L’accès transnational FIXLAB : l’opportunité pour les scientifiques du patrimoine culturel d’accéder aux grands instruments
Résumés
Pendant quatre ans, le programme CHARISMA a permis à de nombreux chercheurs européens d’accéder à de grands instruments fournissant un rayonnement synchrotron, des faisceaux d’ions ou de neutrons dans le but de répondre à des questions spécifiques au domaine des sciences du patrimoine. FIXLAB ainsi que les conditions d’éligibilité et la procédure de sélection sont présentées ici. Une présentation globale de l’activité de FIXLAB montre la variété des matériaux, périodes et problématiques abordés pendant le programme européen. Fort de ce succès, l’accès transnational FIXLAB se poursuivra jusqu’en 2019 dans le cadre du nouveau programme IPERION CH.
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Fig. 1. Analyse par faisceau d’ions d’un noyau d’obsidienne utilisé pour la production de couteaux du Néolithique final du site Sa Duchessa (Cagliari, Sardaigne, Italie; début du ive millénaire avant J.-C.)
Ce type de matériau a fait l’objet de nombreuses études de provenance à AGLAE dans le cadre de Eu-ARTECH, CHARISMA et IPERION CH.
© C. Lugliè. C2RMF/Vanessa Fournier.
Qu’est-ce que FIXLAB ?
1FIXLAB se compose de quatre grands instruments qui fournissent un accès aux conservateurs, restaurateurs, historiens d’art, archéologues et scientifiques du domaine du patrimoine venant d’Europe et des pays associés qui souhaitent approfondir leurs études au moyen de techniques scientifiques bien spécifiques. Les équipements impliqués sont répartis sur deux plateformes :
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La Plateforme A, localisée en France, est constituée de :
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AGLAE, l’accélérateur d’ions du C2RMF dans l’enceinte du Palais du Louvre, Paris (voir l’article de J.-C. Dran et de C. Pacheco et al. dans ce volume).
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IPANEMA, la plateforme instrumentale dédiée au patrimoine culturel au synchrotron SOLEIL, Saclay, à travers laquelle toutes les lignes de faisceau de SOLEIL sont accessibles (voir l’article de L. Bertrand et al. dans ce volume).
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La Plateforme B, située en Hongrie, réunit :
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ATOMKI-HAS à Debrecen qui donne accès à toutes les analyses par faisceau d’ions (voir l’article de Z. Szikszai et al. dans ce volume).
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BNC-WIGNER, qui permet d’atteindre les faisceaux expérimentaux de neutrons du réacteur de Budapest (voir l’article de Z. Kasztovszky et al. dans ce volume).
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- 1 Le programme européen CHARISMA prend en charge le temps de faisceau et les frais de déplacement et (...)
2Les analyses peuvent être réalisées directement sur des objets issus de fouilles ou de collections de musées lorsque ceux-ci sont déplaçables1. Des macro- ou micro-prélèvements peuvent également être étudiés ainsi que des échantillons modèles synthétisés en laboratoire.
Qui peut faire une demande de temps de faisceau ?
- 2 Une institution française ne peut pas soumettre un projet à la plateforme A ni une institution hong (...)
3D’après les règles établies par la Commission européenne, l’accès est gratuit pour les États membres de l’UE et les pays associés dans la mesure où les résultats peuvent être rendus publics. Les utilisateurs ou groupes d’utilisateurs peuvent ainsi faire une demande d’accès transnational si les conditions suivantes sont satisfaites : d’une part, le porteur du projet et la majorité des membres du groupe travaillent dans une institution établie dans un pays membre de l’UE ou un pays associé autre que celui de l’infrastructure sollicitée2. D’autre part, seuls les groupes d’utilisateurs autorisés à diffuser les avancées majeures générées par le projet pourront bénéficier d’un accès gratuit à l’équipement.
Comment faire une demande de faisceau ?
4Le Bureau d’accueil ou FIXLAB Welcome Desk de chaque infrastructure offre aux utilisateurs un service d’accompagnement intégré afin de valider la pertinence de la demande, de fournir de l’information technique focalisée sur la demande ainsi que sur sa faisabilité. Sur une simple sollicitation du demandeur, chaque Welcome Desk peut l’assister dans l’élaboration d’un plan de travail complet avant le dépôt définitif du projet soumis à l’évaluation.
Appels à propositions d’expérience
5Il y a deux appels à propositions d’expérience par an pour l’accès transnational FIXLAB. Une fois l’appel clos, chaque infrastructure envoie l’ensemble des projets qu’elle a reçus à un comité d’évaluation constitué d’un de ses représentants et de trois chercheurs extérieurs au consortium, à l’expertise reconnue à la fois dans les techniques analytiques impliquées et leurs applications au patrimoine culturel.
Procédure de sélection
6La sélection est avant tout fondée sur la qualité scientifique et l’originalité de la demande, ainsi que sur le niveau d’expertise pour préparer et réaliser l’expérience.
7Le comité d’évaluation apprécie les projets à distance en donnant à chacun une note. Priorité est donnée aux projets collaboratifs qui promeuvent une nouvelle méthodologie, un transfert technologique et une avancée scientifique. Les utilisateurs qui n’ont pas bénéficié des ressources de FIXLAB au préalable, ainsi que ceux qui travaillent dans des pays où n’existe aucune infrastructure équivalente sont favorisés. Les projets présentant des bases scientifiques solides avec des objectifs clairs et précis, ainsi que ceux qui sont techniquement réalisables par l’infrastructure d’accueil sont également prioritaires.
8En fonction du rang obtenu, les projets sont considérés comme « hautement prioritaires », « prioritaires », « à re-soumettre » et « rejetés ». Le Welcome Desk de chaque grand instrument alloue un nombre d’unités d’accès en fonction de la demande et de la répartition du temps de faisceau total, et informe les utilisateurs du résultat de leur demande respective.
Les devoirs des utilisateurs
9En retour, il est demandé aux utilisateurs de fournir un rapport d’expérience à l’instrument d’accueil et de remplir en ligne le questionnaire de la Commission européenne permettant d’évaluer l’indice de satisfaction des utilisateurs d’accès transnationaux. Les publications intégrant tout résultat obtenu dans le cadre d’un accès FIXLAB doivent mentionner le soutien de la Commission européenne.
Présentation globale de l’activité de FIXLAB pendant le programme CHARISMA
10Neuf appels à propositions d’expérience ont été réalisés durant le programme CHARISMA, accusant réception de 174 projets éligibles émanant de 20 pays différents. Un accès a été alloué à 138 projets, ce qui signifie que le taux de rejet s’est élevé à 20 % pour ce projet et que 242 chercheurs issus de 20 pays ont pu accéder aux grands instruments. Comme l’indique la figure 2, les pays qui ont le plus bénéficié de ces accès transnationaux FIXLAB sont l’Italie, le Royaume-Uni, la Roumanie, la Belgique et l’Allemagne.
11Les campagnes de mesure effectuées concernaient des matériaux, périodes et problématiques très variés comme le synthétise la figure 3. En effet, les matériaux étaient essentiellement inorganiques, les plus représentés étant, par ordre de fréquence croissante, les métaux, les pierres, les verres et les céramiques. Les périodes concernées se sont échelonnées de façon assez équilibrée du Paléolithique au xixe siècle, les objets des xxe-xxie siècles étant essentiellement des échantillons modèles de laboratoire pour des questions relatives à la conservation des œuvres.
Fig. 3. Taux de campagnes de mesure représenté en fonction de a) la nature des matériaux, b) la période étudiée et c) la problématique patrimoniale
12Les problématiques abordées lors des divers accès FIXLAB peuvent être divisées en 5 groupes donnés ici aussi par ordre de fréquence croissante :
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la provenance ou les routes commerciales d’un matériau dans un contexte géochronologique. L’étude de cas décrite dans ce numéro par B. Constantinescu et al. s’intéresse à la provenance d’objets en bronze préhistoriques roumains.
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les techniques de fabrication (compositions, recettes, indices du procédé de fabrication ou de la chaîne opératoire…). Les productions de faïence antiques de Naucratis et Rhodes sont comparées par A. Meek et al. dans ce volume.
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la conservation et/ou restauration (compréhension d’un mécanisme de dégradation, effet d’un produit de restauration sur un matériau spécifique…). Trois études s’inscrivant dans ce sujet sont décrites ci-après et ont toutes fait l’objet de réalisation d’échantillons modèles en suivant des recettes anciennes, échantillons qui ont été analysés. L’une s’intéresse à l’or coloré du Moyen Âge (voir l’article d’A. Crabbé et al. dans ce volume), une autre concerne des pics de porc-épic colorés et utilisés comme parure par les Amérindiens au xixe siècle (voir l’article de L. Troalen et al.) et la dernière se concentre sur les cuirs dorés polychromes européens des xvie-xviiie siècles (voir l’article de L. Robinet et al.).
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les matériaux recélant une information directement corrélée au climat et/ou à l’environnement dans lesquels ils évoluent.
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l’analyse physico-chimique fine de matériaux fournissant de précieuses informations permettant d’optimiser leur datation.
13Les résultats obtenus dans le cadre d’accès transnationaux FIXLAB ont déjà généré plus de 80 articles ou communications dans des conférences nationales ou internationales. Si l’on prend en considération l’énorme quantité de données générées par un accès (chiffre qui augmente de façon significative avec le développement de l’imagerie, voir l’article de C. Pacheco et al. dans ce volume), le traitement et l’interprétation de nombreux résultats sont encore en cours et de nombreuses publications d’études réalisées dans le cadre de CHARISMA sont encore à venir.
Conclusion
14L’accès transnational FIXLAB s’est révélé être un succès, permettant à la communauté scientifique européenne du patrimoine culturel d’utiliser de grands instruments sur un vaste panel de matériaux, périodes et problématiques.
15Les bémols émis par les quatre fournisseurs de faisceau concernent les retours d’expérience parfois difficiles à obtenir de la part des utilisateurs, les demandes de faisceau effectuées au niveau de chaque infrastructure peu propices au multi-accès et, enfin, un manque de moyen dans le cadre de CHARISMA pour développer méthodologies et instruments afin d’améliorer l’accès FIXLAB.
16Si la plupart des accès FIXLAB s’intégraient comme une partie d’un projet de recherche plus vaste, certains ont donné naissance à des collaborations fructueuses entre les groupes d’utilisateurs et les équipes techniques et scientifiques d’accueil. Un accès multiple – un même projet bénéficie de l’accès à plusieurs grands instruments – a pu également créer une synergie entre les grands équipements et les utilisateurs, comme l’illustre l’étude des cuirs dorés par L. Robinet et al. dans ce volume, étude menée conjointement sur AGLAE et IPANEMA-SOLEIL et qui s’est révélée être à la genèse d’un projet de recherche innovant.
- 3 Pour plus de détails : www.iperionch.eu ou contacter claire.pacheco[at]culture.gouv.fr
17Le succès de FIXLAB a probablement pesé dans la décision de la Commission européenne de continuer les accès transnationaux avec les quatre mêmes infrastructures dans le cadre du programme IPERION CH de mai 2015 à avril 2019 (fig. 1). Les utilisateurs potentiels sont chaleureusement encouragés à se mettre en contact avec le FIXLAB Welcome Desk3.
18Prochainement, les quatre infrastructures travailleront de concert pour établir une procédure de sélection unique, induisant une meilleure communication entre elles, une harmonisation des critères de sélection et l’accès multiple plus aisé. Dans le cadre d’IPERION CH, une activité de recherche conjointe sera également développée et concernera cinq points essentiels : le développement de la microscopie non-linéaire, la conception et le développement d’un porte-objet/échantillon dynamique et sécurisé qui rendra possible la cartographie d’objets en 3D, la réduction du risque de modification des matériaux induite par le faisceau, les stratégies de diagnostics de traitements de conservation et la gestion de données numériques, en particulier pour la cartographie. L’objectif de cette activité est bien évidemment d’améliorer l’accès des utilisateurs et de développer à la fois les instruments et les méthodes afin de prévoir la future information accessible au-delà des limites actuelles.
Les équipes des quatre infrastructures doivent être chaleureusement remerciées pour leur implication scientifique et technique : F. Decuq, Q. Lemasson, B. Moignard, L. Pichon, L. Bertrand, M. Thoury, S. Cohen, W. Josse, M.-A. Languille, S. Schoeder, F. Deschamps, P. Cook, L. Montuelle, P. Gueriau, R. Oprandi-Legorre, T. Severin-Fabiani, A. Vichi, Z. Szikszai, Z. Kertesz, L. Rosta, E. Mitcsenkov-Horváth, Z. Kasztovszky, Z. Kis, B. Maróti, A. Len, G. Káli, Z. Szőkefalvi-Nagy, I. Kovács.
Les comités d’évaluation font également l’objet de l’expression d’une grande reconnaissance : H. E. Mahnke, S. Zucchiatti, A. G. Karydas, L. Beck, F. Farges, T. Pradell, L. Robbiola, G. Sarret, P. Trocellier, A. Voegelin, M. Wilke, R. Van Lang, G. Querré, K.Harva, A. Denker, V. Szeverényi. K. Biró, E. Godfrey, J. Räisänen, G. Pépy.
Notes
1 Le programme européen CHARISMA prend en charge le temps de faisceau et les frais de déplacement et de séjour des chercheurs bénéficiant de temps de faisceau. Le nombre de personnes prises en charge est fixé par le Welcome Desk de chaque instrument. Le transport et l’assurance des œuvres restent à la charge de l’institution qui en est détentrice.
2 Une institution française ne peut pas soumettre un projet à la plateforme A ni une institution hongroise à la plateforme B.
3 Pour plus de détails : www.iperionch.eu ou contacter claire.pacheco[at]culture.gouv.fr
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| Titre | Fig. 1. Analyse par faisceau d’ions d’un noyau d’obsidienne utilisé pour la production de couteaux du Néolithique final du site Sa Duchessa (Cagliari, Sardaigne, Italie; début du ive millénaire avant J.-C.) |
| Légende | Ce type de matériau a fait l’objet de nombreuses études de provenance à AGLAE dans le cadre de Eu-ARTECH, CHARISMA et IPERION CH. |
| Crédits | © C. Lugliè. C2RMF/Vanessa Fournier. |
| URL | http://journals.openedition.org/techne/docannexe/image/589/img-1.jpg |
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| Titre | Fig. 2. Représentation du taux de campagnes de mesure par pays |
| URL | http://journals.openedition.org/techne/docannexe/image/589/img-2.jpg |
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| Titre | Fig. 3. Taux de campagnes de mesure représenté en fonction de a) la nature des matériaux, b) la période étudiée et c) la problématique patrimoniale |
| URL | http://journals.openedition.org/techne/docannexe/image/589/img-3.jpg |
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Pour citer cet article
Référence papier
Claire Pacheco, « L’accès transnational FIXLAB : l’opportunité pour les scientifiques du patrimoine culturel d’accéder aux grands instruments », Technè, 43 | 2016, 26-31.
Référence électronique
Claire Pacheco, « L’accès transnational FIXLAB : l’opportunité pour les scientifiques du patrimoine culturel d’accéder aux grands instruments », Technè [En ligne], 43 | 2016, mis en ligne le 19 décembre 2019, consulté le 10 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/techne/589 ; DOI : https://doi.org/10.4000/techne.589
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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
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