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2023

Costanza Coppini, Rocco Palermo, Raffaella Pappalardo et Raffaella Pierobon Benoit (dir.), Exploring ‘Dark Ages’. Archaeological Markers of Transition in the Near East from the Bronze Age to the Early Islamic Period

Barbara Couturaud
Référence(s) :

Costanza Coppini, Rocco Palermo, Raffaella Pappalardo et Raffaella Pierobon Benoit (dir.), Exploring ‘Dark Ages’. Archaeological Markers of Transition in the Near East from the Bronze Age to the Early Islamic Period (Studia Chaburensia 10), Wiesbaden, Harrassowitz, 2022, 17 × 24, 165 p., 55 ill., ISBN : 978-3-4471-1755-5.

Texte intégral

1Cet ouvrage collectif, présentant les sept contributions d’un atelier organisé en 2018 à l’Icaane (International Congress on the Archaeology of the Ancient Near East) qui s’est tenu à Munich, propose d’explorer ce qui est couramment appelé, en histoire et en archéologie, les « périodes sombres » (Dark Ages) ou de transition, à savoir ces « moments de flottement » entre deux périodes chronologiquement bien distinguées, moments souvent invisibles archéologiquement ou mal documentés dans les textes et qui finissent généralement par être interprétés par l’historiographie comme un effondrement de civilisations. Ce souci de requalifier tant ces termes que ce qu’ils induisent est clairement énoncé dans l’introduction, et les auteurs, tous les quatre faisant partie de l’équipe archéologique du site de Tell Barri, situé dans le nord-est de la Syrie, précisent que l’idée leur est venue en travaillant sur ce site qui présente une stratigraphie quasi continue depuis la fin du IVe millénaire jusqu’à la période islamique. Si l’on regrette que les auteurs n’aient pas cherché à amender l’ouvrage par plus de contributions, si l’on regrette aussi l’absence de contributions sur la fin du IIIe millénaire – vaguement justifié en introduction par le fait qu’un ouvrage sur ce sujet est en cours d’écriture par une autre collègue de Tell Barri –, on ne pourra en revanche que louer l’intérêt pour ce sujet hautement stratégique et problématique, tant ces questions de transitions posent de très nombreux problèmes méthodologiques en archéologie et mettent souvent à mal ce cadre si confortable d’une chronologie idéalement et théoriquement parfaitement bornée.

2Rappelant l’origine de l’utilisation de l’expression Dark Ages pour la civilisation mycénienne, et tout ce qu’elle implique de négatif et de subjectif (« perte » de l’usage de l’écriture, effondrement, chute, etc.), les auteurs remarquent aussi le fait qu’étymologiquement le terme de « transition » implique une évolution, un changement allant vers un état objectivement préférable. Et ce choix des mots demeure problématique, car il caractérise une phase qui ne peut exister que par ce qui précède ou ce qui suit, et non pas par ce qui est. Quant aux termes d’« effondrement » ou de « crise », souvent associés à ces périodes, ils traduisent généralement la chute d’un pouvoir fort, la perte de contrôle de territoires, l’abandon des villes et la faiblesse des systèmes économiques. Ainsi, ces termes semblent plus appropriés à l’histoire d’un pouvoir politique qu’à une civilisation et sont par ailleurs peu applicables au cas mésopotamien sur plusieurs millénaires, ce que montrent les contributions de cet ouvrage, se succédant de manière chronologique pour la période qu’ils traitent, commençant par le IIe millénaire av. n. è. jusqu’à la période islamique, pour la région du nord de la Mésopotamie.

3Le premier article, par Costanza Coppini, utilise les données archéologiques et céramologiques du site de Tell Barri pour explorer la transition entre le Bronze moyen et le Bronze récent au milieu du IIe millénaire av. n. è., appelé par le passé Dark Age par les philologues suite à l’impossibilité de retrouver la succession des rois assyriens pour cette période. L’autrice montre que si les données textuelles sont absentes, les données archéologiques sont, quant à elles, largement présentes et trouvent des comparaisons non négligeables avec d’autres sites de la région, permettant ainsi d’établir une séquence céramique et chronologique fiable. Ainsi, la période en question montre bien toutes les caractéristiques d’une transition – l’autrice propose d’ailleurs de parler de Bronze récent 0 (LBA 0) – mais certainement pas d’une période sombre. Ceci étant, si elle montre très bien que le terme de Dark Age n’est pas approprié, elle n’échappe pas à l’autre écueil chronologique d’une datation basée uniquement sur les données céramologiques.

4L’article de Dominic Bonatz revient sur la transition politique entre les pouvoirs mitannien et assyrien au xive siècle av. n. è., en observant le site de Fekheriye, ancienne capitale du pouvoir mitannien, transformée en centre de pouvoir régional assyrien. Son postulat de départ est que le changement dans la culture matérielle ne découle pas de manière « évidente » du changement de pouvoir, mais résulte bien d’une stratégie réfléchie d’affirmation politique. Dans cet article très dense – qui aurait gagné en légèreté avec l’insertion de titres et de sous-titres de parties – l’auteur montre, sur la base croisée des données textuelles, architecturales et iconographiques, l’évolution d’un centre urbain-capitale, avec une transition progressive entre deux pouvoirs, n’impliquant pas de destruction brutale, mais une certaine continuité dans l’architecture et la culture matérielle. Il appuie ainsi sur le fait que la « chute » ne se fait pas nécessairement dans une transition entre pouvoirs, mais quand un système trop centralisé n’arrive pas à se maintenir, comme ce fut le cas à la fin de la période dite médio-assyrienne, au début du xie siècle av. n. è.

5La contribution de Cinzia Pappi propose d’étudier la période qui suit l’effondrement de l’empire assyrien en 612 av. n. è. et la réoccupation successive de la région du nord de la Mésopotamie par les pouvoirs babylonien, achéménide et séleucide. Cette étude se base sur les données issues des prospections menées dans la région de Koya. L’autrice annonce d’emblée vouloir revoir la définition de Dark Age ou de squat pour cette époque que l’on voit souvent comme synonyme d’un effondrement civilisationnel après le faste de la période assyrienne et le contrôle très poussé des territoires. En étudiant également le site de Satu Qala, ancienne Idu, siège d’une capitale provinciale assyrienne, elle montre que peu de changements sont clairement visibles, surtout au niveau du matériel céramique, à la chute de l’empire assyrien, et que l’isolement de cette région des grandes routes commerciales, notamment, a sans doute commencé plus tôt. On assiste ainsi à l’émergence de modèles de production agraire à plus petite échelle, qui ne peuvent en rien être qualifiés de Dark Age ou squat.

6La contribution de Rocco Palermo porte sur la même période, entre le vie et le ive siècle av. n. è., une période difficile à appréhender, prise en étau entre la période assyrienne et la réorganisation du territoire à l’époque séleucide ; il demeure ainsi très complexe de comprendre l’impact de la période dite achéménide sur le nord de la Mésopotamie. L’auteur part du matériel céramique récolté lors des prospections dans les régions d’Erbil et de Dohuk (Kurdistan irakien) et insiste, en introduction, et après Pappi, sur la résilience de l’empreinte assyrienne sur le corpus céramique de la région après la chute de Ninive. En cela, les données sont conformes à ce qui a été montré par ailleurs dans d’autres périphéries de l’empire achéménide, qui ont aussi gardé leurs spécificités céramiques. On observe toutefois une légère chute démographique dans le nord de la Mésopotamie, avec certains sites abandonnés. Mais, au lieu d’y voir un âge sombre, l’auteur propose de considérer cela comme un redémarrage, qui s’exprime pleinement à la période séleucide.

7L’article de Johannes Koehler propose précisément, et dans une suite logique avec les deux précédentes contributions, d’examiner la période séleucide et cette question d’occupation plus faible des territoires. L’auteur se fonde sur les résultats des prospections menées dans le nord de la Jezireh syrienne et sur certaines fouilles archéologiques et certains corpus céramiques pour montrer les tendances au niveau de l’occupation des sites, qui se tournent vers des activités agricoles à des échelles beaucoup plus locales. Ainsi, le système d’irrigation hautement développé par l’empire assyrien pour rendre cette région extrêmement fertile et l’intense réseau de voies de communication mis en place semblent tomber en désuétude à l’époque séleucide, traduisant une absence de volonté vers un rendement plus intéressant ou profitable, sans pour autant impliquer un effondrement.

8L’article de Karel Nováček s’intéresse à la transition entre les périodes sassanide et islamique, transition qui demeure très mal connue du point de vue des séquences céramiques, induisant de fait une sorte d’invisibilité de cette période lors des prospections de surface, et conduisant ainsi à la caractériser comme étant une période sombre de l’histoire du nord de la Mésopotamie. L’auteur présente, dans cette perspective, les données et résultats des campagnes de prospection effectuées dans la plaine d’Erbil – historique royaume d’Adiabène – et plus particulièrement les corpus céramiques de cette période, en proposant d’associer des types céramiques avec des phases chronologiques. Les conclusions préliminaires montrent une certaine permanence dans les styles céramiques propres au nord de la Mésopotamie, contrairement à ce qui est observé dans d’autres régions – tel que le Levant sud – qui voient des changements conséquents à l’arrivée de la période islamique.

9Le dernier court article de cet ouvrage collectif, par Raffaella Pappalardo, s’intéresse aussi à la période islamique, et plus particulièrement à l’assemblage céramique du site de Tell Barri, dans la Jezireh syrienne, avec pour problématique principale la reconnaissance potentielle de types dits « transitionnels » entre la période sassanide et la période islamique. Les résultats des études menées sur des céramiques retrouvées en contexte archéologique permettent ainsi à l’autrice de proposer d’associer un type céramique – Notched Rim Jars – à cette phase de transition, répondant en cela à l’article précédent.

10Après la lecture de ces articles de grande qualité sur des périodes souvent trop négligées de l’histoire de la Mésopotamie, on regrettera toutefois que la relecture du manuscrit n’ait pas été poussée plus loin, laissant un trop grand nombre de coquilles dans tous les articles, et qu’un soin plus attentif n’ait pas été porté à la qualité de trop nombreuses images hautement pixelisées.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Barbara Couturaud, « Costanza Coppini, Rocco Palermo, Raffaella Pappalardo et Raffaella Pierobon Benoit (dir.), Exploring ‘Dark Ages’. Archaeological Markers of Transition in the Near East from the Bronze Age to the Early Islamic Period »Syria [En ligne], Recensions, mis en ligne le 31 décembre 2023, consulté le 11 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/syria/14932 ; DOI : https://doi.org/10.4000/syria.14932

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