Bernard Ribémont, «Car me jugez le dreit». Droit et justice dans l’épopée médiévale
Bernard Ribémont, «Car me jugez le dreit». Droit et justice dans l’épopée médiévale, Paris, Classiques Garnier, 2023, 699 pp.
Testo integrale
1Pleinement conscient des risques que comporte le sujet interdisciplinaire au cœur de sa recherche – droit et littérature épique – Bernard Ribémont souligne d’entrée de jeu son approche, qui consiste en la mise en place d’un ‘jeu de miroir’ (p. 33) entre la fiction littéraire et la réalité historique; surtout, son but ne sera pas de rechercher «ce que la chanson de geste nous apprend du droit et des pratiques judiciaires de la société féodale […], mais bien de comprendre ce que la littérature épique nous dit de l’imaginaire du droit et de la justice» (p. 32).
2Ces prémisses déterminent le développement d’un ouvrage très dense, où deux corpus richissimes, juridique d’une part, littéraire de l’autre (la bibliographie compte exactement cent pages), se croisent sans cesse mais ne se confondent jamais. Les questions abordées sont organisées en deux parties: «Faire droit». Le souverain et son entourage (I), La faute, le crime, la vengeance, le châtiment (II). Dans la première, le prince est au cœur de la réflexion, qui s’articule sur les principes qui gouvernent la justice, sur le fonctionnement des assemblées, sur le rôle des conseillers auprès du roi, sur les interventions des femmes, sur le roi «souverain juge» et ses différentes fonctions. Chaque chapitre approfondit la réalité historique des procédures judiciaires et montre le reflet éventuel de celles-ci dans l’épopée, sans jamais tomber dans le piège d’une lecture historiciste du produit littéraire. La seconde partie insiste encore davantage sur le fait que, même lorsque la chanson de geste semble reproduire quelques pratiques réelles, elle nous révèle plutôt ce qu’est l’imaginaire juridique des auteurs, des jongleurs et des destinataires de cette littérature. La simple liste des sujets permet de mesurer l’ampleur des questions abordées: essai de définir «faute» et «crime», modalités pour «juger», puis pour décider et exécuter les punitions possibles.
3La conclusion ne laisse pas de place au doute: sans être entièrement séparé des pratiques judiciaires, le «droit épique» médiéval est résolument «une construction littéraire» (p. 571); il suit par conséquent les règles de ce genre particulier qu’est la chanson de geste, un genre qui est à la fois regard sur le monde contemporain et réminiscence du passé. Dans l’ensemble – et on nous pardonnera de résumer en simplifiant ce que chez B.R. est bien plus approfondi –, l’épopée française est le produit d’auteurs informés sur le droit, qui réélaborent des questions capitales dans le monde féodal, à savoir la trahison, l’honneur, la vengeance, tout en visant le goût de leur public. Sans reproduire le droit ou la justice «réels», auteurs et jongleurs construisent des œuvres ayant pour but de distraire en exploitant des données réelles d’une part, mémorielles de l’autre, et en tout cas en les idéalisant. En d’autres termes, les questions de droit telles qu’elles sont traitées dans la production épique nous informent autant sur l’horizon d’attente des destinataires du temps que sur la culture des auteurs.
Per citare questo articolo
Notizia bibliografica
Maria Colombo Timelli, «Bernard Ribémont, «Car me jugez le dreit». Droit et justice dans l’épopée médiévale», Studi Francesi, 208 (LXX | I) | 2026, 182-183.
Notizia bibliografica digitale
Maria Colombo Timelli, «Bernard Ribémont, «Car me jugez le dreit». Droit et justice dans l’épopée médiévale», Studi Francesi [Online], 208 (LXX | I) | 2026, online dal 01 maggio 2026, consultato il 21 luglio 2026. URL: http://journals.openedition.org/studifrancesi/70259; DOI: https://doi.org/10.4000/16axu
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