Patricia Jean-Marie, L’église et l’esclavage en Martinique, Guadeloupe et Saint-Domingue. Des débuts de la colonisation à la fin de l’Ancien régime (1635-1794)
Patricia Jean-Marie, L’église et l’esclavage en Martinique, Guadeloupe et Saint-Domingue. Des débuts de la colonisation à la fin de l’Ancien régime (1635-1794), Paris, L’Harmattan, 2025, «Historiques», 131 pp.
Testo integrale
1L’ouvrage de Patricia Jean-Marie vient remplir un vide, car les travaux d’ensemble sur l’histoire et le rôle de l’église dans les Antilles françaises du début de la colonisation à la première abolition de l’esclavage (1794) sont très peu nombreux (il faut rappeler ici, au moins, l’article récent de Gérard Lafleur, Religion et esclavage dans les Antilles françaises, “Bulletin de la Société d’Histoire de la Guadeloupe”, septembre-décembre 2022). La quatrième de couverture résume de façon efficace les résultats de la recherche menée par Patricia Jean-Marie: «Cette étude […] met en évidence que dans le système esclavagiste tous les participants sont forcément corrompus et que l’élan missionnaire dans cette structure est de fait dépendant des colons, donc des maîtres. En devenant eux-mêmes propriétaires de plantations, d’habitations et d’esclaves, les ordres monastiques ont intégré la société coloniale dominante et tous ses préjugés». Cela indique de façon on ne pourrait plus claire tous les problèmes que posait la gestion de l’enseignement religieux en terre de colonisation et d’esclavage, non seulement à cause de la confusion des rôles des missionnaires qui étaient en même temps des colons, mais aussi par l’impossibilité des hommes d’église de bonne volonté d’exercer librement leur mission.
2L’auteure de l’essai déclare dès le «liminaire» de son travail appartenir à cette église dont elle étudie, le plus souvent de façon très critique, la présence aux Antilles depuis le début de la colonisation jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, pour essayer de comprendre pourquoi et comment cette église a «contribué à l’oppression de [ses] ancêtres» (p. 7). L’ouvrage est divisé en quatre parties, précédées d’une introduction qui indique un parcours et suivies d’une conclusion très sévère à l’égard d’une église partenaire du système esclavagiste. Cette conclusion n’est pourtant pas le dernier mot de l’ouvrage, car un petit complément, intitulé «Quelques avancées», prolonge l’histoire jusqu’à nos jours dans le but de montrer une église qui réfléchit «sur la manière de corriger des torts historiques» (p. 124).
3La première partie, intitulée L’église et l’établissement de l’esclavage des noirs (pp. 17-52), étudie l’attitude de l’église face à l’esclavage, son évolution, sa conduite dans la réalité du système colonial en exploitant en particulier les travaux des pères Du Tertre et Labat, la présence et le rôle des différents ordres monastiques: jésuites, dominicains, capucins et carmes aussi bien que du clergé séculier, dont la présence est pourtant très limitée tout au long de l’Ancien Régime. La deuxième partie, Les missionnaires et le code noir (pp. 53-76), en partant des articles du Code Noir (1685) qui concernent l’éducation religieuse des esclaves, essaie d’établir la façon dont les missionnaires, à leur tour possesseurs d’esclaves, traduisaient dans la pratique d’une réalité très difficile et contraignante tous les devoirs de leur mission. Dans la troisième partie, Polémiques au sujet de l’instruction religieuse pour les esclaves (pp. 77-102), l’auteure analyse l’évolution de l’attitude des colons face à l’évangélisation des esclaves envisagée, au cours des années, comme une menace à la soumission d’une masse de plus en plus nombreuse d’hommes qu’il faut éviter de rapprocher des maîtres. La quatrième partie, Évolution de l’instruction religieuse du xviie siècle au xviiie siècle (pp. 103-122) étudie le changement que subit l’enseignement religieux dans les colonies des Antilles au cours des années, un changement péjoratif que l’auteur synthétise dans le titre de l’un des derniers chapitres: «La dégradation de l’instruction religieuse au xviiie siècle»: «Au cours du xviiie siècle, les critiques des colons contre les religieux s’accentuent, la conversion des nouveaux est plus difficile pour les religieux et la vie des colons comme des religieux est jugée libertine» (p. 110). Patricia Jean-Marie a apporté une contribution importante à la connaissance du rôle de l’église et de l’attitude des missionnaires dans les colonies françaises d’Ancien Régime, qui est aussi une contribution à la connaissance de la vie des esclaves noirs et de la façon dont ils ont reçu la religion des maîtres. On aurait apprécié un peu plus de précision dans l’indication des références, qui sont pourtant d’un très grand intérêt.
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Notizia bibliografica
Carminella Biondi, «Patricia Jean-Marie, L’église et l’esclavage en Martinique, Guadeloupe et Saint-Domingue. Des débuts de la colonisation à la fin de l’Ancien régime (1635-1794)», Studi Francesi, 208 (LXX | I) | 2026, 248-249.
Notizia bibliografica digitale
Carminella Biondi, «Patricia Jean-Marie, L’église et l’esclavage en Martinique, Guadeloupe et Saint-Domingue. Des débuts de la colonisation à la fin de l’Ancien régime (1635-1794)», Studi Francesi [Online], 208 (LXX | I) | 2026, online dal 01 mai 2026, consultato il 15 août 2026. URL: http://journals.openedition.org/studifrancesi/71138; DOI: https://doi.org/10.4000/16bb9
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