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Rassegna bibliografica
Settecento

Madame du Châtelet, Examens de la Bible

Michèle Bokobza Kahan
p. 151-152
Notizia bibliografica:

Madame du Châtelet, Examens de la Bible, édités et annotés par Bertram Eugène Schwarzbach, Paris, Champion, 2011, pp. 1071.

Testo integrale

1L’importance du texte que nous allons présenter justifie, croyons-nous, le grave retard avec lequel nous le portons à l’attention des lecteurs des «Studi Francesi». Voici en effet la première édition d’un commentaire sur l’Ancien et le Nouveau Testament que Mme du Châtelet rédigea mais préféra laisser inédit. C’est un texte, long de quelque neuf cents pages, qui révèle au lecteur d’aujourd’hui l’audace et l’autonomie de la pensée intellectuelle et morale d’une des femmes les plus exceptionnelles des Lumières. à bien des égards, les commentaires de la marquise dépassent les idées radicales d’un Richard Simon, auteur de l’Histoire critique de l’Ancien Testament, dans lequel l’oratorien met en doute l’idée de l’inerrance de la Bible en soumettant le texte biblique à une lecture critique historique et textuelle. La marquise va également plus loin que Spinoza qui dans le Tractatus Theologico-politicus, invoque certes la science naturelle comme contrôle de la vérité et de la vraisemblance de la révélation, mais ne procède pas à un examen en détail comme le fait Mme du Châtelet. C’est donc à la fois la face inavouée d’une grande dame savante des Lumières que les non-spécialistes d’aujourd’hui connaissent plus pour avoir été la maîtresse de Voltaire et un versant original de l’esprit critique anti-ecclésiastique du xviiie siècle, que nous offre Bertram Eugène Schwarzbach grâce à une édition impeccable et à une préface d’une érudition remarquable.

2L’édition s’appuie sur trois manuscrits dont l’origine première demeure inconnue, mystère qui ne permet pas de les associer directement et de manière certaine avec Mme du Châtelet. Leur histoire ne peut être tracée qu’à partir de dates bien postérieures à celle de sa mort en 1749. Le manuscrit qui sert de base à l’édition a appartenu à la comtesse Marie-Thérèse le Pellerin de Gauville au xixe siècle. Le second manuscrit composé de 5 tomes in-16° se trouve depuis 1855 à la Bibliothèque municipale de Troyes et le troisième à la Bibliothèque royale de Bruxelles, sans doute depuis 1815. C’est à partir de ces zones de flou que B.E. Schwarzbach procède à un travail de révision de la légende entretenue par les biographes de Voltaire et de Mme du Châtelet selon laquelle celle-ci aurait écrit les Examens en collaboration avec celui-là, fruit de lectures bibliques faites pendant le petit déjeuner. Remettant en causes les arguments avancés pour l’authentification de la légende par des biographes éminents comme Ira O. Wade et René Pomeau, puis repris par tant d’autres, B.E. Schwarzbach se propose de reconstruire la légende sur des bases empiriques plus solides. Il confronte pour cela les lettres qui font référence à l’entreprise critique de la Bible, la documentation à la disposition des chercheurs sur les années 1735-1749 passées à Cirey ainsi que les références aux lectures de traités clandestins qui y sont faites. Il ressort de cette présentation que le manuscrit n’aurait pu être écrit qu’entre 1742 et 1745, date du début du travail de Mme du Châtelet sur la traduction des Principia de Newton. Il défend par ailleurs l’hypothèse maximaliste selon laquelle la savante est bien l’auteure des Examens, mais contrairement à l’idée reçue d’un travail collectif, elle les aurait rédigés seule et sans les montrer à Voltaire. Loin de vouloir s’engager dans une polémique érudite, l’éditeur critique de ce beau volume reprend les hypothèses majeures des biographes cités pour faire renaître le monde intellectuel du xviiie siècle en posant un regard plus soutenu sur l’écriture féminine de la période des Lumières. Dans un second temps, il vise à extraire des Examens le portrait-robot d’un auteur qui correspondrait à une femme-écrivain, en l’occurrence, Mme du Châtelet. Une brève prise de distance par rapport aux études féministes d’aujourd’hui permet à B.E. Schwarzbach de mener une lecture textuelle d’une finesse éclairante qui permet en effet de confirmer l’identité de la physicienne. L’analyse met en lumière l’intérêt particulier que porte l’auteure pour les femmes de la Bible, les problèmes d’accouchement, d’éducation des enfants, de sexualité, de séduction et de rapports de force. L’enquête décrite dans la préface éclaire par ailleurs des pans entiers des Examens qui apparaissent comme un texte polémique où l’auteure vise non seulement à repérer les contradictions dans les textes sacrés mais encore à déployer un engagement polémique «contre tous ces faquins-là», pour reprendre l’expression de Voltaire citée en tête de la préface. Le fait que Mme du Châtelet puise sa documentation scientifique dans le Commentaire littéral sur tous les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament du moine bénédictin Dom Calmet, ouvrage d’une orthodoxie redoutable, est à la fois étonnant et compréhensible. étonnant parce que Dom Calmet se situe aux antipodes des valeurs universelles des Lumières que la marquise défend à bien des égards, compréhensible parce que la Bible du bénédictin était devenue l’ouvrage de référence au début du xviiie siècle et se trouvait à la disposition des hôtes de Cirey. Comme le remarque B.E. Schwarzbach, la marquise fait preuve d’un esprit particulièrement indépendant lorsque loin d’être convaincue par les dissertations éloquentes de Dom Calmet, elle ne prend que ce qui lui convient. Alors que le prêtre entendait donner des solutions à chacun des problèmes de critique de texte qu’il relevait, Mme du Châtelet adopte les objections citées sans tenir compte des réponses fournies. Son but est de souligner les cruautés multiples dont les livres font état et dénoncer les abominations, les puérilités et les contradictions si fréquentes qu’elle trouve dans les textes, pour s’interroger, dans un second temps, sur la pertinence et la cohérence de ces écrits qui prétendaient contenir l’ensemble des connaissances humaines. Or, presque tout ce qui s’y trouve contredit la science naturelle, unique source de contrôle de la vérité aux yeux de la physicienne. Dès le premier chapitre commenté de la Genèse, le ton est donné et elle écrit: «Au verset 4 du chapitre 1er, Dieu divise la lumière des ténèbres, comme si les ténèbres étaient quelque chose et qu’on put les séparer de la lumière, avec laquelle elles ne peuvent jamais être mêlées, puisqu’elles n’en sont que la privation: il est fort plaisant de voir 3 jours et 3 nuits marquées par le matin et le soir avant que le soleil soit créé». L’absurdité des récits lus par le prisme de normes éthiques, philosophiques et scientifiques d’une savante qui voyait en l’église un appareil de coercition redoutable, conduit à des commentaires encore fort inhabituels à l’époque même sous la plume des plus osés. Ainsi, dans l’«Examen de l’évangile de Saint Matthieu», Mme du Châtelet écrit: «Aux versets 20 et 23 Gabriel apparait à Joseph pour lui ordonner de garder Marie, qu’il voulait renvoyer à cause de sa grossesse, il lui apprit en même temps qu’il avait l’honneur d’être le cocu du Saint Esprit […]». Les exemples abondent. à la différence de Voltaire qui distinguait la Bible des juifs de celle des chrétiens en admettant qu’elles ont des statuts historiques et théologiques différents, Mme du Châtelet les traite à l’instar de Dom Calmet comme une unité et leur reproche d’être en contradiction l’une de l’autre. à chaque ligne de la Genèse à l’Apocalypse, Mme du Châtelet met en cause les enseignements bibliques au nom de ses valeurs et de ses principes. Que l’on adhère ou non à son idéologie éthique et philosophique, force est de reconnaître la pertinence de ses dires lorsqu’elle montre la faillibilité des récits historiques de la Bible et les fautes reliées à l’autorité d’une révélation divine. Elle interpelle le lecteur et la lectrice d’aujourd’hui car, hélas, sa démonstration est plus que jamais d’actualité surtout lorsqu’il s’agit d’une femme qui écrit, et le dogmatisme religieux encore bien vivace.

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Per citare questo articolo

Notizia bibliografica

Michèle Bokobza Kahan, «Madame du Châtelet, Examens de la Bible »Studi Francesi, 175 (LIX | I) | 2015, 151-152.

Notizia bibliografica digitale

Michèle Bokobza Kahan, «Madame du Châtelet, Examens de la Bible »Studi Francesi [Online], 175 (LIX | I) | 2015, online dal 01 aprile 2015, consultato il 07 agosto 2026. URL: http://journals.openedition.org/studifrancesi/465; DOI: https://doi.org/10.4000/studifrancesi.465

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