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Rassegna bibliografica
Quattrocento

Pour un nouveau répertoire des mises en prose. Roman, chanson de geste, autres genres, sous la direction de Maria Colombo Timelli, Barbara Ferrari et Anne Schoysman

Mariagrazia Ricci
p. 567-569
Notizia bibliografica:

Pour un nouveau répertoire des mises en prose. Roman, chanson de geste, autres genres, sous la direction de Maria Colombo Timelli, Barbara Ferrari et Anne Schoysman, Paris, Classiques Garnier, 2014, pp. 387.

Testo integrale

1Les dix-neuf contributions recueillies dans ce volume, en grande partie issues d’un colloque qui s’est déroulé en septembre 2012 en préparation du Nouveau Répertoire de mises en prose (Paris, Classiques Garnier, 2014), proposent une grande variété d’approches sur les ‘mises en proses’, comme le souligne Claude Thiry dans l’Introduction (pp. 9-10).

2Avec la seule exception de l’article de François Suard, la présentation suit l’ordre alphabétique des noms des auteurs: nous essaierons en revanche de mettre en relief les trois ensembles génériques annoncés dans le titre.

3Les romans font l’objet de sept études. Luca Barbieri (Les versions en prose du “Roman de Troie”. État des recherches et perspectives, pp. 33-67) offre une analyse approfondie des cinq proses issues du Roman de Troie de Benoît de Sainte-Maure, longtemps oubliées par la critique, dans le but d’en souligner l’intérêt littéraire et philologique: il rappelle d’abord la question des modèles ayant pu inspirer chaque prose, pour étudier ensuite les proses classées par Jung Prose 1, 3, 5, qui se distinguent pour «leurs caractéristiques individuelles bien nettes» (p. 45), en faisant référence en particulier au contexte d’élaboration (lieu et date, pp. 46-52), à l’organisation de la matière et à la structure du texte (pp. 52-56), au problème des sources (pp. 56-59), au traitement réservé aux histoires d’amour (pp. 59-64) et au rôle des dieux païens (pp. 64-67).

4Sergio Cappello explore Le passage à l’imprimé des mises en prose de romans (pp. 69-84) en étudiant les cas de Giglan et de Guillaume de Palerne. La consultation d’inventaires et l’analyse du matériel typographique (bois gravés et caractères) lui permettent d’attribuer l’editio princeps des deux romans à l’atelier parisien des Trepperel, ce qui confirme en contrepartie «le rôle subalterne de l’imprimerie lyonnaise» (p. 84) dans ce domaine pendant les années 1520. Giglan fait aussi l’objet de la contribution de Sylvie Lefèvre (Giglan et Claude Platin entre Lyon et Paris, pp. 195-212), qui reprend le même dossier en parcourant les étapes que la critique a suivies depuis le xviiie siècle avant de parvenir à fournir un tableau plus clair des premières éditions de ce roman.

5L’étude des modifications apportées par le translateur d’Erec et Enide au portrait de la protagoniste amène Carol J. Chase (Le diable est dans les détails. Les vêtements d’Enide dans l’“Erec” en prose du xve siècle, pp. 101-115) à une réflexion sur le rôle inédit qu’Enide assume dans la mise en prose: cette attention pour quelques détails de la vie matérielle d’Enide (parfois au détriment d’Erec lui-même) concourt à lui attribuer un rôle plus central dans la quête et l’aventure, en réorientant ainsi «la lecture du poème de Chrétien» (p. 115).

6Maura Felice (“Richard sans Peur”. Des vers à la mise en prose, pp. 139-150) considère le passage des vers à la prose du roman de Richart sans Peur sous la plume de Gilles Corrozet: les amplifications et les ajouts du translateur ont pour résultat une mise en évidence de l’élément merveilleux, qui perd sa valeur symbolique en devenant un pur «expédient poétique» (p. 149).

7Mariagrazia Ricci (“Robert le Diable” en prose, pp. 245-256) présente la fortune éditoriale de la mise en prose de Robert le Diable entre xve et xvie siècle (12 éditions répertoriées) et, par l’étude des variantes, les rapports que l’on peut dégager entre les éditions conservées.

8Shira Schwam-Baird (La longue vie de “Valentin et Orson”, pp. 297-306) parcourt l’histoire éditoriale de Valentin et Orson: pour ce qui concerne le texte, comme aucune trace de la version en vers ne subsiste, l’A. a pu confronter la prose française avec une version en moyen bas-allemand; dans un deuxième volet de son article, S.S.-B. analyse les variations de l’iconographie dans les éditions anciennes conservées.

9Un deuxième groupe d’articles porte sur les remaniements des chansons de geste. Dans une vaste étude d’ensemble, François Suard (Les proses épiques. Difficultés et intérêt du classement, pp. 11-32) questionne la bipartition adoptée par Georges Doutrepont dans son célèbre répertoire pour envisager une nouvelle perspective du classement des proses épiques. En remarquant les changements profonds que les modèles subissent dans le processus de réécriture en prose et en soulignant les difficultés d’analyse du rapport entre texte-source et texte-cible, F.S. reconnaît l’utilité d’un classement par ordre alphabétique qui, à travers des renvois internes, puisse rendre compte de la nature complexe, et somme toute inclassable, de ces œuvres.

10Jean-Charles Herbin se penche sur les proses issues de la Geste des Loherains pour en évaluer le rapport avec la source; il identifie ainsi Trois conceptions de la mise en prose (pp. 165-194) bien distinctes: prose-résumé, condensant sensiblement la matière, dans le cas du ms Arsenal 3346; prose-réécriture, abandonnant le style et le ton épiques en faveur d’une écriture plus proche de la chronique, pour la prose de David Aubert; prose-dérimage, enfin, fidèle au texte-source, pour le texte produit par Philippe de Vigneulles.

11Giovanni Palumbo (Un texte en éclats. La “Chanson de Roland” à l’épreuve de la prose, pp. 229-243) s’interroge sur le passage problématique de la Chanson de Roland à la prose: en nuançant les positions des «grands romanistes du passé» (p. 241), G.P. identifie quelques textes qui, à travers des procédés divers, ont puisé à la tradition rolandienne: entre autres, Galien le Restoré, Garin de Monglane, Fierabras de Jean Bagnyon, Fleur des Histoires de Jean Mansel, les différentes compilations autour des Neuf Preux, Myreur des Histors de Jean d’Outremeuse, Chroniques et Conquestes de Charlemaine.

12Anne Schoysman (Un épisode de suture dans l’“Histoire de Charles Martel” de David Aubert et ses rapports avec l’“Histoire de la reine Berthe et du roi Pépin”, pp. 279-295) se penche sur la tradition de la mise en prose de L’Histoire de la reine Berthe et du roi Pépin: transmise par un seul manuscrit (Cracovie, B.U. Jagellonne, Ms. Gall. Fol. 130), on en retrouve un épisode interpolé dans la compilation des Histoires de Charles Martel; cette double transmission pose en de nouveaux termes la question de la date et de l’identité de l’auteur de la version en prose.

13Martine Thiry-Stassin (La parole racontée et l’histoire montrée. David Aubert et Jean Le Tavernier, pp. 321-342) nous livre une riche analyse des 18 grisailles de Jean Le Tavernier illustrant la Chanson des Sainses en prose dans le ms Bruxelles, KBR 9068, en étudiant en particulier le rapport qui s’établit entre texte (rubriques et contenu des chapitres) et images, ainsi que l’interprétation, souvent pleinement critique, du texte qui sous-tend le travail du miniaturiste. Nous signalons une petite erreur dans l’ordre de reproduction des images 4-5, qui doivent être renversées pour bien illustrer l’analyse.

14L’étude d’Yvonne Vermijn (Trois traditions manuscrites parallèles. La “Chanson de Bertrand du Guesclin” et ses mises en prose de 1380 à 1480, pp. 347-360) porte sur les deux proses (contemporaines à la source en vers et indépendantes l’une d’autre) issues de la Chanson de Bertrand du Guesclin: l’analyse du contenu et du style amène l’A. a formuler quelques hypothèses à propos des raisons politiques et socio-culturelles qui les sous-tendent.

15Six contributions, enfin, prennent en considération des textes de genres divers. En analysant l’incunable de l’Ovide Moralisé de Colard Mansion (1484) et son rapport avec le manuscrit appartenu à Louis de Bruges (Paris, BnF, fr. 137), Stefania Cerrito (Colard Mansion relit les “Métamorphoses”, pp. 85-99) relève quelques éléments textuels et codicologiques utiles pour la compréhension du travail exécuté par l’imprimeur brugeois: l’examen porte sur l’introduction (trois prohemes et l’adicion du compileur), les modifications structurelles et textuelles (division de la matière en chapitres, interventions sur la langue et le style), la glose au texte, que Mansion reprend de Bersuire (traduit peut-être par Mansion lui-même), et, enfin, l’iconographie.

16La contribution d’Olivier Delsaux (De l’édition du texte-source à celle du texte-cible et vice versa. Le cas des “Vigiles des morts” de Pierre de Nesson copiées et dérimées par Jean Miélot, pp. 117-138) montre combien l’examen des mises en proses peut aider dans l’étude de leurs sources en vers: une analyse approfondie du remaniement en prose de Jean Miélot en rapport avec la varia lectio des Vigiles des morts de Pierre de Nesson peut en effet fournir des suggestions précieuses pour l’établissement de l’édition critique du texte-source.

17Barbara Ferrari offre un premier recensement des Réécritures en prose de poèmes hagiographiques français (pp. 151-163), produites entre xiiie et xvie siècle. Si l’étude de ces mises en prose pose des problèmes communs à bien d’autres genres littéraires (but des adaptations, rapport avec les sources en vers, identification des mises en prose en l’absence du modèle), B.F. remarque que le nombre exigu d’éditions critiques et d’études empêche de fait une appréciation globale de la valeur de ces textes.

18Le Compte du mantheau maltaillé (BnF, fr. 2153) fait l’objet de la contribution de Stefania Marzano (Une mise en prose inédite du xvie siècle, pp. 213-227), qui présente le résultat de ses recherches quant à l’auteur, au contexte de production et de diffusion du dérimage, ainsi aux problèmes d’identification du modèle; elle offre enfin une analyse du rapport entre la prose et la source en vers.

19Gilles Roques (L’intérêt lexicologique des mises en prose, pp. 257-277) propose une étude des changements lexicaux entre le Pèlerinage de l’âme de Guillaume de Digulleville et la mise en prose de Jean Galopes: si le respect de celui-ci pour sa source est évident, les modifications qu’il y apporte montrent un souci de modernisation qui, selon G.R., permet pourtant au lecteur moderne de «mieux goûter le texte en vers» (p. 277).

20Elina Suomela-Härmä (De ‘Renart’ à ‘Regnart’, des vers à la prose, pp. 307-320) consacre son étude à la prose issue de Renart le Nouvel: elle s’interroge d’abord sur les raisons qui ont pu amener le prosateur anonyme à choisir un genre de texte somme toute ‘non conventionnel’ dans le panorama des mises en prose; d’autre part, elle présente une analyse comparative textuelle et stylistique entre source en vers et dérimage, en soulignant l’originalité et les enjeux de celui-ci.

21Le volume est complété de deux Index: noms de personnes et titres des œuvres anonymes (pp. 361-373) et manuscrits (pp. 375-376), dus à Stefania Marzano.

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Notizia bibliografica

Mariagrazia Ricci, «Pour un nouveau répertoire des mises en prose. Roman, chanson de geste, autres genres, sous la direction de Maria Colombo Timelli, Barbara Ferrari et Anne Schoysman»Studi Francesi, 177 (LIX | III) | 2015, 567-569.

Notizia bibliografica digitale

Mariagrazia Ricci, «Pour un nouveau répertoire des mises en prose. Roman, chanson de geste, autres genres, sous la direction de Maria Colombo Timelli, Barbara Ferrari et Anne Schoysman»Studi Francesi [Online], 177 (LIX | III) | 2015, online dal 01 décembre 2015, consultato il 09 septembre 2026. URL: http://journals.openedition.org/studifrancesi/1263; DOI: https://doi.org/10.4000/studifrancesi.1263

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