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« Biens d’altérité »

Date limite d’envoi des résumés : 01 septembre 2024

Numéro coordonné par : Thomas Apchain (Université d’Angers/ESTHUA- ESO Espaces et Sociétés), Saskia Cousin (Université Paris Nanterre – Sophiapol) et Farah Clémentine Dramani-Issifou (Aix-Marseille Université – LESA / Centre Yennenga).

Présentation de la revue

Terrains/Théories est une revue pluridisciplinaire de sciences sociales à comité de lecture articulant la conceptualisation et la recherche empirique. Elle vise à constituer un carrefour entre sociologie, anthropologie et philosophie. Elle part du principe que la philosophie politique – au sens large – doit aujourd’hui dépasser une approche purement conceptuelle du politique en se rapprochant des sciences sociales, tandis qu’il devient de plus en plus important pour ces dernières d’expliciter les choix théoriques qui peuvent orienter les pratiques de recherche et les enquêtes de terrain.

Plus d’informations ici : https://teth.revues.org/

Présentation du numéro

  • 1 Cousin Saskia, Économies de l’altérité, Dossier pour l’habilitation à diriger des recherches, ENS/P (...)

Qu’ont en commun les 1,4 milliard d’arrivées internationales de l’industrie aérienne, le tourisme culturel, la fréquentation de Starbucks en Inde, les marchés occidentaux de l’art africain, la consommation des produits de luxe européens en Chine, ou encore la restitution des biens culturels spoliés ? Tous engagent la circulation de biens symboliques au sein de marchés caractérisés par une relation d’altérité. Cet appel propose de se pencher sur ces « biens d’altérité ». Par bien d’altérité, nous entendons un ensemble de récits, d’objets, de services, de savoirs et d’images dont la valeur attribuée par ceux qui les désirent ou les possèdent tient au fait qu’il qu’ils ont été produits pour ou par des personnes, des espaces ou des marchés perçus, désignés ou assignés comme « autres ». En bref : leur valeur marchande serait liée à leur caractère d’altérité. Ces biens participent d’une économie plus large, en partie non marchande, qui régit également des mythes et pratiques d’hospitalité, des échanges culturels et cultuels : les économies de l’altérité1. Cet appel propose d’examiner la composante marchande de ces marchés, et plus précisément, l’édification d’une valeur spécifique assignée à des biens en raison d’un contexte de production, des modalités de circulations et des pratiques de consommation caractérisés comme relevant d’une « altérité » – de fait une altérisation.

L’économie des biens d’altérité

  • 2 Bourdieu Pierre, « Le marché des biens symboliques », L’Année Sociologique, no 22, 1971, p. 49-126  (...)
  • 3 Polanyi Karl, La grande transformation : aux origines politiques et économiques de notre temps, tra (...)

Considérer que les biens d’altérité sont des biens symboliques2 implique que leur prix ne dépend pas d’une logique d’utilité-rareté, mais d’une valorisation qui évolue sans se fixer au gré d’échanges sociaux complexes et sans cesse renouvelés, de leur « enchâssement3 » dans des relations sociales. Il n’y a pas de biens d’altérité en soi. La spécificité du bien d’altérité est que sa valeur dépend de son assignation à un « ailleurs », un autre, du point de vue de celles et ceux qui le considèrent et le valorisent. Ainsi, le musée d’anthropologie expose-t-il des pièces venues de différents pays et les valorise comme des biens d’altérité. Mais pour les publics originaires des mêmes ailleurs, ce sont des éléments de leur patrimoine, de leur histoire et de leurs identités. Le bien d’altérité est donc relationnel. Il est aussi contextuel : ce n’est qu’à son retour en Chine que le voyageur chinois tire tout le profit symbolique du sac de luxe qu’il rapporte de France et qui devient ainsi un bien d’altérité. La mise en altérité du bien dépend donc en premier lieu d’un transfert qui réorganise sa valeur et ses usages dans un nouvel espace socioculturel. Les nouveaux modes d’attachement, de consommation ou d’admiration créent un décalage avec les raisons initiales de la production, souvent méconnues ou ignorées. C’est un fait banal. Les marchandises, objets et idées ont souvent voyagé au-delà du champ d’action de leurs créateurs. Dans de nombreux cas, leur arrivée a précédé largement l’établissement d’un contact direct entre la société créatrice et la société réceptrice, ce qu’illustre notamment la diffusion des techniques et des outils. Qu’ils s’agissent des pièces de musée ou des cargo culte, le récepteur détourne le bien de son usage initial, transforme sa valeur et son sens. L’enjeu de cet appel à contribution est d’examiner la manière dont l’altérisation confère une plus-value ou une moins-value selon les cas et les contextes, un enrichissement ou une déperdition, par rapport au bien dans son contexte d’origine, mais aussi par rapport aux autres biens symboliques en compétition.

La valeur du bien d’altérité s’édifie par une série de pratiques sociales, d’opérations d’altérisation, qui relèvent des « économies de l’altérité ». Ces opérations semblent s’effectuer indépendamment des conditions de production de ces biens.

  • 4 Bourdieu Pierre, « La production de la croyance. Contribution à une économie des biens symboliques  (...)

L’effacement du créateur pourrait être comparé à celui de l’artiste dont Bourdieu montre qu’il crée l’objet, mais non la valeur, qui émerge par l’intervention des acteurs qui sont les « créateurs du créateur4 ». Si ces processus ont été décrits par les anthropologues dans les situations et contextes touristiques, l’étude d’autres biens symboliques permettrait de décrire la manière dont, selon les contextes, s’effectuent des opérations d’altérisation – extraction, transfert, transformation, resémantisation. À cet égard, l’intérêt porté par les avant-gardes européennes sur les civilisations non occidentales, dans lesquelles elles cherchent de nouvelles valeurs est un exemple. Cette quête d’exotisme se manifeste par les objets d’art africain que ces artistes collectionnent. Cet intérêt a eu pour effet de figer de manière durable le regard occidental sur ce que l’on nomme désormais « l’art africain classique » et de révéler une certaine ambivalence constitutive de la création de la plus-value associée à ces objets en Occident. En effet, la création d’une plus-value associée à ces objets, qui deviennent œuvres d’art une fois arrivées en Occident, est basée d’une part, sur la violence du contexte colonial et de domination qui caractérise la possibilité d’accéder à ces biens, et d’autre part, sur la dépréciation et la négation des sociétés productrices de ces biens dans les sociétés coloniales. Cette ambivalence nous semble au cœur de l’économie de l’altérité et de la production de la valeur de ces biens.

Le fétichisme de l’altérité

  • 5 Appadurai Arjun, « Introduction. Commodities and the Politics of Value », in Appadurai Arjun (Éd.), (...)

Le transfert d’un bien s’accompagne du creusement d’un « fossé5 » entre les savoirs relatifs aux conditions de production d’un bien et ceux relatifs aux conditions prévues de son échange et/ou de sa consommation. Cette rupture n’est pas une circonstance hasardeuse. Elle est constitutive de la valeur de ce qui est transformé en bien.

  • 6 Winkin Yves, « L’enchantement : dispositif et disposition. Rétrospective et prospective », in Brahy(...)
  • 7 Bordreuil Jean Samuel, « Notes pour une sociologie de la valeur d’usage », L’homme et la société, n(...)

Parce qu’elle permet de renouveler des pratiques culturelles, artistiques et touristiques, l’économie de l’altérité est largement une économie de l’enchantement6 qui fonctionne en partie sur des illusions. Parmi ces illusions, la plus importante et la plus générale est celle de la croyance en un caractère objectif de l’altérité et de sa valeur. Nous pensons au contraire que le bien d’altérité connaît, dans sa mise en marché, une « fétichisation » proche du sens donné au mot par Marx, c’est-à-dire celui d’un processus par lequel une relation sociale (celle du travail par exemple) est voilée par la croyance en des propriétés et des valeurs intrinsèques du bien. Il nous semble que la description des relations sociales ainsi que des contextes d’acculturation (spontanée ou forcée, comme lors de la colonisation par exemple) nous permettra de mieux comprendre la production de la valeur ou dépréciation des biens d’altérité. En effet, dans certaines situations coloniale ou postcoloniale, la « fétichisation » du bien d’altérité est basée sur la violence, l’exploitation ou l’infériorisation des valeurs culturelles et sociales des sociétés productrices de ces biens. Il s’agit, comme Veblen en faisait le projet, de « casser la transparence utilitaire et finaliste du rapport sujet/objet pour retrouver la trame intersubjective (sujet/sujet) immanente à toute “consommation d’objet”7 ». La trame intersubjective concerne à la fois les individus et les groupes qui s’engagent dans le marché de l’altérité (et donc celle de leur compétition) et celle, moins visible, qui lie ces utilisateurs/échangeurs aux producteurs des biens d’altérité. En bref, la manière dont s’articule la chaîne qui enrichit un bien par une série de relations sociales, et de rupture de sens et de contextes.

  • 8 Sahlins Marshall, « On the culture of material value and the cosmography of riches », Journal of Et (...)

Toutes les sociétés produisent de l’altérité et s’en servent pour alimenter leurs économies symboliques8, de leurs récits de fondation à leurs économies quotidiennes, familiales, rituelles. Néanmoins, la mise en altérité n’occupe pas la même place sociale selon les contextes et les sociétés. Ainsi, si le mythe du roi étranger (Sahlins, Graeber) permet d’asseoir la légitimité du pouvoir au sein de nombreuses sociétés traditionnelles, et vise donc à « faire société », la transformation d’espaces en « destination », et d’objets rituels ou quotidiens en biens d’altérité vise à la captation de profits déconnectés des lieux et communautés de production. Nous nous intéressons ici à la mise en marché de l’altérisation et à une certaine loi d’accumulation primitive de la plus-value qui peut en résulter pour certains acteurs au détriment des autres.

Du vêtement traditionnel à l’accessoire de mode, de l’outil en objet d’art, de la vie quotidienne en produit touristique, du mythe en scénario pour le cinéma : le bien d’altérité est façonné au moyen de nombreuses transformations ontologiques dont la caractéristique commune est de faire émerger le profit (symbolique, mais aussi financier) au sein d’un marché dont sont exclus les créateurs.

  • 9 Graburn Nelson, Ethnic and Tourist Arts: Cultural Expressions from the Fourth World, Berkeley, Univ (...)
  • 10 Cousin Saskia, Tassi Sara et Yêhouétomé Madina, « Les bo des Agoojiée Les amulettes des amazones. L (...)
  • 11 Hochschild Arlie Russel, The Managed Heart: Commercialization of Human Feeling, Berkeley, Universit (...)
  • 12 Bryman Alan, The Disneyization of Society, Londres, Sage Publishers, 2004.
  • 13 A. Appadurai, « Introduction », art. cit.; Kopytoff Igor, « The Cultural Biography of Things: Commo (...)

L’une des vocations de ce numéro est de documenter la production et la déperdition de la valeur des biens d’altérités. Dans le cas des productions culturelles, artistiques et/ou touristiques que nous proposons de rassembler sous le terme de « bien d’altérité », il s’agit de se pencher tout particulièrement sur la manière dont l’altérisation contribue à nier le travail (la valeur-travail dirait Marx), invisibiliser les travailleurs, les créateurs des biens, la violence et les rapports de domination quand ils ont existé ou qu’ils existent. Des contributions empiriques retraçant la circulation des biens d’altérité et le rôle des intermédiaires pourraient permettre de connecter des observations jusqu’ici formulées dans un relatif isolement les unes envers les autres. Ainsi des processus d’autonomisation des objets vis-à-vis de leur producteur que Nelson Graburn dénonçait par le mythe de l’anonymat de l’artiste dans la circulation des objets d’art du « quart-monde9 » ; la mise sous silence des savoirs relatifs aux confections et aux usages premiers des objets pillés pendant la colonisation10 ; la part grandissante du travail émotionnel11 ou performatif12 dans le tourisme. En replaçant l’observation des relations au cœur de l’analyse, notre hypothèse est que les ruptures dans la « vie sociale des objets13 » et des savoirs apparaîtront moins comme des accidents de parcours que comme les conditions mêmes d’attribution de leur valeur.

  • 14 Karp Ivan et Lavine Steven D., Exhibiting Cultures: The Poetics and Politics of Museum Display, Was (...)

L’emprunt dans une société donnée d’éléments exogènes n’est pas une question nouvelle pour l’anthropologie qui a multiplié les travaux sur ces phénomènes, notamment pour ce qui concerne la circulation dans les sociétés occidentales d’éléments venus d’ailleurs, et particulièrement en ce qui concerne leur mise en musée14. Néanmoins, conceptualiser ces circulations en termes de « biens », de « marché », et « d’économie » permet d’envisager autrement cette question. En effet, cela nous permet d’étudier de manière plus concrète la manière dont « créateurs d’altérité » sont transformés en produits sur les marchés de l’altérité.

  • 15 Boltanski Luc et Esquerre Arnaud, Enrichissement. Une critique de la marchandise, Paris, Gallimard, (...)
  • 16 Doquet Anne, Les masques Dogons. Ethnologie savante et ethnologie autochtone, Paris, Khartala, 1999
  • 17 S. Cousin, Économies de l’altérité, op. cit. ; A. Doquet, Les masques Dogons, op. cit.

Cette proposition s’inscrit également dans les travaux contemporains de sociologie et se propose notamment de dialoguer avec les travaux de Luc Boltanski et Arnaud Esquerre sur le capitalisme d’enrichissement15. Ces auteurs définissent l’enrichissement comme la création de valeur par l’exploitation du passé et sa mise en récit. Ils décrivent, eux aussi, une économie dont le producteur et le bénéficiaire de la valeur ne sont pas le créateur du produit. Les marchés de l’altérité que nous étudions se déploient dans les mêmes domaines de la vie sociale : culture, patrimoine, arts, mode, tourisme, luxe. Ils partagent le rôle central de l’expertise pour l’assignation de sa valeur. Les biens d’altérité supposent toutefois sur une différence fondamentale : leur valeur ne réside pas dans l’exploitation du passé, mais dans celle de l’ailleurs. Ceci implique que le marché procède d’une invisibilisation d’acteurs bien vivants. Envisager l’enrichissement comme une déperdition au prisme de l’altérité permet de reconsidérer l’exploitation du passé, ses marchés, ses processus et ses conséquences. Ainsi, le marché de l’art africain dit classique ou ancien ne peut-il se comprendre qu’à travers l’analyse de l’enchantement exotique d’un contexte colonial passé. Cette double entrée passé/ailleurs permet également de recueillir les témoignages d’acteurs qui produisent, et non seulement valorisent, ces biens d’altérité. Parmi les intermédiaires « valorisateurs » figurent notamment les anthropologues, puisque l’altérité est au cœur du projet, de l’objet et de l’épistémologie de leur discipline. La relation entre la production experte de « sociétés ethnologisées16 » et l’enrichissement des marchés de l’art et du tourisme reste à étudier dans le détail de ses interactions. La perspective des économies de l’altérité peut s’avérer féconde pour examiner la question des restitutions, leurs enjeux et leurs contestations17 ; les questions de colonialité et d’appropriations culturelles, ou encore le « marketing ethnique ». Réexaminer et croiser les enquêtes empiriques situées ou multisituées au prisme des économies de l’altérité nous paraît apte à ouvrir l’espace d’un dialogue sur ce type de sujets.

Axes

La question des marchés et des biens d’altérité peut être examinée par l’ensemble des sciences sociales et humaines. Nous encourageons les contributions appuyées sur des enquêtes empiriques, sans restriction à des zones culturelles et géographiques particulières. Elles pourront s’inscrire dans les axes suivants.

    • 18 Salazar Noel, « Imagineering otherness: anthropological legacies in contemporary tourism », Anthrop (...)

    Récits : la dimension narrative de la circulation des biens d’altérité. Il s’agit de donner une place importante à des processus de mise en récit qui sous-tendent, dans une société donnée, la constitution de la valeur du bien d’altérité. Tout en étant accessibles directement au regard des modes de consommation et de circulation des biens d’altérité, ces récits dépassent toujours ce cadre concret, et permettent la connexion de différentes sortes de biens d’altérité qui se trouvent ainsi liés les uns aux autres. En effet, toute circulation d’un bien d’altérité se fait dans un cadre narratif plus large, au travers d’autres productions culturelles qui contribuent à assigner à certains biens, lieux, personnes ou marchés un caractère d’altérité. La production des biens d’altérité peut être redoublée par le récit de leur circulation. C’est le cas par exemple de la valeur que prennent dans leur pays de création, des biens spoliés restitués : tout se passe comme si leur séjour à l’étranger leur conférait un pedigree enviable, une valeur supérieure aux biens restés au pays. On pense également à la manière dont s’organise en Inde, la promotion touristique pour les stages de Yoga – une pratique mondialisée reterritorialisée. Ce numéro invite notamment à nourrir la réflexion sur le rôle de l’anthropologie et de ses narrations dans les économies de l’altérité18.

  1. Les marchés de l’altérité. Nous aspirons à rassembler des enquêtes qui s’intéressent aux usages concrets de consommation des biens d’altérité et tentent de comprendre ce qui est recherché dans cette consommation et/ou appropriation. Cet axe examine les « places de marchés » de ces biens, et leur déploiement au sein de pratiques économiques, culturelles, artistiques ou touristiques, mais également thérapeutiques ou encore linguistiques. Il s’agira ici de documenter comment des éléments perçus comme porteurs d’une altérité s’intègrent dans une économie locale en étant attentif aux profits symboliques et financiers que cette intégration occasionne. Cet axe sera aussi particulièrement attentif aux caractéristiques concrètes des marchés de l’altérité qui possèdent leurs propres réseaux d’acteurs – producteurs, courtiers et experts – et leur propre structure de transports, de prix et de valeurs. La référence à une dimension symbolique de l’échange et de la consommation des biens d’altérité ne doit pas occulter leurs dimensions matérielles et plus formellement économiques. Un savoir, un objet, ou un service n’est mis en circulation en tant que bien d’altérité qu’au travers d’une relation qui connecte plusieurs acteurs et qui se déploie dans de nombreux cas dans des logiques de domination. Des contributions centrées sur l’analyse de ces réseaux, notamment numériques, seraient bienvenues.

  2. Approprier/réapproprier, les dimensions politiques de l’économie de l’altérité. Ce numéro invite à des enquêtes centrées sur les processus et pratiques d’appropriations et de réappropriation politique des biens d’altérité. Ces pratiques prennent des formes variées selon qu’elles se déploient dans le territoire de production du bien, à l’extérieur, dans l’espace de leur circulation, ou au sein des communautés diasporiques. La promotion de marchés de l’altérité peut être motivée par des questions diplomatiques, artistiques, touristiques, et peut occasionner des contestations de légitimité. Par exemple, la question du rôle et de la place des diasporas dans les musées est très différente selon les pays. La contestation de l’économie politique de l’altérité vise notamment à dénoncer l’exclusion des communautés originaires et reprendre le contrôle des récits, des expertises et des profits. C’est bien la question de l’altérisation des biens exposés qui est alors en jeu : qui est le « nous », ou l’altérité se situe-t-elle, de quoi est-elle le nom ? Des enquêtes de terrain documentant la dimension conflictuelle des définitions des biens et de leur mise en marché symbolique seront bienvenues pour éclairer l’économie (politique) de l’altérité.

Modalités de soumission

La date limite de réception des propositions d’article est fixée au 01/09/2024. Elles doivent être adressées aux coordinateurs du numéro : Thomas Apchain (apchain.thomas@gmail.com), Saskia Cousin (saskiacousin@icloud.com) et Farah Clémentine Dramani-Issifou (clementine.dramaniissifou@gmail.com)

Les propositions devront comporter :

un titre ;

un résumé d’environ 5000 signes ;

les informations sur le ou les auteurs : nom, affiliation institutionnelle, fonction, adresse professionnelle, numéro de téléphone et courriel.

Le comité de rédaction sélectionnera les propositions et en informera les auteurs au plus tard le 01/10/2024. Il est demandé aux auteurs de bien vouloir respecter les consignes éditoriales de la revue : https://teth.revues.org/501

Les articles attendus sont d’un format de 45 000 à 60 000 signes (espaces, notes et bibliographie incluses) et devront être remis au plus tard le 01/01/2024 pour une publication du numéro en décembre 2025.

Les articles seront évalués en double-aveugle.

Pour toute information complémentaire, veuillez contacter le secrétariat de rédaction : laurent.afresne@sciencespo.fr.

Bibliographie

Appadurai Arjun, « Introduction. Commodities and the Politics of Value », in Appadurai Arjun (Éd.), The Social Life of Things. Commodities in Cultural Perspectives, Londres & New York, Cambridge University Press, 1986. p. 3-63.

Auge Marc, Pour une anthropologie des mondes contemporains, Paris, Flammarion, 1994.

Baudrillard Jean, « La morale des objets. Fonction-signe et logique de classe », Communications, no 13, 1969, p. 23-50.

Boltanski Luc et Esquerre Arnaud, Enrichissement. Une critique de la marchandise, Paris, Gallimard, 2017.

Bordreuil Jean Samuel, « Notes pour une sociologie de la valeur d’usage », L’homme et la société, no 59-62, 1981, p. 55-73.

Bourdieu Pierre, Esquisse d’une théorie de la pratique, Genève, Librairie Droz, 1972.

Bourdieu Pierre, « La production de la croyance. Contribution à une économie des biens symboliques », Actes de la recherche en sciences sociales, no 13, 1977, p. 3-43.

Bourdieu Pierre, « Le marché des biens symboliques », L’Année Sociologique, no 22, 1971, p. 49-126.

Bourdieu Pierre, « L’économie des biens symboliques », Raisons Pratiques, Seuil, 1994, p. 173-211.

Bryman Alan, The Disneyization of Society, Londres, Sage Publishers, 2004.

Chabloz Nadège, « Tourisme et primitivisme. Initiations au bwiti et à l’iboga (Gabon) », Cahiers d’études africaines, no 193-194 [En ligne].

Cousin Saskia, Économies de l’altérité, Dossier pour l’habilitation à diriger des recherches, ENS/PSL, 2018.

Cousin Saskia, « Tourisme, mondialisation et usages sociaux des savoirs. Une anthropologie de la vulgarisation », in Peyvel Emmanuelle (Éd.), L’éducation au voyage. Pratiques touristiques et circulations des savoirs, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019, p. 141-154.

Cousin Saskia, Tassi Sara et Yêhouétomé Madina, « Les bo des Agoojiée Les amulettes des amazones. Le retour d’un matrimoine oublié ? », Politique africaine, no 165, 2022, p. 187-220.

Doquet Anne, Les masques Dogons. Ethnologie savante et ethnologie autochtone, Paris, Khartala, 1999.

Doquet Anne, « Ethnologues et touristes au calque papier. Quelques effets de terrain en milieu touristique », Espacestemps.net, 2016 [En ligne].

Graburn Nelson, Ethnic and Tourist Arts: Cultural Expressions from the Fourth World, Berkeley, University of California Press, 1976.

Hochschild Arlie Russel, The Managed Heart: Commercialization of Human Feeling, Berkeley, University of California Press, 1983.

Karp Ivan et Lavine Steven D., Exhibiting Cultures: The Poetics and Politics of Museum Display, Washington D.C., Smithsonian Books, 1991.

Kirshenblatt-Gimblet Barbara, Destination Culture: Tourism, Museums, and Heritage, Berkeley, University of California Press, 1998.

Kopytoff Igor, « The Cultural Biography of Things: Commodization as Process », in Appadurai Arjun (Éd.), The Social Life of Things. Commodities in Cultural Perspectives, Londres & New York, Cambridge University Press, 1986. p. 64-92.

L’estoile Benoît (de), Le Goût des autres : de l’exposition coloniale aux arts premiers, Paris, Flammarion, 2010.

Polanyi Karl, La grande transformation : aux origines politiques et économiques de notre temps, trad. par Maurice Angeno et Catherine Malamoud, Gallimard, 1983 [1944].

Réau Bertrand et Poupeau Franck, « L’enchantement du monde touristique », Actes de la recherche en sciences sociales, no 170, 2007, p. 4-13.

Sahlins Marshall, « On the culture of material value and the cosmography of riches », Journal of Ethnographic Theory, no 3/2, 2013, p. 161-195.

Salazar Noel, « Imagineering otherness: anthropological legacies in contemporary tourism », Anthropological Quarterly, no 86/3, 2013, p. 669-696.

Vatin François, De l’économie suivi de L’économie de guerre sanitaire, Lille, Laborintus, 2020.

Winkin Yves, « L’enchantement : dispositif et disposition. Rétrospective et prospective », in Brahy Rachel (Éd.), L’enchantement qui revient, Paris, Hermann, 2023, p. 15-35.

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Document annexe

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Notes

1 Cousin Saskia, Économies de l’altérité, Dossier pour l’habilitation à diriger des recherches, ENS/PSL, 2018.

2 Bourdieu Pierre, « Le marché des biens symboliques », L’Année Sociologique, no 22, 1971, p. 49-126 ; Bourdieu Pierre, « L’économie des biens symboliques », Raisons Pratiques, Seuil, 1994, p. 173-211.

3 Polanyi Karl, La grande transformation : aux origines politiques et économiques de notre temps, trad. par Maurice Angeno et Catherine Malamoud, Gallimard, 1983 [1944].

4 Bourdieu Pierre, « La production de la croyance. Contribution à une économie des biens symboliques », Actes de la recherche en sciences sociales, no 13, 1977, p. 3-43.

5 Appadurai Arjun, « Introduction. Commodities and the Politics of Value », in Appadurai Arjun (Éd.), The Social Life of Things. Commodities in Cultural Perspectives, Londres & New York, Cambridge University Press, 1986. p. 3-63.

6 Winkin Yves, « L’enchantement : dispositif et disposition. Rétrospective et prospective », in Brahy Rachel (Éd.), L’enchantement qui revient, Paris, Hermann, 2023, p. 15-35 ; Réau Bertrand et Poupeau Franck, « L’enchantement du monde touristique », Actes de la recherche en sciences sociales, no 170, 2007, p. 4-13.

7 Bordreuil Jean Samuel, « Notes pour une sociologie de la valeur d’usage », L’homme et la société, no 59-62, 1981, p. 55-73.

8 Sahlins Marshall, « On the culture of material value and the cosmography of riches », Journal of Ethnographic Theory, no 3/2, 2013, p. 161-195.

9 Graburn Nelson, Ethnic and Tourist Arts: Cultural Expressions from the Fourth World, Berkeley, University of California Press, 1976.

10 Cousin Saskia, Tassi Sara et Yêhouétomé Madina, « Les bo des Agoojiée Les amulettes des amazones. Le retour d’un matrimoine oublié? », Politique africaine, no 165, 2022, p. 187-220.

11 Hochschild Arlie Russel, The Managed Heart: Commercialization of Human Feeling, Berkeley, University of California Press, 1983.

12 Bryman Alan, The Disneyization of Society, Londres, Sage Publishers, 2004.

13 A. Appadurai, « Introduction », art. cit.; Kopytoff Igor, « The Cultural Biography of Things: Commodization as Process », in Appadurai Arjun (Éd.), The Social Life of Things. Commodities in Cultural Perspectives, Londres & New York, Cambridge University Press, 1986. p. 64-92.

14 Karp Ivan et Lavine Steven D., Exhibiting Cultures: The Poetics and Politics of Museum Display, Washington D.C., Smithsonian Books, 1991; Kirshenblatt-Gimblet Barbara, Destination Culture: Tourism, Museums, and Heritage, Berkeley, University of California Press, 1998; L’estoile Benoît (de), Le Goût des autres : de l’exposition coloniale aux arts premiers, Paris, Flammarion, 2010.

15 Boltanski Luc et Esquerre Arnaud, Enrichissement. Une critique de la marchandise, Paris, Gallimard, 2017.

16 Doquet Anne, Les masques Dogons. Ethnologie savante et ethnologie autochtone, Paris, Khartala, 1999.

17 S. Cousin, Économies de l’altérité, op. cit. ; A. Doquet, Les masques Dogons, op. cit.

18 Salazar Noel, « Imagineering otherness: anthropological legacies in contemporary tourism », Anthropological Quarterly, no 86/3, 2013, p. 669-696 ; Doquet Anne, « Ethnologues et touristes au calque papier. Quelques effets de terrain en milieu touristique », Espacestemps.net, 2016 [En ligne].

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