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Rassegna bibliografica
Quattrocento a cura di Maria Colombo Timelli e Paola Cifarelli

Christine de Pizan, Le Livre de la Cité des dames

Paola Cifarelli
p. 587-588
Notizia bibliografica:

Christine de Pizan, Le Livre de la Cité des dames, édition bilingue introduite et traduite par Anne Paupert. Édition et notes par Claire Le Ninan et Anne Paupert, Paris, Champion, 2023, «Champion Classiques, série ‘Moyen Âge’» 59, 873 pp.

Testo integrale

1Deux spécialistes de l’œuvre de Christine de Pizan ont procuré cette belle édition de la Cité des dames avec traduction en français moderne en regard, qui vient combler une lacune dans les études christiniennes; en effet, malgré le succès durable dont cet ouvrage jouit auprès de la critique contemporaine, seule l’édition d’E.J. Richards (1997), accompagnée d’une traduction italienne, était accessible au public, car comme on le sait, les thèses de M. Lange (1974) et M. Curnow (1975) sont restées inédites.

2La présente édition se distingue de la précédente pour le choix du manuscrit de base, P (Paris, BnF, fr. 1178), que les recherches de Christine Reno et d’Andrea Valentini ont confirmé être le plus récent parmi les quatre témoins originaux de la seconde version (V2); l’apparat contient les variantes significatives des trois autres témoins de la V2, à savoir les mss Bruxelles, KBR, 9393 (B), Paris, BnF, fr. 607 (D) et London, BL, Harley 4431 (R), que Richards avait choisi comme manuscrit de base. Si une édition critique qui puisse rendre compte de la genèse de l’œuvre à travers les différentes versions parvenues jusqu’à nous manque encore, malgré les extraits publiés récemment en édition génétique par A. Valentini (La “Cité des dames” de Christine de Pizan entre philologie auctoriale et génétique textuelle, Genève, Droz, 2023, cf. “SF” 202, pp. 393-394), on disposera désormais d’un instrument de travail très utile, non seulement pour l’établissement rigoureux du texte, mais aussi pour la riche annotation, pour la traduction intralinguistique impeccable et pour l’introduction très dense, qui permet tant au public des médiévistes qu’à celui des non spécialistes de cette période de l’histoire littéraire d’avoir accès à toutes les informations utiles pour situer l’œuvre et apprécier correctement sa valeur littéraire. La bibliographie réunie dans les pages qui précèdent l’édition avec traduction est tout aussi utile pour s’orienter dans la foule des travaux, parfois d’une valeur inégale, consacrés à l’écrivaine.

3Le volume s’ouvre sur l’évocation de la place qu’occupe la Cité des dames dans l’itinéraire intellectuel et personnel de son autrice; celui-ci est évoqué dans ses moments forts afin de situer la composition de l’œuvre à l’intérieur de la période la plus féconde de la production littéraire de Christine de Pizan. Les différentes hypothèses formulées au fil du temps à propos de la datation de la Cité des dames sont exposées avec une grande clarté, ainsi que les arguments qui justifient l’établissement du terminus ad quem en 1407. Quant au type textuel auquel l’œuvre peut être rattachée, la question est abordée surtout à partir du titre, qui permettrait de la ranger parmi les ouvrages «d’une certaine ampleur avec une portée politique et morale» (p. 27), mais aussi de souligner la perspective chrétienne et philosophique adoptée en écho à la Cité augustinienne, ainsi que l’accent mis sur les destinataires, ce qui motive le choix d’utiliser la minuscule pour le mot ‘dames’.

4L’interprétation du thème de la défense des femmes, qui traverse la production christinienne, fait l’objet d’une section très lucide de l’Introduction. Texte fondateur de la «Querelle des femmes», la Cité des dames est mise en parallèle surtout avec les ouvrages que l’autrice a composés à la même période pour mettre en évidence ses spécificités et son caractère novateur; quant aux lectures féministes et gendrées que l’on a pu faire du texte à partir de la fin du xviiie siècle, A.P. ébauche une «Brève histoire de la réception de la Cité des dames du xve au xxie siècle» (pp. 114-125) pour montrer que cette approche, toujours exposée aux risques de l’anachronisme, peut avoir quelques fondements à condition que l’on tienne compte du contexte historique et du climat culturel profondément différents dans lesquels s’insèrent les «plaidoyers pour l’accès à l’éducation», la «réhabilitation de l’intelligence et des capacités des femmes» (p. 129) et les dénonciations contre les violences que celles-ci subissent. C’est finalement la perspective judicieuse d’une œuvre à la fois «proche et lointaine» suggérée autrefois par L. Dulac et Chr. Reno qui est adoptée ici pour souligner l’actualité de cet ouvrage, capable de parler encore au public de nos jours.

5A.P. prouve par ailleurs que cette approche est loin d’être la plus fructueuse pour cette œuvre christinienne, qui montre toute sa valeur lorsqu’elle est analysée dans le but de comprendre l’importance du soin apporté aux questions de mise en page et mise en texte (pp. 45-48) et la méthode de travail dans l’élaboration des sources, compilées et réécrites dans un but créatif; les pages de l’Introduction consacrées à l’analyse des nombreux textes ayant nourri la composition de l’œuvre (pp. 64-93), ainsi qu’à la technique de compilation et de composition qui sous-tend une véritable «poétique de l’exemple» (p. 105) et à l’art raffiné dont fait preuve Christine de Pizan tant dans la narration brève que dans l’argumentation, sont très éclairantes pour saisir la valeur littéraire de l’ouvrage.

6La section plus philologique de l’Introduction (pp. 139-154) contient, comme il se doit, la liste des témoins pris en compte pour l’édition, l’évaluation des hypothèses formulées par la critique à propos de la datation des témoins et des différents états du texte, une étude du manuscrit de base, de sa date de composition et des éléments qui justifient sa position dans la tradition textuelle, ainsi qu’une analyse des tendances stylistiques qui peuvent expliquer la présence des variantes significatives (à savoir les changements d’ordre lexical et syntaxique affectant le sens); les particularités du programme iconographique de P amènent à proposer que ce codex aurait été réalisé pour une communauté religieuse de femmes ou pour une destinataire prénommée Marie (de Valois? de Berry?).

7L’édition suit les normes généralement utilisées pour la transcription des textes médiévaux, tandis que l’apparat critique se veut simple et lisible, si bien que seules les variantes significatives affectant le sens sont enregistrées. Quant à la traduction, elle se démarque nettement de celle qu’avaient fournie autrefois E. Hicks et Th. Moreau (1986) en ce qu’elle se veut destinée à figurer en regard du texte en moyen français; les écarts, suppressions, créations linguistiques ou expressions modernes qui caractérisent la traduction précédente sont donc évités au profit d’une transposition qui réussit à tenir le pari d’être à la fois proche de la lettre de l’original et lisible par un public contemporain. Les notes qui accompagnent le texte en français moderne sont elles aussi inspirées à un principe de sobriété qui ne manque pourtant pas de fournir au lecteur toutes les informations nécessaires pour éclaircir certains choix de traduction et le sens de passages évoquant des notions complexes ou pour préciser les indications sur les sources, ce qui rend possible toute sorte d’approfondissement dans ce domaine.

8On ne peut donc que féliciter les spécialistes qui sont à l’origine de ce volume, car celui-ci rendra les plus grands services à un vaste public.

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Per citare questo articolo

Notizia bibliografica

Paola Cifarelli, «Christine de Pizan, Le Livre de la Cité des dames», Studi Francesi, 204 (LXVIII | III) | 2024, 587-588.

Notizia bibliografica digitale

Paola Cifarelli, «Christine de Pizan, Le Livre de la Cité des dames», Studi Francesi [Online], 204 (LXVIII | III) | 2024, online dal 01 mars 2025, consultato il 04 octobre 2026. URL: http://journals.openedition.org/studifrancesi/62289; DOI: https://doi.org/10.4000/13ukp

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