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L’Orient hellénisé
La Syrie

La maison de la rue des Églises à Palmyre et son décor stuqué

Michal Gawlikowski
p. 231-242

Résumés

La maison de la rue des Églises a été fouillée entre 1988 et 2004 au centre de l’ancienne Palmyre, immédiatement au nord de la Grande Colonnade. C’est une vaste demeure d’une surface de 2 000 m2 sans compter l’étage, qui a abrité une large famille aisée. La maison est disposée autour de plusieurs cours, certaines à portiques. Elle a été fondée dans la seconde moitié du iie s. apr. J.-C. Elle a subi au cours du temps quelques altérations mais ses plafonds ont survécu en place dans certaines pièces jusqu’à la fin du viiie s., ou même au début du siècle suivant. Les stucs du iie s. sont en effet tombés sur une couche ainsi datée. Le décor consistait principalement en corniches et frises attachées en haut des parois de certaines pièces et peintes de vives couleurs dont les traces subsistent ici et là. Il est remarquable que les motifs employés ne doivent rien au répertoire décoratif original de l’architecture palmyrénienne, mais restent fidèles aux modèles classiques. Quant au style, ce décor est pratiquement identique aux fragments retrouvés dans des maisons au sud de la ville, ainsi qu’au sanctuaire de Baalshamīn. Ils doivent être en gros contemporains, tandis que les fragments de l’hôtel Méridien, ainsi que des maisons à l’est du temple de Bel semblent un peu plus récents. Il apparaît qu’il existait à Palmyre un atelier de stuc qui était entièrement indépendant de la sculpture en pierre locale.

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Texte intégral

  • 1 Cf. Frézouls 1976.
  • 2 Gawlikowski 1996, 1997 et 2007.

1Entre 1988 et 2004, la mission polonaise de Palmyre a exploré une partie de la ville antique située en plein centre, un peu à l’ouest du Tétrapyle et immédiatement au nord de la Grande Colonnade (fig. 1). Il s’agissait d’un programme visant à fouiller un quartier d’habitation de l’époque romaine, ce qui était une première dans l’exploration du site, connu surtout par ses monuments publics et ses tombeaux, alors que les éléments de l’architecture résidentielle n’étaient jusque-là que très peu étudiés, et plutôt par hasard1. Notre projet a été sensiblement modifié en cours de route : le quartier fouillé s’est révélé occupé sans interruption jusqu’à l’époque abbasside, principalement par des églises qui avaient largement oblitéré les vestiges plus anciens. Cependant, nous avons pu fouiller dans son intégralité une grande maison qui a servi comme telle pendant six siècles, jusqu’au début du ixe s. (fig. 2)2. Malgré cette continuité d’occupation, une partie du décor d’origine a survécu. Ce sont non seulement les chapiteaux des colonnes qui fixent la date de la construction dans la seconde moitié du iie s., mais aussi, d’une façon inattendue, une partie de son décor stuqué.

Figure 1. Plan de Palmyre, avec l’emplacement de la maison de la rue des Églises

Figure 1. Plan de Palmyre, avec l’emplacement de la maison de la rue des Églises

(d’après M. Żuchowska, thèse inédite)

Figure 2. Vue de la maison depuis le sud : rue des Églises à droite, rue Diogène à gauche

Figure 2. Vue de la maison depuis le sud : rue des Églises à droite, rue Diogène à gauche

@ Mission polonaise de Plamyre

  • 3 Gabriel 1926. Voir maintenant Schnädelbach 2010, p. 47, no E902 et p. 75.

2La maison était conçue pour accommoder une large famille aisée. Contenue dans l’îlot F du plan Gabriel3, entre deux rues parallèles qui partaient de la Grande Colonnade et que nous avons dénommées rue Diogène et rue des Églises, elle occupe un lot rectangulaire allongé, large de 26 m en moyenne entre les deux rues mentionnées, étiré sur 79 m dans le sens nord-sud, couvrant ainsi une surface de plus de 2 000 m2. Un étage s’étendait au-dessus des pièces du rez-de-chaussée, alors que les portiques supportaient des terrasses donnant accès aux pièces de l’étage (fig. 3). La maison est organisée autour de plusieurs cours formant chacune une entité distincte. En particulier, la cour nord était dépourvue de tout passage vers le reste de la maison, mais la communication était sans doute établie à travers l’étage avec une autre cour, dallée et pourvue de colonnes sur ses deux côtés. Deux pièces plus grandes s’y ouvraient sous la colonnade du côté ouest, destinées apparemment à la réception (fig. 4).

Figure 3. Vue axonométrique de la maison, le nord-est en haut

Figure 3. Vue axonométrique de la maison, le nord-est en haut

© Mission polonaise de Palmyre, S. Kowalski

Figure 4. Plan de la maison dans l’état du iie s., avec les numéros des pièces

Figure 4. Plan de la maison dans l’état du iie s., avec les numéros des pièces

© Mission polonaise de Palmyre, M. Barański

3Le côté ouest de cette cour s’ouvrait par un portique à trois colonnes dont les deux extrémités étaient fermées, comme dans la pastas des maisons d’Olynthe. Chaque bout du portique formait une sorte d’antichambre servant une unité d’habitation destinée peut-être à une famille nucléaire. Ainsi, l’angle nord-ouest de la maison comprenait deux pièces communiquant entre elles. La pièce 1 a été tardivement divisée en deux, ce qui a entraîné l’installation d’un nouveau plafond, alors que la pièce 2 voisine (4,60 x 3,80 m) a dû conserver son plafond d’origine jusqu’à la fin de l’occupation de la maison, comme en témoigne son décor stuqué qui formait une corniche tout en haut des murs. Écroulés, les fragments de stuc sont tombés non pas sur le sol, cimenté et peint en rouge, d’ailleurs très usé, mais sur une couche de 40 cm d’épaisseur, formée de terre et de débris contenant des tessons du viiie-ixe s., ainsi que des fragments d’enduits peints en rouge et en bleu. Les stucs ont dû tomber sur cette couche d’abandon accumulée sur le sol au moment du démontage des poutres du plafond, suivi de la désagrégation des murs en brique crue. On en conclura que le décor stuqué de cette pièce est resté en place depuis son installation ; il a vu les grandes heures de Palmyre, il a survécu au sac d’Aurélien et il est resté intact jusqu’à l’abandon définitif du quartier sous les Abbassides.

4La hauteur de la pièce peut être évaluée indirectement : le portique nord voisin a conservé un fût de colonne, maintenant redressé. Avec la base en place, le chapiteau bien conservé et l’architrave, l’ordre complet supportait le plafond à 5,20 m environ au-dessus du sol. Il est vraisemblable que les deux portiques de la cour étaient de même hauteur ainsi, sans doute, que les plafonds des pièces.

5Il apparaît que l’étage fut supprimé à l’époque tardive, ce que l’on peut déduire du fait que l’escalier a été démonté. Tous les fragments conservés du décor stuqué proviennent donc du rez-de-chaussée. Les débris d’un sol cimenté rouge, qui recouvraient le remblai contenant les stucs pratiquement jusqu’à la surface, ont dû couvrir la terrasse.

6Un sondage pratiqué dans un angle de la pièce a permis de dégager les fondations. Le remblai contenait du matériel céramique correspondant à la première moitié du iie s., mais il convient sans doute d’abaisser un peu la date en fonction du décor architectural.

7Sur tous les fragments, la couche de plâtre blanc qui porte le décor adhère au noyau en mortier gris, de section triangulaire, qui était suspendu à la paroi au moyen des pièces de bois qui ont laissé des vides dans la masse du mortier. Collé sur l’enduit en plâtre qui couvrait les murs, ce noyau porte toujours sur sa surface horizontale supérieure les empreintes de l’outil dont se servait l’artisan pour tasser le mortier derrière une planche ; un rebord brut en saillie, allant jusqu’à 2 cm de haut, se formait souvent à cette occasion à l’arrière du noyau contre le mur.

8Un fragment brut du mortier retrouvé dans la même pièce 2 épouse la forme des rondins de la couverture, et indique ainsi leur diamètre, environ 14 cm, et la distance entre deux rondins voisins, qui était dans ce cas de 22 cm. Ces données correspondent bien aux dimensions typiques des couvertures modernes en troncs de peuplier, si fréquentes dans l’architecture traditionnelle de la Syrie. Cependant, il paraît peu probable que, dans notre cas, les rondins aient été apparents. Comme l’indique le traitement de la surface supérieure du décor stuqué, celle-ci était accessible à l’artisan au moment de la pose. Par conséquent, il faut supposer qu’un plafond en planches ou treillis était cloué ou suspendu aux rondins une fois la corniche mise en place.

  • 4 Gawlikowski 1993, p. 111-118.

9Nous avons récupéré dans cette pièce six morceaux de cette corniche, complets en section verticale (h. : 20 cm, saillie : 12 cm), qui totalisent 1,50 m environ de longueur, ainsi qu’une cinquantaine de menus fragments. Cette corniche a été restaurée et exposée au Musée de Palmyre en 1992 par Zbigniew Godziejewski (fig. 5)4. La corniche était collée sur une couche de plâtre blanc de 5 mm d’épaisseur, dont il subsiste un fragment isolé, percé d’un trou de suspension triangulaire. D’autres trous sont parfois ronds ou rectangulaires, toujours disposés près de la surface supérieure tous les 15 cm.

Figure 5. Corniche principale de la pièce 2, restaurée par Z. Godziejewski

Figure 5. Corniche principale de la pièce 2, restaurée par Z. Godziejewski

© Mission polonaise de Palmyre, W. Jerke

10Les fragments d’enduit, qui adhèrent à la corniche et dépassent par-dessous, présentent des traces de couleur bleue, tandis que le listel qui amorce la modénature était peint en rouge. Au-dessus, on trouve dans l’ordre et de bas en haut : des rais-de-cœur en étrier, puis des denticules et un rang d’oves, le tout estampillé et fini à la main, en particulier les denticules (fig. 6). Une corniche chanfreinée couronne la moulure. Elle est ornée d’un rinceau rapporté, découpé avec spatule et couteau sur un dessin schématiquement gravé. Le rinceau se compose de feuilles enroulées, qui débordent parfois sur le listel situé en dessous.

Figure 6. Corniche de la pièce 2

Figure 6. Corniche de la pièce 2

© Mission polonaise de Palmyre, M. Barański

11Un angle rentrant de la corniche contient une grappe de forme triangulaire, portant des traces de bleu ; au-dessus, une coquille qui s’épanouit vers le haut, peinte en rouge, correspondait au rang d’oves et au rinceau de la corniche courante. Trois autres coquilles fragmentaires du même type proviennent des autres angles de la pièce 2. Il existe aussi l’angle d’un encadrement avec la même moulure qui descend verticalement (fig. 7).

Figure 7. Encadrement d’une porte ou fenêtre de la pièce 2

Figure 7. Encadrement d’une porte ou fenêtre de la pièce 2

© Mission polonaise de Palmyre, M. Barański

  • 5 Schmidt-Colinet 2005a, p. 225-241 ; Tober 2013, p. 174-176, fig. 172-175 (Stuckfries 3).

12Une corniche à peu près identique a été reconstituée à partir des fragments retrouvés dans le bâtiment fouillé par Andreas Schmidt-Colinet dans le quartier Sud5. Celle-ci était munie de consoles en forme de chapiteau à tête et ornée d’une guirlande, ce qui n’était pas le cas de notre corniche, mais nous avons trouvé des éléments analogues ailleurs dans la maison. Comme dans notre maison, cette moulure a aussi servi à l’encadrement d’une porte ou fenêtre.

13Deux autres moulures, beaucoup plus sobres, ont aussi été retrouvées dans la même pièce. Elles étaient laissées en blanc et fixées sur une paroi peinte en rouge. L’une, haute de 10 cm, dont une trentaine de fragments ont été retrouvés, est tirée sur un plâtre blanc supporté par un noyau qui était à son tour collé sur une couche de plâtre en rouge pompéien, qui adhère encore au dos de certains fragments. La surface supérieure du noyau, tassée avec un rondin de 3 cm de diamètre, porte des éclaboussures de peinture rouge. D’autres fragments, trouvés dans la même pièce, présentent un rang d’oves entre deux listels ; cette moulure, haute de 8 cm, est complète. Ces corniches étaient apparemment fixées en position intermédiaire sur la paroi, peut-être vers les deux tiers de la hauteur pour l’une d’elles.

14Cette pièce comportait un sol de ciment rouge et le bas des murs était enduit de blanc, au moins vers la fin de l’utilisation. À une certaine hauteur, certainement supérieure à 1,50 m (celle des murs conservés) mais sans doute beaucoup plus importante, la paroi était munie d’une corniche très simple, collée sur une zone peinte en rouge. Suivait une zone bleue, peut-être également séparée de l’autre par une moulure. Cette corniche simple était surmontée par la corniche principale, avec dans les angles des grappes en bleu surmontées de coquilles rouges. Le plafond, enfin, semble avoir été également peint en rouge.

15Le fragment très proche de la corniche supérieure, mais avec l’angle d’un encadrement, semble avoir décoré l’une des deux portes de la pièce (fig. 7). Tout ce décor a dû se maintenir du début à la fin de l’existence de la maison.

  • 6 Tober 2013, p. 170-172, fig. 166-167.
  • 7 Tober 2013, p. 173-175, fig. 168-174.

16Tout près, au-devant de la pièce 4, un autre lot de fragments stuqués a été récupéré. Le mur de façade de la pièce, qui était en même temps le mur de fond du portique ouest de la cour, était entièrement en brique crue sur une fondation en pierre qui est seule conservée. Les éléments de l’entablement du portique (loc. 10) se sont écroulés sur une couche de 70 cm d’épaisseur accumulée sur le sol antique. Cette couche contenait d’importants fragments de stucs, mêlés avec des débris de brique crue. Ce mur était orné en haut d’une corniche en stuc correspondant à l’entablement du portique. Neuf morceaux de la moulure complète du bas en haut, ainsi qu’une trentaine de fragments ont été retrouvés. Ensemble, les fragments récupérés représentent au moins 3,50 m de longueur. Cette corniche a également été restaurée par Z. Godziejewski (fig. 8). Le noyau gris présente des trous de suspension espacés de 22 cm et une double empreinte de la planchette qui a servi à tasser le mortier. Le plâtre, tiré et estampillé, présente une doucine portant des palmettes, bordées en haut et en bas par des languettes et rangs d’oves. Des consoles faisaient saillie sur la corniche courante, suspendues chacune à deux bâtons fixés dans la moulure sous-jacente. L’une d’elles, recollée de plusieurs morceaux, présente le même décor que la moulure courante, sauf pour la frise des palmettes, remplacée ici par une rosette estampillée et finie à la main (fig. 9). D’une seconde console il ne reste que le noyau de mortier collé sur la moulure, alors que des fragments isolés proviennent encore de deux autres consoles. Cette corniche trouve également un parallèle très proche dans la maison du quartier Sud6. Il existe aussi des fragments qui appartenaient à des variantes de cette corniche, l’une avec un méandre, l’autre avec un entrelacs, trouvés tout près. Ils ressemblent de près à deux autres corniches de la maison Sud7.

Figure 8. Corniche de la pièce 4

Figure 8. Corniche de la pièce 4

© Mission polonaise de Palmyre, W. Jerke

Figure 9. Corniche de la pièce 4, restaurée par Z. Godziejewski

Figure 9. Corniche de la pièce 4, restaurée par Z. Godziejewski

© Mission polonaise de Palmyre, M. Barański

17La situation stratigraphique de la pièce 12 (6,50 x 5 m environ) qui est située à l’angle droit du portique 10 et s’ouvrait sur celui-ci par une fenêtre, alors que la porte donnait directement sur la cour, confirme et précise ce que nous avons déjà constaté dans les pièces 2 et 4. Immédiatement sur le sol, des tessons des viiie-ixe s., ainsi qu’un fils omeyyade reformé (et donc frappé après 696) marquent l’époque de l’abandon. Le sol tardif remplace au même niveau les sols romains dont il n’y a plus de trace. Là-dessus, à 1 m environ au-dessus du sol, un dépôt massif des stucs architecturaux a été retrouvé. Il est évident que ces fragments proviennent de la pièce même. L’écroulement des stucs est donc nécessairement consécutif à la formation du remblai et sans doute aussi à la disparition des plafonds d’origine.

18De nombreux fragments totalisant plus de 2 m de longueur représentent le couronnement des murs de cette pièce, toujours restauré par Z. Godziejewski (fig. 10). Le décor comporte un rais-de-cœur estampillé, identique à celui de la pièce 2, ensuite des denticules, des larmes appliquées sur un listel, un rang d’oves et enfin une cimaise à rinceau rapporté à la main (fig. 11). La corniche ressemble de près à celle de la pièce 2, mais s’en distingue par des têtes de face, couronnées de guirlandes. Il ne reste que le contour de quatre d’entre elles car les visages sont cassés. Des consoles, couvrant le rinceau et les oves, ont été disposées sur cette corniche. Des morceaux plats de l’enduit portent des guirlandes sommairement gravées, sans doute disposées sous la corniche, alors que des morceaux détachés des guirlandes ont été retrouvés dans le remblai.

Figure 10. Corniche de la pièce 12, restaurée par Z. Godziejewski

Figure 10. Corniche de la pièce 12, restaurée par Z. Godziejewski

© Mission polonaise de Palmyre, W. Jerke

Figure 11. Corniche de la pièce 12

Figure 11. Corniche de la pièce 12

© Mission polonaise de Palmyre, M. Barański

19De cette même pièce 12 provient un fragment recollé qui présentait un panneau rectangulaire saillant vide, encadré de la même moulure, mais sans le rinceau (fig. 12). Un angle de ce panneau subsiste, ainsi que le départ perpendiculaire du même cadre, qui suggère tout un plafond à caissons contenant des panneaux saillants, peut-être rehaussés jadis de peintures. Plusieurs autres fragments retrouvés dans la pièce portent un décor simple à fasces, baguette et listels, quart-de-rond et cavet, souligné de bandes de bleu et de rouge. Des consoles portant la même mouluration y étaient disposées. Sur l’un des fragments, collé sur un bloc d’appareil, une entaille de l’enduit suggère que la corniche courait au-dessus du chambranle de la porte, sans doute vers les deux tiers de la hauteur de la paroi.

Figure 12. Fragment d’un caisson, pièce 12

Figure 12. Fragment d’un caisson, pièce 12

© Mission polonaise de Palmyre, M. Barański

20La deuxième cour de la maison, contiguë au sud, constituait l’espace de réception. Accessible par une entrée séparée, elle était dallée et entourée d’une colonnade à l’est et au sud. Sur son côté ouest s’ouvraient parallèlement deux pièces d’apparat. La plus petite pièce (loc. 19) était précédée par un porche distyle. Derrière le porche, la pièce fermée constituait un quadrilatère de 4,10 à 4,50 m de côté, irrégulier du fait que deux de ses murs sont en biais. Sa hauteur, d’après le diamètre des colonnes du porche, devait atteindre 4,50 m, la terrasse au-dessus étant peut-être placée un peu plus bas que celle de la cour nord voisine.

21L’oikos principal (loc. 20) est également irrégulier, mesurant 5,40 x 7,50 à 8 m. La pièce s’ouvrait par une porte à deux battants sous le portique sud de la cour. Deux autres portes dans les murs latéraux assuraient la communication directe avec les pièces voisines. La salle était plus haute que sa voisine d’environ 1,20 m, entre 5,50 et 6 m.

22Le sol de ces deux pièces de réception étaient en ciment peint en rouge, sans doute tardivement, mais remplaçant des sols plus anciens qui n’ont pas laissé de traces. La pièce plus grande était ornée d’une frise de 37 cm de haut, dont cinq grands fragments et de nombreux morceaux ont été récupérés, donnant ensemble une longueur de 4 m environ, toujours restituée par le même restaurateur (fig. 13). Entre deux rangs d’oves estampillés, on y voit une frise surmontée par un cordon torsadé et une cimaise à feuilles similaire à celle qui décorait la pièce 12. Sur la cimaise, des rosettes, des grenades, des têtes (cassées) ont été appliquées.

Figure 13. La corniche à frise de la pièce 20

Figure 13. La corniche à frise de la pièce 20

© Mission polonaise de Palmyre, W. Jerke

23Des consoles étaient attachées à cette corniche (une presque complète et les fragments des deux autres ont été retrouvés). Elles portaient les mêmes moulures avec, à la place de la frise, des rosettes, des feuilles et des fleurs modelées.

24La frise comporte des métopes vides, larges de 24 cm sur 11 cm de haut. Ailleurs, elle est continue et porte des motifs appliqués en relief, tels que des boucliers, un thyrse ceint d’une écharpe, des guirlandes, des feuilles d’olivier, des palmes, des pieds de vigne (fig. 14). De nombreux fragments détachés, souvent difficiles à interpréter, ne se laissent pas replacer dans cet ensemble.

Figure 14. Corniche de la pièce 20, restaurée par Z. Godziejewski

Figure 14. Corniche de la pièce 20, restaurée par Z. Godziejewski

© Mission polonaise de Palmyre, M. Barański

25Dans la même pièce, neuf fragments totalisant 1,70 m de long environ, ainsi qu’une vingtaine de menus morceaux, semblent représenter une corniche intermédiaire deux fois plus basse (17 cm). Elle portait une cimaise à palmettes bordée en bas de languettes et d’un astragale, en haut d’un rang d’oves.

26Le décor stuqué de la pièce voisine plus petite consistait en une corniche semblable à celle de la pièce 2, mais moins développée (fig. 15). Seul un angle du décor est conservé, constitué de cinq fragments recollés. Il présente une cimaise à feuilles et fleurs (pavots ?) entre deux rangs d’oves. Dans l’angle, une grappe à baies appliquées est surmontée d’une feuille de vigne, le tout modelé à la main. Au-dessus passe en diagonale un larmier portant de front un rang d’oves, au soffite peint en rouge. Dans le portique d’entrée de la pièce (loc. 21), une grappe analogue provenant d’un autre angle a été retrouvée avec d’autres fragments de la corniche à palmettes de la pièce 20 voisine.

Figure 15. Corniche de la pièce 19

Figure 15. Corniche de la pièce 19

© Mission polonaise de Palmyre, M. Barański

  • 8 Trochimowicz & Markowski 2005, p. 468-469.

27D’autres fragments de stuc ont été trouvés éparpillés dans la partie sud de la maison, généralement moins bien conservée. Ils ne permettent pas d’identifier le décor des pièces, ni même de reconstruire des profils complets des moulures. Plusieurs fragments figurés, malheureusement coupés de leur contexte d’origine, méritent néanmoins notre attention. On relèvera notamment un coq (fig. 16), un torse masculin peut-être dionysiaque (fig. 17), enfin et surtout une Nikè debout sur un globe (fig. 18). Acéphale, elle mesure 69 cm de haut. Cette figure en ronde bosse était apparemment placée dans un angle sous le plafond, penchée vers l’avant. Elle a été recollée et préparée pour être exposée en cette position, d’abord par Ewa Parandowska en 1998, ensuite par Aleksandra Trochimowicz en 20048. La sculpture relève du même modèle que celui de la série hauranaise des Nikès en basalte, mais le traitement des plis est plus détaillé du fait de la facilité de travailler le stuc. Comme tous nos fragments, la sculpture a été exécutée en gypse blanc à base de sable sur un noyau en gypse gris à la cendre.

Figure 16. Coq, applique détachée d’une corniche

Figure 16. Coq, applique détachée d’une corniche

@Mission polonaise de Palmyre, W. Jerke

Figure 17. Torse dionysiaque, détaché d’une corniche

Figure 17. Torse dionysiaque, détaché d’une corniche

@ Mission polonaise de Palmyre, W. Jerke

Figure 18. Figure d’une Nikè

Figure 18. Figure d’une Nikè

© Mission polonaise de Palmyre, B. Markowski

  • 9 Cf. Schmidt-Colinet 2005b, p. 54-62, et 2009.

28Il est frappant de constater que cette sculpture, ainsi que tout le décor architectural de la maison, est de pure inspiration classique. On ne trouve aucun motif, aucun élément qui soit d’origine locale, qui aurait renvoyé au répertoire iconographique palmyrénien, pourtant si caractéristique, aussi bien celui de la sculpture figurative que celui du décor architectural en pierre. Tout au plus pourrait-on relever un discret entrelacs, mais aucune trace de ces rinceaux animés qui ornaient à profusion les monuments de la ville et les habits brodés de riches Palmyréniens9. Nos corniches sont plutôt sobres, limitées aux couronnements des murs ou aux encadrements des ouvertures, parfois elles marquent une division horizontale d’une paroi avec une simple moulure. Il apparaît que les murs recevaient tout simplement un enduit lisse, parfois relevé de couleur, de préférence rouge, sur une bande horizontale soulignant le décor en relief. Rouges étaient aussi les sols, au moins ceux du dernier état de la maison, peut-être également les plafonds suspendus, en bois ou treillis de roseaux. Rien en tout cas qui puisse ressembler aux splendeurs de Rome !

  • 10 Tober 2013 et sa contribution dans ce volume.
  • 11 Fellmann 1975, p. 65-82, fig. 2 et pl. 1-4.
  • 12 Voir la contribution de M. T. Grassi, dans ce volume.
  • 13 Parlasca 1985, p. 201-206 ; Allag, Blanc & Parlasca 2010.
  • 14 Pour les mosaïques, cf. Stern 1977 ; Balty 1995, p. 291 ; Gawlikowski & Żuchowska 2010.

29Nos stucs de la maison de la rue des Églises sont pratiquement identiques par leur style, et jusqu’aux détails de l’exécution, à ceux provenant du bâtiment fouillé dans le quartier Sud10. Ceci est également vrai pour les fragments du sanctuaire de Baalshamīn, qui étaient apparemment fixés sur les murs de fond des portiques11, ainsi que pour les fragments retrouvés récemment dans une maison au sud de la Grande Colonnade, mais à l’intérieur de l’enceinte12. Ces ensembles sont non seulement plus ou moins contemporains, mais pourraient être l’œuvre du même groupe d’artisans. Il est très peu probable qu’il s’agisse d’une équipe itinérante qui aurait, comme par hasard, décoré justement les monuments qui ont été fouillés par la suite. Si les stucs de l’hôtel Méridien, étudiés en premier lieu par Klaus Parlasca13, et ceux de la maison à l’est du sanctuaire de Bel, en cours de publication, sont plus chargés, et peut-être plus récents, ils relèvent toujours de la même tradition. Force est donc d’admettre qu’un atelier spécialisé existait à Palmyre et qu’il n’a subi aucune influence des sculpteurs locaux. La même constatation s’impose d’ailleurs pour la mosaïque : les seules mosaïques découvertes à ce jour, celles d’Achille, de Cassiopée et de Bellérophon14, ne sont en rien tributaires de l’art proprement palmyrénien.

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Bibliographie

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« Palmyre : stucs trouvés près de la source Efqa », Syria 87, p. 191-227.

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Schmidt-Colinet (A.) 2005b
Palmyra. Kulturbegegnung im Grenzbereich, Mainz, p. 54-62.

Schmidt-Colinet (A.) 2009
« “Musterbücher” statt “Meisterforschung”. Zum Verständnis antiker Werkstattstrukturen und Produktionsprocesse »,
JRA 22, p. 787-792.

Schnädelbach (K.) 2010
Topographia Palmyrena I. Topography, Damascus.

Stern (H.) 1977
Les mosaïques des maisons d’Achille et de Cassiopée à Palmyre (BAH 101), Paris.

Tober (B.) 2013
« Stuck und Wandmalerei », A. 
Schmidt-Colinet & W. Al-Asʾad (éd.), Palmyras Reichtum durch weltweiten Handel. Archäologische Untersuchungen im Bereich der hellenistischen Stadt I, Wien, p. 170-252.

Trochimowicz (A.) & Markowski (B.) 2005
« Restoration Work in the Palmyra Museum in 2004 », PAM 16, p. 466-469.

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Notes

1 Cf. Frézouls 1976.

2 Gawlikowski 1996, 1997 et 2007.

3 Gabriel 1926. Voir maintenant Schnädelbach 2010, p. 47, no E902 et p. 75.

4 Gawlikowski 1993, p. 111-118.

5 Schmidt-Colinet 2005a, p. 225-241 ; Tober 2013, p. 174-176, fig. 172-175 (Stuckfries 3).

6 Tober 2013, p. 170-172, fig. 166-167.

7 Tober 2013, p. 173-175, fig. 168-174.

8 Trochimowicz & Markowski 2005, p. 468-469.

9 Cf. Schmidt-Colinet 2005b, p. 54-62, et 2009.

10 Tober 2013 et sa contribution dans ce volume.

11 Fellmann 1975, p. 65-82, fig. 2 et pl. 1-4.

12 Voir la contribution de M. T. Grassi, dans ce volume.

13 Parlasca 1985, p. 201-206 ; Allag, Blanc & Parlasca 2010.

14 Pour les mosaïques, cf. Stern 1977 ; Balty 1995, p. 291 ; Gawlikowski & Żuchowska 2010.

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Plan de Palmyre, avec l’emplacement de la maison de la rue des Églises
Crédits (d’après M. Żuchowska, thèse inédite)
URL http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16073/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 452k
Titre Figure 2. Vue de la maison depuis le sud : rue des Églises à droite, rue Diogène à gauche
Crédits @ Mission polonaise de Plamyre
URL http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16073/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 744k
Titre Figure 3. Vue axonométrique de la maison, le nord-est en haut
Crédits © Mission polonaise de Palmyre, S. Kowalski
URL http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16073/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 285k
Titre Figure 4. Plan de la maison dans l’état du iie s., avec les numéros des pièces
Crédits © Mission polonaise de Palmyre, M. Barański
URL http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16073/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 280k
Titre Figure 5. Corniche principale de la pièce 2, restaurée par Z. Godziejewski
Crédits © Mission polonaise de Palmyre, W. Jerke
URL http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16073/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 179k
Titre Figure 6. Corniche de la pièce 2
Crédits © Mission polonaise de Palmyre, M. Barański
URL http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16073/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 207k
Titre Figure 7. Encadrement d’une porte ou fenêtre de la pièce 2
Crédits © Mission polonaise de Palmyre, M. Barański
URL http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16073/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 227k
Titre Figure 8. Corniche de la pièce 4
Crédits © Mission polonaise de Palmyre, W. Jerke
URL http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16073/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 112k
Titre Figure 9. Corniche de la pièce 4, restaurée par Z. Godziejewski
Crédits © Mission polonaise de Palmyre, M. Barański
URL http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16073/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 318k
Titre Figure 10. Corniche de la pièce 12, restaurée par Z. Godziejewski
Crédits © Mission polonaise de Palmyre, W. Jerke
URL http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16073/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 122k
Titre Figure 11. Corniche de la pièce 12
Crédits © Mission polonaise de Palmyre, M. Barański
URL http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16073/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 239k
Titre Figure 12. Fragment d’un caisson, pièce 12
Crédits © Mission polonaise de Palmyre, M. Barański
URL http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16073/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 188k
Titre Figure 13. La corniche à frise de la pièce 20
Crédits © Mission polonaise de Palmyre, W. Jerke
URL http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16073/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 120k
Titre Figure 14. Corniche de la pièce 20, restaurée par Z. Godziejewski
Crédits © Mission polonaise de Palmyre, M. Barański
URL http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16073/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 195k
Titre Figure 15. Corniche de la pièce 19
Crédits © Mission polonaise de Palmyre, M. Barański
URL http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16073/img-15.jpg
Fichier image/jpeg, 242k
Titre Figure 16. Coq, applique détachée d’une corniche
Crédits @Mission polonaise de Palmyre, W. Jerke
URL http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16073/img-16.jpg
Fichier image/jpeg, 96k
Titre Figure 17. Torse dionysiaque, détaché d’une corniche
Crédits @ Mission polonaise de Palmyre, W. Jerke
URL http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16073/img-17.jpg
Fichier image/jpeg, 160k
Titre Figure 18. Figure d’une Nikè
Crédits © Mission polonaise de Palmyre, B. Markowski
URL http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16073/img-18.jpg
Fichier image/jpeg, 140k
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Pour citer cet article

Référence papier

Michal Gawlikowski, « La maison de la rue des Églises à Palmyre et son décor stuqué », Syria, HS V | 2019, 231-242.

Référence électronique

Michal Gawlikowski, « La maison de la rue des Églises à Palmyre et son décor stuqué », Syria [En ligne], HS V | 2019, mis en ligne le 07 mai 2024, consulté le 10 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/syria/16073 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12cj6

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Auteur

Michal Gawlikowski

Université de Varsovie, Centre d'archéologie méditerranéenne (PCMA), Varsovie

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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