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Vous êtes filmés !

Enquête sur le bluff de la vidéosurveillance
Jacques Vétois
Référence(s) :

Vous êtes filmés !, Enquête sur le bluff de la vidéosurveillance, Laurent Mucchielli, Editions Armand Colin, 2018, 228 p.

Texte intégral

1« La sociologie dérange parce qu’elle dévoile les choses cachées et parfois refoulées, qu’elle désenchante, qu’elle heurte des intérêts sociaux, qu’elle met à jour les mécanismes du pouvoir » écrit Laurent Mucchielli dans l’épilogue de son ouvrage consacré à la vidéosurveillance. Effectivement si de nombreux articles et de nombreuses déclarations de responsables politiques abordent le thème de la vidéosurveillance ou de la vidéoprotection suivant la terminologie actuellement en cours, ils la présente comme une contribution importante à la fois à la prévention et à la répression de délinquance. Proposée dès la fin des années 90 par des élus locaux comme réponse à l’insécurité vécue par leurs administrés sans s’interroger sur les causes profondes de ces peurs, elle connut un grand développement au cours du quinquennat de Nicolas Sarkozy qui s’en fit le promoteur. A partir de 2010, L’État finança l’équipement de base de nombreuses municipalités de droite comme de gauche. Soumis aux pressions des préfectures, de la police et de la gendarmerie, des équipementiers et de leurs concitoyens, de nombreux élus voyaient dans cette technologie une réponse aux demandes de leurs concitoyens concernant l’insécurité quotidienne (incivilités, vols, trafics de drogue ...). Les régions, les départements et les villes de toute taille investirent massivement dans cette technologie sécuritaire qui naturellement, progrès technique oblige, se renouvelle régulièrement : aujourd’hui, on installe des caméras « intelligentes » avec reconnaissance faciale, demain on recourera à des drones.

2Mais pour quels résultats ? C’est la question que soulève Laurent Mucchielli qui s’étonne de l’absence réelle d’évaluation de cette politique aussi bien au niveau national qu’à celui des villes qui l’ont mis en œuvre localement.

3Pour y répondre, en tant que sociologue il a effectué trois études de terrain, la première dans une petite ville dortoir de 8000 habitants, « Beau Rivage », dans une ville moyenne « Saint-Paul-la Rivière » de 18 500 habitants au centre d’une agglomération en comptant 70 000, et enfin « Mega-City », ville d’environ 800 000 habitants, un grand port méditerranéen objet de tous les fantasmes en terme de criminalité. Choisir trois villes de taille différente était nécessaire car l’étude de la délinquance avait déjà souligné l’importance de ce paramètre. Dans chacune de ces villes, les équipes de Laurent Mucchielli ont évalué la politique municipale, les budgets consacrés à l’équipement en matériels et en locaux pour la vidéosurveillance sur plusieurs années, l’observation des équipes affectées à ce travail, les événements détectés et filmés en regard des actes de délinquance commis sur la voie publique et enregistrés par la police municipale ou nationale.

4Le bilan est sans appel : dans les trois villes, la vidéosurveillance ne sert que dans de 1 % à 2 % au mieux des enquêtes et n’est pas vraiment adaptée à la lutte contre la délinquance sur la voie publique. Elle sert à surveiller la sortie des établissements scolaires ou à verbaliser les véhicules en stationnement interdit. Les installations, leur maintenance coûtent très cher au budget des communes et le personnel qui les gère serait sans doute mieux utilisé à d’autres tâches.

5Espérons que ce livre qui fait une première tentative d’évaluation des politiques axées sur la vidéosurveillance dans des villes tests clarifie quelque peu le débat des élections municipales de l’année prochaine et nous évite les assauts de démagogie que le thème de la sécurité ne manque pas d’entraîner.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Jacques Vétois, « Vous êtes filmés ! »Terminal [En ligne], 123 | 2018, mis en ligne le 31 décembre 2018, consulté le 12 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/terminal/3423 ; DOI : https://doi.org/10.4000/terminal.3423

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Auteur

Jacques Vétois

Comité de rédaction de Terminal

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