Stucs de Salamine de Chypre
Résumés
Le bâtiment appelé « l’huilerie » à Salamine de Chypre a été fouillé de 1969 à 1973. C’est la première phase de ce bâtiment aristocratique, datant de la fin du ive s., qui est étudiée ici. Ce premier état a dû s’effondrer en grande partie au viie s., lors des raids venus de la Syrie omeyyade. Les fouilles ont mis au jour deux ensembles de stucs provenant de la salle à abside du rez-de-chaussée et de la salle de l’étage. Ces salles étaient ornées d’un décor architectural en stuc constitué : 1) pour le rez-de-chaussée, d’un ordre à pilastres corinthiens encadrant des niches, dont l’entablement était surmonté de fenêtres demi-circulaires soulignées par une mouluration en saillie et 2), à l’étage, d’un ordre à pilastres corinthiens encadrant des niches et surmonté d’un ordre de colonnettes engagées alternant avec des fenêtres. Ces stucs architecturaux, comportant un riche décor végétal et figuré, étaient en fait en plâtre pur. Ils étaient soit moulés sur place contre les murs, soit rapportés en plaques et fixés ensuite aux murs. Le décor mis en place était enfin badigeonné puis peint de diverses couleurs.
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Mots-clés :
Chypre, Salamine, décor moulé, plâtre, ordre corinthien, rinceaux figurés, Amours, IVe s. apr. J.-C, Bas-EmpireKeywords:
Cyprus, Salamis, molded decoration, plaster, Corinthian order, figurative foliages, Putti, 4th cent. BC, Late Roman Empireالكلمات المفتاحية:
قبرص, سلاميس, زخرفة مقولبة, جص, طراز كورنثي, غصنيات تحمل أشكالاً, ملائكة الحب, القرن الرابع للميلادPlan
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- 1 On renverra avec profit aux ouvrages suivants : O. Callot 1980, « Présentation des décors en stuc d (...)
1Je commencerai par un petit rappel historique1. C’est vers le xie s. av. n. è. que Salamine a remplacé peu à peu la cité voisine d’Enkomi. Mais, vu la place qui m’est impartie, je dois faire un saut dans le temps en faisant l’impasse sur les périodes suivantes — géométrique, archaïque, classique, hellénistique et même romaine — pour aborder directement le Bas-Empire. C’est en 332 et 342 que la ville de Salamine fut détruite par deux violents tremblements de terre. Elle fut reconstruite sous l’égide de l’empereur Constance II (337-361) et prit, en son honneur, le nom de Constantia.
2En regardant le plan de Salamine (fig. 1), on peut voir, au nord, l’ensemble formé par le théâtre, l’amphithéâtre, le stade, les thermes et le gymnase. Plus au sud, la basilique dite « de Saint-Épiphane » qui était peut-être la cathédrale de la ville. Encore plus au sud, c’est l’imposant ensemble du temple de Zeus qui date de l’époque hellénistique et romaine. Il avait été durement éprouvé par les séismes et, à cette époque, sa cella, seul vestige de sa splendeur passée, semble avoir été transformée en martyrion, peut-être pour y abriter les reliques de saint Épiphane. Quant au double portique qui s’étendait au nord sur près de 250 m, il a pu servir de marché (petite basilique, réservoir). Enfin, plus à l’est, c’est la riche basilique dite « de la Campanopétra », dont l’église et son couvent s’étendaient sur près de 6 000 m2. À l’est, un grand baldaquin devait abriter une relique particulièrement insigne qui, selon le fouilleur Georges Roux, a pu être un fragment de la vraie croix offert à Chypre par sainte Hélène, la mère de l’empereur Constantin.
L’huilerie
3C’est à 150 m au nord-ouest de la Campanopétra que se trouve le bâtiment appelé « l’huilerie » qui fait l’objet de cette présentation. La fouille de ce dernier s’est déroulée de 1969 à 1973. Ces cinq campagnes ont permis de dégager la quasi-totalité du bâtiment (fig. 2). Toutefois il subsiste quelques lacunes que malheureusement nous n’avons pas pu combler du fait des événements qui ont si durement éprouvé Chypre en 1974. Je préciserai aussi que le nom d’huilerie lui vient d’un pressoir à olives aménagé très tardivement (viie s.) dans une salle du bâtiment d’origine (fig. 3-4). Ce bâtiment, qui a vécu au minimum six siècles, présente plusieurs états successifs mais c’est l’édifice de la première phase qui va nous intéresser ici.
4À la suite des séismes de 332 et 342, lors de la reconstruction de la cité, tout ce secteur de la ville a été profondément bouleversé par d’immenses travaux de terrassement. Par exemple, la basilique de la Campanopétra repose directement sur des niveaux d’époque géométrique. Or il est parfaitement impensable que ce secteur très central soit resté vierge de toute occupation jusqu’à l’époque protobyzantine. Il en est presque de même dans le bâtiment de l’huilerie qui, lui, repose sur quelques malheureux vestiges d’époque hellénistique et d’autres plus anciens. En fait, toute cette région a été entièrement arasée pour édifier de nouvelles constructions qui, grâce à de très nombreuses petites monnaies de bronze, peuvent être datées de la seconde moitié du ive s., donc juste après les séismes.
5Selon un essai de reconstitution du plan de la première phase de la fin du ive s. (fig. 5), le bâtiment s’organisait autour d’une cour et de deux couloirs perpendiculaires. L’entrée principale devait se trouver au sud et celle de l’ouest conduisait à un probable jardin. L’élément dominant du rez-de-chaussée est une grande salle à abside au nord-est : il s’agit de l’habituel triclinium que l’on retrouve dans de nombreuses résidences de cette époque, tant à Chypre que dans tout l’Orient (c’est dans l’abside que se trouve le pressoir tardif). Deux escaliers permettaient de gagner l’étage qui, bien sûr, a totalement disparu. Toutefois, il est possible d’y resituer une grande salle. L’organisation générale de ce bâtiment mais aussi le traitement des sols qui sont revêtus de dalles de gypse (appelé « marmaro » à Chypre) montrent que, de toute évidence, nous nous trouvons là dans une résidence que nous pouvons qualifier sans hésitation d’aristocratique. Un croquis, totalement hypothétique, peut cependant en donner une idée (fig. 6). Je compléterai cette évocation historique en précisant que ce bâtiment a été agrandi dès le vie s. À cette période, la résidence des ive-ve s. perdit beaucoup de son caractère premier et, tout en restant une riche demeure, elle fut constituée surtout de locaux utilitaires et probablement commerciaux. C’est vers 647-648 qu’eurent lieu les premiers raids arabes venus de la Syrie omeyyade avec, pour conséquence, la prise de la ville et de nombreuses destructions dont notre bâtiment. Il a dû s’effondrer en grande partie. La zone centrale, complètement détruite, est restée telle quelle et c’est autour de cet amoncellement de gravats qu’on a aménagé, dès le viie s., trois petites installations agricoles, dont l’huilerie.
6Le dernier témoignage monétaire que nous avons date du viiie s., mais ces petites maisons ont peut-être survécu plus longtemps et c’est au milieu du xiie s. que toute vie urbaine a disparu à Salamine, qui sera remplacée par la cité voisine de Famagouste.
7Malgré ce que je viens d’évoquer, la fouille de ce bâtiment a permis de dégager un grand nombre de fragments de décors architecturaux en plâtre qui devaient orner les murs d’au moins deux salles du bâtiment du premier état :
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le premier ensemble dans la salle à abside ;
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les autres fragments dans les déblais du secteur sud-est provenant de la salle de l’étage.
8Tous ces fragments ont été recueillis et c’est en 1972 que Jean Pouilloux, alors directeur de la mission de Salamine, m’a proposé de les étudier pour tenter d’en proposer une reconstitution au moins graphique. Les résultats présentés ici n’ont hélas rien d’assurés. En effet, à cause des transformations postérieures que je viens d’évoquer, beaucoup de fragments nous manquent.
Décors architecturaux de la salle à abside
9La salle à abside mesure 13,40 x 8,30 m. À l’est, l’abside est un élément distinct du reste de la salle, mais certainement contemporain. Son mur, épais de 1,15 m, est construit en pierres de taille avec trois fenêtres à ébrasement. Son sol en béton a peut-être porté une mosaïque. Les autres murs sont en moellons avec quelques pierres de taille remployées. À l’est, la porte est flanquée de deux niches et on en trouve deux autres au nord et au sud. Quant au sol, il est encore partiellement recouvert de dalles de gypse ou marmaro. Les murs sont assez bien conservés. On peut encore y voir quelques éléments du décor en plâtre. Ce sont des bases et des éléments de fûts de pilastre (fig. 7). Lorsque nous avons dégagé cette salle, nous n’avons retrouvé qu’assez peu de fragments. Beaucoup ont dû être évacués lorsqu’on a aménagé le pressoir dans l’abside et, au nord-ouest, la petite ferme dont il devait dépendre. Toutefois, nous avons suffisamment d’éléments pour restituer des pilastres avec des bases de type attique, des fûts rudentés surmontés de chapiteaux corinthiens (fig. 8). Ils portaient une lourde et riche corniche (fig. 9). Dans les effondrements du côté sud, nous avons trouvé des vestiges d’arcs dont les claveaux étaient encore liés les uns au autres et qui portaient des restes de mouluration en plâtre. Il est alors possible de proposer, au-dessus des corniches, une série de fenêtres semi-circulaires soulignées par une moulure (fig. 10). Enfin ces fenêtres étaient couronnées par une seconde corniche, plus simple et moins haute. Au-dessus, le plafond était lui aussi en plâtre appliqué sur un lit de roseaux. Nous n’avons rien trouvé qui puisse correspondre au décor de la porte. Quant à celui des niches, s’il y en avait un, il pouvait comporter des arcs identiques à ceux des fenêtres. Voici, de façon aussi maladroite qu’hypothétique la reconstitution que je propose pour cette salle (fig. 11).
Décors architecturaux de l’étage
10Le décor du second ensemble, à l’étage, est plus riche et, de surcroît, nous en possédons beaucoup plus d’éléments puisqu’ils proviennent des gravats qui n’ont pas été déplacés au viie s. (fig. 12). Comme au rez-de-chaussée, tout s’organise sur deux registres. Ce sont d’abord des pilastres rudentés sur des bases de type attique. Ils étaient couronnés par des chapiteaux montrant un petit Amour tenant un oiseau accosté d’acanthes et de volutes de type corinthien (fig. 13-14). Ils sont malheureusement tous en mauvais état. Ces pilastres étaient couronnés par un entablement composé des trois éléments habituels :
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une architrave assez trapue (H 10,5 cm, saillie 7,5 cm) ;
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celle-ci était surmontée par une frise faite d’une suite de plaques (L 87 cm ; H 18,5 cm ; ép. 5 cm) représentant des scènes de chasse. Il y avait deux types scènes qui devaient alterner tout autour de la salle. Sur la première série de représentations, à gauche, un chasseur nu équipé d’un bouclier affronte une lionne et, à droite, un second chasseur est armé d’un épieu qu’il enfonce dans le flanc d’un ours. Tout le fond est orné d’un riche décor de feuillage (fig. 15). Sur la seconde série, on voit à gauche un chien poursuivant un lièvre suivi par un chasseur et, derrière lui, un cervidé courant à gauche. On y retrouve le même décor végétal. Notons enfin qu’il subsiste encore quelques traces de peinture rouge et bleue (fig. 16) ;
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enfin cette frise était surmontée par une lourde corniche, haute de 33,5 cm et en saillie de 18,5 cm (fig. 17).
Figure 15. Décors de l’étage : frise de la première série
© Mission archéologique de Salamine de Chypre
Figure 16. Décors de l’étage : frise de la seconde série
© Mission archéologique de Salamine de Chypre
11C’est entre les pilastres de ce premier registre que devaient se trouver des portes, des fenêtres ou même des niches. Elles étaient surmontées par des arcs ornés d’une moulure en plâtre dont l’extrados mordait légèrement sur l’architrave de l’entablement (fig. 18).
Figure 18. Décors de l’étage : arc de fenêtre ou de niche
© Mission archéologique de Salamine de Chypre
12Au lit d’attente d’un gros fragment de la corniche du premier registre on distingue les traces d’éléments rectangulaires qui correspondent à l’arrachement des bases de colonnettes engagées disposées selon un entraxe de 1,14 m et qui formaient le second registre. Ces colonnettes avaient des bases de type attique, des fûts soit rudentés, soit avec des cannelures torsadées qui devaient alterner. Elles étaient couronnées par des petits chapiteaux de type corinthien ornés d’une fleur et d’une pomme de pin (fig. 19a-b). Entre ces colonnettes il est possible qu’il y ait eu des fenêtres hautes. Enfin cet ensemble était surmonté par une corniche un peu moins haute (H 22 cm ; saillie 14,5 cm) que celle du premier registre (fig. 20).
Figure 19a-b. Décors de l’étage : demi-colonnes du registre supérieur
© Mission archéologique de Salamine de Chypre
Figure 20. Décors de l’étage : corniche du registre supérieur
© Mission archéologique de Salamine de Chypre
13Malgré l’abondance de fragments, nous n’avons pas pu retrouver ni la hauteur des pilastres ni même celle des colonnettes. Toutefois, l’entraxe des colonnettes permet de proposer un entraxe des pilastres du registre inférieur, soit de 2,28 m si l’axe des pilastres passait entre les colonnettes, soit 3,42 m si les pilastres et les colonnettes avaient le même axe. Nous proposons donc deux reconstitutions hypothétiques (fig. 21-23).
Figure 21. Décors de l’étage : première hypothèse de reconstitution
© Mission archéologique de Salamine de Chypre
Figure 22. Décors de l’étage : première hypothèse de reconstitution
© Mission archéologique de Salamine de Chypre
Figure 23. Décors de l’étage : seconde hypothèse de reconstitution
© Mission archéologique de Salamine de Chypre
Technique des décors architecturaux
14Je voudrais revenir sur l’ensemble de ces décors pour essayer de montrer comment ils ont pu être réalisés sur le plan technique. La plupart des décors en « stuc » que l’on connaît, que ce soit en Gaule, en Italie, mais aussi en Orient, ne présentent souvent qu’un faible relief ou sont alors réalisées à l’aide d’éléments pré-moulés ou estampés. Dans le cas où le relief était plus accentué, il était en général fait à l’aide de couches successives de mortier qui prenaient peu à peu la forme de l’élément à obtenir et c’est avec une dernière mince couche de chaux ou de plâtre que le motif définitif était obtenu soit à l’aide d’un gabarit tiré, soit estampé, soit modelé. En revanche ici, la plupart des éléments étaient coulés d’un seul bloc sans recourir à des couches intermédiaires, même pour les pièces en forte saillie comme les corniches. Je rappellerai enfin que tous ces décors de Salamine sont entièrement réalisés en plâtre pur, probablement mêlé à de la filasse.
15Il y avait deux types d’éléments :
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ceux moulés sur place directement contre les murs. Ce sont les fûts des pilastres, les corniches et les fûts de colonnettes de la salle de l’étage ;
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les éléments pré-moulés qui étaient intégrés dans le décor. Ce sont certaines bases, les chapiteaux, les frises et les différents arcs.
16Voyons d’abord la mise en place du registre inférieur de chacune des salles. Les fûts des pilastres étaient les premiers installés au rez-de-chaussée et à l’étage (fig. 24) :
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(1) les murs de moellons étaient recouverts d’une épaisse couche de plâtre (jusqu’à 10 cm) ;
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(2) à l’emplacement du pilastre, la surface était piquetée et on y adaptait des chevilles en bois (genévrier) ;
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(3) on installait un coffrage en bois et le plâtre y était coulé. On voit sur les méplats des cannelures des lignes très fines en légère saillie correspondant à un effet de succion lorsque le gabarit était retiré (4).
Figure 24. Technique de pose des décors du registre inférieur
© Mission archéologique de Salamine de Chypre
17On mettait ensuite les bases en place. Dans la salle à abside, les fûts ne descendaient pas jusqu’au sol et on adaptait des bases pré-moulées (fig. 8). En revanche, à l’étage, les fûts touchaient le sol et les bases étaient coulées contre eux (fig. 25) :
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(1) un moule était placé devant le fût avec des planchettes latérales pour retenir le plâtre liquide ;
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(2) puis le moule était retiré parallèlement à la base avant que le plâtre ne soit complètement sec. On obtenait ainsi une base moulurée sur une seule face. Enfin les moulures latérales étaient taillées à la main et un simple joint oblique la liait au fût ;
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(3) la partie basse du fût était bouchée et on traçait une ligne repère correspondant à la base des cannelures, puis les arrondis étaient taillés à la main.
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(4) une fois les bases en place, on pouvait tailler les arrondis des cannelures à la base et au sommet des fûts ;
Figure 25. Technique de pose des pilastres dans la salle à abside
© Mission archéologique de Salamine de Chypre
18On procédait ensuite à la pose des corniches qui étaient à peu près les mêmes dans l’une ou l’autre salle. Elles étaient certainement posées par tronçons successifs (fig. 26) :
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(1) le mur enduit était piqueté et les chevilles mises en place ;
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(2) un moule en bois profilé était installé contre le mur et on y coulait le plâtre ;
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(3) puis, avant qu’il ne soit complètement sec, le moule était retiré parallèlement à la corniche ;
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(4) enfin, certains détails impossibles à démouler étaient taillés à la main.
19Sur une corniche de la salle à abside, on a taillé ce qui doit représenter des modillons (fig. 9), plus bas, les perles et pirouettes et, en bas, ce qui pourrait être une déformation des denticules. Pour finir, on raccordait les différents tronçons en lissant les joints et surtout en confectionnant les angles qui ne pouvaient pas être moulés.
20Dans la salle de l’étage, les fûts des colonnettes du second registre étaient coffrés directement contre les murs (fig. 27) :
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(1) le mur était piqueté et pourvu de chevilles. Il y en avait tout les 10 cm environ ;
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(2) le moule était posé et le plâtre coulé par le haut ;
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(3) le démoulage se faisait lorsque le plâtre était encore frais pour pouvoir procéder à certaines retouches. Cette opération était délicate, surtout pour les fûts torsadés. Il est possible que les moules aient été constitués de deux pièces rendant le démoulage plus aisé.
Figure 27. Coffrage des colonnettes du registre supérieur à l’étage
© Mission archéologique de Salamine de Chypre
21Il reste la question des arcs moulurés des niches, portes ou fenêtres :
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ils étaient moulés et travaillés au sol (fig. 28) ;
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puis le mur était piqueté ;
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enfin, ils étaient scellés au mur avec du plâtre sur la partie piquetée et sur l’extrados avec un gros joint oblique (fig. 10).
Figure 28. Préparation des arcs des niches et fenêtres
© Mission archéologique de Salamine de Chypre
22Enfin, une dernière opération consistait à disposer les pièces pré-moulées qui venaient s’adapter entre les éléments déjà en place (fig. 29) :
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dans les deux salles, les chapiteaux des pilastres ;
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dans la salle de l’étage, les frises avec les scènes de chasse était posées sur l’architrave et liées à elle et à la corniche par des joints obliques (fig. 15) ;
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dans cette même salle, on a vu que l’extrados des arcs des ouvertures était placé un peu plus haut que l’architrave de l’entablement (fig. 18). Aussi la base de la frise était-elle grossièrement entaillée pour s’adapter à l’arc.
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enfin, plus haut, on mettait en place les bases et les chapiteaux des colonnettes (fig. 19b).
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Comme on le voit sur la fig. 19a, le haut de la colonnette était lié au chapiteau par un gros joint oblique dans lequel on a taillé à la main l’arrondi supérieur des cannelures. Il en était de même du joint entre les bases et les fûts.
23Quand l’ensemble du décor était en place, que les raccords étaient achevés et le plâtre sec, on badigeonnait le tout — décor, murs et plafond — de lait de chaux pour obtenir partout une parfaite homogénéité à l’ensemble. Enfin, ce décor était rehaussé de couleurs. Nous avons retrouvé des traces de rouge, de vert, de jaune et de bleu encore assez vives. Le comble du kitch était atteint.
24On terminera cette partie sur les techniques en remarquant que la réalisation de tels décors exigeait une main-d’œuvre hautement qualifiée, en particulier pour la coordination entre les différentes phases du montage. Il est d’ailleurs assuré qu’au moins une entreprise de stucateurs devait exister à Salamine même, car nous avons trouvé, de façon fortuite, d’autres fragments, en particulier de corniches qui proviennent des mêmes gabarits que ceux du bâtiment de l’huilerie.
25Je ne suis pas historien de l’art, aussi je vous épargnerai les éléments de comparaison qui sont d’ailleurs nombreux, particulièrement en ce qui concerne les scènes de chasse, représentations récurrentes, qui doivent correspondre à un phénomène de répétition de modèles plus anciens caractéristiques du ive et surtout du ve s. À cette époque, les décors en stucs ne sont rares ni en Orient ni à Chypre. En revanche, des ensembles d’une telle ampleur paraissent plus exceptionnels. À Chypre, cela pourrait s’expliquer par l’absence dans cette île de matériaux de qualité comme le marbre ou même la bonne pierre de taille qui devait être très onéreuse. Le décor de la basilique de la Campanopétra, qui doit être contemporain, est presque entièrement réalisé en marbre importé mais il s’agit d’un édifice de prestige subventionné par un empereur, Théodose ou peut-être Zénon. En revanche, dans une petite résidence comme l’huilerie, qui devait appartenir à un simple particulier, il en allait autrement. Ainsi, outre les stucs, on peut voir dans le couloir qui longe la cour, un décor de panneaux de marbre… entièrement peint à la main. Alors on ne s’étonnera pas d’y trouver aussi ces somptueux ersatz d’architecture (fig. 30).
Notes
1 On renverra avec profit aux ouvrages suivants : O. Callot 1980, « Présentation des décors en stuc du bâtiment dit “de l’Huilerie” à Salamine », actes du Colloque Salamine de Chypre, histoire et archéologie (Lyon, mai 1978), Paris, p. 341-373 ; Argoud (G.), Callot (O.) & Helly (B.) 1980, Une résidence byzantine, « l’Huilerie », Salamine de Chypre XI, Paris.
Haut de pageTable des illustrations
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|---|---|
| Titre | Figure 1. Plan de Salamine de Chypre |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
| URL | http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16237/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 359k |
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| Titre | Figure 2. Plan de « l’huilerie » |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
| URL | http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16237/img-2.jpg |
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| Titre | Figure 3. Vue d’ensemble de « l’huilerie » |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
| URL | http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16237/img-3.jpg |
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| Titre | Figure 4. Aménagements de « l’huilerie » |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
| URL | http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16237/img-4.jpg |
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| Titre | Figure 5. Restitution du plan de l’état I |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
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| Titre | Figure 6. Restitution hypothétique de l’état I |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
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| Titre | Figure 7. Pilastre de la salle à abside |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
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| Titre | Figure 8. Éléments des pilastres de la salle à abside |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
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| Titre | Figure 9. Corniche de la salle à abside |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
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| Titre | Figure 10. Arc des fenêtres de la salle à abside |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
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| Titre | Figure 11. Restitution du décor de la salle à abside |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
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| Titre | Figure 12. Décors en chute de l’étage |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
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| Titre | Figure 13. Décors de l’étage : pilastre |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
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| Titre | Figure 14. Décors de l’étage : chapiteau de pilastre |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
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| Titre | Figure 15. Décors de l’étage : frise de la première série |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
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| Titre | Figure 16. Décors de l’étage : frise de la seconde série |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
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| Titre | Figure 17. Décors de l’étage : corniche |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
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| Titre | Figure 18. Décors de l’étage : arc de fenêtre ou de niche |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
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| Titre | Figure 19a-b. Décors de l’étage : demi-colonnes du registre supérieur |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
| URL | http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16237/img-19.jpg |
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| Titre | Figure 20. Décors de l’étage : corniche du registre supérieur |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
| URL | http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16237/img-20.jpg |
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| Titre | Figure 21. Décors de l’étage : première hypothèse de reconstitution |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
| URL | http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16237/img-21.jpg |
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| Titre | Figure 22. Décors de l’étage : première hypothèse de reconstitution |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
| URL | http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16237/img-22.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 267k |
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| Titre | Figure 23. Décors de l’étage : seconde hypothèse de reconstitution |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
| URL | http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16237/img-23.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 295k |
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| Titre | Figure 24. Technique de pose des décors du registre inférieur |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
| URL | http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16237/img-24.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 169k |
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| Titre | Figure 25. Technique de pose des pilastres dans la salle à abside |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
| URL | http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16237/img-25.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 191k |
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| Titre | Figure 26. Technique de pose des corniches |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
| URL | http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16237/img-26.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 171k |
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| Titre | Figure 27. Coffrage des colonnettes du registre supérieur à l’étage |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
| URL | http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16237/img-27.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 141k |
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| Titre | Figure 28. Préparation des arcs des niches et fenêtres |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
| URL | http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16237/img-28.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 109k |
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| Titre | Figure 29. Mise en place des éléments moulés |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
| URL | http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16237/img-29.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 206k |
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| Titre | Figure 30. Décor de faux marbre |
| Crédits | © Mission archéologique de Salamine de Chypre |
| URL | http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/16237/img-30.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 478k |
Pour citer cet article
Référence papier
Olivier Callot, « Stucs de Salamine de Chypre », Syria, HS V | 2019, 201-215.
Référence électronique
Olivier Callot, « Stucs de Salamine de Chypre », Syria [En ligne], HS V | 2019, mis en ligne le 07 mai 2024, consulté le 09 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/syria/16237 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12cja
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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
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