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Le monde grec

Les stucs architecturaux dans le monde grec. État de la question

Marie-Christine Hellmann
p. 43-63

Résumés

L’emploi du stuc dans les constructions du monde grec n’est que partiellement comparable à celui connu au Proche-Orient. Le stuc architectural à l’époque grecque n’a suscité que peu d’intérêt (d’où, souvent, des confusions terminologiques) dans chacun de ses deux emplois : à plat, comme couche de protection et d’égalisation sur toutes les surfaces, et en relief, à partir du ive s. av. J.-C., en haut de murs où des ordres grecs miniatures forment une zone décorative qui imite les colonnades de l’architecture monumentale. À la basse époque hellénistique, sur les murs du 1er Style (ou Style structural), l’ordre grec en stuc plastique peut être réduit à une corniche saillante au-dessus de moulures.

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Texte intégral

Un sujet relativement peu étudié

  • 1 Voir surtout Mielsch 1975 (commence par une introduction sur les stucs hellénistiques) ; Blanc 1983 (...)
  • 2 Orlandos 1966, p. 136-143, 146-148 (la chaux et le gypse, essentiellement d’après les textes), 149- (...)
  • 3 Martin 1982.
  • 4 Andreou 1988 ; Bingöl 1988.
  • 5 Dans le gros article de Sydow 1979, puis dans la monographie de Brem 2000, sur le décor mural d’une (...)
  • 6 Bulard 1908.
  • 7 Dans sa recension de Brem 2000, N. Blanc (RA 2003/1, p. 171-172) regrettait le manque de fouilles s (...)

1Peu d’auteurs ont traité des stucs architecturaux pour la période grecque, et en général c’est juste en passant, à propos de murs peints sur un site, ou encore comme introduction aux stucs romains, puisque ces dernières décennies ont vu fleurir les études sur les stucs et les stucateurs dans les mondes romain et gallo-romain1, ainsi qu’au Moyen Âge. Pour sa part, le stuc grec a toujours peiné à retenir l’attention. Les ouvrages qu’A. Orlandos et R. Martin ont consacrés aux techniques et aux matériaux grecs ne leur ont accordé qu’une faible place2 ; toutefois, R. Martin a publié par la suite un article sur l’origine du phénomène, dans un recueil resté assez confidentiel3 : « où et quand apparaissent dans l’architecture grecque les décors moulurés ou modelés qui ornent les façades des tombeaux alexandrins, les maisons déliennes, les murs de Pompéi et de Rome à la fin de l’époque républicaine ? ». En 1988, dans une thèse peu diffusée, qui traite des murs grecs peints, A. Andreou a donné une liste des appliques miniatures en stuc qui les surmontent, et O. Bingöl a fait de même dans sa publication d’un décor de ce type trouvé à érythrées en Ionie4. Finalement, les travaux les plus approfondis sur l’emploi de ce décor ont été menés en Grèce d’Occident, grâce à la proximité des nombreux stucs connus à Pompéi et à Rome5 ; néanmoins, plutôt que de colonnettes ou d’entablements, il y est surtout question de corniches qui, il est vrai, représentent les « citations » en haut relief d’un ordre grec les plus propres à souligner la limite supérieure du mur, par rapport au plafond. En 2011, L. Campagna a approfondi l’étude des corniches en stuc dans les maisons de la basse époque hellénistique en Occident, avec une nouvelle liste d’attestations, pour s’interroger sur le rapport qu’entretiennent ces architectures miniatures avec l’architecture réelle et les stucs pompéiens — en fait, c’est précisément ce qu’avait déjà entrepris M. Bulard il y a plus d’un siècle, à partir de revêtements de murs déliens6. En dehors de ces études accomplies de part et d’autre de la Méditerranée, nous ne disposons que de signalements rapides (avec un manque flagrant de dimensions) ou localisés, tant il est vrai que beaucoup de stucs architecturaux grecs, en Occident comme en Méditerranée orientale, sont encore inédits7.

  • 8 Wright 2005, p. 142 sq.
  • 9 Citation reproduite avec d’autres du même genre dans Paris-Rome-Athènes 1982, p. 119.

2C’est en raison de son parcours personnel, comme historien des techniques architecturales antiques, que G. R. Wright8 s’est attardé sur ce sujet en 2005 : il avait commencé à travailler sur des blocs d’époque ptolémaïque ou romaine en égypte ainsi qu’à Chypre, deux régions où le stucage était bien visible. Lui aussi estime que c’est sans nul doute la concurrence de la peinture, considérée comme un art plus « noble », pouvant aller jusqu’au trompe-l’œil, qui a relégué le stuc à une place secondaire en archéologie grecque, d’autant que, en couverture blanche ou claire sur des colonnes ou des murs en calcaire coquillier (fig. 1), en grès ou même en brique, il visait à imiter le marbre. Dans une zone géographique où l’architecture de marbre ou de calcaire fin était reine, le recours à ce substitut économique ne pouvait guère attirer les archéologues, et G. R. Wright s’est même demandé s’ils ne voyaient pas dans le stuc, consciemment ou inconsciemment, une sorte de falsification. Rappelons que les architectes Prix de Rome, au xixe s., ne concevaient pas ou très mal la présence de stuc antique sans couleur par-dessus : en 1848, Félix Thomas écrivit en marge de sa « restauration » des temples de Paestum9 que « le stucage nuit souvent par sa monotonie à la beauté d’un édifice, dont il déguise l’appareil de construction, d’un si puissant effet décoratif (…) Ne serait-ce pas pour combattre cette monotonie que les anciens ont été amenés à revêtir de couleurs variées les parties extérieures de leurs temples (?) ».

Figure 1. Olympie, palestre. Les colonnes conservent des traces de stuc

Figure 1. Olympie, palestre. Les colonnes conservent des traces de stuc

© Joanbanjo, Wikimedia Commons

De la nécessité de quelques définitions techniques

  • 10 La liste des exemples serait longue, le problème étant surtout patent en anglais, où le terme « pla (...)
  • 11 Marcadé 1952, surtout p. 109-111, fig. 8-9 (une idée reprise en 1969 dans sa thèse Au Musée de Délo (...)
  • 12 L’erreur d’appréciation a été relevée dans Martin 1965, p. 439 n. 3.

3G. R. Wright insiste avec raison sur la nécessité d’établir d’abord une définition technique du stuc à l’époque grecque. Car les publications trahissent une confusion courante entre stuc de chaux et stuc de plâtre, comme si les deux produits, qui se distinguent mal à vue d’œil, étaient interchangeables. Ce qui n’est pourtant pas le cas, leur fabrication et par conséquent leurs propriétés étant différentes : puisque le gypse brûle déjà à 130 °C et à four ouvert, le stuc à base de gypse (sulfate de calcium) est moins résistant et se dissout à l’eau, contrairement au stuc de chaux (oxyde de calcium), plus durable grâce à la calcination lente du calcaire, à 1 000 °C. Mais les analyses chimiques des stucs muraux d’époque grecque sont toujours restées rares, qu’il s’agisse des stucs plastiques ou de la sous-couche picturale, contrairement à celles des couches de couleurs, et les publications parlent habituellement d’un revêtement en stuc de plâtre ou de chaux à partir d’un simple examen visuel, sans justification objective ni mention d’analyses10. Le raisonnement s’en trouve fragilisé : ainsi, lorsque J. Marcadé a récapitulé les stucs plastiques trouvés dans des maisons de Délos, il a pensé qu’ils étaient tous en plâtre et qu’il fallait sans doute y voir la marque d’une influence égyptienne, puisque les égyptiens utilisaient le plâtre pour la sculpture11, or les analyses faites depuis par M. Bulard montrent que le stuc délien est à base de chaux12.

  • 13 Ginouvès & Martin 1985, p. 50 ; pour le décor cf. p. 138, 140 (stuc à reliefs), 141, 146. Orlandos (...)
  • 14 Barbet 1979, et confirmation dans Blanc 1995 (entre autres).

4L’idée que les stucs grecs et même romains ou gallo-romains seraient de préférence à base de plâtre a de toute façon la vie dure : en 1985, R. Ginouvès et R. Martin ont défini ce matériau comme « un mélange de mortier de plâtre (ou éventuellement de chaux) et de poussière de marbre et/ou de colle forte qui, après séchage, est susceptible d’être poli, prenant ainsi l’apparence du marbre »13. Le plâtre est mentionné en premier, sans s’intéresser aux proportions des composants ni à la raison du choix de l’un ou de l’autre. Mais le point de vue de ces deux auteurs a peut-être été faussé par le fait que, dans la France moderne et contemporaine, le stuc mural est à base de « plâtre de Paris ». Pourtant, A. Barbet avait tôt rappelé qu’en Gaule aussi on a recouru habituellement au stuc de chaux14, défini par Vitruve comme étant de la chaux éteinte associée, par un liant, à de la poudre de marbre, ou encore d’un calcaire très fin.

  • 15 Pour une carte des ressources en gypse dans la Méditerranée orientale, voir Reimann 2007 : il s’en (...)
  • 16 Juste au sud du palais minoen de Cnossos, la colline Gypsadhès est ainsi nommée d’après ses carrièr (...)
  • 17 Voir par ex. Dandrau 1999, p. 10 : la couleur blanche résulte de « l’enduit lui-même non peint ou d (...)
  • 18 Mais non auparavant, comme il ressort de plusieurs études, dont Abd El Salam 2004.
  • 19 Wright 2005, p. 156.

5Roger Ling est un des rares à s’être interrogé sur la fabrication du stuc antique, dès 1972. Il a relevé qu’à cause de la relative rareté du gypse dans leur environnement15, les Grecs du continent et des îles ont toujours privilégié le stuc de chaux, traditionnellement recouvert d’un badigeon blanc et quelquefois peint ; le stuc ptolémaïque, en revanche, est à base de gypse. À son tour, G. R. Wright a développé ces remarques. Les quelques analyses effectuées montrent que le plâtre ne fut que d’un usage limité en Grèce, où il a surtout été utilisé pour des œuvres de sculpture (comme en égypte) ou pour mouler des petits bronzes (à Délos, par exemple). Même en Crète, où l’emploi du plâtre16 est ancien, le stuc minoen, posé sur tous les murs intérieurs, était normalement à base de chaux17. D’une manière générale, en raison de la localisation des veines de gypse, le plâtre a été bien davantage produit et employé en égypte ptolémaïque18, à Chypre sous l’influence des Ptolémées (fig. 2) et très anciennement au Proche- et au Moyen-Orient (en Syrie, en Phénicie)19.

Figure 2. Paphos, tombe en hypogée d’un dignitaire ptolémaïque. Les blocs d’architecture étaient stuqués

Figure 2. Paphos, tombe en hypogée d’un dignitaire ptolémaïque. Les blocs d’architecture étaient stuqués

© G. Viliare

6Même si ces spécificités géographiques sont connues, il serait souhaitable de ne parler de stuc à base de chaux ou à base de plâtre que si la caractérisation a été garantie par des analyses, pour chacune des deux utilisations de ce matériau en architecture grecque, à plat ou en relief, que nous allons maintenant examiner. Le premier emploi consiste en une couche de protection et d’égalisation sur des murs et des éléments d’architecture, le second est représenté par ces stucs plastiques, parfois appelés « petites architectures », qui ont été appliqués en haut de certains murs décorés en zones suivant le Style structural ou 1er Style pompéien, qui veut imiter à l’intérieur une maçonnerie extérieure, parfois à l’aide du relief (fig. 3), mais plus souvent par des incisions.

Figure 3. Délos, péristyle de la Maison du trident : restes du décor peint en Style structural, zones basses

Figure 3. Délos, péristyle de la Maison du trident : restes du décor peint en Style structural, zones basses

© Joanbanjo, Wikimedia Commons

Protection et égalisation des surfaces

7Cet emploi du stuc n’est pas seulement connu dans des monuments publics.

  • 20 Voir en dernier lieu Isler 2009, surtout p. 176-182, avec la bibliographie antérieure.
  • 21 Voir par ex. Guimier-Sorbets 2010.
  • 22 Hellmann 1992, p. 42, renvoie à l’inscription d’une mosaïque d’érétrie, où l’expression koniama tôn (...)

8On a pu penser que du stuc aurait été étendu non seulement sur l’élévation d’un bâtiment, mais aussi au sol, en formant une continuité. C’est l’avis de H. P. Isler, qui a décrit plusieurs fois la salle de banquets d’une grande maison à cour de Iaitas20, datable des années 500, dont les murs et le sol auraient été revêtus du même type de stuc coloré. Mais un tel sol, qui nécessitait de marcher pieds nus, serait à la fois exceptionnel et surtout, inadapté par sa fragilité à une salle de banquets ; dans l’attente d’examens approfondis on peut se demander s’il ne s’agissait pas plutôt d’un mortier de chaux, comme pour des sols peints plus récents21. Rappelons qu’à Délos, l’expression koniasai to edaphos (ID 292, l. 16) ne renvoie pas nécessairement à la pose d’un revêtement de sol stuqué, car le verbe koniasai est vague et peut aussi s’appliquer à un mortier de chaux22.

Sur les murs jusqu’à leur sommet

  • 23 Nordquist 2002.

9De même que les parois intérieures, dans la construction minoenne et dans celle de l’Helladique récent, recevaient une fine couche de stuc de chaux, les fouilles ont révélé le recours à cette technique pour les murs en argile de temples très anciens, comme cet édifice absidal à poteaux de bois des années 700, retrouvé sous le temple archaïque d’Athéna Aléa à Tégée23.

  • 24 Andreou 1988, p. 100, catalogue no 127.
  • 25 Broneer 1971, p. 33-34 et pl. 1-D.
  • 26 Martin 1965, p. 428.
  • 27 M.-F. Billot in Paris-Rome-Athènes 1982, surtout p. 83-87 ; Hesberg et al. 1992 ; cf. Mertens 1984  (...)

10Au-delà du soubassement, les murs en briques des temples archaïques de Kalapodi24 étaient recouverts d’une couche de chaux et de paille hachée et, par-dessus, de stucs de différentes couleurs ; les murs du temple Sud, au milieu du viie s., portaient même un décor en stuc peint figuré. Quant au premier temple de Poseidon à l’Isthme, daté de la première moitié du viie s.25, il avait des murs entièrement en pôros stuqué, peints de panneaux polychromes à l’extérieur du naos. La liste des temples des vie et ve s. construits en pôros ou en calcaire coquillier recouvert d’une mince couche de stuc est évidemment plus longue26, à Delphes, à l’Acropole d’Athènes et, surtout, en Grande-Grèce et en Sicile, où l’usage du stuc, soit blanc crème, soit comme support pour de la couleur, est la règle : sur place en 1822-1824, l’architecte Jacob-Ignaz Hittorff ne pouvait qu’être frappé par cette technique27 (fig. 4).

Figure 4. Sélinonte, temple d’Héra : restes de stuc blanc sur des cannelures et sur l’architrave

Figure 4. Sélinonte, temple d’Héra : restes de stuc blanc sur des cannelures et sur l’architrave

© Dedda71, Wikimedia Commons

  • 28 Références dans Hellmann 1992, p. 38, 41-42 (où est aussi précisé que, contrairement à ce qu’écrit (...)

11Les matériaux « pauvres » n’étaient pas seuls concernés. D’après les comptes de Délos, donc à la basse époque hellénistique, les administrateurs du sanctuaire d’Apollon font recharger régulièrement une couche de chaux, dite « koniama » ou « koniasis », sur tous les monuments28, même ceux en marbre, avant tout pour les protéger du vent marin, mais la conséquence en est aussi une uniformisation des surfaces, puisque les marbres utilisés à Délos sont de couleurs variées.

Les fûts, les chapiteaux et les parties hautes des temples

  • 29 Schwandner 1976.

12Le stucage des colonnes est une pratique presque aussi ancienne que celle des murs. Des restes de plusieurs couleurs ont été repérés sur le premier temple d’Aphaia à égine, construit en pôros vers 580 et détruit par un incendie vers 520 ; en outre ses colonnes étaient stuquées en blanc, mais non les murs intérieurs de l’opisthodome29.

  • 30 Mémoire explicatif, dans Paris-Rome-Athènes 1982, p. 372, 376.

13Quand le jeune Charles Garnier se rend en 1852 dans l’île d’égine pour dessiner le deuxième état du temple d’Aphaia, en vue de son « Envoi de Rome », son regard était déjà aiguisé par des relevés de murs peints en 1er Style à Pompéi, sous des corniche en stuc. Il a donc bien distingué le stuc sous la peinture et le stucage simple, et il écrivit, à propos des « six colonnes de la façade encore en place » : « Le ton jaunâtre que j’ai employé pour la coloration des fûts existe encore en beaucoup d’endroits, seulement, il ne paraît pas [non plus] être un ton appliqué sur le stuc qui couvre ces colonnes, mais bien un ton donné à ce stuc même et prenant sa couleur des matériaux qui l’ont composé. Quoi qu’il en soit, que le ton ait été placé sur le stuc et l’ait pénétré, ou qu’il y soit inhérent, le ton jaune existe encore en beaucoup d’endroits. Le chapiteau des colonnes, à l’état présent, conserve encore de nombreuses traces d’un stuc d’une épaisseur qui varie de 0,002 à 0,005 m, d’une couleur ocre jaune très foncé et tirant sur la terre de Sienne brûlée, ce ton n’est certainement pas donné par le temps, puisque les chapiteaux eux seuls ont cette nuance, qui s’arrête aux filets inférieurs, et que toutes les parties de ce stuc, extérieurement apparentes ou cachées, sont toutes de la même couleur. Pourtant cette couleur n’est pas le ton primitif, elle a dû subir quelqu’altération »30. Effectivement, sur les planches de l’état restitué du temple, les colonnes sont jaunes.

  • 31 Jannoray 1954, p. 45.
  • 32 Voir par ex. M. Hamiaux dans le catalogue d’exposition Descamps-Lequime 2011, p. 296 no 159 : le «  (...)

14L’ampleur de la pratique du stucage a été largement sous-estimée. à propos du premier état du gymnase de Delphes, on lit sous la plume de J. Jannoray que « le caractère le plus original de la colonnade grecque est l’application uniforme d’un enduit stuqué sur l’épiderme poreux et rugueux du tuf, dont il dissimule l’irrégularité. L’épaisseur de ce revêtement, bien conservé aux cannelures et aux mutules du geison, atteint 0,003 m »31. En réalité cette couche de stuc n’a rien d’original, elle est également restée visible à Olympie, par exemple, sur les colonnes et les chapiteaux de la palestre (fig. 1) comme sur des colonnes du temple dit « d’Héra ». Le stucage est tout autant répandu dans l’architecture macédonienne du ive s., où les murs et les colonnes à demi-chapiteaux ioniques adossés du palais de Vergina sont en tuf dissimulé sous du stuc à base de poudre de marbre32.

  • 33 BCH 8, 1884, p. 483.

15Le phénomène est bien attesté à Délos, au iie s. et au début du ier ; P. Paris signale33 ainsi à l’étage du péristyle de la Maison des Dauphins des colonnes en pôros à cannelures stuquées jaunes. Dans les comptes des administrateurs de l’île est mentionné le stucage, entre autres, des colonnades du sanctuaire du mont Cynthe (ID 443, Bb, l. 165-166) et des colonnes en pôros de la palestre (IG XI, 2, 199, A, l. 108), qui reçoivent ensuite un enduit de terre fine, une technique anciennement connue en égypte. À Délos comme ailleurs les tuiles de terre cuite pouvaient elles aussi être chaulées ou stuquées pour imiter une toiture en marbre, une pratique qui persiste de nos jours.

  • 34 Elle possédait en fait une cella dédiée à Athéna : Bankel 1997.

16Dans plusieurs cas, la colonne a été laissée lisse et les cannelures sont gravées (plutôt que creusées) dans le stuc frais, comme on le verra couramment dans le monde romain. Au iie s. av. J.-C., la crépis en marbre de la « tholos d’Aphrodite » à Cnide34 supportait une colonnade corinthienne en pôros, dont est conservé un tambour lisse à vingt-quatre cannelures marquées dans le stuc par des lignes verticales, ainsi qu’un chapiteau corinthien, un fragment d’architrave à fasces et des denticules, tous stuqués. Ce mélange marbre-pôros stuqué se retrouve dans le périptère dorique de Cnide et dans un temple de la terrasse inférieure de Camiros.

  • 35 Müller-Wiener 1988, p. 53.
  • 36 Wolf 2003, p. 48 : des traces de stuc blanc subsistent sur les colonnes en grès dolomitique du péri (...)
  • 37 Green 2007 : tous les éléments en pierre du théâtre de Paphos, bâti vers 300 av. J.-C., étaient rec (...)
  • 38 Moretti 2012.

17En étalant sur toute la construction plusieurs couches de 0,5-0,6 mm de stuc, à l’instar d’un crépi, on obtient ainsi un « effet monolithe »35. Néanmoins, le stucage uniforme des façades, colonnes comprises, semble plutôt caractéristique des régions où la pierre est tendre ou de qualité médiocre, dans le monde occidental36 et en Méditerranée sud-orientale, à Alexandrie, en Cyrénaïque et au Proche-Orient (à Pétra), comme à Néa-Paphos, la capitale de Chypre à l’époque ptolémaïque37. Au contraire, en Grèce continentale, existait une longue tradition de l’usage des marbres et pierres de couleur : à la fin du ve s., dans l’érechtheion, une pierre bleu-noir contrastait avec le marbre blanc, comme à l’intérieur des tholoi de Delphes et d’épidaure au ive s., et à Délos les colonnes de certaines maisons superposaient des marbres différents (fig. 5), tandis que les murs de l’Artémision hellénistique jouaient aussi sur la bichromie du marbre gris-bleu de Tinos et d’un marbre blanc38.

Figure 5. Délos, Maison du Lac : exemple d’association du marbre gris-bleu et du marbre blanc

Figure 5. Délos, Maison du Lac : exemple d’association du marbre gris-bleu et du marbre blanc

© Th. Gaigé, Wikimedia Commons

Les stucs modelés ou moulés appliqués en haut des murs peints

  • 39 Martin 1982 et Miller 1982.

18Cet emploi dans la troisième dimension est postérieur au premier. R. Martin et St. Miller l’ont bien compris39 : c’est à partir de la Macédoine, moins habituée qu’ailleurs à l’emploi canonique et structurel des ordres lorsqu’il faut construire pour des rois, que le stuc se voit de plus en plus en haut des murs, comme une composition décorative en relief.

  • 40 R. Martin datait le troisième état de la porte de Zeus et d’Héra du dernier quart du ive s., mais G (...)

19Le premier exemple se trouverait dans le vaste espace intérieur du Hiéron de Samothrace, daté vers 325-300 : au-dessus du Masonry Style (ou Style structural) a été restituée une zone supérieure en stuc à demi-colonnettes cannelées, entablement dorique et corniche saillante. Nous n’avons pas la justification précise de cette restitution, néanmoins plausible dans la mesure où l’usage illusionniste des ordres est connu ailleurs à peu près au même moment : à Thasos, sur l’état de la porte de Zeus et d’Héra daté vers 30040, les deux ordres sont appliqués et superposés, comme sur la façade de la grande tombe du Jugement à Lefkadia, un peu postérieure.

Les façades des tombes macédoniennes et d’autres tombes monumentales

  • 41 Rappelons que les particularités techniques de ces tombes construites sous tumulus ne se rencontren (...)
  • 42 Pour simplifier, je renvoie à Miller 1982, qui donne la bibliographie antérieure.

20Effectivement, c’est sur les façades des tombes « macédoniennes »41 que l’on s’est tôt s’affranchi des règles traditionnelles des ordres, grâce au stuc. En haut de l’entrée de la grande tombe du Jugement à Lefkadia (l’antique Miéza), datée vers 300-275, sont alignées, sous une architrave à deux fasces, six demi-colonnes ioniques en calcaire stuqué, à bases et volutes des chapiteaux en stuc modelé, alternant avec des fausses portes-fenêtres à baguettes également en stuc modelé42 (fig. 6). Le reste de la façade imite un petit temple d’un autre ordre, à demi-colonnes doriques sous une frise dorique et une corniche saillante, tout ce décor étant en calcaire recouvert de stuc peint. À l’intérieur, en haut des murs stuqués et peints de la chambre, une galerie en stuc moulé, faite de pilastres ioniques sur une architrave à trois fasces et une corniche saillante, est placée là où va commencer la voûte en berceau.

Figure 6. Lefkadia : état de la façade de la Tombe du Jugement au moment de sa découverte

Figure 6. Lefkadia : état de la façade de la Tombe du Jugement au moment de sa découverte

(d’après Petsas 1966, pl. II)

  • 43 Brecoulaki 2006, surtout p. 60 sq., toujours avec la bibliographie correspondante.

21D’une tombe à l’autre il existe plusieurs variantes de ce schéma, signalées par St. Miller et H. Brecoulaki43. En particulier, l’emploi des ordres stuqués en abrégé ou en citation suggère bien leur rôle de pur décor, sans valeur tectonique. Ainsi, la façade d’une des quatre tombes d’Haghios Athanassios et celle de la rue Papanastassiou à Thessalonique ne sont pas tétrastyles comme celles de la grande tombe de Lefkadia et la tombe I du tumulus Bella à Vergina, ou distyle entre deux pilastres comme celle de la tombe de Philippe II à Vergina, mais il y a juste deux pilastres doriques aux angles, tandis que les façades d’autres monuments (à Haliakmon Dam, ainsi que sur la tombe Kinch près de Lefkadia, fig. 7) ne montrent que deux pilastres en guise de jambages encadrant la porte, sous une frise dorique et une corniche, ces deux dernières, sans les supports, étant même les seuls éléments de l’ordre qui subsistent sur la tombe Sotiriadis à Dion et sur celle de Pydna dessinée par Honoré Daumet.

Figure 7. Lefkadia : l’entrée de la Tombe Kinch

Figure 7. Lefkadia : l’entrée de la Tombe Kinch

© C. Raddato, Wikimedia Commons

  • 44 Lauter 1986 donne, pl. 16-17, les clichés de deux façades ioniques de tombes macédoniennes, à Vergi (...)

22Toutes les tombes du type architectural dit « macédonien », en Grèce du Nord et ailleurs, ne sont pas concernées, mais à côté de celles à façade sans décor, les entrées de nombre d’entre elles, surtout en Bottiée et en Piérie, présentent bien un décor architectural en calcaire stuqué, en mortier de chaux stuqué ou même entièrement en stuc, avant tout d’ordre dorique, plus rarement ionique (dans les tombes Rhomaios et d’Eurydice à Vergina, entre autres44) : on y voit des pilastres, des colonnes engagées et leur chapiteau, des architraves et des frises, des frontons et, surtout, des corniches. Les stucs en relief de la chambre funéraire, eux, sont habituellement ioniques, comme dans la grande tombe du Jugement à Lefkadia, dans celle de Phoinika (l’entablement et la corniche) et à Dion (des demi-colonnes ioniques sur les quatre parois, y compris aux angles).

  • 45 Les tombes de Moustafa Pacha (ou Moustafa Kamel) ont souvent été reproduites, par ex. dans Lauter 1 (...)
  • 46 Guimier-Sorbets 2012.
  • 47 Mazzei 1995, p. 185-187, avec d’autres exemples à Tarente et à Canosa (hypogée Lagrasta 1).
  • 48 Dyggve 1960, p. 491-504, pl. XIII B.
  • 49 Patsiada 2013, p. 124 sq., par ex. 159-160 (bucranes, feuilles).

23En dehors du continent grec, l’architecture des hypogées d’Alexandrie trahit des influences diverses, dont celle de la Macédoine, au moins pour le répertoire décoratif. Dans cet ensemble alexandrin, les tombes à cour intérieure de la nécropole de Moustapha Pacha sont les plus connues45 ; elles développent une architecture d’applique où les ordres sont en pierre calcaire stuquée avec des corniches, des encadrements et différentes moulures en stuc, un décor en trois dimensions également visible dans la nécropole d’Anfouchi46, par exemple. En Italie du Sud, les caractéristiques de l’architecture funéraire hellénistique suggèrent aussi la connaissance des tombes de type macédonien, ainsi dans l’hypogée de la Méduse à Arpi, où ont été retrouvées des corniches à denticules et des rosettes en stuc47. En revanche, c’est plus probablement par Alexandrie que ce décor fut introduit dans la remarquable architecture funéraire monumentale de l’île de Rhodes : à Lindos, vers 225-200, la façade en pierre stuquée de l’Hérôon de la famille d’Archokratès est scandée par un entablement dorique à métopes nues, avec une frise à grotesques en stuc à l’attique48, et dans la nécropole au sud de la ville de Rhodes, sur le terrain Kountouris-Minettos-Giannopoulos-Giannoulis, les structures d’un grand complexe funéraire de la première moitié du iie s. av. J.-C., en pierre stuquée, étaient parfois complétées49 en hauteur par des petites pièces rapportées entièrement en stuc.

Les murs à l’intérieur des habitations

  • 50 Surtout Andreou 1988, p. 185, ainsi que Guldager Bilde 1993, p. 167.

24D’une manière générale, la pose d’appliques de stuc en relief sur la zone supérieure des murs peints de certaines habitations est plus récente que celle des stucs dans les monuments funéraires ; comme l’ont constaté ceux qui l’ont étudié50, il semble que ce décor architectural plastique soit surtout fréquent vers le milieu et dans la seconde moitié du iie s. av. J.-C. On y voit :

  • des demi-colonnes, surtout ioniques, mais aussi doriques ou corinthiennes ;

  • des pilastres doriques ;

  • des architraves ioniques (à fasces, donc), doriques ou mixtes, associées à des frises ioniques ou doriques, des frises à bustes ou à personnages ;

  • des denticules ou des consoles, sous des corniches très proéminentes ;

  • des chéneaux (simas) ;

  • des antéfixes ;

  • divers petits motifs ajoutés.

  • 51 La série isolée de denticules se rencontre fréquemment à Pompéi, mais les denticules et leurs moulu (...)

25Fixés au mur par des chevilles ou des clous, les petits motifs étant juste collés (fig. 8), ces éléments ont rarement été trouvés en place et certains, d’après leurs dimensions inférieures à celles d’autres fragments découverts au même endroit, n’étaient sans doute pas en haut d’un mur mais devaient encadrer ou surmonter une niche, une fenêtre ou une porte (à Priène, à Pergame et à érythrées, par exemple). Toutefois, d’après les vestiges, il est souvent possible de restituer une galerie ou une colonnade d’étage dont les ouvertures veulent donner l’illusion d’élargir l’espace, un schéma qui se voit uniquement dans les murs peints du 1er Style, dont la zone ultime, en relief, doit marquer la jonction entre le mur et le plafond. Au lieu d’un ordre complet, les commanditaires pouvaient se contenter d’une citation suffisamment évocatrice, comme à l’entrée des tombes « macédoniennes » : une moulure en kymation sous une corniche, une frise dorique et, surtout, une rangée de denticules51.

Figure 8. Délos, musée : un choix de stucs plastiques présentés en vitrine

Figure 8. Délos, musée : un choix de stucs plastiques présentés en vitrine

© Zde, Wikimedia Commons

  • 52 Mielsch 1975, p. 4, et Guldager Bilde 1993, p. 167.

26Cette mode s’inscrit clairement dans la lignée de l’imitation de l’architecture monumentale, qui a commencé au ive s., lorsque des parois intérieures ont été peintes de manière à imiter un mur élevé en grand appareil isodome. Les modèles des stucs architecturaux ont certainement été pris dans des monuments prestigieux qui présentent l’ensemble du schéma décoratif52, ou même seulement une partie, comme la tholos d’épidaure et d’autres rotondes portant une « fausse colonnade » (l’Arsinoeion de Samothrace), ou un édifice à la sculpture architecturale originale (le Portique d’Antigone à Délos, orné de têtes bovines). Quant au mélange des ordres, qui a commencé dès le ive s. dans l’architecture monumentale, il n’y a pas lieu de s’étonner qu’il fut vite copié en miniature.

  • 53 Nous laisserons de côté les fragments de décor mural en stuc du 1er Style qu’A. Wirth avait publiés (...)
  • 54 Dernière liste dans Campagna 2011.

27En tenant compte d’un grand nombre d’inédits, les fragments retrouvés proviennent principalement des îles grecques (à Délos, bien sûr, et à Rhodes) et de la côte occidentale de l’Asie Mineure ; ajoutons-y des trouvailles53 en Macédoine, dans l’habitat hellénistique de Beyrouth et en Cyrénaïque, ainsi que, tout spécialement, en Italie du Sud et en Sicile54. Nous en donnons ici un inventaire non exhaustif, en commençant par les emplois les plus anciens.

  • 55 Dernière reproduction par M. Lilimbaki-Akamati in Descamps-Lequime 2011, p. 271. Cf. Walter-Karydi (...)
  • 56 Cependant Andreou 1988, p. 186-187, précise que, pour représenter le ciel, le bleu n’est pas la cou (...)

28Dans l’îlot 5 d’habitation de Pella, la Maison aux stucs (House of the coloured Stuccoes), au sud de la Maison du rapt d’Hélène, est datée de la fin du iiie s. au plus tôt55. Des fragments de stucs peints ont été recueillis dans quatre pièces, mais c’est seulement dans l’une d’elles, une exèdre qui mesure 7 x 7 m et serait l’antichambre d’un andrôn, en ouvrant sur la cour péristyle par deux colonnes in antis, qu’un pan de mur a été reconstitué, en complément d’une restitution virtuelle. En haut des trois murs peints sur 5 m de hauteur dans le Style structural, des pilastres doriques forment une galerie stuquée en relief : blancs à collets rouges, ils sont reliés par des parapets peints en rouge, sous un entablement et une corniche bien saillante, et dans les ouvertures entre les parapets et l’entablement, du bleu évoque le ciel56.

  • 57 Wiegand & Schrader 1904, p. 312 sq., fig. 339-345, p. 314 fig. 348, p. 316 fig. 357-358 et 359, p.  (...)
  • 58 Rumscheid 1998, p. 150 fig. 133 (en couleurs) ; cf. p. 208 fig. 180 : une vue de l’ordre ionique re (...)

29Découverts bien auparavant lors des fouilles allemandes, les ornements en stuc peint de l’habitat de Priène seraient surtout datables du iie s. Entreposés à Berlin et malmenés pendant la Seconde Guerre mondiale, ils n’ont été publiés en détail (mais sans les mesures des épaisseurs) qu’en 1977, avec quelques pertes par rapport à ceux inventoriés au début du xxe s.57. Ces stucs, qui proviennent principalement des Maisons 23, 33 et alentour, sont surtout des moulures en tout genre, dont un méandre en relief et peint, ainsi qu’un encadrement de porte à fasces ; on signale aussi, de bas en haut des colonnades à restituer, une demi-colonnette à chapiteau dorique, une demi-colonnette ionique et sa base, des colonnettes corinthiennes sur leur base, une architrave à gouttes sur regula, des frises à triglyphes, un entablement ionique, plusieurs séries de denticules sous des corniches en forte saillie. Dans la Maison 23 a donc été restitué un mur peint surmonté d’une galerie de demi-colonnettes ioniques supportant un entablement ionique à fasces, sous des denticules58, une succession qui respecte les caractères de l’ordre, contrairement à la formule choisie dans une pièce de la Maison 33, où une frise dorique se trouverait sous une corniche à denticules, et dans une maison à l’est de la 33, où un méandre stuqué en relief est associé à une frise dorique, apposée plus haut.

  • 59 Pergamon, Panorama der antiken Metropole 2012, p. 521, no 5.44-5.46, avec la bibliographie. Cf. Orl (...)

30À Pergame aussi, les stucs architecturaux sont des trouvailles anciennes, plus ou moins bien datées. Quelques-uns ont été reproduits en couleurs dans le catalogue d’une exposition récente59 ; certains, dont une demi-colonnette et un petit entablement ionique avec une frise figurée (d’Érotes ?) sous des denticules, proviennent de pièces des grandes habitations du iie s. av. J.-C. dénommées « palais », et d’autres ornaient une maison de la même date, fouillée sous le « Téménos pour le culte du souverain » : par exemple, un fragment de frise dorique à triglyphes bleu clair et taenia rouge, ainsi qu’une rangée d’oves et de fers de lance sous des denticules très allongés, en stuc blanc sur fond bleu.

  • 60 Bingöl 1988 et 1997, pl. 16 et fig. 60.
  • 61 I. C. Love in AJA 76, 1972, p. 65 sq. et 397 (House 1).
  • 62 ADelt 18, 1963, Chronika p. 323, pl. 371.
  • 63 Zimmermann & Ladstätter 2010, p. 32.

31Malgré les exemples de Priène et de Pergame, tôt signalés, peu de stucs architectoniques tombés de la cinquième zone de murs du 1er Style ont été mentionnés en Turquie, car les états hellénistiques ont le plus souvent fait place à des constructions romaines. Quelques découvertes ont néanmoins été bien publiées, comme à érythrées, où O. Bingöl a rassemblé des morceaux trouvés hors stratigraphie en 1977-1978, dans un bâtiment sur une terrasse60. Après avoir reconstitué la plinthe et les orthostates peints du mur, O. Bingöl replace ou restitue dans la zone supérieure des stucs blancs de différentes tailles (fig. 9) : des demi-colonnettes ioniques, leur entablement à fasces et frise nue sous des denticules et une corniche pouvaient former un édicule, d’autres colonnettes plus hautes (non conservées) devaient venir sous une architrave à fasces et des denticules de plus grandes dimensions, surmontées d’une corniche portée par des modillons et agrémentée de têtes bovines, le tout très en saillie. En fait ce sont quatre corniches profilées en kyma reversa et kyma recta qui ont été récupérées, auxquelles s’ajoute un morceau d’abaque avec des oves. Une Säulenarchitektur en stuc, composée de colonnettes doriques et corinthiennes, décorait aussi la dernière zone de murs d’une maison hellénistique sur la terrasse inférieure de Cnide61, sans oublier plusieurs habitations de Rhodes hellénistique : par exemple, au centre de la ville, sur le terrain Maravelia, un mélange d’ordres dorique et ionique portait des denticules sous une corniche62. À Éphèse, enfin, parmi les débris tardo-hellénistiques 63 de la Hanghaus I, deux fragments d’un demi-pilastre ionique en stuc sur base ionique-attique devaient être les restes d’une série de pilastres appliqués en haut d’un mur du 1er Style, où les entrecolonnements étaient peints en rouge ou en jaune.

Figure 9. Érythrées, proposition de restitution de la dernière zone d’un mur du 1er Style dans une habitation

Figure 9. Érythrées, proposition de restitution de la dernière zone d’un mur du 1er Style dans une habitation

(d’après Bingöl 1988, p. 516 fig. 24)

  • 64 Bulard 1908, p. 158, dit aussi qu’il s’agit des maisons les plus riches : si cette décoration, frui (...)
  • 65 Depuis M. Bulard, des listes en ont été données à plusieurs reprises, plus ou moins complètes : voi (...)

32Lorsqu’ils sont demandés par des habitants de Délos, surtout vers la fin du iie s. ou au début du ier s.  av. J.-C., les stucs architectoniques sont donc déjà un décor connu dans l’égée. à partir des premières maisons fouillées dans l’île, M. Bulard a livré dès 1907-1908 une petite synthèse en grande partie encore valable, signalant que certains traits sont plus spécifiquement déliens (fig. 10). Dans des pièces très ornées par ailleurs64, sous une corniche fort saillante (jusqu’à 30 cm !) qui porte parfois des antéfixes, les Déliens pouvaient eux aussi admirer un ordre de pilastres ou de demi-colonnettes supportant une frise dorique ou ionique ; à côté du mélange des ordres et de la prédominance, déjà notée, de fragments de moulures avec des denticules, ou encore l’existence, comme en Asie Mineure, de groupes de dimensions très différentes — les éléments les plus petits devant aller au-dessus de portes, de fenêtres ou de niches —, M. Bulard relève que « certaines colonnes n’avaient pas de cannelures » ou que « des demi-colonnettes avec cannelures sont accolées à un pilastre de profil rectangulaire ». Surtout, il est frappé par un large usage de la couleur : s’ils sont « parfois blancs », les entablements sont le plus souvent polychromes. Dans cette île qui profita bien du commerce, le stuc était assurément un décor recherché65, une façon parmi d’autres, pour des nouveaux riches, de retrouver chez eux la grande architecture, en particulier le Portique d’Antigone et le Néôrion (d’après les têtes bovines en stuc appliquées sur un entablement et les avant-trains de taureaux en guise de modillons), ou le proskènion du théâtre et de nombreux autels (d’après les frises à bucranes et guirlandes en relief).

Figure 10. Quelques stucs architecturaux déliens dessinés par G. de Fonseca

Figure 10. Quelques stucs architecturaux déliens dessinés par G. de Fonseca

(d’après Bulard 1908, pl. 53)

  • 66 Ling 1972, p. 17.
  • 67 BCH 40, 1916, p. 254-255.
  • 68 Bulard 1908, p. 110 et 149-162, et planches associées, surtout la VIA a. Ling 1972, p. 16, voit à b (...)

33Ce sont effectivement la couleur surabondante et un grand nombre de petits éléments moulés et rapportés qui distinguent le stuc délien66. Par exemple, A. Plassart a noté que dans le quartier du Stade67 les triglyphes sont habituellement bleus sur fond blanc, mais d’autres frises ont un fond rouge à rinceaux rehaussés de vert, des consoles vert cendré sont agrémentées d’une feuille jaune et verte appliquée contre un fond mauve, et sur une corniche blanche, « portée par des modillons à rainure médiane rouge, séparés par des rosaces multicolores peintes sur fond noir », peuvent être collées des têtes de lions à crinière dorée et yeux rouges ou verts. D’autres modillons à « rainure médiane noire » sont « ornés transversalement d’une volute à œil rouge, à double convexité rouge ou bleue », et il y a des « palmettes blanches, montées sur fil de plomb, les plus grandes sont en relief sur fond pâle ». On compte donc, parmi les petits motifs rapportés et peints, des masques de Méduse, des rosaces, des têtes de guerrier casqué, des palmettes ou des feuilles d’acanthe (sur tiges de plomb), des têtes de lion, des têtes ou des avant-trains de taureaux, des bucranes... Alors qu’ailleurs les stucs sont restés blancs ou majoritairement blancs, la coloration étant limitée à un code utilisé dans les parties hautes des temples depuis l’archaïsme (les triglyphes sont alors toujours peints en bleu, et la moulure horizontale en rouge), cette variété et ces nuances des couleurs des stucs déliens ont maintes fois été relevées, en particulier dans la Maison du Dionysos, où une galerie de pilastres présente en outre l’originalité d’être associée à des caissons de plafond peints en trompe l’œil68.

  • 69 U. Bezerra de Meneses in Bruneau et al. 1970, p. 155 et fig. 109.
  • 70 Ibid., p. 157, fig. 111 : une frise dorique, des denticules et des têtes de taureaux ; p. 158, fig. (...)
  • 71 C. Le Roy in BCH 84, 1960, p. 854-856.

34Cette zone supérieure stuquée en relief atteint un mètre de hauteur dans la pièce J au rez-de-chaussée de la Maison des Comédiens, dans l’îlot du même nom69 : au-dessus de demi-colonnettes ioniques renforcées par des tiges de plomb (mais les angles étaient occupés par des colonnes entières) et séparées par des plaques de stuc rouge imitant les assises d’un mur, un entablement ionique assez élevé, à trois fasces, frise et rangée d’oves, supportait des petits denticules et une corniche « à saillie accentuée » (fig. 11). Les fouilles de la seconde moitié du xxe s., plus minutieuses que celles du début du même siècle, suggèrent qu’à Délos certains décors en stuc devaient provenir de l’étage, comme dans la Maison des Comédiens ou celle des Tritons, du même îlot70, et c’est aussi le cas dans la Maison aux stucs, où des colonnettes dépassent 1,25 m de hauteur71.

Figure 11. Délos, Maison des Comédiens : restitution du décor d’un mur

Figure 11. Délos, Maison des Comédiens : restitution du décor d’un mur

(d’après Bruneau et al. 1970, fig. 109)

  • 72 Voir, entre autres publications, Aubert & Eristov 2001.
  • 73 Pesce 1950, p. 68 et fig. 13.

35Au iie s., ce genre de stucs constituait bel et bien une koinè décorative en Méditerranée orientale. Dans le quartier résidentiel hellénistique de la place des Martyrs, au centre de Beyrouth, il subsiste de la zone supérieure d’un décor mural domestique72 une demi-colonnette en stuc de 0,23 m de diamètre, d’où une hauteur totale de la colonne évaluée à 1,20 m. En Cyrénaïque, un ordre à pilastres en stuc a été restitué tout en haut du « Palais des colonnes » de Ptolémaïs, car dans les ruines de cette construction sans doute d’inspiration alexandrine gisaient aussi des stucs architecturaux73, dont un chapiteau de pilastre corinthien (h. 0,22 m), diverses corniches moulurées, à listels et denticules, et des fragments de sima à têtes de lion.

  • 74 Sydow 1979.

36Mais la Méditerranée occidentale n’était pas en reste. En Sicile, et même sur les sites d’occupation punique (à Iaitas, Halaesa, Solonte, Lilybée, Palerme, Licata, Sélinonte, Tyndaris, Héraclée Minoa…), les fouilles de l’habitat tardo-hellénistique ont livré un décor mural du 1er Style surmonté d’éléments architectoniques tantôt en calcaire stuqué, tantôt en mortier de chaux recouvert d’une couche de stuc épaisse de 0,5 à 0,7 cm, le tout presque uniformément blanc, au contraire de ce qu’on peut voir à Délos et sur quelques sites voisins : des pilastres, des frontons et, surtout, un grand nombre de corniches, principales « citations » ou versions cursives de l’ordre complet74. Ce qui caractérise la Sicile, c’est la multiplication des registres de moulures sous le larmier, au point que celui-ci est parfois de proportions réduites ou même absent, comme la sima (à Iaitas et à Lilybée), et en Méditerranée orientale la moulure en kymation lesbique est canoniquement sous les denticules, au moins jusqu’au ier s. av. J.-C., alors qu’elle joue un rôle central en Sicile où, de plus, les corniches doriques sont rares et n’apparaissent généralement pas avant le iie s. av. J.-C. En revanche, il semble que, dans toute la Méditerranée, les corniches de l’étage aient été plus élaborées que celles du rez-de-chaussée.

  • 75 Brem 2000 ; datation fondée sur l’étude de la céramique, réaffirme H. P. Isler in MÉFRA 123, 2011 [ (...)
  • 76 Campagna 2011.
  • 77 On pourrait y ajouter les stucs d’une « villa » hellénistico-romaine de Ségeste : Daniele 2000. Sur (...)
  • 78 Campagna 2011, p. 193 : les corniches sans geison existent avant tout dans l’architecture monumenta (...)

37Dans le détail, la datation de certaines maisons de Sicile, et par conséquent la sériation chronologique des corniches, est discutée. Ainsi, les fouilleurs suisses affirment que le premier état de la Maison à péristyle 1 de Iaitas, avec ses corniches en stuc, remonte aux années 300 ou peu après75, or W. von Sydow, par comparaison stylistique avec les corniches trouvées dans d’autres villes, les avait classées après 200 av. J.‑C., une date reprise par L. Campagna dans sa grosse étude récente, où il rapproche le décor en stuc de Iaitas de celui trouvé dans la Casa di via Sibilla à Lilybée, placé avant le milieu du iie s.76. D’ailleurs, le seul kymation à rais-de-cœur plastiques retrouvé dans cette maison de Iaitas appartenait à son extension occidentale, datée des années 200. Si les rapprochements avec les stucs des maisons de Morgantina sont délicats, car l’ensemble du dossier de l’habitat n’a pas encore été publié, on connaît un peu mieux les décors en stuc des grandes maisons tardo-hellénistiques élevées près de l’agora de Solonte : un entablement dorique au rez-de-chaussée du prétendu « Ginnasio », une corniche à moulure lesbique dans la Maison II tout en haut de la Via Hippodameo, une corniche ionique avec astragales de perles et pirouettes dans la Casa di Leda77. Sur tous les sites ces stucs ne sont clairement qu’un décor, dont la composition diverge de plus en plus de celle des modèles en pierre78.

  • 79 Ferchiou 1995 : à Utique c’est un décor ionique ; voir Schäfer 2006 pour Cossyra.
  • 80 Wiegand & Schrader 1904, fig. 345 : le méandre se détache en blanc sur fond bleu. Schäfer 2006, p.  (...)

38Aux alentours de la Sicile, dans des régions d’obédience punique, le décor de l’habitat hellénistique suivait la même mode très grecque, comme à Malte, l’antique Mélitè, dont Diodore de Sicile (V, 12,2) disait que « les maisons les plus éminentes étaient généreusement construites avec des corniches et des stucs en abondance ». Ni la Tunisie ni l’île de Pantelleria n’y échappaient79 : les murs du 1er Style dans des édifices publics et des habitations de l’antique Cossyra connaissaient eux aussi, en plus de chapiteaux ioniques stuqués, de denticules, de corniches moulurées et de simas, la superposition d’une moulure à rais-de-cœur plastiques, de denticules et d’un astragale en stuc sous corniche, tandis que des mascarons en stuc ont dû tomber de simas ou de métopes (?). Une particularité que le décor mural de Cossyra partage avec celui de la Maison 33 de Priène, et qui ne se retrouve pas ailleurs en Méditerranée orientale, ce sont les bandes de méandres à mi-hauteur du mur, modelées en relief80 au lieu d’être seulement peintes de manière illusionniste, et il n’y a qu’à Cossyra qu’a été récupéré un guillochis en stuc plastique.

  • 81 Blanc 1993.

39Sans surprise, en Italie du Sud, les maisons de Pompéi ont elles aussi adopté, au iie s., des petites architectures en stuc blanc : d’ordre ionique dans la Maison du navire d’Europe (fig. 12), tandis que dans le péristyle 45 de la Maison des Dioscures un entablement en stuc mêle une architrave à deux fasces, des métopes lisses et une frise à denticules81, un décor qui ressort encore plus nettement dans la Maison du Faune, où les colonnes ioniques sont complètes car détachées du mur.

Figure 12. Pompéi, une pièce de la Casa della Nave Europa, avec son décor architectural en stuc

Figure 12. Pompéi, une pièce de la Casa della Nave Europa, avec son décor architectural en stuc

© GFDL, Wikimedia Commons

Conclusion

40Si nous mettons à part l’emploi durable du stuc à plat, comme couche de protection ou d’égalisation, pour nous concentrer sur les stucs plastiques, nous ne pouvons que souscrire aux constatations de G. R. Wright ou de L. Campagna : l’histoire des stucs architecturaux grecs est celle d’un décor tôt affranchi des règles structurales des ordres et qui le sera de plus en plus ; il relève d’une koinè hellénistique en Méditerranée, mais avec quelques particularités locales.

  • 82 Alabe 2002.
  • 83 Une « rupture », remarque Blanc 1983, n. 41.
  • 84 In Bruneau et al. 1970, p. 188-189.

41Un point commun à toutes les maisons concernées, partout, c’est que les stucs appliqués en relief en haut des murs ne continuent pas sur le plafond. À ce jour, les remarques de R. Ling n’ont pas été démenties : les plafonds des maisons hellénistiques étaient soit sans décor, soit peints82, et ce sont ceux des grands édifices publics ou sacrés qui pouvaient être divisés en caissons à bords moulurés, surtout dans les porches et les péristyles. Le caisson ornementé en stuc à reliefs, lui, est né à Rome sur des voûtes au début du ier s. av. J.-C., comme un nouveau langage esthétique créé par les Romains, qui ont d’ailleurs utilisé pour cette activité de leurs stucateurs des termes techniques non issus du grec83. Un autre point qu’il convient de souligner, c’est l’association profonde de ces stucs architecturaux avec le 1er Style pompéien ou Style structural ; U. Bezerra de Meneses84 n’avait pas tort d’écrire que la vogue des stucs plastiques est une des causes « de la désagrégation du Style structural, par l’animation qu’ils introduisent dans les parties hautes ». Pour attirer à nouveau l’œil vers le bas ou le milieu du mur il fallait innover, donc passer à un autre style.

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Notes

1 Voir surtout Mielsch 1975 (commence par une introduction sur les stucs hellénistiques) ; Blanc 1983 et à paraître.

2 Orlandos 1966, p. 136-143, 146-148 (la chaux et le gypse, essentiellement d’après les textes), 149-150 (analyses chimiques des enduits de chaux), 151-153 (« imitations d’éléments architectoniques en stuc ») ; Martin 1965, p. 422-432 (les revêtements, avec des difficultés dans la distinction des matériaux), 439-445 (« le décor de stucs modelés »).

3 Martin 1982.

4 Andreou 1988 ; Bingöl 1988.

5 Dans le gros article de Sydow 1979, puis dans la monographie de Brem 2000, sur le décor mural d’une maison à Iaitas.

6 Bulard 1908.

7 Dans sa recension de Brem 2000, N. Blanc (RA 2003/1, p. 171-172) regrettait le manque de fouilles systématiques et intégralement publiées pour l’architecture domestique. Celle de l’habitat hellénistique de Iaitas, avec son décor mural, constitue une des rares exceptions.

8 Wright 2005, p. 142 sq.

9 Citation reproduite avec d’autres du même genre dans Paris-Rome-Athènes 1982, p. 119.

10 La liste des exemples serait longue, le problème étant surtout patent en anglais, où le terme « plaster » est utilisé pour tout enduit, qu’il soit à base de plâtre ou de chaux.

11 Marcadé 1952, surtout p. 109-111, fig. 8-9 (une idée reprise en 1969 dans sa thèse Au Musée de Délos, p. 417).

12 L’erreur d’appréciation a été relevée dans Martin 1965, p. 439 n. 3.

13 Ginouvès & Martin 1985, p. 50 ; pour le décor cf. p. 138, 140 (stuc à reliefs), 141, 146. Orlandos 1966 ne s’étend pas non plus sur la production et la fabrication du stuc, mais il reprend des résultats d’analyses.

14 Barbet 1979, et confirmation dans Blanc 1995 (entre autres).

15 Pour une carte des ressources en gypse dans la Méditerranée orientale, voir Reimann 2007 : il s’en trouve sur une ligne qui va de l’épire à la Crète en passant par deux îles de l’Adriatique et deux sites du Péloponnèse.

16 Juste au sud du palais minoen de Cnossos, la colline Gypsadhès est ainsi nommée d’après ses carrières de gypse, utilisé comme matériau de construction ou en plaques pour le palais.

17 Voir par ex. Dandrau 1999, p. 10 : la couleur blanche résulte de « l’enduit lui-même non peint ou d’une seconde couche appliquée sur cet enduit. Il arrive que cette couche soit mélangée à une faible quantité de plâtre ».

18 Mais non auparavant, comme il ressort de plusieurs études, dont Abd El Salam 2004.

19 Wright 2005, p. 156.

20 Voir en dernier lieu Isler 2009, surtout p. 176-182, avec la bibliographie antérieure.

21 Voir par ex. Guimier-Sorbets 2010.

22 Hellmann 1992, p. 42, renvoie à l’inscription d’une mosaïque d’érétrie, où l’expression koniama tôn edaphéôn désigne sûrement la pose d’un revêtement de sol mosaïqué, sans doute par extension de sens du mortier de chaux qui entoure les tesselles, d’après l’argumentation convaincante de Ph. Bruneau.

23 Nordquist 2002.

24 Andreou 1988, p. 100, catalogue no 127.

25 Broneer 1971, p. 33-34 et pl. 1-D.

26 Martin 1965, p. 428.

27 M.-F. Billot in Paris-Rome-Athènes 1982, surtout p. 83-87 ; Hesberg et al. 1992 ; cf. Mertens 1984 : sur les temples d’Agrigente et celui d’Héra à Sélinonte.

28 Références dans Hellmann 1992, p. 38, 41-42 (où est aussi précisé que, contrairement à ce qu’écrit Andreou 1988, p. 14, aleiphè et koniasis ne sont pas des synonymes pour la même opération).

29 Schwandner 1976.

30 Mémoire explicatif, dans Paris-Rome-Athènes 1982, p. 372, 376.

31 Jannoray 1954, p. 45.

32 Voir par ex. M. Hamiaux dans le catalogue d’exposition Descamps-Lequime 2011, p. 296 no 159 : le « bloc de couronnement du grand ordre dorique » porte « quelques traces de stuc dans les cannelures », et sous les demi-chapiteaux de chaque côté, comme dans la demi-colonne du petit ordre ionique, p. 299 no 165.

33 BCH 8, 1884, p. 483.

34 Elle possédait en fait une cella dédiée à Athéna : Bankel 1997.

35 Müller-Wiener 1988, p. 53.

36 Wolf 2003, p. 48 : des traces de stuc blanc subsistent sur les colonnes en grès dolomitique du péristyle de la grande maison dite « Ginnasio ».

37 Green 2007 : tous les éléments en pierre du théâtre de Paphos, bâti vers 300 av. J.-C., étaient recouverts d’un stuc blanc, comme dans les « Tombes royales » à l’ouest de la ville. Voir aussi le site Internet australien http://www.paphostheatre.com/.

38 Moretti 2012.

39 Martin 1982 et Miller 1982.

40 R. Martin datait le troisième état de la porte de Zeus et d’Héra du dernier quart du ive s., mais Grandjean et al. 2011, p. 266, le place vers 300, soit peu avant la grande tombe de Lefkadia, en associant l’architecture, l’épigraphie et les timbres amphoriques.

41 Rappelons que les particularités techniques de ces tombes construites sous tumulus ne se rencontrent pas qu’en Macédoine.

42 Pour simplifier, je renvoie à Miller 1982, qui donne la bibliographie antérieure.

43 Brecoulaki 2006, surtout p. 60 sq., toujours avec la bibliographie correspondante.

44 Lauter 1986 donne, pl. 16-17, les clichés de deux façades ioniques de tombes macédoniennes, à Vergina et à Thessalonique.

45 Les tombes de Moustafa Pacha (ou Moustafa Kamel) ont souvent été reproduites, par ex. dans Lauter 1986, pl. 10 et 11a-b.

46 Guimier-Sorbets 2012.

47 Mazzei 1995, p. 185-187, avec d’autres exemples à Tarente et à Canosa (hypogée Lagrasta 1).

48 Dyggve 1960, p. 491-504, pl. XIII B.

49 Patsiada 2013, p. 124 sq., par ex. 159-160 (bucranes, feuilles).

50 Surtout Andreou 1988, p. 185, ainsi que Guldager Bilde 1993, p. 167.

51 La série isolée de denticules se rencontre fréquemment à Pompéi, mais les denticules et leurs moulures sont aussi très nombreux à Délos : Bulard 1908, p. 155.

52 Mielsch 1975, p. 4, et Guldager Bilde 1993, p. 167.

53 Nous laisserons de côté les fragments de décor mural en stuc du 1er Style qu’A. Wirth avait publiés (dans AM, 56, 1931, p. 33 et suiv, fig. 137-138) comme étant le décor mural d’une maison d’Athènes, mais il s’agit bien plus probablement du décor des salles de banquet du Pompéion, apposé lors d’une réfection de la fin du iie s. ou du début du ier s. (Hoepfner 1976, p. 103-104, 139). On a restitué, en haut, une frise dorique et une architrave en stuc, ainsi qu’une architrave à fasces sous une corniche à petits denticules ; il existait aussi des consoles de corniche.

54 Dernière liste dans Campagna 2011.

55 Dernière reproduction par M. Lilimbaki-Akamati in Descamps-Lequime 2011, p. 271. Cf. Walter-Karydi 1998, p. 48-49, fig. 39, où cette décoration est rapprochée de celle, en pierre, de l’Arsinoeion de Samothrace.

56 Cependant Andreou 1988, p. 186-187, précise que, pour représenter le ciel, le bleu n’est pas la couleur la plus fréquente à cet emplacement.

57 Wiegand & Schrader 1904, p. 312 sq., fig. 339-345, p. 314 fig. 348, p. 316 fig. 357-358 et 359, p. 319 (le stuc est à base de marbre) ; Wartke 1977.

58 Rumscheid 1998, p. 150 fig. 133 (en couleurs) ; cf. p. 208 fig. 180 : une vue de l’ordre ionique restitué à l’entrée d’une exèdre dans le gymnase du bas, qui a pu inspirer la galerie en stuc de l’habitat.

59 Pergamon, Panorama der antiken Metropole 2012, p. 521, no 5.44-5.46, avec la bibliographie. Cf. Orlandos 1966, p. 151-152 : la même frise du Palais IV (fig. 92), un fragment de colonne engagée (fig. 91) et un montant de porte en stuc modelé (fig. 90).

60 Bingöl 1988 et 1997, pl. 16 et fig. 60.

61 I. C. Love in AJA 76, 1972, p. 65 sq. et 397 (House 1).

62 ADelt 18, 1963, Chronika p. 323, pl. 371.

63 Zimmermann & Ladstätter 2010, p. 32.

64 Bulard 1908, p. 158, dit aussi qu’il s’agit des maisons les plus riches : si cette décoration, fruit d’un travail méticuleux, devait coûter cher, il faut relever que la Maison aux stucs, fouillée par C. Le Roy, est celle d’un artisan qui possédait deux pièces bien décorées à l’étage.

65 Depuis M. Bulard, des listes en ont été données à plusieurs reprises, plus ou moins complètes : voir Marcadé 1952, Andreou 1988, Bingöl 1988 et Campagna 2011.

66 Ling 1972, p. 17.

67 BCH 40, 1916, p. 254-255.

68 Bulard 1908, p. 110 et 149-162, et planches associées, surtout la VIA a. Ling 1972, p. 16, voit à bon droit un degré supérieur de sophistication dans cette composition de la Maison du Dionysos.

69 U. Bezerra de Meneses in Bruneau et al. 1970, p. 155 et fig. 109.

70 Ibid., p. 157, fig. 111 : une frise dorique, des denticules et des têtes de taureaux ; p. 158, fig. 114 : un entablement à frise de bucranes sous denticules ; p. 166-167, fig. 123 : un entablement dorique complet, à métopes blanches et triglyphes bleus.

71 C. Le Roy in BCH 84, 1960, p. 854-856.

72 Voir, entre autres publications, Aubert & Eristov 2001.

73 Pesce 1950, p. 68 et fig. 13.

74 Sydow 1979.

75 Brem 2000 ; datation fondée sur l’étude de la céramique, réaffirme H. P. Isler in MÉFRA 123, 2011 [2012], p. 133. Pour les mêmes corniches en stuc dans la Maison à péristyle 2 de Iaitas, qui remonte aux années 250 av. J.-C. mais fut longtemps en usage, voir Mächler 2014.

76 Campagna 2011.

77 On pourrait y ajouter les stucs d’une « villa » hellénistico-romaine de Ségeste : Daniele 2000. Sur les corniches au-dessus des portes des maisons d’Héraclée Minoa, également pour la plupart de date tardo-hellénistique ou romaine, voir De Miro 2012, p. 208-213, 223 et 411-412.

78 Campagna 2011, p. 193 : les corniches sans geison existent avant tout dans l’architecture monumentale et dans des monuments funéraires.

79 Ferchiou 1995 : à Utique c’est un décor ionique ; voir Schäfer 2006 pour Cossyra.

80 Wiegand & Schrader 1904, fig. 345 : le méandre se détache en blanc sur fond bleu. Schäfer 2006, p. 64 et fig. 27-28, renvoie aussi à un méandre en relief d’un probable temple de Cosa, vers la fin du iiie s. av. J.-C. ; p. 65, sa fig. 29 reproduit le gros guillochis en relief de Cossyra.

81 Blanc 1993.

82 Alabe 2002.

83 Une « rupture », remarque Blanc 1983, n. 41.

84 In Bruneau et al. 1970, p. 188-189.

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Titre Figure 1. Olympie, palestre. Les colonnes conservent des traces de stuc
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Titre Figure 2. Paphos, tombe en hypogée d’un dignitaire ptolémaïque. Les blocs d’architecture étaient stuqués
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Titre Figure 3. Délos, péristyle de la Maison du trident : restes du décor peint en Style structural, zones basses
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Titre Figure 4. Sélinonte, temple d’Héra : restes de stuc blanc sur des cannelures et sur l’architrave
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Titre Figure 5. Délos, Maison du Lac : exemple d’association du marbre gris-bleu et du marbre blanc
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Titre Figure 6. Lefkadia : état de la façade de la Tombe du Jugement au moment de sa découverte
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Titre Figure 7. Lefkadia : l’entrée de la Tombe Kinch
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Titre Figure 9. Érythrées, proposition de restitution de la dernière zone d’un mur du 1er Style dans une habitation
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Titre Figure 10. Quelques stucs architecturaux déliens dessinés par G. de Fonseca
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Titre Figure 11. Délos, Maison des Comédiens : restitution du décor d’un mur
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Titre Figure 12. Pompéi, une pièce de la Casa della Nave Europa, avec son décor architectural en stuc
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Marie-Christine Hellmann, « Les stucs architecturaux dans le monde grec. État de la question », Syria, HS V | 2019, 43-63.

Référence électronique

Marie-Christine Hellmann, « Les stucs architecturaux dans le monde grec. État de la question », Syria [En ligne], HS V | 2019, mis en ligne le 07 mai 2024, consulté le 05 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/syria/15533 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12ciz

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Auteur

Marie-Christine Hellmann

CNRS, Archéologie et Sciences de l’Antiquité (Archéologie du Monde grec), Maison Archéologie & Ethnologie René-Ginouvès, Nanterre.

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

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