- 1 Villeneuve 1988 ; Al-Muheisen & Villeneuve 1994 ; Villeneuve & Al-Muheisen 2000 et 2008 ; Chambon, (...)
1Le site jordanien de Dharih est situé sur la route des Rois à une centaine de kilomètres au nord de Pétra, et au sud d’une suite de trois sites nabatéens avec sanctuaire : Qasr Rabbah, Dhāt Rās et Tannour. Il a été fouillé en quatorze campagnes de 1984 à 2008, par une mission franco-jordanienne dirigée par François Villeneuve et Zeidoun al-Muheisen1. Il s’agit d’un village à vocation agricole avec plusieurs huileries, un grand bâtiment résidentiel, ainsi que des maisons, un caravansérail et de nombreux vestiges non encore fouillés. Une nécropole avec un tombeau monumental occupe la partie haute du site.
- 2 Les mentions entre parenthèses renvoient aux appellations des espaces intérieurs du temple reportée (...)
- 3 mwtb ou mytb est un terme sémitique qui apparaît dans quelques inscriptions nabatéennes de Bosra, P (...)
- 4 Le temple du ier s. était de plan carré. Son dallage était à 0,70 m au-dessous de celui de la cella (...)
2La particularité de Dharih est la présence d’un grand sanctuaire avec un temple installé sur un éperon rocheux (fig. 1) au confluent de deux wadis, et assurément associé au haut-lieu de Tannour à 7 km au nord. Le temple, dont la divinité tutélaire n’est pas connue, est remarquable par son luxuriant décor lapidaire, tant en façade qu’à l’intérieur, et par une très abondante et originale décoration stuquée, principalement dans la cella. De plan rectangulaire, 22,60 x 16,65 m (fig. 2), le temple comprend un vestibule d’entrée2, une cella, un mōtab3 entouré d’un couloir et flanqué de trois chambres et d’une cage d’escalier. Daté par la fouille du début du iie s. apr. J.-C., il est édifié sur un monument plus ancien4 et a connu ensuite au cours de son histoire différents aménagements et transformations, notamment aux époques byzantine tardive et proto-islamique. Contrairement au Qasr al-Bint de Pétra avec lequel il a de grandes similitudes, le décor stuqué est ici uniquement placé à l’intérieur du bâtiment.
Figure 1. Vue du temple de Dharih (iie s. apr. J.-C.) avec les aménagements byzantins dans le vestibule et la cella : vers le nord, en fin de fouilles
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Figure 2. Plan du temple en son état du début du iie s.
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3Le vestibule d’entrée du temple est un espace barlong (14,40 x 6,40 m), aux murs latéraux d’un mètre d’épaisseur en pierres de taille parementées sur leur face extérieure et, sur leur face intérieure, en parpaings irréguliers recouverts d’épais enduits. Le mur de façade présente une grande porte centrale (fig. 2, porte 32) et deux grandes fenêtres disposées en hauteur. Peu épais (de 0,70 à 1 m), il a été renforcé à l’intérieur, de part et d’autre de la porte, par deux pilastres de pierres de taille à base moulurée posés à même le dallage (fig. 2, localisation 18,19) peu après la construction de la façade, semble-t-il, dans le dessein de supporter son lourd fronton. Le mur nord du vestibule présente lui aussi une haute porte centrale (fig. 2, porte 34), qui donne accès à la cella. Du côté du vestibule, cette porte est flanquée de deux niches (fig. 2, niches 30-31). Une porte de dimensions réduites (fig. 2, porte 33), située dans le mur est, permettait (avant d’être obturée) d’accéder à un autel monumental localisé à l’est du temple. D’après la restitution des murs extérieurs du temple, la hauteur des murs est estimée à 13 m. Un conduit d’évacuation d’eau (fig. 2, localisation 46) est aménagé au niveau du dallage dans le mur ouest près du coin sud-ouest. En deux endroits, dans les coins nord-est et sud-ouest, ont été mis au jour des enduits in situ (fig. 3-4). Ils se présentent en deux couches : un premier enduit assez grossier, épais d’environ 3 cm, comble les irrégularités des parpaings des murs. Il est recouvert par un enduit plus épais (5 à 6 cm), de même nature, incorporant de nombreux petits gravillons, mais à la surface bien lissée qui a conservé sa peinture rouge d’origine. Parmi les fragments en stuc mis au jour, très peu d’éléments décoratifs peuvent être mis en situation sur les murs avec une quasi-certitude. Ce sont de grosses corniches à denticules (fig. 8), et les trois fragments de coquille (fig. 5) provenant de la niche est (fig. 2, niche 30).
Figure 3. Le vestibule : enduits muraux in situ du coin sud-ouest (fig. 2)
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Figure 4. Le vestibule : enduits muraux in situ du coin nord-est (fig. 2)
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Figure 5. Le vestibule : fragment de coquille en stuc (S.174) de la niche est (fig. 2) et dessin de restitution
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Figure 6. Le vestibule : la niche (fig. 2) en fin de fouille ; à terre, les blocs de pierre de sa couverture
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Figure 7. Le vestibule : restitution de la niche (fig. 2) à partir des fragments recueillis
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- 5 Eddinger 2001-2015.
- 6 Zayadine, Larché & Dentzer-Feydy 2003, p. 214 fig. 78.
4À la lumière des vestiges recueillis, nous pouvons proposer une reconstitution convaincante du mur nord (fig. 11) en nous référant à la façade du tombeau de Dhāt Rās5 (fig. 10). Les chambranles ioniques en pierre de la porte sont identiques, ainsi que la disposition de la niche conservée. Nous proposons que la paroi de mur à l’ouest de la porte avait également une niche, la construction du temple de Dharih répondant presque systématiquement à un parti pris de symétrie. Nous avons estimé la hauteur de la porte en partant de sa largeur et en tenant compte des proportions de la porte d’entrée du temple. Une corniche à gros denticules (fig. 8) courait en haut des murs sans que nous puissions en déterminer la position en hauteur avec précision. Des fragments de quarts de colonnes cannelées pouvaient garnir les coins de la pièce mais, mis au jour stratigraphiquement très haut dans la destruction, et d’un module semblable aux colonnes de coin de la cella, elles peuvent fort bien provenir de celle-ci. La question de la couverture du vestibule se pose : sa profondeur (6,40 m) et les deux fenêtres hautes en façade n’interdisent pas la disposition de poutres supportant un toit plat, mais les vestiges de la façade ne présentent pas sur leur face intérieure d’emplacements pour les fixer. Le petit conduit ménagé dans le mur ouest au niveau du dallage, près du coin sud-ouest, donnant vers l’extérieur (fig. 2, localisation 46), a attiré notre attention : il aurait pu servir à évacuer les eaux pluviales. Nulle part ailleurs dans le temple nous n’avons un tel dispositif, ce qui nous amène à penser que le vestibule pouvait être hypèthre. Cette hypothèse peut être confortée par la décoration en stuc très simple par rapport à celle de la cella et l’absence d’emplacement de poutraison sur le mur sud (le haut du mur nord du vestibule ayant quant à lui complètement disparu). Dans l’hypothèse d’un vestibule hypèthre, la corniche à gros denticules pouvait être, comme au Qasr al-Bint6, protégée des intempéries par un larmier (fig. 9). Le vestibule du temple de Dharih serait donc une sorte de cour intérieure devant la façade nord, une façade intérieure en quelque sorte, de composition semblable à la vraie façade du tombeau voisin de Dhāt Rās.
Figure 8. Le vestibule : grosse corniche à denticules (S.075), h. : 18 cm
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Figure 9. Le vestibule : restitution de la corniche à denticules en situation en haut des murs, couverte d’un larmier en pierre hypothétique qui la protège des intempéries (vestibule hypèthre)
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Figure 10. Le vestibule : façade du tombeau de Dhāt Rās
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Figure 11. Le vestibule : vue du vestibule en perspective, vers le nord : proposition de mise en situation des différents éléments du décor avec la porte centrale ouvrant sur la cella et, au fond, le môtab
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5C’est dans cette salle légèrement plus étroite que le vestibule (14,40 x 5,50 m), sous 3,50 m de destructions, qu’a été mise au jour une très abondante quantité de stucs, malheureusement souvent très fragmentaires. On peut penser qu’après le tremblement de terre de 363, une partie de ceux-ci était encore en place, et il devait en être de même lors de la transformation en église dans le courant du vie s., notamment dans le coin sud-ouest, où les principaux ensembles décoratifs ont été mis au jour, protégés d’une destruction totale par les murs d’une petite pièce d’époque omeyyade.
- 7 Rozenberg & Mevorah 2013.
6Les enduits et stucs ne sont en place sur les murs qu’en deux endroits. À la base du mur ouest (fig. 2, mur 2, et fig. 12), un enduit est préservé sur une longueur de 1,50 m avec un retour sur le mur nord-ouest (mur 6). Peu épais (5 cm), il est disposé en une seule couche ; comme cet enduit est très délavé, la peinture a disparu. Le second vestige in situ a été découvert derrière l’abside de l’église byzantine installée à l’est de la cella (fig. 13). Il s’agit d’une large frise décorative dans le coin sud-est et sur le mur sud (mur 5), à 2,50 m au-dessus du dallage. Coiffant un enduit mural rouge pompéien, une corniche à denticules est surmontée d’un panneau rectangulaire flanqué de pilastres (90 x 60 cm) (fig. 13-14, 17). Les bords en doucine sont en fort relief et, sur le bord inférieur du panneau un décor rapporté est préservé. Il s’agit d’un motif bi- et trifolié lancéolé, disposé dans une bande ondulée, associé à des perles. Ce motif pourrait représenter des feuilles d’olivier avec des fruits. Ce thème décoratif se rencontre généralement au ier s. en représentation lapidaire7.
Figure 12. La cella : enduit mural préservé à la base des murs ouest (fig. 2) avec un retour sur le mur nord (fig. 2)
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Figure 13. La cella : panneau décoratif en stuc encore en place sur le mur 5 près du coin sud-est
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Figure 14. La cella : essai de restitution du panneau décoratif (fig. 13) disposé au-dessus de la corniche denticulée
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Figure 15. La cella : colonne cannelée du coin sud-ouest (murs 2 et 5), conservée sur une hauteur de 2,50 m
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Figure 16. La cella : départ du jambage oriental de la porte (S.099), l. 30 cm
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Figure 17. La cella : croquis de mise en situation sur le mur sud de la cella des éléments de décor représentés sur les fig. 14-16. À droite : fragment de colonne de coin
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7En deux autres emplacements, on peut aussi envisager une mise en situation des stucs avec une quasi-certitude. D’une part, une double colonne de coin (fig. 15, 17) a été mise au jour sur un niveau de destruction à 2,30 m au-dessus du dallage dans le coin sud-ouest (fig. 2, murs 2 et 5). Cet ensemble décoratif a pu être remonté sur une hauteur de 2,50 m. D’autre part, un gros bloc décoré vient du jambage est de la porte (fig. 16-17). Pour tous les autres vestiges, souvent de grande taille, que nous ne pouvons mettre en situation sur les murs, nous allons dans un premier temps établir un répertoire des principaux motifs et des formes ; ensuite nous proposerons des restitutions en nous inspirant de décors existant ailleurs dans la région à la même époque, notamment à Pétra.
8Elles sont soit droites, soit incurvées, soit disposées en fronton triangulaire, avec deux tailles principales de denticules : 3,5 x 3 et 3 x 2,5 cm. Les plus importantes occupaient vraisemblablement le haut des murs (fig. 17). Les autres étaient disposées à des niveaux intermédiaires, comme sur le mur 5 à l’est (fig. 14). Sur la plupart d’entre elles, on remarque des restes de peinture noire.
Figure 18. La cella : a. (S.066) Grande corniche à gros denticules (h. cons. 18 cm) ; b. (S.053) Grand fragment d’une corniche à gros denticules : on remarque, sur le plat de l’enduit mural, des mortaises de fixation de motifs décoratifs de taille importante. Au dos, l’emplacement des armatures de joncs disposées horizontalement (h. 18 cm) ; c. (S.051) Couronnement en talon avec un motif appliqué de griffon passant à gauche (h. cons. 15 cm)
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Figure 18. La cella : d. (S.068) Couronnement en ovolo avec restes de décor appliqué (h. cons. 17 cm) ; e. (S.022) Corniche avec gros oves, coquilles et fers de lance (h. cons. 12 cm) ; f. (S.080) Corniche en doucine surmontant un bandeau décoré de cercles en relief disposés entre des palmettes ; en dessous, restes de la couleur bleue du mur (h. cons. 24 cm)
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9Elles sont particulièrement intéressantes par leur décoration à pastilles rapportées ou moulée, de rosettes, de palmettes, de coquilles, d’oves entre fers de lance et aussi de motifs animaliers, comme des griffons passants notamment.
Figure 19. La cella : a. (S.091) Demi-colonne cannelée de grand module (l. cons. 28 cm) ; b. (S.011) Cannelures d’une demi-colonne, comblées pour obtenir une colonne lisse (l. cons. 24 cm) ; c. (S.017) Quart de colonne cannelée surmontée d’un bandeau à motif appliqué de palmettes sur un quart de colonne lisse (l. cons. 26 cm) ; d. (S.032) Demi-colonne à grandes cannelures (diam. 27,5 cm)
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Figure 20. La cella : a. (S.005) Double demi-colonne de coin, lisse, à décor appliqué de pampres de vigne et de grappes de raisin (l. 31,25 cm.) ; b. (S.001) Demi-colonne lisse à décor appliqué de pampres de vigne et de grappes de raisin (diam. 28 cm) ; c. (S.028) Demi-colonnes jumelées, lisses, posées sur une corniche denticulée soutenue par un pilastre (L. cons. de la frise denticulée 27,5 cm) ; d. (S.055) Grande console à corniche denticulée portant une demi-colonne lisse, remontée sur une hauteur de 1,80 m. (l. console 26,25 cm, l. corniche 37,5 cm, diam. demi-colonne 27,5 cm) ; e. (S.154) Grande console à corniche denticulée, décorée d’abondants motifs appliqués supportant un pilastre (l. du pilastre 27,5 cm)
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10Elles se présentent sous deux formes : cannelées ou lisses avec un décor à pastilles rapportées qui a la plupart du temps disparu. Elles occupent soit le nu des murs, soit les coins, ou sont jumelées sur une console (fig. 20c). De différents diamètres, elles sont aussi bien à cannelures à bord plat (fig. 19d) qu’à listels (fig. 19a). Certaines colonnes lisses ont un décor appliqué de pampres de vigne avec des grappes de raisins. Sur certains fragments, on constate que des colonnes lisses ont été faites à partir de colonnes cannelées dont on a bouché les cannelures avec un enduit (fig. 19b).
- 8 Zayadine, Larché & Dentzer-Feydy 2003, p. 212-214.
11Étroits à bords lisses ou moulurés, ils sont souvent décorés de motifs appliqués de palmettes. Nous n’en possédons que des fragments, mais pouvons les restituer aisément à partir d’exemples provenant du Qasr al-Bint de Pétra8.
Figure 21. La cella : différents modèles de pilastres : a. (S.036, l. 15 cm) ; b. (S.026, l. 15 cm ; d et e. (S.059, l. 18 et 20 cm) ; f. (S.025, l. cons. 16,2 cm), à décor de volutes, palmettes. Le fragment (fig. 21a) présente une mortaise permettant de fixer un motif plus important peut-être figuratif comme au Qasr el-Bint de Pétra (fig. 21c) ; g. (S.050 : à g., l. cons. 57 cm, h. 45 cm, S.005 ; à d., l. cons. 60 cm, h. cons. 30 cm, épais. 13 cm) chapiteaux ? Essai de mise en situation
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12Deux beaux fragments de consoles ont été mis au jour, l’un supportant une demi-colonne lisse conservée sur une hauteur de 1,80 m, vraisemblablement décorée d’un motif appliqué, comme nous l’avons vu précédemment, l’autre portant un pilastre abondamment décoré d’oves, de rais-de-cœur, de rubans et de palmettes, notamment. Ces consoles sont d’un modèle classique avec une frise à petits denticules.
13Mis au jour dans le coin sud-ouest de la cella, deux gros et épais motifs décoratifs représentant des cornes d’abondance liées entres elles présentent sur leur face plate un motif de rinceaux se rapprochant du décor des chapiteaux corinthiens du mōtab. D’autres fragments indiquent qu’ils n’étaient pas uniques.
Figure 22. La cella : a. Fragments de niche (S.072 et S.072), restitution (l. du fronton 27 cm, l. de la niche 21 cm) ; b. (S.049 et 098, L. cons. 68 cm, h. cons. 25 cm). Deux fragments de stuc à décor d’ondulations et restes de peinture bleue sur le bord plat ; c. (S.062, L. cons. 40 cm, l. 18 cm) Stuc à motif de filaments ondulés. Quelques exemples de motifs à thème humain ou animalier ; d. (S.152) Buste drapé en haut relief ; e. (S.168) Buste d’homme dans un petit médaillon ; f. (S.117) Motif d’angle avec Amour et cratère ; g. (S.087) Griffon passant à droite, décor appliqué sur un couronnement en talon (L. cons. 15 cm, l. 20 cm)
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- 9 Dentzer 1990, p. 207-219.
14Des fragments d’au moins deux petites niches, peu profondes, surmontées d’une rangée de perles et d’une frise de palmettes, pourraient figurer des petites chapelles votives, habituellement déposées dans les sanctuaires ou naiskoi9.
15Un petit fronton triangulaire à denticules et d’autres éléments d’architecture difficiles à identifier complètent la très abondante décoration : parmi eux, des fragments de frise à motif ondulé sont difficiles à interpréter (fig. 22b-c).
16Outre le motif du griffon appliqué sur les couronnements en talon, nous relevons des représentations humaines ou mythologiques (fig. 22d-f) ainsi que d’objets comme le canthare de la figure 22f.
17Aucun vestige de plafond n’a été reconnu parmi le très grand nombre de stucs sortis de la cella.
- 10 Zayadine, Larché & Dentzer-Feydy 2003, p. 212-214.
- 11 Voir la contribution de P. Linant de Bellefonds dans ce volume.
18À la lumière de tous ces éléments d’architecture, nous pouvons proposer la séquence suivante : les murs étaient rythmés par des colonnes engagées et des pilastres placés sur des consoles, allant du dallage jusqu’à des frises en haut des murs. À 2,50 m au-dessus du dallage, une longue frise avec panneaux (fig. 14), haute de 60 cm, était posée sur une corniche à denticules (coin sud-est). On peut concevoir que cette frise était couronnée d’une importante corniche à denticules supportant une demi-colonne cannelée (fig. 15) montant aussi très haut, comme nous l’avons remarqué dans le coin sud-ouest. Quant à ce que nous pensons être des chapiteaux, étant donné la situation stratigraphique des points de chute de leurs fragments, ils devaient être placés à une hauteur intermédiaire. Il pouvait en être de même des niches. Le tout était complété par des pilastres surmontés d’un entablement décoré, comme nous l’avons remarqué au Qasr al-Bint de Pétra10. Dans ce décor d’architecture devaient s’insérer des médaillons, des figures humaines ou mythologiques et sans doute en hauteur des représentations de personnages, presque grandeur nature (fig. 22d-g)11.
19Un couloir large de 70 cm entoure le mōtab sur trois côtés. Les murs construits en moellons grossiers étaient revêtus de mortier. Plusieurs fragments d’enduit y ont été mis au jour, dont certains portaient des graffiti tracés au charbon de bois (fig. 23). Un premier enduit peu épais composé de gravillons couvrait les irrégularités du mur ; par-dessus était appliquée une couche de même épaisseur en matériau fin, sur laquelle était fixée une autre couche fine de même épaisseur, à l’imitation d’un appareil de pierres à bossages rectangulaires, de couleur blanche, avec une ciselure périmétrale peinte en rouge. Une incision peinte en noir simulait les joints entre deux blocs (fig. 24). Sur certains, on remarque un losange blanc en relief bordé d’un trait noir. On peut penser qu’une corniche à denticules occupait le haut du mur, bien qu’aucun vestige de ce genre n’ait été mis au jour dans le couloir, ce qui se comprend fort bien compte tenu de ses réaménagements successifs. Le fait qu’à une période tardive (omeyyade ou postérieure) on y ait apposé des graffiti laisse supposer que les enduits recueillis se présentaient à hauteur d’homme. D’après les vestiges, nous proposons la restitution suivante : une alternance d’assises de blocs à bossages en losange et de blocs à bossages rectangulaires (fig. 25-26).
Figure 23. Fragment d’enduit à l’imitation de pierres à bossages, avec restes de graffiti d’époque tardive (omeyyade ?) tracés au charbon de bois
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Figure 24. Coupe du revêtement mural, de droite à gauche : 1. Mur en maçonnerie au relief irrégulier ; 2. Mortier grossier (épais. 2 cm) couvrant le mur en maçonnerie ; 3. Couche d’enduit fin (épais. 1 cm) ; 4. Couche d’enduit blanc à l’imitation de pierres à bossages (épais. 1 cm) ; 5. Marge peinte en rouge ; 6. Incision peinte en noir
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Figure 25. Reconstitution du décor mural à partir des vestiges mis au jour
© Mission franco-jordanienne de Dharih, J. Humbert
Figure 26. Essai de restitution du décor de l’enduit mural imitant un appareil de pierres à bossages rectangulaires de couleur blanche à marge rouge alternant avec des losanges blancs en relief bordés d’un trait noir. Une incision peinte en noir délimitait chaque bloc
© Mission franco-jordanienne de Dharih, R. Douaud CNRS UMR 7041
- 12 Corbo 1989, p. 44.
- 13 Savignac & Horsfield 1935, p. 252-253, fig. 6.
20En Palestine, on remarque un décor presque semblable sur le mur du côté nord du péristyle de l’Hérodium12. Les parements des blocs sont encadrés d’une rainure simulant les joints entre les ciselures périmétrales qui les bordent. Au temple de Ramm, dans le sud de la Jordanie13, la représentation de l’appareil à bossages est seulement peint, mais avec de nombreux motifs tracés en rouge, noir, bleu et vert. Dans notre reconstitution, il ne nous a pas été possible de préciser si ce décor partait du bas des murs ou si, comme à Ramm, il se plaçait au-dessus d’une haute plinthe, ce qui est l’hypothèse la plus vraisemblable.
21Un enduit fin peu épais (1 cm) couvrait les deux faces du stylobate du mōtab, dissimulant la semelle de poutres en bois disposées sous l’assise à corniche qui supportait les colonnes de l’édicule surmontant le mōtab (fig. 27). Cet enduit a été appliqué avant la pose du dallage, qui vient buter contre lui (fig. 28). Le fragment préservé, délavé, est trop petit pour que l’on puisse en connaître la couleur et savoir s’il était lisse ou décoré.
Figure 27. Mise en situation du décor mural. Nous avons volontairement disposé le revêtement stuqué à hauteur des graffiti tardifs sans préciser sa base, qui pouvait reposer sur une plinthe, ni si ce décor montait jusqu’au plafond
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Figure 28. Enduit (épais. 1 cm) sur la paroi intérieure du stylobate ouest, appliqué avant la pose du dallage qui s’appuie contre. Cet enduit couvrait la saignée renfermant la semelle en bois du stylobate
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22Un claveau d’arc complet et deux fragments (fig. 29) qui présentent sur leur face concave un enduit peint de motifs de losange à bord rouge sur fond blanc ont été mis au jour dans la moitié ouest de la cella.
Figure 29. Claveaux d’arc en pierre, enduits et peints de losanges et de lignes verticales rouges
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23Leur présence en cet endroit pourrait nous amener à penser qu’ils faisaient partie d’un arc disposé en façade du mōtab. Ce qui semble sûr, c’est que la technique de préparation des claveaux, l’enduit et le décor peint sont semblables à ce que l’on voit ailleurs dans le temple à cette époque.
- 14 Foerster 1995 ; Netzer 2001, p. 44, fig. 47-48 ; Barbet & Allag 1996.
- 15 The New Encyclopedia of Archaeological Excavations in the Holy Land 1993, 2, p. 733-735 : Jerusalem (...)
24De part et d’autre du mōtab, deux petites chambres de dimensions presque semblables (2,25 x 2,70 m et 2,20 x 2,50 m) ouvrent sur la cella. Sur les murs de la chambre ouest, toute trace d’enduit a disparu : il ne reste, à 2,40 m de hauteur, qu’une rangée de petites mortaises destinées à recevoir les taquets de bois ou de jonc supportant vraisemblablement une corniche à denticules. En revanche, dans la chambre est, sur le mur ouest (mur 8), des petits fragments d’enduit nous permettent de proposer une restitution. Il s’agit de fragments d’encadrements de trois panneaux rectangulaires surmontés d’une petite corniche à denticules qui pouvait être disposée à environ 2,80 m au-dessus du dallage. La hauteur, ici aussi, est établie à partir de l’alignement de mortaises destinées à recevoir l’armature en bois de fixation de la corniche (fig. 30). Ces mortaises sont espacées entre elles de 10 cm. La partie basse de ces panneaux a, semble-t-il, été détruite lors de l’installation de grandes jarres de stockage calées par des pierres au moment de la transformation du temple en résidence agricole à l’époque omeyyade. Comme pour le couloir entourant le mōtab, nous pouvons concevoir que ces panneaux étaient placés au-dessus d’une plinthe, ce qui est une disposition classique que l’on rencontre sur de nombreux sites tant en Orient qu’en Occident14. Contre le mur opposé est (mur 4), on remarque des enduits tombés (fig. 34) à décor gravé rayonnant, peint en rouge et qui forme une mosaïque de losanges. Nous en proposons une restitution en plafond (fig. 36) à partir du croquis de Stephan Métay, l’un des architectes de la mission (fig. 35). On connaît en effet ce type de décoration comme généralement gravée sur des plafonds, notamment en Palestine au ier s. de l’ère chrétienne15.
Figure 30. Relevé en élévation du mur ouest (fig. 2) de la chambre est, avec des vestiges de panneaux en stuc et l’alignement des mortaises de fixation de la corniche
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Figure 31. Reconstitution du décor de panneaux du mur ouest (fig. 2) de la chambre est à partir des fragments mis au jour
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Figure 32. Restauration d’un panneau du mur ouest (fig. 2) de la chambre est avec des fragments mis au jour
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Figure 33. Corniche denticulée avec des restes de peinture noire provenant du mur ouest (fig. 2) de la chambre est
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Figure 34. Fragments de stucs à motif étoilé, gravé et peint en rouge, provenant vraisemblablement du plafond de la chambre est, tombé contre le mur est (fig. 2)
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Figure 35. Essai de recomposition du motif étoilé du plafond par l’architecte Stéphane Métay
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Figure 36. Proposition de restitution par l’auteur du décor du plafond de la chambre est
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Figure 37. Proposition de restitution de la chambre est à partir des fragments de décor mis au jour. La plinthe est restituée de façon hypothétique à partir d’exemples similaires (cf. n. 16)
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Figure 38. Empreinte de trois faisceaux d’armature en jonc de la colonne du coin sud-ouest de la cella (fig. 15 et 17)
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Figure 39. Massada, exemple d’armature de jonc maintenue avec de la cordelette, placée dans le plâtre encore humide et dont ne subsiste que l’empreinte
(d’après Foerster 1995, pl. Vc)
Figure 40. L’accrochage des corniches, à partir d’empreintes laissées dans le plâtre : des tenons de bois ou de jonc sont fichés obliquement dans des mortaises creusées dans le mur et scellées au plâtre puis reliés entre eux par un réseau de cordelettes
© Mission franco-jordanienne de Dharih, J. Humbert
25Quant à la technique de construction des corniches et autres motifs horizontaux, des mortaises d’ancrages étaient creusées dans les murs, espacées à intervalles réguliers, en moyenne de 20 cm. Elles recevaient de petites pièces de bois ou de jonc, généralement disposées obliquement, reliées entre elles par un réseau de cordelettes (fig. 40). L’ensemble était ensuite pris dans le plâtre frais avant que le moule de la corniche ne soit appliqué.
26Pour les colonnes, pilastres et autres motifs verticaux, un ou plusieurs faisceaux de joncs maintenus serrés par des cordelettes constituaient l’armature, dont on a retrouvé l’empreinte laissée dans le stuc (fig. 38-39).
27La palette de couleurs des enduits et des stucs se compose de blanc, de noir, de rouge, de bleu et de vert. Le blanc a été utilisé surtout pour la représentation du décor imitant les pierres à bossages, comme dans le couloir entourant le mōtab, en association avec le rouge et le noir. Le noir a été employé surtout pour les corniches à denticules. Le rouge pompéien a été utilisé pour couvrir de grandes surfaces murales, comme dans le vestibule ou la cella, alors que le bleu et le vert ont été moins employés. Il convient de mentionner que la palette des couleurs utilisées pour les stucs et les enduits muraux est la même que celle que l’on remarque sur la sculpture lapidaire, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du temple.
- 16 Kolb 2012 , p. 234-243, Villa EZ IV.
- 17 Glueck 1965 ; McKenzie, Greene & Reyes 2013.
- 18 Villeneuve & Muheisen 2000.
28Les vestiges très nombreux et variés de décors stuqués de la cella du temple de Dharih témoignent d’une richesse décorative de caractère essentiellement architectural, avec des demi-colonnes engagées posées sur des consoles, pilastres et corniches à différents niveaux et de petits frontons triangulaires ou arrondis. Tous ces éléments d’architecture étaient abondamment recouverts de riches petits motifs en stuc, appliqués —rinceaux de vignes, grappes de raisins, palmettes, rosettes, canthares, de petits personnages mythologiques, des frises de griffons, etc. En cela, le décor de la cella est tout à fait en harmonie avec la sculpture lapidaire du mōtab qui, peinte elle aussi, devait former une parfaite unité décorative. Le contraste est saisissant avec la simplicité du vestibule, selon nous une cour intérieure. Le décor stuqué du temple de Dharih, avec ses fausses architectures, ses motifs naturalistes et ses représentations mythologiques, trouve des correspondants à Pétra au Qasr el-Bint et à la maison d’Ez-Zantur IV16, mais aussi en Palestine : à Jérusalem, Jéricho et Massada, notamment aux époques hasmonéenne et hérodienne. De tous les sanctuaires sur la route des Rois vers Pétra, le sanctuaire de Dharih est, avec le haut-lieu isolé de Tannour17, le plus richement décoré et le plus important, avec ses deux grands parvis équipées de triclinia. Il avait une vocation de sanctuaire régional, voire national, comme le soulignent les inventeurs du site, Zeidoun al-Muheisen et François Villeneuve18.
Je tiens à remercier chaleureusement François Villeneuve qui m’a confié la fouille du temple de Dharih, Pascale Linant de Bellefonds qui a accepté d’étudier les stucs à représentations anthropomorphiques et à créatures hybrides, Jacqueline Dentzer-Feydy et Anne-Marie Guimier-Sorbets qui m’ont invité à participer à ce colloque sur les stucs d’Orient, ainsi que Rozenn Douaud, ingénieur d’étude, CNRS, UMR 7041 ArScAn, et Jean Humbert qui avec talent ont réalisé les dessins et les représentations en 3D du temple de Dharih.