Navigation – Plan du site

AccueilNuméros43I. Le développement des programme...De Eu-ARTECH à CHARISMA : l’infra...

I. Le développement des programmes européens : synthèse historique et critique

De Eu-ARTECH à CHARISMA : l’infrastructure de recherche élargit ses compétences et son champ d’action

Isabelle Pallot-Frossard
p. 23-25
Traduction(s) :
From Eu-ARTECH to CHARISMA: Expanding the expertise and scope of the research infrastructure [en]

Résumés

De 2009 à 2013 s’est développé, sous le pilotage de Bruno Brunetti, un projet européen d’infrastructure de recherche en conservation-restauration du patrimoine, dénommé CHARISMA. L’article en dresse une brève synthèse en insistant sur les innovations apportées, telles que la mise au point d’instruments d’analyse mobiles et la mise à disposition des archives scientifiques détenues par les institutions partenaires du réseau, via l’accès transnational ARCHLAB. Il dresse enfin un rapide bilan des principales actions de valorisation des travaux.

Haut de page

Texte intégral

1À l’issue du projet Eu-ARTECH, en 2009, conscient de la force constituée par le réseau mis en place depuis dix ans, et par le grand intérêt scientifique de l’ouverture élargie aux chercheurs européens, le coordinateur italien Bruno Brunetti, décide de monter un troisième projet dans le cadre du 7e programme-cadre de recherche et développement : ce sera CHARISMA (Cultural Heritage Advanced Research Infrastructure ; Synergy for a Multidisciplinary Approach for Conservation-Restoration). Fondé sur les mêmes principes que le projet précédent, CHARISMA sétend à de nouveaux pays (fig. 1), comme l’Espagne, la Hongrie, la Pologne, portant le total des pays impliqués à 11, à de nouvelles institutions de recherche, comme le FORTH (Foundation for Research and Technology-Hellas) en Grèce, le LRMH (Laboratoire de recherche des monuments historiques) et le synchrotron SOLEIL en France, BNC (Budapest Neutron Center) et ATOMKI en Hongrie, des institutions muséales importantes comme le musée du Prado à Madrid, le British Museum à Londres et le Doerner Institut à Munich.

Fig. 1. Diagrammes montrant la diversité des nationalités des chercheurs ayant bénéficié de l’accès Molab au cours du projet Charisma (en haut) et les sujets traités (en bas)

Fig. 1. Diagrammes montrant la diversité des nationalités des chercheurs ayant bénéficié de l’accès Molab au cours du projet Charisma (en haut) et les sujets traités (en bas)
  • 1 Voir dans ce volume l’article de Joëlle Crétin et Clémence Raynaud.

2Ce partenariat largement étendu permet au projet d’inclure de nouveaux outils d’analyse, ajoutant aux faisceaux d’ions d’AGLAE et à l’instrumentation portable initiale de MOLAB, les analyses par activation neutronique et diffraction de neutrons, les caractérisations par rayonnement synchrotron, ainsi qu’une nouvelle palette d’instruments mobiles. Par ailleurs, l’accès transnational, jusqu’alors limité à l’analyse physico-chimique par faisceaux d’ion ou par outils portables, s’ouvre désormais à de nouvelles ressources : les grands instituts de recherche, comme les musées partenaires, mettent à disposition des chercheurs européens leurs archives scientifiques, échantillons, résultats d’analyse, imagerie scientifique, dossiers d’études ou de restaurations. Ce sera ARCHLAB, concept totalement original, qui vient démontrer que la recherche sur les matériaux du patrimoine s’inscrit dans la longue durée et qu’elle doit prendre en compte les résultats acquis dans le passé, récent ou plus lointain, et toute l’épaisseur historique de la connaissance acquise sur les œuvres1.

  • 2 Voir dans ce volume l’article de Claire Pacheco.
  • 3 Voir dans ce volume l’article de Bruno Brunetti et Costanza Miliani.

3Comme pour l’accès à FIXLAB et MOLAB, l’accès à ARCHLAB passe par des appels à projets, qui sont soumis à un panel d’experts, juge de leur qualité scientifique et de leur faisabilité. Pendant les quatre années du projet, on aura compté 273 projets mis en œuvre, correspondant à 1 390 jours d’accès pour 621 utilisateurs, provenant de plus de 20 pays différents. Pour les accès à FIXLAB, ce sont les études de type archéométrique qui dominent, sur des matériaux très divers, mais avec une majorité de métaux et de matériaux minéraux2. Pour MOLAB, ce sont les études sur la peinture qui arrivent largement en tête, avec 66 % des projets, suivies de celles portant sur les manuscrits3. Pour ARCHLAB, ce sont les techniques de mise en œuvre qui sont recherchées, ainsi que les anciens traitements de conservation.

4Des œuvres majeures auront été étudiées, des peintures de Jan Van Eyck, Paolo Uccello, Hans Memling, Peter Bruegel l’Ancien, Le Caravage, Vincent Van Gogh, Pablo Picasso, de même que des manuscrits enluminés, d’anciennes cartes géographiques, des pièces d’orfèvrerie, des objets en verre et émaux, des mosaïques, des objets en obsidienne, démontrant la grande variété des œuvres patrimoniales qui sont passées au crible des méthodes d’analyse scientifique de pointe.

5À l’issue de CHARISMA, en 2013, grâce à l’activité de recherches associées (Joint Research Activities), la palette d’instruments d’analyse disponible se sera élargie à l’imagerie Térahertz, qui permet la visualisation de couches sous-jacentes en peinture (fig. 2), et consolidée, avec l’imagerie hyperspectrale dans le visible et le proche Infra-rouge, combinant l’analyse et l’imagerie, ou encore la résonance magnétique nucléaire (RMN) permettant de caractériser différentes couches dans des pierres, des mortiers, des peintures... Des méthodes de diagnostic s’y sont ajoutées comme l’interférométrie laser, développée pour visualiser des défauts, fissures, décollements sur des œuvres monumentales.

Fig. 2. Le Jugement dernier, église Saint-Thomas, Salisbury (Royaume-Uni)

Fig. 2. Le Jugement dernier, église Saint-Thomas, Salisbury (Royaume-Uni)

Peinture murale, xve, xvie et xixe siècles : utilisation de la technique d’imagerie Térahertz afin de mettre en évidence les couches sous-jacentes.

© LRMH/D. Giovannacci.

6Les activités de mise en réseau auront permis de mettre au point des guides de bonnes pratiques, dans le domaine des prélèvements pour analyse ou dans celui de la caractérisation des matériaux du patrimoine bâti. Une douzaine de cours et séminaires à l’intention des professionnels du patrimoine, sur le nettoyage par laser, la conservation de la pierre, les techniques spectroscopiques non-invasives ou les applications de la tomographie en cohérence optique pour la caractérisation des peintures, auront été organisés pendant la durée du projet.

7Les avancées du projet se sont traduites par 103 publications, dont 76 dans des revues de rang A, ainsi que par 203 exposés oraux, conférences, posters ou séminaires. Les principaux résultats ont été présentés lors de la conférence finale les 5 et 6 mars 2014 à Florence : « Experience, Research and Innovation, a Research Infrastructure Platform for Cultural Heritage Conservation and Restoration », qui s’est accompagnée de visites de l’Opificio delle Pietre Dure et de démonstrations scientifiques à destination des professionnels de la conservation du patrimoine.

Haut de page

Notes

1 Voir dans ce volume l’article de Joëlle Crétin et Clémence Raynaud.

2 Voir dans ce volume l’article de Claire Pacheco.

3 Voir dans ce volume l’article de Bruno Brunetti et Costanza Miliani.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Fig. 1. Diagrammes montrant la diversité des nationalités des chercheurs ayant bénéficié de l’accès Molab au cours du projet Charisma (en haut) et les sujets traités (en bas)
URL http://journals.openedition.org/techne/docannexe/image/578/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 160k
Titre Fig. 2. Le Jugement dernier, église Saint-Thomas, Salisbury (Royaume-Uni)
Légende Peinture murale, xve, xvie et xixe siècles : utilisation de la technique d’imagerie Térahertz afin de mettre en évidence les couches sous-jacentes.
URL http://journals.openedition.org/techne/docannexe/image/578/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 424k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Isabelle Pallot-Frossard, « De Eu-ARTECH à CHARISMA : l’infrastructure de recherche élargit ses compétences et son champ d’action »Technè, 43 | 2016, 23-25.

Référence électronique

Isabelle Pallot-Frossard, « De Eu-ARTECH à CHARISMA : l’infrastructure de recherche élargit ses compétences et son champ d’action »Technè [En ligne], 43 | 2016, mis en ligne le 19 décembre 2019, consulté le 17 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/techne/578 ; DOI : https://doi.org/10.4000/techne.578

Haut de page

Auteur

Isabelle Pallot-Frossard

Conservateur général du patrimoine, directeur du Centre de recherche et de restauration des musées de France (isabelle.pallot-frossard[at]culture.gouv.fr).

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search