Skip to navigation – Site map

HomeNuméros44-1Transformation ou maladaptation ?...

Transformation ou maladaptation ? Analyse de la politique suisse de soutien au tourisme de ski dans trois cantons romands suisses

Transformation or Maladaptation? An Analysis of Swiss Policy Support for Ski Tourism in Three French-Speaking Swiss Cantons
Anouk BONNEMAINS, Christophe CLIVAZ and Emmanuel SALIM

Abstracts

Mountain regions are particularly vulnerable to climate change. The decreasing reliability of natural snowfall requires ski area operators to adapt to reduced snow cover. Artificial snowmaking therefore becomes, for many ski resorts, the main adaptation strategy. However, ski lift companies are, in most cases, unable to cope with the investments required. This article thus examines public support for ski lift companies in three cantons of French-speaking Switzerland, its role, and its impact on ski resorts’ adaptation strategies in the face of climate change. Regulatory documents from the cantons of Fribourg, Vaud, and Valais relating to tourism—particularly ski resorts—as well as funding provided through the New Regional Policy (NRP) for ski lift companies are analyzed. The results show that skiing remains central in the support policies studied, especially for the largest ski resorts. Two dynamics emerge : one aimed at maintaining skiing through reactive and incremental adaptations, and the other aimed at adapting tourism by diversifying the allocation of public funding.

Top of page

Full text

1Les nombreux domaines skiables et, plus généralement, l’industrie des sports d’hiver, font face aujourd’hui à de nombreux défis liés au caractère mature de ce marché et, pour les stations de ski suisses, à une baisse faible mais tendancielle de la fréquentation qui passe de 28,1 millions de premiers passages aux remontées mécaniques suisses en 2005 à 22,3 millions en 2023, selon la publication Fréquentation des domaines skiables 2023/20241. En outre, le changement climatique amène, pour les stations de ski et particulièrement pour les opérateurs de remontées mécaniques, une vulnérabilité accrue liée à la baisse de la fiabilité de l’enneigement. Depuis 1980, l’isotherme 0 ºC s’est élevé de plus de 400 mètres dans les Alpes (Böhm et al., 2010) entraînant, malgré une faible évolution des précipitations (Durand et al., 2009), une réduction de la période et des cumuls annuels d’enneigement. Ainsi, la date de la première neige a reculé d’environ 3,5 jours en moyenne et par décennie depuis 1970, quand la date de fin d’enneigement a elle avancé en moyenne de 5,8 jours sur la même période (Klein et al., 2016).

2Cette dynamique s’observe alors que l’enneigement est une variable déterminante pour le fonctionnement des domaines skiables (Spandre, François, Verfaillie, Lafaysse et al., 2019). Deux indicateurs ont été largement utilisés pour estimer la viabilité économique des stations de ski en fonction de leur enneigement : un nombre minimal d’exploitation de 100 jours par année (Steiger et Abegg, 2013) et la capacité pour les stations à opérer de manière continue durant la période de Noël et du Nouvel An au moins sept saisons sur dix (Steiger et Scott, 2020). D’une manière générale, le changement climatique et la baisse de l’enneigement associée réduisent la viabilité économique des stations de ski (p. ex. : Spandre, François, Verfaillie, Pons et al., 2019 ; Steiger et Scott, 2020 ; François et al., 2023). Cette situation a participé à la mise en place de techniques d’enneigement artificiel (Gauchon, 2009) qui sont considérées comme la stratégie d’adaptation la plus utilisée par l’industrie du ski pour répondre aux problèmes d’enneigement (Abegg et al., 2007). Dans les Alpes françaises, l’enneigement artificiel a ainsi permis d’augmenter la fiabilité de l’enneigement pour les stations d’altitude élevée, mais a un effet limité pour les stations de basse altitude (Berard-Chenu, François, George et al., 2022a).

3Le développement massif de l’enneigement artificiel à l’échelle des Alpes et les fortes incitations des pouvoirs publics, notamment en France par la région Auvergne-Rhône-Alpes (Berard-Chenu, François, George et al., 2022b), associés à des critiques déjà importantes concernant le modèle de développement des stations de ski (p. ex. : Bourdeau, 2009 ; Vlès, 2010 ; Bonnemains et Clivaz, 2019), ont mené à une remise en question de ce modèle et de la pertinence de l’enneigement artificiel comme stratégies d’adaptation au changement climatique (Achin et George-Marcelpoil, 2013 ; Bonnemains, 2015 ; Vlès, 2021 ; Cognard et al., 2024). Bien que l’enneigement artificiel puisse permettre d’augmenter la fiabilité de l’enneigement de certains domaines skiables (Spandre, François, Verfaillie, Pons et al., 2019 ; Berard-Chenu, François, George et al., 2022a), il représente une adaptation consommatrice de ressources économiques, nécessitant des investissements parfois importants notamment pour les petites et moyennes stations (Berard-Chenu et al., 2021), mais également consommatrice de ressources en eau et en énergie qui peuvent ne pas être suffisamment abondantes pour satisfaire la demande (Gerbaux et al., 2020 ; Reynard 2020). En conséquence, du point de vue de l’adaptation au changement climatique, l’enneigement artificiel peut relever d’une forme de maladaptation qui augmente la vulnérabilité dudit système (Schipper, 2020) lorsqu’elle est mise en place dans des territoires déjà contraints par de faibles ressources économiques, énergétiques et en eau (Scott et al., 2022).

4En France, différents rapports de la Cour des comptes (de 2024 entre autres) ont montré que les processus de diversification ont été peu investis et ont fait l’objet d’un financement public limité. Il n’existe cependant pas de rapport similaire en Suisse, que ce soit à l’échelle de la Confédération ou des cantons. La diversification peut se faire à l’échelle d’un territoire, comme dans le cas du développement d’activités nouvelles portées par des acteurs et un système de production non lié au ski, à l’instar du Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut (situé sur le territoire des cantons de Vaud, Fribourg et Berne) ou dans le cas de la valorisation des bisses comme ressource touristique dans le canton du Valais (Reynard, 2005). Elle peut se faire aussi à l’échelle d’une entreprise, comme les sociétés de remontées mécaniques, par le développement d’activités nouvelles utilisant le système de production existant et visant au développement de nouvelles plages de fonctionnement (p. ex. : Tuppen et Langenbach, 2022).

  • 2 Ibid.

5En 2022, la Suisse représente le sixième pays du monde en termes de journées-skieurs vendues, mais le second en termes de taux de skieurs parmi la population (Vanat, 2022), montrant l’importance de la pratique et mettant en doute son traitement par les politiques publiques. Bien que d’altitude plus élevée que la moyenne alpine, les domaines skiables suisses sont également soumis aux problématiques d’enneigement liées au changement climatique (Conseil fédéral suisse, 2021 ; Willibald et al., 2021) ; il en résulte un développement relativement important de l’enneigement artificiel (Bonnemains et Clivaz, 2019) qui en fait le troisième pays de l’Arc alpin en termes de pourcentage de couverture en neige artificielle des domaines skiables (54 % de la surface des pistes couvertes2).

6Dans ce contexte, l’objectif de cet article est de mettre en évidence les formes d’adaptation au changement climatique soutenues de manière privilégiée par la nouvelle politique régionale (NPR) qui est la principale politique suisse de soutien aux infrastructures touristiques, et ce, en étudiant la manière dont elle est mise en œuvre dans trois cantons où l’importance du tourisme de ski varie fortement : Fribourg, Valais et Vaud. Avant d’expliquer le rôle et la place de la NPR dans la politique suisse du tourisme, puis de présenter les trois cantons d’étude retenus, nous discutons dans la section suivante des différents types possibles d’adaptation au changement climatique.

Adaptation au changement climatique, du GIEC aux stations de ski

7L’adaptation au changement climatique est définie par le Groupement intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC, IPCC en anglais) comme l’ensemble des moyens mis en œuvre pour limiter les risques climatiques et la vulnérabilité d’un système humain par son ajustement (IPCC, 2022). Dans le contexte du changement climatique, la notion d’adaptation se distingue de l’atténuation qui vise à réduire ses causes quand l’adaptation vise à en réduire les conséquences pour les sociétés humaines (Simonet, 2009).

Adaptation au changement climatique

8On considère aujourd’hui que l’atténuation du changement climatique ne permet pas d’en exclure les impacts négatifs, ce qui fait de l’adaptation un point central des stratégies à mettre en œuvre (IPCC, 2018). D’une manière générale, il s’agit pour les acteurs de réduire les conséquences négatives des événements d’origine climatique (inondations, mégafeux, éboulements, diminution de l’enneigement, etc.) pour protéger les sociétés tout en leur permettant de bonnes conditions de vie dans un contexte de changement des conditions climatiques (Schipper, 2020). La vulnérabilité peut s’évaluer par l’exposition du système aux aléas (par exemple, l’exposition à l’aléa « faible enneigement » d’une entreprise de remontées mécaniques dont le domaine skiable est situé à une altitude moyenne de 1500 mètres en versant sud est plus forte que pour une entreprise dont le domaine skiable est situé à 3000 mètres d’altitude en versant nord) ; ou par la capacité d’adaptation du système (par exemple, les moyens qu’une entreprise de remontées mécaniques peut déployer pour s’ajuster à l’aléa). D’une manière générale, une stratégie d’adaptation est considérée comme efficace lorsqu’elle réduit la vulnérabilité du système aux aléas climatiques (ibid.). Au cours des dernières décennies, l’étude de l’adaptation est passée de l’évaluation des stratégies élaborées à des questionnements autour du rôle des politiques publiques dans leur mise en œuvre (Klein et al., 2017).

De la réaction à la transformation

9Considérant la réduction de la vulnérabilité d’un système comme étant la finalité de l’adaptation au changement climatique, les différents travaux relatifs aux stratégies développées en proposent trois grands types : les stratégies réactives, incrémentales et transformationnelles (voir notamment Fedele et al., 2019 ; 2020).

10Les stratégies d’adaptation réactives peuvent être considérées comme relevant du « business as usual » et ne mènent pas à des changements profonds du système (Kates et al., 2012). Pour Giacomo Fedele et ses collègues (2019), ces stratégies sont mises en œuvre lorsque les effets de l’aléa ne se sont pas sévères ou lorsque les acteurs ne sont pas en mesure de répondre d’une autre manière ou qu’ils ne reconnaissent pas la nécessité d’un changement plus profond. Dans le domaine du tourisme, l’allongement des structures d’accès aux glaciers du fait de leur retrait (Salim et al., 2021) peut être considéré comme une stratégie d’adaptation réactive.

11Lorsque les stratégies développées prennent en compte les évolutions futures et procèdent à des changements mineurs prévus dans le système, on parle de stratégies d’adaptation incrémentales (Fedele et al., 2019). Bien que ces stratégies incluent une dimension plus anticipatrice que les stratégies réactives, elles n’ont pas vocation à soustraire le système à sa vulnérabilité liée aux aléas climatiques ni à changer sa finalité. Dans le cas de professionnels du tourisme comme les guides de haute montagne, ces stratégies incrémentales peuvent consister en des stratégies de substitution spatiale ou temporelle qui permettent de réduire leur vulnérabilité sans changer profondément leur activité (Salim et al., 2019 ; Mourey et al., 2020).

12Au contraire, les stratégies transformatives visent à modifier en profondeur le système et s’attardent en priorité aux causes profondes de sa vulnérabilité (Fedele et al., 2020). La mise en œuvre de stratégies transformatives résulte souvent en une reconfiguration du système (Adger et al., 2011) qui peut survenir par le développement d’une stratégie transformative ad hoc ou par une série d’adaptations incrémentales (Kates et al., 2012).

13À l’inverse des stratégies d’adaptation qui sont effectives par la diminution de vulnérabilité qu’elles entraînent, il existe des situations où les stratégies des acteurs visant la réduction de leur vulnérabilité résultent au contraire en l’augmentation de la vulnérabilité du système. On parle alors de maladaptation (Schipper, 2020). Il est à noter qu’une stratégie donnée n’est en soi ni « bonne » ni « mauvaise », mais se place dans un continuum entre adaptation réussie et maladaptation qui dépend notamment du contexte local et politique dans lequel elle est appliquée (Reckien et al., 2023).

L’adaptation de l’industrie du ski

14La variabilité annuelle de l’enneigement et notamment une succession d’hivers à l’enneigement déficitaire dans les années 1980 ont conduit de nombreuses stations de ski à développer l’enneigement artificiel comme stratégie d’adaptation principale (Gauchon, 2009). À l’heure où le changement climatique entraîne une vulnérabilité forte à cette variabilité de l’enneigement pour les opérateurs touristiques associés au ski (Gilaberte-Búrdalo et al., 2014), le recours à l’enneigement artificiel – ainsi qu’à d’autres techniques telles que le snow farming ou le damage – représente la stratégie d’adaptation la plus souvent mise en œuvre dans les stations de ski (Abegg et al., 2017 ; Steiger et al., 2019 ; Berard-Chenu, 2022).

15Du point de vue des approches de l’adaptation présentées plus haut, le déploiement de l’enneigement artificiel par les opérateurs de domaines skiables relève de stratégies réactives, voire incrémentales. Une étude de Lucas Berard-Chenu et ses collègues (2021) montre bien qu’un surcroît d’investissement en neige artificielle des stations de petite et moyenne taille est corrélé à un hiver peu enneigé l’année précédente, ce qui conforte l’aspect réactif de la stratégie d’adaptation. Par ailleurs, une telle relation n’est pas visible pour les grandes et très grandes stations (ibid.), ce qui laisse envisager que ces stations projettent leurs investissements à plus long terme, notamment via l’usage de services climatiques issus de projets de recherche tels que CLIMSNOW et PROSNOW (Bonnemains, 2023). Une telle stratégie peut dans certains cas réduire la vulnérabilité des opérateurs, notamment des stations d’altitude élevée, mais montre de fortes limites pour des domaines de plus basse altitude (Falk et Vanat 2016 ; Berard-Chenu, François, George et al., 2022a). Cependant, la concentration des moyens alloués à l’adaptation des stations de ski dans le déploiement de l’enneigement artificiel peut avoir des effets négatifs sur la vulnérabilité des opérateurs des territoires touristiques concernés. D’une part, les investissements nécessaires peuvent entraîner des phénomènes de lock-in qui inhibent les opportunités de développer d’autres formes d’adaptation comme la diversification des activités (Berard-Chenu, François, Morin et al., 2022). Marc Langenbach et Émilie Jaccard (2019) proposent une classification de la diversification touristique particulièrement pertinente pour analyser les stratégies mises en œuvre par les acteurs des stations de sports d’hiver. Cette typologie distingue trois dimensions principales : une dimension politique, liée à la mise en place de mécanismes d’aménagement du territoire ; une dimension économique, marquée notamment par la marchandisation des innovations sportives ; et une dimension spatiale, qui remet en cause le périmètre de la station comme unique échelle de développement des pôles de croissance touristique en montagne. À ces catégories peuvent s’ajouter des stratégies de spécification des ressources territoriales mobilisant le patrimoine local ou la gastronomie (Achin et al., 2013). Ces différentes formes de diversification s’inscrivent plus largement dans la logique du tourisme dit « quatre saisons », qui vise à offrir des activités touristiques tout au long de l’année et à réduire la dépendance structurelle aux seuls mois d’hiver (Knowles et Scott, 2024).

16D’autre part, les effets négatifs de l’enneigement artificiel sur le paysage et l’environnement (Casagrande Bacchiocchi et al., 2019) peuvent induire des effets négatifs sur la perception qu’ont les touristes de ces espaces (Bausch et al., 2019). À certaines occasions, notamment en cas de difficultés préalables d’accès à la ressource en eau, le développement de l’enneigement artificiel peut mener à une augmentation de la vulnérabilité du territoire et donc à un phénomène de maladaptation (Scott et al., 2022).

17En s’appuyant sur cette classification, une typologie spécifique à l’industrie du ski a été développée par un des auteurs de cet article (Bonnemains, 2023). Celle-ci identifie trois types d’adaptation de la part des stations de ski : 1) une adaptation d’ajustement (réactive et incrémentale) uniquement tournée vers le maintien du modèle du ski avec l’enneigement artificiel comme principale orientation ; 2) une adaptation d’ajustement (réactive et incrémentale) vers un tourisme moins dépendant de la neige et le multiusage des remontées mécaniques ; 3) une adaptation transformationnelle orientée vers une transformation du modèle ou ni le ski, ni le tourisme ne serait au centre de l’activité économique.

18Dans le contexte de la forte importance des stations de ski pour les cantons touristiques de Suisse romande et compte tenu de l’influence des politiques publiques à la fois fédérales et cantonales dans le déploiement de stratégies d’adaptation coûteuses et nécessitant d’importants investissements, comme la neige de culture (Berard-Chenu, François, George et al., 2022b), il devient primordial de bien comprendre le soutien politique aux stratégies d’adaptation pour évaluer l’influence de ces politiques et limiter le risque de maladaptation.

Les instruments de la politique suisse du tourisme

19La Confédération suisse ne dispose que de compétences relativement restreintes en matière de politique de développement touristique, ce qui échoit davantage aux cantons et aux communes. Elle dispose néanmoins depuis plusieurs décennies d’une stratégie touristique dont la dernière mouture date de novembre 2021 (Conseil fédéral suisse, 2021). L’illustration 1 présente la vision ainsi que les cinq objectifs principaux de la stratégie. Pour atteindre ces objectifs, la Confédération dispose de quatre instruments de politique publique.

Source : Stratégie touristique de la Confédération du 10 novembre 2021, p. 39.

20Parmi ces quatre instruments, c’est surtout la nouvelle politique régionale (NPR) qui engage des moyens financiers pour soutenir les infrastructures liées à la pratique du ski. Le soutien à l’hôtellerie par l’intermédiaire de la Société suisse de crédit hôtelier (Loi fédérale sur l’encouragement du secteur de l’hébergement) ne concerne en effet pas cette pratique. Suisse Tourisme assure la promotion du tourisme suisse sur les marchés domestiques de proximité et lointains (Loi fédérale concernant Suisse Tourisme), et dans ce cadre mène des campagnes de promotion liées au ski, mais sans qu’il soit possible de déterminer la part de son budget qui y est consacrée. Quant au programme Innotour (Loi fédérale encourageant l’innovation, la coopération et la professionnalisation dans le domaine du tourisme), il soutient certains projets associés au ski (sans financement d’infrastructures), comme l’amélioration de l’expérience client dans les écoles suisses de ski ou la promotion de sports de neige, mais de manière très marginale : entre 2016 et 2023, seuls quatre des 143 projets soutenus ont concerné le ski3.

La nouvelle politique régionale comme principal outil de financement du tourisme

21La NPR est entrée en vigueur le 1er janvier 2008. Avec cet instrument, la Confédération et les cantons aident les régions de montagne, les régions rurales et les régions frontalières à promouvoir leur développement économique, dans la volonté de favoriser une occupation décentralisée du territoire et de diminuer les disparités entre les régions du pays. Les grandes agglomérations (Bâle, Berne, Genève, Lausanne, Zurich), les cantons des deux Bâle, Genève, Soleure, Zoug, ainsi qu’une grande partie de ceux d’Argovie et de Zurich sont ainsi exclus du périmètre d’intervention de la NPR. Cette dernière a pour objectif d’améliorer les conditions cadres pour l’entreprenariat, de promouvoir l’innovation, de générer de la valeur ajoutée, d’encourager la compétitivité et de soutenir la création et la pérennisation des emplois.

22En 2016, la NPR a entamé sa deuxième période de promotion, qui s’est terminée fin 2023. Comparativement à la première période (2008-2015), elle s’est davantage focalisée sur deux priorités, l’industrie et le tourisme. De plus, depuis 2020, un accent particulier a été mis sur la « numérisation » et un programme de « mesures pilotes NPR pour les régions de montagne » a été mis sur pied afin de mieux exploiter le potentiel économique de ces régions.

23La NPR peut apporter un soutien financier de deux manières, soit par des contributions à fonds perdus pour la préparation, la réalisation et l’évaluation d’initiatives, de programmes et de projets, soit par des prêts à intérêts réduits ou sans intérêts pour des initiatives d’infrastructures orientées vers la création de valeur qui améliorent l’attractivité territoriale. Les cantons participent aux aides financières dans une mesure au moins égale à celle de la Confédération. Ils signent avec cette dernière des conventions pour des programmes de mise en œuvre de quatre ans en précisant leurs axes de développement prioritaires. Ce sont eux qui décident si un projet doit être soutenu ou non. Quant aux bénéficiaires (régions, communes, entreprises, organisations et personnes privées), ils doivent également engager des moyens propres pour au moins 20 % des coûts.

24Pour la période 2016-2023, la Confédération a octroyé quelque 320 millions de francs sous la forme de contributions à fonds perdus et près de 400 millions de francs sous la forme de prêts remboursables. Le fait que le tourisme soit un axe prioritaire de la période de promotion NPR 2016-2023 se trouve dans les moyens déployés pendant cette même période : 51 % des projets, 24 % des contributions à fonds perdus et 77 % des prêts ont été alloués au secteur du tourisme. En réponse à une interpellation d’un député, le Conseil fédéral a précisé que depuis 2008 la Confédération a investi 511 millions de francs dans le système de création de valeur touristique, soit 55 % de l’ensemble des aides financières attribuées au titre de la NPR : 20 % de ce montant a été engagé sous forme de contributions à fonds perdus à des projets et 80 % sous forme de prêts à des projets d’infrastructure. Concernant les remontées mécaniques et les installations d’enneigement, la Confédération a investi 247 millions de francs, ce qui correspond à 48 % de l’ensemble des aides financières NPR investies dans la valeur ajoutée du tourisme. Le soutien à l’économie du ski constitue donc un pilier essentiel de l’action de la Confédération dans le domaine touristique. L’administration fédérale note toutefois que l’aide allouée à ce type d’infrastructures est en repli depuis 2012 et diminue fortement depuis 2019. Elle explique cette évolution par les bas taux d’intérêt des dernières années qui rendent moins attractif le recours aux prêts NPR, par la pandémie de COVID‑19 qui a freiné le développement de projets, ainsi que par le fait que les porteurs de projet se montrent plus frileux à investir dans des stations de ski situées à basse altitude en raison du changement climatique4.

25Pour connaître la part du soutien public issue de la NPR octroyé au maintien du ski (remontées mécaniques, neige artificielle et aménagement de pistes) et celle qui va à la diversification des activités touristiques en station (soutien aux activités hors neige), il faut analyser les dépenses cantonales qui, comme nous l’avons déjà mentionné, sont les autorités décisionnaires en matière de soutien aux projets dans le cadre de la NPR.

Territoires de recherche

26Nous allons maintenant traiter des moyens alloués par trois cantons (Fribourg, Valais et Vaud) pour soutenir l’activité touristique. Ces cantons constituent un échantillon particulièrement représentatif de la diversité territoriale et culturelle des espaces de montagne en Suisse. Ensemble, ils articulent trois grandes entités géographiques – les Alpes, les Préalpes et le Plateau – et témoignent de dynamiques économiques contrastées. L’économie fribourgeoise demeure fortement ancrée dans l’agriculture et un tissu industriel composé de petites et moyennes entreprises, tandis que celle du Valais repose sur un modèle résolument alpin fondé sur l’hydroélectricité et les sports d’hiver. Quant au canton de Vaud, son économie est plus urbaine et tertiarisée, bien que les Préalpes y occupent encore une place notable dans l’organisation territoriale.

27Ces cantons se caractérisent par des situations très diverses sur le plan du développement touristique, notamment en termes d’importance du ski. Il est donc intéressant de comparer le soutien public à l’économie du ski dans ces cantons. Les documents réglementaires et les projets soutenus dans le cadre de la NPR sont révélateurs de la place donnée par les politiques cantonales au tourisme et au ski.

28D’une manière générale, le profil de ces trois cantons est assez différent du point de vue touristique :

  1. Le tourisme s’est développé dès le milieu du XIXe siècle dans le canton du Valais, initialement autour de la pratique de l’alpinisme, et a connu un essor important avec l’avènement du ski dès le milieu du XXe siècle. Ce secteur économique est donc devenu essentiel à l’économie cantonale avec une valeur ajoutée brute cantonale du tourisme de 9,1 %. Les remontées mécaniques jouent un rôle prépondérant avec 571 installations. Le canton représente 32 % de la répartition régionale des produits de transport. Le site Internet officiel du Valais compte 47 stations de ski, dont 11 avec un domaine skiable qui peut atteindre plus de 3000 mètres d’altitude.

  2. Selon le rapport détaillé de septembre 2021 de la troisième année d’enquête sur le comportement touristique issu de l’Observatoire du tourisme du canton de Vaud5, le tourisme est principalement lacustre et urbain autour du lac Léman et du lac de Neuchâtel (66 % en 2021). Le secteur du ski joue, néanmoins, un rôle essentiel dans les Alpes vaudoises. Dans cette région, l’axe principal des sports d’hiver (Villars-Gryon-Diablerets-Bex) accapare 70 % des nuitées (hôtellerie, parahôtellerie et résidences secondaires) et concentre 67 % des revenus touristiques. L’altitude des stations de ski varie de 1114 à 3016 mètres. Néanmoins, tout comme dans le canton du Valais, les remontées mécaniques restent principalement orientées vers la saison hivernale avec 79 % de la part des produits de transport des remontées mécaniques réalisés pendant cette saison.

  3. Quant au canton de Fribourg, il est peu touristique avec ses 396 529 nuitées (en hôtels et en établissements de cure) et 92 hôtels et établissements de cure ouverts en 2021. Selon le document Préalpes 20306, les stations de ski sont avant tout fréquentées par des excursionnistes. La part du tourisme dans les emplois du canton est très faible (il représentait 2,8 % en 2018). Ses deux principales stations de ski (Charmey et Moléson) connaissent un taux de fréquentation supérieur durant la saison estivale.

29Le fait d’analyser trois cantons avec des profils touristiques différents nous permet de voir dans quelle mesure cela peut influencer le modèle d’adaptation privilégié selon la typologie que nous avons présentée en première partie de cet article : une adaptation d’ajustement tournée vers les sports d’hiver ; une adaptation d’ajustement tournée vers le tourisme ; ou une adaptation transformationnelle.

Méthodologie

30Nous avons eu recours à trois types de matériaux pour notre recherche :

  1. La constitution d’une base de données des projets touristiques financés par la NPR de 2008 à 2022 pour les trois cantons à l’étude à partir de la plateforme regiosuisse7. Cette dernière est mise à disposition gratuitement par le Centre du réseau de développement régional mandaté par le secrétariat d’État à l’économie et l’Office fédéral du développement territorial, dont l’un des objectifs est de rendre accessibles les informations concernant les projets de développement régional. L’ensemble des projets financés sont offerts en Open Access. La base de données a été organisée à partir de sept entrées : le titre du projet ; une synthèse du projet ; la localisation ; la période ; le type de programme (NPR) ; le type de soutien (à fonds perdus ou prêt) ; le montant du soutien.

31Une première classification a été opérée entre les projets touristiques soutenus en station de ski et hors station de ski. Une seconde classification a permis de distinguer les projets visant la diversification touristique (activités outdoor, événementiel, valorisation du patrimoine culturel et naturel, zones ludiques estivales), ceux concernant des études de faisabilité et ceux se rapportant à des aménagements et infrastructures pour la pratique du ski (remontées mécaniques, enneigement artificiel et aménagement de pistes).

  1. Une analyse des textes réglementaires des cantons de Fribourg, de Vaud et du Valais concernant le soutien au tourisme. L’objectif de l’analyse thématique de ces textes était de mettre en évidence les grandes orientations affichées par chaque canton relatif aux territoires de montagne et plus particulièrement au tourisme et au ski. (Voir le tableau 1 pour une synthèse de l’ensemble des documents analysés.)

Tableau 1

Documents analysés pour la réalisation de l’article

Documents application NPR

Documents tourisme

Documents territoires de montagne

Documents remontées mécaniques

Fribourg

*Programme de mise en œuvre de la nouvelle politique régionale (NPR)

2020-2023 (2023)

*Stratégie de développement du tourisme fribourgeois

« Vision 2030 » (2009)

*Préalpes Vision 2030 Fribourg (année 2019)

Vaud

*Programme cantonal de mise en œuvre de la Loi sur la politique régionale (LPR)

pour la période 2020-2023

*Politique d’appui au développement économique (PADE) du canton de Vaud

2020-2025

*Exposé des motifs et projets de décret accordant au Conseil d’État un crédit cadre de 4 ans de 50 000 000 CHF – pour la période 2023-2026, visant à renforcer le soutien de l’État aux infrastructures touristiques qui favorisent le développement durable du tourisme régional au sens de l’article 24, al. 2, Loi sur l’appui au développement économique (LADE) (2023)

*Alpes vaudoises 2020. Rapport final (année 2013)

*Rapport du conseil d’État au grand conseil sur la stratégie de soutien économique du canton de Vaud aux Alpes vaudoises pour les années 2016-2023 (projet « Alpes vaudoises 2020 ») (année 2016)

Valais

*Loi sur la politique régionale du 12.12.2008 (état de 2010)

*Ordonnance sur La loi sur la politique régionale

(état de 2022)

*Règlement sur le fonds cantonal pour le tourisme (année 2015)

*Loi sur l’encouragement des remontées mécaniques (2019)

*Ordonnance concernant la Loi sur l’encouragement des remontées mécaniques (OLERM) (2019)

*Règlement sur le fonds cantonal pour les remontées mécaniques (année 2019)

*Directive pour l’octroi de prêts sans intérêts aux remontées mécaniques (année 2013)

Réalisation : Anouk Bonnemains, à partir des sites Internet des différents cantons.

  1. Les cantons ayant une autonomie importante dans le système politique suisse, ce sont eux qui, une fois les grandes orientations de la NPR validées avec la Confédération, octroient les subventions aux différents projets mais aussi organisent et structurent la filière touristique sur leur territoire. Afin de mieux comprendre ces éléments et pour compléter l’analyse documentaire, des entretiens par visio-conférence ont été réalisés avec un·e représentant·e de chaque canton étudié (soit trois personnes). Pour le canton de Valais, l’entretien a été réalisé avec Fréderic Reynard, collaborateur scientifique à l’État du Valais dans le Département de l’économie et de la formation au Service de l’économie, du tourisme et de l’innovation. Pour le canton de Vaud, l’entretien a été réalisé avec Sandra Mordasini qui était en 2023 cheffe de projet Tourisme au Département de l’économie, de l’innovation et du sport du canton de Vaud. Et pour le canton de Fribourg, l’intervenant était Jonathan Stark, coordinateur de l’Association des régions fribourgeoises pour la NPR. Ces trois personnes occupaient un poste clé dans leur canton en matière de développement touristique et des capacités cantonales et nationales de financement des projets. Ces entretiens nous ont aidés à mieux connaître la situation et ainsi nous assurer de la bonne compréhension des textes, de leur « philosophie », mais également de la place que chaque canton accorde au tourisme.

32Globalement, ces entretiens nous ont permis de préciser les choix stratégiques en termes de financements octroyés par les cantons. Ces matériaux nous ont par ailleurs aidés à comprendre la manière dont les différents cantons mobilisent la NPR pour soutenir les activités touristiques et en particulier l’économie du ski.

Résultats

Canton de Fribourg

1. Les enjeux liés au ski

33D’après le rapport Préalpes Vision 20308 datant de 2019, l’enjeu principal pour le canton de Fribourg est celui du renouvellement des installations de remontées mécaniques. Le canton a mis en place trois stratégies : la fusion de certaines sociétés de remontées mécaniques (en 1993, 2008 et 2021), l’injection de 37 millions de francs dans les sociétés (12 millions de francs en 1996 et 25 millions en 2008) et la création d’une association faîtière, Remontées mécaniques Alpes fribourgeoises, qui a pour objectifs le développement des collaborations (matériels, compétences, etc.) et la promotion des sociétés de remontées mécaniques.

2. La stratégie touristique cantonale

34En 2009, le canton de Fribourg présente sa stratégie touristique dans le document Stratégie de développement du tourisme fribourgeois « Vision 2030 »9. Concernant les Préalpes, les principales orientations définies sont : a) la coordination des différents acteurs touristiques à l’échelle des Préalpes (donc au niveau intercommunal) ; b) la valorisation du patrimoine (conception de la muséographie de la nouvelle Maison du Gruyère, production et diffusion par la Radio Télévision Suisse de cinq émissions brèves mettant en valeur des produits gastronomiques phares du canton de Fribourg, etc.) ; c) le développement de l’offre d’hébergement parahôtellier ; d) la réorientation des remontées mécaniques : « Tout en assurant la rénovation et la pérennité de l’offre d’importance cantonale, favoriser et promouvoir la mutation des stations de ski des Alpes fribourgeoises en stations prioritairement estivales et l’intensification de leur collaboration stratégique et opérationnelle. » (Stratégie de développement du tourisme fribourgeois « Vision 2030 », p. 42)

35Dans le rapport Préalpes Vision 2030, le canton de Fribourg à travers la direction de l’économie et de l’emploi, les acteurs du tourisme à travers l’Union fribourgeoise du tourisme et la branche des remontées mécaniques (Remontées mécaniques Alpes fribourgeoises et Remontées mécaniques fribourgeoises SA) réaffirment l’importance des remontées mécaniques pour le tourisme dans les Préalpes fribourgeoises. Cette branche des remontées mécaniques enregistre en effet 11,5 millions de francs de chiffre d’affaires cumulé et une contribution annuelle de 52 millions de francs au produit intérieur brut (PIB) du canton. Les auteurs de ce rapport ainsi que les experts mandatés par le Canton reconnaissent l’impact du changement climatique sur les stations de sports d’hiver fribourgeoises. La principale stratégie d’adaptation mentionnée est l’enneigement artificiel : « Pour garantir la pratique du ski et le maintien des installations des Préalpes fribourgeoises, il est nécessaire à l’avenir que les sociétés de remontées mécaniques puissent investir dans des projets d’enneigement mécanique, certes dans des mesures et à des degrés de priorité différents. » (Préalpes Vision 2030, p. 19)

36Ce rapport a été porté et rédigé par les principaux acteurs de la branche qui peuvent cumuler différentes responsabilités au sein du canton de Fribourg ainsi qu’au sein des sociétés de remontées mécaniques. L’analyse des projets supportés dans le cadre de la NPR révèle qu’aucun projet d’enneigement artificiel ou de renouvellement d’installation de remontées mécaniques n’a été soutenu par le biais de la NPR. Il apparaît que ces projets sont plutôt soutenus par le Fonds d’équipement touristique du canton de Fribourg, pour lequel nous n’avons pas pu avoir accès au détail des sommes attribuées. Dans le programme actuel de la NPR, les soutiens sont avant tout orientés vers le développement d’activités quatre saisons et sur la saison estivale avec la constitution d’un plan cantonal relatif aux VTT (véhicules tout-terrain).

3. Les projets financés dans le cadre de la NPR

37En termes de financement par la NPR, lorsque l’on s’intéresse aux types de projets soutenus dans le canton de Fribourg, plusieurs éléments peuvent être relevés. Les bénéficiaires des fonds NPR sont :

  1. les projets d’événementiel (spectacles, grands jeux, etc.) (31 % des fonds engagés) ;

  2. les projets autour d’activités et d’aménagements outdoor estivaux (vélo, VTT, trail, via ferrata, plan d’eau) (22 %) ;

  3. Les projets permettant la coopération ou la collaboration entre les acteurs touristiques, notamment l’étude Préalpes 2030 (14 %) ;

  4. les projets de valorisation culturelle, patrimoniale et gastronomique (12 %) ;

  5. les études stratégiques de développement touristique (8 %) ;

  6. un projet d’exploitation d’un navire de croisière sur le lac de Morat, le lac de Neuchâtel et le lac de Bienne accapare à lui seul 11 % des fonds engagés.

Les 2 % restants correspondent au développement de structures adaptées aux personnes à mobilité réduite en station de sports d’hiver.

38Sur les 47 projets mentionnés dans la base regiosuisse pour le canton de Fribourg, seuls 10 projets concernent une station de ski ou des entreprises de remontées mécaniques (soit 21,3 % qui représentent 13,03 % des fonds engagés) dans lesquels on trouve : a) trois projets concernant les remontées mécaniques (deux projets relatifs au développement stratégique de la station lorsque des installations doivent être renouvelées, un projet de collaboration entre les sociétés de remontées mécaniques) ; b) trois projets concernant la diversification : trois projets relatifs au développement du VTT, un pour une via ferrata et un pour le développement du trail à l’échelle des Alpes fribourgeoise ; c) et deux études stratégiques (autour de la création d’un centre touristique et le financement de l’étude Préalpes Vision 2030).

Carte n° 1
Les stations de ski du canton de Fribourg ayant bénéficié des fonds NPR

Carte n° 1Les stations de ski du canton de Fribourg ayant bénéficié des fonds NPR

Réalisation : Anouk Bonnemains à partir du fond de carte tirée du site <https://www.fr.ch/​etat-et-droit/​communes/​revision-totale-de-la-loi-sur-les-communes>.

39La station de Charmey concentre à elle seule 41,9 % des fonds NPR liés aux stations de montagne (voir carte n° 1) ; ce sont des projets pour le développement de via ferrata et de VTT qui ont été soutenus. Viennent ensuite la station de la Berra avec 23,5 % (pour le VTT), puis la station des Paccots (coordination entre les deux entreprises de remontées mécaniques) et de Schwarzsee (projet de rénovation urbaine) (12,9 %).

40Il ressort de cette analyse que dans le canton de Fribourg, peu de fonds sont engagés pour les stations de ski ; le soutien au tourisme se fait donc en dehors de cet espace. Du côté des stations de ski, la diversification est principalement économique à travers la marchandisation des innovations sportives, puis vient ensuite une diversification qu’on peut qualifier de politique puisqu’il est question de coordination et d’aménagement du territoire.

Canton de Vaud

1. Les enjeux liés au ski

41Le ski et les remontées mécaniques étant structurants pour le tourisme dans les Préalpes vaudoises, le canton a soutenu de manière importante l’enneigement artificiel de 2005 à 2010. Durant cette période, ce sont en effet plus de 10 millions de francs qui ont été alloués par la Confédération et le canton pour l’installation d’équipements d’enneigement artificiel. Ces cofinancements pouvaient atteindre 80 % des projets d’enneigement artificiel, faisant du canton de Vaud le plus généreux de Suisse sur cette période (Gonseth, 2008).

42En 2011, un moratoire a été promulgué par le Conseil d’État (gouvernement) vaudois concernant le financement des remontées mécaniques et de l’enneigement artificiel, la levée de ce moratoire étant conditionnée à l’adoption d’un plan directeur en matière de remontées mécaniques, intitulé Alpes vaudoises 202010 et publié en 2013.

2. La stratégie touristique cantonale

43Pour ce faire, en 2011 le comité de pilotage créé, nommé aussi « Alpes vaudoises 2020 », va s’appuyer sur les travaux de sept groupes de travail afin de construire une stratégie touristique faisant ressortir la place centrale du ski, donc de l’enneigement artificiel et des remontées mécaniques pour les Alpes vaudoises :

  • 11 Ibid.

L’essentiel des revenus touristiques étant directement ou indirectement subordonné au ski, il est en effet essentiel de veiller à son attractivité parallèlement aux efforts à consacrer à l’objectif 3, visant le renfort de l’offre quatre saisons. En matière climatique, la période critique pour les zones skiables les plus sensibles pourrait débuter vers 2035. La menace, qui n’affectera d’abord que des périmètres limités, ne concerne pas les investissements prévus à l’horizon 2020. (Alpes vaudoises 202011 – Rapport final du 11 juillet 2013)

44Il est à noter que ce rapport a été rédigé par des acteurs proches de la branche (politiques locales comme régionales et économiques), ce qui peut expliquer leur argumentaire favorable à l’enneigement artificiel et au maintien des sports d’hiver.

45En parallèle du travail effectué par la branche des remontées mécaniques, en 2012 la Cour des comptes du canton de Vaud publie un document intitulé Audit de performance de l’enneigement artificiel dans le canton de Vaud, Rapport n° 21 du 14/11/202112. Dans ce rapport (p. 4), la cour des comptes

considère que le Canton doit désormais réfléchir sérieusement tant à la place à donner à la nivoculture, qu’à son cofinancement par l’État (subsidiarité de l’État dans le cofinancement, nature, conditions et quotité de ce dernier). La Cour est d’avis qu’aujourd’hui, le « tout au ski » n’est plus de mise ; il s’agit d’un modèle socio‐économique dépassé, certes difficile à renouveler. La diversification des activités et leur étalement sur les différentes saisons constituent des impératifs.

Un changement de paradigme en 2018 ?

46Cette nouvelle orientation vers la diversification s’est d’abord incarnée au travers du programme d’investissement Alpes vaudoises 2016-2023 qui a octroyé plus de 47 millions de CHF d’aide à fonds perdus pour des projets visant « un tourisme moins dépendant de la neige en portant les efforts sur la rationalisation dans l’aménagement et la gestion des domaines ». Afin de renforcer cet aspect de transition du modèle touristique hivernal vers un tourisme quatre saisons, Vassilis Venizelos (personnalité politique suisse du canton de Vaud) et consort ont déposé une motion en 2018 intitulée « Opération Vivaldi – changer de partition pour un tourisme 4 saisons ! » et demandant au conseil d’État vaudois que soient créés un programme et un fonds spécifique « visant à favoriser la transition vers un tourisme moins dépendant de la neige (tourisme ‘4-saisons’) ».

47Pour faire suite à cette motion, le Conseil d’État (gouvernement) vaudois a proposé un projet de décret pour engager un crédit cadre de quatre ans de 50 millions de CHF « visant à renforcer le soutien de l’État aux infrastructures touristiques […] qui favorisent le développement durable du tourisme régional ». Ce nouveau décret définit une liste de critères de développement durable, à travers l’outil « boussole 21 », qui conditionnera les subventions cantonales, et précise que les projets uniquement tournés v

13

48Après avoir soutenu jusque dans les années 2010 une adaptation aux enjeux climatiques principalement grâce à l’enneigement artificiel, le canton de Vaud axe aujourd’hui sa nouvelle stratégie de développement touristique davantage vers un tourisme dit quatre saisons afin de tenir compte des conséquences des modifications du climat dans les Alpes vaudoises.

493. Les principaux secteurs soutenus par la NPR de 2011 à 2022 sont :

  1. les projets concernant les remontées mécaniques et les aménagements de pistes (à hauteur de 40 % des fonds engagés) ;

  2. les projets concernant des aménagements à hauteur de 24 %, principalement pour la diversification quatre saisons ;

  3. les projets concernant des enjeux de collaboration et de coopération entre les acteurs touristiques (18 %) ;

  4. les 18 % restants se répartissent entre la valorisation culturelle et patrimoniale (6 %), les études stratégiques et de faisabilité (5 %), l’événementiel (4 %), la numérisation (2 %) et le VTT (1 %).

50Sur les 88 projets référencés, 18 concernent une station de sports d’hiver (soit 20,4 %). Les principaux projets soutenus sont : a) les projets d’aménagement de diversification (6 projets dont deux au col des Mosses) ; b) les études stratégiques et de faisabilité (5 projets) ; c) les projets concernant des aménagements de pistes (4 projets) ; d) les projets de rénovation de remontées mécaniques (3 projets). Ces deux derniers types, alors qu’ils ne représentent que 8 % du total des projets (aménagement de piste et remontées mécaniques), comptent pour 40 % des fonds engagés de la NPR et 92,5 % des fonds engagés pour les stations sur l’ensemble de la période 2011-2022. Il est à noter que ces projets sont soutenus uniquement par des prêts. Il n’y pas de financement de l’enneigement artificiel, mais les remontées mécaniques font l’objet d’un soutien important de la part du canton.

51La NPR est donc utilisée pour soutenir de manière directe le ski à travers les deux projets d’aménagement de pistes (donc deux se trouvent sur le même espace) et deux projets de remontées mécaniques uniquement utilisées en période hivernale (un tapis roulant et un télésiège). Quant à la diversification, elle se compose d’infrastructures quatre saisons, d’une télécabine et de deux zones de loisirs et serait donc politique à travers la mise en place de mécanismes d’aménagement du territoire. Elle serait par ailleurs plus économique à travers la marchandisation des innovations sportives via un produit VTT.

Carte n° 2
Les domaines skiables du canton de Vaud ayant bénéficié des fonds NPR

Carte n° 2Les domaines skiables du canton de Vaud ayant bénéficié des fonds NPR

Réalisation : Anouk Bonnemains à partir du fond de carte tirée du site <https://www.vd.ch/​fileadmin/​user_upload/​themes/​economie_emploi/​developpement_economique/​images/​Carte_sites_2017.jpg>.

52L’analyse spatiale des fonds attribués par la NPR dans le canton de Vaud montre une logique de concentration d’investissement économique dans le plus grand domaine skiable du canton. En effet, le domaine Villars-Gryon-Les Diablerets accapare à lui seul 68,2 % des projets d’aménagement de pistes et de remontées mécaniques. Au

53Le second domaine skiable ayant bénéficié des fonds NPR est Leysin, à hauteur de 29,5 % des projets d’aménagement de pistes. Quant au plus petit domaine skiable, Château-d’Oex, il n’a pas reçu de fonds pour des projets d’aménagement de pistes ou de remontées mécaniques.

54Le canton de Vaud à travers la NPR contribue à spécialiser les zones touristiques des Alpes vaudoises. La construction de la télécabine dans la station des Diablerets, se voulant être une installation quatre saisons, a capté 60 % des fonds NPR orientés vers l’aménagement et les remontées. Dans la station de Château-d’Oex, la NPR a financé des études de « reconversion » ou de projets quatre saisons à la suite de la fermeture d’une partie du domaine skiable.

Canton du Valais

1. Les enjeux liés au ski

55Selon les remontées mécaniques suisses

1415

2. La politique cantonale

56Cette ligne politique de soutien à l’économie du ski est restée inchangée depuis 2004 ; néanmoins la politique du canton va conditionner les aides publiques (cantonale et fédérale) suivant des critères de stratégie touristique, financière et de gouvernance.

57Dans un objectif d’aide à la décision pour l’octroi des financements, le canton s’appuie sur la classification

Alpha-Bêta-Gamma16 Alpha, Bêta ou Gamma

58Le canton du Valais s’est doté de deux instruments pour soutenir les entreprises de remontées mécaniques. Le premier qui s’intitule « Directive pour l’octroi de prêts sans intérêts aux remontées mécaniques » est issu de la nouvelle politique régionale. Les soutiens sont donc des cofinancements entre le Canton et la Confédération. Le second dispositif, la

Loi sur l’encouragement des remontées mécaniquesLoi sur l’encouragement des remontées mécaniques

3. Les projets soutenus dans le cadre de la NPR

59D’un point de vue général sur la période 2009-2022, ce sont 159 projets qui ont été financés dans le canton du Valais via la NPR. De tous les projets, 77 (48,4 %) sont liés à une station de sports d’hiver et accaparent 71,7 % des coûts totaux. De manière encore plus révélatrice, 17 projets concernent les remontées mécaniques (11,3 %), dont 10 pour des télésièges en exploitation l’hiver seulement et qui concentrent 45,6 % des fonds totaux. Par ailleurs, 7 projets d’enneigement artificiel (4,4 %) concentrent 11,6 % des moyens alloués via les financements NPR. Enfin, il y a 2 projets qui englobent des aménagements pour l’enneigement artificiel et les remontées mécaniques et qui représentent 6,86 % des coûts globaux. Sur l’ensemble des projets financés par la NPR, 27 (17 %) concernent directement les domaines skiables (remontées mécaniques et enneigement artificiel) et accaparent 64 % des fonds engagés. En comparaison, il y a 11 projets (6,9 %) qui concernent le vélo (cyclotourisme, VTT, e

60De plus, tel que déjà mentionné, le canton du Valais ne s’appuie pas uniquement sur les financements de la NPR pour soutenir les remontées mécaniques, mais aussi sur la

Loi sur l’encouragement des remontées mécaniquesLERMLERM

61Il y a donc un investissement important dans le ski de la part du canton du Valais pour les infrastructures de remontées mécaniques et l’enneigement artificiel. Néanmoins, le canton a également mis un place un outil de soutien au changement de modèle d’affaires pour les entreprises de remontées mécaniques qui souhaiteraient, avec l’aide d’un bureau d’études, envisager une transformation de leur modèle économique. Par ailleurs, d’après l’intervenant du canton du Valais avec qui nous avons discuté (le 16 octobre 2023), le dispositif n’aurait pas encore été utilisé.

Tableau 2 

Part des coûts soutenus par la NPR entre 2009 et 2022 dans les remontées mécaniques et l’enneigement artificiel selon les différents domaines skiables du Valais

 

Coût remontées mécaniques et enneigement mécanique par domaine skiable

Part des coût remontées mécaniques et enneigement mécanique par domaine skiable

Ovrennaz

6 700 000

2,9

Portes du soleil

1 065 000

0,5

Nax

1 280 000

0,6

Wiler (Lötschen)

3 585 000

1,6

Anzère

8 000 000

3,5

Vercorin

9 500 000

4,1

Grächen

15 909 000

6,9

Lauchernalp

17 025 000

7,4

Saas Fee

19 900 000

8,6

Crans Montana

20 500 000

8,9

Val Anniviers

35 900 000

15,5

Aletsch Arena

39 596 000

17,1

Les 4 Vallées

58 675 000

25,4

Total

230 935 000

100

Réalisation : Anouk Bonnemains, à partir de la base de données regiosuisse.

62Comme dans le canton de Vaud, l’analyse spatiale des fonds NPR pour le canton du Valais montre une logique de concentration des investissements économiques dans certaines domaines skiables (voir carte n° 3). Le domaine skiable des quatre vallées concentre à lui seul 25,4 % des fonds NPR engagés pour les remontées mécaniques. Viennent ensuite les domaines d’Aletsch Arena et d’Anniviers avec respectivement 16,7 % et 15,1 % des fonds investis dans les remontées mécaniques. Ces trois domaines skiables concentrent donc à eux seuls 58,4 % des fonds pour les remontées mécaniques. Loin derrière viennent Crans

Carte n° 3

Les domaines skiables du canton de Valais ayant bénéficié des fonds NPR

Les domaines skiables du canton de Valais ayant bénéficié des fonds NPR

Réalisation : Anouk Bonnemains à partir du fond de carte tirée du site <https://d-maps.com/​carte.php ?num_car =9802&lang =fr>.

63Du point de vue de la diversification, le canton du Valais, à travers la NPR, semble soutenir prioritairement les initiatives situées en dehors de l’échelle spatiale des stations de ski (à hauteur de 51,6 %). À l’intérieur même des stations, la diversification s’opère davantage par le biais de certaines installations de remontées mécaniques, en particulier les télécabines, et par la marchandisation des innovations sportives, qui deviennent des vecteurs de renouvellement de l’offre touristique.

Discussion

64La comparaison entre les trois cantons illustre une même difficulté inhérente à la branche des remontées mécaniques. Le moment de renouvellement des installations de remontées mécaniques s’avère être un point de rupture et/ou de bifurcation pour les stations de ski. Ces remontées sont en effet considérées comme de l’« industrie lourde » et le renouvellement des infrastructures nécessite des investissements conséquents dont l’amortissement s’étale sur plusieurs décennies, ce qui implique une participation de la part des pouvoirs publics, particulièrement pour les petites structures, entraînant un phénomène de dépendance au sentier dans cette industrie. Une des spécificités suisses est justement la petite taille des sociétés de remontées mécaniques.

Le canton du Valais : une adaptation réactive et incrémentale au ski 

65L’enneigement artificiel étant la principale stratégie d’adaptation au changement climatique de l’industrie du ski dans le canton du Valais, il est le seul qui soutient ce type de projet via la NPR et la LERM. Son positionnement est de faire perdurer le modèle économique des sports d’hiver basé sur le ski et l’adaptation se veut donc avant tout incrémentale, puisque anticipée, face au changement climatique. De plus, les principaux fonds engagés sont liés au renouvellement des installations de remontées mécaniques sans qu’une réflexion soit faite par rapport à l’usage estival de ces installations. En effet, ce sont 10 télésièges à usage spécifique pour les sports d’hiver qui ont été soutenus par les pouvoirs publics. Les argumentaires sont tournés principalement vers l’augmentation des flux et du confort pour la pratique du ski. L’adaptation au changement climatique est incrémentale (d’ajustement) au ski pour ce canton. Les forts investissements engagés peuvent conduire à un phénomène de lock-in, bridant la diversification et la réflexion autour du multi-usage des remontées mécaniques. Ce type d’adaptation entraîne également une dépendance au sentier dans une économie qui exerce une pression forte sur des ressources déjà en tension, ce qui soulève la question de la maladaptation (Scott et al., 2022). La question du renouvellement du parc de remontées mécaniques et de la durabilité des investissements nécessaires se pose ici.

Les cantons de Vaud et de Fribourg : une adaptation réactive et incrémentale au tourisme

  • 17 Qui institue un crédit cadre de quatre ans de 50 000 000 CHF pour la période 2023-2026, visant à re (...)

66Le canton de Vaud, depuis la motion de 2010, n’a pas appuyé de projet d’enneigement artificiel. Les domaines skiables sont soutenus via l’aménagement de pistes à hauteur de 10 % des coûts globaux. Lorsque l’on s’intéresse au renouvellement des installations de remontées mécaniques, sur les trois projets soutenus, un seul est présenté comme une « installation quatre saisons ». De plus, les projets concernant la diversification en station ne représentent que 2 % des moyens globaux. Par un nouveau décret17, le Grand Conseil vaudois semble mettre fin au soutien du modèle économique tourné uniquement vers le ski. L’orientation quatre saisons est affichée ainsi que celle d’un tourisme durable. Le changement climatique et les capacités financières des stations de sports d’hiver du canton de Vaud justifient le changement de paradigme du canton. La situation du canton de Vaud se rapprocherait donc d’une situation d’adaptation incrémentale (d’ajustement) non pas au ski mais au tourisme, ce secteur restant central dans le modèle économique et social du territoire (Bonnemains, 2023). L’enjeu ici étant de penser la multifonctionnalité des remontées mécaniques, ces infrastructures gardent un rôle central dans le système touristique mais plus uniquement orienté vers l’exploitation de la neige.

67Dans le canton de Fribourg où les domaines skiables sont moins présents, le choix qui est fait est celui de la rationalisation des sociétés de remontées mécaniques à travers leur fusion. L’État ne finance ni les infrastructures de remontées mécaniques, ni l’enneigement artificiel via la NPR. Rappelons que l’industrie du ski dans ce canton était déjà très contrainte du point de vue économique (incapacité des sociétés de remontées mécaniques à faire face au renouvellement de leurs installations) et de l’enneigement (domaines skiables de faible altitude), ce qui peut expliquer le choix du canton de ne pas financer l’enneigement artificiel. Les projets NPR se concentrent donc sur l’offre estivale et le développement touristique dans d’autres territoires.

68Devant l’incapacité croissante des sociétés de remontées mécaniques à faire face à leurs charges d’exploitation, la transformation de leur modèle économique a été impulsée par les pouvoirs publics, et plus particulièrement par le canton, qui s’est doté dans le même mouvement d’un fonds d’équipement touristique destiné à soutenir ces entreprises.

Les facteurs explicatifs de ces différentes prises en charge

69Si l’on observe les différences dans les politiques de soutien aux domaines skiables dans les trois cantons étudiés, on constate que deux facteurs d’explication semblent particulièrement pertinents. D’abord le poids de l’activité ski dans l’économie cantonale valaisanne est important, ce qui est nettement moins le cas dans les cantons de Vaud et du Fribourg. Il est plus difficile pour les domaines skiables d’obtenir un soutien politique en faveur de la poursuite du modèle économique basé sur le ski lorsqu’une grande partie du canton n’est pas concernée par cette activité. Ensuite, l’altitude des domaines skiables peut aussi expliquer des stratégies différentes : à Fribourg les domaines skiables sont à basse altitude (1000-1500 mètres), dans le canton de Vaud à moyenne altitude (1500-2000 mètres, sauf Glacier 3000), et en Valais plutôt à haute altitude (1500-3000 mètres). Les stations du canton de Fribourg, à l’instar de Charmey, connaissent depuis deux décennies des difficultés conjointes liées à la fiabilité de l’enneigement et à des problèmes de gouvernance qui ont conduit à la faillite de plusieurs sociétés de remontées mécaniques et rendu nécessaire une transformation de leur modèle économique. À ces enjeux s’ajoute la proximité avec la plaine qui favorise une croissance de l’économie résidentielle, laquelle tend progressivement à prendre le pas sur l’économie touristique, transformant ainsi les équilibres socioéconomiques de ces territoires de montagne.

70Face au réchauffement climatique, il semble politiquement plus aisé de maintenir un soutien à l’activité du ski lorsque l’efficacité de l’enneigement artificiel est jugée satisfaisante dans les domaines concernés (Bérard-Chenu, François, George et al., 2022b). Néanmoins, ce soutien public à une adaptation incrémentale produit des effets que l’on peut qualifier de « maladaptatifs ». Il renforce en outre la dépendance au sentier des activités hivernales pour les décennies à venir, dans un contexte climatique pourtant de plus en plus incertain, et limite la réorientation des financements vers une transformation plus structurelle des modèles économiques. Ces deux dynamiques contribuent à fragiliser les destinations touristiques sur le long terme, en retardant leur transition socioéconomique.

Conclusion

71L’analyse de l’application au niveau cantonal de la NPR et d’autres documents stratégiques cantonaux montre que l’industrie du ski reste importante, à des degrés divers, pour les trois cantons étudiés. Elle souligne que l’enneigement artificiel est la principale stratégie d’adaptation au changement climatique, une stratégie réactive et incrémentale répondant à la baisse de la fiabilité naturelle de l’enneigement. À cela s’ajoutent des investissements réguliers dans les installations de remontées mécaniques. Ici, le soutien financier des pouvoirs publics est essentiel, particulièrement pour les petites entreprises.

72L’analyse de la mise en œuvre de la NPR dans les trois cantons de Fribourg, du Valais et de Vaud montre que deux grandes stratégies par rapport à l’industrie du ski se dégagent : celle du canton de Valais qui est dans une optique de maintien de cette industrie et donc une stratégie d’adaptation réactive et incrémentale au ski ; et celle des cantons de Vaud et de Fribourg, avec un soutien aux sociétés de remontées mécaniques et aux renouvellements des installations dans une optique orientée vers une adaptation réactive et incrémentale, mais vers le tourisme d’une manière plus large, notamment à travers une utilisation multiusage des remontées mécaniques et la coopération des acteurs touristiques. Cependant, aucune stratégie d’adaptation transformationnelle ne se dessine. Ces politiques sont renforcées par des logiques de concentration spatiale sur les stations de ski les plus importantes, renforçant leur poids économique et la place centrale qui est donnée au ski sur ces sites.

Top of page

Bibliography

Abegg, Bruno, Shardul Agrawala, Florence Crick et Anne de Montfalcon, 2007, « Climate Change Impacts and Adaptation in Winter Tourism », dans Shardul Agrawala (dir.), Climate Change in the European Alps : Adapting Winter Tourism and Natural Hazards Management, Paris, OECD Publishing, p. 25‑58.

Abegg, Bruno, Robert Steiger et Lisa Trawoeger, 2017, « Resilience and Perceptions of Problems in Alpine Regions », dans Richard W. Butler (dir.), Tourism and Resilience, CABI, p. 105‑117.

Achin, Coralie et Emmanuelle George-Marcelpoil, 2013, « Sorties de piste pour la performance touristique des stations de sports d’hiver », Tourisme & Territoires, vol. 3, p. 67‑92.

Adger, W. Neil, Katrina Brown, Donald R. Nelson, Fikret Berkes et al., 2011, « Resilience Implications of Policy Responses to Climate Change », WIREs Climate Change, vol. 2, no 5, p. 757‑766, <https://doi.org/10.1002/wcc.133>.

Bausch, Thomas, Andreas Humpe et Stefan Gössling, 2019, « Does Climate Change Influence Guest Loyalty at Alpine Winter Destinations ? », Sustainability, vol. 11, no 15, <https://doi.org/10.3390/su11154233>.

Berard-Chenu, Lucas, 2022, « Trajectoires d’évolution des stations de sports d’hiver des Alpes françaises : La place de la production de neige », Via. Tourism Review, no 22 (décembre), <https://doi.org/10.4000/viatourism.9270>.

Berard-Chenu, Lucas, Jonathan Cognard, Hugues Francois, Samuel Morin et Emmanuelle George, 2021, « Do Changes in Snow Conditions Have an Impact on Snowmaking Investments in French Alps Ski Resorts ? », International Journal of Biometeorology, vol. 65, no 5, p. 659‑675, <https://doi.org/10.1007/s00484-020-01933-w>.

Berard-Chenu, Lucas, Hugues François, Emmanuelle George et Samuel Morin, 2022a, « Past Changes in Natural and Managed Snow Reliability of French Alps Ski Resorts from 1961 to 2019 », The Cryosphere, vol. 16, no 3, p. 863‑881, <https://doi.org/10.5194/tc-16-863-2022>.

Berard-Chenu, Lucas, Hugues François, Emmanuelle George et Samuel Morin, 2022b, « Trajectoires de développement de la production de neige dans les stations de ski des Alpes françaises : L’influence des spécificités locales et des politiques régionales de soutien », Journal of Alpine Research | Revue de géographie alpine, no 110‑4 (décembre), <https://doi.org/10.4000/rga.10434>.

Berard-Chenu, Lucas, Hugues François, Samuel Morin et Emmanuelle George, 2022, « The Deployment of Snowmaking in the French Ski Tourism Industry : A Path Development Approach », Current Issues in Tourism, vol. 26, no 23, p. 3583-3870, <https://doi.org/10.1080/13683500.2022.2151876>.

Böhm, Reinhard, Philip D. Jones, Johann Hiebl, David Frank, Michele Brunetti et Maurizio Maugeri, 2010, « The Early Instrumental Warm-bias : A Solution for Long Central European Temperature Series 1760–2007 », Climatic Change, vol. 101, nos 1‑2, p. 41‑67, <https://doi.org/10.1007/s10584-009-9649-4>.

Bonnemains, Anouk, 2015, Vulnérabilité et résilience d’un modèle de développement alpin : Trajectoire territoriale des stations de sports d’hiver de haute altitude de Tarentaise, thèse de doctorat en géographie, Université Grenoble Alpes, <https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01237308/document>, consulté le 9 février 2026.

Bonnemains, Anouk, 2023, « Adaptations et vulnérabilités des stations de sports d’hiver françaises face aux changements climatiques », L’Information géographique (Paris), vol. 87, no 2, p. 123‑141.

Bonnemains, Anouk et Christophe Clivaz, 2019, « Adaptation aux changements climatiques des stations de sports d’hiver dans les Alpes françaises et suisses : Quel rôle pour les pouvoir publics ? », dans Cholat Gwiazdzinski (dir.), Tourisme(s) et adaptation(s), Paris, Elyascop Éditions.

Bourdeau, Philippe, 2009, « De l’après-ski à l’après-tourisme, une figure de transition pour les Alpes ? », Journal of Alpine Research | Revue de géographie alpine, no 97‑3 (décembre) <https://doi.org/10.4000/rga.1049>.

Casagrande Bacchiocchi, Sara, Stefan Zerbe, Lohengrin A. Cavieres et Camilla Wellstein, 2019, « Impact of Ski Piste Management on Mountain Grassland Ecosystems in the Southern Alps », Science of the Total Environment, vol. 665 (mai), p. 959‑967, <https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2019.02.086>.

Conseil fédéral suisse, 2021, Stratégie suisse du tourisme. Conseil fédéral suisse, <https://www.seco.admin.ch/seco/fr/home/Standortfoerderung/Tourismuspolitik/tourismusstrategie_des_bundes.html>, consulté le 9 février 2026.

Cour des comptes, 2024, Les stations de montagne face au changement climatique, Rapport public thématique, Cour des comptes, <https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-02/20240206_Stations-de-montagne-face-au-changement-climatique.pdf>, consulté le 9 février 2026.

Durand, Yves, Martin Laternser, Gérald Giraud, Pierre Etchevers, Bernard Lesaffre et Laurent Mérindol, 2009, « Reanalysis of 44 Yr of Climate in the French Alps (1958–2002) : Methodology, Model Validation, Climatology, and Trends for Air Temperature and Precipitation », Journal of Applied Meteorology and Climatology, vol. 48, no 3, p. 429‑449, <https://doi.org/10.1175/2008JAMC1808.1>.

Falk, Martin et Laurent Vanat, 2016, « Gains from Investments in Snowmaking Facilities », Ecological Economics, vol. 130 (octobre), p. 339‑349, <https://doi.org/10.1016/j.ecolecon.2016.08.003>.

Fedele, Giacomo, Camila I. Donatti, Celia A. Harvey, Lee Hannah et David G. Hole, 2019, « Transformative Adaptation to Climate Change for Sustainable Social-ecological Systems », Environmental Science & Policy, vol. 101 (novembre), p. 116‑125, <https://doi.org/10.1016/j.envsci.2019.07.001>.

Fedele, Giacomo, Camila I. Donatti, Celia A. Harvey, Lee Hannah et David G. Hole, 2020, « Limited Use of Transformative Adaptation in Response to Social-ecological Shifts Driven by Climate Change », Ecology and Society, vol. 25, no 1, art. 25, <https://doi.org/10.5751/ES-11381-250125>.

Gauchon, Christophe, 2009, « Les hivers sans neige et l’économie des sports d’hiver : Un phénomène récurrent, une problématique toujours renouvelée », Collection EDYTEM. Cahiers de géographie, vol. 8, no 1, p. 193‑204, <https://doi.org/10.3406/edyte.2009.1087>.

Gerbaux, Martin, Pierre Spandre, Hugues François, Emmanuelle George et Samuel Morin, 2020, « Fiabilité de l’enneigement et disponibilité des ressources en eau pour la production de neige dans les domaines skiables du Département de l’Isère (France), en conditions climatiques actuelles et futures », Journal of Alpine Research | Revue de géographie alpine, no 108‑1 (avril), <https://doi.org/10.4000/rga.6724>.

Gilaberte-Búrdalo, Maria, Fernando Germán López-Martín, Maria R. Pino-Otín et Juan L. López-Moreno, 2014, « Impacts of Climate Change on Ski Industry », Environmental Science & Policy, vol. 44 (décembre), p. 51‑61, <https://doi.org/10.1016/j.envsci.2014.07.003>.

Gonseth, Camille, 2008, « Adapting Ski Area Operations to a Warmer Climate in the Swiss Alps through Snowmaking Investments and Efficiency Improvements », thèse de doctorat en sciences de l’environnement, École polytechnique fédérale de Lausanne.

IPCC, 2018, « Summary for Policymakers », dans Global Warming of 1.5°C. An IPCC Special Report on the impacts of global warming of 1.5°C above pre-industrial levels and related global greenhouse gas emission pathways, in the context of strengthening the global response to the threat of climate change, sustainable development, and efforts to eradicate poverty [V. Masson-Delmotte, P. Zhai, H.-O. Pörtner, D. Roberts, J. Skea, P.R. Shukla et al. (dir.)]. <https://www.ipcc.ch/sr15/>, consulté le 9 février 2026.

IPCC, 2022, « Summary for Policymakers », dans Climate Change 2022 : Impacts, Adaptation, and Vulnerability. Contribution of Working Group II to the Sixth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change [H.-O. Pörtner, D.C. Roberts, M. Tignor, E.S. Poloczanska, K. Mintenbeck et al. (dir.)], Cambridge et New York, Cambridge University Press, <https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg2/downloads/report/IPCC_AR6_WGII_SummaryForPolicymakers.pdf>, consulté le 9 février 2026.

Kates, Robert W., William R. Travis et Thomas J. Wilbanks, 2012, « Transformational Adaptation when Incremental Adaptations to Climate Change Are Insufficient », Perspective, Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 109, no 19, p. 7156‑7161, <https://doi.org/10.1073/pnas.1115521109>.

Klein, Geoffrey, Yann Vitasse, Christian Rixen, Christoph Marty et Martine Rebetez, 2016, « Shorter Snow Cover Duration since 1970 in the Swiss Alps Due to Earlier Snowmelt more than to Later Snow Onset », Climatic Change, vol. 139, nos 3‑4, p. 637‑649, <https://doi.org/10.1007/s10584-016-1806-y>.

Klein, Richard J.T., Kevin M. Adams, Adis Dzebo, Marion Davis et Clarisse Kehler Siebert, 2017, Advancing Climate Adaptation Practices and Solutions : Emerging Research Priorities, Stockholm Environment Institute, <https://www.sei.org/wp-content/uploads/2017/05/klein-et-al-2017-adaptation-research-priorities.pdf>, consulté le 9 février 2026.

Knowles, Nathalie L.B., Scott Daniel, 2024, « Advancing Ski Tourism Transformations To Climate Change : A Multi-stakeholder Participatory Approach in Diverse Canadian Destinations », Annals of Tourism Research Empirical Insights, vol. 5, no 2, art. 100139, <https//doi.org/10.1016/j.annale.2024.100139>.

Langenbach, Marc et Émilie Jaccard, 2019, « L’innovation au cœur de la diversification touristique de stations de montagne ? Approche critique du rôle du trail en Suisse », Mondes du tourisme, no 15, <https://doi.org/10.4000/tourisme.1936>.

Mourey, Jacques, Clémence Perrin-Malterre et Ludovic Ravanel, 2020, « Strategies Used by French Alpine Guides to Adapt to the Effects of Climate Change », Journal of Outdoor Recreation and Tourism, vol. 29 (mars), art. 100278, <https://doi.org/10.1016/j.jort.2020.100278>.

Reckien, Diana, Alexandre K. Magnan, Chandni Singh, Megan Lukas-Sithole, Ben Orlove et al., 2023, « Navigating the Continuum between Adaptation and Maladaptation », Nature Climate Change, vol. 13, p. 907‑918, <https://doi.org/10.1038/s41558-023-01774-6>.

Reynard, Emmanuel, 2005, « Géomorphosites et paysages », Géomorphologie : relief, processus, environnement, vol. 11, n° 3, p. 181‑188, <https://doi.org/10.4000/geomorphologie.338>.

Reynard, Emmanuel, 2020, « Tourisme de montagne et gestion de l’eau et de la neige en contexte de changement climatique », Journal of Alpine Research | Revue de géographie alpine, no 108‑1 (avril), <https://doi.org/10.4000/rga.6814>.

Salim, Emmanuel, Jacques Mourey, Ludovic Ravanel, Pietro Picco et Christophe Gauchon, 2019, « Les guides de haute montagne face aux effets du changement climatique. Quelles perceptions et stratégies d’adaptation au pied du Mont Blanc ? » Journal of Alpine Research | Revue de géographie alpine, no 107‑4 (décembre), <https://doi.org/10.4000/rga.5842>.

Salim, Emmanuel, Ludovic Ravanel, Philippe Bourdeau et Philip Deline, 2021, « Glacier Tourism and Climate Change : Effects, Adaptations, and Perspectives in the Alps », Regional Environmental Change, vol. 21, no 4, art. 120, <https://doi.org/10.1007/s10113-021-01849-0>.

Schipper, E. Lisa F., 2020, « Maladaptation : When Adaptation to Climate Change Goes Very Wrong », One Earth, vol. 3, no 4, p. 409‑414, <https://doi.org/10.1016/j.oneear.2020.09.014>.

Scott, Daniel, Natalie Knowles et Robert Steiger, 2022, « Is Snowmaking Climate Change Maladaptation ? », Journal of Sustainable Tourism, vol. 32, no 2, p. 282‑303, <https://doi.org/10.1080/09669582.2022.2137729>.

Simonet, Guillaume, 2009, « Le concept d’adaptation : Polysémie interdisciplinaire et implication pour les changements climatiques », Natures Sciences Sociétés, vol. 17, no 4, p. 392‑401, <https://doi.org/10.1051/nss/2009061>.

Spandre, Pierre, Hugues François, Deborah Verfaillie, Matthieu Lafaysse, Michel Dégué et al., 2019, « Climate Controls on Snow Reliability in French Alps Ski Resorts », Scientific Reports, vol. 9, no 1, art. 8043, <https://doi.org/10.1038/s41598-019-44068-8>.

Spandre, Pierre, Hugues François, Deborah Verfaillie, Marc Pons, Matthieu Vernay et al., 2019, « Winter Tourism under Climate Change in the Pyrenees and the French Alps : Relevance of Snowmaking as a Technical Adaptation », Cryosphere, vol. 13, no 4, p. 1325‑1347, <https://doi.org/10.5194/tc-13-1325-2019>.

Steiger, Robert et Bruno Abegg, 2013, « The Sensitivity of Austrian Ski Areas to Climate Change », Tourism Planning & Development, vol. 10, no 4, p. 480‑493, <https://doi.org/10.1080/21568316.2013.804431>.

Steiger, Robert et Daniel Scott, 2020, « Ski Tourism in a Warmer World : Increased Adaptation and Regional Economic Impacts in Austria », Tourism Management, vol. 77 (avril), art. 104032, <https://doi.org/10.1016/j.tourman.2019.104032>.

Steiger, Robert, Daniel Scott, Bruno Abegg, Marc Pons et Carlo Aall, 2019, « A Critical Review of Climate Change Risk for Ski Tourism », Current Issues in Tourism, vol. 22, no 11, p. 1343‑1379, <https://doi.org/10.1080/13683500.2017.1410110>.

Tuppen, John et Marc Langenbach, 2022, « Diversification du tourisme et des activités sportives de nature : Nouveaux enjeux des stations de moyenne montagne (France, Suisse) ? », Sciences sociales et sport (Paris), vol. 20, no 2, p. 61‑81, <https://doi.org/10.3917/rsss.020.0061>.

Vanat, Laurent, 2022, 2022 International Report on Snow & Mountain Tourism, Genève, <https://de.cdn-website.com/64e34689550d402aa147af5bbc27524d/files/uploaded/RM-world-report-2022.pdf>, consulté le 9 février 2026.

Vlès, Vincent, 2010, « Du moderne au pastiche. Questionnement sur l’urbanisme des stations de ski et d’alpinisme », Mondes du Tourisme, no 1 (juin), p. 29‑48, <https://doi.org/10.4000/tourisme.398>.

Vlès, Vincent, 2021, « Anticiper le changement climatique dans les stations de ski : La science, le déni, l’autorité », Sud-Ouest européen, no 51, p. 127‑139, <https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-03070853>, consulté le 9 février 2026.

Willibald, Fabian, Sven Kotlarski, Pirmin Philipp Ebner, Mathias Bavay et al., 2021, « Vulnerability of Ski Tourism towards Internal Climate Variability and Climate Change in the Swiss Alps », Science of the Total Environment, vol. 784 (août), art. 147054, <https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2021.147054>.

Top of page

Notes

1 <https://de.cdn-website.com/64e34689550d402aa147af5bbc27524d/files/uploaded/RM-CH-palmares-JS2024-R-F.pdf>.

2 Ibid.

3 <https://www.seco.admin.ch/seco/fr/home/Standortfoerderung/Tourismuspolitik/Innotour.html>.

4 <https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20231002>.

5 <https://observatoire.vaud.ch/wp-content/uploads/2021/09/Rapport-detaille-2020-2021.pdf>.

6 <https://www.fr.ch/sites/default/files/2019-03/PV2030_rapport_final_FR.pdf>.

7 <https://regiosuisse.ch/fr>.

8 <https://www.fr.ch/sites/default/files/2019-03/PV2030_rapport_final_FR.pdf>.

9 <https://fribourg.ch/wp-content/uploads/2021/08/strategie-vision-2030.pdf>.

10 <https://www.vd.ch/fileadmin/user_upload/themes/economie_emploi/entreprises/Rapport-final-av-2020-definitif-signe_08082013.pdf>.

11 Ibid.

12 <https://www.vd.ch/fileadmin/user_upload/organisation/cour_comptes/1_Rapports_d_audit/21_Rapport.pdf>.

13 Exposé des motifs et projet de décret accordant au Conseil d’État un crédit cadre de quatre ans de 50 000 000 CHF – pour la période 2023-2026, visant à renforcer le soutien de l’État aux infrastructures touristiques qui favorisent le développement durable du tourisme régional au sens de l’article 24, al. 2, Loi sur l’appui au développement économique (LADE).

14 <https://de.cdn-website.com/64e34689550d402aa147af5bbc27524d/files/uploaded/RM-CH-palmares-JS2024-R-F.pdf>.

15 Directive pour l’octroi de prêts sans intérêts aux remontées mécaniques (année 2013), <https://www.vs.ch/documents/32904850/32909714/Directive+pour+l%27octroi+de+pr%C3%AAts+sans+int%C3%A9r%C3%AAts+aux+remont%C3%A9es+m%C3%A9caniques.pdf/306c4a11-c1cb-4482-8214-edafffff4d4b?t=1429714825934&v=1.0>.

16 <https://www.grischconsulta.ch/>.

17 Qui institue un crédit cadre de quatre ans de 50 000 000 CHF pour la période 2023-2026, visant à renforcer le soutien de l’État aux infrastructures touristiques qui favorisent le développement durable du tourisme régional au sens de l’article 24, al. 2, LADE.

Top of page

List of illustrations

URL http://journals.openedition.org/teoros/docannexe/image/13787/img-1.png
File image/png, 83k
Title Carte n° 1Les stations de ski du canton de Fribourg ayant bénéficié des fonds NPR
URL http://journals.openedition.org/teoros/docannexe/image/13787/img-2.png
File image/png, 228k
Title Carte n° 2Les domaines skiables du canton de Vaud ayant bénéficié des fonds NPR
URL http://journals.openedition.org/teoros/docannexe/image/13787/img-3.png
File image/png, 708k
Title Les domaines skiables du canton de Valais ayant bénéficié des fonds NPR
URL http://journals.openedition.org/teoros/docannexe/image/13787/img-4.png
File image/png, 374k
Top of page

References

Electronic reference

Anouk BONNEMAINS, Christophe CLIVAZ and Emmanuel SALIM, Transformation ou maladaptation ? Analyse de la politique suisse de soutien au tourisme de ski dans trois cantons romands suissesTéoros [Online], 44-1 | 2025, Online since 22 July 2026, connection on 18 August 2026. URL: http://journals.openedition.org/teoros/13787

Top of page

About the authors

Anouk BONNEMAINS

Institut de géographie et de durabilitéUniversité de Lausanneanouk.bonnemains@unil.ch

Christophe CLIVAZ

Institut de géographie et de durabilitéUniversité de Lausannechristophe.clivaz@unil.ch

By this author

Emmanuel SALIM

Unité de recherches Transitions Organisations Politiques Inégalités (UTOPI) (UMR CNRS 5311)Université Toulouse Jean-Jaurèsemmanuel.salim@univ-tlse2.fr

Top of page

Copyright

CC-BY-NC-ND-4.0

The text only may be used under licence CC BY-NC-ND 4.0. All other elements (illustrations, imported files) may be subject to specific use terms.

Top of page
Search OpenEdition Search

You will be redirected to OpenEdition Search