“Interculturel Francophonies”, Francophonies océaniennes, dir. A. Pfersmann, T. Porcher-Wiart, Alliance Française de Lecce, 31, ; “New Zealand Journal of French Studies”, Littérature et politique en Océanie, dir. A. Pfersmann
“Interculturel Francophonies”, Francophonies océaniennes, dir. A. Pfersmann, T. Porcher-Wiart, Alliance Française de Lecce, 31, 2017; “New Zealand Journal of French Studies”, Littérature et politique en Océanie, dir. A. Pfersmann, T. Porcher, Victoria University, Wellington, 37 (1, 2), 2019.
Testo integrale
1«La francophonie est une vaste imposture», disait Chantal Spitz, la première écrivaine de fiction en Polynésie française, au cours d’un entretien en 2001, «un réseau tramé autour du monde pour marier des peuples qui n’ont rien à voir les uns avec les autres», «pour nous soumettre ensemble, actuels colonisés et colonisés émancipés»: «Je ne me sens pas liée aux parlants français sous prétexte de francophonie. Je ne me sens pas liée aux pensants français sous prétexte de langue commune. Je me sens délibérément liée à tous les pensants colonisés, à tous les sentants meurtris parce-que leur histoire est la mienne, leur déchirure est la mienne».
2À partir d’une dépolitisation de l’espace francophone sous la rhétorique d’une prétendue fraternité linguistique, la «francophonie» a en effet dominé pendant plusieurs décennies l’étude des littératures des anciennes colonies françaises, tandis qu’en milieu anglophone se développaient les postcolonial studies, postulant en revanche la présence du colonialisme dans le contemporain et la nécessité de poursuivre l’analyse des discours coloniaux. Les deux volumes dirigés par Andréas Pfersmann et Titaua Porcher témoignent d’une évolution récente de la notion de francophonie, accueillant enfin les instances politiques et méthodologiques posées par les études postcoloniales et concevant l’adoption de la langue du colonisateur comme un lieu de pouvoir qui est au centre de la création littéraire.
3Comme l’écrivent Pfersmann et Porcher dans la Présentation du volume Francophonies océaniennes, le dénominateur commun de ces littératures est avant tout leur «positionnement face à l’hégémonie d’une culture dominante» (p. 13), un positionnement significativement évoqué à travers la référence au texte séminal de Patrick Chamoiseau, qui dès la fin des années 1990 posait en milieu francophone la question de comment «écrire en pays dominé». Ramené à son sens premier, le terme «francophone» vient ainsi désigner ici, au-delà des spécificités culturelles, «le fait de se situer «à la croisée des langues», dans un contexte diglossique entre le français et d’autres langues» (p. 11) dont il s’agit de cerner les enjeux politiques. À cette question des langues sont spécifiquement consacrés les essais contenus dans la deuxième partie du volume, mais les rapports entre langue et pouvoir traversent forcément l’ensemble de l’œuvre, à partir des essais qui s’intéressent aux questions identitaires réunis dans la première partie et jusqu’au point de vue anthropologique sur les littératures océaniennes contenu dans le dernier volet. À travers tous ces essais émergent les spécificités des différentes littératures océaniennes francophones, ainsi que leurs traits communs. L’utilisation d’une approche comparatiste, déjà contenue dans les textes fondateurs d’Edward Said mais très peu présente dans la tradition anglophone des études postcoloniales, est sans doute l’un des éléments les plus novateurs et significatifs de ce volume, où les francophonies océaniennes sont ponctuellement ramenées au plus vaste ensemble des littératures du Pacifique et mises en parallèle avec les espaces anglophones. L’essai d’Odile Gannier introduit ainsi dans sa réflexion sur l’appropriation de la langue importée le point de vue d’auteurs samoans, et Anne-Sophie Close, dans son texte Corpus littéraire, corps du monde et corps de l’homme: de l’organicité des textes à la réaffirmation sensorielle de l’autochtonie polynésienne contemporaine. Éclairage éco-océanique, analyse les modalités de représentation du lien entre le corps de l’homme et le corps du monde à partir d’un corpus océanien translinguistique: «c’est en effet dans le dialogue permanent trans-océanique et trans-linguistique entre les archipels et les langues» écrit Close, «que peuvent au mieux s’appréhender et s’exprimer toutes les subtilités de ces littératures océaniennes, unies dans leur diversité constitutive» (p. 249). L’article de Close, aussi bien que celui de Julia Frengs, offrent également le point de vue récent de l’écocritique dans ses liens essentiels avec les études postcoloniales, interrogeant les processus de domination dans les discours sur la nature. Particulièrement intéressante est à ce propos la réflexion contenue dans l’essai de Frengs autour de la représentation littéraire de la destruction environnementale produite par la construction du Centre d’expérimentation du Pacifique, l’événement majeur qui a marqué l’histoire coloniale récente de la Polynésie française.
4La dimension nécessairement politique de la littérature postcoloniale océanienne est le thème central du numéro spécial du “New Zealand Journal of French Studies”, Littérature et politique en Océanie, publié par l’Université Victoria de Wellington. À partir d’une référence à deux des auteurs français qui ont le plus fortement influencé la théorie postcoloniale, les littératures océaniennes sont ramenées ici à la notion de «littératures mineures» offerte par Deleuze et Guattari: «tout y est politique», écrivaient-ils, et cette affirmation, écrivent Pfersmann et Porcher, «se vérifie chaque jour dans les pays du Sud, anciennement colonisés ou en voie de décolonisation tardive» (p. 10). La dimension comparatiste déjà présente dans le volume précédent est ultérieurement élaborée à travers la collaboration de chercheurs d’universités francophones et anglophones, réunissant un ensemble d’études relatives à la production littéraire de la Nouvelle-Zélande, d’Australie, d’Hawaii et du Pacifique francophone, déclinées sur les axes de la récupération d’une mémoire collective souvent occultée et à contre-courant de l’histoire officielle, de l’usage politique de la langue, et des dynamiques politiques et identitaires des différentes communautés. Dans certains de ces essais, la notion de genre littéraire offre aux approches méthodologiques postcoloniales une perspective plus typiquement comparatiste qui se révèle particulièrement intéressante. C’est notamment le cas des études de Peter Brown et de Jean Anderson, l’une consacrée au rôle politique du théâtre dans le contexte australien, l’autre à la forme narrative du coming-of-age story dans le Pacifique francophone et anglophone.
5À côté des essais critiques, les deux volumes présentent aussi une section où la parole est donnée aux écrivains du Pacifique, sous forme d’entretien ou de textes inédits, enrichissant ultérieurement la contribution offerte à l’analyse des littératures océaniennes.
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Notizia bibliografica
Paola Carmagnani, «“Interculturel Francophonies”, Francophonies océaniennes, dir. A. Pfersmann, T. Porcher-Wiart, Alliance Française de Lecce, 31, ; “New Zealand Journal of French Studies”, Littérature et politique en Océanie, dir. A. Pfersmann», Studi Francesi, 189 (LXIII | III) | 2019, 622-623.
Notizia bibliografica digitale
Paola Carmagnani, «“Interculturel Francophonies”, Francophonies océaniennes, dir. A. Pfersmann, T. Porcher-Wiart, Alliance Française de Lecce, 31, ; “New Zealand Journal of French Studies”, Littérature et politique en Océanie, dir. A. Pfersmann», Studi Francesi [Online], 189 (LXIII | III) | 2019, online dal 01 mars 2020, consultato il 15 octobre 2026. URL: http://journals.openedition.org/studifrancesi/21844; DOI: https://doi.org/10.4000/studifrancesi.21844
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