- 1 McGowan et Laroche, 1996 ; Cadot, 2009.
1Pendant longtemps, les collections de restes humains n’étaient pas, ou peu, prises en charge dans des opérations de conservation-restauration, ce qui a pu conduire à des dégradations1. En outre, les rares interventions qui ont été menées étaient peu documentées. Mais ces dernières années, plusieurs projets de rénovations muséales, notamment, ont été l’occasion de traiter ces collections particulières et de mettre en place certaines dispositions conservatoires. Ces projets témoignent du nouvel intérêt porté à ces collections et de la volonté d’établir un protocole d’intervention qui soit adapté à leurs spécificités : certes composés de matériaux organiques, les individus qu’ont été ces dépouilles ne doivent pas s’effacer devant de simples préoccupations matérielles. Ainsi, il s’agit avant tout d’assurer la pérennisation des restes humains dans les meilleures conditions possibles de respect et d’intégrité, aussi bien matérielle qu’immatérielle.
2Ces opérations ont également souligné l’importance d’un travail pluridisciplinaire alliant des restaurateurs de plusieurs domaines. Le restaurateur spécialisé dans les restes humains est essentiel en termes de manipulation des corps et du choix du traitement à leur appliquer afin d’en conserver tout le potentiel informatif (fig. 1). Et il prend en compte les problématiques de contamination en utilisant un matériel de protection adéquat (gants, masques, etc.). Toutefois, il travaille la plupart du temps en collaboration étroite avec des restaurateurs de spécialités complémentaires pour mener à bien le traitement qui porte aussi sur les matériaux périphériques.
Fig. 1. Dépoussiérage de la momie de Neshor (musée du Louvre)
© H. Guichard.
3Ces projets ont trait à des dépouilles issues de cultures variées : momies égyptiennes ou d’Amérique du Sud, crânes surmodelés d’Océanie, peaux humaines, etc. Si les modes de préservation des corps sont différents étant donné l’intentionnalité qui a présidé à leur mise en œuvre, la dégradation constitue l’une des composantes de chaque corps mort. Il faut alors distinguer dans le diagnostic les altérations inhérentes à la préparation et au processus de préservation du corps de celles qui sont survenues après, soit au cours de leur histoire matérielle afin de définir les dispositions à prendre pour les réduire.
4De fait, toute intervention sera nécessairement un compromis, le principe de précaution étant privilégié. En effet, si le traitement de restauration se doit de viser à la réversibilité, cette dernière n’est pas toujours envisageable. C’est pourquoi les protocoles d’intervention doivent être adaptés à chaque situation. Chaque intervention représente alors un cas particulier et chaque traitement suppose de prendre en compte les spécificités propres au reste humain concerné afin de l’adapter au mieux. Enfin, et parce qu’il s’agit de restes humains, dans toute intervention transparaissent la sensibilité et la subjectivité propre à chaque restaurateur qui porte un soin particulier à l’individu dont il a la charge.