Le Labyrinthe littéraire de Mohamed Mbougar Sarr, dir. Sarah Burnautzki
Le Labyrinthe littéraire de Mohamed Mbougar Sarr, dir. Sarah Burnautzki, Abdoulaye Imorou et Cornelia Ruhe, Leiden - Boston, Brill, 2024, «Francopolyphonies», 248 pp.
Testo integrale
1Publié aux éditions Brill, dans la collection «Francopolyphonies», Le Labyrinthe littéraire de Mohamed Mbougar Sarr constitue la première étude d’ensemble consacrée à l’auteur sénégalais couronné par le prix Goncourt 2021. Dirigé par Sarah Burnautzki, Abdoulaye Imorou et Cornelia Ruhe, le volume rassemble des chercheurs européens et africains qui explorent la richesse et la complexité d’une œuvre où se croisent la politique, la mémoire, la métatextualité et la réflexion sur le statut de la littérature africaine francophone contemporaine.
2L’introduction signée par Burnautzki, Imorou et Ruhe propose une lecture de La plus secrète mémoire des hommes à partir de la métaphore du labyrinthe, qui condense la poétique de Sarr: l’écrivain, à l’instar de son narrateur Diégane Latyr Faye, s’engage dans une quête infinie où l’écriture devient exploration de soi, de la mémoire et du rapport entre réel et fiction. Les auteurs y identifient trois dimensions labyrinthiques: l’expérience de lecture, la structure narrative et l’intertextualité, en soulignant la filiation avec Yambo Ouologuem et Roberto Bolaño.
3Le volume s’articule en quatre sections qui abordent chacune un thème différent. La première, «La part de la critique», examine la réception de Sarr et les dynamiques de consécration dans le champ littéraire francophone. L’article de Pierre Halen interroge les mécanismes de légitimation qui ont accompagné le succès rapide de Sarr, notamment à travers le prisme du Goncourt et de la visibilité médiatique. Sarah Burnautzki prolonge cette réflexion en analysant la manière dont l’auteur met en scène, dans ses romans, les tensions entre reconnaissance parisienne et appartenance au monde littéraire africain. Cette partie éclaire la position ambivalente de Sarr – à la fois héritier d’une tradition africaine et figure de la littérature mondiale –, tout en posant les bases d’une réflexion sur la circulation transnationale des textes. La deuxième section explore les romans antérieurs au Goncourt et les met en perspective avec la question de l’engagement. Abdoulaye Imorou relit Terre ceinte comme un récit de résistance à la violence fondamentaliste, où le politique se fait langage poétique. Catherine Mazauric analyse Silence du chœur sous l’angle de la polyphonie narrative et du traitement éthique de la migration, montrant comment Sarr déplace les cadres du roman de l’exil en multipliant les voix et les points de vue. Cette section souligne la continuité d’un projet d’écriture où la dénonciation politique s’accompagne d’une constante recherche formelle. La section suivante, «Masculinités en question», aborde De purs hommes dans la perspective des études de genre. Julia Görtz y examine la mise en scène de l’homophobie au Sénégal, en analysant comment le roman déconstruit les normes de virilité et le discours religieux. L’article de Mame-Fatou Niang propose, quant à lui, une réflexion sur les masculinités africaines contemporaines, perçues comme des espaces de tension entre héritage patriarcal et quête d’émancipation. Ces études mettent en lumière la radicalité politique de Sarr, qui interroge la sexualité non pas comme scandale, mais comme terrain d’humanisation et de liberté. La quatrième partie se concentre sur la thématique du deuil et de la transmission. Cornelia Ruhe montre comment la mort, omniprésente chez Sarr, devient un moteur narratif et un lieu de pensée. Elle rapproche la dimension thanatographique de Terre ceinte et de La plus secrète mémoire des hommes, soulignant l’écho entre les morts du réel et les disparitions symboliques des auteurs effacés de la mémoire littéraire. Le volume se termine avec une contribution originale de Boubacar Boris Diop consacrée à la musicalité dans La Cale, la nouvelle fondatrice de Sarr. Diop montre comment le texte transpose la mémoire de la traite négrière en rythme et en pulsation verbale: le cri, la respiration, le tambour deviennent ici langage. Cette analyse, à la fois poétique et politique, révèle combien la musique constitue une forme d’écriture de la mémoire et une traversée du labyrinthe par le son. Par la diversité de ses approches, Le Labyrinthe littéraire de Mohamed Mbougar Sarr s’impose comme un ouvrage de référence pour la critique francophone contemporaine. En articulant analyse littéraire, réflexion politique et théorie des formes, il offre un panorama riche et nuancé d’une œuvre qui, tout en dialoguant avec Ouologuem, Bolaño ou Glissant, redéfinit les contours du roman africain francophone du xxie siècle.
Per citare questo articolo
Notizia bibliografica
Elena Fermi, «Le Labyrinthe littéraire de Mohamed Mbougar Sarr, dir. Sarah Burnautzki», Studi Francesi, 208 (LXX | I) | 2026, 246.
Notizia bibliografica digitale
Elena Fermi, «Le Labyrinthe littéraire de Mohamed Mbougar Sarr, dir. Sarah Burnautzki», Studi Francesi [Online], 208 (LXX | I) | 2026, online dal 01 mai 2026, consultato il 11 août 2026. URL: http://journals.openedition.org/studifrancesi/71097; DOI: https://doi.org/10.4000/16bb6
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