Tierno Monénembo «De vent, de salive et d’encre», dir. Josias Semujanga
Tierno Monénembo «De vent, de salive et d’encre», dir. Josias Semujanga, “Études françaises” 1, vol. 60, Les Presses de l’Université de Montréal, 2024, 200 pp.
Testo integrale
1La revue “Études françaises”, sous la direction de Josias Semujanga, consacre ce numéro à l’œuvre de Tierno Monénembo, écrivain guinéen devenu une figure de proue de la deuxième génération des romanciers africains apparue dans les années 1980. Le numéro intitulé «De vent, de salive et d’encre», pose un regard neuf sur l’œuvre romanesque de l’auteur, en centrant son analyse sur la pluralité des voix narratives, l’intertextualité, les relations entre différents genres littéraires et les autres formes d’art comme le cinéma, la musique et la peinture, dans une perspective transculturelle. Le numéro s’ouvre sur un inédit de l’auteur, qui donne le titre à la revue et se poursuit avec une série d’articles qui proposent un corpus varié et complexe, afin de réfléchir sur les rapports entre littérature et mémoire, sans pourtant négliger les choix formels de l’auteur et tout en s’interrogeant sur la relation souvent compliquée entre passé et présent, afin de sonder l’impact que l’écriture et le style de Monénembo ont sur les lecteurs contemporains de ses romans.
2La première section, «Temps et histoire», comprend des contributions centrées sur les rapports entre mémoire et fiction et sur la relecture de l’histoire postcoloniale de l’Afrique subsaharienne. Christian Uwe, dans Tierno Monénembo, l’histoire et la crise du temps, analyse Peuls et Pelourinho en s’interrogeant sur le poids de la mémoire, celle de la traite négrière, et sur le sens du temps chez le romancier, un sens qui s’expliciterait, selon le chercheur, dans une narration polyrythmique. En s’appuyant sur les travaux de Hartmut Rosa et Reinhart Kosellek, Uwe tente d’analyser les superpositions temporelles des romans de Monénembo et de montrer les décalages entre temps politique, temps économique et évolution des mentalités. Cheikh Mouhamadou Soumoune Diop appuie sa réflexion autour des relations entre roman et histoire sur un corpus comprenant encore une fois Peuls mais aussi Le Roi de Kahel et Le Terroriste noir. Il analyse l’évolution historique des Peuls, l’ethnie à laquelle appartient le romancier, et les stratégies fictionnelles que ce dernier adopte dans ses écrits, dans le but d’arriver à une réécriture romanesque de l’histoire de ce peuple. Le chercheur entend montrer que l’imaginaire peul sous-tend l’œuvre de Monénembo dans son ensemble mais que cet imaginaire est réélaboré par le romancier à travers la mythologie, l’histoire et la fiction et que récit collectif et histoire individuelle cohabitent et concourent ensemble à l’élaboration d’un récit fictionnel vivant. Christine Le Quellec Cottier fait appel, dans son étude, à la notion de scénographie comme lien entre auteur, narrateur et lecteur. Elle se demande, dès le titre, si le but du romancier et bien celui de «faire communauté» à travers ses scénographies multiples et originales. La chercheuse procède à l’analyse des solutions formelles et discursives adoptées par le romancier, en mettant en lumière à quel point l’écriture de Monénembo déroute le lecteur, interroge le monde, déjoue les attentes, refuse les assignations identitaires.
3La deuxième section du volume, «Poétiques du récit», aborde la question esthétique, en se focalisant sur les choix du romancier et sur le dialogue qu’il met en scène entre différentes disciplines, telles que l’histoire, l’anthropologie, la politique, dans ses récits narratifs. Les chercheurs s’interrogent dans leurs études sur la manière dont Monénembo intègre les mémoires de l’histoire africaine contemporaine dans la narration d’histoires fictives propre au roman. Christiane Ndiaye propose une lecture intertextuelle d’Un attiéké pour Elgass (1993), afin de mettre en relief la manière dont l’auteur fusionne roman engagé et roman populaire pour faire ressortir la critique sociale. Selon Ndiaye, le romancier s’appuie sur le modèle du roman policier à la Agatha Christie mais en subvertit les codes pour l’adapter à son discours critique. Eugène Nshimiyimana se concentre sur Les Crapauds-brousse, Les Écailles du ciel et L’Aîné des orphelins afin de montrer les procédés langagiers et narratifs qui permettent à Monénembo de déjouer le réalisme pour exprimer le chaos, le vide, la haine, la corruption qui dévastent l’Afrique contemporaine et l’empêchent de se développer. Nshimiyimana avance dans son article la théorie du «logotope» permettant l’élaboration d’un discours en décalage qui consentirait au romancier d’adopter une posture originale et critique envers l’histoire coloniale et postcoloniale du continent africain. Désiré Nyela explore la dimension du voyage réel et littéraire dans les romans de Monénembo. Il met en lumière que ce voyage traverse les lieux mais aussi les langues, les mémoires et les cultures, dans une perspective où le déplacement et l’exil sont considérés comme des formes d’ouverture à l’altérité, des manières de raconter son continent, d’en embellir l’histoire, en allant au-delà de la haine et de la colère.
4Le volume se termine sur une bibliographie critique concernant l’écrivain, qui montre, par sa richesse, l’importance de son œuvre dans le contexte des études francophones. On y trouve de nombreux travaux critiques, des ouvrages collectifs, des numéros de revue, de publications en ligne. Deux articles sont enfin des annexes à ce numéro de la revue: dans le premier, Pauline Hachette analyse la mise en scène de l’insurrection dans Les Renards pâles de Yannick Haenel et Mathias et la révolution de Leslie Kaplan. Elle soutient la thèse selon laquelle l’événement clé de l’intrigue reste, dans ces deux romans, à l’arrière-plan car les deux auteurs choisissent d’y substituer la complexité des perceptions et des sensations qu’ils provoquent. Adina Balint, choisit de centrer son discours critique sur l’ambiance dans Une heure de ferveur de Muriel Barbery. Elle s’appuie, pour ce faire, sur les trois points de vue de l’ambiance illustrés par Jean-Paul Thibaut, l’ambiance comme pont, comme ton et comme fond, pour arriver à la conclusion que cette multiplication des perspectives ne se résout pas dans une idée d’oppositions radicales mais plutôt dans celle d’un dialogue continu dans lequel les extrêmes se touchent. Les biographies des collaborateurs et les résumés de leurs articles apparaissent dans les dernières pages de la revue.
Per citare questo articolo
Notizia bibliografica
Elena Fermi, «Tierno Monénembo «De vent, de salive et d’encre», dir. Josias Semujanga», Studi Francesi, 208 (LXX | I) | 2026, 246-247.
Notizia bibliografica digitale
Elena Fermi, «Tierno Monénembo «De vent, de salive et d’encre», dir. Josias Semujanga», Studi Francesi [Online], 208 (LXX | I) | 2026, online dal 01 maggio 2026, consultato il 08 agosto 2026. URL: http://journals.openedition.org/studifrancesi/71114; DOI: https://doi.org/10.4000/16bb7
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