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Éditorial

Myriam Cottias, Céline Flory et Ary Gordien
Traduction(s) :
Editorial [en]

Texte intégral

1Le numéro 13 de la revue Esclavages & Post~esclavages / Slaveries & Post~Slaveries est publié alors que ce mois de mai est marqué par la célébration des vingt-cinq ans de la loi dite Taubira reconnaissant « la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du xve siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes1 » comme crime contre l’humanité. Cette loi avait pour objectif de redonner à l’histoire de l’esclavage la place qui était la sienne dans l’histoire de France et elle réaffirmait implicitement la diversité d’origine et de passé des Français et Françaises, elle leur donnait place et reconnaissance. Ses différents dispositifs portant sur l’enseignement, la recherche et le patrimoine ont fourni des outils sur lesquels s’appuyer pour qu’un certain nombre d’actions soient menées. Ce sont l’inscription de l’enseignement des traites, des esclavages et de leurs abolitions dans les programmes scolaires, l’accroissement du nombre de thèses portant sur ces thématiques, l’érection de certains monuments (des mémoriaux, le MACTe par exemple) et la création à la suite du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage (CNMHE), puis de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME). Son récent livre blanc sur les recherches sur l’esclavage souligne cependant combien il est nécessaire de poursuivre ces efforts afin que les objectifs de la loi soient bien maintenus. De fait, la conscience de l’importance de la question de l’esclavage qui, in fine, permet de déconstruire les rapports sociaux de domination, est contingente. Elle est aussi inscrite dans le contexte politique et peut ainsi être fragilisée si elle n’est pas soutenue par une volonté ferme.

2Or, sur ce point, les événements internationaux montrent combien l’histoire de l’esclavage est à la fois accusée de rompre une unité nationale – comme aux États-Unis avec la demande de suppression de l’exposition qui y était consacrée dans la maison de George Washington – et combien les représentations – animalisantes, dépréciatives – issues de cette histoire continuent à circuler – aux États-Unis encore, mais aussi au Brésil, en France, dans une liste non exhaustive.

3Cette revue soutient que c’est par la plus large diffusion des connaissances, précises et informées, que l’on peut s’opposer aux idéologies. Nous tenons aussi à complexifier les connaissances sur les relations esclavagistes et leurs héritages contemporains. Ainsi, au centre de ce dossier, « Les intermédiaires dans la relation de travail servile et esclave, xvie-début xxe siècle », coordonné par Alessandro Stanziani, est posée la question des intermédiaires dans le système global des dominations serviles, dont il dresse une géographie aux très larges frontières. Son objectif est de poser que « dans la vaste question du travail contraint et forcé, les intermédiaires, qui se situent à l’intersection des statuts de libre, d’esclave ou d’engagé, jouent un rôle central, mais relativement négligé par l’historiographie, par rapport à l’étude des travailleurs eux-mêmes ». Leur rôle est essentiel dans le fonctionnement des relations serviles comme le prouvent les différents articles qui constituent le dossier thématique.

4L’intermédiation se décline sous de multiples façons : empiriques et concrètes, mais aussi discursives. Dimitri Béchacq, à partir de la mission d’Aimé Césaire en Haïti en 1944, montre comment ce dernier est utilisé par le gouvernement de l’époque pour symboliser le pacte républicain autour de la notion d’égalité. En se saisissant du film documentaire, Lotte Pelckmans montre comment une association peut servir de support pour construire la lutte antiesclavagiste. Enfin, l’intermédiation passe aussi par le corps et la danse pour exprimer l’enracinement d’un être. L’ensemble de ces déclinaisons montre combien la thématique est riche. Ce numéro est ainsi une incitation à s’en saisir.

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Notes

1 Article 1 de la loi n° 2001-434 du 21 mai 2001. Disponible en ligne : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000405369 [dernier accès, mars 2026].

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Pour citer cet article

Référence électronique

Myriam Cottias, Céline Flory et Ary Gordien, « Éditorial »Esclavages & Post-esclavages [En ligne], 13 | 2026, mis en ligne le 27 avril 2026, consulté le 09 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/slaveries/15027 ; DOI : https://doi.org/10.4000/1690l

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Auteurs

Myriam Cottias

Centre national de la recherche scientifique, UMR 8053 CIRESC-PHEEAC (France)

Articles du même auteur

Céline Flory

Centre national de la recherche scientifique, UMR 8168 Mondes Américains et collaboratrice de UMR 8053 CIRESC-PHEEAC (France)

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Ary Gordien

Centre national de la recherche scientifique, URMIS et collaborateur de UMR 8053 CIRESC-PHEEAC (France)

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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