Fêter 1848 en exil. Une mémoire transnationale des révolutions, entre célébration et remobilisation
Résumés
Fêter 1848 en exil. Une mémoire transnationale des révolutions, entre célébration et remobilisation — Cet article présente le récit paru à Londres en 1861 du banquet organisé à Genève le 24 février 1861 pour commémorer les révolutions de 1848. À partir de l’analyse de cette réunion et des discours prononcés lors de ce banquet, il se propose de mettre en lumière plusieurs lignes de force des recompositions politiques et idéologiques qui traversent les milieux républicains en exil dans les années qui suivent l’échec du Printemps des peuples. Il montre que, loin de s’en tenir à une mémoire figée et à un exil oisif, les proscrits de 1848 sont les acteurs d’une reconfiguration de leur imaginaire politique pensée à l’échelle européenne et même atlantique, en particulier autour de la question sociale, qui s’affirme comme un thème central de leur réflexion, et de la problématique du fédéralisme.
Cet article et l’édition de source qui l’accompagne ont été réalisés par les étudiants du séminaire « Révoltes, révolutions et contre-révolutions au xixe siècle » (master HCE, Université de Strasbourg) sous la supervision d’Alexandre Dupont, maître de conférences HDR à l’Université de Strasbourg, laboratoire UMR 3400 ARCHE.
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- 1 Anniversaire des révolutions de 1848, célébré à Genève le 24 février 1861, Londres, Imprimerie univ (...)
- 2 Cet article et l’édition de source qui l’accompagne ont été réalisés par les étudiants du séminaire (...)
1Si les Révolutions de 1848 ont suscité de nombreuses réflexions de la part des contemporains sur les enjeux mis en lumière par ce « Printemps des peuples », le récit de l’anniversaire des Révolutions de 1848 célébré le 24 février 1861 dans la ville de Genève1, dont nous proposons une édition critique, se révèle à la fois déroutant et révélateur d’un monde atlantique en profonde mutation, avec une dimension très nettement transnationale. Cet article a pour but de présenter les principales lignes directrices de ce compte rendu2.
- 3 L’Imprimerie Universelle fonctionne tout d’abord sur l’île de Jersey jusqu’en 1855, avant son trans (...)
2Ce texte paru en français relate le déroulement d’un banquet célébrant le treizième anniversaire des révolutions de 1848 à Genève en février 1861. Il fut imprimé à Londres par l’Imprimerie Universelle, fondée par l’exilé polonais Zeno Swietoslawski et et spécialisée dans la publication d’écrits à destination des exilés londoniens3. Ce document peut surprendre à première vue. En effet, on peut s’étonner que la célébration à Genève, ville politiquement radicale, d’un cycle révolutionnaire ayant échoué et fait l’objet d’une violente répression, ait donné lieu à la publication d’un « compte rendu » de cette réunion qui est ensuite édité à Londres, qui plus est, en français.
3Ce texte illustre la dimension transnationale de la politique au xixe siècle, qui se traduit par une intense circulation des idées, des objets et des hommes. Dans cette brochure, treize discours sont retranscrits, un pour chaque année écoulée depuis 1848, ainsi que différents chants repris par les membres d’une assemblée exclusivement masculine et principalement française réunie dans une salle de l’Hôtel de la Navigation, dans le quartier des Pâquis. Ils abordent des enjeux centraux de ces temps mouvementés.
4Treize années se sont alors écoulées depuis les révolutions du Printemps des Peuples ; l’heure du bilan semble arrivée pour ces quatre cents citoyens. Au gré des toasts et des discours, plusieurs individus passent en revue le monde atlantique de leur temps, et réagissent aux changements profonds que ce dernier connaît alors. Se mêlent critiques à l’égard d’une modernité avilissante, réflexions sur les pouvoirs européens et leur arbitraire, et éloge du « phare des civilisations » que sont les États-Unis d’Amérique et projets politiques. Les échos de la mémoire de ces heures agitées s’entrelacent ainsi avec cet « état des lieux » atlantique. Ce texte reflète ainsi les débats et les recompositions idéologiques que provoquent chez les exilés du Printemps des peuples les bouleversements que connaît le monde atlantique au tournant des années 1860.
5Cinq lignes d’analyse se dessinent alors. Tout d’abord, il apparaît nécessaire de s’intéresser au déroulé de l’événement en tant que tel et à la symbolique qu’il mobilise. En outre , les proscrits présents invitent à s’interroger sur l’exil, particulièrement en Suisse : la diversité des exilés et de leurs trajectoires, l’organisation de leurs activités politiques, leurs divergences. De même, de nombreux discours apparaissent comme un bilan critique des événements de 1848, des régimes qui sont résulté de la répression et de leurs politiques, en particulier le Second Empire. En contrepoint, le discours politique des exilés met en avant un idéal de fraternité, qui côtoie les idées de république universelle, de liberté et d’émancipation de l’humanité. Enfin, ces discours traduisent l’existence d’une diaspora atlantique qui permet l’émergence et la circulation de ces idées universalistes autour de ces célébrations du passé révolutionnaire de l’Europe.
Célébrer 1848
Le banquet, pratique politique du xixe siècle
- 4 Dictionnaire politique : encyclopédie du langage et de la science politiques, Paris, Duclerc et Pag (...)
- 5 Vincent Robert, Le temps des banquets. Politique d’une génération, 1818-1848, Paris, Publications d (...)
6« Le banquet est un excellent moyen d’agitation, comme on dit en Angleterre, et de propagande, comme nous disons en France », peut-on lire dans l’article « Banquet » rédigé par Altaroche dans le Dictionnaire politique préfacé par Louis-Antoine Garnier-Pagès publié en 18414. Cette pratique politique aujourd’hui disparue est centrale dans la vie politique du premier xixe siècle. Comme le souligne Vincent Robert5, la tradition du banquet se veut un héritage démocratique, à la fois de la Grèce antique et de la Révolution française de 1789. C’est pour signifier cet idéal démocratique que la célébration du treizième anniversaire de 1848 prend la forme d’un banquet pour célébrer l’événement. Cette forme de réunion implique un imaginaire et une symbolique qui lui sont propres. Son sens, en plus des toasts qui y sont portés, peut passer par les musiques qui y sont jouées, par le décor et jusqu’aux plats qui y sont servis.
- 6 Philippe Darriulat, La muse du peuple. Chansons politiques et sociales en France, 1815-1871, Rennes (...)
7C’est le plus souvent au moment du dessert, lorsque l’on porte les toasts expliquant ce qui réunit les convives en cette occasion, que la réunion prend toute son ampleur. Ce sont d’ailleurs ces toasts qui sont retranscrits dans le texte, le reste du repas revêtant moins d’importance. Comme on peut le voir au travers de cette célébration, après les toasts viennent les chansons, elles aussi fondamentales, qui viennent clôturer le banquet. Pas un banquet n’avait lieu sans chanson, pratique culturelle alors importante et qui avait grandement participé, dans la France des monarchies censitaires, à la gloire de Béranger, le plus célèbre chansonnier de son temps, dont plusieurs productions sont encore à l’honneur en 1861, à côté de celles du poète Pierre Dupont6.
- 7 Ibid., p. 225.
- 8 Anniversaire des révolutions de 1848…, op. cit., p. 1.
- 9 Idem.
8Pour Vincent Robert, le banquet est une forme d’association politique souple qui relie entre eux les participants. À la veille de 1848, ce type de rassemblement a acquis une symbolique et une puissance idéologique forte7. Cette « manifestation populaire »8 devient une métaphore de l’égalité et de la fraternité, considérée comme solution aux maux politiques et sociaux dont débattent les convives, à travers l’idéal de « République universelle »9.
- 10 Anniversaire de la Révolution de 1848 : 24 février 1855. A Jersey. Discours de Victor Hugo, Jersey, (...)
- 11 Hippolyte Monin, « Un anniversaire de la Révolution de Février à Londres (24 février 1869) », La Ré (...)
- 12 Michel Cordillot, Utopistes et exilés du Nouveau Monde. Des Français aux États-Unis de 1848 à la Co (...)
9Sous le Second Empire, le banquet politique perd certes en importance, avant de disparaître à la fin du xixe siècle, où il n’est plus qu’une forme de réunion publique tolérée parmi d’autres, et dont l’imaginaire et la symbolique s’effacent. Toutefois, quelques réunions de ce type subsistent après 1848, à l’image de celle évoquée dans le texte. Ce treizième anniversaire sous-entend d’ailleurs une répétition périodique de la célébration de 1848, ce que confirme l’existence de sources évoquant le huitième et le vingt-et-unième anniversaires du Printemps des peuples. Respectivement tenues à Jersey10 et à Londres11, ces réunions ont pour point commun d’avoir lieu sur des terres d’exil pour les réfugiés politiques. Michel Cordillot relève aussi l’existence de semblables banquets aux États-Unis, en particulier à New York12, comme on le verra plus en avant. Le banquet de Genève de 1861 répond à la même logique.
Un événement festif
10Le banquet, en tant qu’événement festif, apparaît comme une pratique courante au sein des mouvements révolutionnaires européens. Si, avant 1848, il concerne surtout des membres de la bourgeoisie, la pratique se démocratise au fil du temps. Ces rassemblements populaires se font autour de festins. Traditionnellement, les tables sont garnies de nourritures sucrées et rares telles que des huîtres, du caviar ou encore des bouchées à la reine. À l’inverse, le raffinement et l’opulence ne sont plus primordiaux lors de ce banquet de l’anniversaire des Révolutions de 1848, qui se distingue par la population qu’il réunit : des individus issus du prolétariat urbain se joignent en effet à des intellectuels en exil. Malgré tout, le but premier du banquet reste de rassembler un groupe autour d’un idéal commun.
11Dans la mesure où le banquet dure près de huit heures, il faut l’envisager comme un événement au cours duquel les convives discutent et manifestent, ici en faveur de l’alliance des peuples et de l’extermination des tyrans. Les prises de paroles et toasts successifs s’accompagnent de vives réactions allant de simples applaudissements à des cris glorifiant la fraternité des peuples : « frères » et « amis » sont des termes qui accompagnent constamment les discours. Ces allocutions officielles suscitent aussi de petites discussions en aparté. La peur d’un scandale public amène à faire preuve de vigilance, d’autant que le banquet est probablement surveillé.
- 13 Sylvie Aprile, « L’espion, frère du proscrit. Regards croisés sur la surveillance politique des exi (...)
- 14 Christos Aliprantis, « Transnational Policing after the 1848–1849 Revolutions: The Habsburg Empire (...)
- 15 Un bilan nuancé pour 1848 dans Gabriella Hauch, « Women’s Spaces in the Men’s Revolution of 1848 », (...)
12En effet, les monarques des puissances européennes, qui constituent l’ennemi désigné par les discours, sont soupçonnés par les convives d’avoir envoyé des espions, une pratique bien documentée concernant cette époque13. En ce sens, « la bave bonapartiste » et « les mouchards de l’empereur » évoqués au fil des prises de parole font partie d’un ensemble continental de pratiques répressives contre les exilés du Printemps des peuples14. À la fin du banquet, les convives entament d’ailleurs à l’unisson une dizaine de chants glorifiant l’action des exilés avec le Chant des Transportés, ou la solidarité de leur pays d’accueil en entonnant l’Hospitalité suisse. Enfin, l’absence des femmes au cours de ce banquet témoigne d’une pratique d’exclusion politique qui rappelle les dimensions genrées de l’action politique au xixe siècle15.
Un banquet et ses symboles
- 16 Jean-Clément Martin, Nouvelle histoire de la Révolution française, Paris, Perrin, 2012, p. 21-24.
- 17 Thomas C. Jones, « Définir l’asile politique en Grande-Bretagne (1815-1870) », Hommes & Migrations, (...)
- 18 Pierre-Marie Delpu, L’affaire Poerio : La fabrique d’un martyr révolutionnaire européen (1850-1860)(...)
13Les acteurs placent leur combat dans une lutte séculaire dont ils seraient les héritiers symboliques16. « Les portraits des grands hommes de la Révolution » qui ornent la salle figurent peut-être Alexandre Ledru-Rollin, Giuseppe Mazzini ou Lajos Kossuth, qui sont alors à Londres, où la brochure est tirée17. Au-delà de personnalités célèbres, on accroche les portraits de martyrs révolutionnaires. Au xixe siècle, le martyr devient transnational. De fait, la mise à l’honneur de ces figures permet, dans une logique transnationale, de contribuer au sentiment d’unité et de solidarité entre les différents participants18.
- 19 M. Cordillot, Utopistes et exilés du Nouveau Monde…, op. cit.
14Les drapeaux deviennent eux aussi des symboles transnationaux. Le premier évoqué est « le drapeau constellé de la République américaine ». Les États-Unis d’Amérique sont un symbole parce qu’il s’agit de la première révolution ayant abouti à une république démocratique. La jeune nation américaine incarne ainsi un idéal pour les fédéralistes européens. Les États-Unis deviennent une terre d’accueil, notamment pour les socialistes utopiques19. Ils sont, par la bannière étoilée, l’incarnation de la liberté et de la solidarité. Parmi les autres drapeaux, « le drapeau rouge de la République universelle » symbolise, depuis la fusillade du Champ-de-Mars en 1791, le sang du peuple. En opposition à la dimension nationale du drapeau tricolore, les intervenants ont choisi le drapeau rouge, symbole de la République sociale et démocratique qui aurait dû naître en 1848 et de la lutte contre les injustices sociales. En dernier lieu, le drapeau helvétique et les drapeaux des cantons suisses rappellent l’association, dans l’esprit des participants, de la Suisse au fédéralisme et à la démocratie.
- 20 Raimund Rütten, « À la recherche d’une république démocratique et sociale », Cahiers d’histoire. Re (...)
15À cette atmosphère, s’ajoutent devises et mots d’ordre scandés par les convives. Le slogan « Vive la République universelle, démocratique et sociale20 ! » et la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » acclamés par les participants sont représentatifs de l’esprit quarante-huitard. La République universelle, démocratique et sociale symbolise l’utopisme républicain de 1848. Par ailleurs, la devise française, établie en 1848, est ici reprise pour incarner un idéal non plus national mais transnational, signe que la situation d’exil dans laquelle se trouvent nombre d’intervenants a des répercussions sur leur imaginaire politique.
Heurs et malheurs des exilés en Suisse
La tolérance suisse à l’égard des militants politiques
- 21 Sylvie Aprile, Le siècle des exilés. Bannis et proscrits de 1789 à la Commune, Paris, CNRS Éditions (...)
- 22 Eadem, « L’accueil des réfugiés en Europe au xixe siècle », Monde(s), n° 15, 2019/1, p. 25-43.
16L’organisation d’une manifestation républicaine exige un minimum de préparation, et ce, notamment dans la sélection du lieu. Le choix de la ville de Genève en Suisse n’est pas innocent. D’abord, les participants à ce banquet érigent la Suisse en véritable modèle politique ; le pays a de longue date la réputation d’une terre particulièrement accueillante à l’égard des réfugiés et des exilés. Ses frontières sont connues pour être poreuses, et les militants républicains de Savoie et de la région lyonnaise se réfugiaient traditionnellement en Suisse pour se mettre à l’abri de la répression21. C’est cette réputation positive qui explique en partie le choix fait par de nombreux militants du Printemps des peuples de passer la frontière helvétique : Italiens à la fin de 1849, Français après l’arrivée au pouvoir de Louis-Napoléon Bonaparte ou encore Allemands à la suite de l’échec des soulèvements badois. Ce sont alors quelque 11 000 personnes22 qui trouvent refuge sur le territoire suisse où la population se montre globalement bien disposée à leur égard.
- 23 Thomas Busset, « La politique du refuge en Suisse 1820-1870, réalité et mythe », Études et Sources, (...)
- 24 S. Aprile, Le siècle des exilés…, op. cit., p. 121.
- 25 Sur cette question, voir aussi Olivier Lamon, « Négocier l’asile », Diasporas, n° 41, 2023, <https: (...)
17Pour autant, il s’agit de ne pas idéaliser l’hospitalité suisse. Le pays est soumis aux pressions de ses puissants voisins qui voient d’un mauvais œil la création de bases arrière de la révolution à leurs frontières. C’est à l’échelon du gouvernement fédéral que le regard porté sur les exilés se fait le plus désapprobateur. Face à l’importance prise par certains réfugiés dans la politique locale, notamment au travers de la publication de revues, émerge une volonté claire de se débarrasser d’une partie d’entre eux, en négociant pour les envoyer en Angleterre et aux États-Unis ou encore en cherchant à leur obtenir une amnistie. Une série de lois entre 1823 et 1848 facilite et étend les arrestations et les expulsions23, tandis que le gouvernement central obtient le droit de renvoyer les étrangers représentant un danger pour la sécurité du pays. À son tour, l’afflux de 1848 renforce la volonté de canaliser les flux de réfugiés et la Confédération impose une répartition des étrangers dans des cantons non-limitrophes de leur pays d’origine24. La tolérance suisse montre ici ses limites, et les exilés trop bruyants ou trop susceptibles de faire des vagues ne sont plus les bienvenus25.
- 26 S. Aprile, Le siècle des exilés…, op. cit., p. 122
18Cette affirmation du pouvoir central déplaît néanmoins aux cantons. La police des étrangers est l’apanage des pouvoirs locaux et les directives centrales suscitent un conflit dans la répartition des compétences. Dans les cantons libéraux, les exilés bénéficient souvent de facilités, ne serait-ce que parce que lesdits cantons cherchent à affirmer leur indépendance à l’égard du gouvernement central. Le canton de Genève, dirigé par les radicaux, se caractérise à ce titre par une politique particulièrement accueillante. C’est ainsi qu’Amédée Saint-Ferréol dans Impressions d’exil à Genève recense un nombre particulièrement important d’exilés français dans la ville après 185126. Il n’est en ce sens guère étonnant que la réunion ici présentée y ait lieu, la ville faisant office de capitale des exilés français en Suisse.
Sociologie des exilés
- 27 Idem et Delphine Diaz (dir.), Les Réprouvés. Sur les routes de l’exil dans l’Europe du xixe siècle, (...)
- 28 De manière générale, l’exilé doit souvent surmonter la barrière de la langue et changer de métier p (...)
19Ceux-ci sont tisseurs, menuisiers, mécaniciens, ou encore journalistes et hommes de lettres, et appartiennent à des milieux divers, ce qui nuance l’archétype de l’exilé. L’exil, qui concerne traditionnellement les élites, se démocratise en 1848-1849 et présente dorénavant une hétérogénéité sociale que mettent en lumière les professions typiques des couches populaires exercées par plusieurs des acteurs de la réunion27. Les personnes qui s’exilent sont désormais moins aisées, de simples ouvriers, dont la proximité avec leur terre natale (ici, Lyon et la Savoie) permet le maintien d’un lien social (et financier) avec les proches laissés derrière eux28.
- 29 Sylvie Aprile, « Exil et exilés français sous le Second Empire », Hommes et Migrations, 1253, 2006, (...)
- 30 Anniversaire des révolutions de 1848…, op. cit., p. 8.
20Malgré les procédures d’éloignement, d’expulsion ou même de bannissement qui les mènent à se tourner vers la Confédération suisse29, les exilés restent des acteurs politiques poursuivant leur lutte par-delà les frontières. Ils dénoncent les nombreuses proscriptions et arrestations, les déportations vers l’Algérie ou la Guyane, accusent le « tyran » Napoléon III d’être responsable de milliers de morts et ne perdent pas de vue leur volonté de renverser le pouvoir en place. À la suite de leur établissement en Suisse, les protagonistes de ces circulations révolutionnaires s’emparent de la presse comme arme de propagande et de critique du pouvoir. Ils tiennent des journaux et distribuent aisément leurs écrits en France grâce à leur proximité avec le pays. Ce banquet à Genève illustre la diffusion continue de leurs convictions nourries par les nouvelles idées sociales et démocratiques30.
- 31 S. Aprile, Le siècle des exilés…, op. cit., p. 207.
21Cette lutte par-delà les frontières fait naître une grande solidarité et un fort sentiment d’appartenance à un groupe, certes hétérogène, dont les efforts ne s’épuisent pas grâce aux espoirs communs des exilés. Les acteurs de ce texte font l’éloge les uns des autres, vantent les mérites des plus courageux comme le citoyen Corantin portant un toast à Pieri, l’un des participants à la préparation de l’attentat de Felice Orsini en 1858, rendent hommage aux camarades disparus et surtout entretiennent la ferveur de la lutte politique qui les animent tous. Cette représentation insiste sur l’idée que chaque exilé partage une même expérience et un même objectif : renverser le gouvernement en place31.
Une communauté d’exilés divisée
- 32 Idem et Delphine Diaz (dir.), Les Réprouvés…, op. cit., p. 300.
22En leur sein, des tensions peuvent toutefois apparaître par peur des mouchards, omniprésents dans les communautés d’exilés, qu’ils soient issus du milieu des proscrits eux-mêmes, ou agents de police infiltrés, mais aussi à cause de désaccords politiques plus importants. La communauté se trouve notamment scindée en deux à la suite de l’amnistie votée par Napoléon III en août 1859. Certains entreprennent le voyage de retour et cherchent à se réinstaller dans un quotidien qui a changé depuis leur départ, d’autres restent en exil pour raisons familiales ou parce qu’ils sont trop bien établis pour entreprendre un nouveau départ32.
- 33 « Décret d’amnistie pour tous les condamnés pour crimes et délits politiques, 16 août 1859 », Le Mo (...)
- 34 Anniversaire des révolutions de 1848…, op. cit., p. 17.
23Certains enfin font de leur refus de l’amnistie un acte de résistance. Percevant le retour comme un reniement et une forme de soumission au pouvoir, cette frange des exilés considère « l’amnistie pleine et entière33 » comme une compromission avec Napoléon III. Loin de trahir leurs convictions, ces proscrits préfèrent rester dans leur terre d’accueil et affirmer par cet acte leur solidarité au collectif des exilés et leur fidélité à la « tâche de régénération sociale34 » qui leur incombe.
- 35 Ibid, p. 15.
24Il est donc question pour ces derniers de « rester fidèles à la grande cause de la Révolution et de la Liberté35 » et de travailler à l’éclosion des germes semés par les martyrs de la Liberté. Pourtant, au sein-même de la communauté des exilés qui ne rentrent pas, certains sont bien moins optimistes, comme en témoigne le discours vindicatif du citoyen Édouard Lombard-Martin. En effet, le rédacteur de La Nation suisse, journal radical genevois, s’érige en représentant d’une minorité que l’année 1848 a déçue. À l’existence d’éventuels accomplissements de 1848, il oppose la « demi-mesure » des événements et leur « suite de désastres », pour n’en retenir que l’aspiration à la Révolution et à la Liberté. À l’espoir d’une « délivrance universelle » proche, il oppose la nécessité d’une révolution « complète, puissante et intelligente ». Ainsi, ce banquet prend parfois la forme d’un affrontement entre nostalgiques et détracteurs de 1848, deux groupes toutefois liés par la solidarité universelle et républicaine de l’exil.
Le Second Empire, une menace globale pour la liberté
25« La République française de 1848, vient, de faux pas en faux pas, tomber avachie aux pieds de Bonaparte, qui ne lui fait pas même grâce en la voyant lui lécher les pieds ». Très critique, Lombard-Martin fait partie d’une minorité qui ne célèbre pas les réalisations de 1848 mais en loue cependant les aspirations, les idées et les motivations. Ces critiques visent à recontextualiser ces révolutions : elles ont permis aux républicains de diffuser leurs idées, mais ont toutes été rapidement réprimées. Le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte du 2 décembre 1851 efface les dernières traces de ces révolutions en Europe. La position de Lombard-Martin témoigne ainsi d’un certain recul pris sur les événements et montre que certains ne souhaitent pas tant regarder le passé que préparer l’avenir. Ces prises de parole transmettent des critiques plus larges dirigés contre Napoléon III, lequel représente, pour ces « citoyens », l’incarnation de l’échec de ces révolutions. Ces hommes, pour la plupart des exilés français, exposent avec vivacité leur opposition aux politiques du Second Empire, tant du point de vue intérieur, que du point de vue européen et plus largement international.
Un régime centralisé fondé sur la répression
- 36 Pierre Karila-Cohen, Monsieur le préfet. Incarner l’État dans la France du xixe siècle, Ceyzérieu, (...)
26Dans son discours à la tribune, Lombard-Martin agite le souvenir de la répression des événements de 1848. Il attaque le modèle français centralisé qui permet au gouvernement de maintenir son pouvoir et de réprimer l’opposition sans ménagement. Un processus d’institutionnalisation de la répression se met, en effet, progressivement en place sous la Deuxième République puis le Second Empire. Lombard-Martin multiplie les références à l’étau qui s’est resserré sur lui et les siens. Dès 1852, les préfets organisent le rétablissement de l’Empire et veillent à la mise au pas des opposants. Ils exercent également des pressions lors des élections qui rythment la vie politique du Second Empire, même s’il faut nuancer l’omnipotence du préfet en son territoire, son sort se jouant dans les arcanes du pouvoir de la capitale impériale. Pourtant, ses prérogatives sont renforcées par le régime. Un certain nombre d’affaires locales sont laissées à sa discrétion36.
- 37 Bernard Le Clère et Vincent Wright, Les Préfets du Second Empire, Paris, Armand Colin, 1973, p. 39.
- 38 Éric Denécé et Benoît Léthenet, Renseignement et espionnage du Premier Empire à l’affaire Dreyfus ((...)
- 39 Sylvie Aprile, « L’espion, frère du proscrit. Regards croisés sur la surveillance politique des exi (...)
27Lombard-Martin dépeint la centralisation comme un modèle de répression. Une circulaire de septembre 1853 précise que la surveillance du préfet doit s’étendre « jusqu’à l’instituteur communal du plus modeste village »37. Le préfet dispose des gendarmes de son territoire pour surveiller les individus séditieux38. Pour aider la gendarmerie dans cette mission, la toute-puissante préfecture de police de Paris et les polices municipales du pays sont renforcées avec la création du service spécial de police politique et des commissaires spéciaux. Les autorités tissent leur toile jusque dans les pays où se forment les communautés d’exilés. Elles mettent en place des réseaux d’informateurs, qu’elles sélectionnent au sein même des groupes à surveiller. Les mouchards transmettent aux autorités des informations privées, concernant les mœurs des opposants. Elles alimentent, par la suite, un discours dépréciatif qui vise à disqualifier leurs revendications politiques39.
- 40 Sur ce qui précède, voir Paolo Benvenuto et Jean-Yves Frétigné, « Du modèle républicain français à (...)
- 41 Michel Biard, Jean-Numa Ducange et Jean-Yves Frétigné (dir.), Centralisation et fédéralisme. Les mo (...)
28Lombard-Martin s’élève ainsi contre la tyrannie des circulaires et instructions ministérielles parisiennes exécutées par les préfets et réclame un modèle alternatif. Le fédéralisme apparaît alors comme une réponse possible dans l’esprit de ces opposants politiques. L’échec de la Deuxième République fait comprendre aux républicains que la liberté et le progrès du peuple ne peuvent être garantis sans une répartition équilibrée des pouvoirs entre les institutions et entre les échelons de pouvoir. Les prérogatives du gouvernement central doivent être limitées par des institutions locales fortes. Chaque centre du pouvoir doit être démocratiquement élu. Le fédéralisme doit également rendre possible l’émancipation sociale. À cette période, les républicains s’éloignent du modèle centralisé traditionnellement associé à la France40. À l’inverse, les modèles fédéraux en vigueur en Suisse ou aux États-Unis font l’objet de l’admiration des participants, qui les érigent en modèles politiques à suivre41.
29Le poids de cette critique de la centralisation et de la répression dans les discours s’explique par le fait que les oppositions sont encore massivement muselées au moment où a lieu la célébration de cet anniversaire de 1848. En outre, si la critique de l’ordre impérial est virulente, les ambitions impérialistes de Napoléon III sont dénoncées avec tout autant de vigueur.
Une politique extérieure agressive
- 42 Yves Bruley, La diplomatie du Sphinx. Napoléon III et sa politique internationale, Paris, CLD Editi (...)
30En parallèle de la mise au pas du pays par la construction d’un gouvernement autoritaire et répressif, Napoléon III ne néglige pas sa politique extérieure42, ce qui ne manque pas d’attirer les critiques des exilés, qui voient en effet dans ses entreprises de grands dangers pour la paix et la liberté en Europe. Ils l’accusent notamment de viser « le coup d’État européen » et la domination universelle selon les mots de Lombard-Martin et Vésinier. Leur sentiment est certainement né de l’ingérence de Napoléon III dans la politique européenne, comme l’illustre la guerre de Crimée en 1854, qui constitue une grande victoire diplomatique pour l’empereur. Il parvient en effet à organiser le congrès de Paix à Paris en 1856, symbolisant le retour de l’influence diplomatique de la France en Europe. L’Empire se place dorénavant en fer de lance d’un nouvel ordre européen10. Dès ce conflit, Napoléon III prépare d’autres projets diplomatiques et militaires : il se rapproche du Piémont et se lance à ses côtés dans l’expédition d’Italie en 1859. Il obtient l’année suivante le rattachement à la France de Nice et de la Savoie11.
- 43 Natalie Isser, The Second Empire and the Press. A Study of Government-Inspired Brochures on Foreign (...)
31La question allemande est également évoquée par certains intervenants. En effet, Napoléon III a des visées sur les territoires de la rive gauche du Rhin à partir de 1859. La Prusse, d’abord sceptique face aux velléités expansionnistes de l’empereur, finit par s’inquiéter de sa politique internationale. En juin 1860, Napoléon III rencontre Guillaume Ier lors de l’entrevue de Baden-Baden pour évoquer ses vues sur l’espace rhénan, mais l’Empereur ne donne pas de garanties. L’inquiétude est encore renforcée par la publication d’une brochure intitulée Le Rhin et la Vistule à l’occasion d’une visite de Guillaume Ier à Compiègne en 186143. En somme, Napoléon III aurait pour mot d’ordre « diviser pour mieux régner », Et l’Allemagne ne serait qu’un des points de départ dans sa volonté d’assujettir l’Europe entière et le Proche-Orient : « une fois l’Allemagne, la Russie et l’Angleterre vaincues ou abaissées, son pouvoir n’aura plus de borne ; l’Europe entière subira son despotisme » affirme Vésinier.
32Les participants au banquet condamnent donc les entreprises de Napoléon III, perçues comme égoïstes, « sous le prétexte d’indépendance nationale », qui s’inspirent de Napoléon Ier. De nombreuses références et comparaisons sont faites dans les discours entre les deux empereurs pour démontrer que Napoléon III ne fait que reprendre les ambitions de son oncle. Les orateurs affirment que la question des nationalités ne serait qu’un prétexte pour asseoir une « domination universelle », façon pour eux de réaffirmer le lien indéfectible entre défense des nationalités et défense d’un républicanisme libéral et démocratique. « L’idée napoléonienne », commune aux deux Bonaparte, est à l’inverse néfaste pour le monde. La crainte des désastres qui ont suivi le Premier Empire est toujours présente et le modèle impérial toujours menaçant, ce qui nécessite une lutte contre celui qui se présente comme le continuateur de l’œuvre de son oncle.
Des idéaux de 48 au socialisme : recompositions idéologiques
Une reprise du discours quarante-huitard ?
33Cette célébration de l’anniversaire des révolutions de 1848 opère une reprise du discours de l’époque. La cérémonie s’ouvre avec l’intervention du citoyen Doin dont le discours insiste sur une vision presque prophétique de la révolution. À son sens, la révolution est un besoin, une promesse et une certitude. Elle est la seule solution pour la liberté et l’égalité des hommes. Cette célébration prend ainsi la forme d’un rappel des idéaux de 1848, malgré les déceptions et les échecs. Elle constitue à Genève constitue une commémoration qui fait revivre les idéaux des révolutions. On y rappelle les idéaux originels, la Liberté, la Révolution, la Fraternité et l’Égalité. La démocratie est aussi mentionnée par Lombard-Martin, qui termine son discours en évoquant les journées de Juillet 1830, dernier exemple de révolution considéré comme une victoire.
- 44 Jean-Numa Ducange, La Révolution française et l’histoire du monde. Deux siècles de débats historiqu (...)
- 45 Axel Körner, « The European Dimension of the Ideas of 1848 and the Nationalization of Its Memories (...)
34Par la suite, le citoyen Paillet reprend explicitement les idéaux révolutionnaires selon les termes « fraternité, égalité, solidarité ». Ces trois piliers s’inscrivent non seulement dans la continuité de 1848, mais aussi des autres révolutions de 1830 et 1789, et montrent encore une fois l’inscription de ces revendications révolutionnaires dans une longue tradition44. On peut constater le caractère central de ces termes par leur fréquence et ainsi considérer que ces concepts ne sont pas qu’une invocation des révolutions révolues, mais bel et bien des outils fondamentaux dans la pensée politique des acteurs. Ils sont indispensables à l’avènement de la « Liberté », concept presque sacré dont se réclament tous les orateurs. S’il existe un point commun entre les différentes prises de parole, c’est en effet la glorification de la « Liberté ». Chacun y va de sa propre interprétation du terme, mais tous se rejoignent autour de cet idéal, qui traverse le temps, relie toutes les révolutions (celles du passé récent et celles à venir), et qui traverse les frontières et relie les peuples, en particulier dans la dénonciation de leur servitude45.
Les métamorphoses de la question sociale
- 46 Anne-Claire Ignace, « Giuseppe Mazzini et les démocrates français : débats et reclassements au lend (...)
35Cependant, au-delà de la reprise des discours de 1848, ce que l’on peut percevoir dans les différentes interventions des acteurs, c’est l’émergence de la question sociale et le dépassement de l’échec des révolutions de 1848 par le socialisme. Le contexte politique post-1848 est marqué par un reclassement des forces de gauche, qui traduit des divergences déjà existantes avant les événements révolutionnaires. Ce divorce au sein des forces de gauche marque ainsi la division entre le socialisme et le républicanisme mazzinien, ce dernier reprochant au premier de constituer une solution par trop matérialiste quant à la résolution de la question sociale46.
- 47 François Jarrige, Au temps des « tueuses de bras ». Les bris de machines à l’aube de l’ère industri (...)
- 48 Élise Radix, L’homme-Prométhée vainqueur au xixe siècle, Paris, l’Harmattan, 2006, p. 189.
36Certaines interventions évoquent ainsi l’amélioration des conditions de vie des ouvriers par le progrès technique, une idée présente chez certains socialistes dès les années 183047. Le progrès technique érigé en moyen d’émancipation du prolétariat est symptomatique du milieu du xixe siècle, comme le montre l’intervention du citoyen Paillet. Profondément machiniste, il développe une vision positiviste du progrès au sens large : il est le moteur de l’humanité, le triomphe de l’homme sur le monde. Par le progrès technique, l’homme-Prométhée conquiert sa juste place sur Terre, c’est-à-dire comme dirigeant et maître de la nature, qui doit être à son service48. Cette pensée n’est pas l’apanage de la gauche européenne de l’époque, mais elle traverse l’idéologie socialiste du xixe siècle.
- 49 Anniversaire des révolutions de 1848…, op. cit., p. 2.
- 50 Jean-Claude Caron et Michel Vernus, L’Europe au 19e siècle. Des nations aux nationalismes (1815-191 (...)
- 51 Alessandro Stanziani, Les métamorphoses du travail contraint. Une histoire globale (xviiie-xixe siè (...)
37Une dimension fondamentale de la question sociale abordée par les auteurs de ces discours a trait à l’émancipation des travailleurs, à travers la triple revendication de l’abolition de « l’esclavage, [du] servage et [du] prolétariat49 ». Alors que l’Autriche a aboli le servage en 184850 et que l’Empire russe s’apprête à faire de même le 3 mars 1861, la remise en cause de cette forme d’organisation sociale dans l’est de l’Europe semble annoncer un processus d’émancipation qui permettra aux paysans de devenir propriétaires et de conquérir leur liberté51.
- 52 J.-C. Caron et M. Vernus, L’Europe au 19e siècle…, op. cit., p. 71-117.
38Le sort des serfs est étroitement associé dans les discours à celui des ouvriers d’une part, et des esclaves d’autre part. C’est ainsi que le citoyen Maurin affirme que les prolétaires européens sont soumis eux aussi à « la servitude de la misère, et la honte de l’esclavage ». La figure de l’esclave a communément été utilisée dans la rhétorique des ouvriers et des socialistes pour décrire les conditions de travail difficiles nées de l’industrialisation : avec l’émergence du secteur industriel, une nouvelle classe apparaît qui dépend de sa seule force de travail et qui se trouve ainsi dans un état de sujétion à l’égard des patrons52.
- 53 Nelly Schmidt, « 1848 et les colonies : dimensions françaises, perspectives internationales » dans (...)
- 54 Vincent Bernard, La guerre de Sécession. La Grande Guerre américaine (1861-1865), Paris, Passés Com (...)
39Pour autant, dans cette réunion, la convocation de cette figure rhétorique s’explique aussi par le contexte : la dynamique abolitionniste contemporaine dans le monde atlantique. Le banquet célèbre ainsi l’anniversaire de la seconde abolition de l’esclavage proclamée le 27 avril 1848 en France et dans ses territoires d’outre-mer53. Surtout, outre-Atlantique, l’esclavage est alors au cœur des dissensions entre le nord industriel anti-esclavagiste et le sud agraire dont le système économique repose sur l’esclavage. Les tensions culminent avec l’élection d’Abraham Lincoln en 1860 qui entraîne la sécession de sept États du sud en 1861 et forment la Confédération à partir du 4 février54. Si la guerre de Sécession n’a pas encore démarré, les discours des participants au banquet soulignent la prégnance de la question abolitionniste dans les esprits. Elle conditionne un traitement original de la question sociale, qui lie serfs, esclaves et prolétaires dans une même revendication d’émancipation.
De la République universelle à l’émancipation des travailleurs
- 55 Raimund Rütten, « À la recherche d’une république démocratique et sociale », Cahiers d’histoire. Re (...)
- 56 Marie-Cécile Goldsmid, La République universelle, démocratique et sociale. Le Pacte, 1849, Paris, M (...)
- 57 A. Körner, « The European Dimension… », art. cit.
40L’idéal politique au cœur de cette célébration des révolutions de 1848 reste celui de la « République universelle démocratique et sociale », évoquée dès la prise de parole du citoyen Doin. Cette République se définit comme le régime dans lequel l’ensemble des citoyens sont libres et égaux. Néanmoins cette vision quarante-huitarde de la République ne fait plus l’unanimité treize ans plus tard, ou fait à tout le moins l’objet d’interprétations divergentes. Lombard-Martin affirme ainsi appartenir à une minorité qui ne souhaite pas l’avènement de la République universelle telle qu’elle avait été théorisée en 1848. Dans cette perspective, les citoyens du monde entier étaient invités à s’unir comme des frères pour répandre l’idéal de la République. Dès mai 1848, la notion de République démocratique et sociale se constitue comme programme politique55. L’estampe bien connue de Marie-Cécile Goldsmid, La République universelle, démocratique et sociale. Le Pacte56, longtemps attribuée à Frédéric Sorrieu, illustre cette pensé politique dans laquelle les citoyens du monde entier doivent s’unir comme des frères57. La chute des monarchies européennes rendait ainsi possible l’avènement de la République universelle démocratique et sociale.
- 58 Nicolas Delalande, La lutte et l’entraide. L’âge des solidarités ouvrières, Paris, Seuil, 2019, p. (...)
41Lors de cet anniversaire de 1848, différents discours évoquent à nouveau cette République universelle, qui doit libérer les hommes du joug des têtes couronnées et assurer aux peuples le bonheur et le bien-être universel. Toutefois, afin d’atteindre ce dessein, ce sont moins les citoyens que les travailleurs qui doivent s’unir. En effet, si les intervenants appellent à la fraternité des peuples, c’est à partir de l’idée que l’oppression commune des travailleurs par la bourgeoisie fait d’eux des frères. Ainsi, l’objectif est de rassembler les travailleurs quel que soit leur pays, leur langue ou leur culture, afin qu’ils soient unis dans le même combat, et de pouvoir lutter contre la mondialisation du capital et la domination de la bourgeoisie58.
- 59 Thomas C. Jones, « French republicanism after 1848 » dans Dough Moggach and Gareth Stedman Jones (e (...)
42Ainsi, dans les années 1860, on assiste à la circulation d’idées qui trouvent leurs racines dans l’idéal quarante-huitard et qui sont resignifiées afin de contribuer à la lutte socialiste. Un certain nombre de ceux qui soutenaient la solidarité internationale et la fraternité en 1848, à travers l’idéal de République universelle, développent un discours qui reprend les mêmes mots d’ordre mais dans une perspective plus nettement socialiste. Il s’agit désormais d’atteindre la République universelle par l’émancipation des travailleurs59.
Une célébration transnationale
Se souvenir d’une révolution européenne
- 60 Jonathan Sperber, The 1848 Revolutions, 1848-1851, Cambridge, Cambridge University Press, 2005, p. (...)
43Ce texte met en avant l’idée que 1848 est une révolution par-delà les frontières et que la révolution du 24 février s’inscrit dans un temps plus large de révolutions européennes, le Printemps des peuples. La conjoncture de 1846-1848 conduit à des mouvements révolutionnaires, de manière quasiment simultanée, dans différents espaces européens. Les discours montrent que ces multiples révolutions sont connectées les unes aux autres, à la fois par des liens fraternels entre militants mais aussi par un engagement pour les mêmes causes, qui dépassent les cadres nationaux60.
- 61 Quentin Deluermoz, Emmanuel Fureix et Clément Thibaud (dir.), Les mondes de 1848. Au-delà du printe (...)
44L’idée de révolutions transnationales se retrouve aussi dans les liens qu’entretiennent les militants qui, malgré leurs origines diverses, se rassemblent derrière des revendications communes. Une fois arrivés dans leur lieu d’exil, ces militants cherchent à appuyer les revendications de leurs « frères républicains », avec qui ils se retrouvent notamment lors de rassemblements tels que des fêtes, des célébrations, les anniversaires d’épisodes révolutionnaires. Les citoyens présents dans le texte revendiquent cette idée d’une alliance fraternelle de tous les peuples autour des valeurs d’une République universelle. Par ailleurs, les différentes prises de paroles des citoyens permettent de saisir la portée internationale de 1848, notamment en Italie, mais aussi sa résonance aux États-Unis, ou encore dans une certaine limite en Suisse. C’est finalement un événement aux conséquences globales61.
Le soutien à l’unification italienne
- 62 Gilles Pécout, Naissance de l’Italie contemporaine, 1770-1922, Paris, Armand Colin, 2004.
- 63 Lucy Riall, Garibaldi : Invention of a Hero, New Haven, Yale University Press, 2007.
45La péninsule italienne occupe une place non négligeable dans les discours prononcés lors de cet anniversaire des révolutions de 1848. Et pour cause : celui-ci est célébré lorsque le Risorgimento atteint son paroxysme et que l’unification territoriale et militaire de l’Italie vient de s’amorcer62. En effet, la seconde guerre d’indépendance italienne de 1859-1860 vient mettre fin au statu quo dans la péninsule. À cette occasion, l’action des armées conventionnelles est décisive. Il ne faut toutefois pas négliger l’importance de l’implication populaire, notamment lors de l’expédition des Mille menée par Giuseppe Garibaldi de mai à octobre 186063.
- 64 « It is in Italy that the European knot must be untied. To Italy belongs the high office of emanci (...)
46Le lecteur notera ainsi l’intervention du citoyen Chomar, qui n’est identifié que par sa participation à l’expédition menée par Garibaldi l’année précédente. Son discours plein de verve mêle ferveur républicaine et références patriotiques, exaltant le rôle joué par les révolutionnaires Garibaldi et Mazzini. Il est aussi révélateur des idéaux politiques portés par ceux-ci sur le plan européen. Car le Risorgimento est un processus transnational, impliquant des acteurs étrangers à l’Italie, qui a lui-même des répercussions politiques et idéologiques sur le reste de l’Europe. Aussi Chomar s’exprime-t-il au nom de la « délivrance universelle », prenant l’Italie comme point de départ réussi d’une révolution des peuples européens, celle voulue par Mazzini. Celui-ci expliquait que « c’est en Italie que le nœud européen doit être dénoué. C’est à l’Italie qu’appartient la haute fonction de l’émancipation, c’est elle qui accomplira sa mission civilisatrice64 ».
- 65 Anna Procyk, Giuseppe Mazzini’s Young Europe and the Birth of Modern Nationalism in the Slavic Worl (...)
- 66 L. Riall, Garibaldi…, op. cit., p. 19.
47Ce tournant de 1860 en Italie s’inscrirait ainsi dans la continuité des révolutions de 1848 et serait une étape dans l’avènement de la République universelle, les idées de Mazzini trouvant un écho bien-au-delà de la péninsule italienne65. C’est toutefois la figure de Garibaldi qui s’ancre dans l’imaginaire populaire. En effet, Garibaldi est l’homme d’action voulu par Mazzini, se faisant le bras armé de cette émancipation universelle66. Lui-même promeut des idées universalistes et républicaines, au-delà des principes mazziniens de libre association, tout en prêtant son épée aux peuples d’Amérique comme d’Europe, comme en témoignent ses interventions au Brésil (1835), en Uruguay (1841) et en France (1870).
Une fraternité politique transatlantique
- 67 Bruno Marnot, La mondialisation au xixe siècle, Paris, A. Colin, 2012.
- 68 Delphine Diaz et alii (dir.), Exils entre les deux mondes. Migrations et espaces politiques atlanti (...)
48Cet idéal républicain transcende ainsi les frontières, porté par des hommes que sépare l’Atlantique mais rassemblés autour d’un espoir de « Révolution universelle », politique et morale. Il unit ainsi « dans une pensée commune », en somme, « les républicains des deux hémisphères » (p. 28). L’Amérique du Nord occupe en effet une place à part dans ces célébrations. Parce que l’Union des États-Unis est en train de se déchirer, mais aussi parce que l’espace atlantique devient de plus en plus connecté au cours du xixe siècle67, formant un vaste réseau au sein duquel transitent et s’échangent des hommes, des informations, des idées et des pensées68, l’Europe et l’Amérique ne peuvent demeurer hermétiques l’une à l’autre.
49Cette dimension transatlantique du treizième anniversaire des révolutions de 1848 se concrétise dans les nombreux discours de soutien à la lutte contre l’esclavage aux États-Unis, portée par le nouveau président Abraham Lincoln. La mention du consul américain à Genève, qui aurait prêté le drapeau américain exposé dans la salle du banquet, semble attester de liens directs entre les quarante-huitards exilés et un certain nombre de responsables politiques et diplomatiques américains. Plus généralement, les marques d’amitié et d’admiration des participants au banquet envers les États-Unis, vus comme un modèle de républicanisme fédéral, soulignent la circulation des théories et des modèles politiques de part et d’autre de l’Atlantique.
- 69 M. Cordillot, Utopistes et exilés du Nouveau Monde…, op. cit.
50Ces liens passent aussi par la circulation des journaux et des journalistes, dans un siècle où la presse s’affirme comme un moyen de communication et d’information privilégié. Fondé à New-York, Le Revendicateur, auquel les convives sont invités à apporter leur appui financier, est l’un de ces innombrables supports constitutifs du réseau transnational qui relie l’Europe et l’Amérique. Le lecteur reconnaîtra d’ailleurs, parmi les « nombreux prolétaires » ayant participé à sa fondation, les noms à consonance française des « citoyens Pelletier, Tassillier, Bailly » et Joseph Déjacque. Tous sont des exilés de 1848 partis pour les États-Unis. Quant à ce dernier, il s’affirme comme un activiste politique de premier plan outre-Atlantique, où il dirige notamment jusqu’en 1861 le Libertaire, un journal fondé en 1858 à New-York69.
Une commémoration globale de 1848
- 70 Ibid., p.150-151.
51Le signe le plus clair de l’universalité des cérémonies de 1861 reste la tenue outre-Atlantique d’une cérémonie similaire. « Les républicains socialistes d’Amérique ont célébré l’anniversaire du 24 février 1848, à New-York, en même temps que nous ». Ainsi, rassemblés dans une pensée unanime, républicains d’Europe et d’Amérique célèbrent en chœur cette révolution qui, en 1848, fut un symbole de liberté, de démocratie et d’égalité au sein du monde atlantique. Il est probable que cet anniversaire soit organisé par la section new-yorkaise de la Société de la république universelle, société fondée par des proscrits français70 et qui est à l’origine d’autres célébrations les années précédentes, notamment en 1854.
- 71 H. Monin, « Un anniversaire de la Révolution de Février… », op. cit., p. 4.
52Ces manifestations semblent très répandues dans les communautés d’exilés français à l’étranger : des anniversaires semblables ont lieu, on l’a vu, en février 1855 à Jersey et en février 1869 à Londres. Lors de ce dernier, la section française de l’Association internationale des travailleurs s’adresse au 18e Président américain Ulysses Grant pour lui demander de l’aide dans la lutte contre le despotisme en Europe. Dans cette adresse, les travailleurs reprennent de nombreux thèmes abordés déjà à Genève en 1861, tels que la solidarité entre républicains, et s’adressent cette fois-ci au vainqueur des partisans de l’esclavage : « républicains comme vous et nous, nous avons foi en vous, vainqueur des négriers71 ».
- 72 Woodhull and Claflin’s Weekly, vol. 4, n° 20, p. 4, “Parade in Honnor of Mazzini”.
- 73 M. Cordillot, Utopistes et exilés du Nouveau Monde…, op. cit., p.183.
53Ces anniversaires de février 1848 célébrés dans des communautés francophones autour du globe le sont aussi chez les ouvriers et travailleurs ; à New York, est ainsi organisée une parade en l’honneur de Mazzini en 1872 par les ouvriers de la ville72, groupe sûrement composé de nombreux Européens puisque la plupart des immigrés passent par cette grande ville. Enfin, cette circulation de traditions n’est pas surprenante, étant donnée la mobilité accrue des populations exilées et les contacts existants entre ces différents groupes dans le monde. Michel Cordillot évoque ainsi les liens entre les Français des États-Unis et ceux de Suisse73, contacts qui pourraient expliquer la simultanéité de la célébration en 1861.
54Ce texte fait ainsi apparaître à la fois la vie en exil en Suisse, la sociabilité et les modes d’action politiques des proscrits, mais aussi les reclassements idéologiques et politiques qui marquent l’après-1848 chez les républicains français, et plus généralement chez les acteurs européens du Printemps des peuples. En effet, les nombreuses critiques lors de ce banquet festif visent principalement le Second Empire et les gouvernements issus de la répression du Printemps des peuples. Dans le même temps, de nombreux discours montrent que les acteurs ne sont pas figés dans une remémoration immobile du passé : bien au contraire, les interventions lors du banquet soulignent les transformations des idéaux quarante-huitards et les divergences qui en découlent.
55De plus en plus de républicains de 1848 se tournent alors vers le socialisme, qui porte le mot d’ordre de l’émancipation des travailleurs comme condition indispensable à l’avènement de la République universelle. C’est aussi la mondialisation à l’œuvre dans la deuxième moitié du xixe siècle que donne à voir ce texte : aux dimensions européennes du combat de 1848, s’ajoute désormais une perspective atlantique, à la faveur des débats aux États-Unis sur l’abolition de l’esclavage. Les idéaux révolutionnaires rapprochent désormais les peuples par-delà les frontières et les océans, et les célébrations des combats passés constituent autant d’occasions de communier autour d’un même imaginaire politique, qui doit nourrir les combats présents et futurs.
Notes
1 Anniversaire des révolutions de 1848, célébré à Genève le 24 février 1861, Londres, Imprimerie universelle, 1861.
2 Cet article et l’édition de source qui l’accompagne ont été réalisés par les étudiants du séminaire « Révoltes, révolutions et contre-révolutions au xixe siècle » (master HCE, Université de Strasbourg) sous la supervision d’Alexandre Dupont, maître de conférences HDR à l’Université de Strasbourg, laboratoire UMR 3400 ARCHE.
3 L’Imprimerie Universelle fonctionne tout d’abord sur l’île de Jersey jusqu’en 1855, avant son transfert à Londres à la suite de l’expulsion des principauxLes néologismes sont empruntés à Reinhart Koselleck, Vergangene Zukunft: zur Semantik geschichtlicher Zeiten, Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp, 1979. exilés français de l’île. Voir Rémi Gossez, « La proscription et les origines de l’Internationale. 1. Le “ Comité international permanent ” », 1848-Revue des révolutions contemporaines, n° 189, 1951, p. 97-115.
4 Dictionnaire politique : encyclopédie du langage et de la science politiques, Paris, Duclerc et Pagnerre, 1860 [1841], p. 147.
5 Vincent Robert, Le temps des banquets. Politique d’une génération, 1818-1848, Paris, Publications de la Sorbonne, 2010.
6 Philippe Darriulat, La muse du peuple. Chansons politiques et sociales en France, 1815-1871, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011.
7 Ibid., p. 225.
8 Anniversaire des révolutions de 1848…, op. cit., p. 1.
9 Idem.
10 Anniversaire de la Révolution de 1848 : 24 février 1855. A Jersey. Discours de Victor Hugo, Jersey, Imprimerie universelle, 1855.
11 Hippolyte Monin, « Un anniversaire de la Révolution de Février à Londres (24 février 1869) », La Révolution de 1848. Bulletin de la Société d’histoire de la Révolution de 1848, n° 16, 1906, p. 213-218.
12 Michel Cordillot, Utopistes et exilés du Nouveau Monde. Des Français aux États-Unis de 1848 à la Commune, Paris, Vendémiaire, 2013, p. 151-152 et p. 156.
13 Sylvie Aprile, « L’espion, frère du proscrit. Regards croisés sur la surveillance politique des exilés sous le second Empire », Cultures & Conflits, n° 53, 2004, p. 9-23.
14 Christos Aliprantis, « Transnational Policing after the 1848–1849 Revolutions: The Habsburg Empire in the Mediterranean », European History Quarterly, n° 50, 2020/3, p. 412–437.
15 Un bilan nuancé pour 1848 dans Gabriella Hauch, « Women’s Spaces in the Men’s Revolution of 1848 », dans Dieter Dowe, et alii (dir.), Europe in 1848. Revolution and Reform, New York/Oxford, Berghahn Books, 2001, p. 639-693
16 Jean-Clément Martin, Nouvelle histoire de la Révolution française, Paris, Perrin, 2012, p. 21-24.
17 Thomas C. Jones, « Définir l’asile politique en Grande-Bretagne (1815-1870) », Hommes & Migrations, n° 1321, 2018, p. 13-21.
18 Pierre-Marie Delpu, L’affaire Poerio : La fabrique d’un martyr révolutionnaire européen (1850-1860), Paris, Éditions CNRS, 2021.
19 M. Cordillot, Utopistes et exilés du Nouveau Monde…, op. cit.
20 Raimund Rütten, « À la recherche d’une république démocratique et sociale », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, n° 139, 2018, p. 153-166.
21 Sylvie Aprile, Le siècle des exilés. Bannis et proscrits de 1789 à la Commune, Paris, CNRS Éditions, 2010, p. 120.
22 Eadem, « L’accueil des réfugiés en Europe au xixe siècle », Monde(s), n° 15, 2019/1, p. 25-43.
23 Thomas Busset, « La politique du refuge en Suisse 1820-1870, réalité et mythe », Études et Sources, n° 25, 1999, p. 29-64.
24 S. Aprile, Le siècle des exilés…, op. cit., p. 121.
25 Sur cette question, voir aussi Olivier Lamon, « Négocier l’asile », Diasporas, n° 41, 2023, <https://doi.org/10.4000/diasporas.12352> (consulté le 26 mai 2025).
26 S. Aprile, Le siècle des exilés…, op. cit., p. 122
27 Idem et Delphine Diaz (dir.), Les Réprouvés. Sur les routes de l’exil dans l’Europe du xixe siècle, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2021, p. 140.
28 De manière générale, l’exilé doit souvent surmonter la barrière de la langue et changer de métier pour travailler : en Suisse, un grand nombre des exilés sont employés dans le domaine des chemins de fer, par exemple, indépendamment du travail qu’ils exerçaient chez eux.
29 Sylvie Aprile, « Exil et exilés français sous le Second Empire », Hommes et Migrations, 1253, 2006, p. 91.
30 Anniversaire des révolutions de 1848…, op. cit., p. 8.
31 S. Aprile, Le siècle des exilés…, op. cit., p. 207.
32 Idem et Delphine Diaz (dir.), Les Réprouvés…, op. cit., p. 300.
33 « Décret d’amnistie pour tous les condamnés pour crimes et délits politiques, 16 août 1859 », Le Moniteur, 17 août 1859.
34 Anniversaire des révolutions de 1848…, op. cit., p. 17.
35 Ibid, p. 15.
36 Pierre Karila-Cohen, Monsieur le préfet. Incarner l’État dans la France du xixe siècle, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2021, p. 31-34.
37 Bernard Le Clère et Vincent Wright, Les Préfets du Second Empire, Paris, Armand Colin, 1973, p. 39.
38 Éric Denécé et Benoît Léthenet, Renseignement et espionnage du Premier Empire à l’affaire Dreyfus (xixe siècle), Paris, Ellipses, 2021, p. 286.
39 Sylvie Aprile, « L’espion, frère du proscrit. Regards croisés sur la surveillance politique des exilés sous le second Empire », Cultures & Conflits, n° 53, 2004, p. 9-23.
40 Sur ce qui précède, voir Paolo Benvenuto et Jean-Yves Frétigné, « Du modèle républicain français à sa marginalisation (1848-1914) », Laboratoire italien, n° 19, 2017, <https://doi.org/10.4000/laboratoireitalien.1278> ( consulté le 30 janvier 2023).
41 Michel Biard, Jean-Numa Ducange et Jean-Yves Frétigné (dir.), Centralisation et fédéralisme. Les modèles et leur circulation dans l’espace européen francophone, germanophone et italophone, Rouen, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2017.
42 Yves Bruley, La diplomatie du Sphinx. Napoléon III et sa politique internationale, Paris, CLD Editions, 2013.
43 Natalie Isser, The Second Empire and the Press. A Study of Government-Inspired Brochures on Foreign Policy in their Propaganda Milieu, La Haye, M. Nijhoff, 1974.
44 Jean-Numa Ducange, La Révolution française et l’histoire du monde. Deux siècles de débats historiques et politiques 1815-1991, Paris, Armand Colin, 2014, p. 58-60.
45 Axel Körner, « The European Dimension of the Ideas of 1848 and the Nationalization of Its Memories » dans Axel Körner (ed.), 1848. A European Revolution ? International Ideas and National Memories of 1848, Basingstoke, Macmillan Press, 2000, p. 3-28.
46 Anne-Claire Ignace, « Giuseppe Mazzini et les démocrates français : débats et reclassements au lendemain du “printemps des peuples” », Revue d’histoire du xixe siècle, n° 36, 2008, p. 134-136.
47 François Jarrige, Au temps des « tueuses de bras ». Les bris de machines à l’aube de l’ère industrielle, Rennes, PUR, 2009, p. 213.
48 Élise Radix, L’homme-Prométhée vainqueur au xixe siècle, Paris, l’Harmattan, 2006, p. 189.
49 Anniversaire des révolutions de 1848…, op. cit., p. 2.
50 Jean-Claude Caron et Michel Vernus, L’Europe au 19e siècle. Des nations aux nationalismes (1815-1914), Paris, Armand Colin, 2019, p. 71-117.
51 Alessandro Stanziani, Les métamorphoses du travail contraint. Une histoire globale (xviiie-xixe siècles), Paris, Presses de Sciences Po, 2020, p. 233-268.
52 J.-C. Caron et M. Vernus, L’Europe au 19e siècle…, op. cit., p. 71-117.
53 Nelly Schmidt, « 1848 et les colonies : dimensions françaises, perspectives internationales » dans Jean-Luc Mayaud (dir.) 1848. Actes du colloque international du cent-cinquantenaire, tenu à l’Assemblée nationale à Paris, les 23-25 février 1998, Paris, Créaphis, 2002, p. 373-388.
54 Vincent Bernard, La guerre de Sécession. La Grande Guerre américaine (1861-1865), Paris, Passés Composés, 2022.
55 Raimund Rütten, « À la recherche d’une république démocratique et sociale », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 139, 2018, <https://doi.org/10.4000/chrhc.7751>.
56 Marie-Cécile Goldsmid, La République universelle, démocratique et sociale. Le Pacte, 1849, Paris, Musée Carnavalet.
57 A. Körner, « The European Dimension… », art. cit.
58 Nicolas Delalande, La lutte et l’entraide. L’âge des solidarités ouvrières, Paris, Seuil, 2019, p. 287-288.
59 Thomas C. Jones, « French republicanism after 1848 » dans Dough Moggach and Gareth Stedman Jones (ed.), The 1848 Revolutions and European Political Thought, Cambridge, Cambridge University Press, 2018, p. 70-93.
60 Jonathan Sperber, The 1848 Revolutions, 1848-1851, Cambridge, Cambridge University Press, 2005, p. 258-283.
61 Quentin Deluermoz, Emmanuel Fureix et Clément Thibaud (dir.), Les mondes de 1848. Au-delà du printemps des peuples, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2023.
62 Gilles Pécout, Naissance de l’Italie contemporaine, 1770-1922, Paris, Armand Colin, 2004.
63 Lucy Riall, Garibaldi : Invention of a Hero, New Haven, Yale University Press, 2007.
64 « It is in Italy that the European knot must be untied. To Italy belongs the high office of emancipation; Italy will fulfill its civilizing mission », cité dans Roland Sarti, Mazzini: A Life for the Religion of Politics, Westport, Praeger, 1997, p. 60
65 Anna Procyk, Giuseppe Mazzini’s Young Europe and the Birth of Modern Nationalism in the Slavic World, Toronto, University of Toronto Press, 2019 ; Christopher A. Bayly et Eugenio Biagini (dir.), Giuseppe Mazzini and the Globalization of Democratic Nationalism, 1830-1920, Londres, British Academy, 2008.
66 L. Riall, Garibaldi…, op. cit., p. 19.
67 Bruno Marnot, La mondialisation au xixe siècle, Paris, A. Colin, 2012.
68 Delphine Diaz et alii (dir.), Exils entre les deux mondes. Migrations et espaces politiques atlantiques au xixe siècle, Mordelles, Les Perséides, 2015.
69 M. Cordillot, Utopistes et exilés du Nouveau Monde…, op. cit.
70 Ibid., p.150-151.
71 H. Monin, « Un anniversaire de la Révolution de Février… », op. cit., p. 4.
72 Woodhull and Claflin’s Weekly, vol. 4, n° 20, p. 4, “Parade in Honnor of Mazzini”.
73 M. Cordillot, Utopistes et exilés du Nouveau Monde…, op. cit., p.183.
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Référence papier
Alexandre Dupont, « Fêter 1848 en exil. Une mémoire transnationale des révolutions, entre célébration et remobilisation », Source(s), 23 | 2025, 97-116.
Référence électronique
Alexandre Dupont, « Fêter 1848 en exil. Une mémoire transnationale des révolutions, entre célébration et remobilisation », Source(s) [En ligne], 23 | 2025, mis en ligne le 01 octobre 2025, consulté le 11 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/sourcesarche/1038 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14vc5
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