Présentation
Texte intégral
1Un an après la session de formation commune aux universités de Clermont-Ferrand II, Limoges et Poitiers dans le cadre de leur DEA Histoire et Civilisations : Sociétés, cultures et religions qui avait porté sur la ville des Élites, la réflexion s’est poursuivie à Poitiers du 10 au 13 mars 1997, toujours autour de la Ville, mais en mettant cette fois-ci l’accent sur les rapports entre Espace et Société. Après une conférence inaugurale du Professeur Philippe Guignet de l’Université de Lille, portant sur « Constitutions municipales, esprit des institutions et oligarchies aux Temps modernes », les travaux se sont poursuivis en alternant des conférences générales et des ateliers plus thématiques permettant d’associer dans une réflexion commune des chercheurs confirmés ou en formation et travaillant sur des périodes ou dans des domaines différents, autorisant ainsi une perspective comparatiste féconde.
2C’est cette pluralité des approches que s’essaie de restituer le présent numéro de Siècles en regroupant quelques-unes de ces interventions autour d’un des axes de travail de la session : espace urbain et identités culturelles.
3Pluralité des approches n’étant pas éclectisme il est possible de mettre en avant quelques pistes suggérées par ce dossier. Ainsi une réflexion porte sur l’utilisation de l’espace urbain aussi bien dans sa quotidienneté qu’à l’occasion d’événements plus extraordinaires comme les entrées royales. Les manières d’habiter révèlent parfois, à Aurillac par exemple, un mélange et une fusion des espaces en introduisant des distinctions dont des critères administratifs ou économiques ne rendent compte qu’en partie. Aussi peut-on constater dans la ville aussi bien l’existence d’une hiérarchie sociale spécifique que des difficultés à ce que parfois celle-ci se traduise au niveau des espaces urbains qu’ils soient plus ou moins festifs, cérémoniels ou tout simplement ceux de la vie quotidienne.
4La perspective comparative est également féconde et l’exemple espagnol souligne ainsi une modalité particulière de construction et d’utilisation de l’espace social où l’usage du système des honneurs, élément essentiel de la définition d’une identité culturelle, apparaît non comme un respect et une mise en scène des rangs, mais au contraire comme une violation de ce rang par le biais de certains modes de représentation. Cela souligne une différence fondamentale avec la France. Cette différence de comportement est d’autant plus intéressante que ce mode de fonctionnement différencié s’inscrit dans une démarche qui, par ailleurs, présente des traits communs : dans tous les cas on a affaire à une société très hiérarchisée et profondément attachée aux formes de représentation.
5Il faut aussi souligner l’importance des mutations temporelles dans ce domaine qui se manifestent souvent autour de la dimension religieuse. Cela se traduit au Moyen Âge par la place originale des communautés juives dans l’espace entre Meuse et Rhin qui révèle un rôle particulier dans les processus d’urbanisation. C’est aussi le cas à la période contemporaine où, par exemple, l’afflux massif des enfants dans les processions répond aussi bien à une mutation religieuse, le déclin des confréries traditionnelles, que politique avec la fin du catholicisme comme religion d’État. On a alors un parcours de l’espace urbain, un soin apporté à la magnificence du décor qui sont des moyens d’affirmer une présence contestée par ailleurs et qui constituent un enjeu culturel et politique.
6Enfin on peut noter la fécondité des approches interdisciplinaires avec l’apport des historiens de l’art à une réflexion commune aussi bien à travers des exemples passés (les entrées royales) qu’avec les formes contemporaines d’une contre-culture s’incarnant dans les graffitis ou l’affiche et qui montrent un rapport spécifique au milieu urbain participant ainsi, et de façon parfois ambiguë, à la définition de l’espace urbain. Cette recension rapide est loin d’être exhaustive. Elle souligne en tous cas l’intérêt et la richesse de ces quatre jours de confrontations et de débats.
Pour citer cet article
Référence papier
Jean Duma, « Présentation », Siècles, 7 | 1998, 3-4.
Référence électronique
Jean Duma, « Présentation », Siècles [En ligne], 7 | 1998, mis en ligne le 05 juin 2025, consulté le 10 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/siecles/12655 ; DOI : https://doi.org/10.4000/144yw
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