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L’Église dans la rue au xixe siècle

Paul D' Hollander
p. 61-70

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Mots-clés :

église, rue

Index chronologique :

XIXe siècle
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Texte intégral

1Au xixe siècle, plus particulièrement durant le second tiers du siècle et dans les premières années de la troisième République, l’Église a multiplié les moyens qui lui permettaient d’être plus présente dans la ville. Cette plus grande visibilité était assurée par la construction, l’achèvement ou la restauration d’édifices religieux, l’érection de statues, de monuments commémoratifs, de croix de mission… ou, de manière plus éphémère, par les processions. Celles-ci étaient une forme de dévotion pour les fidèles qui y participaient ou une partie de ceux qui les regardaient passer. Les plus importantes, les processions générales qui rassemblaient le clergé de l’ensemble des paroisses – en particulier la procession générale de la Fête-Dieu – offraient aussi à l’Église l’occasion de manifester sa présence dans la cité, de frapper les esprits, de bouleverser les âmes et les cœurs et d’y laisser une empreinte parfois durable.

2Les exemples de Limoges et Poitiers permettront ici d’évoquer quelques-unes des évolutions qu’ont connues ces processions au xixe siècle. Un bref rappel du cadre légal s’impose tout d’abord. Les « manifestations extérieures du culte » étaient autorisées par l’article 1 du Concordat de 1801. Deux limites étaient apportées à cette liberté. Les autorités, le maire le plus souvent, pouvaient interdire les processions, d’une part, si elles risquaient de troubler l’ordre public – « Le culte est public en se conformant aux règlements de police » –, d’autre part, si dans la commune existaient des temples de différents cultes (article 45 des Lois organiques sur l’exercice du culte catholique de 1802).

3Les interdictions ont été nombreuses à deux moments : dans les premières années de la Monarchie de Juillet, en application de l’article 45 ou pour éviter les troubles que pouvaient susciter ces manifestations religieuses ; à partir de la fin des années 1870. C’est ainsi qu’à Limoges, les processions ont été interdites le 7 mai 1880, à cause de la création d’une paroisse protestante. À Poitiers, le 3 août 1887, la procession de Sainte Radegonde, qui devait se dérouler quelques jours plus tard, était fortement contestée, en particulier par les socialistes qui menaçaient d’organiser une contre-manifestation, drapeau rouge en tête. C’est surtout la présence annoncée du Nonce apostolique, « agent diplomatique et politique du trône pontifical » qui les amena à réagir ainsi.

4Une première évolution est perceptible dans la composition des cortèges, tout au moins à Limoges où le début des années 1830 semble avoir marqué un tournant important dans ce domaine. Jusque là les processions générales étaient composées de prêtres et de laïcs. Mais ces derniers étaient de deux types seulement : les pauvres de l’hôpital, en tenue uniforme, et les pénitents revêtus de leur sac et de leur cagoule. Tous les laïcs étaient donc revêtus d’un costume marquant leur condition ou leur appartenance à un mouvement religieux. À partir des années 1830, deux catégories nouvelles de laïcs y font leur entrée : les femmes et les enfants. La présence des enfants est attestée à partir de 1833 et en 1836 ils sont plus de 1200 à la procession générale de la Fête-Dieu. Leur participation se renforce par la suite. En 1872, plus de 3 000 enfants précèdent le nouvel évêque, Mgr Duquesnay, lorsque celui-ci fait son entrée dans la ville. Cette entrée massive des enfants dans les cortèges était une réponse à deux évolutions qui s’étaient produites dans les années précédentes : le déclin des confréries de pénitents à la fin de l’Empire et durant la Restauration ; le refus des autorités – préfet, maire, juges… – de participer aux processions à partir de 1831, à un moment où la religion catholique avait cessé d’être religion d’État. De longues files d’enfants redonnaient aux cortèges une ampleur qu’ils étaient en train de perdre. L’Ami des lois, journal légitimiste de Limoges, tout en déplorant ces absences, souligne ainsi la présence des enfants dans la procession générale de la Fête-Dieu (20 juin 1833) : « [Les autorités] ne l’ont pas voulu, elles ont été dans leur droit ; nous ne leur en faisons point un reproche : aussi bien une vaine parade aurait moins plu sans doute à celui qui sonde les cœurs et les consciences que l’hommage pur et naïf de ces nombreux élèves des écoles chrétiennes où la cité voit l’espoir de la génération qui s’avance ». Dans les années 1850, cette participation massive des enfants semble s’être généralisée en de nombreux endroits. En 1856, un ecclésiastique (de Limoges ?), l’abbé VR., écrit à propos des processions de la Fête-Dieu : « Les grands, les puissants de la terre ne se pressent pas sur les pas du Sauveur ; des enfants purs et innocents, des jeunes filles vêtues de robes blanches forment sa garde d’honneur ».

5Le « sexe », les femmes et les filles, fait également son entrée dans les processions. Celle-ci est plus difficile à préciser, mais elle a dû également se produire sous la Monarchie de Juillet avec, peut-être, d’abord les communautés de religieuses puis, à coup sûr, à partir des années 1850 les jeunes filles et les confréries féminines. Un article des Statuts synodaux du diocèse de Limoges de 1853, qui ne figure pas dans ceux de 1838, précise qu’« on ne permettra pas à une personne du sexe qui fréquente les cabarets et les danses publiques de porter aux processions une statue, une bannière ou les cordons d’une bannière ». À côté des enfants, des femmes et des filles, il faut enfin ajouter – mais en moins grand nombre – les hommes en habit de ville : membres de la conférence de Saint Vincent-de-Paul à la fin des années 1840, puis, plus tard, dans les premières années de la troisième République, les ouvriers du Cercle catholique.

6Certains cortèges ont ainsi pris une ampleur considérable, se déployant parfois sur un kilomètre et demi et passant devant les fidèles ou les spectateurs pendant plus d’une heure. Cette ampleur traduisait en partie la volonté de répliquer à ce qui était considéré comme une agression, c’est–à-dire la défection des autorités dont l’Église voulait ainsi montrer qu’elles restaient seules en dehors d’un élan unanime. À Poitiers, la procession générale de la Fête-Dieu du 29 mai 1864 est décrite par la Semaine religieuse comme « plus éclatante que de coutume ». Des arcs de triomphe, des tentures ornent les rues et les façades, ainsi que « des avenues de lauriers roses, de citronniers et d’orangers derrière lesquels s’abritent avec modestie des essaims de jeunes filles accourues de plus près pour adorer le Dieu de l’Eucharistie ». La longue description qui en est donnée reflète sans doute en partie la réalité, mais elle laisse percevoir également les raisons pour lesquelles l’hebdomadaire religieux s’attarde sur cette manifestation et pourquoi l’accent est mis sur la magnificence du décor. « Un homme fidèle, ensuite infidèle, autrefois fils de la Maison, maintenant ennemi du Père et de ses enfants, aujourd’hui soldat de l’Antéchrist, alors engraisse à l’autel du Seigneur, maintenant devenu récalcitrant, a porté un défi à la foi du genre humain, il a insulté Notre Seigneur Jésus-Christ ou, s’il le comble d’éloges magnifiques, s’il l’exalte au plus haut sommet de la nature humaine en faisant de lui un sage, un philosophe, un Demi-Dieu, il n’arrache pas moins de son front le diadème de la divinité. Or, aujourd’hui, le genre humain vient affirmer sa foi non contre le protestantisme en faveur de la présence réelle, mais contre l’incrédulité, pour la divinité de Jésus–Christ. Les sentiments intérieurs des âmes se manifestent au. dehors ». Allusion bien sûr à Ernest Renan qui, en 1862, dans sa leçon inaugurale au Collège de France a qualifié le Christ d’« homme remarquable » et qui, dans La vie de Jésus, qui vient de paraître, nie la divinité du Christ. La procession est une réponse à ces propos et veut être également une réparation éclatante des injures subies par le Christ.

7L’espace urbain connaissait de profondes mutations au xixe siècle et les processions de la Fête-Dieu, tant la procession générale que les processions particulières des paroisses ont tendu à couvrir un espace croissant. À Poitiers, la procession générale du Saint-Sacrement reprend en 1803, le second dimanche après la Pentecôte, et le premier itinéraire connu pour le xixe siècle date de l’année suivante. Son trajet est identique à celui des dernières années de l’Ancien Régime, c’est-à-dire que la procession, partant de la cathédrale, se dirige vers la place du Palais et Notre-Dame-la-Grande, où elle fait une station, puis revient à son point de départ. Au milieu des années 1850, Mgr Pie met en place un cycle de trois ans. En 1857 et 1858, par exemple, la procession générale, tout en reprenant une partie de son trajet traditionnel, allonge son parcours vers le nord de la ville, mais suivant des itinéraires différents ; en 1859, elle se déploie dans des quartiers situés plus au Sud – vers le lycée – et à l’Ouest.

8Ces trois itinéraires ne permettaient cependant pas de parcourir l’ensemble des quartiers de la ville ancienne, mais les processions des six paroisses, qui se déroulaient le troisième dimanche après la Pentecôte, y parvenaient à peu près. Chaque paroisse, sur un cycle également de deux ou trois années, parcourait la plupart des rues de son ressort. La ville était ainsi entièrement couverte par ces processions. L’une d’elles traversait même le Clain pour se rendre au faubourg de Montbernage. En 1884, la Semaine religieuse, après avoir longuement décrit ces processions pouvait ainsi écrire : « La disposition, tonte fortuite, de l’itinéraire de chacune des processions était telle que, par leurs parcours, elles se reliaient entre elles sans presque aucune dissolution de continuité : de sorte que notre religieuse citée presque toute entière présentait ce jour-là l’incomparable aspect d’une imposante voie royale préparée au Dieu de l’Eucharistie ».

9Limoges, dont la croissance a été plus rapide au xixe siècle, présente un cas un peu différent. Deux paroisses nouvelles ont été créées en 1872 hors du vieux noyau urbain, dans des quartiers en plein développement. De nouveaux itinéraires de processions se sont ainsi constitués, autour des églises de Saint-Joseph et du Sacré-Cœur, sur des espaces que n’atteignait aucun des cortèges des autres paroisses ni celui de la procession générale. En 1878, Mgr Duquesnay modifie l’itinéraire de la procession générale du Saint-Sacrement, vieux d’au moins deux siècles, qui menait le cortège de la cathédrale au centre de la Cité. Désormais celui-ci fait le tour de la Cité et emprunte de larges boulevards où il peut se déployer au milieu d’un décor foisonnant.

10À partir du milieu du siècle, de nombreux moyens furent utilisés pour rehausser l’éclat de ces processions. Le décor mis en place pour la procession générale de la Fête-Dieu s’enrichit et se diversifia. Chaque ville avait ses traditions. À Poitiers, aux traditionnelles tentures tendues sur les façades, s’ajoutent des arbres plantés dans le pavé, des arcs de triomphe – il y en a quatre en 1880 – ornés de calices, de croix, de gerbes de blé. En 1864, des colonnes de verdure, des mâts pavoisés semblent être une innovation. Dans les années 1860 se multiplient les demandes des particuliers ou des communautés religieuses au maire pour dresser ce décor.

11Les militaires, les pompiers, les fanfares militaires ou celles des établissements d’enseignement prirent une place croissante dans les cortèges. À Limoges la procession générale de la Fête-Dieu est précédée pour la première fois d’un détachement armé en 1853. En 1857 et 1858, le curé de Sainte-Radegonde demande au maire de Poitiers une compagnie de sapeurs-pompiers pour accompagner la procession de sa paroisse ; c’est un usage établi depuis peu. En 1864, la procession générale est ouverte et fermée par deux piquets du 8e Dragons ; un détachement escorte le clergé ; la musique de l’État-Major et celle d’un collège religieux, la Grande Maison, accompagnent le cortège.

12Les reposoirs étaient particulièrement mis en valeur et, de plus en plus, à partir du milieu du siècle, le clergé ou les fidèles tentèrent de les disposer dans des endroits dégagés, de les mettre en hauteur, de leur donner un écrin qui en rehaussait l’éclat. À Poitiers, il y a pour la première fois un reposoir sur la place d’Armes en 1857. Place du Palais, en 1863, un reposoir est construit au niveau de la rue ; trois ans plus tard il est disposé sur les marches qui donnent accès au palais de justice, sous le péristyle et, en 1881, il présente un aspect majestueux, adossé aux colonnes tendues d’une grande draperie rouge sur laquelle est écrit en lettres d’or CREDO. À Limoges, en 1873, Mgr Duquesnay allonge légèrement le parcours de la procession générale de la Fête-Dieu pour qu’elle fasse une station devant le palais de justice où un reposoir majestueux est dressé sous le péristyle, en haut des degrés. En 1878, il met à profit le nouvel itinéraire de cette procession pour ne plus autoriser que cinq reposoirs – il y en avait auparavant une douzaine – tous disposés à des carrefours ou sur des places.

13L’exemple du curé de la paroisse Saint-Hilaire de Poitiers illustre bien cette volonté de disposer ces autels dans un cadre nouveau, digne de la solennité de la cérémonie. De 1865 à 1870, il tente vainement, pour la procession de sa paroisse, d’installer un des reposoirs dans le parc de Blossac. Il veut, selon les aimées, soit faire passer la procession par le parc – il y est arrivé une fois, au début des années 1860 et « la procession avait été très belle » - et installer un reposoir au bout de la grande allée, soit le construire en haut des marches qui donnent accès au parc au sud, ou encore à l’entrée nord, au-delà des grilles. « Notre reposoir, tout en verdure, s’harmonisera avec les arbres du parc », écrit-il. À chaque demande, il donne un certain nombre d’assurances au maire : il est disposé à payer des agents de police qui empêcheront les fidèles de marcher sur les massifs ; seul le clergé pénétrera dans le parc si on l’autorise à disposer le reposoir à la grille nord et l’entrée restera libre… mais il se heurte à un refus systématique. En 1870 il demande à l’installer devant la grille, mais en deçà, convaincu que l’accès au parc lui sera à nouveau refusé ; il avoue ne pas comprendre les refus du maire qui a autorisé dans les années précédentes la tenue d’un congrès et d’une exposition régionale dans le jardin public. Sa plume trahit son dépit, le regret de ne pouvoir donner à la procession de sa paroisse l’éclat et le cadre dont bénéficient d’autres manifestations, profanes, qui se multiplient dans la seconde moitié du siècle.

14L’éclat que voulait donner le clergé à ces manifestations extérieures du culte, les moyens nouveaux utilisés à cette fin, le rapprochement que fait le curé de Saint-Hilaire avec des fêtes publiques profanes, amènent à examiner les rapports, les influences réciproques qui pouvaient exister entre deux types de manifestations qui donnaient lieu à des rassemblements de foule importants, au déploiement d’un décor, à des cortèges. Parmi les fêtes profanes, citons les congrès, les expositions, les concours musicaux, les fêtes du régime. Ces dernières, les « fêtes de souveraineté » pour reprendre l’expression d’Alain Corbin – principalement la Saint – Louis, le 25 août, pendant la Restauration, la commémoration des Trois Glorieuses ou la fête du Roi, le 1er mai, sous la Monarchie de Juillet, la fête de l’Empereur le 15 août sous le Second Empire – n’ont, à Limoges tout au moins, jamais eu l’éclat ou suscité des rassemblements de foule aussi importants que les grandes processions. De 1815 à 1870, les fêtes de différents régimes ont été d’une grande monotonie : messe ou Te Deum, revue des troupes, cortèges composés des différentes autorités et de la Garde nationale le matin, quelques attractions l’après-midi illuminations des bâtiments publics et parfois feux d’artifice le soir. « C’est tous les ans la même exhibition sans changement ni variation. N’y a-t-il pas quelque chose d’un peu monotone ? » écrit Le Vingt Décembre le 16 août 1859 à propos de ces attractions. Quant au décor, il est limité le plus souvent aux édifices publics qui sont pavoisés.

15À aucun moment, sans doute, les processions générales n’ont été dépassées en éclat, en faste, en affluence, par les fêtes du régime, quel qu’il fût. Toutefois, à Limoges comme à Poitiers, les descriptions des processions générales mettent l’accent sur la foule, sur le décor à partir des années 1830 et certaines laissent entendre que cette affluence, cet éclat apporté par la population, qui décore et pavoise, sont une réplique aux fêtes du régime. Relatant l’entrée solennelle de Mgr Buissas à Limoges, L’Avenir national, journal légitimiste, écrit ainsi le 14 août 1844 : « Comparez donc les fêtes capricieuses des partis à ces fêtes éternelles de Dieu… Dans nos cinquante dernières années, combien les hommages de la foule ont-ils changé souvent d’objet ? D’abord la liberté, puis la gloire, puis la paix, puis l’argent. Toutes ces idoles ont été renversées, brisées ». À Poitiers, en 1833, la Gazette de ¡ » Ouest, après avoir donné une description des processions paroissiales de la Fête-Dieu et souligné le décor des rues et des façades tendues de draps ou de draperies, le nombre des reposoirs, conclut ainsi pour souligner le décalage existant, à ses yeux, entre l’attitude de la population et celle des représentants du nouveau régime : « Enfin, ce qui vaut mieux encore, un grand concours de fidèles attestait que la religiosité philosophique n’a point encore remplacé la religion dans le cœur de notre excellente population.

16Au moins autant, sinon plus, que dans les fêtes officielles, il faut cependant chercher ailleurs certains facteurs qui ont contribué à modifier la physionomie des grandes processions et à leur donner plus d’éclat. En 1864, à Limoges, un vicaire de la paroisse Saint-Michel des Lions fait part dans la Semaine religieuse de quelques réflexions sur la Fête-Dieu et écrit : « Aujourd’hui, le commun et le mesquin déplaisent ; le goût du beau s’est répandu. Ce goût, pourquoi le réserver seulement aux fêtes profanes ? ». Allusion, peut-être, aux fêtes officielles, mais aussi à d’autres manifestations qui, à partir du milieu du siècle, se sont multipliées et ont attiré de grandes foules, grâce en particulier au développement des voies et des moyens de communication. La lecture de l’Almanach limousin qui, chaque année depuis 1859, dresse un bilan des principaux événements et manifestations locales de l’année écoulée, témoigne de leur multiplication dans les années 1860 et 1870 : retraites aux flambeaux et en musique, concours musicaux auxquels participent des sociétés de plusieurs départements qui défilent en ville et pour lesquels les rues sont abondamment ornées, concours régionaux et expositions de produits agricoles et industriels… Il serait sans doute exagéré de parler de compétition, de rivalité, entre fêtes religieuses et fêtes profanes, mais il est certain que des unes aux autres, et sans doute plus des secondes vers les premières, les influences ont été nombreuses. L’Église a voulu affirmer sa présence dans les rues et dans la ville, frapper les esprits, avec les mêmes moyens que les fêtes profanes. Suivant l’Almanach limousin, c’est le 15 août 1861 qu’a lieu à Limoges la première retraite aux flambeaux, pour la fête de F Empereur, un « spectacle nouveau et qui excite vivement la curiosité ». Quelques années plus tard, à partir de 1875, le curé de la paroisse du Sacré-Cœur clôture à la fin du mois de juin la célébration du mois du Sacré-Cœur par une retraite aux flambeaux.

17À Limoges, les processions ont été interdites par le maire en mai 1880, à Poitiers en août 1887. Dans l’une et l’autre ville, l’évêque avait conscience, à ce moment, de la nécessité de limiter l’ampleur des processions, en nombre ou dans l’espace. En 1878, à la suite d’incidents qui ont marqué le déroulement de la procession du Sacré-Cœur, à Limoges, Mgr Duquesnay déclare que seules les processions imposées par la liturgie doivent être maintenues – Rameaux, Rogations, Fête-Dieu et Assomption – et plusieurs processions de paroisse ou de confréries disparaissent. À Poitiers, en mai 1887, Mgr Bellot des Minières, modifie le parcours de la procession générale du Saint-Sacrement. « De nombreuses observations m’ont été faites à ce sujet, déclare-t-il, et, soit pour attirer un plus grand nombre encore de fidèles, soit pour diminuer la fatigue excessive qui résulte d’une procession beaucoup trop longue, j’ai décidé que l’on s’en tiendrait dorénavant à l’itinéraire suivant »… c’est-à-dire l’itinéraire unique emprunté avant le milieu des années 1850. Il est vrai que les trois parcours institués à ce moment étaient plus longs. Mais un parcours réduit pouvait-il attirer plus de fidèles ? Si, comme à Limoges, la plupart des fidèles ne suivaient pas le cortège, mais le regardaient passer, un long parcours leur permettait de mieux se répartir sur son trajet. Sans doute l’affluence des fidèles était-elle moindre et un tel parcours risquait de mettre en évidence aux yeux de tous cette désaffection. Un trajet plus restreint permettait au contraire de concentrer les fidèles et de donner l’illusion de l’affluence à une procession qui, comme dans beaucoup de villes était vivement contestée. En 1882, déjà, le conseil municipal s’était prononcé pour une interdiction. Pour l’évêque de Poitiers, l’heure n’était plus à l’extension du parcours des processions à toute la ville, mais au repli.

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Bibliographie

Semaine religieuse de Limoges (à partir de 1863) et de Poitiers (à partir de 1864).

Abbé V R., La Fête-Dieu suivie des fêtes. Les Rogations. La Toussaint. La fête des Morts, Limoges-Paris, Martial Ardant frères, 1856.

Archives départementales de la Vienne, V142 et 69.

Archives municipales de Limoges, P 245.

Archives municipales de Poitiers, P 431.

Alain Corbin, Noëlle Gérome et Danielle Tartakowsky (dir.), Les usages politiques des fêtes aux xixe et xxe siècles, sous la direction de, actes du colloque organisé les 22 et 23 novembre 1990 à Paris (Universités de Paris I et Paris IV), Paris, Publications de la Sorbonne, 1994.

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Pour citer cet article

Référence papier

Paul D' Hollander, « L’Église dans la rue au xixe siècle »Siècles, 7 | 1998, 61-70.

Référence électronique

Paul D' Hollander, « L’Église dans la rue au xixe siècle »Siècles [En ligne], 7 | 1998, mis en ligne le 05 juin 2025, consulté le 10 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/siecles/14288 ; DOI : https://doi.org/10.4000/144z1

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