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AccueilNuméros72Les devenirs des pannes« Corrupt Machine »

Les devenirs des pannes

« Corrupt Machine »

Esthétique et politique de la panne numérique
Jean-Paul Fourmentraux
p. 204-223

Résumés

Ce texte propose de décrire et d’analyser des pratiques artistiques qui font émerger une approche subversive des technologies. Il s’agit de rendre compte de gestes doublement inscrits dans l’histoire de l’art (contre-cultures) et des « technocritiques », au cœur desquels la machine numérique devient une matière à altérer et à détourner afin de mieux en saisir les (dys)fonctionnements. C’est par conséquent du côté de leur inefficacité, de leur défaillance, de leur débordement que nous interrogeons ici les machines afin d’identifier les formes d’une possible esthétique de la panne : ce qui implique d’être attentif à leurs déséquilibres, machinations, états paranoïaques.
L’examen de ces pratiques artistiques contemporaines permet de raviver différentes tactiques ou ruses bien connues de l’anthropologie : le bricolage (basse définition, bug, glitch, datamosh), le braconnage (intrusion, pillage, réemploi, détournement), le sabotage (profanation, contre emploi, virus, casse). Nous montrons comment (dé)jouer la panne et « faire œuvre » recouvrent ici des enjeux sociaux et politiques autant qu’esthétiques : autonomie, indépendance, réflexivité critique, réappropriation des cultures matérielles, contre l’obsolescence et contre l’opacité des systèmes.

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Dédicace

À Benjamin Gaulon et Julien Prévieux

Texte intégral

Image d’ouverture

Image d’ouverture

Broken portraits (2017-2019). The aesthetic of failure

© Recyclism, aka Benjamin Gaulon.

  • 1 Je dédie également ce texte à mes étudiants en master Arts et création numérique avec qui, et pour (...)
  • 2 Cette expression très populaire, dont il est toutefois difficile de retrouver la source exacte et o (...)

1L’imaginaire technologique est profondément marqué par l’ambivalence de (nos relations à) la machine1. Dans L’accident originel, Paul Virilio (2005) esquissait déjà l’idée d’une technologie doublement créatrice de progrès et d’accident reprenant le précepte d’Hannah Arendt suivant lequel « le progrès et la catastrophe sont l’avers et le revers d’une même médaille »2.

À cet égard, la machine de l’ère numérique s’offre comme une « boîte noire », un outil performatif qui est aussi un système clos. Comme le montre Friedrich Kittler (2015), les machines numériques fonctionnent désormais en « mode protégé », en ce qu’elles privent leurs utilisateurs de toute possibilité d’entrer dans les systèmes pour les déchiffrer et en faire des partenaires d’activité et de pensée. Fortement prescriptives, ces machines numériques, à l’instar de l’ordinateur, cessent peu à peu d’être des machines d’écritures, au sens où le hardware, le software et les interfaces sont toujours plus verrouillés. Dans ce contexte, tout incident technologique peut être vécu comme un traumatisme et révèle le leurre du pouvoir de maîtrise technique. Quels sont les symptômes et les effets d’une machine défaillante ? Qu’est-ce qui continue de nous attacher aux machines même lorsque celles-ci nous résistent ou nous échappent ? Comment s’opère l’équilibre entre défaillance, confiance et défiance ? Est-il possible d’envisager d’autres « modes d’existence » des machines ?

  • 3 Cet article s’inscrit dans le prolongement de recherches qui se sont donné pour objet d’étude l’art (...)
  • 4 Plusieurs auteurs et ouvrages récents ont éclairé de nouvelles dynamiques du « faire » (par ou cont (...)

À l’interface des sciences de l’art et de l’anthropologie des techniques, au-delà du dualisme poison / remède (pharmakon) souvent réactivé par les débats entre technophobes et technophiles, ce texte propose de décrire et d’analyser des pratiques artistiques doublement inscrites dans l’histoire de l’art (contre-cultures) et dans l’histoire des « technocritiques » (Jarrige 2014), au cœur desquelles la machine numérique devient une matière à altérer et à détourner, afin de mieux en comprendre les (dys)fonctionnements (McLuhan 1968, de Certeau 1990, Rancière 2008, Flichy 2010, Feenberg 2014, Jezo-Vannier 2013, Fourmentraux 2010, 2013, 2017)3. Déjouant les anachronismes, je souhaiterais montrer que les artistes usent aujourd’hui de différentes tactiques ou ruses, bien connues de l’anthropologie, pour « reprendre la main »4, détourner et questionner la technologie (au double sens des techniques et des savoir-faire, des logiques et déterminismes qui y sont associés) :

  • le bricolage (Lévi-Strauss 1962 : 16) : glitch, bug, virus, basse définition ;
  • le braconnage (de Certeau 1990) : intrusion, pillage, réemploi, détournement ;
  • le sabotage (Agamben 2006) : réappropriation, profanation, contre-emploi.

2C’est par conséquent du côté de leur inefficacité, de leurs défaillances, de leurs débordements que je voudrais interroger les machines afin de mieux identifier les formes d’une possible esthétique de la panne numérique : ce qui implique d’être attentif à leurs déséquilibres, machinations, états paranoïaques.

  • 5 Notons que si aucun des concepts précités (bricolage, braconnage, sabotage empruntés à l’anthropolo (...)

3En limitant ici mes analyses à une série d’œuvres exemplaires de deux artistes contemporains – Benjamin Gaulon et Julien Prévieux –, je voudrais montrer comment « (dé)jouer la panne » et « faire œuvre » recouvrent des enjeux sociaux et politiques autant qu’esthétiques : autonomie, indépendance, réflexivité (critique) et réappropriation des cultures matérielles (contre l’obsolescence et l’opacité des systèmes) (Souriau 1990)5.

Esthétiser la panne : héritages du Net art

4Afin de rendre compte de ces dynamiques, partons des expérimentations pionnières d’artistes du Net art mettant l’accent sur la paranoïa qui entoure la relation de l’internaute à son ordinateur – la peur des virus, la crainte du bug qui conduit la machine à planter jusqu’au crash du disque dur en entraînant parfois la perte irrémédiable des données.

5Au début de l’ère internet, dès 1994, certains artistes revendiquent une implication qu’ils qualifient de parasitaire6. Leur forme liminaire d’action créative vise à contaminer Internet par des virus artistiques qui empruntent leur logique constructive aux hackers7 et quelquefois aux comportements déviants des pirates informatiques. Ces artistes mettent en œuvre une tactique de l’infection et de la contamination : leur démarche a pour objet l’incident et la panne, le bug, l’inconfort technologique et la perte des repères. Les œuvres pionnières de Jodi8 interviennent, par exemple, sur la structure du langage HTML par altération du code et transformation des balises permettant l’agencement des sites web : tant au niveau de la mise en page que de l’intégration des composantes multimédias, du son, de l’image, de la vidéo. En opérant une intrusion à la racine même des sites, au niveau du langage et du code informatique, ces œuvres génèrent des erreurs basiques et des commandes contradictoires : l’« erreur système 404 » qu’elles affichent fait ici figure de leitmotiv créatif. Jodi entraîne le public dans les dédales rhizomiques d’un jeu de piste, dont il est souvent impossible de trouver l’issue, à travers des interfaces de brouillage et par l’apparition constante de messages d’alerte confrontant le visiteur à la panne, à la perte de contrôle de l’ordinateur qui ne répond plus à aucune commande.

6Le Net art déjoue ainsi toute forme de médiation technique ou institutionnelle, infiltrant directement les disques durs et les systèmes d’exploitation de leur (non)public victime d’un complot esthétique et algorithmique. L’expression anglaise operating system donne mieux la mesure du caractère actif de ces virus poétiques, comme dans l’œuvre de l’artiste Jaromil (Forkbomb shell, 20029) dont la performance consiste en l’intrusion anonyme en ligne de commande d’un code-virus poiétique :(){ :|:& };:. L’autoréplication de ce virus et sa génération de processus contradictoires ont eu raison des ressources de nombreux serveurs10 : la « forkbomb shell ascii art » offrant un double hommage aux traditions littéraires rebelles et aux performances subversives et militantes des hackers.

  • 11 Une même détermination marque, au début de leur histoire, les machines photographique, cinématograp (...)

7Au-delà de leur caractère esthétique, ces dispositifs de distorsion des contenus et des infrastructures de l’Internet adoptent une visée politique : ils déjouent les technologies de pointe, les dispositifs de contrôle, les prescriptions d’emplois visant à discipliner les usages et les usagers. Héritiers de l’activisme, du dadaïsme et de l’art vidéo11, le Net art participe d’une archéologie des médias (Zielinski 2006, Parikka 2007, 2012, Citton 2017) dont il s’agit d’exhumer et de sonder la machinerie afin d’en déployer les enjeux simultanément esthétiques et politiques (Fourmentraux 2010, 2013). À l’instar des pionniers du Net art, d’autres artistes contemporains placent aujourd’hui au cœur de leur recherche l’examen critique des modes d’existence et de défaillance de la machine et mobilisent pour ce faire différentes ruses et tactiques numériques : le braconnage et le bricolage chez Benjamin Gaulon (Aesthetic of failure, ReFunct media, Kindle Glitched), le sabotage chez Julien Prévieux (Statactivisme, Mordre la machine).

Bricolage et braconnage : l’art de (dé)jouer la panne

« Le déchet de quelqu’un est le trésor de l’autre. »
Benjamin Gaulon12

  • 13 Dans La Pensée sauvage, Claude Lévi-Strauss rappelle l’origine du verbe bricoler qui s’applique aut (...)
  • 14 Pour une relecture et mise à jour des thèses de Lévi-Strauss sur le bricolage, voir l’ouvrage colle (...)

8La « science du concret » qu’incarne le bricolage chez un auteur comme Lévi-Strauss (1962) sous-tend plusieurs idées et principes : 1. l’emploi de matériaux tirés d’une accumulation d’objets, de choses qui n’ont pas vraiment d’utilité mais qui sont tout de même gardées car « ça peut toujours servir » ; 2. l’ensemble formant un « univers instrumental clos » à partir duquel le bricoleur conçoit de nouvelles formes, car il faut toujours « s’arranger avec les moyens du bord » ; 3. le bricolage opère toujours par des voies détournées13 (ibid. : 3), sans planification a priori, ce qui distingue la figure du bricoleur de celle de l’ingénieur. Lévi-Strauss avait déjà pressenti la manière dont « l’art s’insère à mi-chemin entre la connaissance scientifique et la pensée mythique ou magique ; car tout le monde sait que l’artiste tient à la fois du savant et du bricoleur14 » (ibid. : 37).

1. Kindle Glitched (2013-2019).

1. Kindle Glitched (2013-2019).

The Aesthetics of Planned Obsolescence.

Readymades glitch art © Recyclism, aka Benjamin Gaulon

9Adepte d’une contre-histoire des techniques, Benjamin Gaulon a fait de la bricole son mode opératoire. Ses œuvres et installations s’attachent notamment à réanimer des machines périmées, rendues obsolètes par l’industrie et le marché. L’artiste interroge la place des déchets de notre ère électro-numérique marquée par la surconsommation et par le renouvellement permanent de ses produits. Afin de déjouer le scénario de l’obsolescence programmée, il braconne du matériel électronique ou informatique ayant perdu sa valeur marchande (que les fabricants nous invitent à remplacer par leurs nouvelles versions), autant de rebuts technologiques dans lesquels l’artiste extrait des ressources en attente de nouveaux usages.

Déprogrammer l’obsolescence

  • 15 Le terme de critical making utilisé pour la première fois en 2008 par Matt Ratto, professeur à l’un (...)
  • 16 Les e-wastes workshop sont des ateliers qui initient les citoyens participants au circuit bending o (...)

10En tacticien des médias, prônant le critical making15, Benjamin Gaulon partage volontiers son savoir-faire en organisant des ateliers de travail collectifs16 axés sur le détournement et le recyclage d’appareils trop hâtivement jugés obsolètes et abandonnés par le progrès technique.

« Les gens réalisent tout ce qu’on peut faire avec ces déchets. Cette électronique des années 1970 à 1990 est relativement facile à hacker. Aujourd’hui, c’est plus compliqué, souvent c’est une seule puce qui contrôle l’ensemble, recouverte de glu pour empêcher les manipulations. »

11ReFunct Media est exemplaire de cette démarche collaborative, menée au sein du Recycling Hacklab17 fondé en Irlande avec Karl Klomp et Gijs Gieskes. L’installation se présente comme une chaîne d’appareils électroniques dits « obsolètes » : lecteurs multimédias numériques et analogiques, manettes de jeux vidéo, caméras, téléviseurs, chaînes Hi-fi, fers à repasser qui fonctionnent peu ou mal, du fait de leur usure ou parce qu’ils ne sont plus au goût du jour. Dépossédés de leurs fonctionnalités premières, ces objets de la consommation de masse, produits en série, mais désormais désaffectés, inutilisés bien qu’en partie encore fonctionnels, sont piratés et recombinés, reliés et réactivés par l’artiste. Il en résulte une procession de zombies de l’ère électro-numérique, perfusés les uns aux autres, maintenus entre la vie et la mort par l’onde électrique qui les traverse. Ces prétendus déchets ainsi réagencés en une chaîne volontairement complexe et instable, reprennent vie et interagissent, en se transmettant le courant électrique ou les signaux audio et vidéo, en les parasitant aussi, pour créer de nouvelles boucles sonores et visuelles. Par analogie écologique, l’artiste fait naître une nouvelle créature « vivante » dont les organes entretiennent entre eux des relations symbiotiques telles que le mutualisme, le parasitisme et le commensalisme.

12Ce « recyclage critique » propose de rouvrir les boîtes noires de technologies verrouillées en nous donnant le pouvoir de les modifier, décortiquer et ré-assembler. L’œuvre interroge également nos formes d’attachements aux technologies et aux médias, desquels l’industrie nous rend dépendant tout en nous imposant de devoir rapidement y renoncer en les rendant obsolètes.

Glitch art ready-mades

13KindleGlitched incarne un autre projet exemplaire de cette dérive et irresponsabilité de nos sociétés de consommation. Comme beaucoup d’entre nous, Benjamin Gaulon a pu faire l’expérience de la très grande fragilité des liseuses numériques. Leur dysfonctionnement se manifeste souvent par un glitch qui déstructure l’affichage et gèle définitivement l’écran sur la page que l’on était en train de lire. Prenant conscience de la récurrence de cette expérience auprès de ses proches, l’artiste décide d’engager une collecte de Kindle Glitchées avant qu’elles ne soient jetées, qu’on lui donne, qu’il trouve ou qu’il achète sur eBay. Certaines de ces liseuses, sélectionnées en fonction du visuel désormais unique et permanent généré par la panne, sont exposées par l’artiste comme une série de tableaux numériques, qu’il prend soin de signer de son nom, les érigeant ainsi en œuvres d’art ready-made – clin d’œil contemporain au geste historique de l’artiste Marcel Duchamp. Non sans ironie l’artiste ira même jusqu’à mettre en vente ces liseuses « en panne » depuis la plateforme de leur fabricant, déplaçant la valeur de marchandises à obsolescence trop rapide en objets d’art à valeur esthétique et politique – « disponibles sur Amazon ».

2. ReFunct media (2013-2019)

2. ReFunct media (2013-2019)

Hardware hacking/sampling

© Recyclism, aka Benjamin Gaulon

14Au-delà des déchets matériels, Benjamin Gaulon recycle aussi des fichiers numériques corrompus ou endommagés – buggés ou glitchés – comme l’illustre le projet Corrupt Yourself. Cette installation participative, générée à l’aide d’un logiciel créé avec Martial Geoffre-Rouland, offre la possibilité aux utilisateurs « de “glitcher” en temps réel l’image de leur webcam et d’enregistrer un clip de dix secondes automatiquement téléchargé sur le site YouGlitch18 – parodie de YouTube ».

  • 19 On ne peut oublier de mentionner ici la « théorie de l’enchantement technique » proposée par l’anth (...)

15Benjamin Gaulon a ainsi fait de cette panne qu’est le glitch (Menkman 2011), un leitmotiv créatif, la prenant à rebours ou l’esthétisant. Ce rapport agonistique au progrès technologique déjoue l’idéal d’interactivité défendu par les promoteurs des nouvelles technologies qui vantent la démocratie technique tout en limitant la liberté d’action des usagers à l’exécution d’une série de commandes prédéterminées, les dotant d’un répertoire d’actions très frustes. En ce sens, la réémergence du bricolage constitue un dissensus salutaire : en redonnant aux praticiens des médias la capacité de produire des erreurs volontaires et ludiques, il réenchante le rapport à la technologie19 et aide le public à regagner confiance et autonomie. Il s’agit de prôner l’expérimentation contre la spécialisation, à l’instar de l’artiste Benjamin Gaulon chez lequel le bricolage rime avec l’action de ruse ou de falsification.

16Michel de Certeau, philosophe des croyances et des phénomènes de consommation, développa en ce sens la notion de « valeur d’usage » et parla à ce propos des « braconniers actifs » qui, à travers les mailles d’un réseau imposé, (ré)inventent leur quotidien (1990). Les mots employés par de Certeau désignent souvent des formes de résistance face au pouvoir impérieux de l’ordre social : braconnage (investir un lieu qui n’est pas sien), tactique (déjouer l’omniprésence de l’ordre, appelée communément « stratégie »), perruque (détourner du temps et du matériel à des fins propres), etc. Dans ce contexte, le glitch peut faire figure d’acte de résistance. Contre l’hégémonie de l’innovation, il promeut l’émancipation des usagers (au sens de Rancière 2008) par l’exploration et la déconstruction des machines. Cette pratique du braconnage permet de faire émerger un art de faire « tacticien » (de Certeau 1990) susceptible d’inventer de nouveaux modes d’existence des techniques, octroyant aux usagers une marge de liberté et d’autonomie, leur permettant de disposer à nouveau de techniques non inféodées au bon vouloir de la production.

Saboter le travail de la technique : l’art du contre-emploi

  • 20 L’étymologie fait dériver le terme sabotage du verbe saboter et du mot sabot, éventuellement aussi (...)
  • 21 On trouvera d’autres analyses de ce rapport ambivalent de l’art à l’innovation technologique, qui i (...)

17Une autre démarche dérive de celles précédemment examinées : la tactique du sabotage. On limite trop souvent le sabotage à l’action de détériorer, mettre hors d’usage volontairement et le plus souvent clandestinement, du matériel, des machines, des installations militaires ou civiles20. Un autre sens confère au même terme l’intention de désorganiser et de compromettre le succès d’un projet, d’une entreprise. Associé au travail, le sabotage renvoie aux attitudes contre-productives, au travail vite fait ou mal fait, exécuté « comme à coups de sabots » (Pouget 1911 : 3). Comme nous le rappelle l’économiste Charles Gide, saboter « ne signifie pas nécessairement l’acte de détruire les instruments ou les marchandises [...] mais tout acte qui consiste à rendre le travail improductif, soit par nonchalance, [...] par excès d’application, [...] ou par une observation méticuleuse des règlements » (1919 : 210). Certains artistes choisissent en ce sens de contourner l’usage des technologies, c’est-à-dire de ne pas ou de mal les utiliser, en suivant pourtant strictement leurs prescriptions d’emploi, pour les mettre – au moins symboliquement – en panne21.

Statactivisme et big data

18Artiste du contre-emploi, Julien Prévieux s’est d’abord fait connaître par son projet de Lettres de non-motivations (2000-2007), consistant à envoyer des lettres (plus de mille) à une multitude d’entreprises en explicitant les (bonnes) raisons de refuser les emplois qu’elles proposaient. À la frontière des mondes de l’art et du travail, ce processus systématique et ritualisé du refus d’être employé permettait de révéler, par l’absurde, certaines dérives de nos sociétés néolibérales axées sur la performance et la rentabilité, impliquant la mise en concurrence des travailleurs.

  • 22 Cf. Atelier de dessin - BAC du 14e arrondissement de Paris (2011-2015). Dessins réalisés par les po (...)
  • 23 En mathématique, les diagrammes ou partitions de Voronoï sont des formes géométriques subdivisant l (...)

19Un peu plus tard, entre mai et juin 2011, Julien Prévieux infiltre un commissariat du 14e arrondissement de Paris. Il propose à quatre policiers de la Brigade anticriminalité (BAC) de participer, en dehors de leur temps de travail, à des cours de dessin « particuliers »22 : proposant d’apprendre à tracer, manuellement, les « diagrammes de Voronoï » désormais employés (par les logiciels de conception 3D) pour rendre visible la délinquance, recenser et cartographier des délits dans une zone géographique déterminée23. Ces nouvelles technologies de quantification de la criminalité (crime mapping) doivent permettre de visualiser les délits en temps réel et d’optimiser le déploiement des patrouilles d’intervention.

  • 24 Tels que PredPol utilisé par la police de Los Angeles ou la suite Blue CRUSH d’IBM vendues au dépar (...)

20Mises au service de la lutte contre le crime, les big datas remplacent peu à peu les anciennes cartes épinglées au mur et recouvertes de punaises. Elles font le jeu des fabricants de logiciels24 qui vantent les résultats de l’analyse prédictive, croisant une multitude de variables – météo, vacances, évènements collectifs, etc. – susceptibles de favoriser un accroissement des infractions et délits. Mais ces diagrammes tracés par ordinateurs échappent pour une bonne part aux policiers : la vitesse de calcul des algorithmes rendant opaque leur processus de construction. Dans la pratique, leur application s’avère aussi très controversée.

3. Atelier de dessin BAC du 14earrondissement de Paris, 2011-2015

3. Atelier de dessin BAC du 14earrondissement de Paris, 2011-2015

Julien Prévieux. Dessins réalisés par les policiers Stéphane Dupont, Benjamin Ferran, Gérald Fidalgo, Mickaël Malvaud et Blaise Thomas.

Photos © Toni Hafkenscheid / Blackwood Gallery, Toronto.

21À cet égard, les ateliers de dessin proposés par Julien Prévieux sont propices aux débats entre participants qui laissent volontiers s’exprimer un regard critique sur les transformations récentes de leur métier suite à l’implantation des nouveaux outils et méthodes de management (big data, tableaux de bord numériques, indicateurs, courbes, diagrammes et évaluations en tout genre) dont l’incitation à l’usage est assortie d’une prime au résultat.

  • 25 Cf. D’octobre à février (2010) – pulls en laine, cintres. Julien Prévieux constitue cette fois un g (...)

« Ces outils sont de véritables chevaux de Troie dont les policiers pâtissent plus qu’ils ne bénéficient. La visualisation des délits camoufle une politique publique délétère, imposant des accessoires à l’efficacité limitée sur le terrain, cache-misère pernicieux incapables de combler le manque de moyens humains. Ces nouvelles approches étant également accompagnées d’un ensemble de discours sur la “prise d’initiative” et l’“inventivité” des agents, il s’agissait de prendre à la lettre ces injonctions pour mieux se réapproprier ces techniques d’optimisation du travail policier et les faire dériver vers le point ultime et absurde où elles allaient pouvoir devenir un loisir du dimanche, un équivalent contemporain, dystopique et poétique, des maquettes en allumettes ou du tricot.25 » (Prévieux 2010.)

22Ici, ce sont l’expérience collective et le partage des savoir-faire qui semblent « en panne ». Dès lors, proposer de réhabiliter le travail « artisanal » permet une reprise en main des outils que l’informatique tendait à déconnecter de l’expérience commune. L’exploration et la réappropriation de l’algorithme, par le dessin manuel, ne répondent plus, bien sûr, à l’objectif de visualisation en temps réel promu par l’algorithme, dont l’efficacité est mise à mal, l’outil perdant sa fonction d’optimisation. Mais la compréhension de ses présupposés logiques et la maîtrise de ses effets en ressortent renforcés. De ce détour symbolique, il résulte une série de dessins abstraits, produits à la main par l’artiste et les policiers, exposés en tant qu’œuvres dans des galeries et différents centres d’art et musées, avant de pouvoir être acquis pour deux d’entre-deux par la collection du Mac Val/Musée d’art contemporain du Val-de-Marne – les bénéfices de la vente revenant à parts égales à Julien Prévieux et aux policiers ayant participé aux ateliers.

Crever l’œil algorithmique ou la (dé)quantification des regards

  • 26 Un logiciel de eye tracking détecte et enregistre le mouvement des pupilles grâce à une caméra infr (...)
  • 27 Cf. Anthologie des regards (2015-2018). Œuvre protocolaire : enregistrement de regards, report de l (...)
  • 28 Mai 2013, à l’invitation du Frac Île-de-France/Le Plateau, un lieu d’exposition situé à Paris, en c (...)

23Julien Prévieux contourne ainsi l’usage prescriptif des machines et techniques pour mieux souligner certains effets pervers ou absurdes de leur fonctionnement habituel. Cette attention aux mutations du travail induites par l’irruption du numérique sera prolongée à l’occasion de plusieurs autres réalisations prenant pour objet la mesure des mouvements ou les logiques de quantification du regard promues, par exemple, par l’oculométrie au travers de la technique d’enregistrement eye tracking26. Pour la pièce Anthologie des regards (2015-2018)27, Julien Prévieux transposera littéralement dans le monde de l’art28, pour leur qualité visuelle, les productions géométriques issues de l’enregistrement des mouvements oculaires, confrontant l’iconologie aux effets pervers d’une technique marketing visant à déchiffrer l’attention visuelle à des fins d’optimisation de la consommation de publicités, de pages internet, ou de produits choisis en fonction de leur emballage.

« Après avoir décroché les œuvres et s’être munis de bobines de laine et de colle à chaud, nous avons dupliqué sur les cimaises, en lieu et place des productions artistiques, les différents mouvements des yeux. Dès lors, l’exposition initiale n’était plus visible que sous la forme de traces, de regards fantômes, dont le résultat final a pu être visité par les regardeurs eux-mêmes regardant leurs propres regards.29 » (Prévieux 2015-2018.)

24Quel sens peut avoir une volonté d’optimisation visuelle dans le cas de l’appréciation esthétique d’une œuvre d’art ? Quel peut être le but recherché par l’analyse des données ainsi produites ? Serait-il envisageable d’améliorer son regard sur une œuvre d’art ? Là encore, l’artiste retourne la question, il dessaisit les techniques de leur effectivité et assignation premières pour donner à voir leur processus et en extraire des formes plastiques sensibles. Plutôt que de chercher à diriger ou instrumentaliser le regard, Julien Prévieux propose ici de rendre le regard producteur d’espaces et de formes aux qualités visuelles inattendues et intéressantes pour l’œil. Comme pour l’atelier de dessin précédemment analysé, la mise « en panne » de la machine et la suspension des seules fonctions d’optimisation et d’évaluation cèdent la place à la constitution de communautés temporaires s’appropriant la logique confinée des outils techniques pour mieux concevoir des expériences esthétiques.

4. Anthologie des regards, 2015-2018

4. Anthologie des regards, 2015-2018

Julien Prévieux. Œuvre protocolaire. Enregistrement de regards, report de l’enregistrement au mur, fil de laine et colle, dimensions variables.

Photos © Toni Hafkenscheid / Blackwood Gallery, Toronto.

5. Today is Great, 2014

5. Today is Great, 2014

Julien Prévieux.

Photos © Julien Prévieux

  • 30 Cf. Today is Great (2014). Série de 10 dessins, encre de Chine sur papier, 40 x 56 cm.
  • 31 Ce projet s’inscrit dans le cadre d’une collaboration avec les sociologues Isabelle Bruno et Emmanu (...)

25L’artiste prend ainsi position en choisissant de produire des formes simultanément esthétiques et politiques, déjouant les valeurs associées à l’idéologie de l’innovation ou à la course à la productivité. Comme en témoigne aussi la pièce Today is Great (2014)30, dans laquelle l’artiste érige ironiquement en œuvre d’art des schémas, notes et gribouillis laissés sur le tableau blanc des employés de Google, photographiés au téléobjectif depuis l’immeuble faisant face au désormais célèbre Binoculars Building conçu par l’architecte Frank Gehry à Los Angeles. L’artiste réalise cette fois-ci lui-même une série de dessins à l’encre de Chine à partir des détails prélevés, inversant les rôles en nous invitant, en traquant le traqueur, à reprendre la main sur nos données. Ces processus de travail « statactivistes » (Bruno, Didier & Prévieux 2014)31 consistent dans leur dimension artistique à proposer d’autres usages des technologies pour (ré)activer et libérer leur portée esthétique et ludique. Le statactivisme s’apparenterait ici à la pratique du judo : prolongeant le mouvement de l’adversaire afin de détourner sa force et de la lui renvoyer. Il s’agit de faire de la statistique, cet instrument du gouvernement des grands nombres, une arme critique. Chez Julien Prévieux, l’approche repose sur une équation originale qui confronte aux données rigoureuses de la recherche et des stratégies néolibérales du management, une attitude burlesque opérant par une série de contournements faussement naïfs des formes contemporaines d’exploitation.

6. Today is Great, 2014

6. Today is Great, 2014

TodayGoogleBuilding

Julien Prévieux. Photos © Julien Prévieux

L’art ne meurt pas de la technologie

26Au-delà de leurs fonctionnalités programmées, les propriétés d’une technique se révèlent particulièrement lorsque celle-ci vient à dysfonctionner. Comme pour un corps malade, c’est lorsqu’une machine ne marche pas qu’elle « fait problème », que l’on prend pleinement conscience de son existence et que l’on se met à développer à son endroit un regard critique et réflexif. Plutôt que de seulement considérer ces incidents techniques comme des anomalies délétères, qui viendraient perturber nos existences en paralysant nos machines, il est sans doute possible d’envisager qu’une machine défaillante ne soit que très rarement une machine morte ou, de manière rédhibitoire, « en panne », impossible à réparer et dont il conviendrait de se débarrasser. Au contraire, bien souvent la machine (sur)vit encore à ses dysfonctionnements, elle manifeste alors d’autres « modes d’existence », d’une intensité qui peut être supérieure à celle qu’on lui connaît lorsqu’elle semble dans son état normal. La machine adopte d’autres comportements et génère d’autres effets lorsqu’elle se met à défaillir. Elle exhibe sa matérialité, plutôt que sa fonctionnalité, fait surgir l’imprévisible et l’inattendu.

27Questionner la façon dont ces artistes prennent à rebours les innovations technologiques permet d’éclairer les enjeux de société et les controverses sociotechniques qui les traversent. Actes potentiels de profanation (braconnage, bricolage et sabotage) constituent des tactiques (du faible contre le puissant) d’autant plus redoutables que la société contemporaine repose largement sur des machines et des réseaux aussi fragiles que puissants.

« La stratégie que nous devons adopter dans notre corps à corps avec les dispositifs ne peut pas être simple. Il s’agit en fait de libérer ce qui a été saisi et séparé par les dispositifs pour le rendre à l’usage commun […]. » (Agamben 2007.)

28Cette approche de la panne et du dysfonctionnement consiste à pratiquer l’art du « grain de sable » : une contestation silencieuse et invisible qui échappe à toute répression et dont seuls les effets doivent être palpables. En ce sens, le sabotage est aussi un acte créatif par excellence, mobilisant à la fois l’inventivité, la débrouille et le système D.

29Au cœur de ces développements, les œuvres d’art et/ou la pratique artistique jouent un rôle spécifique : l’art constituant un bon laboratoire pour penser la technique, mettre en question notre écosystème machinique et cultiver le numérique (non l’inverse).

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Bibliographie

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Notes

1 Je dédie également ce texte à mes étudiants en master Arts et création numérique avec qui, et pour lesquels, j’explore les pratiques ici exposées.

2 Cette expression très populaire, dont il est toutefois difficile de retrouver la source exacte et originale, a été attribuée à Hannah Arendt et reprise par Paul Virilio en ouverture de l’exposition « Ce qui vient » dont il a été le commissaire à la Fondation Cartier en 2002.

3 Cet article s’inscrit dans le prolongement de recherches qui se sont donné pour objet d’étude l’articulation des faits techniques et sociaux, non sur le mode de l’instrumentation ou de l’aliénation, mais sur celui de la fréquentation et du contact, voire du jeu.

4 Plusieurs auteurs et ouvrages récents ont éclairé de nouvelles dynamiques du « faire » (par ou contre la technologie) avec lesquelles résonnent les pratiques étudiées dans le présent article : voir notamment Sennett (2010), Crawford (2010), Lallement (2015).

5 Notons que si aucun des concepts précités (bricolage, braconnage, sabotage empruntés à l’anthropologie, à l’histoire et à la philosophie) ne figure en tant que tel dans le dictionnaire d’esthétique d’Étienne Souriau (qui constitue encore aujourd’hui une référence dans le domaine), les pratiques de l’art contemporain numérique offrent un terrain propice à cette relecture – et témoigne aussi sans doute de l’intérêt constamment renouvelé des arts pour l’anthropologie.

6 Pour un premier manifeste du Net art « activiste » voir Joachim Blank : http://www.irational.org/cern/Netart.txt.

7 Le sens informatique de to hack into a data base renvoie à l’action de s’introduire en fraude dans une base de données : il génère les termes hacking (piratage) et hacker (pirate informatique).

8 Cf. Jodi, We love your computer, http://www.oss.Jodi.org - Jodi, Error 404, http://www.404.Jodi.org.

9Cf. Jaromil, P0ES1S : http://www.p0es1s.net/en/projects/jaromil.html.

10 Cf. Jaromil, :(){ :|:& };: - ou de la bohème digitale : https://jaromil.dyne.org/journal/forkbomb.html.

11 Une même détermination marque, au début de leur histoire, les machines photographique, cinématographique et vidéographique, tour à tour explorées, contournées et détournées par la pratique artistique expérimentale. Les premières pièces vidéo de Nam June Paik ou celles de Wolf Vostell se sont notamment attachées à la panne en détruisant la télévision, physiquement (sculptures vidéo) autant que symboliquement, en intervenant à même la matière du médium – le meuble TV, l’écran, le tube cathodique, le signal vidéo et son indéfinition.

12 http://www.recyclism.com.

13 Dans La Pensée sauvage, Claude Lévi-Strauss rappelle l’origine du verbe bricoler qui s’applique autant au jeu de balle et de billard, qu’à la chasse et à l’équitation, mais toujours pour évoquer un mouvement incident : celui de la balle qui rebondit, du chien qui divague, dont on peut dire qu’il bricole bien, ou du cheval qui s’écarte de la ligne droite pour éviter un obstacle.

14 Pour une relecture et mise à jour des thèses de Lévi-Strauss sur le bricolage, voir l’ouvrage collectif de Odin & Thuderoz (2010). Les auteurs y introduisent la figure de l’artiste pour repenser et relativiser l’opposition, formulée par Claude Lévi-Strauss dans La Pensée sauvage, entre l’ingénieur, homme du projet et du concept, et le bricoleur, qui crée avec « les moyens du bord », puisant dans un stock d’objets accumulés sans projet précis.

15 Le terme de critical making utilisé pour la première fois en 2008 par Matt Ratto, professeur à l’université de Toronto, articule le critical thinking (mode de pensée dit critique) et le making (processus de création, expérience et connaissances acquises par le bricolage). Cf. Lallement (2015).

16 Les e-wastes workshop sont des ateliers qui initient les citoyens participants au circuit bending ou hardware hacking, à ouvrir le capot d’objets technologiques mis au rebut.

17 http://hacklab.recyclism.com.

18 http://www.uglitch.com.

19 On ne peut oublier de mentionner ici la « théorie de l’enchantement technique » proposée par l’anthropologue Alfred Gell pour qualifier l’art au-delà de la pensée esthétique, un peu rapidement réduite à la seule beauté. Mais ses principaux arguments, par ailleurs assez controversés, renvoyant à la virtuosité ou à la fascination magique, peuvent aussi sembler étranges au regard des pratiques et engagements artistiques que nous analysons ici : où il s’agit précisément de contrer la fascination technique des promoteurs de l’idéologie de l’innovation (qui n’ont de cesse de verrouiller la technique), pour mieux réanimer la geste technique et réinvestir les boîtes noires. Nous retiendrons davantage de Gell son analyse des figures de l’agentivité et son approche des « réseaux de l’art », contemporaine de l’approche des « mondes de l’art » (Becker) et la théorie de l’acteur réseau (Callon, Latour). Cf. Gell (2014) et son ouvrage posthume (2009). En réaction, voir aussi Derlon & Jeudy-Ballini (2010).

20 L’étymologie fait dériver le terme sabotage du verbe saboter et du mot sabot, éventuellement aussi du picard chaboter : « faire du bruit avec des sabots » et/ou du provençal sabotar : « secouer, agiter ». Une légende voudrait que le mot sabotage vienne du fait que des ouvriers jetaient leurs sabots dans les machines en vue de les détruire (on évoque souvent l’histoire des tisserands hollandais, des luddites anglais, ou encore des canuts lyonnais).

21 On trouvera d’autres analyses de ce rapport ambivalent de l’art à l’innovation technologique, qui interrogent la figure de la panne, dans Chatonsky (1996) et Nova (2014).

22 Cf. Atelier de dessin - BAC du 14e arrondissement de Paris (2011-2015). Dessins réalisés par les policiers Stéphane Dupont, Benjamin Ferran, Gérald Fidalgo, Mickaël Malvaud et Blaise Thomas. Voronoï : encre sur papier calque, 65x50 cm. Heatmaps : peinture acrylique sur papier, 90x75 cm. http://www.previeux.net/fr/works-atelierbac.html.

23 En mathématique, les diagrammes ou partitions de Voronoï sont des formes géométriques subdivisant l’espace, composées de polygones définis à partir d’un ensemble discret de points. Ils tiennent leur nom d’un mathématicien russe du début du xxe siècle.

24 Tels que PredPol utilisé par la police de Los Angeles ou la suite Blue CRUSH d’IBM vendues au département de la police de Memphis.

25 Cf. D’octobre à février (2010) – pulls en laine, cintres. Julien Prévieux constitue cette fois un groupe de tricoteuses auxquelles il demande de reproduire des codes informatiques simulant des phénomènes sociaux comme les origines et évolutions d’une rébellion ou les processus de ségrégation. http://www.previeux.net/fr/works-octobre.html.

26 Un logiciel de eye tracking détecte et enregistre le mouvement des pupilles grâce à une caméra infrarouge, puis trace un diagramme qui donne à voir les trajets, les temps et les zones de focalisation de l’œil.

27 Cf. Anthologie des regards (2015-2018). Œuvre protocolaire : enregistrement de regards, report de l’enregistrement au mur, fil de laine et colle, dimensions variables. http://www.previeux.net/fr/works-anthologieRegards.html.

28 Mai 2013, à l’invitation du Frac Île-de-France/Le Plateau, un lieu d’exposition situé à Paris, en charge de l’acquisition et de la diffusion d’une collection d’œuvres d’art contemporain.

29 Cf. Anthologie des regards (2015-2018) : http://www.previeux.net/fr/works-anthologieRegards.html.

30 Cf. Today is Great (2014). Série de 10 dessins, encre de Chine sur papier, 40 x 56 cm.

31 Ce projet s’inscrit dans le cadre d’une collaboration avec les sociologues Isabelle Bruno et Emmanuel Didier visant à souligner les dérives de la quantification dans les technologies de pouvoir contemporaines et les formes possibles de résistance à celles-ci. Prôner l’activisme en faveur d’un usage émancipateur et non asservissant des chiffres. Cf. Bruno, Didier & Prévieux (2014).

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Table des illustrations

Titre Image d’ouverture
Légende Broken portraits (2017-2019). The aesthetic of failure
Crédits © Recyclism, aka Benjamin Gaulon.
URL http://journals.openedition.org/tc/docannexe/image/12371/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 77k
Titre 1. Kindle Glitched (2013-2019).
Légende The Aesthetics of Planned Obsolescence.
Crédits Readymades glitch art © Recyclism, aka Benjamin Gaulon
URL http://journals.openedition.org/tc/docannexe/image/12371/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 56k
Titre 2. ReFunct media (2013-2019)
Légende Hardware hacking/sampling
Crédits © Recyclism, aka Benjamin Gaulon
URL http://journals.openedition.org/tc/docannexe/image/12371/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 38k
Titre 3. Atelier de dessin BAC du 14earrondissement de Paris, 2011-2015
Légende Julien Prévieux. Dessins réalisés par les policiers Stéphane Dupont, Benjamin Ferran, Gérald Fidalgo, Mickaël Malvaud et Blaise Thomas.
Crédits Photos © Toni Hafkenscheid / Blackwood Gallery, Toronto.
URL http://journals.openedition.org/tc/docannexe/image/12371/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 49k
Titre 4. Anthologie des regards, 2015-2018
Légende Julien Prévieux. Œuvre protocolaire. Enregistrement de regards, report de l’enregistrement au mur, fil de laine et colle, dimensions variables.
Crédits Photos © Toni Hafkenscheid / Blackwood Gallery, Toronto.
URL http://journals.openedition.org/tc/docannexe/image/12371/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 51k
Titre 5. Today is Great, 2014
Légende Julien Prévieux.
Crédits Photos © Julien Prévieux
URL http://journals.openedition.org/tc/docannexe/image/12371/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 59k
Titre 6. Today is Great, 2014
Légende TodayGoogleBuilding
Crédits Julien Prévieux. Photos © Julien Prévieux
URL http://journals.openedition.org/tc/docannexe/image/12371/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 93k
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Pour citer cet article

Référence papier

Jean-Paul Fourmentraux, « « Corrupt Machine » »Techniques & Culture, 72 | 2019, 204-223.

Référence électronique

Jean-Paul Fourmentraux, « « Corrupt Machine » »Techniques & Culture [En ligne], 72 | 2019, mis en ligne le 02 janvier 2022, consulté le 09 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/tc/12371 ; DOI : https://doi.org/10.4000/tc.12371

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Auteur

Jean-Paul Fourmentraux

Jean-Paul Fourmentraux, sociologue, est professeur à l’université Aix-Marseille et directeur de recherche à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), Centre Norbert Elias (UMR-CNRS 8562), membre fondateur du programme Art-Science-Société de l’Institut méditerranéen d’études avancées (IMéRA, RFIEA). Ses recherches interdisciplinaires portent sur les enjeux politiques et anthropologiques des arts et technologies numériques.Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’art et Internet, le dernier en date, paru en 2017 à La Lettre Volée, s’intitule Images Interactives.

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