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Dispositifs

De l’exposition au Bazar

Les pérégrinations de l’ex-voto à San Juan de los Lagos, Mexique
Caroline Perrée
p. 120-125

Notes de la rédaction

En ligne : retrouver l’article complet sur journals.openedition.org/tc : Techniques&Culture 70 « Matérialiser les désirs. Techniques votives » :https://journals.openedition.org/tc/9709

Texte intégral

Image d’ouverture

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Paroi votive. Salle des Miracles. San Juan de los Lagos

© Photographie : Caroline Perrée

1À San Juan de los Lagos, ville de l’État de Jalisco et deuxième lieu de pèlerinage au Mexique après celui de la Vierge de Guadalupe, la gestion des ex-voto par le clergé se singularise par la multiplicité des lieux d’accueil et la fonction assignée à chacun : de son exposition à sa revente, l’ex-voto suit un parcours qui passe par un accrochage spontané, une muséographie du miracle tantôt publique tantôt privée, et un recyclage économique des dons réintégrés à un circuit commercial après leur exposition comme objets votifs. Face au caractère massif et hétéroclite des objets en présence, le clergé s’adapte et endigue le flot d’ex-voto en faisant des choix qui doivent convenir à tous les acteurs de la foi. Dans cet ensemble, la Salle des Miracles est le lieu d’un premier filtre organisationnel mis en place par le clergé. Deux autres lieux sont dédiés à une muséographie de l’ex-voto, l’un privé, l’autre public. On s’attachera à comprendre les enjeux à l’œuvre dans cette visibilisation du miracle. Enfin, une attention particulière sera accordée au lieu de revente de l’ex-voto, le Bazar, qui métamorphose les objets votifs soustraits un temps du marché, pour y retourner, après une brève parenthèse votive.

Accomplir ses promesses, apporter ses dons : la Salle des Miracles

2L’ex-voto se distingue de la prière ou d’une offrande faite sans contrepartie, car il se présente comme une démarche conditionnelle qui suppose un don contre une grâce. Les ex-voto ainsi offerts se caractérisent par leur éclectisme tant le rapport qu’ils entretiennent avec le miracle est de l’ordre symbolique, figuratif ou métonymique : robes de mariée, peintures, tresses de cheveux, grenouillères de nourrisson, corsets, collages réalisés par le donateur, bicyclettes de pèlerins, trophées sportifs, diplômes, etc. La Salle des Miracles prend volontiers l’allure d’un bric-à-brac donnant à voir des éléments corporels et des objets de consommation.

3Si la dimension personnelle révèle la biographie votive du croyant, elle s’inscrit dans une très forte dimension sociale et collective : les souffrances individuelles sont présentées au milieu d’un espace public. Dans le jeu de regard qui unit les objets exposés et les pèlerins qui viennent les contempler se joue l’efficacité de la foi : toutes ces images de souffrances guéries, de désirs comblés jouent un rôle fondamental pour les fidèles, qui n’accrochent leurs ex-voto en toute confiance qu’après avoir contemplé les miracles en présence.

1.

1.

Le Bazar est aussi le lieu de vente des cheveux promis lors d’une « manda ». Ils sont achetés par des coiffeurs pour faire des perruques.

© C. Perrée

2.

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Des villages entiers viennent en pèlerinage à San Juan à bicyclette chaque année. Certains pèlerins les laissent pour attester de leur venue conformément à la promesse faite.

© C. Perrée

Exposer l’ex-voto, valoriser le miracle

4Derrière son désordre apparent, la Salle des Miracles est organisée par le clergé de San Juan de los Lagos de manière à revêtir une fonction édifiante. L’accumulation des ex-voto laissés visibles constitue une forme de sérialité créée par leur mode opératoire, qui est fondé sur un dispositif narrativo-visuel dramatique à l’issue heureuse. On choisit d’exposer une accumulation d’images de dangers particulièrement spectaculaires complétées par des récits relatant des situations exceptionnelles, et dont le dénouement miraculeux atteste de la puissance du divin.

Deux autres espaces se présentent l’un comme un musée réservé au clergé et l’autre, situé dans une tribune de la basilique. Le musée privé regroupe des peintures choisies pour leur esthétisme, tandis que le musée public expose les ex-voto au titre d’objets dévotionnels et de documents historiques, intégrés à une histoire de la dévotion catholique locale. L’exposition de beaux objets privilégie l’exceptionnel en valorisant leur rareté, et les objets sériels sans valeur sont présentés en nombre restreint, afin de créer des typologies votives. Le musée ainsi constitué est régi par une inspiration ethnographique (faussement) exhaustive des pratiques dévotionnelles, et possède une visée normative délimitant le périmètre fort large, il faut le reconnaître, du don légitime.

Recycler l’ex-voto, transformer sa valeur

5Deux types de recyclage sont à l’œuvre : l’un commercial, l’autre ornemental. Le Bazar ressemble au musée public parce qu’il établit des typologies votives organisées. Il en est complémentaire, car il rassemble tous les objets encombrants que reçoit la Salle des Miracles et que n’expose pas le musée. Mais il s’en différencie en exposant tous les objets d’une même catégorie, afin de les vendre. L’objet industriel, détourné à des fins votives, est réintroduit dans le circuit commercial, soumis à une nouvelle métamorphose par le lieu qui le reçoit et par le regard que l’on porte sur lui.

3. Le Bazar

3. Le Bazar

San Juan de los Lagos

© C. Perrée

D’autres stratégies comme le recyclage ornemental permettent de disperser les milagritos anatomiques dans l’ensemble du sanctuaire. De couleur dorée, ces objets minuscules servent de fond à des images pieuses. Détaché de son lieu de dépôt, sans être intégré systématiquement dans le circuit commercial, l’usage ornemental constitue une modalité supplémentaire de vie de ces objets et possède sa propre efficacité.

L’ex-voto, un objet de métamorphose

6L’intérêt, sur le plan votif, du sanctuaire de San Juan réside d’une part dans la multiplicité des espaces qui témoignent des différentes valeurs que peut revêtir l’ex-voto : probatoire, testimoniale, esthétique, patrimoniale et commerciale ; d’autre part dans les connexions que ces objets établissent entre ces différents lieux. Les actions des deux forces en présence – cléricales et dévotionnelles – expliquent les spatialités en jeu et soulignent les concessions faites par l’Église face aux pratiques des fidèles qui lui échappent et lui résistent par le biais d’une matérialité non liturgique.

4. Ex-voto anatomiques recyclés

4. Ex-voto anatomiques recyclés

Musée, San Juan de los Lagos

© C. Perrée

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Table des illustrations

Titre Image d’ouverture
Légende Paroi votive. Salle des Miracles. San Juan de los Lagos
Crédits © Photographie : Caroline Perrée
URL http://journals.openedition.org/tc/docannexe/image/9741/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 143k
Titre 1.
Légende Le Bazar est aussi le lieu de vente des cheveux promis lors d’une « manda ». Ils sont achetés par des coiffeurs pour faire des perruques.
Crédits © C. Perrée
URL http://journals.openedition.org/tc/docannexe/image/9741/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 215k
Titre 2.
Légende Des villages entiers viennent en pèlerinage à San Juan à bicyclette chaque année. Certains pèlerins les laissent pour attester de leur venue conformément à la promesse faite.
Crédits © C. Perrée
URL http://journals.openedition.org/tc/docannexe/image/9741/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 124k
Titre 3. Le Bazar
Légende San Juan de los Lagos
Crédits © C. Perrée
URL http://journals.openedition.org/tc/docannexe/image/9741/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 91k
Titre 4. Ex-voto anatomiques recyclés
Légende Musée, San Juan de los Lagos
Crédits © C. Perrée
URL http://journals.openedition.org/tc/docannexe/image/9741/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 142k
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Pour citer cet article

Référence papier

Caroline Perrée, « De l’exposition au Bazar »Techniques & Culture, 70 | 2018, 120-125.

Référence électronique

Caroline Perrée, « De l’exposition au Bazar »Techniques & Culture [En ligne], 70 | 2018, mis en ligne le 06 décembre 2018, consulté le 18 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/tc/9741 ; DOI : https://doi.org/10.4000/tc.9741

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Auteur

Caroline Perrée

Caroline Perrée est docteure et chercheuse en Histoire de l’Art au CEMCA à Mexico (UMIFRE 16 MEAE CNRS). Après un doctorat portant sur l’ex-voto dans l’art contemporain, ses recherches actuelles s’inscrivent dans le champ de l’anthropologie de l’image par l’analyse des objets votifs et des images dévotionnelles, et leurs interactions avec les créations artistiques contemporaines, notamment au Mexique. Elle travaille plus généralement sur les questions de temporalité en art à travers l’analyse des continuités et des subversions dans la création des images.

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