombreux traités, recueils ou grammaires, issus du champ de l’Art ou de l’Architecture, traitent à travers le sujet du décor ou de l’ornement la question de l’écriture en tant que subordonnée de la composition qui s’impose à elle. Voir par exemple les auteurs suivants : Owen Jones (1856), Charles Blanc (1867), Jules Bourgoin (1880), Aloïs Riegl (1890)…

4 Owen Jones, The Grammar of Ornament by Owen Jones illustrated by examples from various styles of ornamant, Londres, Day and son, 1856, 112 planches.

5 Dominique Rouillard, Les monuments de la langue. Architecture, mémoire, écriture, Genève, MétisPresses, « vuesDensemble », 2021, p. 12.

6 Voir la description détaillée de la structure qui en est faite par Oscar Nitzchké dans l’article de Christian Zervos (Christian Zervos, « Architecture et publicité », Cahiers d’Art, onzième année, no 6-7, 1936, p. 203-208).

7 Voir le cliché de Hugo Paul Herdeg intitulé « Oscar Nitzchké. Façade d’un immeuble de publicité. Effet de nuit » qui fut publié par Christian Zervos, ibid [En ligne] URL : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k42263474/f220.item.zoom.

8 Parmi les réalisations de l’architecte américain Robert Venturi, la Guild House, par la position, la forme et la dimension de l’écriture apposée sur la façade de l’édifice, interroge la place de l’écriture et son lien avec le monument depuis l’espace public ; voir Joseph Abram, « Oscar Nitzchké, La maison de la publicité – Paris 1935 », AMC. Architecture mouvement et continuité, no 6, décembre 1984, p. 66-79.

9 Sur ce sujet, voir par exemple la contribution de Béatrice Fraenkel, « Les affiches de Mai : l’atelier populaire des Beaux-Arts », dans Michelle Zancarini-Fournel et Philippe Artières (dir.), 68. Une histoire collective 1962-1981, Paris, La Découverte, 2018, p. 280-284.

10 Julien Besançon (éd.), Les murs ont la parole. Journal mural mai 1968 Sorbonne Odéon Nanterre, etc., Paris, Tchou, 1968.

11 Miss. Tic, pseudonyme de Radhia Novat (1956-2022), artiste de street art. Voir son site éponyme Miss. Tic [En ligne] URL : http://missticinparis.com.

12 Voir notamment la contribution d’Antonia Rigaud sur le sujet de l’écriture et de l’art (Antonia Rigaud, « Une vérité qui se dérobe : le langage de la vérité chez trois artistes minimalistes américains, Jenny Holzer, Joseph Kosuth et Carl Andre », Revue française d’études américaines, vol. 133, no 3, 2012, p. 113-127 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.3917/rfea.133.0113.

13 Propos recueillis par Sylvie Lisiecki dans le cadre d’un entretien croisé avec Bruno Racine et Joseph Kosuth, explicitant l’origine de la commande de l’œuvre et son importance dans la production de l’artiste. Voir Sylvie Lisiecki, « Joseph Kosuth illumine les mots de Foucault », Chroniques de la BnF, no 65, 2013, p. 17. [En ligne] URL : https://multimedia-ext.bnf.fr/Chroniques/chroniques_65.pdf.

14 Ibid.

15 Ibid. Voir aussi l’œuvre Ni apparence ni illusion de Joseph Kossuth, commandée par le musée du Louvre en 2009 et qui fait depuis 2016 l’objet d’une nouvelle présentation positionnée sur les vestiges des fossés de l’enceinte de Charles V [En ligne] URL : https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010495422.

16 Par exemple l’œuvre Protect me from what I want, qui est un panneau électronique lumineux de très grande dimension produit en 1985 et installé sur un immeuble de Times Square à New York. Voir aussi les autres œuvres de Jenny Holzer et leurs relations avec le support, l’architecture, le monument et l’espace public (https://awarewomenartists.com/artiste/jenny-holzer/).

17 Voir notamment Claire Malroux, « La poésie au fronton de la ville : Jenny Holzer », Po&sie, no 120, 2007/2, p. 248-255 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.3917/poesi.120.0248.

18 Voir notamment les recherches sur les inscriptions dans l’Italie médiévale et jusqu’au xxe siècle (Armando Petrucci, Jeux de lettres. Formes et usages de l’inscription en Italie, 11e-20e siècles, trad. M. Aymard, Paris, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, « Recherches d’histoire et de sciences sociales », 1993).

19 Gérard Monnier, « L’architecture monumentale contemporaine, une question d’histoire ? », Histoire de l’art, no 27, Monuments, 1994, p. 7-17 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.3406/hista.1994.2614.

20 Béatrice Fraenkel, « Écriture, architecture et ornement. Les déplacements d’une problématique traditionnelle », Perspective, no 1, Ornement, 2010, p. 165-170 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.4000/perspective.1236.

21 Dominique Rouillard, Les monuments de la langue […].

22 Charlotte Guichard, Graffitis. Inscrire son nom à Rome. xvie-xixe siècle, Paris, Seuil, « L’univers historique », 2014.

23 Anne Beyaert-Geslin (dir.), Sémiotique et écritures urbaines, Pessac, Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine, 2022.

24 Collectif, Scriptopolis, Paris, Éditions Non Standard, 2019 [En ligne] URL : https://www.scriptopolis.fr.

25 En référence aux travaux des anthropologues Joël Landau et Philippe Hameau (Joël Candau, Philippe Hameau, « Cicatrices murales », Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d’ethnologie, no 1-2, Cicatrices murales. Les graffiti de prison, 2004, p. 7-11 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.3406/mar.2004.1833).

26 Voir plus généralement le site Criminocorpus ([En ligne] URL : https://criminocorpus.org/fr/) et les travaux sur les graffitis en milieu carcéral engagés par l’historien Jean-Claude Vimont (Jean-Claude Vimont, « Graffiti en péril ? », Sociétés & Représentations, vol. 25, no 1, 2008, p. 193-202 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.3917/sr.025.0193).

27 Se référer au site de l’artiste : https://pignon-ernest.com/#home.

28 CQNPSRLPSCALR (CEUXQUINEPEUVENTSERAPPELERLEPASSESONTCONDAMNESALEREPETER) est une œuvre de 2014. Voir l’œuvre sur le site du Mac Val [En ligne] URL : https://www.macval.fr/CQNPSRLPSCALR. Il s’agit d’une impression numérique sur bâche tendue (dim. : 43,68 x 5,05 m) rapportée sur la façade sur rue du musée MAC/VAL à Vitry-sur-Seine dans le cadre de l’exposition « Tania Mouraud AD NAUSEAM » (20 sept 2014- 25janv 2015) [En ligne] URL : https://www.macval.fr/IMG/pdf/MACVAL-Petit_journal_Tania_Mouraud.pdf. Constituée de lettres allongées, l’écriture est presque illisible alors qu’elle est donnée à voir depuis l’espace public. Les lettres sont blanches et non pas noires, elles renversent le cadre normé de l’écriture et force l’attention. Voir aussi : https://awarewomenartists.com/artiste/tania-mouraud.

29 Pierre-Marc de Biasi, « Le dessin de l’architecture et la genèse de l’œuvre », Livraisons d’histoire de l’architecture, no 30, 2015, p. 93-102 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.4000/lha.555.

30 Voir l’exemple de la pharmacie Louis Gros, créée en 1921, à Clermont-Ferrand, par Louis Jarrier, architecte, où l’écriture est intégrée à la composition du projet, y compris la signature de l’œuvre (Mathilde Lavenu, thèse en cours, « Du dessein à l’édification, les traces de la genèse : la bibliothèque de l’architecte Louis Jarrier (1862-1932) », sous la direction de Marianne Jakobi.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Marianne Jakobi et Mathilde Lavenu, « Introduction », Siècles [En ligne], 56 | 2024, mis en ligne le 16 janvier 2025, consulté le 06 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/siecles/12267 ; DOI : https://doi.org/10.4000/1389g

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Auteurs

Marianne Jakobi

Professeure d’histoire de l’art contemporain, Centre d’histoire « Espaces et Cultures » (EA 1001), Université Clermont Auvergne

Mathilde Lavenu

Maître de conférences en théorie et pratique de la conception architecturale et urbaine, Ensa Clermont-Ferrand/Architecte du Patrimoine

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Droits d’auteur

CC-BY-4.0

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