L’événement révolutionnaire de septembre et son destin. Le républicanisme fédéraliste espagnol et les usages publics de l’histoire (1868-1873)
Résumés
L’événement révolutionnaire de Septembre et son destin. Le républicanisme fédéraliste espagnol et les usages publics de l’histoire (1868-1873) — L’expérience de septembre 1868 représenta pour les républicains espagnols l’opportunité idéale de transformer l’anti-bourbonisme à l’origine de la révolution en républicanisme. La tâche était ardue, car, en réalité, parmi les différentes solutions mises en œuvre au cours de la période politique connue sous le nom de Sexenio Democrático, la solution républicaine ne s’est imposée qu’en février 1873. Tout au long du Sexenio, les républicains fédéralistes, animés par la volonté de stimuler la propagande démocratique, firent de l’usage public de l’histoire l’un des piliers de leur communication, afin de susciter un consensus populaire. La thèse défendue ici est que l’événement révolutionnaire de 1868 est devenu pour le républicanisme un champ important d’herméneutique, s’inscrivant dans un effort programmatique de légitimation politique et dans une compréhension complexe et dynamique du temps, à la fois mémorielle, symbolique et dogmatique, au service d’une relecture républicaine de l’évolution historique.
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- 1 En ce qui concerne l’impact et les portées de la révolution de septembre, voir les volumes de la re (...)
- 2 Javier Fernández Sebastián et Gonzalo Capellán, « Democracy in Spain, An Ever-Expanding Ideal », da (...)
- 3 Ignacio García de Paso García, « El 1848 español ¿Una excepción europea? », Ayer, n° 106, 2017, p. (...)
- 4 Rafael Serrano et Rafael Villena, « Revolución, Democracia y Constitución », Bulletin d’Histoire Co (...)
- 5 À propos de la naissance et du développement du républicanisme espagnol au xixe siècle : Ángel Duar (...)
- 6 Francisco Córdova y López, La Salvación del Pueblo o La República Democrática Federal, Madrid, La P (...)
1La révolution de septembre 1868 fut une expérience démocratique inédite, caractérisée en même temps par une grande agitation politique et par des pratiques de violence liées aux deux conflits civils qui eurent lieu dans la péninsule (la guerre carliste, le canton de Carthagène) et la crise coloniale à Cuba1. Par ailleurs, elle fit office de véritable laboratoire d’interprétations et de réflexions sur le temps historique pour l’ensemble des acteurs politiques impliqués, en particulier les figures de proue des courants démocratiques-républicains. Depuis les années 1830, ces derniers portaient des idées et des projets de démocratisation au sein des franges les plus radicales du libéralisme2. Après 18483, ces aspirations trouvèrent un espace d’expression au sein de l’hétérogène Parti démocratique4, puis, après la révolution de septembre, au sein du Parti Démocratique Républicain Fédéraliste5, tout aussi diversifié. Dans ce contexte, tandis que les unionistes et progressistes – véritables protagonistes de la révolution et de la formation du gouvernement provisoire – interprétèrent le succès de la révolution comme la fin du règne d’Isabelle II, mais non comme la fin de l’ordre monarchique en général, les républicains la comprirent comme une véritable rupture avec le passé monarchique. La révolution représenta, ainsi, pour ces derniers, un moment-charnière, de fin et de début, de fermeture et d’ouverture, où l’extinction de toute monarchie constituait le germe d’un nouveau et nécessaire commencement. Selon les mots de Francisco Córdova y López : « une révolution qui ne porte pas en son sein un monde nouveau pour substituer et remplacer le monde ancien, détruit sous les coups de la hache révolutionnaire, ne peut se justifier6 ».
- 7 On renverra par exemple aux travaux suivants et à la bibliographie qui y est citée : Román Miguel G (...)
2Il convient de souligner, d’une part, que durant le Sexenio Democrático, l’option politique du républicanisme qui s’imposa pour combler le vide laissé par la monarchie isabelline fut celle du fédéralisme et, d’autre part, que ce dernier émergea au sein des diverses cultures politiques qui composaient le mouvement. Dans cette perspective, les différentes études portant sur la manière d’appréhender et d’analyser ce mouvement hétérogène ont souvent privilégié l’examen des courants républicains sous l’angle de leurs points de convergence et de tension sur diverses questions. Celles-ci allaient du modèle fédéral à adopter à la conception de la Nation et de l’État, en passant par le rapport au laïcisme, les relations avec la religion catholique traditionnelle et la question de la liberté de culte7.
- 8 François Godicheau, « Chapitre I. L’événement et les catégories du social », dans Christine Rivalan (...)
3Au milieu de ces divergences, il est certain que, comme on le verra par la suite, un groupe influent parmi les principaux leaders et publicistes du républicanisme fédéraliste convergea dans l’utilisation de différentes formes d’interprétation du passé, tant pour s’orienter dans leur propre présent que pour instruire et rallier l’opinion. De cette manière, bien que l’historiographie mentionnée aborde une partie importante des aspects qui font partie de l’objet d’étude, elle considère la perspective historique du républicanisme fédéraliste durant le Sexenio comme un espace unique de réflexion. Cependant, comme le montre cette analyse, en l’examinant plus en détail, ces usages ne furent pas homogènes, mais se structurèrent en trois grandes phases : la première, allant du triomphe de la révolution en décembre 1868 ; la seconde, couvrant le biennium 1869-1871 jusqu’à l’élection d’Amédée de Savoie comme monarque constitutionnel ; et enfin, la troisième, correspondant à son règne jusqu’à son abdication. Le triomphe de la révolution n’affirma pas immédiatement la République fédéraliste, mais offrit plutôt, dans le cadre des ouvertures démocratiques du Sexenio, l’opportunité de capitaliser sur l’événement révolutionnaire8.
- 9 Reinhart Koselleck, Le futur passé, Paris, École des hautes études en sciences sociales, 1990, p. 3 (...)
- 10 Alberto De Sanctis, Carlo Morganti et Pietro Finelli, Il Mazzinianesimo nel mondo, Annali V, Pisa U (...)
- 11 Parmi les travaux les plus importants, on peut citer : François Furet et Mona Ozouf, Le siècle de l (...)
4L’objectif du présent travail est donc d’examiner comment la révolution de septembre 1868 – depuis sa préparation, tout au long de son déroulement et dans les années qui suivirent jusqu’en février 1873 – constitua, pour les républicains fédéralistes, une opportunité privilégiée de s’approprier l’événement révolutionnaire de septembre et d’en devenir les héritiers légitimes9. Cette légitimation s’opéra à travers une série d’usages publics de l’histoire qui influencèrent l’herméneutique et la mémoire des révolutions passées, tant en Espagne que dans d’autres contextes géographiques, notamment l’Italie du Risorgimento à travers l’expérience politique du mazzinianisme10 et le républicanisme de la France des révolutions, de 1789 à la Commune11. Le fil conducteur qui relie en grande partie la lecture politique du passé du fédéralisme espagnol par des figures comme Garrido, Córdova et López, Flores et García, Rodríguez Solís ou Barcia aux expériences italienne et française est l’imagination de l’avènement de la république comme une expérience salvatrice, souvent imprégnée de la narration téléologique du christianisme. Cependant, c’est précisément au cœur de ces usages publics de l’histoire que, pour le républicanisme espagnol fédéraliste, émergea et se radicalisa, surtout en 1871 et lors de la formation de la Première République, un élément supplémentaire de différenciation : la question du mode d’action pour mener à bien la révolution devant aboutir à la République – devait-elle être menée pacifiquement ou par la violence ?
- 12 Fernando Garrido, Historia del Reinado del Último Borbón de España, Tomo I, Barcelona-Madrid, Libre (...)
- 13 Il convient également de mentionner qu’il s’agit d’un travail complémentaire à celui d’Ángel Duarte(...)
5C’est grâce à la liberté d’association et de presse de cette période que les mécanismes de propagande et de promotion politique mis en place par les acteurs politiques – sources primaires du présent travail – ont renforcé la capacité du républicanisme à diffuser ses récits sur la portée historique et le destin de la révolution de septembre. Parmi ces sources, on distingue particulièrement celles destinées à la diffusion populaire, telles que les proclamations, les manifestes, certaines pièces de théâtre, les almanachs, la presse, ainsi que des textes de plus grande envergure intellectuelle, comme les ouvrages historiques. En particulier, l’œuvre de Fernando Garrido, Historia del Reinado del Último Borbón, se démarque12. À cet égard, il est important de souligner que si, d’une part, le choix des sources permet d’identifier les principaux éléments des usages du passé à des fins de politisation, d’autre part, il est plus difficile de mettre en évidence les réflexions et décisions politiques sous-jacentes à ces choix du passé, qui ne deviendront pleinement manifestes que dans la période qui vient d’être décrite. En effet, nombreux leaders républicains, non seulement ont fait appel à l’histoire dans presque tous les dispositifs visant à renforcer la propagande, mais ont aussi écrit des textes à caractère historique. C’est le cas, aux côtés de Fernando Garrido, de Francisco Pi y Margall, Miguel Morayta, Eugenio García Ruiz, Enrique Rodríguez Solís, Nicolás Salmerón et Emilio Castelar, ce dernier étant, en outre, professeur d’histoire à la Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université Centrale depuis 185713.
- 14 Reinhart Koselleck, « Repetitive structures in language and history », dans Karin Tilmans, Frank va (...)
- 15 François Hartog et Jacques Revel (éd.), Les usages politiques du passé, Paris, École des hautes étu (...)
- 16 Alban Bensa et Éric Fassin, « Les sciences sociales face à l’événement », Terrain, n° 38, 2002, p. (...)
- 17 Javier Fernández Sebastián, « Acontecer, experiencia y teoría de la historia », Revista anthropos, (...)
- 18 Jacques Rancière, Les mots de l’histoire. Essai de poétique du savoir, Paris, Seuil, 1992, p. 44.
6Pour atteindre l’objectif proposé, il est essentiel d’engager un dialogue avec deux courants historiographiques majeurs. Outre l’historiographie déjà mentionnée, consacrée à l’étude du républicanisme dans l’Espagne du xixe siècle et aux usages politiques de l’histoire par ce courant, ainsi que certaines de ses contributions dans ce domaine de recherche, il est nécessaire, sur le plan méthodologique, de se confronter à l’historiographie qui, depuis Reinhart Koselleck, a réfléchi sur la temporalité en histoire et sur la sémantique du temps historique14, en particulier le travail de François Hartog et le concept de « régimes d’historicité15 », qui se connecte à la fois avec l’idée de l’« événement16 », l’acontecer selon Javier Fernández Sebastián, et avec tous les concepts qui lui sont liés17. Dans ce cas, il s’agit de l’événement révolutionnaire, et des différentes formes d’articulation du passé auxquelles le républicanisme fédéraliste espagnol du Sexenio a recours pour l’expliquer et le politiser. Par « événement », on entend ici à la fois l’expérience révolutionnaire et sa construction discursive18.
L’événement révolutionnaire de 1868 et son passé
- 19 Quintí Casals Bergés, Todo por el pueblo y para el pueblo. Los orígenes de la democracia contemporá (...)
- 20 Eduardo Higueras Castañeda, La Pluma roja de la prensa federal, Pablo Correa y Zafrilla (1842-1888)(...)
7Avant la révolution de septembre, pendant la période comprise entre 1848 et 1868, les démocrates-républicains ont participé directement à l’élaboration d’au moins cinq tentatives révolutionnaires importantes (en mars et mai 1848, en juin 1857, en juillet 1859 et en juin 1861) et de diverses manières à la spirale révolutionnaire qui avait commencé en 1866 et qui en 1868 avait conduit à la révolution de septembre dite Glorieuse19. Concernant les soulèvements menés par Juan Prim en janvier et juin 1866, puis en août 1867, bien que tous les secteurs républicains n’aient pas adhéré au programme de la coalition (puisque la République ne figurait pas parmi les objectifs révolutionnaires), beaucoup ont vu dans la cause commune de délégitimation de la monarchie isabelline une occasion idéale pour faire avancer leurs propres intérêts. Ces derniers s’étaient déjà manifestés lors de plusieurs révoltes populaires entre 1863 et 186720. En d’autres termes, ils ont imaginé et planifié, comme cela s’est effectivement produit, la républicanisation de la révolution une fois celle-ci accomplie.
- 21 Francesco Benigno et Daniele Di Bartolomeo, Napoleone deve morire. L’idea di ripetizione storica ne (...)
- 22 Á. Duarte, « Los republicanos del ochocientos… », op. cit., p. 207.
- 23 Isabelle Saint-Martin, « Le “Christ républicain” des années 1840 », dans La République et ses symbo (...)
8L’élément transversal à la planification, à la participation possible ou effective aux révolutions, était la charge d’attentes qui y étaient placées. Dans cette dynamique, il ne s’agissait pas seulement d’imaginer l’avenir, mais aussi de la manière dont on regardait vers le passé afin de donner une perspective plus complète à cet avenir, rendant le présent moins incertain21 plus compréhensible pour les masses à instruire22. Dans certains cas, par exemple, l’horizon temporel des projets révolutionnaires prenait l’image d’une promesse salvatrice, comme ce fut le cas avec la tentative révolutionnaire de 1857, où l’un de ses principaux leaders, Sixto Cámara, établit un parallélisme temporel – similaire à celui déjà établi en France pour les années précédant la révolution de 184823 – entre la planification de la révolution et la perspective chrétienne de la passion et de la résurrection du Christ. Selon Cámara :
- 24 Sixto Cámara, Manifiesto de la Junta Nacional Revolucionaria al Pueblo, 1857, Biblioteca Nacional d (...)
9Nous sommes au dernier acte de la passion révolutionnaire. Les peuples ont, eux aussi, leur passion, avant la résurrection […] que toutes les classes […] clouées sur la croix de l’injustice répètent, Seigneur ! Que la volonté du Peuple, qui est ta volonté sacrée, soit rapidement faite sur toute la surface de la terre24.
10Dès lors, lorsque les révolutions échouaient, selon les attentes placées en elles, celles-ci étaient à leur tour réinterprétées, y compris l’horizon temporel dans lequel elles devaient s’inscrire. Dans cette perspective, la révolution de septembre n’avait fait que révéler la véritable nature du destin du peuple révolutionnaire :
- 25 Mariano Calavia, Reflexiones acerca de la Gloriosa Revolución, Madrid, Bailly-Bailliere, 1868, p. 3 (...)
Le peuple […] commence la régénération de son existence : le 29 septembre 1868 […] une amère expérience lui a enseigné que la divinisation de ses rois et sa souveraineté étaient parfaitement incompatibles : le peuple espagnol est républicain25.
11Dans ce contexte, la publication du texte de Francisco Córdova y López, Proclamas de los meses de junio, julio y agosto de 1868, en novembre de la même année, revêt un grand intérêt. Dans ce texte, chaque mois représente une montée en puissance continue qui se dirige de manière « irrépressible » (considérant la date de sa publication) vers le mois de septembre et où, en plus de revendiquer la participation effective de certains secteurs du républicanisme dans les préparatifs révolutionnaires, il est établi, dès la première proclamation, une ligne de continuité avec certaines révolutions importantes du passé.
- 26 Francisco de Córdova y López, Proclamas de los meses de junio, julio y agosto de 1868, Madrid, Impr (...)
Pourquoi combattons-nous ? pour le régime politique de la Constitution de 1812 ? pour la situation politique de 1820 ? […] pour la revendication des bonheurs politiques et des gloires sociales de 1854 ? […] Nous combattons pour que soient une vérité réelle, positive et tangible toutes les promesses d’égalité et de liberté. […] À BAS L’IGNORANCE ! À BAS LA MISÈRE ! VIVE LA RÉPUBLIQUE26 !
- 27 Q. Casals Bergés, Todo por el pueblo…, op. cit., p. 452-463 ; Á. Duarte, « Los republicanos del och (...)
- 28 Sergio Sánchez Collantes et Eduardo Higueras Castañeda, « El pueblo en masa : el impulso republican (...)
- 29 Marie-Angèle Orobon, « 1848-1871, las repúblicas rojas o la heroica derrota del pueblo », dans Merc (...)
12Dans cette perspective, la révolution de 1868 devait également devenir la révolution des révolutions, car la charge sémantique placée sur l’horizon d’attente avait atteint son propre climax, et l’histoire, comme le montrent Duarte, Casals et Suárez Cortina, devient pour le républicanisme fédéraliste un véritable projet27. En premier lieu, parce que la révolution avait mis fin à la monarchie d’Isabelle II et, en second lieu, en raison de la grande participation qu’y avaient eu les classes populaires28. Cet élément, déjà présent dans les mémoires transnationales dès le milieu de la période 1848-1849 et après les révolutions29, ferait du « Peuple » le principal acteur de l’histoire.
- 30 Xavier Granell Oteiza, « Democracia transnacional. Federalismo, lenguajes raciales y prácticas asoc (...)
- 31 Juan Francisco Fuentes et Javier Fernández Sebastián, « The concept of Revolution in nineteenth-cen (...)
- 32 En effet, un autre texte du même auteur, où il compile cette fois une série d’articles publiés dans (...)
13Ainsi, si la chute de la monarchie isabelline avait créé un vide de pouvoir susceptible d’ouvrir la voie à une solution républicaine fédéraliste, l’autre facteur – à savoir la mobilisation populaire – amplifiait les motivations de tous ces secteurs dans lesquels les théories socialistes avaient majoritairement pris racine au cours des dernières années30, secteurs qui, entre autres, grâce à ces différentes théories, avaient également appris à réfléchir sur le concept même de révolution, le définissant et le limitant31. Un exemple en est que dans le même texte de Córdova y López, les « fausses » révolutions (oligarchiques) sont écartées de la « véritable » (sociale)32.
- 33 R. M. González, « Las culturas políticas... », op. cit., p. 210-214 ; María Cruz Romero, « La sombr (...)
- 34 Roger Chartier, Les origines culturelles de la Revolution française, Paris, Seuil, 1990, p. 161-195
- 35 El Huracán, 29 janvier 1840.
- 36 F. Benigno et D. di Bartolomeo, Napoleone…, op. cit., p. 57-86.
14Ainsi, alors que dans la première proclamation l’auteur avait fait une sélection de moments du passé révolutionnaire espagnol, dans la seconde il fait converger la révolution avec deux points de référence fondamentaux du passé transnational, relançant la révolution vers un point de référence encore plus lointain, par rapport à la proclamation de la constitution de Cadix : la révolution française de 1793 (et non celle de 1789), qui se connectait à la grande influence que les idées du jacobinisme et, plus récemment, du socialisme avaient exercée sur la pensée républicaine dans les décennies précédentes33. Le choix de 1793 est d’une grande importance car il permet de voir comment projeter l’avenir de la révolution signifiait choisir au sein de la Grande Révolution ce moment historique qui, adhérant avec plus de naturel à leur propre cause, démontrait comment la désacralisation et la délégitimation d’un monarque devait inévitablement conduire à la naissance d’une république34. De la même manière, Córdova y López remontent, comme l’avaient déjà fait d’autres républicains espagnols par le passé35, et avant eux certains protagonistes majeurs de la Révolution française dès 178936, jusqu’à la révolution anglaise de Cromwell :
- 37 F. Córdova y López, Proclamas de los meses de junio…, op. cit., p. 11.
depuis que les peuples anglais et français ont tenu entre leurs mains les têtes de ces deux rois [Charles Ier et Louis XVI], tous les peuples de la terre peuvent s’exclamer, en répétant avec le peuple anglais et français : Les peuples ne veulent en rien des rois, parce qu’ils n’en ont en rien besoin37.
- 38 Reinhart Koselleck, « The Unknown Future and the Art of Prgnosis », dans Idem, The Practique of Con (...)
- 39 Fernando Garrido, El socialismo y la democracia ante sus adversarios (prólogo de Mazzini), Londres, (...)
- 40 Alice De Matteo, « De Caprera all’Europa. Federalismo e Rivoluzione tra il 1861 e il 1864 », dans F (...)
15En établissant cette forme de parallélisme historique, ces républicains fédéralistes de la révolution espagnole de 1868 se plaçaient dans une boussole temporelle capable de garantir, en ce qui concernait l’avenir, une certaine prévisibilité38. Dans cette dynamique, la publication entre 1868 et 1869 des trois grands volumes de Fernando Garrido : Historia del Reinado del Último Borbón, revêt également une grande importance, car dès le titre, ils manifestent l’horizon historique de lecture dans lequel ils se situent, surtout en considérant que, d’un point de vue transnational, l’amitié entre Garrido et Mazzini avait consolidé une forte perspective fédéraliste39, perçue et proclamée comme un mouvement libérateur40. De plus, dans le cadre du processus d’unification italienne, le républicanisme fédéral espagnol cherchait à aller au-delà de ce que ses modèles en Italie avaient accompli.
- 41 F. Garrido, Historia del Reinado..., op. cit., p. 10 et p. 15.
L’histoire du règne d’Isabelle II va nous démontrer que ce n’est pas seulement la dynastie bourbonienne qui a agonisé et qui est morte au cours des 35 dernières années, mais que le vrai cadavre enterré par le peuple espagnol c’est la monarchie constitutionnelle […]. Sans doute la monarchie constitutionnelle est un pas en avant vers […] la République démocratique […]. Ils nous inspirent de la pitié ceux qui, sur les ruines qu’emporte le flot révolutionnaire, veulent reconstruire le pont monarchique renversé41 !
16Cette perspective se connecte à la double fonction qu’avaient les proclamations de Córdova y López, d’abord, pendant les préparatifs révolutionnaires, puis les mêmes réunies en un seul livret, après le triomphe de la révolution. Si, d’une part, la circulation des proclamations – avant la révolution – visait l’adhésion populaire au moment révolutionnaire à venir, leur regroupement et leur publication, une fois que le gouvernement provisoire avait été organisé (le 8 octobre), placent les proclamations dans une perspective de revendication de l’événement révolutionnaire récent, les déplaçant cependant vers une nouvelle ligne temporelle conduisant in fine à la formation de la République. Cette revendication historique s’est appuyée sur l’ensemble des dispositifs de propagande républicaine, notamment les supports iconographiques. Parmi ceux-ci, on compte les représentations lithographiques et les cartes de visite des « Gefes del alzamiento republicano federal en España de 1869 » (fig. 1), qui rivalisent alors avec les cartes diffusées des « Gefes libertadores de España » – Prim, Serrano et Topete (fig. 2).
17Arrivés à ce point, les usages publics du passé qui peuvent être mis en évidence au cours des premières semaines suivant la révolution sont au nombre de trois :
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L’usage cumulatif par lequel tous les moments significatifs de caractère révolutionnaire de l’Espagne du xixe siècle étaient appelés à converger dans la révolution de septembre.
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L’usage de la répétition historique par lequel l’expérience cruciale de la Révolution française et, par extension, celle de Cromwell, représentaient deux points de référence importants à considérer en parallèle à leur propre présent.
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- 42 F. Hartog, Régimes d’historicité…, op. cit., p. 106-112.
- 43 Á. Duarte, « Los republicanos del ochocientos…, op. cit., p. 208.
De manière implicite aux deux précédents, l’usage pédagogique et instructif, qui se manifestait lorsque les leaders du républicanisme mettaient en évidence l’importance de l’Historia magistra vitae42, surtout dans la mesure où la grande majorité d’entre eux se fondaient sur le courant historiciste qui, avec l’idée de progrès, établissait les lois du droit naturel et, dans cette perspective, rendait infaillible, par une opération historiciste43, l’avènement de la République.
- 44 F. Garrido, Historia del Reinado…, op. cit., p. 15.
18Par conséquent, à la délégitimation de la reine et à l’importance de la participation populaire, s’ajoutait l’historicisation rapide de la révolution de septembre, en tant qu’événement impérieux qui cherchait à aller au-delà de ceux qui voulaient reconstruire ce « pont monarchique renversé44 ».
La révolution trahie
19Les mois d’octobre et de novembre, qui ont suivi la révolution de septembre, ont été décisifs pour le républicanisme dans son effort pour articuler son programme politique et gagner les classes populaires à sa cause. Un bon exemple en est la première à Málaga de la pièce du républicain Francisco Flores y García, « ¡El 11 de diciembre! », laquelle dès le premier acte met en évidence :
- 45 Francisco Flores y García, ¡El 11 de diciembre!, Málaga, Imprenta de D. Manuel Oliver, 1868, p. 8.
Ce peuple qui s’agite aujourd’hui en exhumant sa gloire parce que dans sa brillante histoire se trouve une cause bénie […] est un peuple qui commence à présent à se connaître lui-même. Le peuple qui se rend aujourd’hui sur la tombe de Torrijos dans ses efforts laborieux et qui secoue le joug oppressif, est le peuple souverain qui, en levant la tête, prend lui-même la justice en main45.
- 46 Pierre Marie Delpu, Les nouveaux martyrs. xviiie-xxe siècle, Paris, Passés composés, 2024.
- 47 Christopher Bayly et Eugenio Biagini, Giuseppe Mazzini and the Globalization of Democratic National (...)
- 48 Alphonse de Lamartine, Histoire des Girondins, Paris, Furne et Coquebert éditeurs, 1847.
- 49 Maurice Agulhon, 1848 ou l’apprentissage de la République (1848-1852), Paris, Seuil, 1973.
- 50 Éric Fournier, « La Commune n’est pas morte » : Les usages politiques du passé de 1871 à nos jours, (...)
20À travers cette forme d’évocation, comme on peut le voir, l’œuvre fonctionnait comme un puissant catalyseur des différents usages du passé qui ont été mentionnés, dans la mesure où, en premier lieu, elle commémorait et s’appropriait l’un des événements révolutionnaires appartenant à la ligne temporelle qui avait son origine à Cadix. En second lieu, elle exaltait l’histoire de la révolution populaire comme une sorte de conscience collective, où le « aujourd’hui » du peuple de cette révolution devenait – par répétition – également le « aujourd’hui » du peuple de la révolution présente. En troisième lieu, comme dans le cas de diverses expériences politiques à l’échelle européenne46, cette conscience collective avait pour fonction de servir à la fois d’hommage « aux martyrs de la liberté » et de moyen de raconter l’histoire tout en la produisant : un espace privilégié où la narration appelait nécessairement à l’action. Les usages du martyre politique dans les cas italien et français sont bien connus et remplissent une fonction très claire : établir un lien historique entre le passé et les besoins du présent. En Italie, Mazzini fit de figures comme les frères Bandiera47, exécutés en 1844, de véritables symboles du sacrifice révolutionnaire, tandis que Garibaldi exalta les volontaires tombés pour l’unité italienne. En France, Lamartine glorifia les martyrs de la Révolution de 179348, et les républicains du xixe siècle firent de même avec les victimes de la répression de 184849, ainsi qu’avec les communards de 1871, érigés en références majeures pour légitimer leurs luttes contemporaines50. Cette ultime défense de la mémoire s’inscrivit progressivement dans une revendication portée presque exclusivement par le camp socialiste.
- 51 Q. Deluermoz, Commune(s)…, op. cit., p. 286. On peut notamment se référer à l’ouvrage de Philip Nor (...)
- 52 Michel Cordillot, « La Commission ouvrière de 1867 », dans Idem, Aux Origines du socialisme moderne (...)
21Ce phénomène s’inscrit par ailleurs dans un contexte plus large : celui des années 1860 en France, où l’on assiste à un véritable « moment républicain », marqué par un positivisme affirmé et un anticléricalisme croissant. Ce moment est d’autant plus significatif qu’il contribue puissamment à la construction d’institutions paraétatiques – telles que l’Université ou le barreau –, à l’émergence d’une presse d’opposition récente (Le Réveil, La Lanterne), à la formation de ligues comme celle de l’enseignement, ou encore au retour des cultes républicains51. Il convient également de rappeler que le désir d’organisation associative dans les milieux ouvriers s’exprime non seulement en France, mais aussi largement à l’échelle européenne, comme en témoigne notamment la Commission ouvrière de 1867, instaurée à l’occasion de l’Exposition universelle52.
- 53 Fernando Garrido, Biografia de Sixto Cámara, Barcelona, Librería de Salvador Moreno, 1860.
22En ce sens, l’acte de rendre hommage à ces martyrs ajoute, aux usages précédents, celui de la commémoration et du rituel. Dans celui-ci, à travers les anniversaires, les visites aux tombes et l’évocation de moments spécifiques des révolutions passées, s’opère une appropriation ultérieure de ces derniers, préfigurant toute une série d’éléments qui constitueraient une partie fondamentale de l’arsenal symbolique d’un gouvernement républicain imaginé comme stable. Il n’est pas étonnant qu’à cette époque déjà, aux martyrs de la liberté s’ajoutaient des figures du républicanisme, comme Sixto Cámara, mort lors de la préparation de l’insurrection manquée de 1859 et qui, déjà dans sa manière de concevoir la révolution, avait préparé le terrain pour sa propre « béatification » politique53.
- 54 Romualdo Lafuente, Málaga y sus opresores, Oran, 13 de Enero de 1869.
- 55 F. Córdova y López, Proclamas de los meses de junio…, op. cit., p. 32
- 56 Las Barricadas Republicanas de Valencia, Zaragoza y Barcelona, Madrid, Labajos, 1870, p. 66.
- 57 F. Peyrou, La Primera República…, op. cit., p. 79-81.
23Entre-temps, la formation du gouvernement provisoire et des Cortes constituantes (entre janvier et juin 1869) s’était transformée, en plus d’un motif de lutte54, en un prétexte historico-narratif pour la configuration d’un nouveau récit sur la révolution de septembre. Désormais, cette dernière passait d’être la révolution de « la proclamation de la République55 » à être une révolution trahie ou, du moins, tronquée, en conséquence en cours et toujours à compléter : « la République Fédérale marchera vers son trône56 ». En effet, dans un premier temps, la formation du gouvernement provisoire, intégré seulement par des progressistes et des unionistes, avait rompu la coalition révolutionnaire, donnant lieu à la rupture du Parti Démocratique et au début du Parti Républicain Démocratique Fédéral57. Cependant, dans un second temps, le nouveau corpus constitutionnel, au-delà de garantir certaines des plus importantes exigences démocratiques de l’époque, avait maintenu une ligne conservatrice sur les droits individuels et, surtout, avait défendu, avec l’article 33, la compatibilité de la démocratie avec la monarchie.
- 58 José María Patiño, Pasado, presente y porvenir del Pueblo, Madrid, R. Labajos, 1869, p. 6.
- 59 El Combate, « Los reaccionarios y los facciosos », año I, 8 de noviembre de 1870 ; Luis Moreno, « R (...)
24Dans cette dynamique, la période comprise entre la seconde moitié de l’année 1869 et l’élection d’Amédée de Savoie comme nouveau monarque constitutionnel, représentait, en plus d’un temps de tension entre la coalition triomphante et les républicains, une nouvelle occasion de lire le présent dans une perspective historique, établissant une lecture de la révolution de septembre comme une « révolution trahie » et une perspective historique où sa « régénération » devait conduire à la République58. Dans les pages de El Combatiente, on peut lire aussi : « Qui sont les ennemis de la liberté ? Ceux qui depuis les premiers jours de la révolution de septembre se sont toujours placés avec tout leur pouvoir du côté de ceux qui ont poignardé un millier de fois le peuple. »59.
- 60 Romualdo Lafuente, « El pasado, el presente y el porvenir », Ibid., p. 692.
25En ce sens, le destin de la révolution était reporté à un futur proche60. De sorte qu’en même temps qu’une expérience d’accélération historique en vue de la République, le besoin continu d’interpréter et de réinterpréter la révolution de septembre fait de celle-ci un passé mobile capable de s’adapter aux circonstances.
- 61 Roque Barcia, «Épocas célebres de España », Ibid., p. 279-281.
- 62 Juan Mercado, «La Religión y el papa », Ibid., p. 200-214.
26Dans cette perspective, les républicains ont élaboré une nouvelle chronologie nationale, allant des temps anciens aux temps modernes, tout en prolongeant la tradition qui devait aboutir à la République61. Publié en 1870, la formulation du calendrier permettait, en plus de mentionner le couronnement d’Amédée de Savoie en janvier de l’année suivante, de relier les événements de l’Espagne au présent politique italien le plus récent (avec lequel ils partageaient désormais le même lignage monarchique-constitutionnel). En cela, la partie la plus intéressante ne portait pas tant sur la présence d’un monarque savoyard, mais sur « la chute de la Porta Pia62 » , événement qui avait mis fin au pouvoir temporel des papes et permis au royaume italien de s’emparer de ce qui restait de l’État pontifical. Ainsi, on privilégiait l’aspect révolutionnaire du processus d’unification italienne, en mettant entre parenthèses son caractère conservateur, qui, aux yeux des républicains fédéralistes espagnols, avait éclipsé les efforts de Mazzini et Garibaldi pour faire de l’Italie une république.
27Dans cette dialectique, la connaissance du présent et du passé accorde aux républicains une possibilité d’action qui allonge l’horizon temporel et spatial de la révolution et fait de celle-ci une révolution « rédemptrice » non seulement pour l’Espagne, mais aussi au niveau international, de sorte que, comme pour d’autres concepts, y compris celui de « révolution » et celui de « progrès », il est également fondamental de comprendre le type de « rédemption » qui est revendiqué. Selon Paul y Angulo :
- 63 José Paul y Angulo, « La farsa de la revolución de septiembre, Ibid., p. 474
Nous vivons des temps de rédemption […]. Et en vérité si l’on prête attention au fait qu’aurait dû nous gouverner une Constitution qui a été sur le point de pouvoir être qualifiée de démocratique […] il ne faudrait pas demander grand-chose à la révolution de septembre pour l’émancipation absolue du peuple63.
- 64 Francisco Córdova y López, Le Salut du Peuple, ou la République démocratique fédérale, Madrid, 1871 (...)
28Dans ce même contexte, paraît le livre de poèmes du républicain José Espinal y Fuster, La Redención. Le parcours que propose l’auteur dans ces poèmes consiste en une opération sémantique de translation et de politisation de certains concepts religieux importants du christianisme. Ainsi, dans les poèmes « Jerusalén », « El Gólgota », « El papado », il s’efforce de revendiquer l’idée de Jésus-Christ comme un libérateur, le démarquant de la religion et du pape, revendiquant dans « L’apostolat » l’importance de la propagande politique comme évangélisation et faisant des révolutionnaires républicains de véritables apôtres et des martyrs potentiels. Enfin, il établit dans le poème « La Révolution » la ligne temporelle à travers laquelle cette « rédemption » est atteinte, ou, comme d’autres républicains l’ont appelée, « le Salut du Peuple »64, et qui, dans la plus vaste histoire des révolutions, avait trouvé son siège le plus récent en Espagne
- 65 José Espinal y Fuster, La Redención, Barcelona, Hijos de Domenech, p. 77-85.
ce n’est plus l’Italie n i la France impie/ La puissance qui se proclame libre […] Regardez l’Espagne dont la monarchie/ Revendique son droit depuis des siècles/ comme elle renverse héroïque les tyrans/ Sous le mont de ses droits souverains […]/ Gisent désormais les Bourbons détrônés65.
29Comme on peut le constater, à mesure que le ton du message oscille entre le politique et le religieux – et vice versa –, l’expérience d’accélération historique acquiert des connotations millénaristes : le temps se vide de son contenu empirique, cesse d’être perçu comme une continuité linéaire, pour se reconfigurer en un idéal-type, structuré autour d’oppositions absolues entre le bien et le mal, l’enfer et le paradis. Parallèlement, cette dynamique se présente comme une transposition révolutionnaire de la translatio imperii, cette fois en clé républicaine : la révolution y apparaît comme un processus de transfert historique, qui, après avoir parcouru d’autres nations – et leurs mémoires –, atteint enfin le pays où est appelée à réaliser pleinement la régénération dont elle se veut le vecteur – en l’occurrence, l’Espagne. Selon Enrique Arredondo :
- 66 Enrique Arredondo, « O la luz o las tinieblas », Anuario…, op. cit., p. 219-220.
[…] comme une conséquence inévitable de ce progrès indéfini, la France, l’Italie et l’Espagne, trois nations puissantes de la race latine, ont secoué respectivement les jougs de Napoléon, le traître du 2 décembre, de Pie IX, le bourreau de Monti et Togneti, et d’Isabelle II de Bourbon, la reine scandaleuse et légère […]. Il n’y a pas de moyen terme possible, et le moment est celui-ci […]. Ou libres ou esclaves, ou républicains ou cosaques, ou la lumière ou les ténèbres66.
Temps séculier, temps sacré
- 67 María del Pilar Salomón Chéliz, « El laicismo republicano y la cuestión religiosa », dans M. Suárez (...)
- 68 Eugenio García Ruiz, Historia de La Internacional y del federalismo en España, Madrid, Arce de Sant (...)
- 69 Alicia Mira Abad, « A la revolución por la secularización. Rupturas y continuidades en los discurso (...)
- 70 Francisco Pi Y Margall, La reacción y la revolución, Barcelona, 1854, p. 17.
30Bien que la relation entre les cultures politiques républicaines, la religion et la religiosité n’ait pas été homogène67 et du fait qu’il y avait des versions alternatives à la fédérale68, l’élément commun était l’idée que l’avènement de la République représentait, par opposition à l’ordre monarchique, la « salvation » et la « rédemption ». Cette idée, du début à la fin, supposait une perspective téléologique et une utilisation téléologique du passé. Par conséquent, bien que les cultures politiques républicaines pussent différer en ce qui concerne le christianisme, la question relative à la liberté des cultes et, surtout, la place que devait avoir l’Église dans la société69, elles convergeaient sur deux points essentiels. Le premier est celui de la reconnaissance de l’Évangile comme un code de comportement ; selon les mots de Pi y Margall – qui considérait la religion comme une chose du passé70 :
- 71 Idem, « Exposición de bellas artes », La América. Crónica Hispano-Americana, 19, 8 de diciembre de (...)
Le christianisme apparaît sous un aspect plus social que religieux : il se manifeste au sein de l’humanité et non dans l’éternité incréée […] en le dépouillant de tout le mysticisme du Moyen-Âge on en est arrivé à considérer l’Évangile comme le code du futur royaume de la justice sur la terre71.
- 72 F. Hartog, Chronos…, op. cit., p. 76.
31Le deuxième est la structure temporelle – et narrative – que François Hartog a dénommée comme « régime chrétien d’historicité », dans lequel « le présent se donne de plus comme ‘plénitude’ du temps. Certes le passé importe, mais pour autant qu’il annonce et préfigure le présent72 ».
- 73 À propos de la question du temps Kairos et du temps Krisis dans le républicanisme : Jorge Vilches G (...)
- 74 Roque Barcia, El Evangelio del Pueblo, Madrid, Establecimiento tipográfico Fortanet, 1869, p. 45
32Une telle structure narrative se développe à travers la relation entre les concepts de Chronos, Krisis et Kairos. Dans la même mesure où l’expérience de l’accélération historique causée par l’événement révolutionnaire et ses lectures historiques permet aux républicains d’anticiper la formation de la République, elle leur permet également de discerner la convergence entre les difficultés politico-sociales du dernier règne des Bourbons (Krisis), le temps idéal pour l’avènement de la République (Kairos)73, et le temps linéaire-séculier du processus révolutionnaire (Chronos). De cette manière, le passé des révolutions devient un temps prophétique, grâce à la redéfinition du concept de « révolution » qui lui confère ce sens : « Espagnols, savez-vous ce que c’est que cette révolution ? C’est celle qui met fin aux révolutions74 ».
- 75 Q. Casals Bergés, Todo por el pueblo…, op. cit., p. 559.
- 76 La Campana de Gracia, 15 janvier 1871.
33L’expérience de la monarchie d’Amédée Ier accentua cette lecture téléologique, en grande partie parce que son élection, accompagnée d’une intensification de la répression des républicains et d’une aggravation de la corruption électorale, renforça à la fois l’urgence de l’instauration de la République et la fracture entre deux courants : d’un côté, ceux qui privilégiaient une transition légale, et de l’autre, un groupe de plus en plus influent qui considérait la voie insurrectionnelle comme la seule alternative possible75. Face à l’idée d’un monarque étranger, qui gouvernait non par la volonté populaire de la Nation, mais par la volonté de quelques-uns, le républicanisme a poussé avec encore plus d’insistance l’idée transversale de la République comme l’avènement d’un temps salvateur. À ce propos, la caricature de La Campana de Gracia (fig. 3), réalisée quelques jours après le couronnement d’Amédée, met en scène la typique allégorie du Temps – ce vieil ange à la fois sage et impitoyable – tenant dans sa main droite un bonnet phrygien et prononçant ces mots, comme s’il anticipait déjà le destin de la monarchie récemment instaurée : « Ceci, je ne le jetterai pas dans le sac, comme tout le reste, parce que je vois que c’est bon et que cela peut me servir ». « Tout le reste » représente les symboles des monarchies et empires, qui sont désormais une question du passé76.
- 77 J. Fernández Sebastián, « Textos, conceptos y discursos… », op. cit., p. 138.
- 78 Ceferino Tresserra, Catecismo de la Federación Republicano-Democrática, Madrid, Moliner y Compañía, (...)
34Dans ce grand horizon temporel, entre temps sacré et temps séculier, où convergent les divers emprunts et formules entre christianisme et républicanisme, se configure un véritable phénomène de syncrétisme politico-religieux. Dans ce contexte, l’emploi de concepts communs77 tels que « apostolat », « martyre », « sacrifice », « évangile », « actes de foi », « dogme », et « crédo » se traduit continuellement en expressions comme « apôtres de la liberté », « évangile de la démocratie » et « crédo républicain »78.
- 79 Éléonore Reverzy (éd.), Témoigner pour Paris. Récits du Siège et de la Commune (1870-1871). Antholo (...)
- 80 Ramón De Cala, Los comuneros de Paris-Historia de la revolución de Francia en 1871, t. I et II, Mad (...)
- 81 Q. Deluermoz, Commune(s)…, op. cit., p. 405-435.
- 82 Concernant la division du républicanisme fédéral entre une révolution légale (pacifique) et une rév (...)
- 83 La Flaca, 6 juin 1871.
35Comme on peut le voir, dans cette forme de présentisme, aux événements les plus récents de l’Italie unifiée s’ajoutaient ceux de la France, en pleine guerre contre la Prusse. S’affirmait explicitement une division où la République est le bien, tandis que les monarchies sont le mal. De la même manière, l’expérience de la Commune parisienne représenta un point de référence décisif : les nouvelles qui parvenaient de toutes parts, témoignant de l’événement79, de ses merveilles et de ses contradictions, firent qu’elle devint rapidement pour le républicanisme fédéraliste espagnol un miroir temporel, qu’il fallait historiser rapidement80 et sur lequel projeter à la fois des sentiments de solidarité et des reproches81 et des distances par rapport à ce qui ne pouvait se produire dans la République espagnole, surtout à l’aube – comme c’était l’objectif de beaucoup à l’époque – d’une révolution violente82. De cette manière, le journal satirique républicain La Flaca (fig. 4), en opposition à l’opinion républicaine intransigeante défendant la Commune à tout prix, publia, le 6 juin 1871, une caricature illustrant son rejet de la violence qualifiée de « socialiste ». Prenant ses distances avec ces événements, l’allégorie de la République y repousse ces actes violents, en écho au jugement du journal français Le Siècle : « … Si ce sont cela, les actes du socialisme, que le socialisme reste enterré sous les décombres des Tuileries83 ».
- 84 F. Hartog, Chronos…, op. cit., p. 76.
- 85 Ainhoa Gilarranz Ibañez, « La representación gráfica de España en la publicación republicana La Fla (...)
- 86 Nicolás Díaz Benjumea, Cartilla para electores, Madrid, Librería de Mariano Escribano, 1868, p. VII (...)
36Dans cette dynamique, tout en interagissant avec les rapprochements et les divergences entre la perspective temporelle du christianisme et la vision salvatrice du républicanisme fédéraliste, il reste néanmoins essentiel de souligner deux différences fondamentales avec ce dernier : l’absence d’un « messie républicain » et la forme spécifique que prend l’idée de « rédemption ». Alors que dans l’horizon d’attente du christianisme se trouve le retour du prophète, Jésus-Christ, « [qui] est à la fois un signe de la fin, celui qui donne leur vrai sens aux signes répertoriés dans l’Ancien Testament et celui qui initie effectivement la fin dans le présent, la fichant dans le temps chronos84 », dans le républicanisme, du moins jusqu’en janvier 1873, il n’y a pas de messie, mais plutôt une perspective messianique qui se traduit en une forme de gouvernement et qui est représentée par le corps allégorique de Marianne. Marianne, à son tour, assume souvent différentes formes mythologiques ou religieuses selon le type de représentation : triomphante ou humiliée85. Ainsi, la rédemption ne vient pas de l’œuvre d’un prophète attendu, mais, selon les mots de Nicolás Díaz Benjumea : « Ce salut dépend des peuples eux-mêmes […] aucun Messie n’est descendu sur terre pour nous rédimer. Les Espagnols ont voulu être libres, et ont fait montre de courage, de tenacité et de persévérance pour l’être »86.
Avant et après la révolution de septembre
37L’événement révolutionnaire de 1868 est devenu, pour le républicanisme fédéraliste, un champ herméneutique majeur à travers lequel promouvoir l’avènement de la République. Chacune des opérations de mise en récit publique de cet événement s’inscrit dans un effort programmatique de légitimation politique, tout en articulant une conception complexe et dynamique du temps – à la fois symbolique, dogmatique et mémoriel – au service d’une relecture républicaine de l’évolution historique.
38En tant qu’événement, la révolution de septembre, tout au long du Sexenio Democrático, a représenté pour le républicanisme un point de rupture qui a divisé le temps historique en un avant et un après, reprenant ses concepts politiques et la structure narrative du « régime chrétien d’historicité ». Interprétée comme un grand événement, la révolution de septembre, à l’instar d’autres grands moments révolutionnaires européens, a vu converger et coexister au moins trois formes d’expérience temporelle, intégrant à la fois la téléologie des événements passés et la promesse d’un avenir salvateur. La première de ces formes est l’expérience du temps même de la révolution en tant que temps-charnière et accélération historique. La deuxième s’installe entre l’idée de « la révolution trahie » et l’instauration de la république, un temps nodal qui s’est développé dans la tension entre Krisis et Kairos, entre des approches apocalyptiques et des prophéties salvatrices, ainsi qu’entre les idées de compléter la révolution de manière pacifique ou bien violente. La troisième est celle du temps rituel, qui prévoit la circularité du temps comme espace idéal pour commémorer, célébrer et affirmer les identités républicaines qui tournent autour d’une série de moments et de personnages historiques.
- 87 Q. Deluermoz, Commune(s)…, op. cit., p. 298.
39Au cœur de chacune de ces trois expériences, les mémoires transnationales des révolutions passées ont joué un rôle fondamental – d’une part comme trames narratives et comme modèles interprétatifs, en particulier à travers l’exemple de la Grande Révolution. Face à ces références, les républicains fédéralistes ont tissé un discours mêlant culte, admiration et critique : les modèles devenaient ainsi des repères temporels, à la fois à suivre et à rectifier. D’autre part, ces références ont participé à la construction d’une vaste trame historique aux contours géographiques et chronologiques flous. Si la Révolution française restait le modèle narratif par excellence de ce moment charnière, l’effort pour légitimer historiquement l’instauration immédiate de la Première République espagnole conduisit à l’intégration, dans un récit révolutionnaire élargi à l’échelle européenne, d’expériences parfois très différentes. Ce récit ne suivait pas tant une ligne de continuité temporelle qu’une logique de fragmentation recomposée – comme chez les révolutionnaires de la Commune – à travers des « morceaux de passé fossilisés87 », pour reprendre l’expression de Quentin Deluermoz, qui se reliaient et s’entrecroisaient afin de donner sens à l’action politique présente.
- 88 Hernán Rodríguez Vargas, « La ilustración republicana federal (1871-1872). Comunicar la fe republic (...)
- 89 Marie-Angèle Orobon, « Años 1870 y 1871 en Francia y en España: a vueltas con el pueblo », Historia (...)
40C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’effort constant des républicains fédéralistes espagnols : non seulement pour inscrire leur histoire politique dans la grande tradition des révolutions passées, mais aussi pour rendre hommage aux figures révolutionnaires, anciennes et contemporaines, à l’échelle internationale. Ils diffusèrent ainsi images et biographies de révolutionnaires étrangers aux côtés de celles des figures espagnoles – de Cromwell à Mazzini, de Marx à Sixto Cámara88, jusqu’aux héros populaires de la Commune de Paris89. Se dessinait alors une mémoire partagée, celle d’une vaste famille révolutionnaire transnationale.
- 90 Daniele Di Bartolomeo, Una storia in tempo reale. La rivoluzione francese raccontata dai suoi prota (...)
41À ces formes s’ajoute une dernière expérience, qui peut être définie comme une « histoire en temps réel90 », où certains événements du présent – y compris la révolution elle-même – sont qualifiés, définis et narrés pendant leur déroulement et, en raison de leur importance, comme des événements historiques, appartenant déjà au passé dès leur survenance. Cela s’est produit, comme on l’a vu, avec la chute de la Porta Pia, avec la guerre franco-allemande et, en particulier, avec la Commune.
- 91 Bernard Lahire, « Remarques sociologiques sur le linguistic turn. Suite au dialogue sur l’espace pu (...)
- 92 J. Fernández Sebastián, « Textos, conceptos y discursos… » op. cit., p. 140.
42Dans ces différentes expériences du temps historique et des usages publics de l’histoire qui en furent à la base, il est fondamental de se rappeler que le langage a été l’outil essentiel qui entre dans la constitution même de la pensée et des relations sociales91. Ainsi, les emprunts au vocabulaire religieux et eschatologique du christianisme, les controverses pour définir certains concepts92 – « révolution », « progrès », « rédemption », ainsi que l’effort pour distinguer les « vraies » des « fausses » interprétations, se révélèrent décisifs. Dans leur ensemble, tous ces usages avaient pour objectif commun, en plus d’aider les acteurs à s’orienter dans leur propre présent et de contribuer à affirmer les mécanismes de promotion politique, de préparer le terrain pour établir les bases d’un processus plus large de nationalisation, décliné sous une forme républicaine.
- 93 Sergio Sánchez Collantes et Eduardo Higueras Castañeda, « La inflexión conservadora : la oposición (...)
43Le triomphe puis l’échec de la Première République compromirent toutes les interprétations historiques de la révolution de septembre. Toutefois, la mythopoiesis de cette révolution, alimentée par une grande production de dispositifs narratifs et iconographiques visant à sa rapide mystification, laissa ouverte la possibilité de repenser et de reformuler le temps historique. En ce sens, après l’échec de la République, la révolution de septembre s’inscrivait, d’un côté, dans le répertoire mémoriel des révolutions manquées, mais, de l’autre, elle se distinguait par un important degré démocratique et un premier acte de rupture décisive avec le passé monarchique. En cela, les interprétations historiques transnationales de la révolution laissèrent alors comme véritable solde, l’élargissement des cultures politiques républicaines, de leurs identités, symboles, mémoires et nostalgies, ainsi qu’une série d’apprentissages sur la façon dont les constructions du temps, effectuées à travers des sélections du passé et des projections du futur, pouvaient être au service des intérêts du présent93.
Fig. 1 : Andrés de Salas, « Gefes [sic.] del alzamiento republicano federal de España en 1869 », lithographie, 72 x 52 cm, Biblioteca Nacional de España.
Source : Madrid, Biblioteca Nacional de España, IH-GRUPOS/60. Reproduction : Biblioteca Digital Hispánica ; <https://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000036793> ; CC BY.
Fig. 2 : [anonyme], « Los Gefes [sic] libertadores de España: Prim, Serrano, Topete », carte de visite, 9x5cm, Biblioteca Nacional de España.
Source : Madrid, Biblioteca Nacional de España, 17/222/353. Reproduction : Biblioteca Digital Hispánica ; <https://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000228450> ; CC BY.
Fig. 3 : [anonyme], « Lo Temps Drapayre », La campana de gracia, 15 janvier 1871, Biblioteca Nacional de España.
Source : Madrid, Hemeroteca Municipal, 10. Reproduction : Biblioteca Virtual de Prensa Histórica. Ministerio de Cultura y Deporte de España ; <https://prensahistorica.mcu.es/es/publicaciones/numeros_por_mes.do?idPublicacion=4239&anyo=1871> ; CC BY.
Fig. 4 : A.W. (Tomás Padró y Pedret), La Flaca, 6 juin 1871, Biblioteca Nacional de España.
Source : Madrid, Biblioteca Nacional de España, R/21091, N. 90. Reproduction : Hemeroteca Digital ; <https://hemerotecadigital.bne.es/hd/viewer?oid=0004091458> ; CC BY.
Notes
1 En ce qui concerne l’impact et les portées de la révolution de septembre, voir les volumes de la revue Ayer, 44/2001 (El Sexenio democrático) et 112/2018 (Revisar la Gloriosa), ainsi que le volume plus récent du Bulletin d’Histoire Contemporaine de l’Espagne, n° 55, 2020, « Révolution, Démocratie et Constitution », <https://doi.org/10.4000/bhce.1408> (consulté le 13 février 2024).
2 Javier Fernández Sebastián et Gonzalo Capellán, « Democracy in Spain, An Ever-Expanding Ideal », dans Joanna Innes et Mark Philp (éd.), Re-imagining Democracy in the Mediterranean 1780-1860, Oxford, Oxford University Press, 2018, p. 53-76 ; Guy Thomson, The Birth of Modern Politics in Spain, Democracy, Association and Revolution, 1854-75, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2010.
3 Ignacio García de Paso García, « El 1848 español ¿Una excepción europea? », Ayer, n° 106, 2017, p. 185-206.
4 Rafael Serrano et Rafael Villena, « Revolución, Democracia y Constitución », Bulletin d’Histoire Contemporaine de l’Espagne, n° 55, 2020, p. 31.
5 À propos de la naissance et du développement du républicanisme espagnol au xixe siècle : Ángel Duarte Montserrat, « Historias de federales, historia republicana », Historia y Política, n° 6, 2001, p. 7-30 ; Idem, « Sin Historia no hay Republicanos », Historia Contemporánea, n° 37, 2008, p. 321-342 ; Juan Sisinio Pérez Garzón, « Los factores de desarrollo del republicanismo federal de 1808 a 1874 », Cuadernos Republicanos, n° 54, 2004, p. 14-41 ; Florencia Peyrou, « A dream of freedom. Democracy and republicanism in Spain 1840-1868 », Historicky Časopis, Bratislava, Slovak Academic Press, 2009, p. 195-222 ; Idem, La Primera República, Auge y destrucción de una experiencia democrática, Madrid, Akal, 2023.
6 Francisco Córdova y López, La Salvación del Pueblo o La República Democrática Federal, Madrid, La Popular, 1871.
7 On renverra par exemple aux travaux suivants et à la bibliographie qui y est citée : Román Miguel González, « Las culturas políticas del republicanismo histórico español », Ayer, n° 53, 2004, p. 207-236 ; Nicolás Berjoan, Eduardo Higueras Castañeda et Sergio Sánchez Collantes, El Republicanismo en el espacio ibérico contemporáneo. Recorridos y perspectivas, Madrid, Casa de Velázquez, 2021 ; Manuel Suárez Cortina, El león durmiente. Democracia, republicanismo y federalismo en España, 1812-1936, Santander, Universidad de Cantabria, 2022, p. 76-179 ; María del Pilar Salomón Chéliz, « El laicismo republicano y la cuestión religiosa », dans Manuel Suárez Cortina (dir.), La Federal, la primera República Española, Madrid, Sílex, 2023, p. 123-148.
8 François Godicheau, « Chapitre I. L’événement et les catégories du social », dans Christine Rivalan Guégo et Denis Rodrigues (dir.), L’écho de l’évènement, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011, p. 19-38.
9 Reinhart Koselleck, Le futur passé, Paris, École des hautes études en sciences sociales, 1990, p. 314.
10 Alberto De Sanctis, Carlo Morganti et Pietro Finelli, Il Mazzinianesimo nel mondo, Annali V, Pisa University Press, 2024.
11 Parmi les travaux les plus importants, on peut citer : François Furet et Mona Ozouf, Le siècle de l’avènement républicain, Paris, Gallimard, 1993 ; Edward Berenson, Populist Religion and Left-Wing Politics in France, 1830-1852, Prrinceton (NJ), Princeton University Press, 2014 [1984] ; Quentin Deluermoz, Commune(s), 1870-1871. Une traversée des mondes au xixe siècle, Paris, Seuil, 2023.
12 Fernando Garrido, Historia del Reinado del Último Borbón de España, Tomo I, Barcelona-Madrid, Librería de San Martín, 1868.
13 Il convient également de mentionner qu’il s’agit d’un travail complémentaire à celui d’Ángel Duarte, « Los republicanos del ochocientos y la memoria de su tiempo », Ayer, n° 58, 2005, p. 207-228, où il analyse des textes à caractère historiciste et théorique, qui constituent la base de ceux destinés à une plus large diffusion, mais qui étaient sans doute, en raison de leur coût et de leur longueur, adressés à un public plus érudit.
14 Reinhart Koselleck, « Repetitive structures in language and history », dans Karin Tilmans, Frank van Vree et Jay Winter, Performing the Past. Memory, History, and Identity in Modern Europe, Amsterdam, Amsterdam University Press, 2010, p. 51-66.
15 François Hartog et Jacques Revel (éd.), Les usages politiques du passé, Paris, École des hautes études en sciences sociales, 2001 ; François Hartog, Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris, Seuil, 2012 ; Idem, Chronos. L’Occident aux prises avec le Temps, Gallimard, Paris, 2020.
16 Alban Bensa et Éric Fassin, « Les sciences sociales face à l’événement », Terrain, n° 38, 2002, p. 5-20.
17 Javier Fernández Sebastián, « Acontecer, experiencia y teoría de la historia », Revista anthropos, n° 223, 2009, p. 45-53 ; Idem, « Textos, conceptos y discursos políticos en perspectiva histórica », Ayer, n° 53, 2004, p. 131-151 ; Idem, « Destellos del porvenir. Futuros imaginados de la España de ayer », dans Faustino Oncina Coves (dir.), ¿Tiene porvenir el futuro?, Murcia, Plaza y Valdés, 2022, p. 223-261.
18 Jacques Rancière, Les mots de l’histoire. Essai de poétique du savoir, Paris, Seuil, 1992, p. 44.
19 Quintí Casals Bergés, Todo por el pueblo y para el pueblo. Los orígenes de la democracia contemporánea en España (1808-1890), PUZ, Zaragoza, 2023, p. 411-432.
20 Eduardo Higueras Castañeda, La Pluma roja de la prensa federal, Pablo Correa y Zafrilla (1842-1888), Cantabria, EUC, 2022, p. 74.
21 Francesco Benigno et Daniele Di Bartolomeo, Napoleone deve morire. L’idea di ripetizione storica nella Rivoluzione Francese, Roma, Salerno Editrice, 2020, p. 25.
22 Á. Duarte, « Los republicanos del ochocientos… », op. cit., p. 207.
23 Isabelle Saint-Martin, « Le “Christ républicain” des années 1840 », dans La République et ses symboles, édité par Évelyne Cohen et Gérard Monnier, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2013, <https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.58472>.
24 Sixto Cámara, Manifiesto de la Junta Nacional Revolucionaria al Pueblo, 1857, Biblioteca Nacional de París, <https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb31276481p>.
25 Mariano Calavia, Reflexiones acerca de la Gloriosa Revolución, Madrid, Bailly-Bailliere, 1868, p. 31.
26 Francisco de Córdova y López, Proclamas de los meses de junio, julio y agosto de 1868, Madrid, Imprenta de C. y Minuesca, 1868, p. 6.
27 Q. Casals Bergés, Todo por el pueblo…, op. cit., p. 452-463 ; Á. Duarte, « Los republicanos del ochocientos…, op. cit., p. 209 ; M. Suárez Cortina, El león durmiente…, op. cit., p. 121-164.
28 Sergio Sánchez Collantes et Eduardo Higueras Castañeda, « El pueblo en masa : el impulso republicano y radical a la movilización política del Sexenio Democrático (1868-1874) », Bulletin d’Histoire Contemporaine de l’Espagne, n° 55, 2020, p. 112-133.
29 Marie-Angèle Orobon, « 1848-1871, las repúblicas rojas o la heroica derrota del pueblo », dans Mercé Boixareu i Vilaplana et Robin Lefere, La historia de Francia en la literatura española : amenaza o modelo, Barcelona, Castalia, 2009, p. 517-530.
30 Xavier Granell Oteiza, « Democracia transnacional. Federalismo, lenguajes raciales y prácticas asociativas en el republicanismo meridional europeo (1850-1870) », Rubrica Contemporánea, vol. 13, n° 26, 2024, p. 167-183, <https://revistes.uab.cat/rubrica/issue/view/v13-n26>.
31 Juan Francisco Fuentes et Javier Fernández Sebastián, « The concept of Revolution in nineteenth-century Spain », The European Legacy, vol. 5, no 3, 2000, p. 358 ; Francesco Benigno, Parole nel tempo. Un lessico per pensare la storia, Roma, Viella, 2013, p. 185-204.
32 En effet, un autre texte du même auteur, où il compile cette fois une série d’articles publiés dans le journal El Combate, porte le titre : La verdadera revolución, Madrid, La Popular, 1871.
33 R. M. González, « Las culturas políticas... », op. cit., p. 210-214 ; María Cruz Romero, « La sombra del pasado y la expectativa del futuro. ‘Jacobinos’, radicales y republicanos en la revolución liberal », dans Lluís Roura i Aulinas et Irene Castells (éd.) Revolución y democracia : el jacobinismo europeo, Madrid, Ediciones del Orto, p. 107-138.
34 Roger Chartier, Les origines culturelles de la Revolution française, Paris, Seuil, 1990, p. 161-195.
35 El Huracán, 29 janvier 1840.
36 F. Benigno et D. di Bartolomeo, Napoleone…, op. cit., p. 57-86.
37 F. Córdova y López, Proclamas de los meses de junio…, op. cit., p. 11.
38 Reinhart Koselleck, « The Unknown Future and the Art of Prgnosis », dans Idem, The Practique of Conceptual History. Timing History, Spacing Concepts, Stanford, Stanford University Press, 2002, p. 131-147.
39 Fernando Garrido, El socialismo y la democracia ante sus adversarios (prólogo de Mazzini), Londres, 1862.
40 Alice De Matteo, « De Caprera all’Europa. Federalismo e Rivoluzione tra il 1861 e il 1864 », dans Federica Falchi et Christian Rossi (éd.), Garibaldi e Caprera: da rifugio a centro propulsivo di idee e azioni, Novi Ligure, Epoké, 2022, p. 95-129.
41 F. Garrido, Historia del Reinado..., op. cit., p. 10 et p. 15.
42 F. Hartog, Régimes d’historicité…, op. cit., p. 106-112.
43 Á. Duarte, « Los republicanos del ochocientos…, op. cit., p. 208.
44 F. Garrido, Historia del Reinado…, op. cit., p. 15.
45 Francisco Flores y García, ¡El 11 de diciembre!, Málaga, Imprenta de D. Manuel Oliver, 1868, p. 8.
46 Pierre Marie Delpu, Les nouveaux martyrs. xviiie-xxe siècle, Paris, Passés composés, 2024.
47 Christopher Bayly et Eugenio Biagini, Giuseppe Mazzini and the Globalization of Democratic Nationalism (1830-1920), Oxford, Oxford University Press, 2008.
48 Alphonse de Lamartine, Histoire des Girondins, Paris, Furne et Coquebert éditeurs, 1847.
49 Maurice Agulhon, 1848 ou l’apprentissage de la République (1848-1852), Paris, Seuil, 1973.
50 Éric Fournier, « La Commune n’est pas morte » : Les usages politiques du passé de 1871 à nos jours, Paris, Libertalia, 2013.
51 Q. Deluermoz, Commune(s)…, op. cit., p. 286. On peut notamment se référer à l’ouvrage de Philip Nord, Le moment républicain. Combats pour la démocratie dans la France du xixe siècle, Paris, Armand Colin, 2013 [Cambridge (MA), 1995]
52 Michel Cordillot, « La Commission ouvrière de 1867 », dans Idem, Aux Origines du socialisme moderne. La Première International, la Commune de Paris, l’exil. Recherches et travaux, Ivry-sur-Seine, L’Atelier, 2010.
53 Fernando Garrido, Biografia de Sixto Cámara, Barcelona, Librería de Salvador Moreno, 1860.
54 Romualdo Lafuente, Málaga y sus opresores, Oran, 13 de Enero de 1869.
55 F. Córdova y López, Proclamas de los meses de junio…, op. cit., p. 32
56 Las Barricadas Republicanas de Valencia, Zaragoza y Barcelona, Madrid, Labajos, 1870, p. 66.
57 F. Peyrou, La Primera República…, op. cit., p. 79-81.
58 José María Patiño, Pasado, presente y porvenir del Pueblo, Madrid, R. Labajos, 1869, p. 6.
59 El Combate, « Los reaccionarios y los facciosos », año I, 8 de noviembre de 1870 ; Luis Moreno, « Reseña histórica de la revolución de septiembre », Anuario republicano federal, Roque Barcia, (éd.) Madrid, J. Castro y Compañía, 1870, p. 264-265.
60 Romualdo Lafuente, « El pasado, el presente y el porvenir », Ibid., p. 692.
61 Roque Barcia, «Épocas célebres de España », Ibid., p. 279-281.
62 Juan Mercado, «La Religión y el papa », Ibid., p. 200-214.
63 José Paul y Angulo, « La farsa de la revolución de septiembre, Ibid., p. 474
64 Francisco Córdova y López, Le Salut du Peuple, ou la République démocratique fédérale, Madrid, 1871, présenté par Hernán Rodríguez Vargas et traduit par Alexandre Frondizi, dans Olivier Christin et Alexandre Frondizi (dir.), Bibliothèque numérique du projet Républicanismes méridionaux, UniNe/FNS, 2 octobre 2020, <https://unine.ch/republicanism/home/bibnum/catechismes/2.html>.
65 José Espinal y Fuster, La Redención, Barcelona, Hijos de Domenech, p. 77-85.
66 Enrique Arredondo, « O la luz o las tinieblas », Anuario…, op. cit., p. 219-220.
67 María del Pilar Salomón Chéliz, « El laicismo republicano y la cuestión religiosa », dans M. Suárez Cortina (dir.), La Federal…, op. cit., p. 123-148.
68 Eugenio García Ruiz, Historia de La Internacional y del federalismo en España, Madrid, Arce de Santa María, 1872.
69 Alicia Mira Abad, « A la revolución por la secularización. Rupturas y continuidades en los discursos republicanos del Sexenio Democrático », Bulletin d’Histoire Contemporaine de l’Espagne, n° 55, 2020, p. 157-170.
70 Francisco Pi Y Margall, La reacción y la revolución, Barcelona, 1854, p. 17.
71 Idem, « Exposición de bellas artes », La América. Crónica Hispano-Americana, 19, 8 de diciembre de 1860, p. 4.
72 F. Hartog, Chronos…, op. cit., p. 76.
73 À propos de la question du temps Kairos et du temps Krisis dans le républicanisme : Jorge Vilches García, La Primera República Española (1873-1874). De la utopía al caos, Madrid, Espasa, 2023 ; Juan Pro, « Presentación. El lugar de la utopía en la Historia », Historia Contemporánea, n° 73, 2023, p. 763-767.
74 Roque Barcia, El Evangelio del Pueblo, Madrid, Establecimiento tipográfico Fortanet, 1869, p. 45
75 Q. Casals Bergés, Todo por el pueblo…, op. cit., p. 559.
76 La Campana de Gracia, 15 janvier 1871.
77 J. Fernández Sebastián, « Textos, conceptos y discursos… », op. cit., p. 138.
78 Ceferino Tresserra, Catecismo de la Federación Republicano-Democrática, Madrid, Moliner y Compañía, 1870.
79 Éléonore Reverzy (éd.), Témoigner pour Paris. Récits du Siège et de la Commune (1870-1871). Anthologie, Paris, Kimé, 2021.
80 Ramón De Cala, Los comuneros de Paris-Historia de la revolución de Francia en 1871, t. I et II, Madrid, La Igualdad, 1871 ; Miguel Morayta, La Commune de Paris, Madrid, Antonio García, 1872 ; José Mesa Lempoart, La «commune » de París de 1871, Madrid, s.n., s.a.
81 Q. Deluermoz, Commune(s)…, op. cit., p. 405-435.
82 Concernant la division du républicanisme fédéral entre une révolution légale (pacifique) et une révolution armée (violente), voir : Q. Casals Bergel, Todo por el pueblo…, op. cit., 537-587.
83 La Flaca, 6 juin 1871.
84 F. Hartog, Chronos…, op. cit., p. 76.
85 Ainhoa Gilarranz Ibañez, « La representación gráfica de España en la publicación republicana La Flaca », El Argonauta español, n° 9, 2012, <http://journals.openedition.org/argonauta/1540> (consulté le 5 août 2024).
86 Nicolás Díaz Benjumea, Cartilla para electores, Madrid, Librería de Mariano Escribano, 1868, p. VIII.
87 Q. Deluermoz, Commune(s)…, op. cit., p. 298.
88 Hernán Rodríguez Vargas, « La ilustración republicana federal (1871-1872). Comunicar la fe republicana a través de la imagen y la palabra », Hispania Nova, n° 23, 2025, p. 129-151.
89 Marie-Angèle Orobon, « Años 1870 y 1871 en Francia y en España: a vueltas con el pueblo », Historia Contemporánea, n° 28, 2004, p. 147-156.
90 Daniele Di Bartolomeo, Una storia in tempo reale. La rivoluzione francese raccontata dai suoi protagonisti (1789-1796), Roma, Aracne, 2016.
91 Bernard Lahire, « Remarques sociologiques sur le linguistic turn. Suite au dialogue sur l’espace public entre Keith M. Baker et Roger Chartier », Politix, n° 27, 1994, p. 192.
92 J. Fernández Sebastián, « Textos, conceptos y discursos… » op. cit., p. 140.
93 Sergio Sánchez Collantes et Eduardo Higueras Castañeda, « La inflexión conservadora : la oposición al Federalismo en 1873 y la república del general Serrano », dans Suárez Cortina (éd.), La Federal…, op. cit., p. 287-320.
Haut de pageTable des illustrations
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| Titre | Fig. 1 : Andrés de Salas, « Gefes [sic.] del alzamiento republicano federal de España en 1869 », lithographie, 72 x 52 cm, Biblioteca Nacional de España. |
| Crédits | Source : Madrid, Biblioteca Nacional de España, IH-GRUPOS/60. Reproduction : Biblioteca Digital Hispánica ; <https://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000036793> ; CC BY. |
| URL | http://journals.openedition.org/sourcesarche/docannexe/image/1030/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 270k |
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| Titre | Fig. 2 : [anonyme], « Los Gefes [sic] libertadores de España: Prim, Serrano, Topete », carte de visite, 9x5cm, Biblioteca Nacional de España. |
| Crédits | Source : Madrid, Biblioteca Nacional de España, 17/222/353. Reproduction : Biblioteca Digital Hispánica ; <https://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000228450> ; CC BY. |
| URL | http://journals.openedition.org/sourcesarche/docannexe/image/1030/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 183k |
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| Titre | Fig. 3 : [anonyme], « Lo Temps Drapayre », La campana de gracia, 15 janvier 1871, Biblioteca Nacional de España. |
| Crédits | Source : Madrid, Hemeroteca Municipal, 10. Reproduction : Biblioteca Virtual de Prensa Histórica. Ministerio de Cultura y Deporte de España ; <https://prensahistorica.mcu.es/es/publicaciones/numeros_por_mes.do?idPublicacion=4239&anyo=1871> ; CC BY. |
| URL | http://journals.openedition.org/sourcesarche/docannexe/image/1030/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 741k |
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| Titre | Fig. 4 : A.W. (Tomás Padró y Pedret), La Flaca, 6 juin 1871, Biblioteca Nacional de España. |
| Crédits | Source : Madrid, Biblioteca Nacional de España, R/21091, N. 90. Reproduction : Hemeroteca Digital ; <https://hemerotecadigital.bne.es/hd/viewer?oid=0004091458> ; CC BY. |
| URL | http://journals.openedition.org/sourcesarche/docannexe/image/1030/img-4.png |
| Fichier | image/png, 1,7M |
Pour citer cet article
Référence papier
Hernán Rodríguez Vargas, « L’événement révolutionnaire de septembre et son destin. Le républicanisme fédéraliste espagnol et les usages publics de l’histoire (1868-1873) », Source(s), 23 | 2025, 51-73.
Référence électronique
Hernán Rodríguez Vargas, « L’événement révolutionnaire de septembre et son destin. Le républicanisme fédéraliste espagnol et les usages publics de l’histoire (1868-1873) », Source(s) [En ligne], 23 | 2025, mis en ligne le 01 octobre 2025, consulté le 09 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/sourcesarche/1030 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14vc1
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