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Fonds d’archives et collections

Histoire d’un projet inachevé : l’Heure Joyeuse de Périgueux 

The story of an unfinished project: L’Heure Joyeuse in Périgueux
Anne-Sophie Lambert

Résumés

Dès 1931, la directrice de la bibliothèque municipale de Périgueux, Cécile de la Motte, a un rêve : mettre en place une bibliothèque pour enfants à Périgueux, calquée sur le modèle de la bibliothèque de l’Heure Joyeuse à Paris. Les archives municipales de la Ville conservent de nombreux documents, témoins de l’énergie qu’elle déploie pour ce projet. Un petit fonds d’ouvrages patrimonialisés de la médiathèque Pierre Fanlac forme une collection « souvenir » de ce projet d’Heure Joyeuse. Car, malheureusement pour Cécile de la Motte, la bibliothèque enfantine périgourdine n’ouvre ses portes qu’en 1973. Comment comprendre l’échec de ce projet ?

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Texte intégral

  • 1 La liste des critères de classement des bibliothèques municipales, assez flous, est dressée dans l’ (...)
  • 2 Le catalogue est visible sur le site de la médiathèque. La consultation des ouvrages conservés en m (...)
  • 3 Ce corpus a été constitué à partir du registre d'inventaire Heure Joyeuse.

1La Médiathèque Pierre Fanlac, l’une des six bibliothèques municipales classées (BMC)1 de Nouvelle-Aquitaine, conserve 915 ouvrages dans un fonds dit « patrimonial jeunesse2 ». Ces ouvrages ont été placés dans le magasin de conservation de la bibliothèque, dans les années 1990, sous l’impulsion de Mme Françoise Moustraire, conservatrice en charge de la lecture publique. Une partie de ce fonds (428 livres3) porte un numéro d’inventaire HJ, dit « Heure Joyeuse ». Ces ouvrages portent le souvenir d’un projet ancien, celui d’une bibliothèque pour enfants en Dordogne, projet qui aurait fait de la bibliothèque de Périgueux un lieu innovant de la bibliothéconomie dans les années 1930.

2En effet, la bibliothécaire de Périgueux, Cécile de la Motte, a œuvré dès 1931 à la création d’une « bibliothèque enfantine ». Mais, malheureusement, son projet n’aboutit qu’en 1973 avec l’ouverture de la première véritable bibliothèque pour enfants à Périgueux. Pourquoi la ville de Périgueux n’a-t-elle pu se saisir de ce projet « Heure Joyeuse » ? Que nous disent aujourd’hui les archives municipales et les derniers ouvrages cotés « HJ » de ce projet à Périgueux ?

1. Cécile de la Motte, pionnière de la lecture publique

  • 4 L’histoire du classement des bibliothèques municipales est aussi à écrire. Pourquoi la bibliothèque (...)

3L’histoire de la bibliothèque de Périgueux est encore largement à écrire : bibliothèque d’une ville au long passé historique mais modeste, au cœur d’un territoire rural ; bibliothèque patrimoniale qui n’a pas pu se constituer un fonds assez important lors de la Révolution et s’est vu dotée d’ouvrages issus des dépôts de livres de Paris et de Versailles, comme une partie de ceux de la reine Marie-Antoinette, de sa bibliothèque du Trianon ; bibliothèque créée en 1804 et classée en 1920 « pour des raisons de sécurité4 » ; aujourd’hui, la plus grande bibliothèque de Dordogne et l’une des plus petites BMC de France.

  • 5 « Mouvement du personnel », Bulletin des bibliothèques de France (BBF), n° 8, 1961, p. 385-386, URL (...)
  • 6 Cécile de la Motte, devenue conservatrice, est nommée chevalier de l’ordre des arts et des lettres (...)
  • 7 Voir les boîtes des archives municipales concernant la bibliothèque, cotées 114W. La consultation d (...)

4La bibliothèque de Périgueux s’installe, en 1898, dans un bâtiment qu’elle partage avec le Musée, à l’angle du cours Tourny et de la rue Saint-Front, en plein cœur de ville, entre la Préfecture et la cathédrale. Elle y reste, de plus en plus à l’étroit, jusqu’en 1988, date à laquelle la bibliothèque emménage dans un bâtiment en propre. C’est à une bibliothécaire que l’on doit la reconnaissance de l’importance de la lecture publique à Périgueux : Cécile de la Motte (1902-1969), en charge à partir du 10 mars 1924 et jusqu’en 19615. Originaire de Tarbes, licenciée ès lettres et formée à l’École américaine de bibliothécaires, Cécile de la Motte met à profit sa longue carrière à Périgueux6 : elle s’attache dans un premier temps à clore le fonds général ancien, le regrouper dans les magasins de conservation et en dresser le catalogue sur fiches. Elle propose par la suite de nombreux projets de développement de la lecture publique, en particulier la mise en place du prêt d’ouvrages à l’échelle départementale, qui devient après la Seconde Guerre mondiale la bibliothèque centrale de prêt avec ses bibliobus. Cécile de la Motte affronte aussi les difficultés de la guerre en Dordogne : accueil des Strasbourgeois dont certains bibliothécaires, mise en sécurité des collections les plus précieuses. Les archives municipales7 semblent cependant montrer qu’elle déploie une énergie particulière pour un projet : celui d’une bibliothèque pour enfants sur le modèle de l’Heure Joyeuse.

2. Le projet « Heure Joyeuse » à Périgueux

5Une recherche dans les archives municipales permettrait d’approfondir la genèse du projet de Cécile de la Motte : quand, pourquoi et comment la bibliothécaire de Périgueux décide-t-elle de mettre en place une bibliothèque pour enfants ? Une première lecture des archives de la bibliothèque en dessine néanmoins les étapes.

  • 8 Une bibliothèque de la ville de Paris porte aujourd’hui son nom : Viviane Ezratty, Christine Nguyen (...)

6Tout d’abord, Cécile de la Motte s’adjoint les services d’une jeune bibliothécaire formée à l’Heure Joyeuse à Paris : Jacqueline Dreyfus8. Un arrêté municipal du 9 octobre 1931 nous indique que : « Mlle Dreyfus est nommée à titre provisoire employée auxiliaire à la Bibliothèque municipale, à titre de conseil technique pour la mise en train d’une section enfantine et la rédaction du catalogue de cette section. » Cécile de la Motte obtient sans doute ce poste car il est sans impact budgétaire, puisque : « Mademoiselle Dreyfus ne demandant aucun traitement sera indemnisée de ses frais de voyage Paris-Périgueux aller et retour et de séjour à Périgueux, sur présentation des notes correspondantes. »

7Cécile de la Motte s’efforce par la suite de mettre tous les soutiens de son côté. Dès le 17 octobre 1931, elle écrit à la femme du maire de Périgueux, Mme Gadaud, afin d’obtenir son aide pour diffuser, lors de trois campagnes (dans les journaux, auprès des éditeurs, auprès des particuliers), un appel à dons de livres en vue de constituer une bibliothèque pour enfants. Cécile de la Motte définit des critères d’acceptation des dons : « pas d’ouvrages de classes », uniquement des « ouvrages en bon état » mais, surtout, des ouvrages qui appartiennent à une liste de référence, établie par Jacqueline Dreyfus « en se basant sur le stock de la Bibliothèque modèle de la rue Boutebrie », « résultat d’un examen approfondi de la composition idéale d’une Bibliothèque enfantine ». Nous n’avons pas retrouvé à ce stade cette liste de référence établie par Jacqueline Dreyfus, mais cette pièce permettrait de comprendre la vision documentaire de ces deux bibliothécaires et d’appréhender sa continuité avec le modèle de l’Heure Joyeuse.

8Cécile de la Motte met en place une forme de lobbying, indiquant à Mme Gadaud que la création de cette bibliothèque pour enfants « soigneusement préparée ne représentera pas une grosse charge pour la Municipalité mais aura par contre une valeur sociale ». Elle insiste quelques jours plus tard, le 30 octobre : « je vous en prie, chère Madame, soyez auprès de M. Gadaud, notre avocate. Que vous l’ayez converti au principe d’une bibliothèque pour enfants, je n’en doute pas ; mais l’essentiel est qu’il admette l’intérêt de la bibliothèque périgourdine d’enfants ».

  • 9 Archives municipales, boîte 114W9.

9Jacqueline Dreyfus et Cécile de la Motte présentent aussi, dès le 26 octobre 1931, un rapport à la Commission de la bibliothèque9. Cécile de la Motte fait référence au modèle qu’est « l’Heure Joyeuse de la rue Boutebrie » mais parle aussi des sections pour enfants dans les bibliothèques qu’elle a visitées aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et au Danemark. Le bibliotourisme est-il déjà la clé du renouveau des pratiques professionnelles ?

10Cécile de la Motte semble indiquer qu’elle participe à une campagne nationale d’encouragement à la création « d’Heures Joyeuses » impulsée par l’inspecteur général des bibliothèques, M. Schmidt, mais qu’il s’agit déjà pour elle d’un « projet ancien » qu’elle ne cessait de différer, « parce que la réorganisation de la Bibliothèque ne laissait pas place aux innovations ».

11Le « projet pour la création d’une section enfantine à la bibliothèque de Périgueux » se compose de 14 pages divisées en trois parties :

1- But et portée d’une section enfantine : elle représente un des services de la Bibliothèque municipale conçue sous sa forme moderne
2- Un modèle de Bibliothèque pour enfants : l’Heure Joyeuse de Paris, Bibliothèque municipale pour enfants
3- Devis concernant la création d’une section enfantine à la Bibliothèque municipale de Périgueux.

12La première partie est un plaidoyer pour transformer la bibliothèque municipale en bibliothèque publique et pose clairement le but recherché :

Illustration 1 : Extrait du rapport de Jacqueline Dreyfus et Cécile de la Motte à la Commission de la bibliothèque, archives municipales de Périgueux (cote 114W)

Illustration 1 : Extrait du rapport de Jacqueline Dreyfus et Cécile de la Motte à la Commission de la bibliothèque, archives municipales de Périgueux (cote 114W)

Transcription : En résumé la bibliothèque d’enfants doit avoir une portée :
- Récréative : elle éloigne l’enfant des distractions malsaines.
- Instructive : elle favorise la recherche personnelle, compétant ainsi le rôle de l’école.
- Éducative : elle lui offre un moyen d’orientation professionnelle : […]
- Sociale : elle réunit les enfants de tous les âges ; de tous les milieux.

13La deuxième partie présente l’Heure Joyeuse de Paris, inaugurée le 12 novembre 1924 : son organisation matérielle, son organisation technique, l’inscription des lecteurs, les livres et la lecture. Pour conclure et convaincre sur le projet à mettre en place à Périgueux, il est indiqué que l’Heure Joyeuse est « un modèle dont on doit s’inspirer » et dont le succès « est étroitement lié à ces deux éléments : ambiance et aménagement ». Cécile de la Motte y joint les photographies reproduites ci-dessous pour bien marquer les esprits.

Illustration 2 : Photos prises à l’Heure Joyeuse de Paris et versées dans le rapport de 1931, boîte 114W9

Illustration 2 : Photos prises à l’Heure Joyeuse de Paris et versées dans le rapport de 1931, boîte 114W9

14Le détail du devis exposé dans la troisième partie est particulièrement intéressant car il révèle à la fois les difficultés matérielles de la bibliothèque mais aussi le pragmatisme des bibliothécaires, disposés à accepter des ajustements de nature à préserver « les principes qui animent » ce projet. Il est par exemple écrit qu’« à la place du véritable bureau de prêt nous admettrions éventuellement l’emploi d’une des tables de la Bibliothèque », mais que, par contre, le « nombre de chaises doit être considéré comme insuffisant au moment des heures de conte qui réunissent parfois plus d’une trentaine de lecteurs » ; ou encore, la création d’un espace sécurisé pour les enfants pourrait se résoudre par la pose de rideaux, moins coûteux que la pose de portes, mais l’installation de l’électricité, tout comme d’un poêle, dans cet espace, « s’impose, en dehors de toute création de section enfantine ».

15Le seul point qui semble incontournable pour la « fondation d’une section enfantine », est le fait qu’elle « comporte nécessairement l’adjonction d’une bibliothécaire-adjointe ». Cécile de la Motte juge « indispensable que celle-ci soit spécialisée », car elle sera la seule qui pourra « tenir compte des exigences particulières à un public de petits Périgourdins » ou « savoir exploiter les richesses de la bibliothèque au profit des enfants » lors d’expositions et « raconter des histoires », ce qui nécessite « 5 à 6 heures de préparation pour 35 minutes d’histoire racontée aux enfants ». Dans ces passages du projet concernant le travail d’une bibliothécaire pour la jeunesse, on lit assez clairement l’apport de Jacqueline Dreyfus lors de sa rédaction.

16Le budget présenté pour la création de la section et son fonctionnement pendant 10 mois s’élève à 13 250 francs dont 5 500 pour l’acquisition de livres et 6 000 francs pour le salaire de la bibliothécaire, hors frais généraux de chauffage et d’éclairage. Il sera intéressant de vérifier si le budget constitue la principale raison de l’inertie de ce projet.

17Le rapport de Cécile de la Motte est présenté et lu en conseil municipal le 7 novembre 1931, avec la phrase introductive suivante : « La section enfantine est un complément indispensable de notre bibliothèque. En décider la création, c’est faire acte de prévoyance puisque nous y préparons le futur public de notre bibliothèque d’adultes. » Il plaide ensuite pour le faible impact budgétaire de ce nouveau service, rapporté au bénéfice qu’il offre : « Il y a des frais d’établissement ; mais une fois aménagée, cette section sera une charge légère en comparaison des services qu’elle rendra. » En conclusion, Mme de la Motte mentionne que « la Commission de la Bibliothèque a bien voulu approuver à l’unanimité le projet de cette section. J’espère que le Conseil municipal subira la contagion de l’enthousiasme général et j’ai la conviction que très rapidement les résultats obtenus donneront toute sécurité à ceux qui auront assumé la responsabilité de tenter l’expérience et les récompenseront ».

18Que décide le conseil municipal après la présentation de ce projet ? La recherche dans les archives municipales permettrait de comprendre pourquoi, le 3 décembre 1933, soit deux ans plus tard, et alors que le fonds semble constitué, la bibliothèque enfantine est encore en projet :

Illustration 3 : Extrait des archives municipales de Périgueux, 3 décembre 1933, cote 114W

Illustration 3 : Extrait des archives municipales de Périgueux, 3 décembre 1933, cote 114W

Transcription : Cette bibliothèque est remarquablement composée et judicieusement enrichie. Elle est dirigée par une bibliothécaire pleine d’initiative, d’activité et de dévouement, et qui, seule spécialiste qualifiée et sans aide aucune pour le côté technique de sa fonction (encore une situation dont il faudrait se préoccuper) s’efforce de faire face aux multiples difficultés d’une tâche très absorbante. Elle a plusieurs excellents projets en ce qui concerne soit une meilleure distribution du local, soit des développements nouveaux de la lecture publique (par exemple, l’installation d’une bibliothèque pour l’enfance et la jeunesse, dont le fonds existe déjà, mais qu’on ne peut réaliser faute d’un local approprié).

19Toujours rien de concrétisé en 1935, quatre ans après le projet. Un courrier du ministère de l’Éducation nationale indique :

Illustration 4 : Extrait d’un courrier du ministère de l’Éducation nationale en date de 1935, issu des archives municipales de Périgueux, cote 114W

Illustration 4 : Extrait d’un courrier du ministère de l’Éducation nationale en date de 1935, issu des archives municipales de Périgueux, cote 114W

Transcription : J’ai été satisfait d’apprendre que la Ville de Périgueux avait l’intention de créer une bibliothèque pour enfants, analogue à celle qui fonctionne à Paris rue Boutebrie. M. l’Inspecteur a examiné la salle qui est destinée à cette nouvelle bibliothèque ; meublée pour le petit public qui la fréquentera, chauffée, éclairée, garnie de livres pour les enfants, elle sera suffisante au début. L’essentiel sera de choisir, pour la direction, une personne qui s’intéresse aux enfants, ait la pratique des bibliothèques d’enfants et comprenne l’importance pédagogique de sa fonction.

20En 1938, il semble enfin que la salle « Heure Joyeuse » ait été ouverte à Périgueux, et qu’elle a trouvé son public dès 1939 :

Illustration 5 : Extrait des archives municipales de Périgueux, cote 114W

Illustration 5 : Extrait des archives municipales de Périgueux, cote 114W

Transcription : V. Autres bibliothèques :
Existe-t-il à Périgueux d’autres Bibliothèques ? Prière de les indiquer ci-dessous avec leur adresse et le plus de détails possibles.
Sont annexes à la Bibliothèque municipale de Périgueux (même adresse) :
1) Une Bibliothèque circulante départementale créée en 1941
2) Une « Heure Joyeuse » Bibliothèque enfantine créée en 1938
3) Une Bibliothèque de prêt aux Alsaciens-Lorrains créée en 1939.
Est prévue pour le courant du prochain exercice la création d’annexes de prêts dans les banlieues ouvrières.
Il est impossible ici d’exposer tous les détails susceptibles de donner une idée précise de la situation de la Bibliothèque Municipale et de ses annexes ci-dessus énumérées. Les créations de la Bibliothèque circulante, de la Bibliothèque alsacienne et de l’Heure Joyeuse ont donné des résultats remarquables : […]
À l’Heure Joyeuse nous avons plus de 1 000 enfants inscrits et très fidèles.
À la Section Alsacienne, il y a 1 200 abonnés avec une fréquentation de 50 à 60 emprunteurs par jour.

21Le 2 novembre 1939, l’inspecteur général des bibliothèques M. Schmidt écrit :

Illustration 6 : extrait d’un courrier de M. Schmidt, inspecteur général des bibliothèques, 2 novembre 1938, archives municipales de Périgueux, cote 114W

Illustration 6 : extrait d’un courrier de M. Schmidt, inspecteur général des bibliothèques, 2 novembre 1938, archives municipales de Périgueux, cote 114W

Transcription : T. B. votre « Heure Joyeuse » claire, gaie, d’une tonalité jaune qui réjouit l’œil. Je vois que les petits alsaciens en connaissent le chemin. Vous avez là une clientèle de choix.

22Cette salle semble même prendre le nom d’« Heure Joyeuse » périgourdine :

Illustration 7 : Extrait des archives municipales de Périgueux, cote 114W

Illustration 7 : Extrait des archives municipales de Périgueux, cote 114W

Transcription : Elle est établie au centre de la ville, à l’angle de la Rue Saint-Front et du Cours Tourny.
Elle comprend :
Un hall d’entrée où se trouvent exposées les dernières acquisitions.
Un bureau de renseignements où sont groupés les Catalogues. Les visiteurs y sont reçus et orientés selon leurs demandes.
Un vaste local où se trouvent les guichets de comptabilité, de prêt à l’extérieur et de prêt sur place.
Une salle de travail où les ouvrages importants de consultation courants sont mis à la disposition des lecteurs. Encyclopédies. Dictionnaires. Atlas. Manuels, etc… [sic]
L’Annexe créée par la Municipalité de Strasbourg à l’usage des réfugiés alsaciens et lorrains.
Des salles de dépôts avec, à côté du fonds ancien, le stock de la « Lecture en Dordogne » : Bibliothèque circulante départementale.
Et l’Heure Joyeuse périgourdine, Bibliothèque Enfantine.

23Selon le rapport de la Bibliothèque municipale de Périgueux pour l’année 1958, 2 000 ouvrages pour enfants sont disponibles au prêt mais la bibliothèque pour enfants souhaitée par Cécile de la Motte n’est toujours pas réalisée et un stock de livres attend toujours son installation :

Illustration 8 : Extrait du rapport de la Bibliothèque municipale de Périgueux pour l’année 1958, archives municipales de Périgueux, cote 114W

Illustration 8 : Extrait du rapport de la Bibliothèque municipale de Périgueux pour l’année 1958, archives municipales de Périgueux, cote 114W

Transcription : Livres pour enfants – Il existe actuellement à la Bibliothèque Muncicipale 1 600 volumes destinés aux enfants, mais une partie seulement de ce fonds a été mise en circulation ; un stock de plusieurs centaines de volumes est réservé en vue de la création d’une véritable Bibliothèque Enfantine dont le projet est à l’étude au Conseil Municipal.

3. Le fonds HJ conservé dans les collections patrimoniales

24Le fonds de conservation de littérature jeunesse de la médiathèque Pierre Fanlac conserve-t-il le souvenir du projet de Cécile de la Motte et de la liste de Jacqueline Dreyfus ? Il faudrait vérifier les registres d’entrées, observer les tampons de la bibliothèque et interroger le catalogue pour le vérifier.

  • 10 En 2002, le fonds est placé dans le magasin de conservation. Il n’a pas fait l’objet d’enrichisseme (...)

25L’extraction réalisée à partir du registre d’inventaire Heure Joyeuse fait apparaître 428 ouvrages conservés aujourd’hui dans ce fonds, édités entre 1874 et 200210, dont 1 livre en braille, 7 ouvrages de « bandes dessinées », 80 « albums » et 340 « livres ».

26Sur 428 ouvrages ayant des numéros d’inventaire HJ, seuls 158 portent une cote HJ pour Heure Joyeuse, ce qui interroge sur le destin des ouvrages de ce fonds : pourquoi la cote HJ n’est-elle pas attribuée à l’ensemble des ouvrages de littérature jeunesse ? Cette cote HJ reflète-t-elle un statut particulier conféré à certains ouvrages, identifiant alors une réserve jeunesse et constituant un des critères de patrimonialisation de ces ouvrages ?

27Ces livres cotés HJ ont une date de publication comprise entre 1874 et 1985, ce qui soulève de nouvelles questions : la date des ouvrages les plus récents correspond-elle à celle de la clôture du fonds HJ ?

  • 11 Qu’entend Cécile de la Motte en précisant que la politique d’acquisition doit prendre en considérat (...)

28Avoir attribué une cote HJ, soit Heure Joyeuse, pendant 50 ans à Périgueux soulève également des questions quant à l’influence de l’Heure Joyeuse dans sa politique d’acquisition en jeunesse. La politique d’acquisition de l’Heure Joyeuse à Paris est-elle suivie par les bibliothécaires de Périgueux ? L’Heure joyeuse est-elle prescriptrice en matière de littérature jeunesse ? Pendant combien d’années ? Cécile de la Motte pose tout de même quelques limites dans son projet de 193111 :

Illustration 9 : Extrait des archives municipales de Périgueux, cote 114W

Illustration 9 : Extrait des archives municipales de Périgueux, cote 114W

Transcription : Documentation bibliographique
En ce qui concerne la commande des livres, elle peut être faite d’après des listes fournies par l’Heure Joyeuse de Paris ; cette bibliothèque enfantine modèle en ce qui concerne la littérature enfantine joue le rôle de centre de documentation. Elle procède d’un trie [sic] soigneux à un examen des meilleurs livres pour la jeunesse :
Nouvelles parutions d’ouvrages pour la jeunesse. Choix parmi d’anciens livres d’adultes pouvant convenir aux enfants. La Bibliothécaire de l’Heure Joyeuse de Périgueux, pourra donc profiter de cette sélection. Il est cependant indispensable qu’elle aie [sic] lu ou au moins parcouru la grande majorité des volumes sur les rayons. Il est très évident que dans le cas d’une bibliothèque d’enfants, plus encore que celui d’une bibliothèque d’adultes, la Bibliothécaire intervient dans le choix des livres. D’ailleurs, en ce qui concerne les nouvelles acquisitions, la Bibliothécaire ne pourra pas se fier exclusivement aux listes fournies mais tenir compte aussi des exigences particulières à un public de petits Périgourdins.

29La « liste » de Jacqueline Dreyfus est a priori posée comme un plan d’acquisition. Peut-on alors trouver trace des premiers ouvrages du fonds HJ à Périgueux ? Font-ils partie de la liste de référence de l’Heure Joyeuse à Paris ? En interrogeant le catalogue, on ne retrouve que 29 ouvrages édités entre 1874 et 1933, date à laquelle on sait que le fonds est constitué (56 ouvrages édités entre 1874 et 1938, date à laquelle la section enfantine est ouverte). Ces ouvrages portent des numéros d’inventaire de HJ 9 à HJ 50 190.

30Nous ne pouvons pas nous fier à la date de publication des ouvrages pour essayer de retrouver le cœur de la collection HJ. L’ouvrage le plus ancien de cette collection date de 1874 : Contes du Bibliophile Jacob à ses petits-enfants sur l’histoire de France, Firmin Didot frères, fils et Cie. Il porte le numéro d’inventaire HJ 50 054. On peut penser qu’il est entré tardivement dans le fonds HJ.

31Le plus petit numéro d’inventaire d’un ouvrage conservé aujourd’hui est HJ 9 : Récits tirés de l’Enéide, Virgile, Nelson éd., 1935. Faut-il en conclure que l’inventaire du fonds Heure Joyeuse à Périgueux n’est commencé qu’en 1935 ? De nombreuses questions se posent sur cet inventaire et la tenue du registre d’entrées de ces ouvrages, puisque le livre Histoire de Guillaume Tell et de ses amis, L. Carenco, A. Colin, édité en 1937, porte le numéro d’inventaire HJ 30 : seules 21 entrées ont-elles été enregistrées en deux ans ?

32On sait que des ouvrages pour enfants ont déjà été réceptionnés à la bibliothèque de Périgueux dès 1931. D’après le rapport de Cécile de la Motte à la Commission de la bibliothèque le 26 octobre 1931, on connaît le nom des éditeurs ayant répondu à l’appel aux dons :

Illustration 10 : Extrait du rapport de Cécile de la Motte à la Commission de la bibliothèque, 26 octobre 1931, archives municipales de Périgueux, cote 114W

Illustration 10 : Extrait du rapport de Cécile de la Motte à la Commission de la bibliothèque, 26 octobre 1931, archives municipales de Périgueux, cote 114W

Transcription : Comme pour la formation de nos sections agricoles, techniques et artistiques, j’ai engagé une correspondance avec les éditeurs en vue d’obtenir des services gratuits ou de fortes remises. Je suis heureuse de pouvoir dès aujourd’hui vous rendre compte des premiers résultats. Les éditeurs : Garnier, Doin, Chiron, Gédalge, Mercure de France, Lethielleux et Fasquelle nous ont envoyé en tout ou partie les ouvrages que nous leur avions demandés.

33En croisant ces informations avec les numéros d’inventaire les plus anciens, on ne retrouve que deux titres:

  • Monsieur Pencil, Rodolphe Töpffer, Librairie Garnier, 1923

  • les 8 volumes de Poésies choisies pour les enfants, Armand Got, librairie Gedalge, 1926.

34Ces ouvrages sont-ils les seuls rescapés du projet de Cécile de la Motte au sein du fonds patrimonial jeunesse ?

4. Perspectives de recherche

35Les collections patrimonialisées de littérature jeunesse de la bibliothèque de Périgueux témoignent encore en partie de l’histoire du projet de bibliothèque enfantine. L’étude approfondie des archives municipales de Périgueux, des registres d’inventaire de la bibliothèque et des ouvrages du fonds patrimonial jeunesse de la médiathèque Pierre Fanlac, permettrait de comprendre les raisons de l’échec d’un projet pourtant déterminant pour le développement de la lecture publique à Périgueux. Est-il si complexe de reproduire le modèle de l’Heure Joyeuse en dehors de Paris, et à Périgueux en particulier, en 1931 ?

36Faire des recherches sur ce projet d’Heure Joyeuse périgourdine permettrait de mettre en lumière le parcours de deux pionnières de la lecture publique : Cécile de la Motte et Jacqueline Dreyfus.

37Ce cas d’étude pourrait par ailleurs entrer dans une recherche plus large, qui porterait sur une étude comparative de différents projets de bibliothèques pour enfants en France dans les années 1930. Combien de projets ont-ils été véritablement mis en œuvre ? Ces projets sont-ils adaptés à chacun de leur territoire d’implantation ? Sont-ils tous créés à partir du modèle de l’Heure Joyeuse à Paris ou s’inspirent-ils d’autres modèles européens ? L’Heure Joyeuse fait-elle du prosélytisme ? Il serait ainsi intéressant de savoir si Jacqueline Dreyfus ou d’autres de ses collègues de l’Heure Joyeuse effectuent régulièrement des missions de conseil auprès de bibliothécaires en région, afin d’essaimer le modèle de la bibliothèque enfantine de Paris. Ces projets sont-ils nés de l’engagement personnel de bibliothécaires pionnier.e.s des bibliothèques pour enfants dans les années 1930 en France ? Ou sont-ils le fruit de la volonté de bibliothécaires aux parcours professionnels singuliers ? Ont-ils suivi une formation spécifique ? Ont-ils été formés à l’école américaine ? Cette formation initiale est-elle à la base de leur engagement pour le développement de la lecture publique pour les enfants ? Effectuer cette recherche permettrait de mieux comprendre l’histoire de l’essor des bibliothèques pour enfants sur notre territoire, de mesurer leur fragilité initiale et leur ancrage progressif.

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Notes

1 La liste des critères de classement des bibliothèques municipales, assez flous, est dressée dans l’article R310-1 du Code du Patrimoine. L’article de Wikipédia indique : « Entre 1931 et 1972, l’État a procédé au classement de 54 bibliothèques municipales, principalement en raison de l’importance de leurs fonds patrimoniaux (propriété de l’État). Ces bibliothèques sont des services municipaux, la seule exception statutaire étant le fait que leur soit mis à disposition (gratuitement) des conservateurs d’État ; elles n’ont pas de mission particulière, autre que celles que leur assignent leurs élus ou leur confèrent la richesse de leurs collections, la compétence de leurs agents ou l’activité de leurs services. » : « Bibliothèque classée », Wikipédia, URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Biblioth%C3%A8que_class%C3%A9e.

2 Le catalogue est visible sur le site de la médiathèque. La consultation des ouvrages conservés en magasin se fait sur rendez-vous en écrivant ou en téléphonant à la médiathèque de Périgueux : https://www.perigueux-mediatheque.fr/accueil-portal.aspx.

3 Ce corpus a été constitué à partir du registre d'inventaire Heure Joyeuse.

4 L’histoire du classement des bibliothèques municipales est aussi à écrire. Pourquoi la bibliothèque municipale de Périgueux n’est-elle classée qu’en 1920 ? Quelles sont ces « raisons de sécurité » ?

5 « Mouvement du personnel », Bulletin des bibliothèques de France (BBF), n° 8, 1961, p. 385-386, URL : https://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-1961-08-0385-001 [consulté le 13/03/2026].

6 Cécile de la Motte, devenue conservatrice, est nommée chevalier de l’ordre des arts et des lettres en 1958 : « Ordre des arts et des lettres », Bulletin des bibliothèques de France (BBF), n° 4, 1958, p. 279, URL : https://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-1958-04-0279-001 [consulté le 13/03/26].

7 Voir les boîtes des archives municipales concernant la bibliothèque, cotées 114W. La consultation des archives municipales se fait sur rendez-vous en écrivant à : archives@perigueux.fr.

8 Une bibliothèque de la ville de Paris porte aujourd’hui son nom : Viviane Ezratty, Christine Nguyen-Fau et Laura Vallet, Jacqueline Dreyfus-Weill, une Parisienne d’exception, Paris, Direction des affaires culturelles de la ville de Paris, avril 2023, URL : https://drive.google.com/file/d/1b0f8wuDHDWgpKzscSa6EhjJ7Yj-oFq_3/view?pli=1 [consulté le 13/03/26].

9 Archives municipales, boîte 114W9.

10 En 2002, le fonds est placé dans le magasin de conservation. Il n’a pas fait l’objet d’enrichissement depuis cette date.

11 Qu’entend Cécile de la Motte en précisant que la politique d’acquisition doit prendre en considération les exigences particulières des petits Périgourdins ? Pense-t-elle déjà à la participation directe des enfants en matière d’achats de livres ? Pense-t-elle déjà à mettre en place un « cahier de suggestion » accessible aux enfants ? Ou a-t-elle déjà constaté une spécificité culturelle des enfants grandissant en Dordogne ? Leur ruralité ? Leur rapport à la nature ? Le peu d’accès aux livres ? On peut aussi se demander si elle a pu constater un écart entre ce qu’elle a appris lors de sa formation et la réalité du terrain à Périgueux, ou un écart avec les publics enfantins de l’Heure Joyeuse à Paris. Qu’en est-il alors quand elle découvre les petits Strasbourgeois en 1939 ?

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Table des illustrations

Titre Illustration 1 : Extrait du rapport de Jacqueline Dreyfus et Cécile de la Motte à la Commission de la bibliothèque, archives municipales de Périgueux (cote 114W)
URL http://journals.openedition.org/strenae/docannexe/image/13191/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 40k
URL http://journals.openedition.org/strenae/docannexe/image/13191/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 11k
Titre Illustration 2 : Photos prises à l’Heure Joyeuse de Paris et versées dans le rapport de 1931, boîte 114W9
URL http://journals.openedition.org/strenae/docannexe/image/13191/img-3.jpg
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Titre Illustration 3 : Extrait des archives municipales de Périgueux, 3 décembre 1933, cote 114W
URL http://journals.openedition.org/strenae/docannexe/image/13191/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 172k
Titre Illustration 4 : Extrait d’un courrier du ministère de l’Éducation nationale en date de 1935, issu des archives municipales de Périgueux, cote 114W
URL http://journals.openedition.org/strenae/docannexe/image/13191/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 186k
Titre Illustration 5 : Extrait des archives municipales de Périgueux, cote 114W
URL http://journals.openedition.org/strenae/docannexe/image/13191/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 238k
URL http://journals.openedition.org/strenae/docannexe/image/13191/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 55k
Titre Illustration 6 : extrait d’un courrier de M. Schmidt, inspecteur général des bibliothèques, 2 novembre 1938, archives municipales de Périgueux, cote 114W
URL http://journals.openedition.org/strenae/docannexe/image/13191/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 63k
Titre Illustration 7 : Extrait des archives municipales de Périgueux, cote 114W
URL http://journals.openedition.org/strenae/docannexe/image/13191/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 263k
Titre Illustration 8 : Extrait du rapport de la Bibliothèque municipale de Périgueux pour l’année 1958, archives municipales de Périgueux, cote 114W
URL http://journals.openedition.org/strenae/docannexe/image/13191/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 49k
Titre Illustration 9 : Extrait des archives municipales de Périgueux, cote 114W
URL http://journals.openedition.org/strenae/docannexe/image/13191/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 166k
Titre Illustration 10 : Extrait du rapport de Cécile de la Motte à la Commission de la bibliothèque, 26 octobre 1931, archives municipales de Périgueux, cote 114W
URL http://journals.openedition.org/strenae/docannexe/image/13191/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 58k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Anne-Sophie Lambert, « Histoire d’un projet inachevé : l’Heure Joyeuse de Périgueux  »Strenæ [En ligne], 28 | 2026, mis en ligne le 29 juillet 2026, consulté le 07 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/strenae/13191 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16pp4

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Auteur

Anne-Sophie Lambert

Conservateur en chef des bibliothèques, responsable de la division Patrimoine de la bibliothèque de l’Alcazar à Marseille depuis septembre 2025, Anne-Sophie Lambert a travaillé en tant que directrice adjointe puis directrice de la bibliothèque municipale de Périgueux de 2019 à 2025.
Anne-Sophie Lambert, Chief Librarian and Head of the Heritage Division at the Alcazar Library in Marseille since September 2025, served as Deputy Director and then Director of the Périgueux Library from 2019 to 2025.

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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