- 1 Je remercie très vivement mes jeunes collègues et collaborateurs de la Mission, Lilia Palmieri, Gio (...)
1Les quatre campagnes de recherche de la Mission italo-syrienne de Palmyre, de 2007 à 2010, ont eu pour objectif de réaliser le relevé général du quartier sud-ouest de la ville (fig. 1), par une soigneuse reconnaissance du terrain et le début d’une fouille stratigraphique dans le même quartier, pour avancer quelques hypothèses sur sa structure urbanistique, sa chronologie et sa destination fonctionnelle spécifique.
Figure 1. Plan général de Palmyre avec le quartier sud-ouest en évidence
(d’après Al-Asʾad & Schmidt-Colinet 2005, fig. 7)
2Dans le quartier sud-ouest a été identifiée une série de ruelles et de bâtiments (fig. 2), peut-être résidentiels privés, et, à en juger par les éléments architectoniques sur le terrain, pourvus d’un décor de haut niveau. Il s’agit de structures, réparties en plusieurs pièces, alternant avec des espaces à l’air libre, partiellement reconnaissables par les alignements de blocs de pierre qui émergent du sol et par la présence de seuils et de montants, encore in situ, qui marquent les accès.
Figure 2. Nouveau plan général du quartier sud-ouest de Palmyre avec les ruelles et les bâtiments (dans le cercle le Bâtiment à Péristyle)
© Pal.M.A.I.S.
3Dans le secteur méridional du quartier émergeait une structure imposante, un péristyle presque carré (UR 89), avec six colonnes sur chaque côté, mesurant environ 12 m de côté. Les six colonnes du côté sud subsistent ainsi que les six (trois et trois) colonnes de l’angle nord-est du péristyle. Par rapport aux autres structures identifiées dans le quartier, le péristyle UR 89 était plus enfoui : il n’émergeait que la moitié des fûts des colonnes.
4Sa surface était délimitée au nord par la seule ruelle orientée E.-O. reconnue sur le terrain, à l’est et à l’ouest peut-être par deux ruelles orientées N.-S. et au sud par le rempart tardif de la ville, qui semble faire un détour en correspondance avec le péristyle. À l’ouest du péristyle, les alignements identifiés sur le terrain montrent un grand espace à l’air libre, allongé, de forme rectangulaire.
- 2 Grassi & Al-Asʾad 2013.
5Nous avons partiellement exploré, pendant les trois campagnes 2008-2010, les côtés ouest et nord du péristyle, pour une surface totale de 560 m2, et avons mis au jour quelques pièces d’un bâtiment, nommé « Bâtiment à Péristyle » (fig. 3). Une partie de la cour du péristyle, enfin, a été fouillée2.
Figure 3. Vue générale de la surface fouillée pendant les campagnes 2008-2010
© Pal.M.A.I.S.
6La fouille a apporté les premières données chronologiques, entièrement nouvelles, pour le quartier sud-ouest, révélant une longue période de fréquentation du Bâtiment à Péristyle qui s’étend au moins de la fin du iie au viiie s. apr. J.-C.
- 3 Romagnolo 2012 ; Zenoni 2014, Intagliata 2014, Cerutti 2014. Les monnaies sont en cours d’étude par (...)
7Sur la base des études partielles des matériaux (céramique, verre, monnaies)3, de l’architecture et des techniques de construction, nous avons distingué, pour le moment, deux phases principales (fig. 4) : la première datable de l’époque sévérienne, c’est-à-dire à la fin du iie-déb. iiie s. apr. J.-C. (Phase I) et la seconde, des vie-viiie s. apr. J.-C. (Phase II). Jusqu’à présent, les périodes les mieux définies sont les phases initiale et finale, mais les études en cours montrent les traces d’une phase moyenne (ive s. apr. J.-C. ?) sur laquelle un supplément d’enquête est encore nécessaire.
Figure 4. Plan du Bâtiment à Péristyle (bleu = Phase I ; rouge = Phase II)
© Pal.M.A.I.S.
- 4 Grassi, Zenoni & Rossi 2012, p. 63-66.
8À la phase la plus ancienne, jusqu’à présent reconnue, se rattachent quelques pièces du côté ouest et du côté nord, qui montrent une technique de construction, à blocage, avec les parements en pierres de taille de dolomie, utilisée dans d’autres bâtiments palmyréniens construits à l’époque sévérienne. Dans la typologie établie par Gioia Zenoni pour le Bâtiment à Péristyle, il s’agit du type Palmais 1 (Palmais = Palmira Missione Archeologica Italo-Siriana)4.
- 5 Grassi, Zenoni & Rossi 2012, p. 75 ; Rossi 2015.
9Au même horizon chronologique appartiennent le style des chapiteaux, corinthien-asiatique, et l’emploi prédominant (font exception deux colonnes du côté sud du péristyle) du fût monolithique en calcaire nodulaire pour les colonnes5.
- 6 On utilise ici la définition de stuc pour le décor en relief des parois.
- 7 Palmieri 2010.
10Près de 150 fragments de stuc6 sont issus du secteur fouillé, dont la majeure partie de très petites dimensions (au-dessous de 5 cm, les plus grands atteignent 10-15 cm). Un ensemble homogène des campagnes de fouille 2008-2009 a fait l’objet d’une étude préliminaire réalisée par Lilia Palmieri7. Nous présentons ici, à côté des résultats déjà publiés, quelques données supplémentaires concernant les stucs de la dernière campagne (2010) et les enduits de revêtement des parois, en ajoutant quelques observations sur les contextes de fouille.
11Au décor d’origine du bâtiment sévérien appartiennent très probablement les stucs et les marbres que l’on va examiner : les stucs en particulier sont concentrés dans la Pièce A, mais ils ont également été retrouvés en d’autres endroits et en contextes différents, par exemple sur le coté nord du péristyle. Les fragments d’enduit, provenant en majorité des couches superficielles de la fouille, en particulier des Pièces A et B, semblent au contraire appartenir à la phase tardive du Bâtiment à Péristyle.
12La Pièce A, sur le coté ouest du péristyle, fait partie du bâtiment sévérien (Phase I), mais sa fréquentation a continué pendant la phase suivante (Phase II). Il s’agit de la seule pièce du Bâtiment à Péristyle où la fouille a mis au jour, en plus de murs de type Palmais 1 (voir supra), le niveau de fréquentation et un seuil (US 427) de la phase sévérienne ; la phase tardive est clairement signalée par les réfections de la partie supérieure des murs et les bouchages ou les rehaussements de quelques ouvertures, en particulier, au sud, le bouchage US 415 en briques crues et éclats de pierre, couvert par un enduit blanc ; à l’est, le bouchage partiel US 157, au-dessus du seuil sévérien US 427 (voir supra), de l’ouverture entre les Pièces A et C ; au nord, un autre bouchage (US 302) pour rehausser le seuil US 143 de la porte communiquant avec la Pièce B.
13Dans la couche de remblai US 144 qui correspond au rehaussement du niveau de fréquentation, entre deux sols en terre battue (US 343 supérieure et US 353 inférieure), nous avons retrouvé la majeure partie des fragments de stuc de toute la fouille. Du secteur est de la Pièce A, fouillé en 2008, proviennent cinquante fragments (14410) ; d’autres fragments (18, 345D) ont été récupérés pendant la campagne 2009, dans la même couche (US 345 = US 144), mais dans le secteur ouest de la pièce. Un autre fragment (11613) provient d’une couche superficielle de la Pièce A (US 116), peut-être un niveau d’écroulement et/ou d’effondrement des structures en élévation ou des couvertures, mêlé à l’accumulation éolienne.
- 8 14410001-042 ; 345D005-010 et 013-014.
14Les cinquante fragments étudiés par Lilia Palmieri8 forment une corniche architectonique (hauteur restituable d’environ 16 cm ; longueur non déterminable), offrant, de haut en bas, le même schéma décoratif : un rang d’oves et fers de lance (= kyma ionique) entre deux listels ; un motif de fleurs de lotus renversées et palmettes (= anthemion) ; une torsade entre deux listels plats et un rang de feuilles (fig. 5). Ces fragments ne sont pas tous identiques : l’épaisseur et les caractéristiques morphologiques de quelques morceaux, décorés avec des incisions simplifiées sur les faces latérales, ont permis de reconstruire deux petits « chapiteaux », peut-être appliqués à la corniche formant saillie (mais aucune empreinte n’a été relevée au revers) et/ou en formant la partie terminale. Tous les fragments (corniche et « chapiteaux ») présentent le même schéma décoratif.
Figure 5. Pièce A, reconstruction de la corniche architectonique
(d’après Palmieri 2010, fig. 7)
- 9 Tober 2013, p. 170-173.
15Cette caractéristique permet de les comparer avec le « Stuckfries 2 » découvert dans le bâtiment du Sondage II de la Ville Hellénistique, montrant le même schéma décoratif pour la corniche et les chapiteaux appliqués, mais une succession du décor différente : pour le Bâtiment à Péristyle il s’agit de kyma ionique – anthemion – rang de feuilles, pour le « Stuckfries 2 » de kyma lesbique – kyma ionique – méandre. Pour la succession du décor, les fragments du Bâtiment à Péristyle sont plutôt comparables au « Stuckfries 1 », mais ils sont dépourvus d’une kyma ionique inférieure (« Stuckfries 1 » : kyma ionique – anthemion – rang de feuilles – kyma ionique ; Bâtiment à Péristyle : kyma ionique – anthemion – rang de feuilles)9.
16En ce qui concerne le Bâtiment à Péristyle, il y a donc une composition nouvelle et différente des motifs décoratifs, par rapport aux compositions nombreuses et variées du bâtiment de la Ville Hellénistique, et cela souligne encore une fois la variété des solutions possibles à Palmyre, avec les mêmes modèles de base10.
17Par rapport aux autres stucs connus de Palmyre, ces fragments du Bâtiment à Péristyle montrent une réduction et une simplification des motifs décoratifs (voir, par exemple, la palmette dont le lobe central est réduit à un petit losange). De plus, il manque totalement les traces d’appliques. Cette réalisation plus courante est-elle due au manque d’habileté de l’atelier ? à la destination fonctionnelle de la corniche (par exemple pour la niche du mur nord de la Pièce A) ?
18Dans la même couche que les stucs (US 144 = US 345), d’autres matériaux très intéressants ont été retrouvés, bien qu’ils n’apportent aucune précision chronologique : il s’agit d’une dizaine de plaquettes en marbres précieux et colorés qui devaient faire partie du décor des sols et/ou des parois du même Bâtiment à Péristyle auquel appartenaient les stucs.
- 11 Pour toutes les identifications des marbres, voir Nava 2015. Sur l’emploi, à Palmyre, des marbres p (...)
19Les marbres11, provenant du secteur est (2008/US 144) et du secteur ouest (2009/US 345) de la Pièce A, sont du marbre vert serpentino (porfido verde di Grecia, 1441701 et 345M), du marbre blanc de Proconnèse (six fragments : trois plaques pariétales 345G, 345H et 345I ; un fragment de plaque 1441704 et deux « couvercles » ronds, 1441702 et 1441703) et un marbre blanc de provenance inconnue (1441705-345L).
20D’autres fragments de stucs, encore une fois associés aux plaquettes en marbre, proviennent des Pièces E et F qui ont occupé, pendant la phase tardive, le portique nord du péristyle. Le contexte est très différent, par rapport à ce qu’on a vu pour la Pièce A : il s’agit ici d’une couche (US 322 = US 430 = US 439), identifiée juste au-dessous du niveau sableux superficiel US 301, probable niveau d’écroulement et d’effondrement des structures, couvrant tous les murs tardifs qui définissent les pièces du côté nord du portique du péristyle. Dans cette couche ont été retrouvés une vingtaine de fragments de stucs (322B-C-E-F, 4390041, 4390054, 4390059) parmi lesquels on signale la présence d’une tête féminine (322B) et d’un petit chapiteau (322C) et huit fragments de plaquettes en marbre (322O-P-Q-R-S-T-U-V), parmi lesquels on signale le serpentino vert (322O), le pavonazzetto (322P) et un marbre gris de provenance inconnue (322U).
- 12 Une très belle photo dans Moi, Zénobie reine de Palmyre 2001, p. 222 (K. Parlasca, « Tête féminine (...)
- 13 Allag, Blanc & Parlasca 2010, p. 211-212.
- 14 Allag, Blanc & Parlasca 2010, fig. 17, p. 213.
21La tête féminine (322B), qui mesure une dizaine de centimètres, est très endommagée (fig. 6) : le nez et la bouche (cassés ?) ont entièrement disparu du visage ; il subsiste au-dessous d’un front haut et saillant les grands yeux allongés, avec de lourdes paupières, l’œil gauche, creusé au centre, et, à l’extrémité droite, l’œil droit. Les cheveux forment une sorte de bourrelet autour du visage : ce bourrelet a été modelé pour représenter quelques mèches. Une profonde incision, pointue au centre du front, sépare visage et cheveux. Les « mèches » horizontales au-dessus de la raie centrale rappellent la partie inférieure de « l’aigrette en plume » (le diadème ?) d’une tête féminine de la source Efqa12. L’impression de strabisme de la vision frontale est fausse, parce que la tête ne se présentait pas de face, mais de trois quarts (joue gauche appuyée sur le fond) ; il s’agit d’un très haut relief (en quasi ronde bosse). Au revers, on note la trace d’une cheville. Les analogies sont indéniables avec quelques têtes féminines de l’ensemble de la source Efqa, en particulier avec le « Groupe 2 » pour la petite taille et pour le mode de fixation13, et en général avec des modèles hellénistiques, mais il y a un autre détail qui pourrait renvoyer plus ponctuellement à l’époque sévérienne. La chevelure autour de la joue droite du visage est mieux conservée : elle cache complètement l’oreille, mais de celle-ci sort une petite langue allongée, en relief (fig. 7). Une mèche (?) semblable, mais gravée sur la joue, apparaît sur la tête d’une Ménade provenant de la source Efqa14. Ce détail de la tête féminine du Bâtiment à Péristyle rappelle la mèche de cheveux sortant de la perruque de la jeune Julia Domna (par exemple sur l’arc de Leptis Magna) ; le visage joufflu est semblable, mais l’implantation des cheveux sur le front est totalement différente (haute pour notre tête, basse pour Julia Domna). Est-il possible de voir ici non pas seulement l’influence habituelle des modèles de la plastique grecque, mais un renvoi nuancé aux portraits de l’impératrice syrienne ?
Figure 6. Portique nord du péristyle : la tête féminine (322B)
© Pal.M.A.I.S.
Figure 7. Portique nord du péristyle : la tête féminine (322B)
© Pal.M.A.I.S.
22Le petit chapiteau (322C), lui-même, qui mesure une dizaine de centimètres, montre, sur la face antérieure, entre des listels plats, une sorte de languette renversée à l’extrémité arrondie, dont le contour est défini par une profonde incision et sur laquelle d’autres incisions nettes définissent un triangle pointu (fig. 8). Ce motif, qui rappelle une fleur de lotus renversée, est flanqué de deux incisions qui dessinent, avec une ligne courbe, les extrémités du calathos du chapiteau. Deux simples lignes, formant un angle de presque 45°, sont gravés sur les faces latérales. La base carrée s’adapte à un petit pilier plutôt qu’à une colonnette.
Figure 8. Portique nord du péristyle: le petit chapiteau (322C)
© Pal.M.A.I.S.
23Les autres petits fragments, provenant de la même couche à laquelle appartiennent la tête et le chapiteau, ne permettent pas de reconstruire un ensemble comparable à celui de la Pièce A : on peut reconnaître, à côté des fragments lisses, sans décoration, le motif d’oves et fers de lance et, sur des fragments en mauvais état de conservation, des incisions circulaires ou à chevrons.
24Exception faite pour la Pièce A et pour la corniche reconstruite par Lilia Palmieri, les stucs (et les plaquettes) mis au jour pendant la fouille ne proviennent que des niveaux d’écroulement et d’effondrement des structures tardives du Bâtiment à Péristyle (voir supra, le portique nord du péristyle et le fragment 11613 / Pièce A).
- 15 Parmi les vingt-quatre fragments de marbres provenant de l’US 401 se trouve du marbre blanc de Proc (...)
25Un autre fragment (4640001) mérite l’attention (fig. 9) : décoré d’une kyma ionique (oves et fers de lance) et comparable à la partie supérieure de la frise de la Pièce A, il se trouvait parmi l’argile et les petites pierres qui constituaient le bouchage tardif (US 464) de l’ouverture entre les Pièces G et H1 (fig. 10). Est-il possible que les petits fragments du décor en stuc du Bâtiment sévérien (et quelques morceaux des plaquettes des revêtements) aient été mélangés à l’argile utilisée pour la réfection tardive des murs et les bouchages ? Cela expliquerait même l’émiettement des stucs retrouvés dans le Bâtiment à Péristyle, mesurant, dans plusieurs cas, 2 ou 3 cm. Cela expliquerait également la présence des fragments de stucs (et également des marbres15) aux niveaux les plus superficiels de la fouille, tel que l’important niveau de sable (2010/US 401) qui couvre les structures fouillées pendant la dernière campagne.
Figure 9. Le bouchage US 464
© Pal.M.A.I.S.
Figure 10. Le bouchage US 464, détail du fragment 4640001
© Pal.M.A.I.S.
- 16 Tober 2013, p. 195-196.
26Parmi les fragments de ce niveau, on signale un petit fragment avec astragale (4010585), un motif décoratif nouveau dans le panorama des décors récupérés dans la fouille, et les quatre fragments (4010054) appartenant à une frise dont il reste l’anthemion (fig. 11), c’est-à-dire le motif de fleurs de lotus renversées alternant avec des palmettes, mais bien différent, pour le soin de l’exécution, de l’anthemion de la frise de la Pièce A. La fleur de lotus renversée montre des volutes plus élaborées (se terminant avec une « boucle »), mais surtout la palmette présente des lobes (central et latéraux) plus charnus et plus « naturels ». On remarque surtout le lobe central, réduit à un petit losange dans la frise de la Pièce A et ici, au contraire, occupant, avec sa forme allongée, tout l’espace compris entre les quatre lobes latéraux. Ces fragments sont parfaitement comparables au type « Palmetten 2 » de la Ville Hellénistique (appartenant à la composition formant le « Stuckfries 1 » du bâtiment du Sondage II de la Ville Hellénistique)16.
Figure 11. L’Anthemion 4010054
© Pal.M.A.I.S.
- 17 En attendant les résultats des analyses chimiques en cours par R. Bugini et L. Folli, nous avons ut (...)
27La fouille a permis de récupérer d’autres données sur le revêtement et le décor des parois17. Encore une fois, la Pièce A présente une documentation remarquable (d’ailleurs il s’agit de la pièce la mieux connue, parmi les pièces du Bâtiment à Péristyle) : dans les niveaux supérieurs d’écroulement des structures, on a retrouvé, mélangée aux briques crues, aux éclats de pierres et à quelques pierres de taille, une bonne quantité de fragments d’enduit blanc et d’enduit blanc surpeint en rouge. Parmi les couches les plus intéressantes, on signale en particulier celle qui a été fouillée dans le secteur est de la Pièce A (2008/US 120, fig. 12). Dans cette couche se trouve une concentration de ces fragments à proximité d’une pierre de taille cassée en deux, elle-même portant des traces d’enduit sur la surface et très probablement tombée du mur est de la Pièce A (US 105). Dans le secteur ouest de la Pièce A (2009/US 330), nous avons retrouvé une centaine d’autres fragments d’enduit, surtout blanc, mais aussi blanc surpeint en rouge (fig. 13), avec des traces d’argile sur la partie postérieure.
Figure 12. Pièce A, campagne de fouille 2008, US 120
© Pal.M.A.I.S.
Figure 13. Pièce A, campagne de fouille 2009, US 330 : fragments d’enduit blanc surpeint en rouge
© Pal.M.A.I.S.
- 18 Cette pierre (EA 141), à cause des alluvions dans le quartier sud-ouest durant les campagnes 2008 e (...)
- 19 Grassi, Piacentini & Rocca 2015. Pour le Marché Suburbain : Delplace 2006-2007, p. 94, fig. 5 (il s (...)
28Sur une pierre de taille de dolomie (EA 141), faisant très probablement partie du parement d’un mur à blocage de la Pièce A18, a été identifiée, superposée à une couche plus fine d’enduit blanc, une couche d’enduit blanc surpeint en rouge, d’épaisseur variable (0,6-2 cm), sur laquelle était gravée à la pointe une inscription en lettres grecques, étudiée par Giovanna Rocca, comparable à celle découverte dans une pièce du Marché Suburbain19.
29Dans la niche du mur Nord (US 114) de la Pièce A, enfin, on signale une concentration de fragments d’enduit blanc (une centaine, seulement blanc), avec d’autres fragments du mortier de préparation (US 417) et encore une pierre de taille (EA 159) avec des traces d’enduit (blanc). Dans la Pièce A, l’enduit caractérise les niveaux supérieurs et la surface de quelques pierres de taille de dolomie écroulées du parement des murs à blocage type Palmais 1 et le bouchage tardif au sud US 415 (voir supra). La plupart des fragments sont blancs et une minorité montre l’enduit blanc surpeint en rouge : une partie seulement des parois pourrait avoir eu un décor rouge. Il s’agit très probablement des traces de revêtements des réfections tardives de murs (et des bouchages) de la Pièce A, mais peut-être s’agit-il des restes minimes du revêtement des murs de la Phase I (voir par exemple le bloc inscrit) ; le problème se pose alors de la connexion avec les stucs. Dans l’état actuel de la recherche, on soulignera la concentration des fragments de stucs et d’enduits dans la Pièce A mais il n’est pas possible d’affirmer qu’il s’agit d’une situation exceptionnelle (liée à la fonction de la Pièce A ? pendant les deux phases ?) et si les autres pièces du Bâtiment à Péristyle, dont la fouille n’est pas terminée, montraient un décor similaire.
- 20 Zenoni 2014, p. 264-265.
- 21 Grassi, Zenoni & Rossi 2012, p. 72-73.
30On peut ajouter quelques observations, uniquement pour la Pièce B, en tenant compte du fait que l’important niveau d’écroulement de briques crues répandu sur toute sa surface, qui a « glissé » en partie dans les Pièces A et C (2008/US 129 dans les Pièces A-B-C = 2009/US 319 dans la Pièce B), contenait plusieurs fragments d’enduit blanc. En particulier, quelques grands fragments d’enduit étaient concentrés près du mur (US 308) constituant l’angle nord-est de la Pièce B, et semblaient détachés du même mur. L’étude de la céramique appartenant à l’US 319 donne une datation des viie-viiie s. apr. J.-C.20 : il s’agit du niveau d’écroulement des structures tardives, à la suite de l’abandon de la Pièce B (dont témoigne le puissant niveau de sable US 327, au-dessous de US 319). L’enduit blanc de US 319 appartient donc à la phase tardive de la Pièce B. La surface de quelques murs de la Pièce B (en particulier le remaniement/bricolage supérieur du mur ouest, US 307 (fig. 14), et le bouchage de l’ouverture entre la Pièce B et la Pièce G, US 432) livre d’autres traces d’enduit, qui semble destiné à cacher les remaniements des murs, pendant la fréquentation tardive du bâtiment (quel est le rapport avec l’enduit blanc de US 319 ?). À la même phase finale appartient un type de mur (type Palmais 5) identifié pendant la dernière campagne de fouille (2010) : il s’agit d’un mur en argile (composant principal, non exclusif) présentant une épaisse couche d’un enduit blanchâtre21. Ce type d’enduit caractérise les murs mitoyens US 448 et US 449, qui constituent la subdivision de la grande Pièce H en deux pièces plus petites (H1 à l’ouest et H2 à l’est). Il a également été entrevu dans le mur mitoyen entre les Pièces G et E (US 451) ; mais à cet endroit la fouille est encore inachevée.
Figure 14. Le mur ouest de la Pièce B
© Pal.M.A.I.S.
- 22 Le colloque de Nanterre du 21 et 22 novembre 2013 a été une extraordinaire occasion pour la mise à (...)
- 23 Gawlikowski 1991, p. 403-405.
31Les stucs retrouvés, jusqu’à présent, dans le Bâtiment à Péristyle du quartier sud-ouest sont, dans leur quantité, qualité et variété, inférieurs aux stucs provenant d’autres contextes de Palmyre (par exemple la « demeure bourgeoise » au nord de la Grande Colonnade, la Ville Hellénistique, la grande demeure à l’est du sanctuaire de Bêl, le bâtiment de la source Efqa22), bien qu’il ne manque pas d’analogies partielles et de possibilités de comparaison. Toutefois il subsiste de grandes différences. Une différence de quantité, avant tout, parce que, en comparaison avec les centaines ou milliers de fragments d’autres bâtiments, la fouille du Bâtiment à Péristyle a, jusqu’à maintenant, mis au jour seulement quelques dizaines de petits (parfois très petits) fragments de stucs, qui étaient parsemés sur les niveaux superficiels. Puisque l’exploration du Bâtiment à Péristyle est partielle, il est difficile de proposer des explications : s’agit-il d’un manque de stucs architecturaux ou d’un décor plus limité ou encore d’une destruction radicale du décor du Bâtiment à Péristyle de la Phase 1 ? Rien de comparable avec la « demeure bourgeoise » au nord de la Grande Colonnade, fouillée par la Mission polonaise, où le décor en stuc a survécu en place pendant plusieurs siècles (du iie s. à l’époque abbasside, soit 600 ans), jusqu’à l’abandon définitif du bâtiment23.
32Les stucs du Bâtiment à Péristyle ne sont donc pas comparables, en ce qui concerne la qualité du travail, la variété des motifs décoratifs, la complexité des compositions, aux autres stucs de Palmyre, si bien illustrés par les ensembles mentionnés. En relation avec ce que l’on connaît jusqu’à présent, le Bâtiment à Péristyle montre une situation différente de tous les autres contextes palmyréniens : pourquoi ? Pour la phase tardive du bâtiment (Phase II), les Pièces A et B fournissent quelques indices permettant de supposer la présence d’enduits sur les parois, peut-être visant à cacher les nombreux bricolages et bouchages. Plusieurs questions restent ouvertes et seule la poursuite de la fouille pourra y apporter des réponses satisfaisantes.