Navigation – Plan du site

AccueilNuméros57I. Les discours sur la matièrePrévention de l’altération dans l...

I. Les discours sur la matière

Prévention de l’altération dans la peinture de Jean-Baptiste Oudry. Les mots au crible de la matérialité des tableaux

Preventing alteration in the painting of Jean-Baptiste Oudry: The materiality of the pictures tested by the words
Claire Betelu
p. 20-29

Résumés

Le 2 décembre 1752, Jean-Baptiste Oudry prononce Sur la pratique de la peinture, sa seconde conférence à l’Académie royale de peinture et de sculpture. Ce texte témoigne de son expérience de peintre, mais également d’une profonde connaissance des productions de ses contemporains et de ses prédécesseurs. Il accorde une attention particulière à leur évolution matérielle, arguant l’importance des choix techniques pour leur bonne conservation. Oudry adopte une terminologie imagée et claire à la portée de tous. La mise en rapport de son discours avec des documents d’archives et avec ses œuvres montre dans quelle mesure sa démarche est cohérente et comment il s’évertue à mettre en œuvre une peinture « solide et durable ».

Haut de page

Texte intégral

  • 1 Oudry, [1752] 2015, p. 62.

« Une longue pratique et bien des recherches et des réflexions m’ont appris de meilleur sur la manière d’opérer en fait de peinture, et sur les précautions qui peuvent donner à nos ouvrages un fond de bonne couleur et qui soit solide et durable1. »

  • 2 Genève, s. n., 1750, p. 22-23 dans Perrin Khelissa, 2014, p. 200.
  • 3 Aujourd’hui, quatre versions du texte ont été identifiées en France (ENSBA ms. 204, 205I et 205II e (...)
  • 4 En 1749, Oudry prononce une première conférence sur la manière d’étudier la couleur, au caractère p (...)
  • 5 Van Eikema Hommes, 1998.
  • 6 Betelu, 2017.

1Qualifié en son temps de « magicien en peinture », Jean-Baptiste Oudry (1686-1755), peintre du roi et professeur à l’Académie royale de peinture et de sculpture, est reconnu comme l’un des maîtres de l’illusion au point que certains visiteurs du Salon auraient été tentés de toucher ses trompe-l’œil2. Son sens de la composition et de la couleur repose sur une maîtrise accomplie de la technique picturale. Il en formule les principes dans une conférence intitulée Sur la pratique de la peinture, prononcée le 2 décembre 17523. Seconde conférence prononcée par le peintre, celle-ci revêt un caractère unique4. Elle présente la particularité de corréler processus de création et prévention de la dégradation. Si elle sert une démarche artistique, sa construction montre son souhait d’expliquer l’importance du choix, de la préparation et de l’agencement des matériaux pour la bonne conservation des peintures de chevalet. Oudry pointe la place centrale du peintre dans le processus de prévention de la dégradation des œuvres. Au moment même où l’Académie souhaite renouer avec sa fonction première de formation des élèves, la démarche didactique d’Oudry a valeur de modèle pour les jeunes artistes mis en garde contre les premiers effets, certes séducteurs mais pernicieux, de certains procédés. En effet, si la superposition de plages colorées satisfait l’attente du peintre une fois l’ensemble sec, certaines de ces couleurs sont susceptibles de s’altérer avec le temps et de modifier l’effet de la composition initialement recherché par l’artiste. Oudry se fait ici l’écho des inquiétudes de ses pairs. La question de l’évolution des couleurs est en effet récurrente dans les traités de peinture de la période moderne5. Il offre pour sa part une approche globalisante de la question dans la mesure où il considère l’ensemble du processus, du choix de la toile jusqu’au dernier glacis. Au fil de sa conférence, il revient sur les précautions à prendre à chaque étape. Sa compréhension des phénomènes lui permet, d’une part, de proposer des protocoles à même d’empêcher le développement d’altérations liées aux erreurs de mise en œuvre et, d’autre part, d’offrir des alternatives afin de limiter les effets des inévitables processus de dégradation. La qualité des descriptions des mécanismes permet ainsi de relier les phénomènes décrits avec les typologies d’altérations identifiées aujourd’hui6.

  • 7 Oudry, [1752] 2015, p. 62.

2Cependant, qu’en est-il du vocabulaire employé ? Son discours rend-il compte d’une terminologie précise ? À plusieurs reprises, Oudry insiste sur le fait que son texte est le fruit d’« une longue pratique et bien des recherches et des réflexions7 ». Sur quelles expériences se fondent ses préconisations ? Dans quelle mesure sont-elles un retour sur sa propre pratique de peintre ? Intègre-t-il, au fil de sa carrière, ses constats à ses usages ? Enfin, ses œuvres portent-elles la trace des phénomènes évoqués dans sa conférence ?

  • 8 Participants au projet depuis 2018 : D. Lanno (HiCSA), C. Gerin-Pierre, É. Laval, M. Eveno, J. Salv (...)
  • 9 Phenix et al., 2009.

3Depuis 2018, le projet PictOu, dédié à l’étude de la pratique picturale de Jean-Baptiste Oudry, s’attache à étudier un corpus d’œuvres représentatives des grandes périodes de création du peintre et à en définir les caractéristiques8. L’ambition est de confronter les considérations techniques de ses conférences et, plus largement, ses écrits aux données matérielles de ses œuvres9.

Des mots au discours

  • 10 ENSBA ms. 204, 205I et 205II et département des Dessins du musée du Louvre in vaut 3360 at AR.54.
  • 11 Lichtenstein, Michel (dir.), 2015, p. 49.

4Aujourd’hui, quatre versions du texte ont été identifiées en France, dont deux sont conservées à l’École nationale des Beaux-Arts10. La version ms. 205I, Discours de la pratique du peintre, est interprétée comme le premier état de la conférence établie par Oudry, quand le ms. 204, Discours sur la pratique de la peinture et ses trois principaux procédés : ébaucher, peindre à fond et retoucher fut remaniée par Hendrick van Hulst (1685-1754), connu comme étant le premier commanditaire d’Oudry11. Complémentaires pour notre étude, ms. 2051 donne une vision synthétique du projet d’Oudry tandis que ms. 204 offre une version plus développée et didactique du processus pictural. Les références à son maître Largillière et aux peintres flamands sont davantage présentes dans cette deuxième version. De par son origine, la version ms. 205I se prête mieux à l’étude de la terminologie, car elle est sans doute plus proche des mots choisis par le peintre.

  • 12 Betelu, 2020b.

5Si le vocabulaire relatif à la technique picturale relevant de la nature des matériaux ou des étapes est précis et s’accorde avec le vocabulaire de ses contemporains12, le champ lexical relatif au processus de dégradation est simple et imagé. Ainsi, pour qualifier le phénomène de perte d’adhérence de la couche picturale, Oudry emploie le terme explicite de « séparer » : « si l’ébauche est vieille, elle est pour ainsi dire toujours séparée et ne soutient pas ce que l’on peint dessus » ou encore « ne donnez jamais les couches à sec […] elles ne font jamais corps avec le reste dont elles se séparent toujours ». On comprend qu’Oudry décrit le phénomène de soulèvement qui conduit à la formation d’écailles de peinture.

  • 13 Oudry, [1752], 2015, p. 54.
  • 14 Oudry, [1752], 2015, p. 57.
  • 15 Entrée « Manger » dans Dictionnaire de Trévoux, 1738-1742, p. 993.
  • 16 Piles de, [1684] 1766, p. 110.
  • 17 Entrée « Fermentation » dans Dictionnaire de Trévoux, 1738-1742, p. 754.
  • 18 Oudry, [1752] 2015, p. 53-54.

6Concernant les phénomènes internes aux films de peinture, Oudry file l’image d’une couleur qui en « mange » une autre : « [la laque] est mangée par l’air et par le dessous13 » quand l’outremer « rempli de sel mange surement les couleurs tendres14 ». Oudry choisit un terme compris de tous. En effet, à cette période, « manger se dit par extension de plusieurs choses inanimées qui corrodent, détruisent ou font dépérir quelque chose15 ». Le champ lexical rend compte de l’agressivité des substances. Oudry adopte un vocabulaire guerrier désignant le processus de dégradation de « combat dans la fermentation des couleurs ». Roger de Piles, un demi-siècle plus tôt, se plaçait dans le même registre accusant l’excès d’huile de « faire mourir les couleurs » ou qualifiant d’« ennemies » « les couleurs […] qui sont capables de corrompre les autres […]16 ». Seul le terme de « fermentation » renvoie à un processus relevant des sciences pour les contemporains du peintre. Il traduit à la fois un constat et une incompréhension du processus en action. « C’est un mouvement des parties insensibles et hétérogènes des corps qui se fermentent, lequel leur survient sans aucune cause sensible et y produit une cause considérable17. » Les termes relevant du processus de dégradation sont donc limités en nombre et imagés. La force du discours réside sans doute dans cette capacité qu’a Oudry de rendre compte de physionomies par des mots simples. Lorsqu’il présente « l’air galeux » des peintures « aux vilaines épaisseurs de couleurs18 », on imagine sans peine une morphologie proche des effets de la gale qui creuse des sillons sous la peau et conduit à une éruption cutanée. Cette facilité se nourrit d’une longue expérience de peintre, mais également de directeur des manufactures.

« Une longue pratique et bien des recherches et des réflexions »

  • 19 Opperman, 1973, p. 59.
  • 20 Arch. nat. 012041.
  • 21 Arch. nat. 012037, dans Pradier, 2015, p. 121.
  • 22 Arch. nat. 012041, 1747, « Raisons qu’on peut alléguer pour prouver la nécessité de peindre en peti (...)

7Outre sa formation initiale qui l’amena à copier les maîtres anciens et à développer une admiration pour la pratique flamande érigée en modèle dans sa conférence, son expérience au sein des manufactures royales de tapisseries explique en partie la sensibilité d’Oudry au devenir matériel des œuvres. Peintre de la manufacture nationale de tapisserie de Beauvais à partir de 1726, il en devient directeur avec l’orfèvre Besnier en 1734 puis, en 1748, inspecteur en chef de tous les ateliers de tissage des Gobelins19. Convaincu de la valeur artistique des cartons de tapisserie, il s’inquiète de leur conservation20. À Beauvais, il est confronté à l’état d’anciens cartons à partir desquels il dispense aux élèves ses enseignements « sur le vrai goût et la connaissance de l’art21 ». Il comprend également que les manipulations subies lors du processus de tissage génèrent des dégradations importantes. Faute de place dans les ateliers, les grands cartons sont roulés pour le tissage. Ces pratiques génèrent des craquelures et des lacunes dans les couches picturales. Dans l’un de ses rapports aux Gobelins, Oudry s’émeut que « les tableaux qui ont servi deux fois pour les tapisseries sont dans un état si pitoyable qu’à peine est-il possible d’y rien connaître22 ».

  • 23 Arch. nat. 012041, 1746.
  • 24 Arch. nat. 012041, 1747, « Raisons qu’on peut alléguer pour prouver la nécessité de peindre en peti (...)
  • 25 Arch. nat. 012041.

8Ce constat s’accompagne de mesures concrètes visant à améliorer leur conservation. Aux Gobelins, il se voit « propos[er] de chercher un expédient pour que les tableaux ne [soient] point altérés23 ». Il soutient alors l’effort d’inventaire des cartons, de surveillance et d’entretien des magasins de tableaux. Il remplace la prise du trait directe sur les cartons par l’introduction de papier gras pour leur report et « donn[e] gratuitement aux Gobelins le secret qu’il aurait acheté d’un Flamand de nettoyer de grands tableaux tous encrassés et gâtés24 ». Ces actions, entreprises pour la conservation des cartons aux Gobelins, comme les missions qui lui sont confiées à Beauvais pour améliorer la sélection des soies, laines et colorants utilisés pour le tissage des tapisseries témoignent de l’intérêt ancien d’Oudry pour ces questions de prévention25. À l’observation des effets des conditions de conservation insatisfaisantes et des risques liés aux manipulations, s’ajoute sans doute le constat des conséquences malheureuses de choix « séduisants » exercés par certains peintres mais peu résistants à l’épreuve du temps.

  • 26 Oudry, [1752] 2015, p. 63.
  • 27 Oudry, [1752] 2015, p. 58
  • 28 Arch. nat. 012041, 1747, « Raisons qu’on peut alléguer pour prouver la nécessité de peindre en peti (...)
  • 29 Arch. nat. 012041, 1747 et 1748, « Mémoires des menues dépenses ».

9Ainsi rapporte-t-il dans sa conférence avoir « vu des tableaux faits par des peintres de premier ordre, dont toutes les ombres étaient tellement effacées qu’il n’était point possible de les rappeler qu’en les repeignant d’un bout à l’autre ; ce qui perdait totalement ces morceaux précieux26 ». Il impute cette transformation au manque de « corps » des ombres et demi-teintes. Contrairement aux « clairs si bien empâtés », les touches de couleurs en valeurs sombres perdent leur intensité avec le temps27. Sans en caractériser précisément le processus, Oudry évoque ici le phénomène de transparence accrue qui résulte du vieillissement des huiles. Le rapprochement de l’indice de réfraction de l’huile de celui du pigment rend le film transparent. Possiblement fait-il référence dans sa conférence à certains cartons observés à Beauvais ou aux Gobelins. Dans ses Mémoires, Oudry n’a en effet de cesse de regretter le retour aux tapisseries comme modèle pour rénover les cartons qui ont perdu leurs couleurs28. L’entretien des cartons est alors confié à des peintres chargés de « nettoyer, boucher des trous et repein[dre] des tableaux29 ».

10Conscient des phénomènes de dégradation, Oudry s’attache dans sa conférence à sensibiliser les élèves de l’Académie et à leur montrer comment ils peuvent eux-mêmes les prévenir ou en limiter le développement.

« Tout ce qui va à bien conditionner vos ouvrages vous doit toujours occuper sérieusement »

  • 30 Oudry, [1752] 2015, p. 62.
  • 31 Cat. Exp. Paris, 1982, p. 77.
  • 32 Cat. Exp. Paris, 1982, p. 210.
  • 33 Oudry, [1752] 2015, p. 54.
  • 34 Roger de Piles dans Elémens de peinture pratique donne une description des solutions de nettoyage u (...)

11Peintre prolixe, Oudry conserve au cours de sa carrière un grand nombre de ses tableaux dans son atelier30. Il les propose ainsi à la vente sous forme de catalogues qu’il rédige lui-même. Il conçoit ses tableaux comme des objets décoratifs soumis aux usages et à leur environnement. Il en change lui-même le format afin d’adapter une composition ancienne à un nouveau commanditaire ou une nouvelle destination31. Ainsi, Laie et ses marcassins attaqués par des dogues (1748, Caen, musée des Beaux-Arts, inv. 166), acquise par le roi en 1748 pour le château de la Muette, présente un agrandissement latéral de 23 centimètres qui serait de sa main32. Le format aurait été modifié afin de former une paire tardive avec une Chasse aux loups aujourd’hui conservée au musée de Gien. De telles transformations sont alors conçues comme un usage normal des œuvres. Oudry suggère que le processus de création intègre l’exigence de solidité et de résistance. Dans sa conférence, il remarque que le peintre doit anticiper le nettoyage futur de ses peintures et composer une œuvre solide. « Un tableau bien dessiné, bien composé ne paraît plus qu’une esquisse au bout d’un temps ; s’il faut le nettoyer, on enlève jusqu’à la toile33. » Il entend ici que le peintre doit apposer une pâte colorée suffisamment épaisse et consistante pour résister notamment à l’action des solutions de nettoyage futures34.

  • 35 Oudry, [1752] 2015, p. 63.
  • 36 Oudry, [1752] 2015, p. 54
  • 37 Saunders, Kirby, 1994, p. 79.

12Tant la pratique d’Oudry que ses écrits suggèrent que le peintre puisse concevoir ses œuvres comme une matière en évolution dont les effets ne pourraient apparaître que « longtemps souvent après que [le] tableau est fait et posé35 ». Par conséquent, Oudry invite le jeune peintre à cerner les moments qui ont un effet sur la conservation de son œuvre et à en devancer les manifestations. L’artiste doit entreprendre son ouvrage et l’apprécier au regard des trois temps distincts de son existence. Le premier, l’acte pictural, coïncide avec le choix et la mise en œuvre des matériaux. Ici s’enracine la source possible du processus de dégradation lié à la qualité intrinsèque de chaque tableau. Au cours du deuxième temps, la séquence de séchage, il revient à l’artiste de juger de la qualité de son ouvrage. Toujours selon Oudry, la satisfaction de ce premier résultat ne doit cependant pas occulter celui d’une réception tardive, troisième temps, parfois postérieur à la vie de l’artiste, mais dont dépend sa postérité. Cette période, qui se confond avec le parcours patrimonial de l’œuvre, est le temps du vieillissement naturel, lié aux conditions de conservation. Oudry rapporte alors l’exemple « d’excellents maîtres qui ont préparé des velours avec de la terre d’ombre et du blanc pour être glacé de laque. Cela forme à la vérité un rouge assez doux quand il est fait, mais l’agréable se perd lorsqu’il vieillit […]36 ». Le Portrait d’Anne, deuxième comtesse d’Albemarle (Londres, The National Gallery, NG 1259), peint par Joshua Reynolds en 1760, montre aujourd’hui les conséquences de la dégradation d’une laque rouge qui rehaussait à l’origine les joues de la comtesse37. Alors même que Reynolds se proposait de rendre compte de la vigueur d’une femme âgée, rétablie d’un accident vasculaire cérébral à l’âge de 77 ans, le visage présente aujourd’hui des tonalités diaphanes à l’opposé du projet original. Selon Oudry, le processus de création doit donc être entendu comme une séquence longue, qui échappe à l’atelier et intègre l’évolution des matériaux. Le succès de l’entreprise n’est donc pas uniquement évalué au regard du résultat immédiat, mais à l’aune d’une connaissance détaillée des matériaux, des procédés picturaux et de leur évolution dans le temps. La prise de conscience de ce processus par le peintre, soutenue par la maîtrise du métier et formulée à travers son discours et ses mots, en contiendrait les effets.

  • 38 Kirby, Saunders, 1998.
  • 39 Saunders, Kirby, 1994.

13La composition de ses couleurs vertes illustre l’intégration de ces temporalités à son processus de création. À la période moderne, la gamme des pigments verts stables dans un liant oléagineux demeure restreinte. Elle se réduit à des pigments d’origine minérale tels que la malachite ou à des pigments issus de l’oxydation de sels métalliques comme les vert-de-gris. Par conséquent, les peintres optent souvent pour un mélange optique obtenu par superposition de plages colorées38. Dans sa conférence, Oudry met lui-même en garde contre l’utilisation de l’outremer en mélange avec des laques jaunes de stil-de-grain qui perdent leur couleur39. Il interpelle son auditoire :

  • 40 Oudry, [1752] 2015, p. 57.

« Comment faire des verts pour le paysage ? Si c’est avec du jaune et du bleu, ce dernier domine sur l’autre, le paysage devient bleu, et pourquoi ? C’est que les stils de grain n’ont point de corps et que le bleu dominant […] rappelle infailliblement sa couleur première40. »

  • 41 Van Eikema Hommes, 1998, p. 91-131.
  • 42 Oudry, [1752] 2015, p. 54.

14Bien qu’au fait de cette instabilité, ses pairs conservent sur leur palette des pigments reconnus fragiles et tentent d’en contenir les changements par divers procédés41. Oudry dénonce quant à lui de telles pratiques42 et préconise la réhabilitation des terres vertes tombées en désuétude :

  • 43 Oudry, [1752] 2015, p. 57.

« Plusieurs bons maîtres ont banni la terre verte de leurs palettes faute de la connaître ; ils l’employaient comme ils l’avaient vu faire à leurs maîtres, elle noircissait parce qu’elle était mal broyée. Quand cette couleur est broyée comme du beurre elle vaut l’outremer, en ce que n’ayant point de parties graineuses, elle n’a plus la force de fermenter […]43. »

  • 44 Phenix et al., 2009, p. 100.
  • 45 Paris, centre de documentation du C2RMF, rapport 37559 : J. Salvant, É. Laval, M. Eveno.
  • 46 Oudry, [1752] 2015, p. 57.
  • 47 Oudry, [1752] 2015, p. 58.
  • 48 Gougenot, [1761] 2015, p. 645.
  • 49 Spring, 2016, p. 7.

15L’examen de ses œuvres témoigne cependant d’une pratique plus nuancée. Celle-ci semble anticiper la possible altération des composants et par là même, la réception de ses compositions à différents moments de leur existence. Ainsi, les verts des feuillages dans Le Rhinocéros (1749, Schwerin, Staatliches Museum, inv. G1928)44 ou Printemps (1749, châteaux de Versailles et du Trianon, MV 8538) résultent du mélange de terre verte, de bleu de Prusse et de jaune de stil-de-grain45 (fig. 1). Oudry semble donc avoir banni de sa palette le bleu outremer au profit du bleu de Prusse. Il conserve cependant le stil-de-grain pour moduler ses verts alors même qu’il emploie d’autres pigments jaunes comme le jaune de Naples ou l’orpiment dans ses tons ocres. Il est certes conscient de la fragilité de ce pigment laqué, mais en impute la fugacité à la présence en contact de l’outremer, « qui mange surement les couleurs que l’on y mêle46 ». Il semble plus confiant dans sa combinaison avec une terre verte : « les jaunes sont faits pour se mêler avec [les verts] et il est constant qu’ils tiennent sans changer47. » Par ce mélange, Oudry s’attache à répondre au goût de l’époque en modulant sa terre verte. Ses contemporains apprécient en effet peu son ton jugé comme « trop égal, paraissant outré partout48 ». Toutefois, avec cette base, il s’assure la conservation d’un ton vert pour l’avenir et se garde de ces feuillages devenus bleus, observés notamment chez Adam Pynacker (Paysage avec des sportifs et des jeux, 1736-1737, The National Gallery, Londres, NG 796)49. Malgré tout, certaines zones dans les compositions d’Oudry présentent des plages blanchies aux reflets bleutés. Dans Le Rhinocéros, le phénomène a été interprété comme le résultat de l’altération du stil-de-grain. Présent en trop grande proportion dans la couleur initiale, le colorant une fois dégradé laisse transparaître la base sur laquelle il est fixé, ce qui donne une nuance blanchâtre au ton. Cet effet blanchi a également été observé sur la série de portraits des chiens de Louis XV (1725-1728, château de Fontainebleau).

Fig. 1. Jean-Baptiste Oudry, Printemps, 1749, huile sur toile (97,5 x 135,5 cm) : vue d’ensemble après nettoyage de la couche picturale, Versailles, château (MV 8538)

Fig. 1. Jean-Baptiste Oudry, Printemps, 1749, huile sur toile (97,5 x 135,5 cm) : vue d’ensemble après nettoyage de la couche picturale, Versailles, château (MV 8538)

© C. Betelu.

  • 50 Oudry, [1752] 2015, p. 62-63.
  • 51 Quant à la France, dès la fin du xviie siècle, Félibien met en garde contre l’utilisation des colle (...)
  • 52 Oudry, [1752] 2015, p. 62-63.
  • 53 Stol-Witlox, 2017, p. 67.
  • 54 Borghini, [1584] 1730, dans Stol-Witlox, 2017, p. 51.
  • 55 Salmon, 2003, p. 140 ; concernant le terme « bécaille », aucune entrée n’est présente dans le Dicti (...)
  • 56 Phenix et al., 2009, p. 101.
  • 57 Townsend, Jones, 2020, p. 143-145.

16En outre, Oudry insiste sur le fait que le processus de dégradation est la conjonction d’un paramètre intrinsèque – défaut de mise en œuvre, mauvaise qualité d’un matériau – et d’un ou plusieurs paramètres extrinsèques – les paramètres environnementaux tels la poussière, l’humidité excessive ou la lumière. Suivant cette logique, il préconise de retirer l’apprêt des toiles, car « l’humidité où il se trouve placé a eu le temps de détremper par derrière. Ce qui fait goder le tableau et produit un effet tout à fait déplaisant et irrémédiable50 ». Matière hygroscopique, l’apprêt impose son comportement au support et, par conséquent, à l’ensemble du tableau. La combinaison des deux facteurs serait donc la cause du phénomène de dégradation. Si l’artiste ne peut prédire les conditions de conservation de son tableau, il doit agir sur le premier paramètre. Suivant cette logique, Oudry préconise également l’application de couches de préparation exclusivement à l’huile, sur le modèle flamand. « Toutes leurs toiles sont sans colle, et par conséquent plus souples que les nôtres51, et non sujettes à s’écailler52. » S’il faut sans doute tempérer l’affirmation catégorique d’Oudry, les recettes des xvie et xviie siècles de l’Europe du Nord présentent en effet majoritairement un liant huileux53. Faut-il par ailleurs voir en Oudry un lecteur de Borghini qui rapportait déjà en 1584 que les Flamands couvraient leurs toiles d’une ou deux couches d’encollage puis d’une couche de préparation à l’huile afin d’en combler les interstices dans le but de les rouler facilement et de pouvoir les transporter sans risque pour la couche picturale54 ? Une lettre du peintre adressée au duc de Mecklembourg, le 27 mai 1750, confirme sa confiance dans ce procédé. Alors qu’Oudry s’apprête à faire transporter à Schwerin une série de tableaux, le peintre assure l’acheteur du soin qu’il apporte au conditionnement des œuvres. « L’attention que j’auray à les faire encaisser avec soin doit Monsieur Vous tranquilliser sur les accidents qui peuvent survenir dans le transport […]. Jusqu’au toile rien n’a été épargné et que l’impression de cette toile [faisant ici référence au tableau Rhinocéros] est faite sans colle n’étant qu’avec de la couleur à l’huile. Par cette attention, elles sont à l’abri de la pourriture et de la bécaille [vermine]55. » Les analyses menées au Getty pour ce même tableau confirment la présence d’un liant huileux dans la préparation56. Un référentiel exhaustif quant à la nature des liants des préparations sur les toiles françaises de la période manque pour situer la pratique d’Oudry par rapport à ses contemporains. Un travail similaire conduit par la Tate Gallery de Londres sur les peintures anglaises du xvie jusqu’au début du xviiie siècle montre qu’à partir de 1640, l’ensemble du corpus étudié, composé de 71 tableaux, compte exclusivement des préparations huileuses57.

  • 58 Oudry, [1752] 2015, p. 53-54.

17Dans une certaine mesure, il est donc possible de rapprocher le discours d’Oudry de sa pratique. L’absence de certains matériaux dans les œuvres analysées semble indiquer l’application à lui-même des préconisations adressées aux élèves de l’Académie. Elles traduisent l’attention que prête Oudry au devenir de ses œuvres. Toutefois, d’autres recommandations, comme la qualité de la touche et son épaisseur, sur lesquelles Oudry revient dans son discours, sont aujourd’hui plus difficiles à évaluer dans ses œuvres. Oudry enjoint à « prendre garde de faire de vilaines épaisseurs de couleurs […] [elles] servent de loge à la crasse qui s’y multipliant par la suite des temps empêche que le tableau ne se nettoie parfaitement58 ».

18Les tableaux d’Oudry qui ont été examinés jusqu’ici sont tous rentoilés ou transposés et, par conséquent, leur couche picturale variablement écrasée. Il est alors difficile de mesurer ce que le peintre consent comme épaisseur à la touche. Cependant, conformément aux principes de sa conférence, les figures présentent généralement davantage de pâte et la touche reste plus visible dans les motifs que dans les fonds (fig. 2 a-b, fig. 3 a-b).

Fig. 2 a. Jean-Baptiste Oudry, Renard et deux perdreaux, 1745, huile sur toile (75 x 136,5 cm), Paris, musée de la Chasse et de la Nature (inv. 62.18.1)

Fig. 2 a. Jean-Baptiste Oudry, Renard et deux perdreaux, 1745, huile sur toile (75 x 136,5 cm), Paris, musée de la Chasse et de la Nature (inv. 62.18.1)

© C. Betelu.

Fig. 2 b. Jean-Baptiste Oudry, Renard et deux perdreaux, détail de la couche modifiée par les restaurations successives

Fig. 2 b. Jean-Baptiste Oudry, Renard et deux perdreaux, détail de la couche modifiée par les restaurations successives

© C. Betelu.

Fig. 3 a. Jean-Baptiste Oudry, Lice, 1752, huile sur toile (103,3 x 131,7 cm), Paris, musée de la Chasse et de la Nature (inv. 71.2.1)

Fig. 3 a. Jean-Baptiste Oudry, Lice, 1752, huile sur toile (103,3 x 131,7 cm), Paris, musée de la Chasse et de la Nature (inv. 71.2.1)

© C. Betelu.

Fig. 3 b. Jean-Baptiste Oudry, Lice, détail de la touche sans doute écrasée par le rentoilage

Fig. 3 b. Jean-Baptiste Oudry, Lice, détail de la touche sans doute écrasée par le rentoilage

© C. Betelu.

« Aussi n’y a-t-il rien de sec »

19Le respect du tempo dans le processus pictural semble le paramètre le plus difficile à vérifier. Au même titre que la qualité du choix et de la mise en œuvre des matériaux, Oudry insiste sur l’importance du rythme de l’enchaînement des séquences de travail dans l’élaboration d’une œuvre durable. La durée des intermèdes, dédiés au séchage, comme la cadence dans l’application des touches de couleur apparaissent comme des éléments essentiels pour garantir la stabilité et la cohésion du film peint. Cependant, Oudry ne donne aucun référentiel de temps ou de durée dans son discours. Il renvoie au caractère sec ou non de la touche sans en préciser ce qui permettrait de le définir. Sur ce point, Roger de Piles, davantage concentré sur la question du ton et sa préservation au cours de l’acte pictural, est plus précis :

  • 59 Piles de, [1684] 1766, p. 163.

« Pour vernir les tableaux peints à l’huile. On peut connaître si la couleur d’un tableau est bien sèche sans y toucher avec le doigt, car il ne faut pas pour cela que pousser fortement et de près son haleine contre la couleur ; si elle est sèche la couleur paraît toute ternie ; si au contraire elle est encore trop fraîche, elle reste luisante comme elle était auparavant59. »

  • 60 Oudry, [1752] 2015, p. 67.
  • 61 Oudry, [1752] 2015, p. 57.

20Au stade de l’ébauche et de l’empâtement, le peintre se gardera de travailler la couleur sur la toile. Son geste se doit d’être mesuré, précis et rapide pour poser la matière colorée, préparée au préalable sur la palette, puis revenir plusieurs fois avec le même ton pour former une couche couvrante et saturée60. Oudry note l’importance que les films s’amalgament sans qu’ils ne se solubilisent. « Les glacis doivent se faire à sec, non pas sur une préparation vieille faite, mais dès qu’elle peut se vernir, cela fait corps avec le dessous et devient solide61. » L’interpénétration des couches garantit une accroche mécanique des films. Celle-ci est moindre quand le film sous-jacent est trop sec. Au stade de la retouche, la maîtrise du tempo dans la mise en œuvre des plumages garantirait la permanence de l’effet final.

  • 62 Oudry, [1752] 2015, p. 56.

« À l’égard du reluisant qui se trouve en bien des parties, principalement dans les plumes, il faut le faire aussitôt que le travail que je viens de dire est sec, afin que ce reluisant fasse corps avec le dessous qui n’est pas encore dur, car si vous laissez durcir le premier travail, le glacis, sans lequel on ne peut parvenir à ce reluisant, se retirera et deviendra coupé sur les bords62. »

  • 63 Château de Fontainebleau, Rapport des échanges du 11.12.1981 entre Ségolène Bergeon et Michel Laclo (...)

21L’auteur met ici en garde contre le phénomène de rétractation du film d’huile sur une surface trop sèche qui ne pourrait dès lors pas imprégner la couche sous-jacente. Impossible de juger de ce paramètre à rebours si ce n’est, peut-être, en cherchant les marques d’un vieillissement prématuré. On observe des sillons profonds caractéristiques dans les rouges, au niveau de la doublure de fourrure du manteau et sur le pli du veston du peintre dans l’Autoportrait de Barthélémy Du Pan (1712-1763), peintre et magistrat genevois, avec sa famille (1747, musée de Genève, inv. 1919-0002). Le jeu subtil du rendu des matières – luisant de la soie et caractère duveteux des poils – est ici contrarié par les cicatrices qui croisent les éléments de la composition et les ramènent à leur matérialité picturale. Un nombre limité d’œuvres d’Oudry présente aujourd’hui un réseau caractéristique de craquelures prématurées. Elles ont été observées sur deux commandes royales réalisées à plus de vingt ans d’écart : Misse et Turlu (1725, château de Fontainebleau, inv. 7022) (fig. 4 a-b) et Automne (1749, château de Versailles et du Trianon, MV 7360). Dans Misse et Turlu, les craquelures prématurées sont localisées dans les verts des feuillages. La rétractation du film superficiel laisse apparaître le ton beige sous-jacent. Cette zone correspond à la présence d’un large repentir dans les fonds, étudié par Michel Laclotte au moment de la restauration du tableau en 198163. Doit-on voir ici un changement opéré en atelier alors que les premières séances de travail se sont tenues devant le roi ? Cette commande lui valut une notoriété jamais contestée par la suite.

Fig. 4 a. Jean-Baptiste Oudry, Misse et Turlu, 1725, huile sur toile (127 x 160 cm), Fontainebleau, château (inv. 7022)

Fig. 4 a. Jean-Baptiste Oudry, Misse et Turlu, 1725, huile sur toile (127 x 160 cm), Fontainebleau, château (inv. 7022)

© C. Betelu.

Fig. 4 b. Jean-Baptiste Oudry, Misse et Turlu, détail des craquelures prématurées

Fig. 4 b. Jean-Baptiste Oudry, Misse et Turlu, détail des craquelures prématurées

© C. Betelu.

Conclusion

22Sur la pratique de la peinture se démarque des autres conférences de l’Académie royale de peinture et de sculpture dans la mesure où elle aborde le champ de la poïétique des arts de façon très pragmatique et par son caractère préventif. À quoi bon composer, colorer si l’intention s’efface ou s’écaille ? À travers son discours, Oudry réintroduit la maîtrise technique au sein de l’Académie à une période où elle suscite l’intérêt des amateurs. L’agencement du discours dans les deux versions conservées à l’Académie royale permet de suivre pas à pas le processus de création. Au travers des mots, sa forme imagée donne à comprendre les processus de dégradation décrits sans pour autant recourir à un champ lexical précis de l’altération. L’exemple du Rhinocéros, documenté par la correspondance du peintre et les analyses physico-chimiques, met en évidence les correspondances entre son discours et sa pratique. Il en ressort qu’Oudry intègre l’évolution possible des matériaux à ses choix et tente de maîtriser la réception de ses compositions dans le futur. Toutefois, ces rapprochements ne peuvent être conduits sur chaque étape du processus. Les données relatives au rythme d’exécution, au temps de séchage, apparaissent imprécises à celui qui n’a pas été formé dans un atelier de peinture au début du xviiie siècle. De même, la qualité de la matière picturale conservée, notamment transformée par les restaurations passées, ne permet plus de saisir les effets de touches consentis par le peintre. La mise en correspondance avec le discours d’Oudry est dès lors entravée. Malgré tout, la démarche comparative entre œuvres et textes invite à considérer le processus pictural de façon systématique et l’intérêt porté à la transmission.

Nous tenons à remercier les personnes qui ont participé au projet PictOu depuis 2018 : Dorothée Lanno (HiCSA), Claire Gerin-Pierre, Éric Laval, Myriam Eveno, Johanna Salvant (C2RMF), Laurence de Viguerie (LAMS), Karen Chastagnol (mCN), Orianne Beaufils (château de Fontainebleau), Baptiste Roelly (château de Chantilly), ainsi que le DIM MAP et PAMIR Île-de-France qui ont soutenu plusieurs projets d’équipement utiles à ce projet de recherche.

Haut de page

Bibliographie

Betelu C., 2017, « Notions relatives au processus d’altération développées par les artistes lors des conférences de l’Académie royale de peinture et de sculpture au temps de François Bernard Lepicié (1752-1754) », dans Delaporte A., Jouves B., Réception critique de la restauration, xviiie-xxe siècles, Actes de journée d’étude (Paris, INHA, 27 octobre 2016), Éditions du GRHAM, Paris, p. 13-23.

Betelu C., 2020a, “Ground layers in French paintings from the second half of the 17th century: colour, stratigraphy and function”, dans Haack Christensen A., Jager A. et al., Ground layers in European painting. 1550-1750, CATS Proceedings, V (Copenhagen, 13-14 June 2019), Archetype Publications, Londres, p. 84-92.

Betelu C., 2020b, « “Un fond […] raisonnable et raisonné”. Caractérisation des fonds de Jean-Baptiste Oudry », dans Jollet E., Cheudeville E., Sourdin C., Le fond de l’œuvre. Arts visuels et sécularisation à l’époque moderne, coll. « HistoArt », Éditions de la Sorbonne, Paris, p. 29-40.

Borghini R., [1584] 1730, Il reposo, in cui della pittura e della scultura si favela, Michele Nesterus Francesco Moücke, Florence.

Cat. Exp. Paris, 1982, J.-B. Oudry 1686-1755 [Exp. Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 1er oct. 1982-1er janv. 1983], Opperman H., Rosenberg P. (dir.), RMN Éditions, Paris.

Gougenot L., [1761] 2015, « Vie de Jean-Baptiste Oudry, 10 janvier 1761 », dans Lichtenstein J., Michel C. (dir.), Conférences de l’Académie royale de peinture et de sculpture, éd. critique intégrale et annotée, t. 6, vol. 2, Beaux-Arts de Paris éditions, Paris, p. 632-666.

Kirby J., Saunders A., 1998, “Sixteenth to Eighteenth century green colours in landscape and flower paintings: composition and deterioration”, dans Roy A., Smith P., Painting techniques, history, materials and studio practice, Contributions to the IIC Dublin Congress (7-11 Sept. 1998), International Institute for Conservation of Historic and Artistic Work, Londres, p. 155-159.

Lichtenstein J., Michel C. (dir.), 2015, Conférences de l’Académie royale de peinture et de sculpture, t. 6 : Les Conférences entre 1752-1792, Centre allemand d’histoire de l’art, Paris.

Michel C., 2012, L’Académie royale de peinture et de sculpture (1648-1793). La naissance de l’École française, Droz, Paris.

Opperman H., 1973, « Oudry aux Gobelins », Revue de l’art, 22, p. 57-65.

Oudry J.-B., [1749] 2015, « Discours sur la manière d’étudier la couleur… [7 juin 1749] », dans Lichtenstein J., Michel C. (dir.), Conférences de l’Académie royale de peinture et de sculpture, éd. critique intégrale et annotée, t. 5, vol. 1, Beaux-Arts de Paris éditions, Paris, p. 319-340.

Oudry J.-B., [1752] 2015, « Discours sur la pratique de la peinture…, lu à l’Académie par M. Oudry le [2 décembre 1752] », dans Lichtenstein J., Michel, C. (dir.), Conférences de l’Académie royale de peinture et de sculpture, éd. critique intégrale et annotée, t. 6, vol. 1, Beaux-Arts de Paris éditions, Paris, p. 49-80.

Perrin Khelissa A., 2014, « Observer la connaissance de la peinture. Jean-Baptiste Oudry, son enseignement académique et le Salon », dans Pichet I., Le Salon de l’Académie royale de peinture et de sculpture : archéologie d’une institution, Hermann, Paris, p. 195-217.

Phenix A., Doherty T., Schronemann A., Rizzo A., 2009, “Oudry’s painted menagerie: a technical study with reference to the artist’s lectures on painting technique”, dans Hermens E., Towsend J., Sources and serendipity. Testimonies of artist’s practice, Archetype Publications, Londres, p. 95-103.

Piles R. de, [1684] 1766, Elémens de peinture pratique, Jombert, Paris.

Salmon X., 2003, « Le peintre, le chirurgien, le duc et les animaux », dans Cat. Exp. Fontainebleau, Animaux d’Oudry [Fontainebleau, musée national du château de Fontainebleau, 5 nov. 2003-9 fév. 2004], RMN Éditions, Paris, p. 134-144.

Saunders D., Kirby J., 1994, “Light-induced colour changes in red and yellow lake pigments”, National Gallery Technical Bulletin, 15, p. 79-97.

Spring M., 2016, “Fading, darkening, browning, blanching: a review of our current understanding of colour change and its consequences in Old Master paintings”, dans Clarcoates R., Dowding H., Gent A., Colour change in paintings, Archetype Publications, Londres, p. 1-14.

Stol-Witlox M., 2017, A perfect ground. Preparatory layers for oil paintings 1550-1900, Archetype Publications, Londres.

Townsend J., Jones R., 2020, “Preparatory layers in British paintings from the 16th to the early 18th century”, dans Haack Christensen A., Jager A. et al., Ground layers in European painting 1550-1750, CATS Proceedings, V (Copenhagen, 13-14 June 2019), Archetype Publications, Londres, p. 140-146.

Van Eikema Hommes E., 1998, “Painters’ methods to prevent colour changes described in Sixteenth to early Eighteenth century sources on oil painting techniques”, dans Hermens E. (dir.), Looking throught paintings, Archetype Publications, Londres, p. 91-131.

Document inédit

Pradier É., 2015, Jean-Baptiste Oudry et la tapisserie. Thèse de doctorat sous la direction de Pascal-François Bertrand, université Bordeaux Montaigne, Pessac.

Haut de page

Notes

1 Oudry, [1752] 2015, p. 62.

2 Genève, s. n., 1750, p. 22-23 dans Perrin Khelissa, 2014, p. 200.

3 Aujourd’hui, quatre versions du texte ont été identifiées en France (ENSBA ms. 204, 205I et 205II et département des Dessins du musée du Louvre in vaut 3360 at AR.54).

4 En 1749, Oudry prononce une première conférence sur la manière d’étudier la couleur, au caractère plus théorique. Il semble qu’à son décès, une troisième était en préparation mais aucun élément conservé n’est aujourd’hui connu. Oudry, [1749] 2015.

5 Van Eikema Hommes, 1998.

6 Betelu, 2017.

7 Oudry, [1752] 2015, p. 62.

8 Participants au projet depuis 2018 : D. Lanno (HiCSA), C. Gerin-Pierre, É. Laval, M. Eveno, J. Salvant (C2RMF), L. de Viguerie (LAMS), K. Chastagnol (mCN), O. Beaufils (château de Fontainebleau), B. Roelly (château de Chantilly).

9 Phenix et al., 2009.

10 ENSBA ms. 204, 205I et 205II et département des Dessins du musée du Louvre in vaut 3360 at AR.54.

11 Lichtenstein, Michel (dir.), 2015, p. 49.

12 Betelu, 2020b.

13 Oudry, [1752], 2015, p. 54.

14 Oudry, [1752], 2015, p. 57.

15 Entrée « Manger » dans Dictionnaire de Trévoux, 1738-1742, p. 993.

16 Piles de, [1684] 1766, p. 110.

17 Entrée « Fermentation » dans Dictionnaire de Trévoux, 1738-1742, p. 754.

18 Oudry, [1752] 2015, p. 53-54.

19 Opperman, 1973, p. 59.

20 Arch. nat. 012041.

21 Arch. nat. 012037, dans Pradier, 2015, p. 121.

22 Arch. nat. 012041, 1747, « Raisons qu’on peut alléguer pour prouver la nécessité de peindre en petit […] ».

23 Arch. nat. 012041, 1746.

24 Arch. nat. 012041, 1747, « Raisons qu’on peut alléguer pour prouver la nécessité de peindre en petit […] ».

25 Arch. nat. 012041.

26 Oudry, [1752] 2015, p. 63.

27 Oudry, [1752] 2015, p. 58

28 Arch. nat. 012041, 1747, « Raisons qu’on peut alléguer pour prouver la nécessité de peindre en petit […] ».

29 Arch. nat. 012041, 1747 et 1748, « Mémoires des menues dépenses ».

30 Oudry, [1752] 2015, p. 62.

31 Cat. Exp. Paris, 1982, p. 77.

32 Cat. Exp. Paris, 1982, p. 210.

33 Oudry, [1752] 2015, p. 54.

34 Roger de Piles dans Elémens de peinture pratique donne une description des solutions de nettoyage utilisées à la période moderne : Piles de, [1684] 1766, p. 171-180.

35 Oudry, [1752] 2015, p. 63.

36 Oudry, [1752] 2015, p. 54

37 Saunders, Kirby, 1994, p. 79.

38 Kirby, Saunders, 1998.

39 Saunders, Kirby, 1994.

40 Oudry, [1752] 2015, p. 57.

41 Van Eikema Hommes, 1998, p. 91-131.

42 Oudry, [1752] 2015, p. 54.

43 Oudry, [1752] 2015, p. 57.

44 Phenix et al., 2009, p. 100.

45 Paris, centre de documentation du C2RMF, rapport 37559 : J. Salvant, É. Laval, M. Eveno.

46 Oudry, [1752] 2015, p. 57.

47 Oudry, [1752] 2015, p. 58.

48 Gougenot, [1761] 2015, p. 645.

49 Spring, 2016, p. 7.

50 Oudry, [1752] 2015, p. 62-63.

51 Quant à la France, dès la fin du xviie siècle, Félibien met en garde contre l’utilisation des colles dans les préparations qui ont tendance à s’écailler : voir Betelu, 2020a, p. 86.

52 Oudry, [1752] 2015, p. 62-63.

53 Stol-Witlox, 2017, p. 67.

54 Borghini, [1584] 1730, dans Stol-Witlox, 2017, p. 51.

55 Salmon, 2003, p. 140 ; concernant le terme « bécaille », aucune entrée n’est présente dans le Dictionnaire de Trévoux, ni dans celui de Bayle ou de l’Académie. Le Littré rappelle que l’étymologie du préfixe bé- indique quelque chose de dégradé, dans un sens péjoratif. Il semble qu’Oudry distingue bien la pourriture qui ne se voit que sous forme dégradée, toutes causes confondues (bactéries, moisissures), de la fameuse « bécaille », c’est-à-dire ce qui se voit (asticots, insectes). Nous tenons à remercier Jacques Cuisin, ingénieur de recherche, délégué à la conservation restauration au MNHN, pour son aide.

56 Phenix et al., 2009, p. 101.

57 Townsend, Jones, 2020, p. 143-145.

58 Oudry, [1752] 2015, p. 53-54.

59 Piles de, [1684] 1766, p. 163.

60 Oudry, [1752] 2015, p. 67.

61 Oudry, [1752] 2015, p. 57.

62 Oudry, [1752] 2015, p. 56.

63 Château de Fontainebleau, Rapport des échanges du 11.12.1981 entre Ségolène Bergeon et Michel Laclotte. Laclotte explique : « Ce n’est pas possible de laisser le ciel avec autant de trous [problème du repentir du mur laissant transparaître le buisson de roses irrégulièrement]. Il faudra atténuer les deux roses au-dessus de la tête de la chienne et les usures du mur sur le ciel. »

Haut de page

Table des illustrations

Titre Fig. 1. Jean-Baptiste Oudry, Printemps, 1749, huile sur toile (97,5 x 135,5 cm) : vue d’ensemble après nettoyage de la couche picturale, Versailles, château (MV 8538)
Crédits © C. Betelu.
URL http://journals.openedition.org/techne/docannexe/image/22120/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 480k
Titre Fig. 2 a. Jean-Baptiste Oudry, Renard et deux perdreaux, 1745, huile sur toile (75 x 136,5 cm), Paris, musée de la Chasse et de la Nature (inv. 62.18.1)
Crédits © C. Betelu.
URL http://journals.openedition.org/techne/docannexe/image/22120/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 428k
Titre Fig. 2 b. Jean-Baptiste Oudry, Renard et deux perdreaux, détail de la couche modifiée par les restaurations successives
Crédits © C. Betelu.
URL http://journals.openedition.org/techne/docannexe/image/22120/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 624k
Titre Fig. 3 a. Jean-Baptiste Oudry, Lice, 1752, huile sur toile (103,3 x 131,7 cm), Paris, musée de la Chasse et de la Nature (inv. 71.2.1)
Crédits © C. Betelu.
URL http://journals.openedition.org/techne/docannexe/image/22120/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 844k
Titre Fig. 3 b. Jean-Baptiste Oudry, Lice, détail de la touche sans doute écrasée par le rentoilage
Crédits © C. Betelu.
URL http://journals.openedition.org/techne/docannexe/image/22120/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 432k
Titre Fig. 4 a. Jean-Baptiste Oudry, Misse et Turlu, 1725, huile sur toile (127 x 160 cm), Fontainebleau, château (inv. 7022)
Crédits © C. Betelu.
URL http://journals.openedition.org/techne/docannexe/image/22120/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 432k
Titre Fig. 4 b. Jean-Baptiste Oudry, Misse et Turlu, détail des craquelures prématurées
Crédits © C. Betelu.
URL http://journals.openedition.org/techne/docannexe/image/22120/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 489k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Claire Betelu, « Prévention de l’altération dans la peinture de Jean-Baptiste Oudry. Les mots au crible de la matérialité des tableaux », Technè, 57 | 2024, 20-29.

Référence électronique

Claire Betelu, « Prévention de l’altération dans la peinture de Jean-Baptiste Oudry. Les mots au crible de la matérialité des tableaux », Technè [En ligne], 57 | 2024, mis en ligne le 26 septembre 2025, consulté le 13 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/techne/22120 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12cw0

Haut de page

Auteur

Claire Betelu

Restauratrice de peinture, maîtresse de conférences, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris (claire.betelu[at]univ-paris1.fr).

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search