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AccueilNuméros91NécrologiesFrançois Bernel (1948-2013)

Nécrologies

François Bernel (1948-2013)

Valérie Matoïan
p. 437-438

Texte intégral

1Si Valérie Matoïan a bien voulu accepter de rédiger ce texte à la demande de la rédaction, elle tient à y associer le nom des nombreux amis de François Bernel qui y ont participé : Frédéric Alpi, Bernard Geyer, Bertrand Lafont, Michel al-Maqdissi, Dominique Parayre, Maurice Sartre, Estelle et François Villeneuve.

Figure 1.

Figure 1.

François Bernel, Palais Hazem, Hama (Syrie), avril 2010.

© Mission archéologique syro-française de l’Oronte

2Notre ami François Bernel est décédé à Tours le 29 septembre 2013. Né en 1948, il était entré à l’Institut français d’archéologie du Proche-Orient en octobre 1993, afin de mettre en place le laboratoire de traitement des métaux antiques qu’il installa à l’Ifpo-IFAPO de Damas (initialement avec un soutien du laboratoire Valectra d’Electricité de France) et dont il fut le responsable pendant vingt ans. Il arrivait alors, moyennant quelques détours, de Palestine, où l’École biblique et archéologique française de Jérusalem l’avait formé, avec Valectra, dont il avait la confiance, à ces techniques douces fondées sur l’électrolyse. Laborantin de formation, longtemps infirmier, en Algérie puis en Palestine, François avait la précision et la patience des professionnels de la santé, ce qui compensait chez lui un naturel anxieux.

3Pendant ces deux décennies, François fut, à Damas, l’une des âmes de l’immeuble de Jisr el-Abyad, le « gardien » des lieux qu’il surveillait depuis son repaire au dernier étage, comme aux « commandes » de la maison ; l’ami toujours présent, prêt à répondre aux sollicitations des hôtes permanents ou de passage, ou de ses partenaires syriens, libanais ou jordaniens, voire saoudiens ou koweitiens, commandes relayées par six directeurs successifs, F. Villeneuve, J.-M. Dentzer, J.-L. Huot, Ch. Decobert, J.-Y. L’Hôpital et F. Burgat, avec lesquels il entretint des relations de haute confiance.

4Son activité se déploya aussi sur les centres de l’Institut implantés à Beyrouth et à Amman, ainsi qu’au sein de nombreuses missions archéologiques, grâce à ses compétences multiples. La liste des missions auxquelles François collabora est tout simplement impressionnante. Deux continents, cinq pays et plus d’une trentaine de sites témoignant du passé lointain de ces contrées proche et moyen-orientales, depuis l’aube de l’histoire jusqu’à l’époque contemporaine. Ses voyages lui permirent de partir à la découverte de capitales de l’âge du Bronze, des grands sites de l’Orient hellénisé, romain et byzantin, ainsi qu’au cœur historique des métropoles modernes, Beyrouth, Alep, Damas et Amman. Ses pas le conduisirent depuis la côte levantine (Ras Shamra - Ougarit, Ras Ibn Hani, Tell Arqa, Beyrouth) à l’Euphrate (Tell Achara-Terqa, Doura Europos), en parcourant les monts du Liban (Yanouh, Chhîm), la vallée de l’Oronte (Tell Acharneh, Tell Nasriyé), le Massif Calcaire (Qaalʿat Simʿan, Sergilla), les marges arides du Croissant fertile et l’oasis de Palmyre, puis, de la Syrie du Sud (Bosra, Sahr, Derʿa, Shaʿara, Suweida) aux oasis du Hijâz (Madâʿin Sâlih - Hégra et al ʿUla - Dedan), en visitant Jérash, Khirbet Samra, longuement Dharih sur la « route des rois » et Pétra la colorée. François ne goûta toutefois guère aux aventures maritimes et seule l’île de Failaka, au Koweit, semble l’avoir attiré.

5Soucieux du patrimoine, François nettoyait, consolidait, restaurait les objets découverts lors des fouilles, métalliques en priorité, mais aussi les céramiques, parfois même le matériel lithique. Combien de portraits ou de bustes d’empereurs romains ou byzantins ont ainsi retrouvé sous ses doigts leur splendeur passée, sans oublier les nombreux fulûs d’époque islamique ! L’artefact ne suffisant pas à sa soif de connaissance, il devint en 2006 responsable de la photothèque de l’Ifpo et mit son énergie au service des milliers de plaques de verre et de tirages argentiques conservés précieusement à l’Institut. Mais François ne se contenta pas des collections de l’Ifpo et il collabora aussi avec des institutions patrimoniales, tels les musées nationaux d’Alep et de Koweit.

6Totalement ouvert aux gens de rencontre, particulièrement les plus modestes, servi par une connaissance de l’arabe acquise sur le tas depuis son long séjour algérien, et enrichie par des milliers d’heures de conversations en dialecte, mais aussi par des lectures régulières du Coran, qui fascinait ce chrétien passionné, François allait infiniment plus loin dans les contacts, dans les restaurations et dans l’enrichissement de la connaissance que ce qui lui était demandé par ses commanditaires de l’Institut ou des missions archéologiques. Il restaurait les monnaies et menus objets d’une multitude de petits collectionneurs locaux, faisant au passage connaître leurs trouvailles à ses collègues. Curieux et ouvert, il semblait toujours en quête. En quête de l’autre : en mission, il faisait toujours au mieux, même épuisé, comme si cela allait de soi. Il devançait les demandes des uns et des autres, comme si servir, au meilleur sens du terme, était pour lui une évidence. Sans jamais se mettre en avant, il savait néanmoins partager ses connaissances et racontait les traditions des diverses communautés qu’il allait visiter avec une telle empathie que ses auditeurs apprenaient en l’écoutant plus et plus vite qu’avec bien des livres. Son objectif était à tout moment de faciliter une coopération fructueuse et une prise de conscience de la dimension humaine de la pratique archéologique.

7Fasciné par la flore, la faune et les roches, de surcroît très grand marcheur, il ne restait jamais longtemps sans découvrir à proximité d’un champ de fouilles un jardin irrigué secret, ou une petite réserve naturelle, des cascades ou des rochers sublimes. Deux générations d’archéologues lui doivent en partie d’avoir levé le nez de leurs sondages ou de leurs GPS pour mieux voir la nature et écouter les hommes.

8François était une personnalité. Il vivait un temps plein, où chaque minute comptait, non sans bousculade, pression, nervosité parfois ! Son énergie inépuisable fut mise au service de son métier, mais il l’employa aussi à la mise en œuvre de « son » Encyclopédie des Temps modernes à grand renfort de photographies et de films numériques glanés de par le monde, un inventaire à la Prévert reflétant son insatiable curiosité tournée vers les créations de la Terre : du coquelicot qui envahit les sites au printemps au fruit du grenadier prometteur de renaissance, des couvées de chatons de la maison de fouille d’Ibn Hani, ou de celle de Jérash, aux pélicans de l’Euphrate, ou encore des vendeurs de silures sur les trottoirs des villages aux sculptures des chapiteaux et aux meurtrières des forteresses sur l’Oronte, jusqu’à cet Homo sapiens qu’il cherchait à comprendre et auquel il aimait tant apporter son aide, et tout dernièrement sa compassion, s’agissant des Syriens pris dans les horreurs de la guerre. Connaître François et travailler avec lui allaient bien au-delà de la simple relation professionnelle : c’était chercher avec lui à partager les savoir-faire, en quête d’une archéologie porteuse des valeurs de vérité. Et c’est le souvenir de ce regard intense tourné vers l’essentiel que nous garderons.

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Table des illustrations

Titre Figure 1.
Légende François Bernel, Palais Hazem, Hama (Syrie), avril 2010.
Crédits © Mission archéologique syro-française de l’Oronte
URL http://journals.openedition.org/syria/docannexe/image/2289/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 73k
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Pour citer cet article

Référence papier

Valérie Matoïan, « François Bernel (1948-2013) »Syria, 91 | 2014, 437-438.

Référence électronique

Valérie Matoïan, « François Bernel (1948-2013) »Syria [En ligne], 91 | 2014, mis en ligne le 01 juillet 2016, consulté le 14 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/syria/2289 ; DOI : https://doi.org/10.4000/syria.2289

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Droits d’auteur

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