Archives de la Grande Guerre
Texte intégral
1Parallèlement à l’arrivée des fonds nouveaux, la numérisation des archives menée dans le cadre d’une politique globale de conservation peut conduire à l’émergence de « fonds » transversaux insoupçonnés. Particulièrement féconde à cet égard s’est révélée la participation des Archives & Musée de la Littérature à l’opération Europeana 14-18, un vaste projet européen invitant bibliothèques et centres d’archives à numériser et à faire connaître au plus grand nombre les documents de leurs collections relatifs à la Grande Guerre. La moisson ne fut pas qu’abondante. Elle permit aux aml de concrétiser leur désir d’un geste mémoriel significatif en dédiant une page spéciale de leur site internet aux événements de 1914-1918.
2Depuis juillet 2014, et ce jusqu’au centenaire de l’Armistice, extraits de journaux intimes, lettres, témoignages et textes de création puisés dans les différents fonds d’archives de l’institution sortent ainsi de l’ombre, mois par mois, les souvenirs et les commentaires de nos compatriotes sur la tragédie du premier conflit mondial. De l’invasion allemande jusqu’à la victoire, en passant par les épisodes éprouvants des combats, de l’occupation et de l’exil, c’est un panorama inusité de l’histoire de la Belgique qu’esquissent ces documents pour la plupart inédits.
3Personnalités-phares (Edmond Picard, Georges Eeckhoud, Émile Verhaeren…), protagonistes moins en vue (les médecins diaristes Max Deauville, Adrien Bayet…), artistes et jeunes écrivains prometteurs fauchés par le destin (Rik Wouters, Louis Boumal…) entrecroisent leurs témoignages. Si différents que se révèlent les angles de vue (réflexion surplombante de l’intellectuel engagé ou compassion du médecin au chevet de blessés, notamment), les sommations de la vie quotidiennes, les émotions personnelles (espoirs, doutes, désillusions ou souffrances) ponctuent récits et confidences de notations intimes, tout à tour furtives, coléreuses, poétiques ou triviales.
4Des premières heures incrédules et exaltées aux violences meurtrières insoutenables, des péripéties de l’exode en Angleterre ou en Hollande (où fut actif Max Elskamp), jusqu’aux balades dominicales vers les tranchées valeureuses, ces souvenirs authentiques ne démystifient pas seulement, par leur humanité poignante, l’épopée héroïque de la Grande Guerre ; elles projettent un éclairage subtilement décalé sur le cours des événements en laissant s’insinuer entre les lignes la peur des lendemains incertains, les angoisses de la désinformation et de la rumeur, la patience têtue des espoirs sans cesse ajournés…
5À découvrir mensuellement jusqu’en novembre 2018, dans un format électronique qui permet la visualisation dynamique des documents numérisés.
Pour citer cet article
Référence papier
Véronique Jago-Antoine, « Archives de la Grande Guerre », Textyles, 48 | 2016, 167.
Référence électronique
Véronique Jago-Antoine, « Archives de la Grande Guerre », Textyles [En ligne], 48 | 2016, mis en ligne le 01 mai 2016, consulté le 08 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/textyles/2682 ; DOI : https://doi.org/10.4000/textyles.2682
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