Préface
Texte intégral
1Ce volume rassemble les communications de deux colloques internationaux sur les stucs d’Orient. Ce projet était un programme partagé au sein de l’UMR 7041 ArScAn par Anne-Marie Guimier-Sorbets (ArScAn-Archéologie du Monde grec) et Jacqueline Dentzer-Feydy (ArScAn-Archéologie du Proche-Orient hellénistique et romain) auxquelles s’est jointe Christiane Delplace (ArScAn-Archéologie du Proche-Orient hellénistique et romain). Il s’agit d’une collaboration scientifique et financière entre le CNRS, l’Université Paris Nanterre et l’Université Paris 1 Panthéon‑Sorbonne. Le premier colloque a eu lieu à Nanterre, à la Maison Archéologie & Ethnologie René-Ginouvès, les 21 et 22 novembre 2013, et le second à l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), les 11 et 12 décembre 2014, selon l’accord de partenariat entre l’Université Paris 1 Panthéon‑Sorbonne et l’INHA. Ont participé à ce colloque des enseignants et chercheurs de la Maison Archéologie & Ethnologie René-Ginouvès, de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et de l’Université Paris Nanterre, de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm (UMR 8546), mais aussi des collègues venant de Lyon (Maison de l’Orient et de la Méditerranée Jean-Pouilloux, UMR 5133 et 5189), de Genève, de Varsovie, de Milan, de Turin, de Vienne, de Berlin et de Jérusalem.
2Notre projet était de rassembler les données et les points de vue sur un matériau architectural peu étudié, au contact des mondes classiques et des domaines orientaux. Les enduits et stucs en saillie ont largement revêtu les intérieurs des espaces domestiques, publics et religieux mais également, dans certains cas, les surfaces extérieures jusqu’à dissimuler complètement les matériaux de construction proprement dits. En Orient comme en Occident, les fouilles architecturales des périodes classiques fournissent en effet une quantité considérable d’enduits peints et de stucs architecturaux en relief. Les équipes Monde grec et Archéologie du Proche-Orient hellénistique et romain du laboratoire ArScAn (UMR 7041, CNRS, Université Paris 1 Panthéon‑Sorbonne, Université Paris Nanterre, ministère de la Culture, Maison Archéologie & Ethnologie René-Ginouvès) travaillent sur des ensembles architecturaux stuqués à Alexandrie en Égypte, Pétra et Dharih en Jordanie, Bosra et Palmyre en Syrie. L’examen de ces ensembles révèle dans certains cas une technologie différente de celle que l’on connaît en Occident (composants à base de calcaire, gypse ou argile, modes de façonnage et d’accrochage). Les restitutions montrent aussi une organisation du décor mural, une abondance de décors géométriques, végétaux et figurés, qui s’écartent des modèles connus dans le domaine gréco-romain. On constate des différences régionales au Proche et Moyen-Orient entre des décors muraux dont la filiation hellénisée est claire et des décors qui révèlent d’autres influences, peut-être orientales.
3Le but de ce colloque était donc de mettre en lumière les origines, en Orient et dans le monde grec, des décors muraux en saillie, en stuc, plâtre ou argile, à la lumière des recherches récentes. Il s’agissait ensuite de définir les différents types de ces décors depuis le domaine de la Méditerranée orientale jusqu’à l’Asie centrale : caractéristiques, technologies, aires régionales de diffusion, influences culturelles, hybridations, datations, durées. D’où viennent les modèles décoratifs : architecture en pierre, en bois, textiles ? Dans quelle mesure les stucs architecturaux complètent-ils l’architecture réelle, l’imitent ou s’en éloignent ? À quoi se rattachent les nombreuses représentations figurées ? Ont-elles un rôle didactique ou seulement décoratif ? Peut-on distinguer les influences de la culture romaine des influences de la culture grecque orientale ? Dans quelle mesure les stucs omeyyades sont-ils issus de la tradition des stucs architecturaux développés dans le domaine oriental ?
4La confrontation des données et des documents exposés dans les communications a permis de montrer que les enduits architecturaux ont été employés dans le monde grec dès la période archaïque et classique à la fois pour protéger, uniformiser et donner de l’éclat à des parements réalisés en terre ou en pierre d’aspect irrégulier. À partir de la fin du ve s., ces enduits, utilisés éventuellement en relief (corniche) à l’intérieur des constructions, participent avec la peinture à la création du « style structural » ou « style de grand appareil », correspondant au style illusionniste qui se développe en Grèce au ive s., et dont les tombes macédoniennes sont un des meilleurs exemples, tant sur les façades qu’à l’intérieur. Les différents apports de ces colloques confortent l’hypothèse d’une importation de ces modèles décoratifs vers Alexandrie, les centres du Levant et l’Asie centrale hellénisée.
5Les enduits et revêtements étaient très utilisés en Orient aux périodes antérieures mais ils étaient à base d’argile et de gypse et non de calcaire et ils n’adoptaient pas des formes architecturales, mais plutôt décoratives. L’apport de l’hellénisation a été l’imitation de la forme architecturale, essentiellement les ordres en décors muraux. Cependant, l’art des stucs se distingue en Orient des pratiques que l’on connaît en Occident à l’époque romaine. La première originalité et la plus frappante est l’usage abondant de figures humaines en fort relief. Ces figures en stuc, en général très expressives et que l’on peut comparer à l’art hellénistique séleucide, puis romain d’Asie Mineure, étaient fixées au support mural avec des tenons. Les visages étaient moulés, puis travaillés à la spatule. Ils adoptent toutes les expressions, du pathétique au grotesque, ajoutant une galerie de figures à l’art gréco-romain de la Méditerranée orientale. L’autre particularité notable de ces stucs est leur intense polychromie, plus marquée que dans le monde romain contemporain. Sur les sites du Levant occidental et l’arrière-pays, d’Alexandrie à Salamine de Chypre, à Pétra et Dharih, à Gérasa et à Palmyre, en passant par le monde palestinien juif dans lequel la figuration humaine était en revanche proscrite, nous avons donc vu prendre forme un art du revêtement gréco-romain chargé, coloré, très vivant et souvent en forte saillie. Avec la Mésopotamie et l’Asie centrale, nous sommes dans un monde différent, dans lequel l’argile et le gypse ont été dominants et les influences décoratives plus éclectiques.
6Nous avons souhaité enfin que des spécialistes des périodes sassanides et omeyyades nous donnent un aperçu des revêtements décoratifs utilisés de l’Iran à la Syrie. Ces communications ont montré une évolution de ces arts décoratifs, en général plus plats et plus couvrants que les décors hellénisés, mais avec une faveur toujours vive pour la représentation de la figure humaine.
7Pour organiser ce programme de colloques, puis préparer la publication des actes, nous avons bénéficié de la bienveillance active de la direction de l’UMR 7041 ArScAn et de nos équipes respectives Archéologie du Monde grec et Archéologie du Proche-Orient hellénistique et romain, parmi lesquelles nous remercions Francis Joannès et Corinne Debaine-Francfort, alors directeurs de l’UMR, François Villeneuve, Pierre-Marie Blanc, Virginie Fromageot-Lanièpce et Rozenn Douaud pour l’infographie. Nous remercions également l’Université Paris Nanterre et l’Université Paris 1 Panthéon‑Sorbonne pour leur aide financière et l’INHA pour l’accueil de notre second colloque dans ses locaux. Enfin, nous remercions l’Institut français du Proche-Orient, qui a accepté d’accueillir cette publication dans la série des Suppléments à la revue Syria. Pour la préparation de cet ouvrage, nous avons bénéficié de l’aide d’Anne-Sibylle Loiseau, secrétaire de rédaction de la revue Syria, de la traduction en anglais d’Isabelle Ruben, de la traduction en arabe de Chadi Hatoum, de notre équipe Archéologie du Proche-Orient hellénistique et romain, et de la mise en forme d’Astrid Emery, graphiste et assistante d’édition.
Pour citer cet article
Référence papier
Jacqueline Dentzer-Feydy et Anne-Marie Guimier-Sorbets, « Préface », Syria, HS V | 2019, 13-14.
Référence électronique
Jacqueline Dentzer-Feydy et Anne-Marie Guimier-Sorbets, « Préface », Syria [En ligne], HS V | 2019, mis en ligne le 07 mai 2024, consulté le 10 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/syria/15645 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12ciy
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