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D’un régime à l’autre : modèles philosophiques et entreprises de régénération politique dans les années 1795-1830

From one regime to another : philosophical models and attempts at political regeneration in the years 1795-1830
Juliette Mascart

Résumés

Sous la Restauration, Henri Beyle rend compte de l’actualité culturelle parisienne dans des périodiques britanniques. Ses écrits témoignent de l’affrontement, dans le premier xixe siècle, de deux systèmes philosophiques : le premier triomphe sous le Directoire et vise à pérenniser les institutions républicaines ; le second vient à l’appui de la monarchie restaurée. Leurs promoteurs respectifs sont fortement impliqués dans l’instruction publique, à laquelle ils impriment une orientation conforme à leurs vues afin d’œuvrer à une refondation de la société. De l’Idéologie au spiritualisme s’observe par ailleurs une même volonté d’établir une philosophie nationale à vocation universelle.

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Texte intégral

  • 1 . Pour les écrits journalistiques de Henri Beyle cités dans cet article, on se réfère à l’édition (...)

1De 1822 à 1829, soit sous la Restauration, durant son séjour parisien, Henri Beyle rend compte de l’actualité culturelle parisienne dans des périodiques britanniques. S’il se montre particulièrement attentif à la production littéraire contemporaine, il n’en étend pas moins sa critique à l’ensemble des disciplines auxquelles s’intéressent les élites parisiennes. Ses écrits journalistiques témoignent de son profond attachement à l’enseignement des Idéologues, dans un temps où l’héritage de Condillac, d’Helvétius et de Cabanis est mis en cause par le succès d’une nouvelle école philosophique, fondée par Victor Cousin et particulièrement en vogue parmi les jeunes gens. C’est à travers le prisme de cette rivalité que Beyle saisit les transformations des institutions philosophiques dans la première partie du xixe siècle. S’il faut, bien entendu, faire ici la part de la rhétorique – la mise en scène de cet antagonisme permet à notre « journaliste anglais1 » de renforcer le dynamisme de ses « esquisses » et l’intérêt qu’elles suscitent, – on ne saurait réduire à cela le parti pris de notre auteur. Plus généralement, on se propose ici de déplier ce que l’écriture journalistique condense par nature, pour donner à voir comment, dans la succession précipitée des régimes politiques qui caractérise le tournant du xixe siècle, des penseurs ont révolutionné l’ordre des connaissances dans le but, chaque fois, d’œuvrer à une refondation sociale et morale de la société. De façon remarquable, entre la République et la monarchie restaurée une continuité se fait jour : on observe en effet de l’une à l’autre une même volonté d’établir une « philosophie française » parmi les différentes écoles de pensée entre lesquelles se partage l’Europe. Bien que leurs conceptions s’opposent, les philosophes attitrés de chacun de ces régimes se réclament d’une même figure, censée incarner une « philosophie nationale » à vocation universelle.

La philosophie, pierre angulaire de l’ordre politique et social

2Il nous faut, dans un premier temps, présenter en peu de mots les parties en présence, celles qu’oppose Henri Beyle dans ses écrits journalistiques. D’un côté donc, les Idéologues, soit un groupe de savants de différentes disciplines qui se veulent les continuateurs des Lumières et cherchent à fonder scientifiquement l’étude des facultés humaines ; de l’autre, Victor Cousin, fondateur d’une doctrine « éclectique » dont le principe est de rassembler les différents systèmes philosophiques pour n’en retenir que la part de vérité qu’ils renferment. Les premiers triomphent sous le Directoire (1795-1799) ; le second est le philosophe officiel de la monarchie de Juillet. Nous nous emploierons ici à montrer en quoi chacune de ces philosophies cautionne un régime particulier, république ou monarchie constitutionnelle, et suivant quelles modalités s’opère le passage de l’une à l’autre.

« L’école de Condillac2 » à l’appui des institutions républicaines

  • 2 . L’expression est employée par Henri Beyle dans plusieurs de ses articles destinés à la presse d’ (...)
  • 3 . Jean-Luc Chappey, « De la science de l’homme aux sciences humaines : enjeux politiques d’une con (...)
  • 4 . Claude Nicolet, « L’Institut des idéologues », Mélanges de l’École française de Rome. Italie et (...)
  • 5 . Claire Barbillon s’emploie à les situer dans l’héritage pluriel des Lumières : « [l]es Idéologue (...)

3Le terme d’« Idéologie » est dû à Destutt de Tracy qui s’en explique dans ses Mémoires sur la faculté de penser dont il donne lecture le 20 juin 1796 à l’Institut national des sciences et des arts, fondé depuis peu. Ce terme est choisi de préférence à « métaphysique » et à « psychologie », car la science qu’il désigne, que Jean-Luc Chappey qualifie de « science des sciences3 » et qui doit en effet « unifier toutes les sciences4 », consiste en l’examen de la formation, de l’expression et de l’association des pensées indépendamment de toute cause transcendante. Rationalistes, matérialistes5, les Idéologues se réclament du sensualisme de Condillac dont le Traité des sensations (1754) fait référence, tout en observant pour certains une distance critique vis-à-vis de son enseignement. Cet héritage est revendiqué à travers l’intitulé de la première section de la seconde classe de l’Institut : « Analyse des sensations et des idées », – seconde classe qui constitue l’aboutissement du système scolaire conçu par les Idéologues et qui vise à enseigner l’art du gouvernement.

  • 6 . Tristan Hordé, « Les Idéologues : théorie du signe, sciences et enseignement », Langages, n° 45, (...)
  • 7 . Claude Nicolet, art. cit., p. 673.
  • 8 . André Tiran, « Les Idéologues, la Décade philosophique politique et littéraire et Jean-Baptiste (...)
  • 9 . Citation extraite du compte rendu intitulé « De la monarchie française au 1er janvier 1824, par (...)

4Ces savants de diverses disciplines (sont ainsi représentées la médecine, la philosophie, l’économie politique, l’histoire, etc.) sont également, pour la plupart, des hommes politiques : Destutt de Tracy, Cabanis et Volney (pour ne parler que des plus connus) sont membres de l’Institut et sénateurs. Aussi articulent-ils étroitement la théorie et la pratique : pour eux, la « science des idées » inculquée aux jeunes gens doit permettre de fonder « un nouvel ordre d’État6 » afin « d’obtenir [...] le meilleur état possible de la société et de la République7 ». Ce projet de régénération de la société s’appuie sur une « politique de la connaissance8 », d’où la forte implication des Idéologues dans l’instruction publique : ils participent notamment à la fondation et à l’organisation d’institutions pédagogiques telles que l’École normale (1794), l’École polytechnique (1794) et l’École centrale (1795), qui visent à former les futurs cadres de l’État. Henri Beyle fait partie de « [c]es hommes qui ont été élevés dans les écoles centrales de la République9 ».

  • 10 . Ibid., p. 139.

5Les Idéologues sont également membres de la société d’Auteuil, un salon philosophique tenu par la veuve de Helvétius où s’étaient réunies les secondes Lumières, dont ils héritent l’idée de la perfectibilité indéfinie de l’homme et celle, corrélative, du progrès de l’esprit humain. Il s’agit pour eux de parachever l’œuvre émancipatrice de la Révolution en assurant la formation et la diffusion des savoirs, indispensables à la République qu’ils conçoivent avant tout comme un régime politique fondé sur la raison. Rompant avec l’ancienne métaphysique, ils proposent un plan d’instruction qui doit conduire, in fine, à « la rationalisation et l’autonomisation des citoyens10 », et par-là, assurer le bonheur de l’individu et de la collectivité. Toujours dans son Mémoire sur la faculté de penser, Destutt de Tracy en décrit ainsi la combinatoire :

  • 11 . Destutt de Tracy, Mémoire sur la faculté de penser, in Mémoires de l’Institut national des scien (...)

Personne ne niera sans doute que la connaissance de la génération de nos idées est le fondement de l’art de communiquer ces idées, la grammaire ; de celui de combiner ces mêmes idées et d’en faire jaillir des vérités nouvelles, la logique ; de celui d’enseigner et de répandre les vérités acquises, l’instruction ; de celui de former les habitudes des hommes, l’éducation ; de l’art le plus important encore d’apprécier et de régler nos désirs, la morale ; et enfin du plus grand des arts, au succès duquel doivent coopérer tous les autres, celui de régler la société de façon que l’homme y trouve le plus de secours et le moins de gêne11.

6Persuadés qu’il est nécessaire et urgent de stabiliser l’ordre républicain, ces savants, qui sont aussi, rappelons-le, des législateurs, soutiennent le coup d’État du 18 Brumaire mais s’opposent bientôt à la dérive autoritaire de Bonaparte ; ce dernier les exclut du Tribunat et du Corps législatif. Il s’emploie par ailleurs à saper leur influence : alors que les Idéologues sont très bien représentés à l’Institut et particulièrement dans la classe des « Sciences morales et politiques », Bonaparte vide cette dernière de son contenu en lui interdisant de traiter de politique, avant de la supprimer (1803). Comme l’observe Claude Nicolet,

  • 12 . Dominique-Joseph Garat, Mémoires historiques sur la vie de M. Suard, sur ses écrits, et sur le x (...)

Garat (un des Idéologues) n’exagérait pas beaucoup en écrivant : « le but des premiers changements de l’Institut était d’en exclure les sciences morales et politiques pour exclure ensuite plus facilement la République de la France12. »

7C’est dans ce contexte que s’inscrit la fondation de l’Université impériale (1806). L’Empereur, qui cherche à consolider son régime, met en place un système d’enseignement centralisé à travers la création de ce qui correspond, dans les faits, à une université d’État, soit « un corps chargé exclusivement de l’instruction et de l’éducation publiques dans tout l’Empire » (loi du 10 mai 1806). Ce profond remaniement de l’ordre scolaire met à bas le réseau d’institutions conçu par les Idéologues pour assurer la diffusion des principes républicains. Sont par ailleurs créées cinq facultés, dont la Faculté des Lettres, qui siège à la Sorbonne ; une fois encore, la rupture avec les Idéologues est manifeste avec la nomination de Royer-Collard, un philosophe tout à fait étranger à leurs vues, à la chaire d’histoire de la philosophie (1810).

  • 13 . « Lettres de Paris, par le petit-neveu de Grimm (3) » (London Magazine, mars 1825, PL, p. 333).
  • 14 . Pierre Macherey, « Les débuts philosophiques de Victor Cousin », in Études de philosophie « fran (...)

8Victor Cousin est un bon représentant de cette période charnière. Il entre quelques années après Henri Beyle dans les institutions pédagogiques fondées sous la Révolution. Élève de l’École centrale de Grenoble de 1796 à 1799, Beyle y est formé à ce qu’il considère être « [l]a véritable philosophie française, celle qui est claire, celle qui est fondée sur l’expérience, celle qui a été enseignée par Condillac, Cabanis, de Tracy13 ». Cousin, pour sa part, intègre l’École normale en 1810 : il y reçoit les cours de Laromiguière, qui, d’après Pierre Macherey, « tentait de perpétuer la tradition “idéologique” […] sous la forme abâtardie d’un “sensualisme corrigé”14 », – ainsi que de Royer-Collard. De ces années de formation, il rend le témoignage suivant :

  • 15 . Victor Cousin, Fragments philosophiques, Paris, Ladrange, 1833, t. I, p. xxxiii-xxxiv (préface d (...)

M. Laromiguière enseignait la philosophie de Locke et de Condillac, heureusement modifiée sur quelques points [...]. L’École normale lui appartenait tout entière. L‘année suivante, un enseignement nouveau vint nous disputer au premier ; et M. Royer-Collard [...] nous détourna peu à peu, et non pas sans résistance, du chemin battu par Condillac, dans le sentier devenu depuis si facile, mais alors pénible et infréquenté, de la philosophie écossaise15.

  • 16 . Propos de l’Empereur au prince de Talleyrand, rapporté par Villemain (Abel François Villemain, C (...)

9Battant en brèche le sensualisme de Condillac, Royer-Collard intronise le spiritualisme en France à travers l’introduction de la philosophie de Thomas Reid, l’une des principales figures de l’École écossaise du sens commun. C’est là, du reste, un projet conforme aux vœux de Napoléon, qui s’en réjouit dans les termes suivants : « [...] il s’élève dans mon Université, une philosophie très sérieuse qui pourra bien nous faire grand honneur et nous débarrasser tout à fait des Idéologues en les tuant sur place par le raisonnement16 ».

  • 17 . « Pensées sur la philosophie de Helvétius », Paris Monthly Review d’avril 1822, PL, p. 18.

10Sans même citer Royer-Collard, Beyle revient, pour ses lecteurs d’outre-Manche, sur cette nouvelle direction donnée, sous l’Empire, à l’éducation philosophique, qu’il résume comme suit : « L’empereur Napoléon ne craignait rien au monde tant que l’éducation du peuple. Au nom de ce principe, [...] on essaya d’introduire [en France] [la philosophie] d’Écosse17 ».

Le spiritualisme, pendant philosophique de la monarchie constitutionnelle

  • 18 . « Esquisses de la société parisienne, de la politique et de la littérature. (Esquisse XXIV) », N (...)
  • 19 . Claude Nicolet, art. cit., p. 674.
  • 20 . André Tiran, art. cit., consultable à partir du lien indiqué précédemment.

11C’est ainsi que, sous l’Empire, Royer-Collard amorce une réforme intellectuelle visant à briser l’hégémonie culturelle des Idéologues. De fait, comme le constate notre « journaliste anglais », « [l]a majorité des jeunes hommes qui ont fait leur éducation sous le régime impérial entre 1800 et 1814 méprisent Condillac et admirent M. Royer-Collard18 ». En réalité, de nombreuses voix s’élevaient déjà contre la « science des idées », celle qui place « [en son] centre, l’homme individuel, sentant, pensant et voulant19 » et se veut une méthode d’observation et d’analyse excluant toute idée innée, toute forme a priori ainsi que toute origine transcendante. Plus généralement et comme le souligne André Tiran, « combattre les idéologues signifiera à partir du Directoire […] combattre le matérialisme du xviiie siècle20 ».

  • 21 . Jean Tulard, « Contre-Révolution », Encyclopaedia Universalis [en ligne], consulté le 1er août 2 (...)
  • 22 . Pierre-François Moreau, « Spinozisme et matérialisme au xixe siècle », Raison présente, n° 52, 1 (...)
  • 23 . Ibid.
  • 24 . Pour notre période d’étude, soit du Directoire à la Restauration, Royer-Collard a été Membre du (...)
  • 25 . « Histoire de la Révolution française, par M. Mignet », New Monthly Magazine, juin 1824, PL, p.  (...)
  • 26 . « Esquisses de la société parisienne, de la politique et de la littérature (Esquisse IX) », New (...)
  • 27 . « Esquisses de la société parisienne, de la politique et de la littérature (Esquisse VIII) », Ne (...)
  • 28 . « Esquisses de la société parisienne, de la politique et de la littérature (Esquisse XXIV) », Ne (...)

12Nous n’évoquerons pas ici les théoriciens de la contre-Révolution incarnant son « courant théocratique21 », tels que Louis de Bonald et Joseph de Maistre. Nous nous intéresserons bien plutôt à la société philosophique qui se réunit régulièrement chez Maine de Biran à partir de 1809. D’après Pierre-François Moreau, cette société forme le « noyau intellectuel qui diffuse [alors] en France le spiritualisme et l’idéologie libérale22 ». Outre Maine de Biran, on y rencontre notamment Royer-Collard et Victor Cousin, pour un temps son disciple, soit « les principaux agents de la transformation de la doctrine des Idéologues en spiritualisme23 », ainsi que les têtes pensantes du groupe des Doctrinaires : Royer-Collard ici encore, et Guizot. Tous combattent avec acharnement le sensualisme. Là également, la théorie s’allie à la pratique : aux yeux de leurs contemporains, Maine de Biran et Royer-Collard sont d’abord des hommes politiques24, comme le sera Guizot à son tour. Concernant Royer-Collard en particulier, Henri Beyle le mentionne à plusieurs reprises dans ses « chroniques pour l’Angleterre », saluant en lui « un des membres les plus distingués de la Chambre des députés25 », un « homme d’un réel mérite26 » et un « libéral sincère27 » qu’il rapproche souvent de Benjamin Constant. Or, à en croire Beyle, c’est précisément « [l]a réputation politique de ce monsieur [...] [qui] l’[a] rendu populaire et [a] contribué matériellement à faire triompher [ses idées] sur les vérités de Locke et de Tracy28 ». Quoi qu’il en soit, si les Idéologues œuvraient pour parfaire la République, ces hommes ont en commun la volonté d’instituer durablement une monarchie constitutionnelle.

  • 29 . Agnès Antoine, « Une nouvelle anthropologie », in Maine de Biran : sujet et politique, Paris, Pr (...)
  • 30 . Ibid., p. 93-94.
  • 31 . Maine de Biran, Journal, éd. H. Gouhier, Neuchâtel, La Baconnière, 1955-57, t. II, p. 256 ; cité (...)
  • 32 . Ibid., p. 93.

13On retrouve ici, sous une forme nouvelle, la correspondance entre système philosophique et doctrine politique, ce dont témoignent particulièrement deux pensées : celle de Maine de Biran, même si son influence reste somme toute limitée – la philosophie officielle s’incarnant avant tout en Royer-Collard puis en Victor Cousin – et celle, précisément, de ce dernier. Considéré par ses pairs comme « le philosophe de la réaction anti-sensualiste29 », Maine de Biran développe une pensée conciliant morale et politique, en exprimant « l’analogie [...] entre le gouvernement individuel et le gouvernement collectif30 ». De même que « l’homme vertueux porte en lui-même une monarchie où toutes les forces sont soumises à une seule, où tout fléchit devant la liberté intérieure31 », de même la monarchie est le régime qui convient le mieux au gouvernement des hommes. La pensée du sujet de Maine de Biran recourt à l’analyse psychologique et pose la primauté du savoir par « réflexion », qui met en œuvre le « sens intime » donnant au sujet accès aux « vérités innées » dont la connaissance le constitue comme sujet libre. Si la monarchie restaurée est bien, aux yeux du philosophe, la meilleure forme de gouvernement possible, c’est que l’autorité royale, dans laquelle s’incarne la volonté souveraine, est dotée d’un pouvoir de réflexion et permet ainsi aux hommes qu’elle gouverne de surmonter l’empire des passions pour tendre vers un idéal de vérité et de justice. Si le principe monarchique est premier, il est tempéré par la Charte, octroyée par le roi à ses sujets et en vertu de laquelle il partage son pouvoir législatif avec les deux Chambres. Comme on le voit, la « réflexion politico-morale32 » de Maine de Biran le conduit à adhérer pleinement au projet politique qui s’incarne, sous la Restauration, dans la monarchie des Bourbons.

  • 33 . Victor Cousin, Du vrai, du beau et du bien, Paris, Didier, 1854, préface de la 2nde édition, p. (...)
  • 34 . L’expression figure dans le titre même de son article : « L’ “éclectisme spiritualiste” au xixe  (...)

14Comme Maine de Biran, Victor Cousin s’inscrit dans le courant spiritualiste, qu’il qualifie de « vraie doctrine », « subordonnant les sens à l’esprit, et tendant, par toutes les manières que la raison avoue, à élever et à grandir l’homme33 ». Il est le théoricien de l’« éclectisme spiritualiste » (l’expression est de Xavier Landrin34), lequel repose sur une démarche conciliatrice visant à dépasser les antagonismes idéologiques et à mener ainsi l’histoire de la philosophie à son terme. Partant du constat que la philosophie a parcouru tous les systèmes possibles (sensualisme, scepticisme, idéalisme, mysticisme), Cousin propose d’en effectuer la synthèse en ne retenant de chacun que la part de vérité qu’il recèle :

  • 35 . Victor Cousin, Cours de philosophie professé à la faculté des lettres pendant l’année 1818, sur (...)

Ce que je recommande, c’est cet Éclectisme éclairé qui, jugeant toutes les doctrines, leur emprunte ce qu’elles ont de commun et de vrai, néglige ce qu’elles ont d’opposé et de faux [...]. Puisque l’esprit exclusif nous a mal réussi jusqu’à présent, essayons de l’esprit de réconciliation35.

  • 36 . Xavier Landrin, art. cit., p. 43.
  • 37 . On emprunte cette idée à Lucie Rey, qui pointe cette correspondance dans son article « Victor Co (...)

15À cette clôture de l’histoire de la philosophie réalisée par la synthèse de doctrines renvoyées, quant à elles, dans un passé désormais révolu, correspond l’achèvement de l’Histoire qui s’accomplit par l’instauration d’un « ordre nouveau36 », la monarchie constitutionnelle, qui opère la synthèse entre des régimes politiques antagonistes37 :

  • 38 . Victor Cousin, Cours de l’histoire de la philosophie, Paris, Fayard, 1991 [1re éd. 1828], p. 259 (...)

[...] la Charte appelée à la domination en France, et destinée à soumettre tous les retardataires de la civilisation française, est sortie brillante de la lutte de deux systèmes qui aujourd’hui ont également fait leur temps, savoir la monarchie absolue et les extravagances de la démocratie38.

  • 39 . Lucie Rey, art. cit., p. 44.
  • 40 . « La venue des acteurs anglais à Paris », septembre 1822 (article non publié), PL, p. 57.
  • 41 . Ibid.
  • 42 . « Esquisses de la société parisienne, de la politique et de la littérature (Esquisse V) », New M (...)
  • 43 . « Lettres de Paris, par le petit-neveu de Grimm (1) », London Magazine, janvier 1825, PL, p. 242

16Si Cousin développe son modèle philosophique à la fin des années 1810, l’« éclectisme spiritualiste » devient pleinement « un instrument de légitimation de l’appareil politique39 » sous la monarchie de Juillet. On ne saurait toutefois minorer l’influence de Victor Cousin dans les années qui précèdent : de 1815 à 1822, il enseigne comme maître de conférences de philosophie à l’École normale et comme suppléant de Royer-Collard, professeur titulaire de la chaire d’histoire de la philosophie moderne à la Faculté des Lettres de Paris. Notre correspondant parisien évoque dans ses chroniques ces cours délivrés à « tout ce qu’il y a de distingué dans la jeunesse40 » par un « jeune professeur plein de talent et surtout d’éloquence » (Beyle le compare, sous ce rapport, au général Foy) « auquel il était réservé de faire paraître trop peu spacieuses les salles les plus vastes des collèges où on lui permettait de paraître41 ». Suspendu de ses fonctions à la faculté – « le gouvernement a eu peur de M. Cousin et lui a interdit de faire ses cours de philosophie42 », affirme Beyle – il retrouve sa chaire en 1828, à la faveur du ministère Martignac. Durant ces années, il forme de jeunes philosophes tels que Théodore Jouffroy et Philibert Damiron, qui assureront la promotion de l’éclectisme, notamment dans les colonnes du Globe, journal fondé, d’après Beyle, par « le parti des disciples de M. Cousin qui sont en faveur du spiritualisme et d’un kantisme modéré43 ».

  • 44 . L’expression est de Pierre-François Moreau (art. cit., p. 85).
  • 45 . Pierre Macherey emploie cette expression à propos de Victor Cousin, qui en est selon lui le prom (...)
  • 46 . Xavier Landrin, art. cit., p. 38.

17Plus largement, on observe aisément qu’à leur tour, les promoteurs du spiritualisme ont gouverné l’instruction publique. Il convient ici de revenir sur une personnalité peu abordée en ces pages, mais qui occupe pourtant une position prédominante pour la période qui nous occupe : philosophe officiel de l’Empire puis de la Restauration, Royer-Collard est le maître d’œuvre d’une véritable « machine de guerre44 » contre le sensualisme, impulsant un « renouveau philosophique45 ». Doyen de la Faculté des Lettres de Paris de 1810 à 1815, il est nommé président de la Commission de l’Instruction publique, position qu’il occupe de 1815 à 1819 et qui lui confère une grande influence. À l’exemple de son aîné, Cousin acquerra lui aussi des positions institutionnelles d’importance : nommé membre du Conseil royal de l’Instruction publique (1830) puis directeur de l’École normale (1834-1840), il sera nommé, en 1840, ministre de l’Instruction publique et grand-maître de l’Université ; toutes choses qui contribuent à l’institutionnalisation de l’éclectisme. En définitive, comme l’observe Xavier Landrin, de Royer-Collard à Victor Cousin « la philosophie universitaire [acquiert et] conserve son statut de savoir officiel46 ».

À la recherche d’une philosophie nationale

  • 47 . André Tiran, art. cit., consultable à partir du lien indiqué précédemment.
  • 48 . Mercier Désiré, « Le bilan philosophique du xixe siècle », Revue néo-scolastique, n° 25, 1900, p (...)
  • 49 . Xavier Landrin, art. cit., p. 36.
  • 50 . Wilhelm Dilthey, « Les trois formes fondamentales de systèmes dans la première moitié du xixe si (...)
  • 51 . Germaine de Staël, De l’Allemagne (1813), IIIe partie, chap. 7 ; cité par Pierre Macherey, art. (...)

18Il importe, dans un dernier temps, d’élargir quelque peu le champ de notre étude pour observer la part accordée, de part et d’autre, aux influences étrangères – européennes s’entend. Pour contrer une méthode philosophique vouée à « stabiliser l’ordre républicain47 » et qui se réclame du rationalisme des Lumières, les promoteurs du spiritualisme œuvrent au rétablissement des « vérités fondamentales de l’ordre métaphysique, moral et religieux48 », et s’appuient pour cela sur des productions philosophiques étrangères, jusqu’alors combattues en vertu du « nationalisme philosophique49 » qui triomphe sous la Révolution. Dans les cours de philosophie qu’il donne sous l’Empire à la Faculté des Lettres de Paris ainsi qu’à l’École normale, Royer-Collard fonde son discours sur l’interprétation des travaux de l’École écossaise du « sens commun », et plus spécifiquement, de la pensée de Thomas Reid dont il reprend la méthode psychologique, laquelle propose une « analyse autonome des faits spirituels50 ». L’influence allemande est plus déterminante encore : la philosophie d’outre-Rhin dispose en France (et à Coppet) de relais d’importance. Dans son De l’Allemagne qu’elle rédige entre 1808 et 1810 et dont Napoléon fait interdire la publication en septembre 1810 (l’ouvrage sera finalement publié à Londres de façon clandestine en 1813), Mme de Staël fait connaître les œuvres de différents poètes et philosophes de langue germanique, tels que Goethe, Schiller, Kant, Fichte, Schelling et Schlegel. Convaincue que le spiritualisme trouve là sa terre d’élection, elle affirme : « il y a en Allemagne une telle tendance vers la réflexion, que la nation allemande peut être considérée comme la nation métaphysique par excellence51 ».

  • 52 . « Exposé du système de Kant par Kinker. Examen de l’ouvrage de Kinker par M. de Tracy », Paris M (...)
  • 53 . L’expression figure dans l’article de Dominique Bourel, « Les premiers pas de Kant en France », (...)

19En réalité, la philosophie de Kant avait été introduite en France bien avant la parution du De l’Allemagne : que l’on pense aux travaux de Degérando ou de Villers. Ainsi, dès 1802, Destutt de Tracy donne lecture à l’Institut d’un mémoire publié la même année avec pour titre De la métaphysique de Kant ou observations sur un ouvrage intitulé : Essai d’une exposition succincte de la Critique de la Raison pure (texte de Johann Kinker, traduit du hollandais en 1802). D’après Henri Beyle, qui rend compte de cet ouvrage pour ses lecteurs britanniques, « [l]e mémoire de M. de Tracy est aussi clair qu’on peut l’être, lorsque l’on est réduit à poursuivre son adversaire dans une sombre caverne52 ». Il s’agit, pour l’essentiel, d’une réfutation sans appel des thèses du philosophe de Königsberg – une position prévisible après la tenue, le 27 mai 1798, d’un « colloque métaphysique53 » au cours duquel Wilhelm von Humboldt fut invité à présenter la philosophie de Kant devant un auditoire choisi (sont présents Destutt de Tracy, Cabanis, Laromiguière, Sieyès, Jacquemont, Le Breton et Perret). Il s’avère cependant impossible de s’entendre, comme le rapporte Humboldt à Schiller :

  • 54 . Der Briefwechsel zwischen Friedrich Schiller und Wilhelm von Humboldt, Berlin, 1962, Bd. II, p.  (...)

Non seulement, ils n’ont aucune idée, mais encore pas le moindre sens, de quelque chose qui est hors des apparences ; la volonté pure, le bien véritable, le moi, la pure conscience de soi, tout ceci est pour eux totalement incompréhensible54.

  • 55 . Ce passage est extrait de la même lettre que précédemment ; il est cité par François Azouvi, dan (...)
  • 56 . Ibid., p. 153.

20Or, d’après Humboldt, « cette manière non métaphysique [...] de philosopher repose sur le caractère de la nation55 ». Dans le mémoire cité précédemment, Destutt de Tracy témoigne lui-même d’une « conception nationale de la philosophie56 », notamment lorsqu’il déclare :

  • 57 . Destutt de Tracy, De la Métaphysique de Kant [édition originale : 1802], cité par François Azouv (...)

Si l’on veut entrer dans quelque discussion utile sur la philosophie allemande et la philosophie française, [...] [i]l faut rapprocher le système allemand de la méthode française. [...] Cette méthode dont je fais une pierre de touche universelle et que je regarde pourtant comme une propriété nationale57.

  • 58 . Xavier Landrin, art. cit., p. 36.
  • 59 . « Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes publiés en français et en latin, par M. Barb (...)
  • 60 . « Exposé du système de Kant par Kinker. Examen de l’ouvrage de Kinker par M. de Tracy », Paris M (...)
  • 61 . Dominique Bourel, art. cit., p. 12. Pierre Macherey (art. cit., p. 278) précise que cette versio (...)
  • 62 . « Œuvres de Descartes, publiées par M. V. Cousin », New Monthly Magazine, juin 1824, PL, p. 171.
  • 63 . Ibid.

21Certes, il faut faire ici la part du « patriotisme intellectuel révolutionnaire58 » qui détermine dans une large mesure la première réception de Kant et qu’attisent, à n’en pas douter, les guerres révolutionnaires qui s’achèvent précisément en 1802. De façon plus profonde toutefois, il s’agit, pour Destutt de Tracy, d’opposer au « système allemand », auquel on reproche ordinairement des dénominations techniques qui obscurcissent le propos (Beyle dénonce dans ses chroniques « les obscures divagations de la philosophie kantienne59 »), une « méthode française » : la méthode cartésienne, vantée pour sa clarté (« [r]ien ne soutient un philosophe comme une langue forcément claire60 », affirme notre « journaliste anglais ») et conçue comme « universelle ». Or, sous la Restauration, à l’heure du spiritualisme conquérant, Victor Cousin mobilise lui aussi la figure de Descartes pour légitimer sa propre méthode, l’éclectisme. On ne saurait accuser Cousin d’avoir des préventions contre les philosophies étrangères : reprenant dans un premier temps la pensée philosophique de Royer-Collard directement inspirée de Reid, il s’ouvre à d’autres références ; il entreprend notamment, en 1817 et sans doute sur les conseils de Mme de Staël et de ses proches, un voyage en Allemagne au cours duquel il rencontre August Schlegel, Schelling et Hegel. Dominique Bourel nous apprend par ailleurs qu’il « lit la Critique de la raison pure très tôt et en latin61 ». De fait, Cousin est le premier à aborder la philosophie de Kant dans un cadre universitaire, et ce dès 1816. Le jeune philosophe est conscient cependant du danger de chercher à « acclimater en France62 » la métaphysique allemande (soit, pour le dire avec les mots de Beyle, « la philosophie [...] vague, extravagante mais poétique [...] des Allemands63 ») ; aussi déclare-t-il, dans une lettre écrite en 1817, lors de son séjour en Allemagne :

  • 64 . Lettre écrite de Kehl le 15 novembre 1817, reproduite par Jules Barthélemy Saint-Hilaire, in M.  (...)

Je serais plus jeune encore que mon âge, si j’allais troubler notre naissante école spiritualiste en la jetant brusquement dans l’étude prématurée de doctrines étrangères [...]. Non : laissons la nouvelle philosophie française se développer naturellement par sa vertu propre, par la puissance de sa méthode, cette méthode psychologique, si dédaignée en Allemagne, et qui est à mes yeux la source unique de toute vraie lumière, en suivant les instincts héréditaires du génie français, considéré particulièrement à l’époque la plus illustre de sa grandeur passée, et dans ce qui fait aujourd’hui en quelque sorte l’âme des temps nouveaux : je veux dire les principes de la Révolution de 178964.

  • 65 . L’expression est de Victor Cousin et se trouve dans son Cours de 1818 (Cours de philosophie sur (...)
  • 66 . Ibid., p. 164.
  • 67 . L’expression est de François Azouvi, art. cit., p. 164.

22De nouveau dans le discours de Victor Cousin, l’histoire de la philosophie et le processus historique se recoupent. Ce propos tend à mettre en lumière l’universalité de la « méthode psychologique » propre à la philosophie française, née de l’esprit cartésien dont Cousin affirme dans son Cours de 1818 qu’il lie entre elles les « trois grandes écoles du xviiie siècle65 » : celle de Locke (anglaise), celle de Reid (écossaise) et celle de Kant (allemande). Unissant étroitement philosophie et politique, ce propos affirme par ailleurs l’universalité des « principes de la Révolution » tels qu’ils s’incarnent dans la Charte, qui représente, d’après Cousin, l’aboutissement de la civilisation européenne. L’éclectisme incarne le nouvel ordre : c’est dans sa démarche conciliatrice, et autour de la figure fédératrice de Descartes, que s’affirme « la conscience d’une philosophie nationale66 ». On retrouve ainsi d’un propos à l’autre, de 1802 (Destutt de Tracy, De la métaphysique de Kant) à 1818 (Cours de Victor Cousin qui sera la matrice de sa pensée philosophique), une même référence : Descartes. Ce dernier sert à la structuration de la « conscience nationale67 » dans une entreprise de régénération de la société impliquant des réformes institutionnelles à l’appui du régime nouvellement institué, République ou monarchie constitutionnelle.

  • 68 . On emprunte cette expression à Agnès Antoine, art. cit., p. 99.
  • 69 . L’expression figure dans le chapitre « L’effervescence philosophique » d’Alain Vaillant, Jean-Pi (...)

23Une fois encore dans ce premier xixe siècle, l’héritage des Lumières et le legs de la Révolution constituent une ligne de clivage de part et d’autre de laquelle deux systèmes philosophiques se font face, articulés chacun à un régime politique spécifique. Le parti pris de Henri Beyle pour « l’école de Condillac » s’enracine sans nul doute dans ses années de formation à l’École centrale de Grenoble et découle ainsi indirectement de la fondation et de l’organisation, par les Idéologues, d’institutions scolaires conformes aux valeurs républicaines dont elles assurent la diffusion. D’autre part, l’essor du spiritualisme et son inscription dans l’Université impériale puis royale marquent l’institutionnalisation d’une « doctrine psychologique et morale68 » qui trouve son pendant dans « une monarchie modérée par la Charte69 ». De façon significative, la méthode cartésienne constitue pour l’ensemble de ces acteurs un point de convergence : revendiquée comme fondement d’une philosophie française à vocation universelle, elle est l’une des références autour desquelles s’opère la cristallisation d’une identité nationale.

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Bibliographie

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Notes

1 . Pour les écrits journalistiques de Henri Beyle cités dans cet article, on se réfère à l’édition de Renée Dénier : Stendhal, Paris-Londres. Chroniques, Paris, Éditions Stock, 1997, abrégée en PL.

On reprend ici une expression figurant dans le titre d’un ouvrage collectif : Philippe Berthier et Pierre-Louis Rey (dir.), Stendhal journaliste anglais, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2001.

2 . L’expression est employée par Henri Beyle dans plusieurs de ses articles destinés à la presse d’outre-Manche ; on la trouve notamment dans un article intitulé « Sur l’état actuel de la littérature italienne », paru en septembre 1825 dans le London Magazine [PL, p. 534].

3 . Jean-Luc Chappey, « De la science de l’homme aux sciences humaines : enjeux politiques d’une configuration de savoir (1770-1808) », Revue d’Histoire des Sciences Humaines, n° 15, 2006, p. 57.

4 . Claude Nicolet, « L’Institut des idéologues », Mélanges de l’École française de Rome. Italie et Méditerranée, n° 2, 1996, p. 673.

5 . Claire Barbillon s’emploie à les situer dans l’héritage pluriel des Lumières : « [l]es Idéologues [...] ne sont ni spéculatifs comme Rousseau, ni déterministes comme Montesquieu, mais s’inspirent du sensualisme de Condillac, de l’empirisme de Locke et du matérialisme d’Helvétius » (Claire Barbillon, « Savoirs du corps, visions de l’homme ; mutations au xixe siècle », in Canons du corps humain dans l’art français du xixe siècle ; L’Art et la Règle, Odile Jacob, Paris, 2004, p. 101).

6 . Tristan Hordé, « Les Idéologues : théorie du signe, sciences et enseignement », Langages, n° 45, 1977, p. 46.

7 . Claude Nicolet, art. cit., p. 673.

8 . André Tiran, « Les Idéologues, la Décade philosophique politique et littéraire et Jean-Baptiste Say », Journal of Interdisciplinary History of Ideas [en ligne], n° 17, 2020, consulté le 30 juillet 2025 à l’adresse suivante : https://journals.openedition.org/jihi/1116.

9 . Citation extraite du compte rendu intitulé « De la monarchie française au 1er janvier 1824, par M. le comte de Montlosier » et paru dans le New Monthly Magazine en juillet 1824 (PL, p. 176).

10 . Ibid., p. 139.

11 . Destutt de Tracy, Mémoire sur la faculté de penser, in Mémoires de l’Institut national des sciences et des arts pour l’an iv de la République. Sciences morales et politiques, t. I, Paris, Baudoin, Thermidor an vi, p. 287 ; cité par Claude Nicolet, art. cit., p. 675.

12 . Dominique-Joseph Garat, Mémoires historiques sur la vie de M. Suard, sur ses écrits, et sur le xviiie siècle, Paris, A. Belin, 1820, t. II, p. 420 ; cité par Claude Nicolet, art. cit., p. 676.

13 . « Lettres de Paris, par le petit-neveu de Grimm (3) » (London Magazine, mars 1825, PL, p. 333).

14 . Pierre Macherey, « Les débuts philosophiques de Victor Cousin », in Études de philosophie « française ». De Sieyès à Barni, Publications de la Sorbonne, Paris, 2013, p. 273.

15 . Victor Cousin, Fragments philosophiques, Paris, Ladrange, 1833, t. I, p. xxxiii-xxxiv (préface de la 2nde édition).

16 . Propos de l’Empereur au prince de Talleyrand, rapporté par Villemain (Abel François Villemain, Choix d’études sur la littérature contemporaine, Paris, Didier et Cie, 1857, p. 311-312).

17 . « Pensées sur la philosophie de Helvétius », Paris Monthly Review d’avril 1822, PL, p. 18.

18 . « Esquisses de la société parisienne, de la politique et de la littérature. (Esquisse XXIV) », New Monthly Magazine de novembre 1828, PL, p. 895.

19 . Claude Nicolet, art. cit., p. 674.

20 . André Tiran, art. cit., consultable à partir du lien indiqué précédemment.

21 . Jean Tulard, « Contre-Révolution », Encyclopaedia Universalis [en ligne], consulté le 1er août 2025 à l’adresse suivante : https://www.universalis.fr/encyclopedie/contre-revolution/4-la-contre-revolution-intellectuelle/

22 . Pierre-François Moreau, « Spinozisme et matérialisme au xixe siècle », Raison présente, n° 52, 1979, p. 85.

23 . Ibid.

24 . Pour notre période d’étude, soit du Directoire à la Restauration, Royer-Collard a été Membre du Conseil des Cinq-Cents (1797), Doyen de la Faculté des Lettres de Paris (1810-1815), Directeur de l’imprimerie et de la librairie (1814-1815), Conseiller d’État (1814-1820), Député de la Marne (1815-1842) ainsi que Président de la Chambre des députés (1827-1830). Maine de Biran a été administrateur du département de la Dordogne (1795-1797), membre du Conseil des Cinq-Cents (1797), sous-préfet de l’arrondissement de Bergerac (1806-1812), membre du Corps législatif (1812-1814), député de la Dordogne (1814-1824) et conseiller d’État (1817-1824). La carrière politique de Guizot, des plus brillantes, commence et s’achève avec la monarchie de Juillet.

25 . « Histoire de la Révolution française, par M. Mignet », New Monthly Magazine, juin 1824, PL, p. 173.

26 . « Esquisses de la société parisienne, de la politique et de la littérature (Esquisse IX) », New Monthly Magazine, octobre 1826, PL, p. 743.

27 . « Esquisses de la société parisienne, de la politique et de la littérature (Esquisse VIII) », New Monthly Magazine, septembre 1826, PL, p. 734.

28 . « Esquisses de la société parisienne, de la politique et de la littérature (Esquisse XXIV) », New Monthly Magazine, novembre 1828, PL, p. 895.

29 . Agnès Antoine, « Une nouvelle anthropologie », in Maine de Biran : sujet et politique, Paris, Presses universitaires de France, 1999, p. 88.

30 . Ibid., p. 93-94.

31 . Maine de Biran, Journal, éd. H. Gouhier, Neuchâtel, La Baconnière, 1955-57, t. II, p. 256 ; cité par Agnès Antoine, op. cit., p. 98-99.

32 . Ibid., p. 93.

33 . Victor Cousin, Du vrai, du beau et du bien, Paris, Didier, 1854, préface de la 2nde édition, p. iii-iv.

34 . L’expression figure dans le titre même de son article : « L’ “éclectisme spiritualiste” au xixe siècle : sociologie d’une philosophie transnationale », in L. Pinto (dir.), Le commerce des idées philosophiques, Paris, Éditions du Croquant, 2009.

35 . Victor Cousin, Cours de philosophie professé à la faculté des lettres pendant l’année 1818, sur le fondement des idées absolues du vrai, du beau et du bien, publié avec son autorisation et d’après les meilleures rédactions de ce cours par M. Adolphe Garnier, Paris, Hachette, 1836, p. 11 ; cité par Pierre Macherey, art. cit., p. 287.

36 . Xavier Landrin, art. cit., p. 43.

37 . On emprunte cette idée à Lucie Rey, qui pointe cette correspondance dans son article « Victor Cousin et l’instrumentalisation de la philosophie », Le Télémaque, n° 54, 2018, p. 44.

38 . Victor Cousin, Cours de l’histoire de la philosophie, Paris, Fayard, 1991 [1re éd. 1828], p. 259 ; cité par Xavier Landrin, art. cit., p. 43.

39 . Lucie Rey, art. cit., p. 44.

40 . « La venue des acteurs anglais à Paris », septembre 1822 (article non publié), PL, p. 57.

41 . Ibid.

42 . « Esquisses de la société parisienne, de la politique et de la littérature (Esquisse V) », New Monthly Magazine, mai 1826, PL, p. 682.

43 . « Lettres de Paris, par le petit-neveu de Grimm (1) », London Magazine, janvier 1825, PL, p. 242.

44 . L’expression est de Pierre-François Moreau (art. cit., p. 85).

45 . Pierre Macherey emploie cette expression à propos de Victor Cousin, qui en est selon lui le promoteur (art. cit., p. 274).

46 . Xavier Landrin, art. cit., p. 38.

47 . André Tiran, art. cit., consultable à partir du lien indiqué précédemment.

48 . Mercier Désiré, « Le bilan philosophique du xixe siècle », Revue néo-scolastique, n° 25, 1900, p. 6. Victor Cousin écrit ainsi, en 1842 : « [u]ne psychologie profonde comme point de départ, et pour dernier but une grande philosophie, morale et religieuse et en même temps libérale, telle est mon œuvre » (Blaise Pascal [préface de la 1re éd., 1842], in Œuvres de M. Victor Cousin. Littérature, t. I, Paris, Pagnere, 1849, p. 100), cité par Jacques Billard, dans un chapitre dédié à Victor Cousin, in De l’école à la République. Guizot et Victor Cousin, Paris, Presses universitaires de France, 1998, p. 106.

49 . Xavier Landrin, art. cit., p. 36.

50 . Wilhelm Dilthey, « Les trois formes fondamentales de systèmes dans la première moitié du xixe siècle » (1898), traduit de l’allemand par Emmanuel Patard, Archives de philosophie, t. 86, 2023/4, p. 109.

51 . Germaine de Staël, De l’Allemagne (1813), IIIe partie, chap. 7 ; cité par Pierre Macherey, art. cit., p. 278.

52 . « Exposé du système de Kant par Kinker. Examen de l’ouvrage de Kinker par M. de Tracy », Paris Monthly Review, mai 1822, PL, p. 31.

53 . L’expression figure dans l’article de Dominique Bourel, « Les premiers pas de Kant en France », in Jean Quillien (dir.), La Réception de la philosophie allemande en France aux xixe et xxe siècles, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 1994, p. 23.

54 . Der Briefwechsel zwischen Friedrich Schiller und Wilhelm von Humboldt, Berlin, 1962, Bd. II, p. 153-158 ; cité par Dominique Bourel, art. cit., p. 24-25.

55 . Ce passage est extrait de la même lettre que précédemment ; il est cité par François Azouvi, dans son article « La naissance de la philosophie française » in Dario Roldan (dir.), Guizot, les doctrinaires et la presse (1820-1830), actes du colloque organisé au Val Richer les 23 et 24 septembre 1993, Paris, Fondation Guizot-Val-Richer, 1994, p. 158.

56 . Ibid., p. 153.

57 . Destutt de Tracy, De la Métaphysique de Kant [édition originale : 1802], cité par François Azouvi et Dominique Bourel, in De Kôünigsberg à Paris. La réception de Kant en France (1788-1804), Paris, Vrin, 1991, p. 186-188.

58 . Xavier Landrin, art. cit., p. 36.

59 . « Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes publiés en français et en latin, par M. Barbier », New Monthly Magazine, février 1825, PL, p. 274.

60 . « Exposé du système de Kant par Kinker. Examen de l’ouvrage de Kinker par M. de Tracy », Paris Monthly Review, mai 1822, PL, p. 31.

61 . Dominique Bourel, art. cit., p. 12. Pierre Macherey (art. cit., p. 278) précise que cette version latine du texte de Kant a été réalisée en 1796 par Born.

62 . « Œuvres de Descartes, publiées par M. V. Cousin », New Monthly Magazine, juin 1824, PL, p. 171.

63 . Ibid.

64 . Lettre écrite de Kehl le 15 novembre 1817, reproduite par Jules Barthélemy Saint-Hilaire, in M. Victor Cousin, sa vie et sa correspondance, Paris, Hachette, 1895, t. I, p. 74 ; cité par Pierre Macherey, art. cit., p. 284.

65 . L’expression est de Victor Cousin et se trouve dans son Cours de 1818 (Cours de philosophie sur le fondement des idées absolues du vrai, du beau et du bien, in Œuvres de Victor Cousin, Bruxelles, 1840, t. I, p. 360) ; cité par François Azouvi, art. cit., p. 156-157.

66 . Ibid., p. 164.

67 . L’expression est de François Azouvi, art. cit., p. 164.

68 . On emprunte cette expression à Agnès Antoine, art. cit., p. 99.

69 . L’expression figure dans le chapitre « L’effervescence philosophique » d’Alain Vaillant, Jean-Pierre Bertrand et Philippe Régnier, Histoire de la littérature du xixe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2007, p. 47.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Juliette Mascart, « D’un régime à l’autre : modèles philosophiques et entreprises de régénération politique dans les années 1795-1830 », Revue Stendhal [En ligne], 6 | 2025, mis en ligne le 01 décembre 2025, consulté le 08 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/stendhal/2563 ; DOI : https://doi.org/10.4000/169ao

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Auteur

Juliette Mascart

Paris
Juliette Mascart est docteure de Sorbonne Université. Sa thèse de doctorat de littérature et civilisation française, intitulée Réseaux et journaux sous la Restauration : la fabrique de l’homme de lettres à travers l’exemple de Henri Beyle, a été soutenue le 20 juin 2023 à Sorbonne Université.

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