Introduction : Pif Gadget : objet culte de la génération X
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- Introduction: Pif Gadget: a Generation X cult object [en]
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- 1 Milan Dargent, Popcorn, Lyon, La fosse aux ours, 2020, p. 45.
Quand je vais à l’école je passe devant un marchand de gadgets. Sa spécialité ce sont les lampes aquarium, sans poissons, où des bulles se promènent mollement dans un liquide coloré. Ils vendent aussi des mobiles qui font des bruits de clochettes au moindre courant d’air, des radios en forme de télé, des téléphones en forme de camembert, et tous ces drôles de trucs-là. […] Il y a aussi Pif pour les gadgets ; il faut reconnaître la suprématie de ce magazine dans le domaine. Putain, le coup du collier de griffes de Rahan, ils ont fait fort, même si on aurait préféré le coutelas, gadget censuré par le patron de Pif, je pense, en raison du risque de massacre1.
1Le récent décès du dessinateur André Chéret (5 mars 2020), créateur avec le scénariste Roger Lécureux du célèbre héros préhistorique de la bande dessinée Rahan, plonge dans une certaine nostalgie les très nombreuses et très nombreux quadra et quinquagénaires abreuvés par la lecture, durant leurs jeunes années, de cette série culte (plus de 200 épisodes) de Pif Gadget. En effet, Pif Gadget, qui a fêté ses cinquante ans en 2019, est un monument de la presse enfantine française. Publié par les Éditions Vaillant, groupe de presse lié au Parti communiste français (PCF), entre 1969 et 1993, ce magazine de bandes dessinées témoigne d’un fort ancrage dans le monde ouvrier.
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- 3 Sylvain Lesage, Publier la bande dessinée : les éditeurs franco-belges et l’album, 1950-1990, Ville (...)
2Issu d’un organe clandestin de jeunes résistants communistes né en 19422, Pif Gadget est la quatrième dénomination d’une revue appelée préalablement Le Jeune Patriote, Vaillant, Le Journal de Pif. Au tournant des années 1950-1960, le journal, en perte de vitesse (passage sous la barre des 100 000 exemplaires), est contraint de modifier sa ligne éditoriale première. Une nouvelle direction est nommée et de nouvelles stratégies commerciales voient le jour, permettant ainsi au journal d’atteindre un succès record. En 1980, Pif Gadget rivalise avec ses concurrents Le Journal de Mickey et Picsou magazine en tirant comme les deux autres au-dessus des 300 000 exemplaires. À cette même période, Spirou passe sous la barre des 80 000, Pilote sous les 60 000 et Tintin sous les 50 0003. Les Pif Gadget n° 60 (1970), n° 137 (1971) et n° 443 (1977) sont tirés à un million d’exemplaires. Ce magazine d’obédience communiste se révèle être un médium d’envergure. Il invite à questionner son impact, notamment sur les jeunes, au cours de la fin du xxe siècle.
- 4 Richard Medioni, Pif Gadget, la véritable histoire : des origines à 1973, Paris, Vaillant Collector (...)
- 5 Christophe Quillien, Pif gadget : 50 ans d’humour, d’aventures et de BD, Paris, Hors collection, 20 (...)
- 6 Maurice Halbwachs, La Mémoire collective, Paris, Albin Michel, 1950.
- 7 Alain Fourment, Histoire de la presse des jeunes et des journaux d’enfants (1768-1988), Paris, Édit (...)
- 8 Sylvain Lesage, L’effet codex : quand la bande dessinée gagne le livre. L’album de bande dessinée e (...)
- 9 Jessica Kohn, Dessiner des Petits Mickeys. Une histoire sociale de la bande dessinée en France et e (...)
- 10 Jean-Bruno Renard, Bandes dessinées et croyances du siècle : essai sur la religion et le fantastiqu (...)
- 11 Philippe Delisle, « Pif, de Vaillant à Pif Gadget », dans : Éric Baratay et Philippe Delisle (dir.) (...)
- 12 Maël Rannou, Le communisme par la bande : transmission de l’idéologie communiste dans les bandes de (...)
- 13 Jean-Matthieu Méon, « L’illégitimité de la bande dessinée et son institutionnalisation : le rôle de (...)
- 14 Benoît Berthou, « Bande dessinée, école, université : quelle mésentente ? », Le carnet de Comicalit (...)
3Ainsi, les succès des ouvrages de Richard Medioni4 et de Christophe Quillien5 témoignent de l’intérêt pour l’histoire de Pif Gadget de la part de nombreux anciens lecteurs. Pourtant, le succès de Pif Gadget et son inscription dans la mémoire collective6 ne suscitent guère de travaux au sein de l’université. Bien évidemment, la lectrice ou le lecteur averti.e peut glaner quelques données précieuses au cœur des études majeures qui traitent de la presse des jeunes et des journaux d’enfants7, des thèses sur l’histoire de l’édition de la bande dessinée8 ou encore des illustrateurs de presse et de bande dessinée9. Certains convoquent Pif Gadget pour révéler les croyances diffusées par différents périodiques10 quand d’autres dressent une analyse précise de l’évolution du chien de cette publication11. Cependant, à ce jour, et sauf erreur de notre part, aucune doctorante ni aucun doctorant ne s’est lancé dans une thèse sur ce fameux magazine. Néanmoins, il faut souligner que, dans le cadre d’une recherche en Master de Lettres Modernes, Maël Rannou a eu l’audace de travailler sur la question de la transmission de l’idéologie communiste à travers les publications dessinées atypiques de Pif Gadget12. Le caractère récréatif de la bande dessinée et son historique « illégitimité13 » seraient sans aucun doute à l’origine d’une forme de « mésentente14 », comme le souligne fort justement Benoît Berthou, entre le champ universitaire et la bande dessinée.
4Dans ce contexte, le projet PIFERAI (Pif, dans tous ses états : recherches, archives, interdisciplinarité), monté par Henri Garric et Jean Vigreux pour permettre la mise en place de journées de réflexions sur la série Pif le chien (1950-1960) au sein de la MSH de Dijon, comble un manque certain sur les origines et la genèse de Pif Gadget. Dans le cadre de ces événements scientifiques qui se sont déroulés en 2018 et en 2019, les communications de collègues provenant de champs variés montraient à quel point il est opportun de questionner Pif le chien, à l’aide d’approches esthétiques, socio-historiques, littéraires, médiatiques et politiques, pour éviter des interprétations hâtives et des erreurs d’analyses. Ainsi, ce numéro spécial « Pif Gadget et compagnie : approches pluridisciplinaires » s’inscrit dans le prolongement de ce projet PIFERAI pour questionner les décennies suivantes, à savoir les succès de Vaillant puis Vaillant, Le journal de Pif et Pif Gadget.
- 15 Pierre Bruno, « Chronique culture jeune. Pif Gadget : qu’est-ce qu’un périodique progressiste pour (...)
- 16 Ludivine Bantigny, Ivan Jablonka (dir.), Jeunesse oblige. Histoire des jeunes en France xixe-xxie s (...)
- 17 Bernard Pudal, « Politisation ouvrière et communisme », dans : Michel Dreyfus, Bruno Groppo, Claudi (...)
- 18 Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli (dir.), La culture de masse en France de la Belle Époq (...)
- 19 Philippe Coulangeon, Sociologie des pratiques culturelles, Paris, La Découverte, 2005.
- 20 Xavier Vigna, Histoire des ouvriers en France au xxe siècle, Paris, Perrin, 2012, p. 323.
5À n’en point douter, cette dernière publication « est, par la variété des évolutions ou ruptures idéologiques qu’elle propose, un intéressant objet d’étude15 ». La longévité de Pif Gadget et son lien avec le PCF interrogent évidemment quant à la bolchévisation éventuelle des jeunes d’une génération très hétéroclite16. Cependant, cette « politisation ouvrière » et communiste17 via Pif Gadget est-elle aussi durable et puissante qu’on pourrait le penser ? Résiste-t-elle à l’uniformisation des imaginaires par la culture de masse18 ? La lecture de Pif Gadget est-elle vraiment une pratique culturelle de classe19 destinée aux enfants les moins favorisés dans un contexte de « dissolution de la subculture ouvrière20 » ?
- 21 Jean-Bruno Renard, Bandes dessinées et croyances du siècle : essai sur la religion et le fantastiqu (...)
- 22 Sandra Laugier, « Vertus ordinaires des cultures populaires », Critique, n° 776-777, 2012/1-2, p. 4 (...)
- 23 Robert Warshow, The immediate experience: movies, comics, theatre & other aspects of popular cultur (...)
6Plus largement, au-delà du phénomène culturel Pif Gadget, la bande dessinée joue « le rôle d’une “école parallèle”21 ». Ainsi, Pif Gadget, journal populaire par excellence, a-t-il été, comme nous avons pu l’entendre ici ou là, un support d’endoctrinement communiste en direction des jeunes lectrices et lecteurs ou bien est-ce un fantasme collectif ? Cette perspective n’est pas totalement saugrenue dans la mesure où la philosophe Sandra Laugier met en avant les « vertus ordinaires des cultures populaires » en insistant sur le fait que « la valeur d’éducation de la culture populaire n’est pas anecdotique22 ». Toujours pour Sandra Laugier, les objets ordinaires constituent une force omniprésente qui participe à la construction des individus. Dès les années 1960, Robert Warshow montre comment la culture populaire comme les comics mais également « le cinéma, le théâtre, les livres, les journaux et les magazines – le système global de masse qui fournit et crée des idées, des sentiments, des attitudes et des styles de comportement – […] donne à notre vie sa forme et sa signification23 ».
- 24 Stanley Cavell, La projection du monde : réflexions sur l’ontologie du cinéma [The world viewed, re (...)
- 25 Christian Delporte, Claire Blandin, François Robinet, Histoire de la presse en France : xxe-xxie si (...)
- 26 Romain Ducoulombier, Jean Vigreux (dir.), Le PCF, un parti global (1919-1989) : approches transnati (...)
7Dans le même esprit, les travaux de Stanley Cavell, et notamment l’ouvrage phare intitulé La projection du monde, avancent la fonction morale des œuvres « publiques » et la forme d’éducation qu’elles suscitent dans le public et le privé24. Nous pouvons rappeler que ce que Stanley Cavell revendiquait dans les années 1970 du cinéma grand public de Hollywood s’est transféré à d’autres corpus et pratiques, comme les séries télévisées, qui l’ont relayé, sinon remplacé, dans la tâche d’éducation des adolescents et des adultes. En somme, la culture populaire juvénile est la première culture autodidacte d’importance. Bien évidemment, à la croisée des media studies, des childhood studies et des communist studies, ce numéro spécial vise à apporter des éclairages originaux à ces champs en plein renouvellement comme le montrent les travaux récents publiés sur la presse en France25 ou sur le PCF26. L’idée de ce dossier thématique « Pif Gadget et compagnie : approches pluridisciplinaires » est de combler un manque certain sur les origines et la genèse de Pif Gadget. L’étude des contenus du succès de presse Pif Gadget (1969-1993 puis 2004-2008) semble essentielle pour appréhender la supposée fabrication d’un imaginaire collectif et la construction d’une mémoire commune communiste à travers ce magazine de jeunesse.
8Au regard des questionnements et du cadrage évoqués ci-dessus, plusieurs pistes de réflexions ont été proposées par des contributrices et des contributeurs provenant de champs scientifiques bien différents. Aussi, les études plurielles de ce numéro spécial réservé à Pif Gadget permettent de faire émerger un certain nombre d’idées-forces plus ou moins récurrentes.
De l’engagement au désenchantement politique
9Comme l’évoque Jean Vigreux lors de l’introduction de la première session « L’engagement politique de Pif Gadget » du colloque Pif Gadget & Compagnie organisé à Besançon, il convient bien de se souvenir de l’ancrage populaire du magazine et, plus particulièrement, de Pif Le Chien, comme l’attestent les représentations récurrentes des pratiques vélocipédiques, du Tour de France ou de la Fête de L’Humanité. En effet, le programme PIFERAI organisé à Dijon avait déjà permis de questionner, à partir de la série Pif Le Chien, les représentations esthétiques, littéraires, historiques, sociologiques, philosophiques, etc., ainsi que la culture et l’idéologie populaires ouvrières des années 1950-1960. Le projet consistant à décrire, explorer, comprendre et expliquer le délitement de la culture populaire ouvrière à travers Pif Gadget au profit d’une culture jeunesse unifiée (uniformisée même) et a priori moins engagée était donc logiquement et initialement au cœur du débat.
10Belle illustration historique de cette idée directrice que le travail mené par Silvina Campo sur l’évolution de la mise en scène et des représentations de la Résistance française dans Pif, de 1946 aux années 1970. À l’aide d’une périodisation parlante réalisée à partir de trois séries de bandes dessinées différentes, la docteure en histoire de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne montre comment l’évocation illustrée de la Résistance française et du Maquis passe d’une lutte armée qui n’est jamais le fruit d’un héros esseulé mais bien plutôt celui d’un homme secondé par un peuple entier (Fifi, gars du maquis) pour la période allant de 1946 au début des années 1950 à un apaisement des passions à partir du milieu des années 1960 et à une disparition des généralisations abusives (tous les allemands ne sont pas mauvais). Silvina Campo esquisse même une brève incartade autour d’une forme de désenchantement visible dans des récits de fictions de Pif Gadget abandonnant peu à peu la morale et les principes idéologiques qui ont construit ses mêmes héros sous le poids de l’imposition de la société de consommation. Ne signale-t-elle pas l’existence de portraits dédicacés comme les précurseurs (peut-être) des futurs gadgets, au moment où s’installe une société néolibérale mue par les impératifs de vente du magazine ?
11Les travaux de Matthieu Blin s’inscrivent dans cette veine empruntée par Silvina Campo. Ils s’intéressent à la manière dont est mise en scène la Seconde Guerre mondiale dans les récits de bande dessinée à partir du milieu des années 1960 alors même que ce conflit en avait été absent entre 1950 et 1965. Plus particulièrement encore, en étudiant les aventures du Grêlé 7/13, le professeur d’histoire-géographie rattaché à l’unité de recherche POLEN de l’Université d’Orléans s’interroge sur la façon dont Roger Lécureux, vingt ans après un affrontement qu’il a lui-même vécu, parle de la Résistance et offre une vision « nouvelle » de la guerre à une jeunesse qui ne l’a pas connue. Outre la volonté du scénariste et ancien résistant de représenter avec pédagogie la France occupée mais unie contre l’ennemi et de dénoncer les horreurs de la guerre et du fascisme, Matthieu Blin montre en quoi Roger Lécureux propose un récit reposant sur des valeurs de gauche, tout en prenant certaines libertés avec l’idéologie communiste. Il décrypte, à travers l’étude des aventures du Grêlé 7/13, l’opposition entre liberté et oppression montrée au lectorat de Pif Gadget, en décrivant un peuple presque unanimement résistant qui affronte avec courage l’occupant, aux ordres d’un dirigeant fasciste. Ce scénario, très ancré dans son époque, entre inévitablement en résonance avec la lutte menée par les combattants Viêt-Congs, soutenue par la rédaction de Pif, contre l’impérialisme américain. Pourtant, les aventures du Grêlé 7/13 n’ont pas le même retentissement que d’autres récits créés par Lécureux, tels Les Pionniers de l’Espérance ou Rahan, et parus eux aussi dans Pif Gadget. La question posée se révèlerait-elle désormais trop délicate à une époque largement engagée dans les années 1960 ?
12Intégrée à ce chapitre relatif à l’engagement politique, l’approche historique de Maël Rannou poursuit l’idée selon laquelle l’influence de la société néo-libérale et de consommation est grandissante sur les récits publiés dans Pif Gadget au fil des décennies qui s’écoulent depuis 1970. Sa démonstration relative à l’écologie politique en atteste. À travers les séries dessinées de Pif Gadget qui abordent la défense de l’environnement, Maël Rannou esquisse une évolution significative du discours écologique dans le magazine : défense de la nature et de l’écosystème, dénonciation des catastrophes environnementales avec Univerzoo, défense et sauvetage des espèces menacées avec Ayak, le loup blanc et lutte contre la pollution et défense de l’environnement pour finir par une critique de la société de consommation et du capitalisme avec Cogan. Toutefois, il semblerait que le discours écologique omniprésent dans la nouvelle vision de Pif Gadget ait tendance à dessécher une idée ou une idéologie (ici, l’écologie politique) qui montrait un engagement politique différent avant les années 2000.
De la portée éducative de Pif Gadget à sa dimension épistémologique
13Si la transmission des messages idéologiques propagés dans Pif Gadget a été soulignée et analysée largement, il n’en demeure pas moins que ce rôle d’influenceur politique n’aurait que peu de poids sans la volonté première du magazine, des éditeurs, des auteures et auteurs de vouloir dispenser des connaissances scientifiques et intellectuelles à leur jeune lectorat. Là est sans doute l’une des particularité du magazine. Pourtant, quelques nuances s’imposent si l’on en croit les textes proposés dans ce chapitre consacré à la leçon éducative de Pif Gadget.
- 27 Michel Thiébaut, L’Antiquité vue dans la bande dessinée d’expression française (1945-1996) : contri (...)
14Michel Thiébaut s’intéresse aux transmissions de connaissances à destination de la jeunesse à travers la bande dessinée, ainsi que le montrent ses travaux de recherche27. L’historien bisontin étudie Spartacus à la loupe et décrypte le récit et le personnage du Thrace magnifié, ce héros très extrapolé inspiré de l’Antiquité. Néanmoins, derrière un discours historique peu réaliste, il ne transparaît pas d’aspects idéologiques de type marxiste. Pour autant, Michel Thiébaut montre la bascule de la réflexion autour de la dimension esclavagiste de la civilisation antique en direction d’un discours plus contemporain et résistant. Aussi, n’est-on pas étonné de voir Spartacus convaincre les esclaves de se battre pour un idéal. Le héros est en effet érigé en personnage hors du commun tentant de guider le peuple, peu au fait de la compréhension des événements, vers la liberté et vers un avenir un peu plus radieux. Au final, la bande dessinée s’attarde peu sur la dimension esclavagiste de la civilisation antique, préférant montrer le versant belliqueux de l’époque en exhibant les prouesses du héros en action. Dès lors, le savoir historique sur l’Antiquité se trouve submergé par un récit illustré centré sur l’action. Un tel décalage est également repéré par le géographe Jean-Yves Puyo à propos de Capitaine Apache.
15Dans le même ordre d’idées, la didacticienne des sciences Estelle Blanquet, en collaboration avec le chercheur en didactique de l’art Philippe Baryga, s’interrogent sur les postures scientifiques de Rahan. Le personnage fétiche de Chéret et Lécureux est-il un scientifique ou plutôt un savant, en ce sens qu’il accumule des savoirs lui permettant de survivre dans un monde et une époque hostiles ? Après une étude de la scientificité des démarches de Rahan, en guise d’illustration, les deux chercheurs bordelais analysent la quête de la tanière du Soleil par Rahan et la modélisation analogique qu’il opère entre les pirogues, l’île, la terre et le soleil. La réflexion épistémologique inhérente au récit laisse ainsi entrevoir l’intérêt pédagogique de cette analogie pour initier des élèves à la théorie de la relativité en saisissant que la posture de Rahan est un point de vue sur le monde tout aussi légitime que le leur. Plus généralement, ils montrent l’intérêt de la série Rahan, source d’inspiration pour lancer des investigations avec des élèves de Cours Moyen et les aider à comprendre que les représentations ne sont pas le monde. À n’en point douter, de nombreux ingrédients d’une démarche scientifique d’investigation y sont présents : questionnement par l’expérience, interrogation des protagonistes et du lectorat, présence d’éléments de scientificité lors de l’expérimentation, refus de l’argument d’autorité, etc. Néanmoins, les grandes qualités du fils de Craô (ténacité, observation, agilité intellectuelle, curiosité, refus de l’obscurantisme, recherche d’explications rationnelles, etc.) sont le plus souvent utilisées à des fins pratiques. Ce constat offre l’opportunité de démontrer que Rahan est un ingénieur plus qu’un scientifique tandis que la morale récurrente des histoires façonnées par Lécureux et Chéret laisse systématiquement entrevoir un Rahan heureux de partager son savoir avec « ceux qui marchent debout ».
- 28 Pierre Gosselin et Éric Le Coguiec (dir.), La recherche création – Pour une compréhension de la rec (...)
16Aussi, en proposant une recherche-création28 à partir d’un cadre théorique de détournement de la bande dessinée, Philippe Baryga offre une approche à la fois plastique et iconologique de la théorie de l’art qui clôt remarquablement ce chapitre réflexif autour de la leçon éducative Pif Gadget. En utilisant la série Rahan, l’artiste-chercheur bordelais se donne la possibilité de commenter les ressorts plastiques de Chéret : le rôle accordé aux femmes, la double rhétorique visuelle et le rapport de forces inversé adulte/enfant. Philippe Baryga interpelle les distorsions de sens en montrant que la polysémie des images et le détournement de la supériorité de Rahan sont difficiles à appréhender en même temps qu’il déconstruit la liaison image-texte lorsqu’il se questionne sur l’apport de la série dessinée Rahan à la théorie de l’art. Le concept d’historicité est au cœur de ce débat inhérent à la théorie de l’art dès lors que la bande dessinée historique qu’est Rahan, anachronisme permanent, fonctionne sur une rationalité contemporaine. Serait-ce parce qu’il représente la préhistoire qu’on pardonne tout à Rahan ?
Dans le paysage de Pif Gadget
17Bien présentée et résumée par Christophe Meunier, l’idée selon laquelle les séries de Pif Gadget ont permis à la jeunesse de construire son capital spatial est passionnante. La démonstration réalisée par l’enseignant de l’Inspé d’Orléans est probante. En s’appuyant sur la série culte Docteur Justice, il explique les qualités d’habitant du monde de ce héros en examinant les destinations du Doc (126 semble-t-il). Puis le géographe montre que Benjamin Justice est un habitant engagé dans les zones chaudes tant climatiquement que géopolitiquement. Enfin, Christophe Meunier termine en soulignant que les histoires du Doc, homme ordinaire vivant des aventures extraordinaires, montrent les civilisations à la jeunesse et poussent les lectrices et les lecteurs à s’interroger. Il explique que les réponses induites sont plutôt idéologiques et spatialisées ainsi que les délivre le récit iconotextuel. Au final, on reviendra également sur cette notion particulièrement intéressante adoptée par Christophe Meunier qu’il nomme série-géographe ou encore album-géographe lorsqu’il conviendra d’aborder les aspects philosophiques et épistémologiques de ce propos introductif.
18Jean-Yves Puyo, en étudiant au scalpel Capitaine Apache, s’inscrit lui aussi dans cette veine du roman-géographe. Ne dit-il pas d’emblée que la série est l’occasion de comprendre les représentations européennes des grands espaces américains ? Mieux encore, il déconstruit la série en livrant les arcanes des conditions de productions de Capitaine Apache et des contraintes éditoriales imposées à Norma ou Lécureux. Cette entrée dans le processus de construction du récit est tout à fait parlante. Il n’empêche qu’au-delà de l’apport des connaissances spatiales sur les paysages nord-américains (Monument Valley), c’est aussi un discours moraliste (guerres indiennes vues comme génocides, massacres de populations innocentes et morts gratuites) qui est délivré avec Capitaine Apache. En toile de fond des scenarii, des idées fortes et vertueuses sont déployées, telles que la corruption des hommes par l’argent, le rejet des religions ou encore un discours pacifiste qui reste cependant auréolé d’ambiguïtés puisque les démonstrations belliqueuses et armées abondantes au fil des épisodes semblent nettement en contradiction avec les paroles et la bien-pensance non-violentes exprimées.
19Prolongeant cette approche conceptuelle du roman-géographe, Corinne Luxembourg propose d’interroger la bande dessinée comme une reconstruction de l’espace en examinant des séries plus récentes de Pif Gadget (corpus situé sur la période 2004-2008) et moins connues. Elle peut ainsi étudier la complexité des situations de lecture de l’espace autour des questions centrales de l’altérité et des frontières. La géographe réalise un inventaire passionnant des mécanismes qui sous-tendent l’altérité et les frontières à l’instar des changements d’échelles, du passage d’un monde à l’autre, de la colonisation, de la fuite, de l’arrivée des autres sur le terrain des alliances et de la communication avec les étrangers. En étudiant des bandes dessinées moins célèbres telles que Les Nanobots, Gus et Riton, Ford, Nestor et Pollux, Dicentim, etc., Corinne Luxembourg dresse un portrait des caractéristiques spatiales de ces mondes fictionnels chez Pif Gadget avec des processus récurrents mais aussi des exceptions qui interpellent, en particulier la négation de l’altérité dans Nestor et Pollux.
Autour de Pif Gadget : des dynamiques commerciales, matérielles et médiatiques
20En s’intéressant à la création des poches de Pif au début des années 1960, Pascal Robert expose magistralement les logiques commerciales et marketing qui s’imposent avec un nouveau produit s’adressant spécialement à un jeune public ayant un peu d’argent de poche. Cette production qui s’étale sur une trentaine d’années répond à la relance de la machine éditoriale Vaillant. Ce format trimestriel de petite taille à la forme subversive carrée et au fort tirage (150 000 exemplaires la première année) s’inspire des big little books américains et des Marabout-Flash, petits livres pratiques visant à permettre au lectorat de s’adapter à ce monde de la fin du xxe siècle en perpétuelle transformation. Le professeur des universités et directeur de la recherche de l’École nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques de Lyon démontre que les poches de Pif satisfont à l’écosystème des magazines de petit format et à une logique de commercialisation marquée par la concurrence avec les autres poches de Pilote ou Tintin, copies de Mickey. Les publicités croisées, les convergences entre Pif Gadget et Pif Poche et vice versa, annoncent l’émergence du fonctionnement transmédiatique.
21Quant à Bertrand Tillier, il questionne, sur la période 1969 à 1993, la place du gadget, ce stimulant à la vente, cet éveil culturel et scientifique de la jeunesse des classes populaires. Le professeur d’histoire visuelle montre que le succès de la relance de Pif tient à son gadget, cette rubrique en trois dimensions qui adopte une systématicité empreinte d’une technique commerciale « presse-lessive » surprenante par rapport à la posture et à l’ancrage communiste du magazine. Le résultat n’en est pas moins spectaculaire dès lors que les tirages ne cessent d’augmenter, passant de 100 000 à 300 000 voire 500 000 et même un million d’exemplaires. Un millier de gadgets sont produits sur la période étudiée, constituant indiscutablement un patrimoine culturel. Dès 1969, les éditions Vaillant se sont dotées d’un département de conception des gadgets constitué de quatre emplois à temps plein et de collaborateurs, opérant depuis la programmation de la mise au point jusqu’à la fabrication. Toutefois, l’originalité du gadget tient dans cette ambivalence caractéristique de la conception de cet objet à destination de la jeunesse populaire, ayant pour fonction de distraire en instruisant dans une perspective de vulgarisation scientifique. Selon Bertrand Tillier, parce qu’il est autant jouet que vecteur pédagogique, le gadget devrait plutôt être envisagé comme un anti-gadget puisqu’il tente la prouesse de faire assimiler des connaissances aux enfants sans le leur dire.
22Dans leur texte intitulé « Pif Gadget au Québec », avec entrain, Maël Rannou et Sylvain Lemay tentent de comprendre de quelle manière le magazine et ses bandes dessinées jeunesse connaissent une exportation internationale à partir du début de la décennie 1970. Si l’on n’ignorait pas la diffusion vers l’Europe de l’Est de cet organe de presse communiste, la circulation vers le Québec est étonnante. En proposant une réflexion contemporaine portant sur la perméabilité des pratiques culturelles et sur l’histoire de la bande dessinée québécoise, les auteurs offrent une vision panoramique fort stimulante de l’ampleur insoupçonnée de ses stratégies d’implantation médiatique, de ses tentatives d’éditions locales, des éléments de sa réception et, plus largement encore, de ses effets sur les pratiques du lectorat et des créatrices et créateurs. Incontestablement, cette étude originale défriche quelques pans de cette histoire de Pif Gadget au Québec encore mal connue, notamment pour les années 1980, comme le précisent les deux chercheurs, et qui pointe même du doigt un engouement québécois jamais encore interrogé lors de la relance de la série en 2004.
- 29 Béatrice Guillier, « “Croyez-vous, chère Marraine, que je puisse me corriger ?” », Lisette, Suzette (...)
23Dans un article s’intéressant au courrier des lectrices et des lecteurs de Pif Gadget, Sylvain Lesage lance pour ce magazine un chantier original initié par Béatrice Guillier29 dans le cadre d’autres bandes dessinées. Cette approche précieuse devrait être en mesure de renouveler la compréhension de la manière dont le jeune lectorat donne sens à ses illustrés. « Interroger le courrier des lecteurs permet pourtant d’envisager différemment Pif Gadget » affirme judicieusement l’historien lillois. En dépouillant cette rubrique de Pif Gadget sur quelques années choisies, méthodologiquement justifiées, le chercheur identifie un lectorat plus féminin (34 %) qu’il n’était attendu mais également plus familial en ce sens que le magazine, sous la plume des lectrices, participe de la concorde du foyer. Enfin, Sylvain Lesage indique, à partir de l’analyse exploratoire de cette rubrique, que Pif Gadget concourt à la construction d’une communauté d’amateurs.
Conclusion
- 30 Marc Brosseau, Des romans-géographes, Paris, L’Harmattan, 1996.
- 31 Pascal Robert, La bande dessinée : une intelligence subversive, Villeurbanne, Presses de l’Enssib, (...)
- 32 Éric Maigret et Matteo Stefanelli (dir.), La bande dessinée : une médiaculture, Paris, Armand Colin (...)
- 33 Définition du tableau-objet, « Le tableau comme chose colorée que vient éclairer une lumière extéri (...)
- 34 Michel Foucault, « La pensée du dehors », dans : Dits et Écrits I, Paris, Gallimard, 1994 [première (...)
- 35 Georges Bataille, Manet. Études biographiques et critiques, Genève, Paris, Skira, 1955.
24Afin de clôturer l’introduction de ce numéro spécial, il nous plaît de revenir sur la question de l’inadéquation du magazine Pif Gadget à son public ainsi que l’ont évoquée à plusieurs reprises les contributrices et contributeurs de ce numéro spécial. Christophe Meunier a montré, à travers Docteur Justice, que les analyses de situations géopolitiques qui y sont présentées se révèlent d’une indéniable complexité pour un lectorat d’enfants âgés de 8 à 12 ans. N’en est-il pas de même pour d’autres séries célèbres telles que Rahan (on pense par exemple à la difficile appréhension de l’évolution de la pensée humaine exposée par le fils de Craô) ou Loup-Noir ? Ensuite, comment ne pas mentionner la réflexion épistémologique visant à considérer les séries dessinées publiées dans Pif Gadget comme autant de romans disciplinaires scientifiques et éducatifs à l’instar de la notion de « roman-géographe » déployée par Marc Brosseau30 et citée dans le travail de Christophe Meunier : roman-histoire, roman-physique, roman-astronomie et, bien sûr, roman-art ? Nombre de séries dessinées de Pif Gadget peuvent être déclinées comme des objets hybrides et de subversion31 permettant de certifier la place de la bande dessinée en tant que 9e art32. Dès lors, la notion de roman-art prend tout son sens. Elle permet d’étayer la nécessité de poursuivre la réflexion autour de la bande dessinée-objet en faisant référence peut-être à la manière dont Michel Foucault expliquait la portée épistémologique du tableau-objet33 créé par Édouard Manet à la fin du xixe siècle en se référant à la « pensée du dehors34 » envisagée par Blanchot, Bataille35, etc.
25En fin de ce numéro spécial dédié à Pif Gadget, les lectrices et lecteurs pourront être tentés de découvrir une recension spécifique et deux analyses d’entretiens de grands témoins. Ainsi, Jessica Kohn propose une recension éclairée de l’ouvrage de Maël Rannou, Pif Gadget et le communisme, paru en 2022, qui se révèle être une étude indispensable pour qui souhaite approfondir cette thématique au cœur de ce numéro spécial. Ensuite, Juliette Ronsin propose de retracer l’histoire et la genèse des gadgets de Pif Gadget qui ont fait la notoriété et le succès du magazine à partir de l’expérience professionnelle d’Alain Poirier, concepteur gadget et directeur de la promotion aux éditions Vaillant de 1969 à 1984, surnommé alors « gadget-man ». Revenant sur l’ambiance de travail créative des bureaux de Pif Gadget durant ces années, l’article analyse les moyens mis en œuvre pour rendre le jouet accessible au plus grand nombre et la manière dont certains gadgets sont devenus des objets « légendaires », contribuant au renforcement d’une culture commune. Enfin, Lucas Profillet, dans l’entretien qu’il réalise, interroge le parcours de Philippe Baumet, jeune lecteur-collectionneur devenu concepteur de gadgets pour le magazine. Cet entretien, au cœur de problématiques liées à la culture matérielle enfantine inhérente à Pif Gadget, permet finalement de comprendre l’itinéraire singulier de Philippe Baumet qui, au cours de sa vie, a pu porter différents regards sur le magazine. Au final, les coordinateurs de ce numéro espèrent que les textes rassemblés sur Pif Gadget seront à même de mieux faire comprendre le succès de cet objet culte de la génération X.
Notes
1 Milan Dargent, Popcorn, Lyon, La fosse aux ours, 2020, p. 45.
2 Richard Medioni, Mon camarade, Vaillant, Pif Gadget : l’histoire complète. 1901-1994 : les journaux pour enfants de la mouvance communiste et leurs BD exceptionnelles, Pargny-la-Dhuys, Vaillant Collector, 2012.
3 Sylvain Lesage, Publier la bande dessinée : les éditeurs franco-belges et l’album, 1950-1990, Villeurbanne, Presses de l’ENSSIB, 2018, p. 309.
4 Richard Medioni, Pif Gadget, la véritable histoire : des origines à 1973, Paris, Vaillant Collector, 2003 ; R. Medioni, Mon Camarade, op. cit.
5 Christophe Quillien, Pif gadget : 50 ans d’humour, d’aventures et de BD, Paris, Hors collection, 2018.
6 Maurice Halbwachs, La Mémoire collective, Paris, Albin Michel, 1950.
7 Alain Fourment, Histoire de la presse des jeunes et des journaux d’enfants (1768-1988), Paris, Éditions Éole, 1987.
8 Sylvain Lesage, L’effet codex : quand la bande dessinée gagne le livre. L’album de bande dessinée en France de 1950 à 1990, thèse de doctorat en Histoire sous la direction de Jean-Yves Mollier, Versailles, Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, 2014.
9 Jessica Kohn, Dessiner des Petits Mickeys. Une histoire sociale de la bande dessinée en France et en Belgique (1945-1968), Paris, Éditions de la Sorbonne, 2022.
10 Jean-Bruno Renard, Bandes dessinées et croyances du siècle : essai sur la religion et le fantastique dans la bande dessinée franco-belge, Paris, PUF, 1986.
11 Philippe Delisle, « Pif, de Vaillant à Pif Gadget », dans : Éric Baratay et Philippe Delisle (dir.), Milou, Idéfix et Cie : le chien en BD, Paris, Karthala, 2012, p. 205-220.
12 Maël Rannou, Le communisme par la bande : transmission de l’idéologie communiste dans les bandes dessinées de Vaillant à Pif Gadget (1942-1969), mémoire de Master 1 de Lettres Modernes sous la direction de Sylvie Servoise, Le Mans, Université du Maine, 2014.
13 Jean-Matthieu Méon, « L’illégitimité de la bande dessinée et son institutionnalisation : le rôle de la loi du 16 juillet 1949 », Hermès, n° 54, 2009/2, p. 45-50.
14 Benoît Berthou, « Bande dessinée, école, université : quelle mésentente ? », Le carnet de Comicalités [en ligne], 2015, URL : https://graphique.hypotheses.org/537.
15 Pierre Bruno, « Chronique culture jeune. Pif Gadget : qu’est-ce qu’un périodique progressiste pour la jeunesse ? », Le français aujourd’hui, n° 161, 2008/2, p. 127.
16 Ludivine Bantigny, Ivan Jablonka (dir.), Jeunesse oblige. Histoire des jeunes en France xixe-xxie siècle, Paris, PUF, 2009 ; Bernard Lahire (dir.), Enfances de classe : de l’inégalité parmi les enfants, Paris, Éditions du Seuil, 2019.
17 Bernard Pudal, « Politisation ouvrière et communisme », dans : Michel Dreyfus, Bruno Groppo, Claudio Sergio Ingerflom et al. (dir.), Le siècle des communismes, Paris, Éditions de l’Atelier, 2000, p. 67-81.
18 Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli (dir.), La culture de masse en France de la Belle Époque à aujourd’hui, Paris, Fayard, 2002.
19 Philippe Coulangeon, Sociologie des pratiques culturelles, Paris, La Découverte, 2005.
20 Xavier Vigna, Histoire des ouvriers en France au xxe siècle, Paris, Perrin, 2012, p. 323.
21 Jean-Bruno Renard, Bandes dessinées et croyances du siècle : essai sur la religion et le fantastique dans la bande dessinée franco-belge, Paris, PUF, 1986, p. 6.
22 Sandra Laugier, « Vertus ordinaires des cultures populaires », Critique, n° 776-777, 2012/1-2, p. 49.
23 Robert Warshow, The immediate experience: movies, comics, theatre & other aspects of popular culture, New York, Doubleday, 1962, p. 39.
24 Stanley Cavell, La projection du monde : réflexions sur l’ontologie du cinéma [The world viewed, reflections on the ontology of film], Paris, Belin, 1999.
25 Christian Delporte, Claire Blandin, François Robinet, Histoire de la presse en France : xxe-xxie siècles, Malakoff, Armand Colin, 2016.
26 Romain Ducoulombier, Jean Vigreux (dir.), Le PCF, un parti global (1919-1989) : approches transnationales et comparées, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2019.
27 Michel Thiébaut, L’Antiquité vue dans la bande dessinée d’expression française (1945-1996) : contribution à une pédagogie de l’Histoire ancienne, Thèse pour le Doctorat d’État – Histoire et Cultures de l’Antiquité, sous la direction de Monique Clavel-Lévêque, Besançon, Université de Franche-Comté, 1997.
28 Pierre Gosselin et Éric Le Coguiec (dir.), La recherche création – Pour une compréhension de la recherche en pratique artistique, Québec, Presses de l'Université du Québec, 2006.
29 Béatrice Guillier, « “Croyez-vous, chère Marraine, que je puisse me corriger ?” », Lisette, Suzette, Fillette et les autres [en ligne], 09/04/2020, URL : https://pressefille.hypotheses.org/154.
30 Marc Brosseau, Des romans-géographes, Paris, L’Harmattan, 1996.
31 Pascal Robert, La bande dessinée : une intelligence subversive, Villeurbanne, Presses de l’Enssib, coll. « Papiers », 2018.
32 Éric Maigret et Matteo Stefanelli (dir.), La bande dessinée : une médiaculture, Paris, Armand Colin, INA, 2012.
33 Définition du tableau-objet, « Le tableau comme chose colorée que vient éclairer une lumière extérieure et devant lequel, ou autour duquel, vient tourner le spectateur » : Maryvonne Saison (dir.), Michel Foucault. La Peinture de Manet suivi de Michel Foucault, un regard, Paris, Seuil, coll. « Traces écrites », 2004, p. 24.
34 Michel Foucault, « La pensée du dehors », dans : Dits et Écrits I, Paris, Gallimard, 1994 [première publication : 1966].
35 Georges Bataille, Manet. Études biographiques et critiques, Genève, Paris, Skira, 1955.
Haut de pagePour citer cet article
Référence électronique
Sébastien Laffage-Cosnier et Christian Vivier, « Introduction : Pif Gadget : objet culte de la génération X », Strenæ [En ligne], 20-21 | 2022, mis en ligne le 01 octobre 2022, consulté le 14 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/strenae/9523 ; DOI : https://doi.org/10.4000/strenae.9523
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